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Encre Nocturne   

Assassin [-15] [Chapitre 18]

Pako | Publié lun 2 Avr 2018 - 0:02

Chapitre 18 : Anaït Salian

 

 

Après trois jours passés à traverser la forêt, puis une semaine dans les plaines, nous arrivons enfin en vue de Raellius.

La ville est ceinte d’épaisses murailles de pierre ocre, et on ne distingue pas de tours vertigineuses comme on pouvait en voir à Asogno.

La porte principale se dresse au bout d’un pont levis enjambant un bras de mer qui fait le tour de la cité. C’est le seul accès à la ville.

Le garde nous arrête et notre guide lui présente le laisser-passer rédigé par Barnabé. Il ne dit rien de plus et dégage sa lance, nous laissant le passage.

Les maisons sont faites de la même pierre ocre que la muraille. Elles sont trapues, les plus hautes ne faisant guère plus de sept ou huit mètres de haut.

-La ville est divisée en quartiers, sous la coupe d’un corps de métier particulier, nous explique notre guide. Elle est dirigée par une guilde de mercenaires, dont le chef est Anaït Salian. Nous allons la rencontrer tout à l’heure, quand vous vous serez installés dans la maison qui a été prévue pour vous. Allons-y.

La ville est en pleine effervescence. C’est le milieu d’après-midi, les rues sont pleines de marchand qui s’invectivent, d’ouvriers qui portent des sacs, de femmes qui chantent et dansent. Ils sont tous vêtus de couleurs vives, portant de grandes tuniques jaune, rouges, ou bleues.

-Nous sommes dans le centre-ville, où toutes les corporations se retrouvent pour commercer. C’est le centre économique de la cité, et nous sommes tout proches du port, d’où partent les bateaux. Les acheteurs viennent ici signer les contrats de vente, puis leurs bâtiments sont chargés par les dockers, les seuls ouvriers qui n’appartiennent à aucune maison commerciale. Nous sommes bientôt arrivés.

Il nous emmène vers des ruelles adjacentes moins bruyantes, puis pousse la porte d’une petite maison coincée entre deux bâtisses cossues.

-Voilà votre chez vous. Un messager d’Anaït viendra vous chercher quand elle sera prête à vous recevoir. Quant à moi, j’ai à faire à Asogno. Puisse votre avenir vous sourire, Charlie Steinway, Thimothée des Loups d’Hiver !

Il s’éclipse, nous laissant seuls. Je rentre dans la maison en soupirant. Pas fachée d’être arrivée. La porte principale donne sur une pièce à vivre assez spacieuse, et je dépose mes bagages sur la table qui trône au centre, me laissant tomber sur le banc de bois.

-Je veux avoir un nom de famille, Charlie, s’exclame Thimothée en laissant tomber son sac et en commençant à fureter partout dans la maison.

-Tu n’avais pas des parents à une époque ?

-Tout ce que tu veux sauf leur nom, réplique-t-il en posant un verre d’eau devant moi.

Je bois d’une traite tout en réfléchissant. Inventer un nom ? Ca n’aurait aucun sens, mais en trouver un est compliqué.

-Tu ne peux pas t’en trouver un tout seul ? Je suis pas ta mère, asséné-je en me levant.

Je fais le tour de la pièce, ouvre les fenêtres qui donnent sur la rue. Je pousse une porte qui amène dans une petite salle de bains. Je monte ensuite à l’étage par un escalier en colimaçon taillé dans la pierre ocre qui compose tout ici. Il y a deux petites chambres et une salle d’eau à l’étage.

Pourquoi est-ce qu’Anaït fait tout ça pour nous ? Elle ne nous doit rien. Je lui poserai la question quand je la rencontrerai ce soir.

Je m’assois sur un lit et contemple mon reflet dans le miroir de l’armoire. Je suis devenue un peu plus adulte, si on considère que j’aie jamais été enfant un jour. M’occuper de Thimothée m’a fait grandir. Il est plus jeune et plus naïf que moi, et j’ai été obligée de l’empêcher de faire n’importe quoi pendant le voyage. D’ailleurs, il ne fait plus un bruit, je me demande quelle bêtise il a encore inventée.

