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Encre Nocturne   

Le Câble [-15] (Chapitre 3)

Drôld'oizo | Publié sam 4 Nov - 14:15

   Dans son box personnel au siège de l'ALID, à Capital Heaven ; l'inspecteur Rico, les pieds en éventail posés sur son bureau, savourait un vapo-cigare tout en examinant le dossier du jour.

Plus tôt dans la journée, un des gardiens de la porte du Iumentis s'était fait assassiner. Il était noté, dans le rapport en question, que l'émission des capteurs-émetteurs visuels et auditifs du gardien, ordinairement transmise au QG de réception, avait été coupée au moment précis où, conformément à ce qui était prévu dans l'agenda électro-encéphalique de ce dernier, il accueillait une « brebis ».

L'inspecteur n'avait pas manqué une seule picoseconde de la transmission. Pourtant, sous son feutre brun, là où se terrait la puce bioélectrique qui l'animait, il ne parvenait pas à décoder les nombreux codes qui lui obstruaient l'accès à la vérité.

En même temps qu'il s'emplissait de la délicieuse brume, chargée de compléments biologiques moléculaires, Rico passa en revue tous les détails composant le document radio  : l'androïde, avant que sa liaison avec le QG de réception ne se coupe, avait eu à faire à un individu de catégorie « insignifiant ». Ce dernier était enregistré sous le nom de Freddy Rude, il mesurait 1,78m pour 85kg, possédait une calvitie naissante et avait une prédétermination génétique pour le vice et l'individualisme. Il vivait seul, n'avait aucun emploi à l'heure actuelle, et subsistait grâce à une pension de type F, soit le minimum vitae pour pouvoir loger dans le Iumentis. « Décidément, ces mortels fragiles partagent tous les mêmes défauts... À quand la prochaine révolution robotique ? Il va bientôt être temps de se débarrasser de ses nuisibles, tous aussi oisifs les uns que les autres. »

Jusqu'ici, tout était clair. Mais Rico ne parvenait pas encore à saisir le sens des derniers mots capté et retransmit par le gardien biomécanique : « Bonjour, je voudrais un traîneau pour New Heaven s'il vous plaît. »

Ce dont il était certain, c'est qu'il avait affaire à un rusé. Mais ce n'était pas le premier à se frotter à l'intellect surpuissant de l'inspecteur. « En voilà un dont je vais me faire un plaisir de rendre à la poussière. Ce petit futé n'a pas finit de me faire cogiter. Mais il ne pourra pas m'échapper éternellement, même si il faut aller jusqu'à l'exhumer pour pouvoir le traîner en Justice. »

Soudain l'alarme du holophone, encré dans son bureau, se mit à sonner et le coupa dans sa réflexion, ainsi que dans sa phase de repos physique. Il appuya sur la touche « décrocher » de l'écran en verre, et le visage du récepteur en chef, Marconi Hertz, apparut dans un nuage holographique.

-Inspecteur Rico, matricule VZK12, je vous écoute.  lança avec agacement le fonctionnaire en voyant son supérieur, humain. Chose qui lui rappelait son statut hiérarchique de simple enquêteur – poste exclusivement réservé aux androïdes - ce qui ne manquait jamais de lui mettre les nerfs à vifs.

-On a du nouveau à te faire analyser ; c'est du direct live, ça nous vient des nano-robs du Iumentis, Secteur V, bâtiments 74. Branches-toi sinon tu vas perdre le plus important, ainsi que ton job ! 

La face boursouflée de Marconi se dissipa, et un rictus sadique se dessina sur les lèvres de l'inspecteur Rico.


L'aéromobile atteignit, en cafouillant et en fumant, la piste d'atterrissage de la colonne métallique, marquée d'un énorme 74 en jaune fluo, où domiciliait Fred. Ils venaient d'effectuer toute une ascension à la verticale pour arriver jusqu'ici. Phil, qui n'avait plus fait ce genre de traversé depuis au moins 20 ans, sentait sont estomac se noué sous la force de la pression qui s'était exercé sur eux.

Sortant de leur véhicule, ils affrontaient maintenant un horizon glacé et austère ; un champ immense regorgeant de piliers métalliques, tous semblables les uns aux autres, s'élevant dédaigneusement face aux insectes qui ne pouvaient que les contempler.

L'atmosphère était glaciale, contrairement au niveau inférieur, qui subissait à longueur de temps les morsures brûlantes du soleil. Ici, les rayons sulfureux de cette maudite boule de feu étaient annihiler par la voûte céleste de l'Astropolis, qui déversait aussi sa lumière sur ce vaste vergée d'acier. La lueur aveuglante des Feux (les habitations les moins nobles de « l'au-dessus ») foudroyait la rétine de quiconque la supportait sans porter de lunettes opaque à vision thermique. Ce qui était le cas de Phil, qui, ne pouvant supporter davantage la vision de ce paysage hostile, se retrouva à quatre pattes et finit par déglutir la mélasse ingurgité plus tôt, tout en vomissant un juron.

-Bon t'as terminé de salir le sol ?! Je te ferais remarquer que t'es plus chez toi ici, alors un peu de respect pour les lieux, merde !  Le réprimanda Freddy qui s'apprêtait à rejoindre la cabine transporteuse ; elle faisait presque tâche dans ce tableau gris et froid, tant elle irradiait de couleurs et de chaleur.

-Aide-moi à me relever saloperie... Plus tôt que de me regarder mourir. Réussit à dire Phil, entrecoupé de plusieurs relents gutturaux.

-Quel perte de temps... T'as intérêt à pas me faire la même une fois à l'intérieur, sinon je te fais payer tes dégâts, tu peux en être sûr. Souffla Freddy. Puis, lui tendant sa main -Allez ramène toi, j'ai pas envie d'avoir le cerveau congelé à cause de cette foutue banquise ferreuse. 

Phil lui l'a prit, et s'effondra soudainement sur le sol ; sa vision se troublant de plus en plus, il ne parvenait plus qu'à distinguer les lueurs aveuglantes des Feux qui valsaient sous ses yeux. Puis, plus rien... Sa conscience s'était tut. 

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