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 La fuite franciscaine [TP]

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Phidias

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Masculin Bélier Messages : 594
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MessageSujet: La fuite franciscaine [TP]   Dim 29 Juin 2014 - 12:35

Coucou, ça faisait looooooooooooooooongtemps que je n'avais pas posté sur EN.
Voila donc une petite nouvelle que j'avais laissé reposé un petit mois et revérifiée pour éviter un maximum de lourdeurs .
Mais bon, cette nouvelle elle m'inquiète un peu, je crois qu'elle pourrait poser problème à cause:
- de phrases un peu trop surchargées, j'ai corrigé tout ce que je trouvais lourd mais au final je ne suis sûr de rien
- de l'intrigue qui pourrait en ennuyer plus d'un

Enfin, je vous laisse juger, j'ai déjà bien entamé la nouvelle suivante, bonne lecture! :alien:

Et surtout, si vous n'aimez pas, laissez un commentaire, même succinct ou très synthétisé, qui explique ce que je devrais améliorer, ça aide toujours énormément dans ces cas là.

PS: il y a sûrement encore pas mal de fautes même si j'ai essayé d'en éliminer un maximum

______________________________________________________________________


De ses yeux sortaient des lueurs fines et nouvelles. Le temps venait tout juste de semer ses graines sur cette peau fine comme tissu. Et le monde semblait avoir confiné toute son innocence au creux de ce corps balbutiant. Chacun de ses membres qui, par moments, s'animaient poussivement, paraissait déjà palper les chairs d'un monde incertain. Ses pommettes à peine sculptées, son ventre en planure, son cou fin, tout cela dormait paisiblement dans les tissus bleus d'un placide landau. Une lumière matinale jetait ses fraîches effluves sur le crâne à peine garni du garçon. Chaque regard usait son lacrymal à contempler le petit être. La famille toute entière s'était rassemblée exultante de joie chez la grand-mère du nouveau né. Celle-ci était vieille, la maladie sur elle tissait sa sombre toile et on voulut qu'elle le vit en premier. Tout le monde allait de sa petite phrase, certains s'appliquant à chercher des traits de famille inexistants, d'autres pronostiquant déjà des destins improbables à la fleur encore graine. Seul l'oncle paraissait préoccupé. De sa face ronde soutenue par ses mains charpentées, il ne cessait de regarder ce visage à peine formé promenant déjà sur lui une étrange expression mêlée de désillusion et de panique. Mais qu'importait ? Ce n'était pas jour à se désoler ! Tous étaient ainsi rassemblés dans la chambre de la dame âgée dont les lèvres asséchées souriaient autant qu'elles le pouvaient. Sa chevelure diaphane reprenait presque sa couleur quand de sa peau sucée par la mort, elle caressait infiniment son petit-fils. On surprit même dans les yeux de la pauvre femme un dernier éclat de vie. Tout cessa vite dans quand elle redonna le bébé, s'endormant après avoir goulûment contemplé sa descendance. Famille et amis partirent dehors où le repas devait être donné. La cuisine n'était garnie qu'avec les aliments que le menu salaire de la famille entière avait pu payer. Alors, on apporta seulement une petite dinde, quelques simples légumes et deux ou trois pauvres pichets. Tous avalaient la modeste nourriture comme autant de festins sur la table d'un roi, s’enivrant de la nouvelle naissance. Lorsqu'ils eurent bien mangé et bien bu, passé le reste d'après-midi à discuter en contemplant l'enfant et que le soir venu, ils repartirent tous. La journée s'étouffa doucement entre espoir et dureté.

Quand il eut fait ses adieux à la grand-mère, le couple reprit le nouveau né pour le ramener avec lui. La mère d'une démarche mal-assurée, se faisant fragile à tenir son bébé, s'usait à suivre les pas fuyants de son compagnon. C'était une femme au regard fatigué, et à la voix cassée. Ses jambes alors instables semblaient soutenir avec peine la silhouette rondelette qu'elle traînait. Il brillait de la lumière maussade des lampadaires le reflet de ses cheveux à la fois graciles et immobiles. Sa peau semi-pâle apparaissait parfois entre deux ombres et s'étendait constellée de quelques taches de naissance. Personne ne put voir ce regard sombre qu'elle arborait et qui se confondait avec la nuit, repensant à cette journée comme on ressasse un vieux souvenir. Même si cette naissance avait quelque peu adouci les humeurs, il restait second par rapport à l'indifférence que se vouaient désormais les deux conjoints. Là où leur amour s'était émoussé, avaient grandi de larges rancœurs.