Je soupire et redescends. A mon grand désarroi, il est en train de cuisiner. Il a allumé un feu dans le grand four en pierre qui occupe un angle de la pièce principale, et a disposé une casserole sur la cuisinière.

-Tu veux nous faire manger quoi, du carbone ?, raillé-je en le poussant pour reprendre les choses en main.

La dernière fois qu’il a voulu nous préparer un repas, il a failli cramer la forêt. Depuis, je m’occupe des repas, même si je suis mauvaise cuisinière.

Je mets de la viande à cuire, finis la sauce qu’il avait entrepris de préparer, puis dispose deux assiettes pleines sur la table.

Nos placards sont remplis de victuailles, et nous avons tout ce dont nous pouvons rêver comme vaisselle.

Thimothée bougonne un merci quand je lui tends une fourchette, mais mange quand même. Un vrai repas, ça fait du bien.

Nous défaisons ensuite nous valises. J’ai emmené ma robe et le strict minimum quand nous sommes partis. Je n’avais pas un grand choix de garde-robe, je n’ai donc que deux débardeurs et deux treillis, en plus de ceux que je porte. Il faudra qu’on fasse des courses. J’ai aussi une veste, qui ne me servira pas, vu la température ambiante, qui donne l’impression que nous sommes en plein été.

Le messager vient nous chercher en début de soirée. Il nous conduit vers la périphérie de la ville à l’opposé du port. Il écarte un rideau qui signifie une porte et nous pénétrons dans une demeure simple.

Des tentures rouges sont tendues aux murs, et tout le fond de la pièce est occupé par un amas de coussins sur lequel se prélassent une vingtaine d’hommes et de femmes à moitié nus. Le feu brûle dans la cheminée, et une chaleur presqu’insoutenable règne à l’intérieur. Quelques musiciens répandent une douce musique qui emplit le lieu.

Une grande table est dressée au milieu, recouverte de fruits et autres sucreries. Trois jeunes hommes seulement vêtus d’un pantalon court semblent garder une porte sur la droite. Notre messager leur fait un signe de tête et l’un d’eux tape à la porte. Une exclamation retentit, suivie de gémissements. Après quelques minutes, une femme drapée dans un grand drap de soie apparait.

Elle a la peau un peu mate, couleur café au lait, des yeux gris. Ses cheveux bruns tombent en cascade sur ses épaules.

Elle pioche un grain de raisin sur la table puis tape dans ses mains. La musique s’arrête, et une femme dont la moitié du visage est cachée par un voile vient s’incliner devant elle.

-Des vêtements, tenue détente noire, ordonne-t-elle.

-Bien, maitresse Anaït.

Alors c’est elle Anaït ? Une femme frivole ?

Un homme en sous-vêtements sors alors de la chambre qu’elle vient de quitter. Ils échangent un baiser puis elle lui met une claque sur les fesses.

-Va rejoindre les autres. Ta performance d’aujourd’hui n’était pas mal, Adim. Tu vas peut-être monter dans le classement.

Adim lui fais un sourire radieux puis va se lover sur l’amas de coussin, avec les autres. J’observe de plus près. Certains s’embrassent, ils se touchent, mais restent toujours chastes.

Anaït capte mon regard et s’approche de moi.

-C’est mon harem, répond-elle à ma question silencieuse. Ils ne peuvent avoir de relations charnelles qu’avec moi.

Elle me saisit le menton et me tourne la tête à droite, puis à gauche. Elle passe ensuite la main dans mes cheveux, et soulève mon t-shirt jusqu’au ventre.

-Ta chevelure est magnifique, tu devrais la garder longue. Tes traits sont fins, tu as des yeux d’une profondeur immense. Tes muscles sont bien dessinés, et tu as une peau très blanche qui peut plaire dans notre pays. 14 sur 20.

Elle se décale et opère le même examen sur Thimothée.

-Très jolis yeux, visage harmonieux. Ta couleur de cheveux va faire chavirer les cœurs ici. La cicatrice sur le ventre, pas mal, ça donne un côté guerrier. Par contre, niveau tablettes de chocolat, ce n’est pas encore ça. 13 sur 20.

