Encre Nocturne
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 Déploie tes ailes !

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Amelgone

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Féminin Bélier Messages : 113
Date d'inscription : 16/01/2014
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MessageSujet: Déploie tes ailes !   Ven 11 Avr - 20:29

Je ne sais pas si cette nouvelle est assez longue... je la poste ici quand même.
Je l'ai écrite pour un concours à l'origine.
J'espère que vous aimerez !



Le professeur nous rappelle à tous, avant de nous lâcher dans les méandres de marbre du musée :
« Souvenez-vous que vous êtes en cours ! Soyez calmes, respectueux... Rendez-vous ici, dans deux heures, pour la visite guidée ! »
Je suis déjà partie, seule et à une allure rapide, comme à mon habitude. Gardant la tête baissée, faisant toujours profil bas, la discrète fille rousse habillée tout en noir, je m'avance dans les entrailles du musée. Tout est calme et silencieux, mais le moindre bruit résonne mille fois. Comme celui de mes pas.
Je parcours lentement toutes les pièces, mais ne trouve rien d'intéressant ou de frappant. Je m'ennuie,  quand j'entre au hasard dans une salle. Les tableaux exposés m'attirent tout de suite. Ils sont très beaux, grandioses, un peu mystérieux : un mélange d'Edward Hoper, d'une personnalité très forte, et d'un incroyable talent. Ils sont doux, paisibles, et aussi solitaires comme moi.
J'observe un appartement abandonné, le portrait d'une femme, quelques reproductions de chef-d’œuvre, encore plus belles que les originaux, des villes...
Puis j'arrive devant la toile. La plus belle, la plus puissante, la plus fascinante. Elle représente un appartement, à New York, à l'aube. Assis sur un canapé, on voit un homme en smoking. Et, regardant par l'immense vitre qui constitue un mur entier, une femme dans un élégant tailleur se tient presque de dos, appuyée d'une main sur la vitre immense. Les couleurs sont douces, celles de l'aube : bleues, roses, orangées, violettes.
M'approchant encore plus du tableau, mon intérêt pour l’œuvre augmentant toujours, l'envie la découvrir grandissant, une immense douleur se fait ressentir dans mon abdomen, comme si on compressait mes organes, puis c'est un flash, un blanc intense pendant quelques secondes.
Et j'atterris quelque part. Je ne sais pas où. Regardant autour de moi, le sol lisse, la lumière éclatante du soleil à peine éveillé le matin, qui passe par une immense vitre, je m'aperçois que je suis dans la toile.
Ce qui, a priori, est impossible.
Me retournant, pour chercher le musée, comme s'il pouvait être derrière moi, je ne vois qu'une porte, fermée, et des escaliers dans un coin. Je n'arrive pas à maîtriser ma panique : je suis à la limite de m'évanouir. C'est impossible !
Je me souviens que je ne suis pas seule, dans le tableau. Qu'il y a aussi deux autres personnes. Faisant volt-face, pour demander de l'aide, je me retrouve face à un revolver. Chargé, je pense.
« Tu en fais partie ! Tu fais partie de leur bande ! hurle l'homme en smoking, le visage déformé par la colère, ses cheveux bruns épars. Comment as-tu pu entrer ici comme cela ? Je suis sûr que tu es... Je vais te tuer !
- Cours ! Fuis, Adèle ! crie la femme, sortant de ses hautes bottes un pistolet. Je te couvre ! »
Comment cette femme connaît-elle mon nom ? L'écoutant, je me précipite vers la porte, tandis que des balles ricochent autour de moi. Que se passe-t-il ? Où ai-je atterri ? Ce tableau semblait si paisible ! Est-ce que je peux avoir mal ? Est-ce que je peux mourir ici ?
La porte est fermée à clef, et j'entends un cri de douleur. La femme a été touchée. Elle n'en a plus pour longtemps, et moi non plus. Mon regard tombe sur la fenêtre. Je me précipite sur elle et, défaisant ma chaussure, alors que la femme et l'homme luttent au corps à corps, je brise le verre. Je tremble tant qu'il me faut un peu plus de cinq coups pour réussir à casser cette maudite vitre.Un coup d’œil au duel me permet de voir le corps de la femme qui soudain ne bouge plus. L'homme se relève, ses mains et son smoking sont tachés d'une peinture saumon, et il se dirige vers moi.
Je me jette par la fenêtre.
