Encre Nocturne
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 Ailleurs [TP]

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Mélancolie

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Féminin Capricorne Messages : 210
Date d'inscription : 18/11/2013
Localisation : The sky is my limit
Humeur : nostalgique d'époques antérieures à ma courte existence

MessageSujet: Ailleurs [TP]   Ven 14 Mar - 19:01

   Des souvenirs … pas beaucoup … par flash-back et sans raison … Ça me prend parfois le soir, quand je cherche le sommeil et que mes pensées s'égarent et s'éparpillent à leur guise, quand je ne contrôle plus rien, quand mon corps, tout doucement, s'enfonce dans une lente et douce léthargie. Des souvenirs heureux, parfois tant qu'ils en font mal, parce que ça n'arrivera plus jamais, et que je le sais, parce que je les ai perdus, et que tout ce qu'il me reste d'eux, ce sont ces souvenirs.
    Et le lendemain j'y repense, absente, entre deux cours, dans le brouhaha incessant de ce monde qui vibre autour de moi.
    Partir … N'importe où, mais ailleurs, juste pour quelques temps, sans obligation ni contrainte, sans personne, juste à laisser mes pensées vagabonder à leur guise, en sachant que personne ne viendra me déranger. Me perdre dans le paysage, à arpenter des sentiers perdus, sans autre bride que ma fatigue. Me plaire à imaginer des histoires, des scénarios, réfléchir sur le monde, ou bien juste me souvenir … Se souvenir et se perdre … Rêve de béatitude lointain, presque inaccessible, et pourtant si simple !
    Et comme tout, toujours, me semble étranger et flou, presque impalpable ! Se sentir en-dehors du monde, alors qu'on y entre à peine. Et ce bruit incessant, ce monde qui tourne sans jamais, jamais s'arrêter, alors que parfois je me sens si vide, de sens, d'énergie, de volonté. Et quand bien même je voudrais m'arrêter, je suis prise dans cette routine qui semble ne jamais devoir s'arrêter, ce cercle, qui chaque jour recommence … Et pourtant, j'aime ma vie, oui, je l'aime ! Elle a ses petits défauts, bien sûr, mais tout de même, je l'aime. Alors pourquoi ? Pourquoi toujours ces questions existentielles, ces envies de changer, ces « et si ? » répétitifs, que je ressasse involontairement, qui apparaissent naturellement quand je laisse mon esprit seul quelques instants … Pourquoi ne suis-je jamais satisfaite ?     Et pourquoi toujours toutes ces questions ?
    Des paradoxes, encore et toujours … je suis lasse des questions, des questions des autres, de mes propres questions, des questions du monde … mais je m'en pose, encore et toujours, j'essaie de répondre à celles que l'on me pose, à celles que je trouve, celles qui surgissent quand j'ouvre le journal … Que faire pour y échapper ? Et voilà, encore une question … Mais elle est peut être là la solution … m'échapper …


***


    On my way guys !! ça y est, c'est décidé, je fais mes valises ! Besoin d'air, et surtout, DE CALME ! N'essayez pas de m'appeler ou de m'envoyer des messages, et ne vous inquiétez surtout pas si vous n'entendez plus jamais parler de moi, c'est certainement que je suis trop bien là-bas pour revenir !


***


    À peine dans le train que des pensées commencent déjà à jaillir. J'ai peur de ce qui aurait pu arriver si je n'avais pas pris la décision partir. Et si, justement, il ne s'était absolument RIEN passé ? Si, jour après jour, je m'étais enfoncée dans cette inertie ?
    Mais maintenant, tout va bien. Je regarde les paysages qui défilent à 200 km/h. Arrivée. L'endroit est juste parfait. La maison est simple, petite, relativement confortable, et surtout, elle est perdue dans le paysage. Elle se dresse fièrement et simplement au milieu d'un nulle part qui semble ancestral. Elle surplombe une immense vallée de forêts et de précipices. Je me croirais sans problème dans une peinture. J'entends le vent qui souffle et qui joue avec l'immensité. L'air me brûle les poumons, comme des petits pics de glace qui crèvent les abcès de l'air putride et pollué de la civilisation. Le grand air quoi ! Jour après jour, je le sens qui refait mes forces, quand je tente de me fondre dans le paysage en laissant libre cours à mon esprit. Il avait besoin d'espace le pauvre ! Il était à l'étroit dans cette petite caboche qui l'obligeait sans cesse, consciemment ou non, à se calmer, qui lui fixait des barrières, des limites. Cette liberté, cet espace, c'est nouveau pour lui ! Alors, oui, au début, il était un peu fou, il s'éparpillait, je ne comprenais plus rien, j'avais encore le réflexe de le brider, et je devais me reprendre toujours, pour le laisser tranquille enfin ! Quel était le problème ? Après tout, c'était bien le but de mon exil ! Petit à petit, je me laissais aller, mon esprit divaguait, puis se calmait, et parfois, il ne faisait rien. Rien du tout. La première fois, ça m'a beaucoup surprise. Il galopait, il partait, il revenait, il recommençait, un peu comme des montagnes russes dans ma tête. Et puis, soudainement, plus rien ! Du tout, le néant à l'intérieur de moi, comme le calme après la tempête. Enfin, pas tout à fait le néant, une interrogation revenait de temps à autre : « Comment puis-je ne penser à rien ? » Et le bonheur, c'est que je n'apportais jamais de réponse. La question apparaît dans mon esprit, simplement, puis en disparaît comme elle était venue, soudainement, sans rien déranger. Et puis les pensées revenaient, et reprenaient leur étrange danse, de plus en plus calme il est vrai. Peu à peu, elles se sont calmées. Elles étaient plus disciplinées, moins éparpillées. Le monde me paraissait lointain et la vie paisiblement calme, je voyais passer mes journées sans jamais ressentir l'ennui ou la lassitude.