Thimothée baisse les yeux. Malgré moi, je lui lance un regard triomphant. Anaït se détourne et lâche soudainement le drap qui cachait son corps. Mon acolyte rougit et détourne le regard, faisant mine d’observer le plafond.

Elle a le dos couturé de cicatrices, et de profondes marques sur les cuisses. Elle enfile rapidement un pantalon large et un débardeur ample, puis rassemble ses cheveux en un chignon fait rapidement.

-Je suis à vous !, annonce-t-elle, comme si elle avait soudainement changé de personnage. Je suis Anaït Salian, enchantée de vous rencontrer. Barnabé m’a beaucoup parlé de vous dans ses lettres. Asseyons-nous, ajoute-t-elle en nous désignant les bancs autour de la table.

Elle se place sur une chaise en bois en bout de table. Elle me désigne sa droite, et sa gauche à Thimothée. Nous obtempérons et nous asseyons à ses côtés. Son harem et quelques gardes viennent compléter la table. Des femmes à moitié couvertes de voiles se chargent de nous mettre des assiettes et de les remplir dès qu’elles sont vides. Je suppose qu’elles sont des sortes de servantes.

-Thimothée, Charlie. J’avais hâte d’enfin vous voir. Je vous connais comme si j’avais toujours vécu avec vous alors que c’est la première fois que je vous vois.

Que répondre à ça ? Barnabé lui a tout raconté dans les lettres qu’il lui a envoyé avant notre arrivée.

-êtes-vous bien installés ? La maison est assez grande ?

-C’est parfait, merci beaucoup, répond Thimothée.

-Anaït, qu’allons-nous faire ici ?, demandé-je. Je ne veux pas passer mes journées à me tourner les pouces. 

Elle éclate de rire, à mon grand désarroi.

-Ne t’en fais pas, ce n’est pas le travail qui manque ! administrer une cité n’est pas de tout repos, tu vas rejoindre mes mercenaires. Ils s’occupent de faire respecter l’ordre et de veiller à ce que tous les échanges commerciaux se passent bien, que les marchands ne changent pas leur prix et ne nous arnaquent pas. Nous avons une place importante dans l’économie nationale, et nous sommes la seule interface avec la mer et les produits des autres continents.

Nous continuons le repas en discutant de la ville, de la façon dont elle fonctionne, les différentes maisons commerciales, les corporations, le port, les dockers qui ont un statut à part.

-Demain vous passerez la journée avec moi, je vous montrerai comment tout gérer. La première règle est de toujours avoir un associé au port. On doit vérifier tous les bateaux avant qu’ils ne déchargent, pour être sûrs qu’ils ne ramènent rien d’avarié ni aucune maladie. Sinon, on les met en quarantaine dans la crique sous les falaises. On leur fournit vivres et nourriture jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun signe de maladie ou jusqu’à ce qu’ils soient tous morts. Dans ce cas-là on brûle le navire.

Le repas se termine enfin. Anaït nous entraine dans un couloir adjacent, vers une pièce aux murs et au sol moletonné. Elle s’est changée, troquant ses vêtements contre une tunique orange qui lui arrive aux genoux. Elle s’allonge lascivement sur un oreiller, et un serviteur vient lui amener un paquet de cigarettes ainsi qu’un cendrier. Deux hommes et une femme de son harem nous rejoignent.

-Ne faites pas vos mijaurées, mettez-vous à l’aise, susurre-t-elle.

Je m’assois en tailleur dans un coin, Thimothée s’installant non loin de moi. Il n’est pas à l’aise non plus. Anaït est une femme agréable et conviviale, mais cette ambiance suinte la luxure, l’argent et la débauche.

-Vous sortez ensemble tous les deux ?, demande-t-elle soudainement.

Je secoue négativement la tête pendant que Thimothée s’empourpre.

-Je vois, t’as le béguin pour elle, Thim ?

Question rhétorique, tout le monde s’en était aperçu. Pourtant, à mon grand étonnement, Thimothée ne se démonte pas.