Je suis dans un tableau, après tout. Je ne peux pas mourir, n'est-ce pas ? Un peu comme dans un rêve...
Le vent siffle à mes oreilles, la vitesse est telle que je ne sens plus rien, les bruits de la ville en éveil me parviennent comme si j'étais sous l'eau, je ferme les yeux pour ne pas pleurer. Qu'est-ce qui m'a pris ? Pourquoi a-t-on tenté de me tuer ? Pourquoi la femme m'a-t-elle protégée ?
Ma chute cesse.
Mai sans que je ne m'écrase au sol. Je sens des câbles solides s'accrocher à mes vêtements, me sauvant d'une mort certaine. Ouvrant les yeux, je vois le sol, qui se rapproche, mais lentement. La foule amassée autour de l'immeuble me regarde, ébahie. Une rumeur court entre les gens. La plupart des visages, que je peux discerner à mesure que je descends, me sont hostiles. Leurs grimaces de colère ou de haine me sont très clairement destinées. Leurs couleurs sont étranges : pastels, pour tous, avec un peu de noir ou de blanc. C'est l'aube. Mais je distingue des cheveux bleues, roses ou orange pâle.
La police arrive, et des hommes armés descendent des deux voitures présentes. Je suis posée à terre par les câbles, qui se rétractent et tombent au sol. Je défie la foule du regard.
« Plus un geste, Liberta.
- Qu'est-ce que me voulez ? », rétorqué-je en me demandant ce que signifie « Liberta ».
Je ne sais pas quelle langue je viens de parler. Ni anglais, ni français. Peut-être les mots de l'Art. Après tout, c'est un langage universel.
« Feu ! » crie l'officier.
Au moment où les mots brutaux sortent de sa bouche, un taxi jaune arrive en zigzagant, obligeant les gens à s'écarter précipitamment. Des cris jaillissent. La voiture se gare devant moi, les balles ricochent sur sa carrosserie. Une portière s'ouvre, et je monte dans la voiture sans me poser de questions, qui repart à une vitesse  folle, suivie par une voiture de police, qui met son gyrophare.
La voiture est calme et confortable, contrairement au dehors. On entend la rumeur urbaine comme si on était sous l'eau. Tout est atténué.
Il y a deux personnes devant : une femme aux cheveux noirs et à la peau blanche, aux vêtements peu colorés, et un homme à la peau marron, avec des reflets bleus, chauve, un peu barbu. Ses vêtements sont dans les tons pastels, comme tout ici. C'est étonnant de voir New-York ainsi, sans néons agressifs ou habits fluos et provoquants. L'homme qui ne conduit pas me lance sans me regarder :
« Salut Adèle. Je suis Sunfall. Bienvenue chez les Libertes. Nous allons prendre soin de toi et t'expliquer le but de notre organisation... Eh ! Fais gaffe, Karenn ! »
La jeune fille soupire mais ne ralentit pas, fait un dérapage contrôlé, et s'engage dans une petite rue. L'homme reprend en jetant un coup d’œil méfiant à Karenn :
« Ici, à New York, il y a les Opprimants et les Opprimés. Et nous, nous nous révoltons contre les Opprimants en détruisant leurs entreprises, en incitant les autres à la révolte et en menant des attentats.
- C'est mal !
- C'est mieux de vouloir être libre ou d'exploiter les autres ? Non, Adèle, ils ne nous écouteraient pas si nous étions pacifiques. Nous devons être violents pour être entendus. Même si c'est mal.
- Gandhi a réussi à...
- Qui est Gandhi ? »
J'avais oublié que j'étais dans un tableau, et pas aux États-Unis. Je fais signe que ce n'est pas grave, puis je demande, un peu pincée :
« Qu'est-ce que je viens faire dans tout ça ? Je n'ai que quatorze ans !
- Et alors ? Je me suis engagé dans les Libertes à huit ans.
- Je ne peux pas frapper de gens. Je ne peux pas les tuer. Je ne peux pas commettre d'attentats.
- On va t'appren... »
Une violente secousse se fait ressentir : la voiture de police nous talonne. L'homme noir me lance un revolver en souriant.
« L'occasion rêvée pour t'exercer, dit-il en baissant un peu ma vitre pour que l'embout de l'arme à feu puisse passer. Je te préviens, si tu vises mal, on est tous morts. »
Mon expression horrifiée le fait rire. Coinçant le revolver entre la fenêtre et la carrosserie, je croise le regard du policier, qui sort une arme à feu et commence à me tirer dessus.
« Je ne suis pas faite pour ça ! » hurlé-je, tétanisée, en proie à la panique totale.
