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Encre Nocturne   

Soirée

Ilya | Publié dim 28 Jan 2018 - 23:04

 Ce soir, la musique est douce. Elle m'englobe, me caresse alors que je danse. Je la laisse m'emporter... Chaque chanson qui passe est une nouvelle émotion... C'est ce que j'essaie de croire... Je brise la sirupeuse illusion d'un éclat de rire intérieur. « chaque chanson est une nouvelle émotion » ! Au fond de moi, il n'y en a qu'une qui bat, et elle ne change pas. Elle n'a pas vraiment de nom... C'est un mélange confus d'émotions, qui n'en donne qu'une au final. Et elle n'a pas de nom. Du moins, je ne le trouve pas...

Elle fait, que je te regarde, alors que tu danses avec tes potes... Elle remplit mes yeux d'un étrange désespoir espérant. L'expression est malhabile, mais je ne suis pas très bonne pour trouver les mots, et c'est ce qui s'en rapproche le plus. J'ai envie d'espérer, et en même temps, je dois me l'interdire. Tu es amoureux d'une autre. Je visualise encore le regard que tu as sur cette photo. Jamais je n'ai vu une photo de couple avec des regards si plein d'amour. Un amour pur, pas niais. Cette photo est belle, c'est pour ça qu'elle me déchire le cœur. La fille à côté de toi, ce n'est pas moi, et depuis que je l'ai vu, cette photo, je sais que tu ne me regarderas jamais comme ça. Je le sais tellement, que je n'ai jamais réussi à t'imaginer me regarder comme ça, alors que je te vois le faire si bien avec elle...

Je ne la connais pas, j'aimerai pouvoir la détester, mais elle a le même regard franc, et un joli sourire. On ne l'imagine pas faire de mal à une mouche....

Je vais être franche, je sais qu'on ne se connaît pas beaucoup, je sais que je ne sais presque rien de toi, mais le peu que je sais sur toi m'électrise. Quand je te sens dans mon dos, mon cœur s'accélère, ma pression artérielle monte légèrement, je suis nerveuse. Ils diront que je suis amoureuse... Je ne vais pas jouer sur les mots et dire que non, l'amour, ça se construit, c'est ce regard sur cette photo, ce que je ressens c'est une simple attirance... Une simple attirance qui m'a fait pleurer, seule dans ma chambre, repliée sur mon lit, face à cette photo. Je ne peux nier l'évidence... je ne peux briser ce que vous avez construit, c'est beaucoup trop beau... et ça me donne envie de vomir. Tous les autres couples, même ceux qui s'aiment vraiment, je m'en moque, ils ne me semblent pas intouchables, à la limite du sacré, mais vous...

Et le pire, c'est que ça me montre ce que je n'aurai jamais. Laisse-moi être franche à nouveau... Cette « simple attirance », je ne l'ai ressenti qu'une fois avant toi, et j'ai attendu des années avant de la ressentir à nouveau... Combien de temps vais-je devoir attendre à nouveau ? Et vais-je seulement pouvoir m'en défaire ? Je t'ai sous les yeux constamment. Tu es si près... Je te vois tous les jours, et même si ce n'est que de loin, j'ai peur que cela m'empêche de t'oublier. La preuve, je suis toujours autant accrochée, alors que cela va faire un mois que je l'ai vu cette maudite photo !

Je te veux, je veux t'embrasser, mais je la revois sans cesse, sous mes yeux, et je ne peux pas ! Mais ne pas le faire me fait souffrir ! Et le faire me fera souffrir aussi ! C'est ce qu'on appelle un choix ?! Et pourquoi je t'aime d'abord ? Pourquoi faut-il que je te trouve différent ? Je ne pouvais pas aimer quelqu'un que je trouve comme les autres ? Comme ça, je n'ai pas peur de ne jamais en retrouver un comme lui ! Mais voilà, j'ai toujours rêvé de quelqu'un d'arrogant, d'assuré, d'intelligent, d'ambitieux... Ils diront qu'il y en a plein des types comme ça ! Mais tu sais quoi, il n'y a pas assez de mots pour décrire le caractère de quelqu'un, pour décrire son aura ! Ce qui me plaît, je le vois parfaitement, mon cœur sait se le représenter d'un parfait battement, mais quatre mots ne suffisent pas... Et tout un paragraphe serait long, ennuyeux, trouble, inutile, même s'il me donnerait raison pour montrer que tu es unique ! Salaud, pourquoi tu peux pas être comme tout le monde, hein ?