***


    Le paysage me paraît familier, presque tant que j'en suis blasée. Quelle tristesse ! Je ne suis plus émerveillée de découvrir les coins et les recoins de ce qui était, naguère encore, mon nouveau paradis. Est-ce que la civilisation me rattrape ? Le chant des oiseaux commence à m'insupporter. Mais ne se tairont donc t-ils jamais ? Et le bruit incessant de la rivière, on dirait que mon appartement donne sur une voie ferrée très fréquentée, sauf qu'au lieu de m'habituer au trafic, je le supporte de moins en moins.

    Mais qu'avais-je donc besoin de partir ? Quitter une vie confortable pour un peu de tranquillité dans un endroit perdu … N'est-ce pas inconscient ? J'ai risqué de me perdre encore plus … Encore une idée romanesque qui vient de Dieu sait où, des lectures, des films, de cette culture et de cet engouement pour « l'ailleurs » sûrement. Et je suis tombée dans le panneau, tout bêtement … Alors oui, l'ailleurs dépayse, et permet de remettre les pendules à l'heure, mais qu'espérais-je y trouver ? Le calme ? Bien, je peux cocher cela sur ma liste, tout n'aura pas été perdu ! Mais quoi d'autre ? Comment expliquer quitter tout ce qu'on a pour des raisons obscures ? Quoi, espérais-je vraiment ne jamais revenir ? Non, bien sûr que non, je n'avais strictement aucune raison de partir pour toujours. Un moment d'absence certainement … De ces moments où l'on se sent si perdu, que la seule chose qui nous paraît utile pour se sortir de la monotonie est une action notable, importante, et qui demande de l'effort. La chute, ou le réveil plutôt, est difficile. Oui, voilà que je me réveille, et que je réalise que, pour vraiment redémarrer avec enthousiasme et esprit frais, je dois retourner là-bas, et faire l'effort sur place … Je dois aller au cœur du problème, puisque le fuir ne résout rien.

    Oui, j'ai fui. J'ai été lâche et faible, et j'ai honte. Où es-tu mon courage ? Je ne fuis pas devant mes convictions, je les assumes et j'en suis fière, je les clame haut et fort, mais dès qu'il s'agit de moi-même je baisse les bras, et je pars me cacher ? Qu'ai-je donc peur de trouver, un peu d’introspection n'a jamais fait de mal à personne. Quelle vanité. J'ai prétendu à des sentiments nobles, une décision forte et pleine de sens, alors que tout ce que je fuyais, c'était moi-même … Décidément, la confiance en moi n'est vraiment pas mon fort. Je n'ai peur de rien, sauf de moi-même, j'ai peut-être peur de découvrir autre chose en moi que je n'aime pas, quelque chose que, cette fois-ci, je n'arriverai pas à accepter … Je ne me porte aucun intérêt, mais maintenant que j'ai appris à me supporter, dois-je tout fuir, tout quitter et me cacher à la première difficulté ? Ces souvenirs qui font mal, qui me déchirent et me divisent, quand arriverais-je à les dominer ? Je ne veux pas oublier, mais j'aimerai tellement faire la paix avec eux, je ne veux plus être torturée par le passé sur lequel je n'ai aucune emprise (je devrais plutôt tenter d'avoir une emprise sur ma vie actuelle, ce serait un bon début), je veux simplement me souvenir, et apprendre de mes erreurs, je veux apprendre à me faire confiance, et ne plus avoir peur de moi, je veux … je veux … je veux être satisfaite de ce que j'ai, simplement, et ne plus rien vouloir … jamais.


CARPE DIEM

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"Pour savoir écrire il faut avoir lu, et pour savoir lire il faut savoir vivre." GUY DEBORD

''Ose rêver. Ose essayer. Ose te tromper. Ose avoir du succès. Vas-y. Je te lance un défi ! '' KINGSLEY WARD
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Iskupitel

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MessageSujet: Re: Ailleurs [TP]   Lun 17 Mar - 17:13

Quelle jolie petite divagation philosophique !
Au fur et à mesure du texte, j'ai senti le personnage évoluer, et les ellipses narratives ne font qu'amplifier ce sentiment de mystère qui se dégage de ce beau texte.
Toutefois (petit point négatif) j'ai été charmé par tes longues phrases qui bercent, mais elles bercent tant que je me suis pris plusieurs fois à me perdre dans mes propres pensées, tellement tu énonces celles du personnage. Du coup, j'ai eu un peu de mal à finir le texte.
Mais l'ensemble est très bien, j'ai beaucoup aimé cette résurgence de la tristesse.
Ça m'a donné envie de plus te lire, Mél Wink

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Vive l'ASM !
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Mélancolie

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Féminin Capricorne Messages : 210
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MessageSujet: Re: Ailleurs [TP]   Lun 17 Mar - 23:34

Merci !! :D Merci beauuucoup ! Je suis ravie que ça t'ai plu ! Et je suis d'accord quant à la longueur de mes phrases qui perdent plus qu'autre chose, il faut vraiment que je travaille dessus '-- En tout cas merci de l'avoir notifié ! :)
Et ta dernière phrase m'a également fait TRES plaisir, surtout que ça faisait longtemps que je n'avais plus écrit (et donc encore moins posté) pour tout dire, j'ai fini un texte que j'avais commencé en touuut début d'année, donc voilà, je vais arrêter de raconter ma vie et me remettre plus sérieusement à écrire (dans la mesure du temps que je trouve bien évidemment)
Encore merci !!! :la:

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MessageSujet: Re: Ailleurs [TP]   

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