Bien faux est celui qui prétend expliquer la fanaison des roses et le décrépitude des chardons...  Peut être Cupidon avait il planté ses flèches dans les deux amants comme un enfant apprend à planter un clou ? Il coulait des plus mauvaises langues pour expliquer cette issue des histoires d'adultères, des ragots trop grossiers pour ne pas désoler ceux qui connaissaient ce couple traditionaliste et rempli de valeurs. Les amis les plus intimes, eux, savaient bien la vraie cause, aussi désolante et contre-nature fut-elle. Le nouveau-né, fruit d'ébats frivoles et inconscients, constituait cette cause. A l'époque la nouvelle de ce ventre rond avait été accueillie avec une joie profonde chez la famille de la bru, mais par un rejet du gendre qui ne voulait pas de cet enfant. Mais quelles que fussent ses réactions, il dut de force accepter d'avoir un fils. Les enthousiasmes radicalement différents entre la famille maternelle et le mari n'arrangèrent rien entre les deux parents, et de là commencèrent ces interminables disputes.

La pauvre femme pensait souvent à tout cela, mais cette journée, elle, était encore plus terrible. Comment pouvait-elle assouvir cet amour maternel sous peine de tomber sur le regard lourd de reproches que son mari lui adressait désormais? Elle décida de ne plus penser et de se laisser ensevelir dans cette nuit qui recouvrait tout, même la tristesse, même la douleur. Ainsi, les échos qui résonnaient à chaque pas du couple se croisaient sans jamais se rejoindre.

A l'image de cette journée dont le nouveau venu se faisait un prétexte au calme douloureux pour les époux contrariés, les années qui suivirent se firent beaucoup plus hypocrites dans la maison familiale. Tout s'était aggravé, et le malheur de chacun se faisait toujours plus sentir. Le pauvre enfant lui, entendait plus que jamais ces conflits silencieux, sans savoir qu'il en était l'objet mais n'échappait pas à ces tristesses... On le crut déjà jeune en proie à des problème mentaux tant ses premiers pas et ses premiers mots retardaient par rapport à ceux des autres de son âge. Et bien qu'il finit par maîtriser tout cela, il restait dès son plus jeune âge atteint d'un mutisme saisissant. Lui-même ne comprenait ce besoin de s'isoler mais s’aperçut beaucoup plus tard qu'extraire ses envies, ses joies et ses espoirs du monde était le meilleur choix pour en éviter les reflux frustrés. Ainsi les bougies de ses anniversaires n'éclairaient depuis longtemps qu'un regard chaque fois plus figé, qui semblait s'enfoncer dans un profond marasme. Sa mère avait pourtant tout tenté en payant successivement, au détriment de ses minces économies différents psychologues et docteurs qui se montrèrent tous inefficaces. Aussi, désemparée, se résigna-elle, au bout d'un certain nombre d'années, à laisser son fils dans ses pensées et sa vie hermétique. L'abattement ambiant eut vite fait d'installer une sombre routine à laquelle chacun semblait plier pour oublier ce décor grisâtre. Le garçonnet, aux portes de ses huit ans se complaisait plus que jamais dans cette monotonie qu'il avait apprivoisée et vécut en tous ses aspects. Il courait, chaque fois qu'il rentrait de l'école, se réfugier dans sa vieille chambre aux murs gris et à l'odeur aigre. Là il se surprenait parfois à céder à quelques douces rêveries, s'imaginant sentir entre quelques recoins de son cœur l'essence d'une vie moins tourmentée. C'était là qu'il passait la plus grande partie de son temps libre. Sa mère, qui jetait parfois son regard dans l’entrebâillement, le surprenait à contempler de vieux albums de famille où les mines graves n'avaient encore que peu envahi les visages. Les repas quand à eux restaient propices à de longs silences qui ne distillaient plus qu'un désespoir calme.

