Encre Nocturne
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 Eclosion, l'explosion d'un ailleurs [TP]

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Sang d'encre

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Féminin Poissons Messages : 78
Date d'inscription : 21/05/2014
Localisation : La quatrième dimension
Humeur : Noyée dans mes larmes de sang

MessageSujet: Eclosion, l'explosion d'un ailleurs [TP]   Mer 21 Mai - 14:03

Eclosion, l'explosion d'un ailleurs

Elle avait quinze ans. Ses cheveux frisés s'épanchaient en boucles brunes tout autour de son visage, descendant en cascade jusqu'à sa taille ; une anglaise rebelle se coulait sur sa poitrine. La sacoche en bandoulière et les yeux légèrement fermés à cause du soleil, elle contemplait l'immense escalier qui l'amenait jusque dans la cour de son lycée. Ses grandes pupilles mangeaient presque tout l'espace de l'iris. Ses iris, symboles de ses quinze ans, capables de renverser un rempart à la seule force qui brillait en eux, étaient à l'instar de son prénom. Indigo. Aliénor.
Les mots résonnaient dans son esprit. Tu rentres au lycée. En première. Comme toujours, son parcours était atypique. Il n'y avait pas le choix, l'étrangeté, l'anormalité avaient été le lot s'attachant à ses pas comme le destin à son élu. Parce que, justement, son coeur battait à un rythme différent, celui de la quatrième dimension. Univers mythique qui ne pouvait pas être compris ni même conçu dans l'esprit des autres. Son âme seule était accordée à cette autre vibration, ce battement d'ailes sourd qui résonnait à ses oreilles.
Elle ferma ses tympans, elle ne voulait pas l'entendre. La quatrième dimension était comme un monde fantastique dont elle avait la clé mais au sein duquel elle ne voulait pas pénétrer. Parce que cela ne servait à rien, elle en était consciente. Elle aurait dû utiliser ce formidable don du destin pour sauver ceux qui avaient péri, mais elle ne l'avait pas fait. Il était trop tard.
Comme une ombre, elle grimpa les marches lentement, doucement, ignorant l'agitation qui prenait naissance autour d'elle. Elle posa son pied sur la dernière marche et leva les yeux au ciel. Face à elle, un individu était assis sur la fenêtre d'une classe, au troisième étage, les jambes ballantes dans le vide. Le regard d'Aliénor se vrilla dans celui de l'inconnu et, malgré la distance, elle remarqua ses yeux, d'un bleu-vert turquoise aussi magnifique que l'indigo qui emplissait les prunelles de la jeune fille.
Un déclic anima tout le corps de l'adolescente. La cour était déserte, mais peu lui importait d'aller chercher du secours. Quelque part, c'était à elle d'agir. Elle laissa tomber sa sacoche sur le sol et s'élança d'une une course rapide. Instinctivement, dans un lycée qu'elle n'avait jamais connu, elle trouva la porte qui menait aux escaliers. Sans même reprendre son souffle, elle accéléra jusqu'au second palier qu'elle rencontra et tourna à gauche.
Elle compta les mètres qu'elle parcourait et s'arrêta devant une porte, identique aux autres. Elle écouta. Ce sourd bourdonnement la guidait comme le bruit des pas guide un aveugle. Elle frappa un coup léger et, sans attendre la réponse, défonça la porte d'un coup d'épaule. Ses cheveux voletaient derrière sa nuque.
Le professeur parut très interloqué par l'irruption de la jeune fille dans sa classe. Il considéra Aliénor pendant quelques instants, puis un large sourire fendit son visage. Ses mots résonnèrent dans l'espace. Ah, Aliénor, je finissais par croire que tu n'arriverais jamais. Mais pour la jeune fille, ce n'était qu'un bruit de fond. Elle se dirigea, entre les tables, jusqu'à la fenêtre. Le garçon qu'elle avait vu n'était-il qu'une hallucination ?
Non, il était bien là. Les cris se répandirent dans la classe comme une volée de flèches. Profitant de l'inattention du professeur, l'inconnu aux yeux saphirs se tenait désormais roide sur le cadre de la fenêtre, regardant le sol de pierre sans vertige ni appréhension. Il pivota, de manière à se retrouver face à la classe. Chaque seconde, il pouvait se laisser basculer dans le vide.
