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Encre Nocturne   

Justice - Chapitre 1 : Banal-moins

ArtVanCastel | Publié mar 26 Sep - 1:41:59

    C'était bien avant que je ne devienne un super-héros. J'étais le garçon banal par excellence. Mais pas le jeune homme dans la moyenne, qui était juste un gars sympa qu'on appréciait. Non, là, j'étais vraiment le mec "osef". Banal moins en quelques sorte.

  C'était en 2062. Les super-héros commencèrent à obtenir notoriété dans toute l'Alliance. Des soldats rigoureusement sélectionnés modifié génétiquement pour faire régner l'ordre. Dans mon coin, dans la région Centre-France, c'était le Samouraï. Evidemment, aucun civil ne connaissait sa véritable identité, mais tout le monde connaissait son image. Les jouets et autres objets à son effigie n'ont jamais cessés de marcher pour les gens de tout âge. Il représentait l'espoir et la sécurité, et semblait veiller sur les habitants de la région comme un dieu plein de bonté.

  Moi, en 2062, j'étais pas très bien. J'étais le garçon banal moins, comme je l'ai dit, mais je me sentais comme la pire des merdes. Je n'avais pas d'amis, je n'aimais rien de ce que je faisais... J'avais du changer de secteur arrivé au lycée pour fuir mes bourreaux, et je me suis retrouvé en lycée privé à vingt kilomètres de chez moi. Là-bas, les professeurs y étaient "exigeants", c'est ce qu'on me disait quand je me plaignais du fait qu'ils me traitaient comme de la merde. Quand aux autres élèves, j'avais la sévère impression qu'aucun ne voulaient de moi, ce à quoi on me répondait qu'il "fallait m'adapter".

  Mais je m'égare. Ce n'était pas là-bas que tout avait commencé. Non, c'était près de chez moi. Un jour, que je me rendais à ma médiathèque préférée pour y emprunter des disques, je me suis fait aborder par un ancien du collège. Jean Chevalier, un de ceux qui aimait bien me persécuter, notamment en cours de sport. Bref, un con. Je me souviens plus exactement de ce qu'il a dit, -de la merde, probablement- mais je me rappelle de quand il a sorti son navaja pour m'intimider. Et c'est à ce moment que c'est parti en vrille. Une sensation de puissance m'a parcourue tout le corps tandis qu'il faisait un pas en avant dans le but de m'intimider pour le plaisir de me voir fuir. Mais je n'ai pas bougé. Je ne ressentais presque plus la moindre peur. Il s'est mis à crier, frustré que sa simple image ne fasse pas peur à quelqu'un comme moi, mais je ne bronchait pas. Au bout d'un moment, lassé, il voulut me frapper au visage : comme si le temps était au ralenti, je leva le bras d'un geste extrêmement rapide et bloqua le sien comme si de rien n'était. Il fut surpris pendant une demi seconde, avant que je ne lui torde le bras pour y donner un coup de mon autre coude, provoquant un fort craquement et un épais cri de douleur. Je l'ai ensuite jeté tout entier dans la rivière situé à côté.

  Suite à quoi je fus plongé dans un état second pendant pas mal de temps. Comme si de rien était, je m'étais rendu à la bibliothèque et y avait fait mon échange de livres et de films tranquillement. Je ne m'en souvenais presque pas, comme si le souvenir de ce qui venait de se passer s'était rangé dans un coin obscur de mon esprit. Ce n'est que quand la police est venu me chercher, avec Jean, pleurnichant, que les conséquences arrivèrent.

  Au poste de police, j'attendis quinze minutes avant que mon père n'arrive. Jean avait fait sa déposition une fois que la police l'eut récupéré gisant dans la rivière un bras en miettes. Sa fierté devait en avoir pris un sacré coup. Une fois dans la voiture, où mon père, après un bon millier d'excuses faites au policiers comme si je les avais déranger dans leur travail, se mit à crier à tout vas, je n'était pas le moins du monde désolé. J'étais content. Cette force, qui avait poussée en moi lors de cette journée, était un don. Tout pouvait changer grâce à elle. Je fut dérangé dans mes pensés par la voix peu mélodieuse des cris de mon père, apparemment gêné du fait que je ne l'écoute pas. D'après ce qu'il disait, il voulait que je lui réponde ? Et bien soit.

"Il l'avait cherché, marmonnais-je.

-Tu lui a niqué le bras ! s'exclama-t'il. Ses parents peuvent porter plaine ! Tu es complètement fou ! C'est comme ça que je t'ai élevé ?

-T'aurais préféré que je me laisse tabasser par cette enflure ?! je répliquais en perdant de mon sang froid.

-C'est ça, t'as raison."

  Comme à l'accoutumée, mon géniteur préférait esquiver le dialogue. Il continua à bougonner ce qu'il pourrait me faire si je continuais à me comporter ainsi, mais je ne l'écoutais déjà plus. Je me sentais libre. Et fort. Extrêmement fort.

  Finalement, les parents Chevalier n'ont jamais porté plainte, et je n'ai d'ailleurs jamais revu Jean. Pendant les jours qui suivirent, je m'essayais à découvrir mes capacités. Je m’énervais tout seul, c'était assez simple, il suffisait de repenser quelques instants à des passages de ma vie. Ensuite, je disposais d'une force et d'une agilité incroyable. Comme si la colère bouillonnant en moi décuplait mes capacités. Je n'ai rien trouvé sur l'internet régional de similaire, mais nul doute fallait-il être prudent : le malheureux qui posterais ça ce ferait sur le champ censurer et pourrait éveiller la curiosité des autorités.