Dans toutes ces grises soirées, cette mère et son fils reconnaissaient pourtant l'un pour l'autre un amour filial encore trop malmené et brouillé par le mal être de chacun pour éclore naturellement. Le père lui, ne semblait attaché à ces deux personnes que par les liens matériels. Il ne pouvait partager avec lui que quelques mots, les plus froidement prononcés. C'était un homme curieux, que seules les femmes en recherche de mystère pouvaient aimer.  Son épaisse carrure, ses larges mains et sa queue de cheval dessinait l'allure archétypale des hommes du Sud. Sa grande taille, son visage désinvolte et sa mouvance comme déréglée lui donnaient presque l'allure d'un épouvantail qui aurait perdu les chemins menant à son champs. Tout cela ne manquait guère d'impressionner ceux qui croisaient sa route se prenant tantôt d'une sorte fascination, tantôt d'une certaine peur, à voir s'animer un corps aussi impressionnant. Ses yeux noisette brillaient comme une néon sur la chair pâle qui recouvrait sa face, et son front encore vierge de rides semblait encombrer le haut de son tortueux visage. Quand il rentrait épuisé de son travail, il s'allongeait toujours pendant quelques minutes sur le divan de la maison, repensant peut être à ces journée à la fois vides et remplies. Des trois bouches muettes du soir c'était sans doute celui qui mettait le moins de force à répandre ce silence qui lui plaisait plus, désormais, que des bavardages artificiels. Loin de lui l'idée d'être scélérat dans l'esprit et aride dans le cœur mais au-delà des volontés, sa nature taciturne réalisait ces tares-là. Il s'était ainsi accroché à ce ménage pour ses seuls besoins financiers, n'étant que plus désolé de contempler ce spectacle familial qu'il avait lui même fortuitement engendré. Chaque jour avait pour lui la couleur terne d'une vie un peu gâchée, et qui accusait sa faute de mauvais père. Tout cela se faisait toujours plus fort, toujours plus insupportable, si bien qu'après s'être longtemps questionné, il décida de quitter la mère et le fils sans crier gare, après avoir secrètement organisé son départ. Le pauvre homme était loin de se rendre compte que son acte à défaut de réanimer cette minuscule famille ne faisait que plus la plonger dans de sombres horizons. Naturellement sa femme ne prit conscience du départ que quelques jours après celui-ci, car son ancien compagnon avait parfois l'habitude de s'absenter sur des journées et des nuits entières. Elle ne put retenir sa tristesse, et pas même ses pleurs. Sentant dans ce lâche abandon plus que la fuite qu'il était, et voyant ses espoirs secrets s'effondrer tout d'un coup, elle voulut tant qu'elle put se rattacher à son fils comme un avare qui chérit ses derniers sous.

Quand l'illusion se blesse sur des lames grossières, chavire entre quelques rochers de loin discernables, les plaies sont certes moins grandes mais le sang qu'il reste paraît toujours infecté de honte et de déception. Ainsi le garçon paya peut-être autant ce chagrin que sa mère qui s’agrippait désormais à lui, examinant ses moindres gestes d'un regard mélancolique. Cette pression quotidienne fit grossir la douloureuse réalité de ce terrible abandon chez le garçon, au début de son adolescence. Et l'on ne put le protéger. Peut être avait-il aussi germé dans son esprit les ombres d'un amour paternel, un espoir qui même interdit et secret ne manqua pas, dans sa chute prématurée, de ravager ce qui était resté intact chez lui. Lentement sur les semaines qui suivirent le choc, il ne fit qu'exacerber son silence, et devant la détresse de sa mère, n'adressait plus que de vagues signaux de conscience. Il n'était pour lui plus question de demeurer en cette maison dont le silencieux tourment restait encore palpable. Il se perdit pour la première fois dans des rêves et de nouveaux espoirs tout aussi irréels que les derniers déchus, faisant rougeoyer ses yeux et mouillant ses joues.