-Oui, je l’aime, et c’est pour ça que je l’ai suivie jusqu’ici, souffle-t-il. Elle m’a sauvé la vie.

Je baisse les yeux. J’aime Thimothée, mais comme un frère. Il ne le comprendra donc jamais, même après le nombre de fois où je l’ai envoyé ballader, où j’ai esquivé ses étreintes ? 

Anaït rit doucement.

-Tu as conscience que c’est sans espoir ? Son cœur est empli par un autre, hanté par des fantômes.

-Je le sais. Mais je ne peux pas aller contre mes sentiments, réplique Thimothée en haussant les épaules.

-Ne gâche ni ta jeunesse ni ta beauté à courir après des fantasmes, Thim. Profite des splendeurs que peut t’offrir cette cité, prends le temps de découvrir la saveur des peaux couleur chocolat que tu trouveras ici. Laisse-nous maintenant, j’aimerai parler à Charlie. Elisa, trouve de quoi occuper ce jeune homme plein de vigueur, ordonne-t-elle à une femme de son harem.

La pièce se vide, nous laissant seules.

-Tu ressembles à ton frère comme deux goutte d’eau. Il est plus grand et plus robuste que toi, mais vous avez les mêmes traits, les mêmes cheveux. Il a toujours ses yeux turquoise ?

-Nous sommes jumeaux, il est normal que nous nous ressemblions. Ses yeux sont devenus laiteux après la dernière opération de Py. Presque blancs, même s’il reste une infime trace de bleu.

-Charlie, ce bleu est la trace de sa part humaine. Il ne faut pas le laisser s’éteindre. Ses yeux sont une porte ouverte sur son âme. Barnabé surveille les changements de teinte de très près. Il te préviendra s’ils blanchissent encore.

-Comment nous connais-tu ?

-Je suis la princesse de ce pays. Les visites diplomatiques sont importantes de nos jours, surtout sachant que je gère la moitié de son économie. Il me doit un certain respect et une certaine considération. Je suis souvent invitée au palais. Ton frère et moi étions très proches, je l’aime de tout mon cœur. Le sien est en train d’être changé en pierre par cet enfoiré de savant fou, s’énerve-t-elle.

-Je n’ai pas pu arrêter Py, j’ai compris trop tard ce qui se tramait. La dernière opération qu’il a subie est à cause de moi.

-As-tu connu le vrai Théodore ? Celui qu’il est lorsqu’il ne porte pas son masque de monarque ? L’adolescent ?

Quand nous sommes sortis du repas auquel j’ai participé. Il était là au milieu du couloir, torse nu, en train de crier sur chaque serviteur qui revenait sans rien pour l’habiller. Je souris à se souvenir, l’un des rares que j’aie avec lui.

-Oui, je le connais. Je veux qu’il revienne, je veux le retrouver.

Anaït se redresse et s’assoit.

-Tu sais, je fais un classement des meilleurs coups de mon harem chaque mois, commence-t-elle avec un sourire pervers.

Où veut-elle en venir ? Par précaution, je prépare mes muscles à me lever et à fuir. Elle a l’air prête à sauter sur tout ce qui bouge.

-Tu sais que j’ai les meilleurs dans mon harem, que ce soient des hommes ou des femmes, ils sont triés sur le volet. Pourtant je n’ai jamais réussi à trouver meilleur que ton frère. Théodore, au lit, il est divin. Romantique, ambiance tamisée, et puis d’un coup il se dévoile, laisse parler le lion, la bête de sexe qui est en lui et…

Je me bouche les oreilles et commence à chanter pour ne pas entendre la suite. Je me lève et fuis la pièce, n’écoutant pas ce qu’elle me raconte sur ses prouesses. Anaït me suit, criant les détails qu’elle juge croustillants pour passer mes barrières.

Nous arrivons bientôt au milieu de la salle principale, où Thimothée, à moitié nu, est entouré de trois jeunes femmes qui entreprennent de le déshabiller entièrement, tout en l’embrassant, le caressant…

Où est-ce que je suis tombée ? Le contact physique me rebute et je me retrouve plongée au milieu d’une ville où on peut coucher en public avec le premier venu et où tout le monde trouve ça normal. Je sors mes doigts de mes oreilles et balbutie quelques mots inintelligibles avant de quitter la maison en courant.