J'essaie de me souvenir des films d'action que j'ai pu voir. Mais je perds tout contrôle sur mon esprit, et je ne peux voir qu'une image de mon corps agonisant se vidant de son sang sur la banquette arrière de cette voiture. Ou d'un autre corps, celui d'un policier qui a peut-être une famille.
Mais... Ce n'est qu'un tableau, après tout. Ce ne sera pas un véritable meurtre. Je pose mon doigt sur la détente et dirige le canon de mon arme, non pas vers le policier, mais vers les pneus de la voiture. J'appuie, l'arme recule dans ma main, et je rate mon coup. Les balles du policier creusent ma vitre. Je tire une autre fois, dix autres fois, et je touche deux roues.
J'ai réussi. Ma vitre vole en éclat, et je me protège le visage du mieux que je peux, mais des éclats de verre pleuvent sur le dos de mes mains.
Karenn accélère, et la voiture file dans les rues les moins bien famées de New York.
« Je suis une enfant. Je ne tue pas les gens, chuchoté-je, étrangement essoufflée.
- Je sais. Mais ces gens savent tuer les enfants. C'est pour ta survie, tête de mule, me répond vertement Sunfall, tandis que, agacée, je détourne la tête. Stop ! Stop, Karenn, c'est là ! »
La voiture s'arrête dans un crissement de pneus. Nous descendons en quatrième vitesse, et Karenn me pousse sous le porche d'un immeuble délabré, envahi par la végétation, toujours dans les tons pastels. Elle compose un code, abritée par le porche, puis entre, me tirant par le bras. Une fois Sunfall passé, elle referma la porte, tirant quelques verrous et nous montons les sept étages à pied, qui entourent une cage d'ascenseur délabrée. Nous arrivons au dernier étage. Le palier est en mauvais état, y ont poussé quelques mauvaises herbes. Une porte nous fait face. Nous l'ouvrons et entrons dans un appartement spacieux et laid, où nous attendent des gens.
Les murs sont roses et pâles, moisis. Il y a plusieurs meubles pourris, disséminés dans la pièce, quelques matelas dans un coin. La pièce sent le renfermé et le sang. Il n'y a pas de végétation, ici.
Mais le plus terrible sont les gens qui peuplent cette salle trop petite pour eux tous : ici, une femme au visage défiguré, là, un enfant en fauteuil roulant, assis par terre, ou un vieil homme d'origine asiatique nous dévisagent. Personne ici ne veut donner l'illusion d'être parfait. L'atmosphère est étrange. Un sentiment de misère, de révolte et de solidarité flotte dans l'air.
« On l'a ramenée ! Elle va nous sauver ! annonce Karenn en me désignant, souriante. Adèle, je te présente les Libertes. Nous sommes des gens épris de liberté et d'égalité. Malheureusement, nous ne sommes pas écoutés. Tu devrais pouvoir nous aider. Rejoins les Libertes ! »
Tous me regardent. Chacun s'attend à ce que j'accepte, que je pleure de joie à l'idée de servir la noble cause. Sauf que ce n'est pas ça du tout que j'ai envie de faire. Les larmes qui me viennent aux yeux sont tristes.
« Je ne peux pas vous rejoindre. Écoutez-moi ! Je sais ce que c'est d'être rejetée. Dans ma vie, je suis toujours seule. On se moque de moi, on me déteste. Je ne suis pas aimée. Mais je ne peux pas vous aider parce que je ne veux pas tuer de gens. Je ne suis pas d'ici, moi ! Je ne vis pas dans ce tableau ! Je suis arrivée ici parce que je trouvais cette toile belle, je ne l'ai pas fait exprès. Je ne suis pas venue pour vous aider. »
Essuyant mes larmes stupides, je les défie du regard et, apercevant des escaliers, je les monte. Les marches sont de fer. J'arrive sur le toit de l'immeuble. Personne ne m'a suivie. Un véritable jardin a poussé ici. Quelques buissons feuillus verts pâles, de l'herbe bleue et des fleurs roses ont grandi ici, sur ce toit de béton. C'est étrange, mais c'est de l'Art...
Je soupire et m'assois, les jambes dans le vide, sans aucun vertige. La ville est toujours sous l'aube, toujours douce, éternellement à demi-réveillée. Une brise délicate souffle. Comment pourrait-on savoir ça sans entrer dans le tableau ? Comment pourrait-on deviner ce qui s'y passe sans le visiter ? Je commence à réaliser ma chance, quand une main se pose sur mon épaule. Un garçon aux cheveux bruns foncés, aux yeux gris, me raconte, regardant la ville :
« Je m'appelle Alex. »
Un silence. Je sais qu'il va continuer, alors je me tais.
