Encre Nocturne
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 Eternity [TP]

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Sang d'encre

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Féminin Poissons Messages : 78
Date d'inscription : 21/05/2014
Localisation : La quatrième dimension
Humeur : Noyée dans mes larmes de sang

MessageSujet: Eternity [TP]   Lun 26 Mai 2014 - 16:42

Petite remarque : c'est une nouvelle imaginée à partir d'un livre de François Place Les derniers géants
Le thème est un peu classique mais bon ...
Bonne lecture !

La brume stagnait au-dessus du port de Liverpool. Les rayons du soleil n'avaient pas réussi à s'infiltrer dans les ruelles sombres et malodorantes. Les chiens poursuivaient les charrettes en émettant de longs aboiements plaintifs, les chats s'enfuyaient devant les soldats de la garde royale qui défilaient fièrement sur le quai, les goélands se laissaient porter par la terrible bise du nord tandis que les mouettes lançaient leur cri perçant vers l'infinité de l'océan.
Une ombre se glissait entre les maisons, les façades sombres et sévères ornées de fenêtres identiques. Les pas claquaient sur le pavé humide, encore givré par le froid matinal. Sous un grand chapeau à larges bord, une figure juvénile se dessinait furtivement, disparaissait dans l'ombre des cheveux bruns qui tombaient en cascade sur de fines épaules.
Travestie en homme pour mieux passer inaperçue, Eloane s'était enfuie la veille du domicile familial. Elle se souvenait parfaitement du visage froid et intransigeant de son père qui n'avait pas voulu entendre ses supplications. Par respect pour ses parents, elle leur avait toujours obéi, se pliant sous l'autorité terrible de ces sexagénaires ancrés dans la tradition. Eloane aurait dû se fiancer le lendemain avec un jeune homme d'un rang supérieur au sien, ce qui n'était pas donné à toutes les filles de bonne famille. Elle avait en vain demandé à rester célibataire. Ne voyant aucune autre issue pour échapper au mariage, elle s'était enfuie, seule, avec pour tout bagage un peu d'argent, une boule de pain et une veste chaude.
Un trois-mâts s'apprêtait justement à quitter le port. A la recherche de marins, le capitaine écumait tous les bars qui s'alignaient le long du quai. Eloane vint d'elle-même à la rencontre du vieux loup-de-mer. Prenant sa voie la plus grave, elle se fit passer pour un orphelin et proposa de servir en temps que moussaillon. Le capitaine accepta et présenta ce pseudo jeune homme au reste de l'équipage.
La navire appareilla le lendemain matin. Eloane découvrit la vie à bord avec une émotion grandissante. La simplicité, la noblesse de cœur et la bonté des marins offraient à ses yeux un spectacle nouveau, bien différent des réunions ennuyantes auxquelles sa mère l'emmenait parfois.
Après plusieurs mois de voyage, ils débarquèrent en extrême orient, dans le port agité et bruyant de Hong-Kong. Eloane se fondit dans la foule et, innocemment, retira le chapeau qui masquait son visage après avoir vérifié qu'aucun marin du trois-mâts ne pût la reconnaître. Comme c'était bon de ne plus avoir à se cacher ! Hélas, sa grande beauté ne pouvait pas passer inaperçue.
Un riche caravanier la remarqua et la fit enlever par ses hommes. Emportée malgré elle, elle effectua un voyage à dos de bœuf à travers toute la Chine jusqu'en Inde, et encore au-delà. L'opulent marchand s'enfonçait toujours plus loin dans des régions inconnues, faisant découvrir à Eloane des paysages sans précédent. Mais la jeune fille ne supportait pas la captivité. Malgré les honneurs avec lesquels elle était traitée, elle cherchait sans cesse un moyen de s'échapper.
Elle se déguisa avec des vêtements d'homme et profita de l'agitation d'un campement pour s'éloigner, puis disparaître complètement. Elle marcha plusieurs jours dans la montagne, la campagne, la forêt, jusqu'au jour où le paysage changea. L'herbe grasse laissa  la place à un sol rocailleux. Et, à sa grande surprise, elle aperçut bientôt, enfoncée dans le granite noir, des traces de pieds humains longues de plusieurs mètres.
Elle suivit les empreintes, de plus en plus étonnée. Elle découvrit des ossements énormes, s'assit sur des crânes grands comme des maisons. Au soir, exténuée, elle s'endormit sous l'un d'eux. Ce ne fut pas sans frayeur qu'elle fut réveillée à l'aube par la démarche pesante de géants. Car ces créatures cinquante fois plus grandes qu'elle, à la peau brune, tenant des troncs en guise de lances, étaient bien des géants.
Ces êtres n'avaient rien de méchant. Eloane réalisa rapidement comment communiquer avec eux et parvint même à apprendre leur langue. Elle se sentait bien en leur compagnie. Leur monde était tel un paradis perdu caché dans un désert inaccessible. La douceur des victuailles, la sagesse des contes qui l'enivraient le soir, au coin du feu, toutes les merveilles de cet éden mystérieux venaient à elle et lui ouvraient les portes sur une autre vision du monde.
Cet état de grâce dura plus d'un an. Elle était heureuse avec ses nouveaux compagnons. Surtout avec un jeune géant, nommé Nitnéraec. Le soir, ensemble, ils regardaient le soleil couchant. Mais Eloane n'osait pas avouer à Nitnéraec qu'elle était en réalité une femme déguisée en homme. Une grosse boule se formait dans sa gorge, qui enfla jusqu'à l'étouffer.
Pour se libérer, Eloane fut contrainte de partir, malgré son attachement très profond à ce peuple. Elle fit ses adieux à Nitnéraec, les yeux embués de larmes. Les géants lui montrèrent la route à suivre pour sortir du désert immense dans lequel ils vivaient. Pendant des jours et des jours, Eloane marcha ainsi, seule, et arriva dans une oasis.
