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Encre Nocturne   

Crash sur le sphinx, une aventure d'Elfar l'espion pyromane. [-18]

Darkmichou | Publié jeu 7 Déc 2017 - 17:28 | 25 Vues

Des jours qu’il préparait cette opération. Il ne lui restait plus qu’à mettre l’homme d’affaires sur écoute et enfin, il saurait d’où et quand devait partir l’avion numéro FG8952 qu’il devait détourner. Un crash sur le sphinx… On lui avait déjà demandé bien pire, et Elfar n’en était pas à son coup d’essai. Trouvant cette mission presque trop facile pour lui, il avait refusé tous les nouveaux gadgets sophistiqués qu’on lui proposait, appareils d’écoute discrets, briquets-revolvers et autres pastilles mentholées au cyanure, ne gardant que sa traditionnelle malle de déguisements, un peu encombrante mais très complète, et le célèbre stylo plume incendiaire dont il était depuis bien longtemps inséparable. Ensemble, ils avaient fait brûler et exploser tellement de choses ! Elfar soupira d’aise en se remémorant tous ces doux souvenirs de mort et de chaleur. Mais il était désormais temps de passer à l’action.

Dissimulé dans un buisson face à l’énorme résidence dans laquelle il devait s’infiltrer, Elfar décida de se faire passer pour un nouveau membre du petit personnel pour être plus crédible une fois à l’intérieur. Fouillant pendant cinq bonnes minutes la malle à roulettes un peu encombrante mais tellement pratique dans laquelle se trouvaient ses différentes tenues, il trouva enfin ce qu’il cherchait. Elfar commença par s’épiler douloureusement le torse, ce dont il avait horreur. Il s’apprêtait à se raser la barbe mais réalisa que son cosplay de viking pour le concours de barbe annuel de son Islande natale l’été prochain risquait d’être une fois de plus compromis…

Eh bien au diable le protocole ! Son menton un peu trop dru ferait bien l’affaire pour une fois ! Plus personne ne toucherait à sa barbe ! Après tout, qui était l’abruti qui avait décrété qu’un homme de ménage / soubrette sexy se devait d’être imberbe ?! Fier de s’échapper une fois de plus des conventions stupides de son employeur, Elfar finit d’enfiler un corset noir en coton sur son torse nu, ainsi qu’un long pantalon en velours. Il était magnifique si l’on ignorait les bourrelets qui dépassaient çà et là, et la touffe de poils qu’il avait oubliée d’arracher près du nombril. Après avoir pris un rapide selfie, qu’il posta sur son compte insta avec les mots-dièse #RelookingExtreme, #CristinaCordula, et #SoubretteAujourdhuiVikingDemain, Elfar trompa aisément le garde posté devant l’entrée en lui suggérant de regarder l’éléphant rose qui volait là-bas alors qu’il n’y avait rien, une ruse ancestrale mais qui avait fait ses preuves plus d’une fois. Profitant de l’incompréhension du garde, qui s’évertuait à chercher la bête du regard, l’espion entra dans l’immense demeure, et entreprit de monter quatre à quatre les escaliers. Son plan était parfait ! Il savait qu’à cette heure-ci il ne croiserait personne dans les couloirs, le personnel s’affairant actuellement dans la cuisine pour préparer le dîner. Des jours d’observation étaient sur le point d’aboutir ! Elfar arriva enfin face au bureau de l’homme d’affaires. Il en était sûr puisqu’il était écrit « Bureau de l’homme d’affaires » sur la porte. C’était à lui de jouer !