« Ma mère était malade, mais elle venait tous les jours à l'usine. Et le seul jour où elle n'a pas pu, on l'a battue à mort, devant moi. Je n'ai pas eu une vie facile, mais les libertes m'ont aidé en me recueillant. »
Je hoche doucement la tête. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Tout est confus. J'ai besoin d'aide... Besoin d'un signe, d'une boussole qui m'indiquerait mon Nord à moi. Pas la bonne direction, mais ma direction.
Quelque chose volette devant nous, un bout de papier bleu ciel. Alex l'attrape, vif comme le vent, et lit de sa voix douce :
« Déploie tes ailes, Adèle. »
Est-ce que je crois aux miracles ? Certainement pas. Mais le tableau m'a envoyé un signe. Il m'a répondu. Je tends une main à Alex, qui l'attrape et me relève. Je sais que je viens de tomber amoureuse. Je crois que lui aussi. En silence, nous redescendons les escaliers, et je reviens dans la salle bondée.
« J'accepte de vous aider. Je jure d'être fidèle aux libertes. »
Alex a gardé ma main dans la sienne. La lâchant, presque à regret, je demande ce que je dois faire.
« En ce moment, les Opprimants mènent une réunion dans le Quartier des Affaires pour tenter de nous bannir du tableau. Dans, au mieux, une heure, nous ne seront peut-être plus de ce monde. Nous allons nous infiltrer et interrompre la réunion. Karenn, Alex, on y va. Les autres, vous savez ce que vous avez à faire. »
Nous sortons de l'appartement et, dévalant les sept étages, on me remet en même temps un pistolet.
« Tu as passé le test ? me demande, surpris, Alex.
- Oui, elle l'a passé. Et avec brio », répond Sunfall à ma place.
Je ne sais même pas de quoi ils parlent, peut-être de ce trajet en voiture où j'ai dû tirer sur les policiers. Nous arrivons à la voiture, y prenons place et Karenn démarre sur les chapeaux de roue. Allant à toute allure, encore, nous arrivons très rapidement au Quartier des Affaires. Descendant prudemment de la voiture, la tête baissée, nous nous arrêtons devant les baies vitrées teintées de violet d'un grand bâtiment – le plus important. Alex ramasse quelque chose par terre, sous l’œil vigilant de deux vigiles. Il me le montre : c'est un caillou, dans les tons pastels, comme tout ici.
« Un caillot.
- Un caillou, non ?
- Un caillot de peinture. Prends-en un. »
Un tableau est un monde étrange... Je n'aurais jamais pu deviner ce genre de choses. Obéissant, j'en choisis un bleu doux. Il est lisse et presque tiède dans ma main. Alex balance alors le caillot contre la vitre, qui se brise.
« Vas-y ! »
Je lance vivement le grumeau de peinture contre le verre, puis passe dans l'ouverture aiguisée. Des balles sifflent à mes oreilles : les vigiles. J'ai très peur. Alex semble éviter chaque danger avec facilité, mais s'il mourait ? Que se passerait-il ? Lui, il est d'ici. Il pourrait mourir. Est-ce que les personnages d'un tableau disparaissent quand ils meurent ? Est-ce que la femme du tableau s'est effacée ? Est-ce que les visiteurs ne voient à présent, qu'un homme assis sur un canapé, seul et soucieux ?
Je me débarrasse de mes questions. Nous montons, suivis par Karenn et Sunfall, dans les étages, Alex détruisant les bureaux, et collant avec mon aide, le logo des Libertes partout dans les couloirs. Les balles fusent encore, mais nous arrivons à notre but : la salle de réunion. Là où, en ce moment, les Opprimants débattent d'un décret visant à bannir du tableau tous les Opprimés.
Alex et moi pénétrons les premiers dans la salle, sous les regards sidérés des Opprimants, tous des hommes en smokings, blonds, aux yeux verts. Je bondis sur la table aux reflets étonnants et je sors mon revolver.
« Je suis une Liberta. Je vous ordonne de vous lever, dans le silence, et d'autoriser les Opprimés à... »
Ils éclatent de rire. Un homme aux cheveux blonds sort un revolver de sa poche et le pointe sur Alex, qui se raidit. L'homme tire alors, sans jamais rater sa cible, trois balle dans le front et le cœur d'Alex. Je plaque une main sur ma bouche, lâchant mon arme, ne pouvant détacher mes yeux d'Alex. L'homme blond, qui semblait diriger le conseil, me dit froidement :
« Tu pourras connaître le même sort si jamais tu ne te rends pas. »
Doucement, me levant, mes yeux embués de larmes, je tremble et commence :
