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Encre Nocturne   

Semaine 6 | Projet Bradbury 2.0 | Phoenix

Phoenix | Publié dim 10 Déc - 9:06

Igor rentrait chez lui après une journée de travail. Celle-ci avait été épuisante et plus longue que d'habitude, il avait hâte de pouvoir s'affaler dans son canapé devant une mauvaise émission de télévision. Arrivant devant le parking de son block, il vit qu'une voiture, garée en travers, lui bloquait l'accès. Il se gara juste devant elle mais sans la toucher et se mit à klaxonner avec insistance pour que le malotru dégage le passage. Après plusieurs minutes, l'homme se décida à bouger sa vieille voiture. Igor pénétra en trombe dans le parking, non sans avoir copieusement insulté l'homme et son épave en passant. Il se gara en finissant de lâcher une bordée de jurons et s'engouffra dans un hall sale et délabré. Sans un regard pour l'ascenseur, il gravit péniblement les marches, se hissant jusqu'au troisième étage. Arrivé dans un couloir où tout menaçait de tomber en ruine, il glissa sa clé dans la serrure du numéro 13 et entra dans son piteux appartement.


Il alla se changer dans sa chambre pour enfiler un vieux jogging et un pull, laissant son bleu de travail en plan sur le sol de la pièce. Il passa ensuite par la cuisine pour prendre une bouteille de bière dans son frigo puis s'affala dans son canapé miteux. Il se fit un peu de place, sur la planche qui lui servait de table basse, en poussant un tas de bazar d'un revers de la main. Il y posa ses pieds et alluma son téléviseur. Il resta devant pendant plusieurs heures en sirotant son alcool, il ne s'en décrocha que pour aller se trainer pour chercher quelque chose à manger. En chemin vers la cuisine, il fut stoppé net par des coups frappés à sa porte.


Igor se dirigea jusqu'à son entrée en maugréant et l'ouvrit avec la ferme intention de chasser celui ou celle qui avait osé le déranger. Il aperçut son voisin de palier et se contenta donc de le saluer avec mauvaise volonté. Celui-ci demanda à Igor s’il avait des nouvelles de son plus proche riverain car lui ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours... Or l'homme qui habitait à gauche de l'appartement d'Igor sortait presque tous les jours. Le quadragénaire russe grommela une réponse négative à l’encontre de l’importun. Ce dernier hocha la tête, il semblait inquiet mais prit congé sans demander son reste. Igor le salua d'un geste, ferma sa porte à clé et retourna vers son canapé en trainant des pieds. Il ne se souciait pas de la vie de ses voisins, il avait déjà bien assez de la sienne... Le reste de sa soirée fut simple, il s'endormit sur le canapé, repus et imbibé et avec sa télé hurlant des inepties.


Le lendemain, il se leva avec l'impression qu'un lutin était en train de jouer du tam-tam dans sa tête mais il était habitué et savait qu'un bon café arrangerait tout. Comme tous les matins, une fois son breuvage chaud et amer avalé, il enfila son bleu de travail crasseux et ses chaussures de sécurité avant de décrocher son imper et de partir pour une journée de main-d’œuvre sur un chantier. Une journée semblable à celle qui s'était terminée et surement pareille à celle de demain.


A la fin de la semaine, le voisin qui était déjà venu, se représenta chez Igor qui l'accueillit froidement, n'ayant pas envie d'être importuné. Celui-ci s'inquiétait toujours pour les autres... Il avait beaucoup moins croisé tous les habitants habituellement actifs de l'étage et avait repéré des mouvements suspects sur le parking de la résidence. Igor haussa les épaules mais affirma au visiteur qu'il allait être un peu plus attentif dans les jours à venir. L’homme soupira, peu convaincu mais il remercia le quadragénaire et repartit vers son logement. Bien qu'il ne s'occupe pas des autres habitants de l’immeuble, cette histoire commençait à trotter dans la tête de l'alcoolique... Il se promit de faire un peu plus attention quand il partirait aux aurores les matins et s’il croisait d'éventuels autres habitants dans la cage d'escalier. Il ne remarqua rien dans les jours qui suivirent et ses horaires étant décalés, il ne croisa pas âme qui vive dans les communs.

Un matin, bien avant que le soleil ne se lève, il vit un véhicule inconnu sur le parking. Celui-ci n'avait aucun signe distinctif mais ses vitres fumées et le fait qu'il soit dégelé mirent la puce à l'oreille d'Igor. Il ne s'en approcha pas mais il nota sa présence. D'autant plus que certaines voitures des habitants de son block semblaient ne pas avoir bougé depuis plusieurs jours alors que certains étaient censés travailler. Malgré cela, il haussa les épaules, monta dans la voiture et démarra en trombe pour ne pas être en retard.


Pendant qu'il était à son travail, un étrange manège eu lieu. D'autres camions vinrent se garer sur le parking du block et plusieurs hommes en combinaisons blanches et masques descendirent pour se diriger vers le bâtiment. Il était encore tôt et la plupart des habitants dormaient toujours. Quelques minutes plus tard, les hommes étaient tous redescendu avec des sacs et les caisses qu'ils avaient amenées vides et qui semblaient à présent, plus lourdes. Ils remontèrent dans leurs véhicules et quittèrent les lieux. L'opération, plutôt silencieuse n'avait pas duré plus d'une quinzaine de minutes. Un seul de ces véhicules resta sur le parking de la résidence, à la même place.