  J'achetais un masque dans une boutique près de chez moi. Une espèce de cagoule transparente depuis l’intérieur, avec un loup blanc et un dessin d'une sorte de sourire monstrueux. En plus d'un jogging mauve, couleur que je ne portais habituellement pas. Et, une semaine après ma découverte de ces pouvoirs, je sorti de chez moi en pleine nuit, avec ce déguisement. Je descendis de l'immeuble et fit un tour dans la nuit. Il y avait peu de monde, et ils étaient quasiment tous fortement alcoolisés. Pendant une demi-heure, j'errai dans les rues d'Evry, jusqu'à arriver sans m'en rendre compte devant cet immeuble qui me dégouttait. Le siège social de la al-Misri corporation. Rien que voir son nom a failli me faire pleurer de nouveau, chose que je n'avais pas faite depuis la découverte de mes pouvoirs.

  Je failli m'endormir à ce moment là, mais je fus secoué par des bruits étranges. Je les suivis en courant, arrivant dans une petite impasse sombre. Là-bas, je voyais trois hommes complètement pleins, s'acharner sur quelque chose. Ce "quelque chose" était une jeune fille. Elle avait environ vingt ans, et était assez peu habillée. A ce moment là, je commençais à ressentir le calme que j'ai éprouvé face à Jean Chevalier, l'autre jour. Sans aucune peur, je couru vers eux et m'exclama : "Qu'est ce que vous faites ?".

  Tous trois, ne m'ayant ni vu ni entendu venir, s'arrêtèrent brusquement. Je remarqua alors que la fille pleurait et avait un bâillon.

"T'es qui toi ? me demanda l'un d'entre eux avec une voix tremblante propre aux bourrés.

-Je ne répondrais pas à ta question tant que je n'aurai pas de réponses à la mienne, répondis-je calmement."

Quelques secondes passèrent, avant qu'un autre, au regard hébété, souleva ses mains de la poitrine de la victime et les leva en signe de confusion en disant :

"T'as vu comment elle est habillée ? Elle l'a bien mérité, la salope.

-Ouais, surenchérit le premier avec une nouvelle confiance en lui, on veut pas de putes dans notre ville, d'abord."

  A ce moment, la soif de violence commença dangereusement à monter. Essayant tant bien que mal de rester calme, je leur lança un dernier avertissement.

"Barrez-vous et je ne vous ferai rien.

-T'es qui pour nous parler comme ça ?! cria le premier."

  N'écoutant plus ma raison, mon bras vint s'écraser méchamment sur le côté du cou de cet emmerdeur.

  Tout se passa ensuite très vite ensuite : celui qui était resté silencieux se leva avec une vélocité incroyable et pris ses jambes à son coup tandis que celui de derrière ramassa un assez gros caillou par terre et me le jeta à la figure. Je me servis du premier violeur comme d'un bouclier humain : il reçu la pierre derrière la tête, et je l'acheva avec un coup de boule d'une force dont je m'ignorais capable. Le nez en sang, il s'écroula de tout son poids. Tremblant, le dernier encore présent se leva doucement et tenta de parlementer : 

"Ecoute... J'ai fais une connerie d'accord ? Mais c'était pour plaisanter, on allait pas aller plus loin... Allez laisse-moi partir..."

  J'aurais pu, en effet, le laisser tranquille, mais je me vis répondre "Trop tard !" avant de bondir sur lui. Il tomba, avec moi assis sur son torse tandis que je le rouais de coup. Ceci dura bien une quinzaine de seconde pendant lesquelles j'étais trop absorbé par mon "travail" pour me rendre compte qu'il essayait d'attraper quelque chose. Il finit par le prendre : un petit pistolet électrique avec lequel il me braqua.

"Tu sais pas à qui tu t'es attaqué mon pote ! essaya-t'il d'articuler avec ses dents cassées.

-M'en fout !" Répliquai-je en rage, avant de plaquer ses mains au sol.

  Il lâcha son arme, que la fille s'empressa de ramasser. J'avais failli l'oublier. Calmement, je me leva et désigna son bourreau du doigt. Celui-ci voulu s'enfuir, mais sa victime ne se fit pas attendre pour lui envoyer une décharge électrique dans le dos, l’assommant sur le coup. Ensuite, elle me regarda un instant, hésitant à tirer, ce à quoi on peut la comprendre pour un type à l'accoutrement aussi étrange. Je lui fis signe de se calmer.

"Qui... qui êtes vous ?"

  C'était la première fois que j'entendais le son de sa voix. Elle avait un timbre très doux et agréable, surtout pour quelqu'un qui venait de manquer de se faire violer. Cependant, je n'avais jamais réfléchi à comment me nommer. Je répondis alors la première stupidité qui me passait pas la tête : 

"Justice...

-Vous êtes un nouveau super-héros ?

-En quelques sortes, répondis-je en me sentant sourire."

  Tout à coup, elle se précipita sur moi et m'enlaça en pleurant. C'était bien la première fois que ça m'arrivait. Je lui rendis son étreinte. Mes mains étaient posées sur son dos nu, ce qui me faisait parcourir le corps d'un frisson agréable.

"Merci... sanglota-t'elle."

  C'est depuis ce jour que mon service à commencé et que mon existence à pris un sens. C'est depuis ce jour que ce garçon banal-moins est devenu la Justice.

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