« Écoutez-moi. Non ! Taisez-vous. Nous ne voulons pas la liberté. Nous voulons la vie. Mais ce que nous n'avons pas vu, c'est que nous l'avons déjà. Regardez-vous ! Est-ce ça que vous appelez vivre ? Travailler à longueur de journée, être tous pareils ? Arrêtez de vous moquer, arrêtez de tuer et de réprimer dans la violence. Acceptez les différences ! Aimez. »
L'inspiration ne vient plus, et je me précipite vers Alex, qui est mourant ou mort, je ne sais pas. Je pose doucement mes lèvres sur les siennes. Elles ont un goût d'aquarelle, j'ai l'impression de m'envoler, que mes lèvres sont deux ailes légères.
J'entends le bruit sourd, autour de nous, des armes qui tombent sur la moquette rose. M'éloignant du cadavre d'Alex, dont s'écoule lentement une peinture bleue ciel, je regarde les visages des hommes en smoking. Ils ne sont plus moqueurs, ils sont haineux envers l'homme qui les dirigeait.
Karenn et Sunfall arrivent en courant dans la salle. Manifestement, ils ont eu des problèmes avec la sécurité, car leurs vêtements sont tachés de peinture. Je les regarde, ils m'aperçoivent, ils voient Alex, ils voient les hommes en smoking qui ont lâché leurs armes. Je hoche la tête : c'est fini. Leur enfer est fini. Notre enfer est fini.
« Adèle a raison, lance un homme en smoking qui connaît mon nom. J'en ai assez de vous ressembler. »
Et, soudain, sa chemise blanche se colore d'aquarelles étonnantes. Autour de moi, tous changent soudain de vêtements. Des pantalons colorés, des chapeaux de pailles, des chaussettes différentes... toutes les couleurs sont néanmoins atténuées. Seul l'homme blond qui a tiré sur Alex a gardé son masque de haine, sa chemise blanche, son pantalon noir. Il sort de son autre poche un revolver et me vise.
« Tu as détruit notre monde. Meurs ! »
Il appuie sur la détente, mais je me jette sur le côté, ramasse sur la moquette une arme et la pointe sur l'homme blond en quelques secondes, évitant les autres balles qui creusent le mur à quelques centimètres de ma tête. Sans réfléchir, je vise et je tire : ce n'est qu'un tableau.
L'homme blond meurt.
Son corps tombe, de la peinture grise jaillit de sa poitrine, s'étale sur sa chemise et son costume si sobre et si austère.
Tout le monde se tourne vers moi. La culpabilité envahit mon ventre, puis se déverse dans tout mon corps. Elle me tord. J'essaie de trouver des excuses, avant de recevoir les reproches :
« C'était de la défense. Je ne pensais pas que je tirais aussi bien au pistolet. Je...
- Bravo Adèle ! me lance Sunfall avec un petit sourire.
- Et merci », dit Karenn.
Je suis étonnée qu'on me félicite pour ce meurtre. Dans mon monde, ça ne serait pas passé comme ça.
Et, soudainement, tout tourne. Une lumière blanche m'envahit. C'est une sensation étrange, comme si j'étais attirée par quelque chose, autre part. Je comprends alors que je suis en train de retourner dans mon monde. Je disparais ! Les gens me regardent, étonnés. Karenn essaie de me prendre la main, n'attrape que le vide.
« Au revoir, Karenn, au revoir Sunfall ! Je reviendrais ! Merci ! »
Je jette un dernier regard à Alex. Puis je m'efface complètement. Même flash de lumière blanche pendant quelques secondes, puis je me retrouve dans le musée, devant le tableau.
Je halète. Je suis épuisée. J'essuie une larme qui coule sur ma joue – je ne sais pas d'où elle vient.
J'observe le tableau. La femme a disparu. Elle n'est plus là, tout simplement. La fenêtre a été réparée. L'homme est toujours assis sur le canapé. Mais il a la tête dans les mains et pleure.
En regardant par la fenêtre, je reconnais maintenant quelques immeubles. La ville me semble plus familière. Je m'éloigne du tableau, avec regret : j'aurais voulu y rester.
J'entends du bruit : le groupe de filles que je connais trop bien s'avance. Elles ricanent toutes.
« Tu t'amuses bien ? T'es vraiment mal habillée, aujourd'hui. Mais tu t'en rends pas compte ?
- En fait, je crois que c'est vous qui ne vous rendez pas compte de ce que vous mettez. »
Je les laisse au milieu des tableaux pastel. J'ai l'impression qu'Alex est à côté de moi. Maintenant, je sais pourquoi je me suis dirigée vers cette peinture, pourquoi elle m'a aspirée : parce qu'Alex y est... était.
Je regrette d'avoir eu à quitter le tableau.
Mais j'y reviendrai : c'est une promesse.