Elfar ouvrit la porte comme si de rien n’était. Il tomba nez à nez avec l’homme qu’il cherchait, en pleine réunion sur skype, le réseau de communication le plus sécurisé au monde. Ce dernier lui jeta un regard noir. Faisant un coucou de la main et en disant sobrement mais en se déhanchant de manière insistante « oups, excusez-moi, je suis l’homme de ménage, je me suis trompé de pièce, oh ben ça alors, huhuhu ! Veuillez m’excuser ! », Elfar jeta d’un geste discret mais sensuel un micro trouvé dans sa panoplie de chanteuse pop et qu’il avait soigneusement imbibé de glu à prise extra rapide en direction du mur. Malheureusement, la glu avait déjà séché et le micro était désormais collé à sa main. Mais Elfar était un agent d’exception. Il avait évidemment prévu un autre micro. Interrogé sur l’absence de balai ou de serpillère dans ses mains, Elfar se trouva quelque peu à court d’arguments. Ne pouvant s’autoriser de rater cette infiltration, il entreprit alors de persuader l’homme sceptique qu’il maîtrisait une technique de nettoyage révolutionnaire qui ne nécessitait pas tous ces gadgets. Improvisant une petite démonstration, Elfar se cracha sur le poignet, peinant à dissimuler son dégoût, et se mit à frotter le mur avec à un endroit déjà propre pour montrer à l’homme d’affaires que le mur était effectivement toujours propre après son passage. Ce faisant, Elfar laissa discrètement glisser un micro le long de sa jambe et le fit rouler sous le tapis, ou plutôt à côté du tapis parce que bon, hein, faut pas déconner non plus, Elfar il veut bien faire ce qu’on lui dit mais il n’a pas de pouvoirs magiques non plus hein ! BON ! Envoyant un bisou en l’air à l’homme qui avait finalement succombé à ses charmes, et semblait désormais perché sur un petit nuage, Elfar s’éclipsa dans un sautillement qui se voulait sexy mais rappelait plutôt le yéti en rut se jetant sur une proie. Encore une mission réussie pour Elfar, un magnifique micro posé au milieu du parquet !

Elfar était fier. En ressortant, il demanda au garde s’il avait fini par voir le fameux éléphant. L’homme lui avoua, penaud, le regard rivé vers ses chaussures et les joues rougies par la honte, que non, il n’avait rien vu. Pour lui remonter le moral, ou plutôt pour fuir en fait, Elfar lui suggéra de compter jusqu’à dix en fermant les yeux et de regarder à nouveau si un autre pachiderme pointait son nez, ce que le pauvre bougre effectua sans rechigner, laissant l’agent d’exception traverser tranquillement la route. Elfar se retrouvait donc dans son buisson de départ. Il rangea ses habits dans sa fameuse malle, et eut un peu de mal à décrocher le micro de sa main mais finit par y parvenir. Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait de toute façon, et Elfar savait tout faire. TOUT ! Allumant ses enceintes bluetooth sur un petit volume pour ne pas être surpris par le vieux de l’autre côté de la route (Elfar regrettait un peu d’avoir refusé les oreillettes dernier cri) et priant pour ne pas être trop loin du micro sans fil, Elfar se mit à écouter ce qu’il se passait dans le bureau situé à quelques dizaines de mètres de sa cachette. Comprenant par le silence prolongé que l’homme d’affaires était parti manger, Elfar dût attendre une bonne heure, enviant les pigeons qui mangeaient des graines alors que lui devait pour l’heure se contenter d’un sandwich sodebo infâme qu’il avait dû acheter dans une station service un peu plus tôt dans la journée. Il n’y avait vraiment aucune commodité dans ce coin paumé… Enfin, il entendit un bruit de serrure et de porte qui claque. L’homme était revenu dans son bureau !

_ Oui patron, l’avion part demain du Caire à 5h06. Oui oui absolument, je parle bien de l’avion numéro FG8952. Oh tiens, quelqu’un a oublié un micro par terre, je vais le jeter à la poubelle, je ne vois pas à qui ça pourrait servir.

Eh bien voilà, jubila Elfar ! La moitié de la mission était accomplie ! Il ne lui restait plus qu’à aller au Caire, s’introduire par effraction dans le jet privé en question et le crasher sur le sphinx, juste après avoir utilisé le siège éjectable. Rien de plus facile !

Réalisant qu’il était déjà 21h et qu’il était en France, à la campagne, à des kilomètres du moindre aéroport, et qu’il n’était pas sûr qu’il y ait réellement un siège éjectable dans l’ avion en question, qui n’était certainement pas de qualité islandaise, Elfar fut pris d’une flemme gigantesque de faire cela. Et d’un doute aussi : est-ce que son patron avait voulu que cette mission soit sa dernière mission, parce qu’il leur coûtait trop cher au vu de son expérience exceptionnelle ? Le faire mourir dans un accident de siège éjectable ? Mais c’était parfait ! Lui qui craignait de déposer sa démission pour se lancer dans sa carrière de cosplayeur, il était comblé !