Dans cette nuit béante et ouverte sur le monde, les étoiles perlaient comme sur un visage sombre. Une douce froideur avait posé sur les paysages ses glaçantes emprises. Les horizons distillaient de frêles brises, qui se pliaient, impuissantes, au poids de l'atmosphère lourde et étouffante.
Et cette maison située à l'orée de la ville... n'était-elle pas endormie, empourprée dans ces limbes nocturnes et soporifiques ? Elle ouvrait alors doucement l'une de ses fenêtre. Bientôt le jeune garçon réussit à extraire tant bien que mal son corps encore mince du haut et étroit encadrement. Il courut tant qu'il put et délaissa non sans quelques regrets cette maison dont il n'eut jamais connu que les méandres familiers. Que faire ? La lune était pleine mais ses tendres lueurs peinaient à éclairer ces ténèbres envahissantes qui l'empêchaient d'aller plus loin. Il décida finalement de marcher jusqu'au village le plus proche jouxtant le sien et d'y patienter dans un recoin perdu dans lequel il avait eut autrefois l'habitude de s'abandonner... Ne sachant pas où exactement se diriger, il avança, plus fuyant que guidé parmi les étranges sonorités qui résonnaient dans cette caverne à ciel ouvert. Il parvint finalement après de longues minutes devant un vieux muret, qui annonçait officieusement l'entrée de la petite bourgade. Plus rien ne bougeait. plus rien ne bruitait Après quelques minutes de marche en plus, il atteignait déjà ce vieux porche de cette maison excentrée dont les murs décrépis lui rappelaient son ancien foyer. A peine s'était-il assis sur le matelas qu'il avait confectionné avec son manteau que le sommeil s'empara de ses membres fourbus. Tout son corps se laissa choir avec lenteur dans ces courants songeurs.

Tous ces cauchemars en pagaille qui le traversaient, faits de pleurs et d'oubli. Qui savait si notre fugueur dormait véritablement face aux néants inquiétants de la campagne à cette heure... Quand l'aube s'extirpa péniblement et que les herbages se mouvèrent à nouveau, le dormeur étira grassement sa silhouette. Ces vaines tentatives d'escapade lui semblaient maintenant dérisoires, presque pathétiques sous la lumière matinale... Mais l'espoir une fois goûté se révèle toujours plus amer lorsqu'il n'est pas pleinement consommé. Au prix de longues réflexions portées le regard dans le vide où s'affrontaient peurs et espérances, le choix d'un départ s'imposa quand le pauvre garçon crut que les horizons du monde n'attendaient que sa présence. Peut-être sait-il lui même les maux qu'il endurera ; peu l'importe. Depuis le début l'abnégation était son seul choix, son seul refuge, il voulut en changer, cesser de ressasser le peu qu'il y avait de beau, se créer des joies. Si les rêves se chargent de douleur, si les illusions s’effondrent consumées, alors au moins s’égrèneront leurs cendres pour rappeler qu'elles eussent un jour existé. C'est sur la promesse fugitive de trouver un peu de bonheur qu'il se décida à atteindre la grande ville la plus proche à partir d'une gare située non loin de là. « Il me faut pour cela de l'argent » pensa-il d'une déception contenue.

Après avoir de nouveau franchi l'entrée de la commune qui menait tout droit à des rues larges et pavées, il se mit à chercher des yeux un quelconque service qu'il pût rendre pour remplir sa besace. Il n'y avait rien de bien dynamique dans cette bourgade qui ne comptait plus ses vieillards et s'était enfoncée dans un calme voulu, peu à peu changé en ennui. C'est soudain qu'il vit sur le trottoir assis contre un mur la silhouette d'un mendiant à la longue barbe. Sa main qu'il tendait en avant offrait plus un refuge aux regards de dégoûts ou de pitié qu'à quelques minces pièces. Ses chairs à peine protégées de haillons que la saleté avait recouverte, portaient des petites cicatrices sur leurs matières abîmées. Ses jambes maigres laissaient entrevoir de fins maillons de muscles voilant à peine ses os. Il portait sur sa tête une sorte de chapeau, confectionné à partir de hardes qu'il avait enroulé comme une coiffe orientale. A mesure que les pas du garçon avançaient, que le corps malmené du vieillard s'affinait, il remarqua son visage qui semblait plus que tout le reste, ravagé par la misère. Son crâne prenait la forme d'un cucurbitacée à cause d'un menton anormalement long. Sa peau rougie, non pas par des abus d'alcool mais par ce soleil d'été, se craquelait, peu à peu desséchée et marquait sur sa face de fines fissures.

