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Encre Nocturne   

Aube d'onyx - Partie 5

Hartsock | Publié dim 5 Nov 2017 - 14:18


5




SIDONIS LE CASTÉEN






Ce soir là, à plusieurs kilomètres des soucis de Callid et sa nièce, un jeune homme claquait la porte de sa chambre.


Sidonis avait dix-huit ans. Il était plutôt mince, mais doté d'un corps bien sculpté. Ses cheveux blonds en bataille allaient bien avec le peu de barbe sur son menton. Une cicatrice longeait le côté de son visage, bordant son œil gauche. Le jeune-homme avait obtenu cette cicatrice lors d'un énième abus d'autorité de son alcoolique de père. Le retour de l'armée avait été dur pour le père comme pour le fils. Il lui avait raconté l'enfer des cotes du Royaume Xenders, l'enfer de la défense de la ville de Lumos. Il lui avait conté entièrement la guerre du « Fanatisme Nocturne ». Ce conflit avait ruiné sa vie, alors Sidonis ne lui en voulait pas malgré toutes ses crises de colère. Seulement, cette fois-ci c'était la goutte qui faisait déborder le vase ! Il y avait bien eu une période où son père avait fait quelques efforts. C'était une époque où le jeune garçon était presque heureux. Le pauvre n'avait jamais eu d'amis, lors de sa dernière année d'école il avait trouvé un camarade de classe qui le comprenait. Un jour il l'avait invité chez lui avec l'accord de ses parents. La fin de journée approchant, son père avait proposé de ramener son ami chez lui. Surpris par cet élan de générosité venant de son père qu'il croyait sobre, il fut réjouit de cette action... Jusqu'au retour de ce dernier le lendemain matin. Il avait dû rentrer à pieds, son cheval ayant fait une crise de nerfs devant un de ses gestes brusques. Sidonis s'était empressé de demander des nouvelles de son nouvel ami, mais son père avait honteusement baissé la tête, car dans sa course, le cheval avait piétiné la nuque de son ami qui avait trébuché. Ainsi son père lui avait fait perdre le seul ami qu'il avait eu dans sa jeunesse. Cependant, son géniteur perdait plus gros : la confiance de son fils.


Tout au long de sa vie, Sidonis n'avait pas connu d'autre compagnon que la malchance. C'est pourquoi ce soir-là il se décida pour de bon à quitter le foyer familial.


Il rouvrit la porte de sa chambre une dizaine de minutes après, un sac sur le dos et ses vêtements en piteux état à l'intérieur. Sa mère, les yeux mouillés, l'interpella.

- Sid, je t'en prie attends... Bégaya-t-elle.

Les larmes coulaient sur son visage ridé. Après toutes ces années, elle avait gardé ses yeux ronds et bruns et son joli nez pointu. Ses cheveux châtains aux reflets roux chatouillant ses épaules, avaient quant à eux perdu de leur éclat. Elle restait tout de même une femme d'une beauté exceptionnelle. Sidonis, lui, avait hérité des yeux de couleur bleue foncée qu'avait son père.

- C'est trop, cette fois-ci je m'en vais ! Pouffa le jeune homme.

- Attends au moins que ton père revienne, je suis sûre qu'il sera de nouveau sobre et qu'il viendra s'excuser. Laisse lui une dernière chance, mon chéri...

- Non, c'est terminé. Si tu souhaites passer le reste de ta vie avec un ivrogne irresponsable cela n'engage que toi. Ponctua-t-il.


Le regard vide, il se dirigea vers la porte d'entrée. Les pleurs de sa tendre mère lui faisaient de la peine mais il ne se retourna même pas. Lorsqu'il ouvrit la porte, il aperçu à sa grande surprise, son père sur le palier.

- C'est comme ça que tu parles de ton vieux père ? L'interrogea-t-il sur un ton condescendant.

Les yeux remplis de défi, le jeune garçon voulait en finir. Ses deux petits frères étaient à côté, en train de contempler le spectacle tout en mangeant, à table. L'un d'eux laissa tomber le morceau de pain qu'il allait engloutir devant la confrontation de son frère aîné et de son géniteur. Sidonis n'en tint pas compte et répliqua sur un ton menaçant :

- Laisse moi passer.

- Tu ne tiendras pas deux nuits dehors, gamin. Ricana son père.

- Je vivrai bien mieux qu'avec un père qui n'a pas la volonté de se battre face aux problèmes de ses fils. Lâcha le jeune homme, pour mettre fin à ce débat qu'il trouvait stérile.


C'était la première fois que Sidonis tenait tête à son géniteur de la sorte. Il baissa vivement la tête, s'attendant à recevoir une baffe comme dans sa jeunesse. Mais rien ne se passa ; il risqua un coup d'oeil sur son père et vit que ce dernier baissait également sa tête, reconnaissant ses torts. Malgré tout son père restait bon au fond de lui, ses cheveux grisonnants l'avaient certes rendu grincheux mais ses yeux emplis d'honnêteté étaient restés les mêmes depuis de longues années.  

- Si tu penses que c'est mieux ainsi, je te souhaite bonne chance. Mais sache que notre porte te sera toujours ouverte, mon fils. Hoqueta son père, au bord des larmes.




Sidonis hocha la tête pour manifester son remerciement, et sans dire un mot, fila droit vers le chemin menant à la ville. Ses parents le regardèrent disparaître dans l'ombre, pleurant à chaudes larmes et se lamentant en se demandant ce qu'ils avaient pu omettre dans leur éducation.




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