- Ne saute que si tu n'as rien à perdre, souffla Aliénor sans même contrôler ses mots. Il est difficile de changer l'irréversible.
- C'est justement parce que je n'ai plus rien à perdre que je veux me perdre, répondit l'inconnu sur le même ton. Pour trouver quelque chose d'autre et le perdre ensuite, car tel est le cycle infernal de la vie auquel on n'échappe pas.
Aliénor s'avança d'un pas, puis de deux. L'adolescent n'avait pas baissé son regard, ses prunelles étaient dures, sans pitié. Il n'y avait aucune échappatoire possible, il le savait. La logique inexorable l'avait poussé dans ce couloir. Dans cette impasse, face au mur. La seule solution était l'impact, quinze mètres plus bas.
- La solution se trouve certainement là où tu ne peux pas la chercher, murmura Aliénor en tendant la main.
L'inconnu n'attendait que ce moment pour mettre son plan à exécution. Il lâcha l'embrasure de la fenêtre à laquelle il se tenait et bascula dans le vide. Son corps s'arqua en une pirouette, il écarta bras et jambes, il plongea la tête la première, les yeux fermés, les mèches voletant au vent, un incroyable air de sérénité peint sur son visage.
- Mais là où moi je peux me rendre, ajoutant l'adolescente alors qu'il accomplissait sa chute fatale.
Aliénor se concentra et le bourdonnement emplit toute son âme, toute la pièce. Il était difficile de s'extirper de cette dimension. Son âme se poussa hors de ses limites. Son esprit banda sa volonté pour se projeter, comme une flèche, vers les nuages. Elle traversa toutes les couches de l'atmosphère et toutes les roches de la croûte terrestre. Elle voyagea dans l'infini spatial et jusqu'au centre de la Terre.
Elle descendit profondément en elle, jusqu'à toucher ce point ultime que beaucoup appellent âme. Elle s'éloigna et repoussa les limites jusqu'à les franchir, atteignant enfin ce lieu ultime que beaucoup appellent Dieu. En même temps qu'elle voyageait dans un autre espace, elle avança d'un pas dans les spirales infernales du temps. Le bourdonnement s'éteignit et elle se retrouva libre, quelque part au-dessus du monde plat et sans relief que représentait pour elle la troisième dimension.
Oui, elle était sortie. Elle avait réussi à s'extirper hors de l'univers. Désormais, elle pouvait interagir avec celui-ci sans être perçue par les pauvres humains qui en demeuraient prisonniers. De la même que, de l'espace, on peut poser son doigt dans un carré plan sans pour autant franchir ses côtés, elle pouvait aussi se rendre dans un cube fermé sans en traverser les faces. Elle était enfin dans son élément.
Elle était grisée par ce sentiment d'appartenance à un monde qu'elle avait tant recherché depuis sa naissance. Non, pas tout à fait. Depuis l'accident tragique qui lui avait fait perdre tout lien avec la réalité dont elle était issue. Elle avait perdu un monde pour en retrouver un autre. Ce bourdonnement dans ses oreilles n'était que la voix qui lui intimait de regagner sa contrée natale, pendant toutes ces années il l'avait préparée à exister ailleurs. Mais était-ce là réellement sa voie ?
Elle se rappela alors pourquoi elle avait réussi à plonger dans la quatrième dimension. Il était quelque part, dans cet univers fade et sans possibilités, quelqu'un qui avait perdu confiance lui aussi. Qui avait besoin d'elle. Sa chute était juste là, comme un film en rediffusion. Elle s'approcha. Il suffisait juste d'intervenir. Le paramètre existait, il suffisait de modifier sa valeur et tout pourrait recommencer. A l'identique. Ou différemment, si elle le souhaitait.
Elle approcha sa main. Lentement, la variable différa de son état habituel. De continuellement croissante, la variation de la variable prit d'autres valeurs, revint sur ses pas, chancela, hésita, mais continua finalement la course qui lui était inculquée. Aliénor durcit sa volonté, roidit ses doigts pour raffermir sa prise. Toute la puissance qui sommeillait en elle se réveilla. Elle claqua sa paume sur la rebelle et celle-ci, comme surprise au milieu du sommeil, reconnut son véritable maître. Elle s'abaissa, comme un enfant docile devant le fouet, pour parer les coups qui allaient lui être donnés, un par un. Mais rien ne vint. Aliénor lui caressa la joue comme on effleure la peau de l'être aimé.
