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Encre Nocturne   

Le cauchemar [-16]

Numénor | Publié mar 31 Oct - 23:56 | 8 Vues

Enzo observait le feu crépiter dans la cheminé du salon. Il ne prêtait pas attention à la discussion entre Louise et Gabriel qui se tenaient à quelques pas de lui. La chaleur diffusée dans toute la pièce créait une agréable sensation sur son visage. Il ferma les yeux pour profiter de ce pur moment de détente. La sensation de la main de Gabriel lui administrant une petite tape sur l'épaule le ramena à la réalité. 

- Eh bien alors Enzo ? Tu ne vas quand même pas t'endormir avant le début de ta chasse aux bonbons ! 

Revenu à ses esprits, il regarda son interlocuteur sans rien dire, l'air encore ailleurs l'espace de quelques secondes, et sourit. Il se redressa et sauta hors du canapé. Attiré par le brouhaha qui se dégageait de la cuisine, il alla voir le reste de sa famille. Ses parents et les parents de Louise parlaient, le sourire aux lèvres. 

- Ca va mon grand ? Tu as vraiment fier allure avec ce costume, mon petit vampire ! S'exclama sa mère amusée en voyant son fils rentrer dans la pièce. 

- Ah ! Et revoilà son acolyte fantomatique ! Releva son père en apercevant Louise entrer à son tour derrière Enzo, dissimulée sous un drap blanc lui arrivant jusqu'aux chevilles.

Gabriel, qui se tenait maintenant au pas de la porte, conclu :

- Il est un peu plus de 21h, je pense que c'est le bon moment pour aller faire le tour du voisinage, non ? 

Les 4 adultes acquiescèrent avant que la mère de Louise ajouta : 

- Reste bien avec eux, et veille à ce que ta soeur ne se prenne pas les pieds dans son drap. 

Après un signe approbateur, Gabriel, suivi des deux enfants, sortit. 

La rue était animée ce soir là, bien que peut être moins qu'il l'aurait imaginée. Gabriel marchait désormais derrière le duo de choc de la soirée. Il restait silencieux, pensif mais toujours vigilant. La fraicheur de cette nuit du 31 octobre le faisait un peu frémir. Il se dit qu'il aurait dût se couvrir plus, mais cette pensée s'envola immédiatement quand il entendit la porte de M. Andrew s'ouvrir. 

- Oh bonsoir les enfants ! Quels jolis costume ! Mais qui se cache derrière ce joli fantôme ? Oh ! Louise ! Tu m'as fait très peur tu sais. Pour la peine, voilà des sucreries ! 

Gabriel était resté en retrait et regardait la scène depuis le trottoir. Le voisin l'aperçut et lui fit signe de la main en guise de salutation, puis referma la porte. S'occuper de sa petite soeur et de son ami ne l'embêtait pas plus que ça, même s'il se dit qu'il aurait préféré aller tout de suite à la soirée organisée par Eléonore. Qu'importe, le tour du voisinage terminé, il aurait encore tout le temps de s'y rendre. Les maisons du quartier renfermaient une certaine élégance due à leur grand âge. Cette partie de la ville était réputée pour ses vieilles bâtisses, dont certaines faisaient la renommée de la commune. Après un bon quart d'heure à suivre les deux garnements, il se surprit à s'être arrêté quelques secondes pour contempler l'une d'entre elles. Il reprit son chemin d'un pas vif, ne voulant pas être trop distancé. 

- Treize maisons ! Je crois qu'on a battu notre record de l'année dernière.

Enzo réfléchit l'espace d'un instant et acquiesça : 

- Exact ! On avait fait douze la dernière fois ! 

Louise se retourna et vit son frère au loin. Elle sourit, et regarda son ami d'un air malicieux. 

- On lui fait une farce ? 

Sans attendre la réponse d'Enzo, elle se mit à courir. Il la suivit par réflexe plus que par approbation. Il entendit Gabriel au loin :

- Eh oh ! revenez ici ! 