Quand il s'approcha jusqu'au devant de la pauvre engeance, il ne se cacha pas de l'observer jusque dans les moindres détails. On ne sentait pourtant dans son regard aucun jugement, qu'il soit affectif ou objectif. Les yeux du garçon décrivaient plutôt une sorte de fascination pour le vieil homme disgracieusement étendu. Celui-ci, qui semblait ne pas apprécier cette contemplation pesante, tenta de se déplacer de quelques mètres mais n'y parvint pas, faute de force... Il dut s’accommoder de la fixation qu'il subissait pendant quelques instants, jusqu'à ce que son nouveau spectateur aille s’asseoir à ses côtés. L'adolescent lui-même ne connaissait pas précisément les raisons de son geste, mais voyait dans cet un homme là une certaines ressemblance avec lui. N'avaient-ils pas tout les deux été forgés par le malheur? Et quel ne fut pas l'étonnement du miséreux ! « Gamin, qu'est c'qu'tu fait ?!» éructa-il presque, sous le coup de la surprise. Son jeune interlocuteur ne répondit qu'avec un sourire gêné tout en se calant au mur. Encore quelques instants et le mendiant courbé de fatigue renonça à convaincre l'arrivant de s'en aller et se résolut à l'ignorer, pensant que le visiteur impromptu repartirait dans peu de temps. Les heures passèrent, singèrent les deux avachis, les passants devant eux s'affairaient pour aller nulle part sans même les remarquer. Ainsi quand les lueurs du soir descendirent doucement envahir les toits et rues, on voyait s'activer les derniers essoufflés de la ville. Le passage se désengorgea presque entièrement et les mains du vagabond étaient encore trop vides de sous pour qu'il se procurasse de quoi manger. Le miséreux se décida à demander enfin à son jeune compagnon maintenant endormi les raisons de son geste, le secouant tant qu'il put pour le réveiller. Le jeune homme répondit qu'il voulait aller là où personne ne le remarquerait, où il pourrait se fondre avec ceux que l'on veut éviter, ceux qui savent apprécier les quelques gouttes de joie que la misère daigne céder. Tout en s'étonnant de ce raisonnement étrange pour un garçon si jeune, le vieillard se demanda quels événements avaient pu le mener à ce genre de discours. Il compris rapidement que le garçon ne mentait pas tant il brillait dans ses yeux une volonté inquiétante. Quoi qu'il ait vécu, il pensa cependant préférable de ramener le fugueur au poste de police le plus proche plutôt que de le laisser dans la rue. Mais on lut dans le regard de l’impotent comme dans un livre ouvert et le jeune garçon devança ses éventuelles tentatives de raisonnement   « Pensez-vous que la saleté dans laquelle vous vivez nuit et jour soit plus immonde que celle dans laquelle j'ai pu grandir ?» l’interpella-t-il d'un ton de dépendance. L'homme ne sut que penser ni que faire de toutes ces demandes. Il y eut un de ces silences où la vérité semble éclater de son imposante dureté, mais le mendiant regarda le pauvre garçon d'un air infiniment attristé, le suppliant du regard de partir car il ne pouvait pas l'aider. Ils eurent un dernier regard, fait d'un peu de tristesse et d'un peu de retenue où le jeune voyageur comprit bien que ce pauvre abandonné ne pourrait rien pour lui. Finalement, il partit, et du coin de la rue on le vit pour la dernière fois.

Peut-être encore aujourd'hui, le croiserez-vous... il est parmi la crasse et les crasseux, au fond des ruelles sombres et maquillées. Il observe dans ses journées ceux dont il a voulu se priver. Croyez-le ou non, il ne regrette rien. Et même si les regards qui s'amoncellent sur son incurie ne sont que furtifs et discrets, il voit dans chacun d'eux assez sur ceux qui les portent. Il repense quelque fois à sa jeunesse trouble et douloureuse, à cette grande fuite qui l'amena jusqu'ici. C'est à cette époque qu'il pensait que l'on entretenait la joie avec beaucoup de souffrance, comme un homme qui s’enivre à la pensée de l'amante absente. Maintenant pour lui, la misère est un compagne qui à d'infimes moments laisse entrevoir à travers ses sales rideaux, les plus belles beautés que le monde ait pu porter.

Laissez-le, brisé et fort, triste et heureux, pauvre d'envie et riche de sagesse.