Elle la supplia. Elle décida de ne pas user du pouvoir qu'elle possédait. Elle s'agenouilla et s'humilia. Elle n'avait pas le droit de prendre ainsi l'ascendant sur ce qui l'avait gouvernée pendant tant d'années. Dominer ne lui servait à rien, elle en était consciente. Tôt ou tard elle serait renversée, l'enfant sage deviendrait gluant comme une anguille pour s'échapper de ses doigts. Elle pria avec ferveur et désespoir. Elle s'allongea sur le sol.
Alors la brèche s'ouvrit. Comme une trappe, une porte, juste en-dessous du corps qui allait s'écraser. L'inconnu aux yeux verts disparut. Il était passé à un autre point de la quatrième dimension, contigu, mais invisible. Aliénor était juste en face de lui. Il s'étonna d'être encore en vie. Il battit plusieurs fois des paupières et rejeta derrière son oreille une mèche rebelle qui lui fouettait les yeux.
- Est-ce là qu'habite la solution ? interrogea-t-il. M'as-tu amené avec toi ? Alors que j'aurai pu périr ? Pourquoi ne m'as-tu pas laissé ?
- Alors tu as entendu ma voix, souffla Aliénor pour toute réponse.
- Son timbre porte plus loin que tu ne peux l'imaginer. Je réitère ma question. Pourquoi ?
- Parce que ta vie n'a aucun sens. Et la mienne non plus, si ce n'est d'un jour lui en trouver un. Peut-être qu'en unissant les lambeaux d'existence qui nous restent, nous pourrons créer une autre vie.
- Ici ?
- Non, là-bas. Là d'où je viens. Dans ce monde qui nous accueille en son sein tels que nous sommes, qui nous heurte, qui nous blesse, qui nous torture. Qui, quelques fois, nous achève et nous donne un autre avenir dans une autre dimension. Mais pour ceux qui ont le courage de résister, de donner leur sang et leur vie, leur coeur et leur âme, il offre un bloc d'argile, dans lequel nous pourrons taillader notre futur. A coups de volonté et d'amour, de coups et de caresses.
- J'ai reçu beaucoup de coups. Et des caresses, aussi, qui ne m'étais pas destinées. Elles m'ont forgé un avenir dont je ne veux pas. J'ai voulu m'enfuir et maintenant, je suis prisonnier de cette impasse, avec elles à mes trousses. Je ne peux pas m'échapper.
- Je t'ai ouvert la porte. Tu l'as empruntée malgré toi. Elles sont parties. Ne veux-tu pas revenir en arrière ? Ton impasse était sous le sol. Il suffit d'abattre le plafond pour te retrouver à l'air libre.
- Et toi ? D'où viens-tu ?
- Moi je plane au-dessus du sol. Et il suffit d'une main qui se tend pour que je redescende sur Terre.
Deux paires d'yeux se braquèrent l'une sur l'autre. Le bleu dans indigo, l'indigo dans le vert.
Deux mains s'entremêlèrent. Des doigts sur une paume, une paume sur des doigts.
Deux âmes croisèrent leur destin. La vie pour chacune, chacune pour la vie.
Sur la table, Aliénor ouvrit son cahier. Près d'elle, l'inconnu ferma le battant entrouvert de la fenêtre. Le bourdonnement s'était tu. La quatrième dimension s'était refermée à jamais.
Le cours commençait. L'amour aussi.
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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4622
Date d'inscription : 17/05/2014
Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Re: Eclosion, l'explosion d'un ailleurs [TP]   Mer 21 Mai - 14:28

 What a Face  J'aaaaaii-meuh (dit la vache qui lit) :heart: 
Bon bon j'avoue, les yeux verts et les yeux violets ça fait un peu cliché, et puis y'a des phrases un peu compliquées que j'ai pas trop captées...
Mais sinon j'adore, Floflo !! Trop beau... Et j'aime les descriptions des moments d'action, comme quand il se jette dans le vide...
Toi et tes histoires de "variation de variable " et de "quatrième dimension"...  What a Face 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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