 Ils détalèrent à travers les rues du quartier. Au bout d'un moment, ils s'arrêtèrent pour regarder s'ils étaient toujours suivit. Après quelques instants, ils conclurent qu'ils avaient réussi leur coup. Louise était toujours le sourire aux lèvres. Enzo, plus mesuré, se força malgré tout à esquisser un sourire. Ce n'est qu'après un cours instant que le calme des lieux l'étonna. La petite rue dans laquelle ils se trouvaient désormais était déserte. Aucun autre groupe d'enfant n'était dans les parages. Pendant qu'il regardait autour de lui, Louise s'était approchée d'un grand portail sombre. La rue n'était éclairée que par de pâles réverbères datant du siècle dernier et Enzo avait du mal à voir ce qui se cachait de l'autre côté de l'imposante entrée. En se concentrant, il devina la silhouette d'une vieille maison au fond d'un jardin parsemé de grands arbres décharnés. Louise se retourna vers Enzo. 

- Tu penses qu'il y a quelqu'un qui habite ici ? 

- Je ne sais pas trop... On devrait peut être retrouver Gabriel d'abord tu ne crois pas ? 

- Oh la chochotte ! Pense aux bonbecs ! 

- Attend deux secondes. 

Il fit quelques pas vers le coin de la rue pour voir si le grand frère de Louise n'était pas en vue. 

- Dépêche toi sinon t'en auras pas ! 

Il prêta à peine attention à la provocation de Louise et continua à marcher. 

- Allez ! Viens ! T'es vraiment qu'un gros peureux quand tu t'y met ! 

Le vend s'était levé et il grelotait dans son costume. 

- Enzo est une poule mouillée ! Enzo est une poule mouillée ! 

Il arriva finalement au coin de la rue. Il regarda d'un côté puis de l'autre. Personne. Il cru entendre des pas l'espace d'un instant. Il se concentra vers la direction d'où venait le bruit, guettant l'arrivée de Gabriel. Il attendit quelques secondes, mais le bruit s'était évanoui. Il ne restait plus que le silence, et le vent froid qui traversait ses vêtements. Il était embêté d'avoir perdu Gabriel. Il n'aimait pas être ici avec Louise dans une partie du quartier qu'ils ne connaissaient pas. Le silence commençait à l'angoisser. Il reparti dans la direction où se trouvait Louise mais s'arrêta net, pétrifié. Louise n'était plus là.

Il soupira en fixant la rue désormais vide. Il se mit à marcher lentement vers le portail. Sa respiration s'était accélérée malgré son calme apparent. La grille était entrouverte. Après un instant d'hésitation, il se glissa dans l'ouverture. Le grand jardin qui séparait le portail de la bâtisse donnait l'impression de dépérir. Il le traversa en restant sur le petit chemin de terre qui menait jusqu'au seuil de la demeure. Aucune lumière ne filtrait des fenêtres et la porte semblait fermée. Louise ne pouvait pas être entrée et pourtant, sa présence dans le jardin était improbable : malgré le peu d'éclairage, il l'aurait vue si elle s'était cachée dans le jardin. 

La porte de la demeure était faite d'un bois de bonne facture, même si le passage du temps n'avait pas épargné sa solidité. Il approcha lentement sa main de la poignée et la tourna avec précaution. Il entendit un petit clic suivit d'un grincement : la porte était ouverte. Enzo se retourna une dernière fois puis, après une grande inspiration, se décida à entrer. 