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"Matt Lauer lui avait demandé si des enfants étaient morts dans la Zone, elle avait répondu : "Des tas. C'est pas Disneyland par ici !" Michael Grant, Gone.

"Je suis tombée amoureuse pendant qu'il lisait, comme on s'endort : d'abord doucement et puis tout d'un coup" John Green, Nos étoiles contraires

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Midnight
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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Ven 11 Avr - 21:40

J'ai failli hurler de joie en découvrant l'un de tes textes.
Et puis j'ai vu lequel c'était.
Je te déteste.
Je t'adore.
Je sors.
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Dim 18 Mai - 12:08

Alors j'ai a-do-ré l'idée, le fait qu'elle rentre dans le tableau, qu'il semble paisible mais que ce monde soit déchiré par un conflit, la peinture qui le compose, les tons pastels, les "caillots"... etc etc, c'est vraiment une histoire excellente.
Ton style est efficace, je trouve, et s'accorde bien à l'histoire.
Mais (et oui, désolée...) je trouve que c'est une histoire trop complexe pour une nouvelle. En fait, tout se passe beaucoup trop vite : elle se retrouve directement embarquée dans cette organisation, elle change d'avis très vite après avoir rencontré l'amour en l'espace d'une seconde... Tu vois ce que je veux dire ? Les dialogues sont du coup un peu rentre-dedans, notamment lorsque Sunfall parle, c'est vraiment précipité.
Je pense que cette super histoire mérite tout un romaaaan !!  :D :D 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Ailée-Folie

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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Dim 18 Mai - 12:52

Splendide! On se laisse porter, on saute d'un passage à un autre, on se pard, se retrouve, laissez votre cerveau à l'entrée retrouvez le embellit à la sortie. :) Bravo!
J'avoue par contre avoir failli me décourager en voyant la longueur de ton texte. :/

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:serpent:

(Les oiseaux vaincront!)
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Midnight
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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Dim 18 Mai - 14:00

Je me permets de préciser, connaissant le concours pour lequel elle l'a écrit (j'étais aussi censée écrire un truc mais j'avais la flemme et pas d'inspiration), que la limite était de quatre pages, ce qui explique que ce soit un peu court...
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Pako

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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Dim 18 Mai - 15:50

j'ai beaucoup aimé ton texte même si je suis de l'avis de Cornedor. tout va trop vite! ça serait bien que tu nous mette la suite, puisque Adèle a promis de retourner dans le tableau... :D

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Paki-Pako !


Hautboïste et fière de l'être !


Il y a deux moyens d'oublier les tracas de la vie : la musique et les chats.  Albert Schweitzer

N'écoute pas ce que peuvent dire les gens sur toi. Vis juste tes rêves jusqu'au bout.

:dance:
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Sang d'encre

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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   Mer 28 Mai - 14:06

Coucou,
Ton texte est génial même si je pense aussi que tout est un peu trop précipité. Par exepmple la fin, le retournement des personnages, semble un peu trop rapide ...
Evidemment, si tu étais limitée dans le nombre de pages ...
Et il va y avoir une suite ? (ce n'est pas une question !  :lol!: 

Le dernier mot de la liberté, c'est l'égoïsme - Gérard de Nerval. Alors réfléchissez-y à deux fois !

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Nulle en commentaire, cela n'échappera pas à l'habitude !
Mes derniers poèmes :
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MessageSujet: Re: Déploie tes ailes !   

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Déploie tes ailes !
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