Correction de Rimi:
 

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Dernière édition par Phidias le Dim 29 Juin 2014 - 23:47, édité 3 fois
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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La fuite franciscaine [TP]   Dim 29 Juin 2014 - 15:40

Bon, commençons par le regard de la Chasseuse enragée ^^

Déjà, il faut que tu nous mettes une petite balise Wink

Ensuite, il faut que tu réécrives tout ce passage avec les temps du passé car tu as écrit tout un bout avec les temps du présent (et dans un récit on ne mélange pas les temps, sauf comme tu l'as fait avec le dernier paragraphe sans compter la phrase finale) :

Spoiler:
 

Voilà pour les grognements. Maintenant je peux le dire : C'EST MAGNIFIQUE !!!! :la: :la: :la:
Je n'avais lu que des poèmes de toi jusqu'à maintenant et j'ai trouvé très intéressant de te découvrir dans ce genre différent qu'est la nouvelle. Cependant, force est de constater que les images poétiques et la douceur du rythme restent présents même dans ta prose :)

Le thème abordé est sublime, c'est un mélange d'ennui, de mélancolie et pourtant d'amour... Les personnages évoluent un peu au hasard, ils vivent les uns à côté des autres et chacun est malheureux. Mais en même temps, il y a dans leur tristesse de la douceur et une beauté sorties d'on ne sait où...

J'ai eu un moment d'arrêt après avoir lu la fin et je l'ai relue plusieurs fois parce qu'elle est parfaite *.*
Enfin c'était vraiment un beau voyage au sein de l'âme humaine et j'ai vraiment adoré, bravo ! :)

Edit : Ah oui, aussi...
Il y a une phrase où je crois que tu as oublié un mot :

Phidias a écrit:
Même si cette avait
(zut j'ai oublié de noter la suite... tu la retrouveras quand même ?)

et une dont je ne comprends pas le sens :

Phidias a écrit:
Sentant dans ce lâche abandon plus que la fuite qu'il était

Voilà that's it ! :)
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Phidias

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MessageSujet: Re: La fuite franciscaine [TP]   Dim 29 Juin 2014 - 18:11

Balise TP ?
Ah oui les temps, au début je voulais rédiger au présent à partir de ce moment là, mais dans ma tête ça n'a pas suivis visiblement --' , bon ben je vais changer....
Alors, c'est "même si cette naissance", je vais modifier.
"Sentant dans ce lâche abandon plus que la fuite qu'il était", peux être que ça ne se dit pas, je ne sais pas, mais on peut le traduire en gros par:"Sentant dans ce lâche abandon, qui était en fait plus une fuite, ...."

Bon maintenant les bonnes choses xD

"c'était vraiment un beau voyage au sein de l'âme humaine" Ah merci je n'en demandais pas tant :alien: , je suis très content que les sentiments que je voulais faire passer à travers ces personnages aient pu t'atteindre, c'était en partie l'objectif de cette nouvelle, j'avais peur que ça devienne plus chiant qu'autre chose...

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MessageSujet: Re: La fuite franciscaine [TP]   Dim 29 Juin 2014 - 18:31

La balise TP sera parfaite je pense Wink

Pour cette phrase :

Phidias a écrit:
Sentant dans ce lâche abandon plus que la fuite qu'il était, et voyant ses espoirs secrets s'effondrer tout d'un coup, elle voulut tant qu'elle put se rattacher à son fils comme un avare qui chérit ses derniers sous. 

c'est à peu près ce que j'avais compris, mais dans ce cas il faut juste que tu finisses ta phrase pour qu'on sache ce qu'elle sent dans ce lâche abandon.

Exemple > "Sentant dans ce lâche abandon, plus que la fuite qu'il était, la pire des trahisons ; et voyant, etc.

La formulation reste un peu alambiquée mais je pense qu'elle est correcte :)

Ce n'est pas chiant, mais ça demande de la concentration parce que tu as un plume pleine d'images et il faut prendre le temps de toutes les capter ^^
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Phidias

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MessageSujet: Re: La fuite franciscaine [TP]   Dim 29 Juin 2014 - 19:04

Voila, tout est modifié, merci à Rimi qui s'est farci toutes les fautes...

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MessageSujet: Re: La fuite franciscaine [TP]   

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La fuite franciscaine [TP]
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