Des nomades la recueillirent, mais à partir de ce moment-là la jeune fille ne se souvenait plus de rien. L'image de Nitnéraec hantait sa mémoire, s'étalait devant elle telle un nuage éclatant de lumière chargé de nostalgie, telle un soleil noirâtre effacé par le destin, telle un torrent démentiel asséché par les remords, telle un désert brûlant noyé sous les larmes.
Toutes les nuits, elle hurlait des mots de désespoir à la Lune, implorait le ciel de lui rendre celui qu'elle aimait. D'une âme en peine cherchant en vain un réconfort, elle devint une âme de peine cherchant un vain réconfort. Chaque soir, elle entrait dans un délire satanique. La seule présence réconfortante qui l'apaisait était celle d'un jeune Touareg du nom de Mohamed.
Ce fut lui qui la sauva. Il écouta sagement les bribes de récit qu'elle lui contait parfois pendant ses périodes de lucidité. Mais il avait un tempérament différent de celui d'Eloane et était à la recherche de gloire, d'une reconnaissance sociale. La jeune fille était si faible et fragile psychologiquement qu'il parvint sans peine à lui transmettre ses rêves de grandeur et son mépris des peuplades qu'il jugeait inférieures.
Ce fut ainsi qu'Eloane se transforma. Elle devint plus indifférente à l'égard des géants et rêva de prendre sa revanche sur ses parents en leur prouvant de quoi elle avait été capable. Elle rentra en Europe transformée. Révélant sa véritable identité à l'Angleterre tout entière, elle réunit, avec l'aide de Mohamed, les plus grands scientifiques biologistes du monde.
Elle révéla à cette communauté l'existence des géants et la douceur de la vie qu'on pouvait y mener. Elle publia un livre intitulé Voyage au pays des géants. Le gouvernement anglais organisa une expédition. On retraça le chemin parcouru par Eloane et on découvrit le repaire des géants.
Ce fut un véritable carnage. Les soldats avaient emporté avec eux des canons, des fusils, des armes toutes plus terribles les unes que les autres. Les géants, pacifiques, croyaient revoir des humains aussi agréables et compréhensifs qu'Eloane. Ce peuple de titans se laissa exterminer, décimer par l'armée royale. Il fut trop tard lorsque les géants comprirent qu'il fallait réagir. Ils réussirent tant bien que mal à tuer et piétiner la moitié de leurs bourreaux, mais ils ne purent résister aux pièges ingénieux mis au point par des experts en matière de cruauté.
Le retour des derniers membres de l'expédition rassembla toute la foule de Londres. Accueillis en héros, ils exhibèrent les trophées les plus monstrueux et les plus inhumains. Ils rapportaient les têtes des mâles qui leur avaient donné le plus de fil à retordre, ramenaient les enfants géants dans les cages comme bêtes curieuses de zoos. Et les petits hurlaient de désespoir, l'image de leur mère égorgée encore omniprésente dans leur esprit.
Eloane assistait au spectacle au premier rang. Elle fut horrifiée. Elle se rendit compte alors de toute son erreur. Certes, elle avait forcé l'admiration de la cour et avait pris sa revanche sur ses parents mais, aveuglée par les paroles doucereuses de Mohamed et son désir de vengeance, elle avait conduit à sa perte un peuple de titans. Elle se prit la tête dans les mains et voulut pleurer. Mohamed, essayant de la consoler, la brusqua encore plus.
Mais ce spectacle n'était rien en comparaison de ce qu'elle aperçut ensuite. La tête de Nitnéraec était placée dans un énorme panier de joncs tressés. Eloane regarda avec stupéfaction le visage du géant, voulant croire à un mirage, mais ce n'en était pas un.
Tout le sens de sa vie s'estompa tout à coup. Sa fuite, son expédition, les géants et Mohamed, tout perdait sa signification.
Elle regrettait d'avoir été aussi vulnérable, oui, comme elle regrettait ! Pourquoi avait-elle cédé aux idéaux alléchants de Mohamed, pourquoi ? Elle aurait dû rester avec Nitnéraec, elle aurait dû ! Elle se rendit soudain compte de ses sentiments pour le géant défunt. Elle n'avait pas été assez intelligente pour comprendre à temps l'amour qui l'unissait à lui. Elle hurla :
- Rapaces, votre regard qui perfore mon cœur, torture mon esprit et brûle mon âme est posé sur l'horizon de ma mort ! Faudra-t-il que ma dépouille sanglante échoue sur les rivages de votre fierté pour que vous cessiez de vous acharner ? Nitnéraec, innocent reflet de ce que je voudrais être, sera-t-il, du fond de sa mort, destiné à exister sous le joug de votre volonté, à plier l'échine comme un bœuf de labour derrière votre cruauté, à contempler un cadavre déchiqueté par les corbeaux ? Restera-t-il silencieux, immobile comme le granit millénaire ou sa fureur vous détruira-t-elle ? Sa colère emplira-t-elle l'univers pour le laver de la souillure dont vous l'avez imprégné ? Tuez, tuez-moi, Nitnéraec avait raison de mourir ! La mort est la seule voie qui mérite d'être suivie, la seule issue à la souffrance humaine, la seule porte qui s'ouvre devant moi !
Forte de cette logique implacable qui la menait droit à son trépas, Eloane déboucha la petite fiole qu'elle tenait serrée dans la poche sur son cœur. Elle porta l'extrémité à ses lèvres et avala le contenu. Une écume blanche monta aussitôt à ses lèvres, ses yeux devinrent rouges, son corps ondoya, vibra, elle secoua sa chevelure en d'horribles soubresauts spasmodiques, elle semblait comme possédée par le démon. Mohamed ne pouvait que regarder, impuissant, inutile, si petit devant cette noblesse, cette fierté, ce stoïcisme, cet héroïsme magnifique, incarné par la figure la plus douce et la plus révoltée qu'il n'eût jamais vue.
Enfin, Eloane s'envola vers les rivages de l'amour où Nitnéraec l'attendait pour plonger dans l'infini et l'éternité.
Eternity.

