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Encre Nocturne   

Capitaine Mac'

Tifani | Publié mer 22 Nov 2017 - 15:44

Dans ce rêve, j'étais amnésique, pour la première fois depuis longtemps. Pas moyen de me souvenir de quoi que ce soit, de mon nom, d'un mot... une véritable page blanche. J'avais été repêchée en pleine mer par un éleveur, mais qui se revendiquait de la confrérie des pirates.

Comme je ne me souvenais de rien, il m'a hébergée un moment (quelques mois, quand même), à ses frais, en échange d'un peu d'aide dans son exploitation. Brave gars, quand même. Et puis j'étais loin d'être exploitée, surtout que son exploitation était géniale. Comme on était proches d'une île et de récifs, il avait installé des ponts en bois qui ne flottaient pas sur l'eau puisque tenus par des piliers en bois bruts ancrés dans le sable. Les cabanes où on vivait flottaient sur l'eau en revanche, et à certains endroits, il fallait utiliser du matériel de plongée pour accéder à certaines parties de l'exploitation. J'étais loin de m'ennuyer, à vrai dire, je m'amusais comme une folle.

Et puis dans cet univers, certaines créatures étaient douées d'une intelligence entre celle des chiens et des chats, et celle des humains. Pour donner un exemple, dans son élevage, il avait une douzaine de coquilles géantes (elles faisaient plus d'un mètre de diamètre), qui étaient particulièrement caractérielles. Elles produisaient des perles géantes d'une qualité exceptionnelle, mais le seul moyen de les récupérer était qu'elles vous apprécient assez pour vous l'offrir. Autant dire que c'était très particulier de flirter avec une coquille pour récupérer des perles.

Dans cet univers, tous les capitaines pirates disposaient d'une sorte de dragon poisson, ressemblant assez au dragon chinois, mais couvert d'écailles beaucoup plus épaisses, et avec une tête beaucoup moins... noble, disons. Il leur servait de gardien, et leur permettait de naviguer seul dans les mers sans avoir besoin de s'encombrer d'un bateau, puisqu'il pouvait porter deux personnes en restant plus rapide qu'un bateau à voile classique.

De ce que j'ai compris, presque tous les pirates restants s'étaient auto-proclamés capitaines, puisqu'il ne restait littéralement que des capitaines dans la confrérie. Ou alors tout le reste était mort, ce qui serait beaucoup plus dramatique, mais j'avoue que je ne me suis pas vraiment posé la question sur le coup. Tous les capitaines se distinguaient par un tatouage particulier, réalisé en laissant une marque avec un couteau chauffé à blanc, et en gravant l'initiale C, suivie du nom de capitaine de son choix. J'ai pu donc m'auto-proclamer capitaine à mon tour, sous anesthésie heureusement, et était venu le moment de choisir son nom. J'étais probablement trop affectée par mon amnésie ou l'anesthésie pour me souvenir du sens de ce mot. Mais c'était très fièrement que je me suis auto-proclamée Capitaine Macaroni. Allez-y, jugez-moi. Jugez cette pauvre fille amnésique qui s'appelle désormais Macaroni. Reste que je suis un capitaine, et pas vous. (mais j'avoue que j'en ai honte quand même. Ca et les coquilles).



Plus tard, donc quelques mois après ma rencontre avec mon ami dont j'oubliais toujours le nom, il fallait se rendre chez une amie à lui, capitaine elle aussi, pour discuter d'affaires assez confidentielles. J'avais accepté de l'accompagner par curiosité, et puisqu'il savait que de toute manière je ne risquais pas de comprendre ou de me souvenir du sujet de la conversation. La capitaine était beaucoup plus impressionnante et charismatique que mon ami. On sentait vraiment l'aura d'un ancien capitaine, fier et méfiant. Son dragon poisson avait un peu la même aura, et avoir les deux qui vous fixaient pendant la conversation avait de quoi perturber. Je ne savais pas où me mettre.

Le dragon a fini par plonger, et je n'ai plus trop fait attention. Quand tout à coup, dans la langue propre aux pirates, donc que je n'étais pas censée comprendre, la fille m'a dit de faire attention, parce que son dragon était après moi. Je n'ai d'abord pas compris, puis j'ai relevé les yeux, pour découvrir le dragon qui me surplombait, visiblement menaçant. J'ai fait une première crise cardiaque, incapable de respirer ou de bouger. Puis il m'a déversé des litres d'eau chaude sur les jambes, me ramenant à moi. La situation n'avait plus aucun sens pour moi, mais j'étais soulagée qu'il en reste là, m'attendant à ce qu'il m'arrache la tête ou quelque chose du genre. Restait que mon pantalon était totalement trempé... et que ça chauffait plus particulièrement au niveau de ma jambe gauche. J'ai remonté prudemment mon pantalon... et nouvelle crise cardiaque.