-A demain Charlie !, entends-je Anaït crier avant d’éclater de rire. On te renvoie Thimothée dès qu’il en a eu assez !

Je me réfugie dans notre maison et m’appuie contre la porte que je viens de fermer derrière moi.

Je me demande ce que fait une femme comme Anaït à la tête d’une guilde de mercenaires. Elle n’a pas l’air forte, on dirait qu’elle n’est intéressée que par les plaisirs que la vie peut lui offrir, sans se débattre pour atteindre un objectif quelconque. Pourquoi Barnabé m’a-t-il envoyé ici en me disant que j’allais progresser ? Progresser en quoi ? Prouesses sexuelles ?

Je lâche un soupir rageur en me décollant de la porte. Je donne un coup de pied dans le mur, puis monte à l’étage. Je prends quelques vêtements dans mon sac et descends dans la salle de bains.

Je remplis la petite baignoire ronde d’eau tiède et me laisse glisser dedans. Je me détends, me laissant bercer par le silence. Enfin seule. C’est ce que j’attends depuis des jours.

Je n’ai pas eu un instant à moi pendant notre voyage. Je suis toujours recherchée, et nous devions toujours être attentifs à chaque chose. Thimothée me suivait partout, et notre guide bien trop bruyant.

Les rares moments de calme que j’avais quand j’étais à Asogno étaient comme des bouffées d’oxygène. Les soirées que nous passions sur les toits avec Sébastien me manquent soudain. Il n’était pas bavard, et ne me dérangeait jamais quand je me perdais dans mes pensées. Tout comme Thibault et Matthieu, qui savaient toujours quand ils devaient me laisser seule.

-Charlie ?, appelle alors la voix de Thimothée. Charlie, tu es là ?

Je soupire et plonge sous l’eau, étouffant ses cris. Je suis obligée de remonter à la surface au bout de quelques minutes. Il toque trois petits coups à la porte.

-Charlie ?

-Je suis là, Thimothée, je ne me suis pas volatilisée, soufflé-je, excédée.

Je l’entends gémir de soulagement. Il s’inquiète trop pour moi. Je ne suis pas en sucre, et je suis bien plus puissante que lui, il devrait le savoir. Pourtant, dès qu’il ne me voit pas pendant plus d’une seconde, il panique, pense au pire. Je trouve ça mignon par moments, mais surtout passablement insupportable, comme s’il ne me faisait pas confiance pour prendre soin de moi.

Je sors de la douche et m’habille, gardant une serviette sur mes cheveux. Il est assis sur un banc, les deux coudes appuyés sur la table, les yeux dans le vague. Je m’installe près de lui et claque des doigts devant son visage.

-Alors, on s’est bien amusé ?, demandé-je, acerbe.

-Tu es jalouse ?, répond-il, stoïque.

-Jalouse de ces filles faciles qui se promènent nues à longueur de journée ? Bien sûr, j’ai toujours rêvé de me prostituer.

-Ce ne sont pas des prostituées, elles font ça de leur plein gré, personne ne les paye.

-Dans tous les cas, tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. Je ne suis pas ta mère, conclue-je en me levant et en montant à l’étage.

Je me couche dans la chambre que je me suis attribuée. Thimothée me rejoint quelques minutes plus tard et s’appuie au chambranle.

-Tu sais, on n’a rien fait avec ces filles. Je ne me suis pas laissé faire, contrairement à ce que tu peux penser. J’ai un minimum d’honneur.

Je ne réponds pas. Il quitte ma chambre pour rejoindre la sienne. On dirait que je l’ai vexé. Je préférerais qu’il se trouve une jeune femme d’ici et qu’il arrête de me coller plutôt que de me rabâcher son honneur à deux balles.

Je me tourne et me retourne dans mon lit pendant encore deux bonnes heures avant d’enfin trouver le sommeil. Mes pensées s’emmêlent dans ma tête, avec une idée maitresse qui domine les autres : «Qu’est-ce que je suis venue faire ici ? »

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