J'essaye de t'en vouloir, de me dire que c'est ta faute si je souffre, mais voilà, il y a cette photo... Elle me dit que tu ne peux pas faire de mal... Maudite soit-elle ! Je m'en ficherai que tu aies une copine sans elle ! Je n'aurai pas connu son visage et ces yeux-là ! Mais là, je les vois, et je culpabilise ! Je culpabilise de ressentir ce que je n'ai pas choisi de ressentir...


Le pire, c'est que je crois que si je faisais des efforts, je pourrais arrêter de ressentir tout ça, je pourrais me contrôler... Mais voilà... Cela fait tellement longtemps que j'ai attendu que ce sentiment revienne... Je ne peux pas l'abandonner maintenant... Même s'il m'éviscère lentement à certains instants... Même si je ne t'aurai pas... Quand je te croise, ce battement de cœur, cette montée de ma pression artérielle, cette tension, même si je suis la seule à les ressentir, ils sont bien réels... Et je n'arrive pas à m'en détacher. Ne pas t'aimer, c'est ne pas souffrir, mais t'aimer, c'est ne pas s'ennuyer. C'est pour ça que j'ai mal... J'ai plus peur de l'ennui que de la douleur. Et voilà, je ne peux m'en vouloir qu'à moi-même, pas à toi....

J'ai trop bu, c'est évident, c'est pour ça que ma souffrance voulue s'est accentuée pour se rapprocher la limite de l'intolérable, sans pour autant la franchir.Et c'est pour ça, je suppose, qu'elle s'accompagne d'une euphorie masochiste. Les lumières dansent, la pièce tourne, mes pensées deviennent floues. Ma logique me fuit. Incapable, d'émettre une pensée cohérente, je ne suis plus qu'un coeur dans ma tête. Je ne peux plus mentir, je ne peux plus cacher mes secrets. Je ne peux plus me mentir.

Mes pensées sont troubles, je ne sais plus vraiment où j'en suis. Il y a ce type qui me parle. Je lui réponds. Il m'attrape, je crois qu'on danse, ma tête tourne déjà, et j'invite mon corps à l'imiter, en compagnie de cet homme aux traits flous... J'ai la bouche pâteuse, la tête qui tourne, mon cœur est une bouillie d'émotions contradictoires qui résonnent jusque dans mon crâne, tellement que je ne m'entends pas penser. Le type flou me tire par le bras. Je crois qu'il veut m'emmener quelque part. Je fais non. Il insiste. Je redis non. Il ré insiste. Je m'énerve et baragouine plus que dit, que non c'est non. Apparemment, je ne suis pas claire quand je baragouine, même si mes mouvements énervés et patauds sont assez explicites. Je me débats. Et là, il a fallu que tu t'en mêles.

L'alcool redescend d'un coup.

« -Hé, elle t'a dit non, laisse-la tranquille !

-Mais de quoi tu te mêles, je peux me défendre toute seule !

-Pas avec 10g dans chaque bras !

-Ça va, je suis assez grande ! »

Tu t'en vas, énervé, l'autre est parti avant toi. Je te comprends. Mais je me comprends aussi. Ça ne te suffit pas d'être plus attirant que tous les autres ? Il faut qu'en plus tu sois gentil ?! Je sais, sur cette photo, ça se voit que tu l'es, mais je m'en moque de cette photo ! Je m'en moque ! Je t'interdis, je t'interdis formellement d'être gentil avec moi ! Pour qui tu te prends ?! Tu es déjà mon idéal, tu n'as pas besoin d'être parfait en plus, alors barre-toi, dégage ! Hais-moi, j'en ai plus rien à foutre ! Mais... ne... soit... pas... attentionné.... avec... moi... Sinon, cela ferait de toi mon âme sœur à sens unique, et cela, je ne pourrais le supporter. La douleur sera telle, que je lui préférerais l'ennui, mais mes sentiments seront tels, que je ne pourrais plus les détruire...

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