Igor ne rentra que deux jours plus tard, d’un gros chantier à l’autre bout de la région, exténué. Il gravit rapidement les escaliers, entra dans son chez-lui et alla directement s'affaler sur son canapé et s'endormi aussitôt, tout habillé. Il s'éveilla le lendemain matin avec un mal de crâne lancinant. Péniblement, il se traina jusqu'à sa cuisine et prépara son petit-déjeuner. Il était tard par rapport à ces horaires habituels et il n'entendait aucun bruit. Il trouva cela étrange, comme les autres évènements qu'il avait remarqués mais, il décida de ne pas s'en mêler, cela ne le concernait pas. Il continuerait à mener son traintrain quotidien comme il l'entendait et la personne qui arrêterait ça n'était pas encore là.


Sa journée de repos se passa comme tant d'autres. Une bouteille de vodka et plusieurs de bière, des victuailles, sa télé et son canapé. Il ne lui fallait rien de plus. Il prit tout de même une douche rapide avant de s'installer devant le téléviseur. Ni lui ni rien ne bougea de la journée dans le bâtiment résidentiel. Il semblait qu'il n'y avait pas âme qui vive. Igor, lui, endormit  dans son canapé, les pieds sur sa table crasseuse, n'entendit pas les deux hommes en noirs qui montaient rapidement les escaliers jusqu'à son palier. Minutieusement, ils démontèrent la grille de ventilation défoncée qui donnait dans l'appartement de l'ivrogne. Ils répandirent ensuite une petite quantité de poudre blanche dans le conduit d'aération avant de refermer la grille. Ils repartirent aussitôt.


Igor se réveilla une heure plus tard en toussant comme s’il avait fumé dix paquets de cigarettes, ça ne lui arrivait pas souvent de tomber malade. Il alla péniblement jusqu'à sa pharmacie, dans sa salle de bain et avala quelques cachets... Puis retourna se vautrer dans son canapé où il resta jusqu'au moment du diner. Le soir venu, il mangea un peu même si il se sentait faible.


Dans les jours qui suivirent, son état s'aggrava. Malgré ses réticences, il se décida à aller demander conseil à l’un de ces voisins. Il sortit donc de son appartement et se dirigea vers l’une des autres entrées de l'étage en se tenant au mur, il était pris de vertiges. Arrivé à destination, il tambourina comme il put contre la porte. Aucune réponse ne lui parvint. Il recommença en frappant plus fort, toujours pas de réponse mais elle s'ouvrit, n'étant pas fermée à clé. Igor appela, du plus fort qu'il put mais l'appartement semblait vide. Il y pénétra et fit un rapide tour. Rien ne manquait, ses voisins semblaient être partis précipitamment en laissant leurs logis en plan. Igor sortit de l'appartement et se dirigea vers une autre porte en continuant d'appeler. Sa tête tournait de plus en plus et il ne se sentait pas bien.

Il fit le même constat dans les autres appartements de l'étages, les occupants semblaient être partis à la hâte et avait tout laissé derrière eux. Il décida de descendre à l'étage inférieur mais il s'effondra dans l'escalier, heurta une marche et perdit connaissance. L'esprit embué quand il se reprit, il ne réussit pas à se relever tout de suite, il lui fallut plusieurs minutes avant de récupérer. D'une démarche hésitante, il parvint au deuxième niveau et y fit les mêmes constatations qu'à son étage. Les appartements vides et laissés tel quels. Igor tituba et vomit du sang dans une quinte de toux. Sa vision se troubla et il sentit ses forces l'abandonner. Il s'effondra sur le sol, mort.


Une heure plus tard, les camions étaient de retour sur le parking avec une armada d'hommes en combinaisons et avec des masques. Ils montèrent sans hésiter au deuxième étage et glissèrent le corps d'Igor dans un sac mortuaire, après l'avoir examiné et relevés un certain nombre de mesures et d'échantillons. Une équipe descendit le corps et les prélèvements dans un des camions, qui partit immédiatement. Toutes les autres équipes étaient en train de vider les appartements de tous les meubles et effets personnels des anciens habitants. Ils avaient pour consigne que l'endroit devait être entièrement vide.
Sur le parking, deux voitures noires et luxueuses, de marques allemandes, se garèrent en même temps. Deux hommes costumés en descendirent et se serrèrent la main, veillés par leurs gardes du corps respectifs.


-Monsieur Ismakov, nous sommes très contents d’avoir pu faire affaires avec vous.


-C’était un plaisir pour moi aussi, répondit-il


Le responsable des tests, du laboratoire Trekov fit signe à un de ces hommes qui apporta une valise au promoteur immobilier. Celui-ci en examina le contenu rapidement, puis la referma. Il semblait y avoir la somme convenue. Un de ces gardiens rangea la valise dans le coffre de la berline.


-J’espère que cet essai vous servira pour le médicament que vous essayez de développer


-Sans aucun doute, c’est toujours une chance de pouvoir faire des essais grandeur nature lorsque l’on travaille sur des organismes vivants et encore plus lorsqu’il s’agit de développer des remèdes, expliqua l’agent des Laboratoires Trekov. Que va devenir cet immeuble à présent ?


-Il va être entièrement détruit, nous allons construire un complexe hôtelier à la place. Ce sera beaucoup plus beau dans le paysage et rapportera plus d’argent que ce vieux block. N’ayez crainte, notre petit arrangement ne sera pas découvert.


-Je l’espère bien, le coupa le responsable. Mais je vous fais entièrement confiance pour ça.


-Je vous remercie, mon équipe de démolition sera bientôt sur place et ce bâtiment et ses habitants ne seront plus qu’un lointain souvenir. C’était, pour la plupart, des personnes seules et peu argentés, sans famille… Ils ne manqueront à personne.


-Très bien, c’est parfait, conclut l’agent.


Les deux hommes se quittèrent à l’arrivée des démolisseurs. Il ne resta bientôt plus qu’un plus qu’un amas de gravats à l’emplacement de la barre d’immeuble. Quand toutes les voiture eurent quitté les lieux, c’était comme si il ne s’était jamais rien passé.

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