Correction de Rimi (The Great):
 
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Midnight
Mangeuse d'enfants
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MessageSujet: Re: Eternity [TP]   Lun 26 Mai 2014 - 17:58

J'ai bien aimé ton texte, le fait que la fin ne soit pas toute positive y est sûrement pour quelque chose Wink.
Mais j'ai regretté que certains passages ne soient pas plus développés... Pour moi, cette histoire, mêlant quelque part historique, fantastique et autre genres mériterait peut-être plus de détails...
Est-il si facile de se faire passer pour un homme quand on partage plusieurs mois de sa vie avec uniquement des hommes (qui, notons-le, ne voient aucune femme durant tout ce temps...) ?
L'homme qui la fait prisonnière se contente-t-il de lui offrir une vie de luxe, ne demandant en échange que sa présence ?
(oui, ce commentaire est très optimiste sur la nature humaine ^^^^)
Et puis j'aurais bien aimé connaître un peu mieux Nitnéraec !
Enfin bref, jolie nouvelle, ta plume est fluide et agréable, c'est un véritable plaisir de te lire !
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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Eternity [TP]   Mer 28 Mai 2014 - 19:20

C'est un thème classique, certes, mais tu as su lui donner vraiment un nouveau souffle par la création d'un univers très beau :)

Je plussoie Mid quant au développement de certains passages, en gros tu pourrais t'étendre sur :
- Le voyage à bord du navire
- Le voyage avec le marchand
- La vie parmi les géants
- La vie avec Mohamed (mais c'est moins important)
Mais ta nouvelle reste très bonne ainsi et il ne faut pas oublier que l'objet principal de cette histoire est surtout le massacre de la minorité que sont les géants :)

Sinon, j'aime particulièrement le discours final d'Eloane que j'ai trouvé très fort. Et je ne peux que t'encourager à écrire encore et encore car tu as une plume superbe :la:
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Eternity [TP]   Ven 30 Mai 2014 - 9:09

Me voiciii !!   

Bon, Floflo, j'avoue que la 1ère chose que je me suis dite en lisant ton texte c'est :
Citation :
Wow... Mais elle a sorti d'où tout ça ??
parce que c'est une histoire originale, et puis j'aime le fait qu'il y ait un amour entre deux êtres aussi différents, et puis la fin me plaît aussi ! Sadique !

Après, qu'est-ce que ça va viiite ! Enfin, je veux dire que tu racontes très vite des périodes très longues, ce que m'a fait assez bizarre au début, comme un film de 2h et demie en accéléré...  aouch 
En gros comme Meredith et Midnight je pense que certains passades (voire tous  rire2 J'ai envie de t'embêter !) pourraient être développés.
Voilà l'expression que je cherchais : on dirait que tu as fait une nouvelle à partir d'un roman. (D'ailleurs, tout à fait par hasard, est-ce que l'un de tes 7 romans terminés ne serait pas cette histoire ?)  :=]

Mais c'est quand même un texte qui m'a bien plu !  ❤ 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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MessageSujet: Re: Eternity [TP]   

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