Des annotations comme celles des pirates. Des dizaines d'annotations sur même pas le moitié du bas de la jambe, dont une série de nombres étranges, et le mot "officer". Elles n'étaient pas là avant. Je me figeai deux secondes, puis redescendis mon pantalon en mode "nope nope nope nope", complètement paniquée. Les capitaines me fixaient d'un air méfiant, et je sentais l'atmosphère s'alourdir un peu plus. Ils pensaient que j'étais quelque chose d'autre, un traître, un espion, mais quelque chose de pas très agréable pour moi. Je paniquais totalement, et m'écriai que je ne comprenais pas d'où ça venait, et me mettais à demander frénétiquement comment c'était arrivé là, et ce que ça voulait dire.

J'étais pratiquement hystérique, et ils finissaient par me croire au moins en partie. Ils avaient décidé de me prendre pour me ramener au dernier QG de la confrérie des pirates, dans un port plus au nord, mais pendant tout le trajet en bateau, à l'arrière, je n'arrêtais pas de paniquer. Dans cet univers, ce genre de tatouages représentaient presque exclusivement des rangs. J'avais une bonne dizaine de rangs dont je ne savais rien, et peut-être même plus. Et j'avais compris un langage que je n'avais jamais appris à ma connaissance. La question n'était même plus de savoir qui j'étais à ce stade. Les questions étaient "qu'est-ce que je pouvais bien être ? Etais-je seulement humaine ?" Un humain normal ne pouvait pas cumuler autant de titres en étant aussi jeune et inconnue que moi.



Là-bas, ils m'ont laissée rapidement pour partir pour la fameuse mission dont ils avaient parlé. J'ai regretté de n'avoir pas écouté et cherché à comprendre ce qu'ils allaient faire. Je les ai suppliés de me prendre avec eux, laissant même entendre que je ne prenais pas de place, et que je pouvais voyager avec les bagages, mais ils m'ont ignorée. Pour ma défense, je n'avais aucune envie de rester. Ici, les ennemis de la confrérie étaient interrogés à l'ancienne, c'est-à-dire, frappés, voire torturés physiquement et mentalement s'ils refusaient de livrer les informations dont ils disposaient. Et mon statut était tout sauf clair ici. Invitée, ou prisonnière ? Je regrettais mes coquilles.

Heureusement pour moi, j'étais tellement coopérative et paniquée, qu'ils ont assez vite compris que je ne jouais pas la comédie, et que j'étais réellement amnésique. Ils m'ont donc envoyée vers l'aile de recherche culturelle qui se chargeait d'étudier les légendes et mythes de la confrérie, pour savoir si l'un d'entre eux pouvait en savoir un peu sur moi, et sur qui je pouvais bien être. Le premier jour était intéressant, mais vain. Je passais mon temps à les suivre dans leurs immenses bibliothèques et salles d'études, curieuse, et répondant à leurs questions autant que je le pouvais, c'est-à-dire pas beaucoup.

J'étais calmée par l'ambiance apaisante de leur aile, mais quand j'ai dû aller prendre une douche le soir, le cauchemar avait recommencé pour moi. J'ai eu la stupidité de prendre une douche chaude. En sortant pour prendre ma serviette, je suis passée devant la glace. Une nouvelle crise cardiaque, mais cette fois j'ai dû faire une apnée d'une bonne minute avant d'arriver à émettre le moindre son. J'étais littéralement couverte de ces tatouages rouges. J'ai d'abord ri nerveusement, en mode "évidemment...", avant de paniquer pour de bon et de hurler quelque chose d'assez proche de "Mais qu'est-ce que je suis à la fin ?!"

Le rêve s'est en revanche arrêté là, mon cerveau ne pouvant sûrement pas supporter la vue de mon corps couvert de ces marques rouges, dans des centaines de langages différents. Le plus amusant étant qu'au milieu de tous ces rangs probablement honorifiques, se trouvait littéralement "Capitaine Macaroni". J'étais peut-être une entité immortelle, amnésique, et dotée de pouvoirs surnaturels... et qui s'appelait Capitaine Macaroni dans cette vie. Probable qu'à la longue je me serais fait appeler Capitaine Mac' pour éviter le ridicule de la situation.



Je vais donc terminer sur cette idée.

- Hé, comment tu as trouvé ton nom de capitaine ? C'est original ça mac !

- ... le talent.

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