Il avançait lentement à travers le petit vestibule, sans faire de bruit, et arriva dans ce qui devait être le salon. La pénombre était telle qu'il avait du mal distinguer les meubles. Sa vue commençait toutefois à s'habituer à l'absence quasi-totale de lumière et il décerna un vieux canapé ainsi que des fauteuils recouverts de draps blancs. La maison semblait être abandonnée depuis longtemps. Il continuait de marcher en évitant de trop faire craquer les lattes du parquet. Il avait beau être désormais à l'abris du vent, il continuait à grelotter. Ses pieds se prirent dans quelque chose et il trébucha. Il se rattrapa in extremis sur le bord d'une cheminée. La sensation glaciale que lui insuffla ce contact avec le marbre froid le fit sursauter. Il souffla quelques secondes pour se calmer et alors qu'il allait reprendre son exploration, un craquement se fit entendre au premier étage. Il fixa le plafond quelques instants, paralysé par la peur. Le bruit s'arrêta. En regardant autour de lui, il entrevit un escalier à travers une ouverture, de l'autre côté du salon. Il avança, toujours avec lenteur et précaution, et arriva au niveau de l'escalier. Il allait traverser l'ouverture menant à l'escalier quand il remarqua qu'il se trouvait sur une porte tombée au sol. Il devait s'agir de porte qui séparait le salon du petit couloir menant à l'escalier. Il cru discerner des marques étranges disposées dessus. Il fronça les yeux pour tenter de mieux voir mais l'obscurité le fit renoncer à essayer de déterminer ce dont il s'agissait.

Il monta les marches une par une, silencieusement. La lumière pâle de la rue se reflétait sur les murs autrefois blancs du premier étage. Il se trouvait désormais dans une chambre. Un ancien portrait trônait au dessus d'un petit bureau dans l'un des coins de la pièce. Les craquements du plancher reprirent. Ils venaient de derrière la porte située au fond de la chambre. Son coeur frappait contre sa poitrine avec plus de violence à chaque battement. Le bruit se rapprochait, lentement mais sûrement. Il crut entendre quelque chose qui s'apparentait à une respiration difficile et qui accompagnait les grincements du bois. Il fixait la porte en serrant les dents. Il ne savait pas quoi faire. Se cacher sous le lit ? Revenir sur ses pas en courants ? Appeler au secours ? Tout était confus dans son esprit. Il avait les larmes aux yeux, transpercé par la peur. Toutes ses pensées se turent en l'espace d'une seconde. L'inquiétant bruit, lui aussi, n'était plus.

Un silence assourdissant régnait dans la pièce. Il fixait toujours la porte mais sentait une présence derrière lui. Il se tourna doucement. Prêt d'une des fenêtre de la chambre, Louise était là, immobile, toujours sous son déguisement de fantôme. Il aperçut la lueur de ses yeux exorbités. Il pouvait y lire une expression de terreur indicible. Sa peur ce changea en effroi quand il remarqua que ce n'était pas lui que Louise regardait, mais quelque chose d'autre, derrière lui. Il tourna lentement la tête et se trouva né à né avec une masse grisâtre et luisante aux contours indéfinissables. La forme se redressa, le dépassant d'au moins deux têtes, dans un silence en suspend. Elle s'approcha de lui en entament un cri strident, inimaginable, comme venant d'un autre monde. Ce qui semblait être sa tête était dépourvue de visage. Le cri s'intensifia et traversa son être de part et autres. Enzo s'évanouit. 

Le bruit du réveil le fit sursauter. Il était dans sa chambre. Huit heures dix. Jamais il ne ressentit un tel soulagement. Entraîné dans un fol enthousiasme, il se jeta hors du lit et dévala les escaliers jusqu'à la cuisine. Ses parents étaient attablés et lisaient le journal en prenant le petit déjeuner. Sa mère sourit en le voyant. 

- Alors Enzo, bien dormi ? 

- Oui super ! Dit il avec un sourire jusqu'aux oreilles.

- On a mit les bonbons que tu as ramené sur la table de l'entrée, c'était une jolie récolte dis donc ! 

- Oui ! On a assuré avec Louise ! 

Sa mère, toujours souriante, le fixa l'espace d'un instant, un léger tic sur le visage, signe d'une incompréhension manifeste. 

- Qui est Louise ? 

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