Bon, il ne restait plus qu’à trouver une manière de crasher cet avion ! En ayant marre de tous les subterfuges qu’il utilisait à longueur de journée, Elfar décida de faire les choses un peu plus franchement, « à la Elfar », en rejoignant illico l’homme d’affaires dans son bureau. En couchant avec, il pourrait peut-être le duper ! Il s’élança donc en direction de la résidence, manquant au passage de se faire écraser par un éléphant rose qui passait par là. Manque de pot pour le garde, il s’était assoupi sur le paillasson et ne l’avait même pas vu. Le repas du soir étant terminé à cette heure-ci, le petit personnel était à présent disséminé dans toute la résidence. Elfar entreprit donc d’assomer tous ceux qu’il croisait. Il maîtrisait une astuce secrète coréenne qui consistait à disposer les corps d’une certaine façon pour qu’ils ressemblent à des paillassons. Il ne l’avait jamais testée auparavant, mais effectivement, ça marchait bien ! Trébuchant sans trop comprendre dans plusieurs paillassons, Elfar arriva devant la fameuse porte et entra au culot dans le bureau de l’homme d’affaires.

_ Oh, c’est encore vous ? s’exclama l’homme en rougissant.

_ Oui oui, encore moi ! Excusez-moi, je viens d’avoir votre patron au téléphone, il m’a demandé de vous transmettre un message. Pour le vol de demain matin de l’avion FG8952, il faut impérativement changer la destination. Il doit se poser SUR le sphinx.

_ Sur le sphinx ? Mais c’est impossible !

_ Mais non, je vous assure, pas pour un pilote expérimenté. Appelez-le !

L’homme d’affaires s’exécuta, un peu surpris. Se retournant vers Elfar, il lui dit que le pilote protestait.

_ Passez-le moi, exigea Elfar.

L’homme d’affaires s’exécuta, et Elfar usa de ses talents de persuasion en utilisant une technique de manipulation congolaise qu’il avait apprise au Pérou.

_ C’est bon ! s’exclama-t-il en raccrochant !

_ Super s’écria l’homme. Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Elfar n’avait pas eu besoin de faire l’amour pour le duper finalement, l’homme était bien trop crédule. Mais il en avait tout de même un peu envie histoire de passer le temps avant le crash de l’avion. Les deux hommes firent donc l’amour sur, dans, sous et à travers le bureau (qui avait un peu cassé sous les coups de hanche frénétiques d’Elfar, le pauvre), dans des positions improbables, pendant de longues heures. Après tout, Elfar n’était jamais essoufflé. L’homme d’affaires finit par s’endormir nu sur sa chaise de bureau, un sourire béat sur les lèvres, tandis qu’Elfar allumait la télévision. Timing parfait ! Les nouvelles étaient bonnes ! Un avion venait de se crasher lamentablement sur le sphinx en tentant d’atterrir dessus, tuant sur le coup Donild Tramp, le président américain qui rendait visite au curieux monument tôt dans la journée pour ne pas avoir trop chaud et éviter le pic de touristes chiants.

_ Ah c’était donc lui la cible ! s’exclama Elfar. Pourquoi faire simple…

En tout cas, c’était encore une mission réussie pour Elfar ! Néanmois, une petite frustration subsistait dans son esprit. Il n’avait pas pu utiliser son stylo incendiaire fétiche de toute la mission ! Laissant derrière lui l’homme d’affaires dénudé et qui n’avait même pas d’abdos saillants, Elfar descendit au rez de chaussée et mit le feu à tous les rideaux qu’il croisa dans l’immense résidence, actionnant frénétiquement son fabuleux stylo et assouvissant ses pulsions sanguinaires et pyromanes, heureux d’entendre les cris de tous ces braves gens flambant vifs dans le brasier.

Plus tard, Elfar mettrait ce malencontreux incident sur le compte de l’ « euphorie de la victoire », argument volontairement foireux. Enfin son patron aurait une raison valable de le virer ! Il n’aurait même pas besoin de déposer sa démission et on ne tenterait plus de l’assassiner parce qu’il coûte trop cher! Elfar marcha quelques centaines de mètres avec sa malle à roulettes le long de la route, le sourire aux lèbres, et retrouva sa Twingo cachée dans un sous-bois. Faisant ronronner le moteur, Elfar s’élança à pleine vitesse vers le soleil levant, se délectant de la forte odeur de fumée qui s’accrochait toujours à ses vêtements. Il était à la retraite ! Il fallait qu’il le twitte !

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