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 Mort d'un rêve, vent de folie [-12]

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Serpent
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Masculin Gémeaux Messages : 168
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MessageSujet: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 0:53


J'ai longuement hésité à la poster, mais voilà déjà le début.


L'agitation enflait, des cris provenant de toute part fendaient une illusion de silence bafouée par les sonneries incessantes des appareils médicaux. Les infirmières étaient au courant de l'urgence de la situation. Allongé sur les draps immaculés de sa chambre d'hôpital, Martin se demandait bien où il pouvait être. Depuis combien de temps était-il là? Et d'ailleurs, où était-il? Le maigre rideau qui opacifiait la large fenêtre filtrait une lumière rougeâtre, le Soleil se couchait sur les montagnes alentours. La seule chose dont il se rappelait, c'est qu'avant tout cela il était sur le point de se lancer dans l'aventure de toute une vie. De toute sa vie. Cela pouvait paraitre dingue, même absurde, il le savait, mais à quoi bon censurer l'espoir qui tiraillait tant son esprit? Il s'était lancé.


"Seuls ceux qui prendront le risque d'aller trop loin découvriront jusqu'où ils peuvent aller" [T. S. Elliot]


Des semaines, des mois, peut-être même des années avaient passé, avant que l'adolescent ne daigne songer à réaliser son rêve le plus fou. Une pensée qui l'avait souvent hanté, sans même qu'il n'ose y croire, une sorte de rêve de gosse. Il savait qu'il devait le faire, cela résonnait en lui comme une évidence, une terrible évidence. Il ne trouvait pas le courage d'y croire, c'était voué à l'échec. Un exploit de ce genre n'arrivait jamais, il allait y laisser sa vie. Martin avait peur de la mort, il la craignait, l'évitait, la fuyait. Comme un épouvantail qui agitait ses nuits jusqu'à sombrer dans la folie. Oui. Il était fou. Une démence infinie qu'il ne savait contrôler, une tare encrée au plus profond de son être, depuis sa naissance, ne cherchant qu'une opportunité pour faire surface et détruire l'immense terrain vague qu'était sa vie. A bientôt 17 ans, il n'avait plus de lycée, renvoyé de 5 écoles différentes pour violences, absences répétées ou autres incivilités, Martin n'avait rien d'un élève modèle. Habitué des commissariats, il s'était juré de ne plus y retourner. Drogues, vol, bagarres, tout ça, c'était désormais fini pour lui. Cependant, sa vie était dépravée par son passé… Il ne savait plus quoi faire, il attendait ce déclic, cet instant qui lui ferait dire "Maintenant tu as vécu tout ce que tu as pu vivre, tu peux être fier de toi". Il attend ce moment qui lui donnera l'illusion d'un bonheur instantané. Et c'est son père qui lui offrirait l'occasion d'enfin donner un sens à son existence. Le Mont-Blanc, 15 jours d'ascension, 4808 mètres d'extase, des rêves pleins les yeux, la tête au plus près des étoiles, Martin se lance sans hésiter dans ce qui sera sans doute le défi de toute une vie, avec son père. Son héros.


"A chaque sommet on est toujours au bord d'un précipice" [Stanislaw Jerzi Lec]


Son père… Où est son père? Il s'agite, s'affole. Pourquoi ne se souvenait-il plus de rien? Dans un dernier instant de lucidité avant de s'enfoncer dans les abysses de la folie, il tire la poignée au dessus de sa tête et enclenche le système d'appel des infirmières. Sa gorge se noue, l'air se fait rare désormais, Martin se sent opprimé. Cette étrange sensation lorsque l'on sait qu'il est arrivé quelque chose de grave, sans toutefois en être sûr… Qu'était-il arrivé? Pourquoi son héros n'était-il pas là, à ses cotés? Sa vue se trouble, des larmes emplissent ses grands yeux sombres. Dans son regard un océan d'incertitude, l'inquiétude à la fois de voir ses rêves s'effondrer, impuissant face à la magie du destin.


"Le fort fait ses évènements, le faible subit ceux que la destinée lui impose." [Alfred de Vigny]
"Le destin mêle les cartes et nous jouons." [Arthur Schopenhauer]



Le destin…
"Quelle sombre invention de l'humanité!" pensait-il…
Malgré tout, plus le temps passait, plus il y croyait, à ce fichu destin! Une sorte de fatalité qui s'abat sur chacun, sans qu'il n'ait le moindre échappatoire, comme si l'univers tout entier s'abattait sur son crâne, inévitablement. Ce fut l'infirmière qui le sortit de sa réflexion:

"Que se passe-t'il Monsieur Valero?"

Dans un murmure incompréhensible, Martin tenta de lui expliquer la situation… Mais seuls quelques sons coururent le long de sa gorge, à peine audibles. Il transpirait, la démence le prenait, l'emmenait au plus profond des ténèbres. L'adolescent mit un certain temps à retrouver son calme. Il éprouvait toujours des difficultés pour s'exprimer, mais il parvenait tout de même à se faire comprendre.

"Mon père… Expédition… Avec moi… Trouvez le…"

Ce que Martin ignorait, c'est qu'il était dans cette chambre depuis pratiquement 3 semaines. Il avait d'abord sombré dans un coma, avant de reprendre ses esprits, la veille. Il sentait la crispation sur le visage de l'infirmière, au fond de lui, un mauvais pressentiment grandissait. Il la fixa longtemps, sans même qu'elle ne puisse parler. Comment trouver les mots? Comment annoncer cela? Elle savait ce qui s'était passé, et l'adolescent avait de droit d'être au courant. Elle réfléchit, prit le temps de mesurer la force de ses mots, considérant chacun comme une lame, qui à tout moment pourrait perforer le cœur de Martin. Elle lui devait la vérité.

"Je préfère une vérité nuisible à une erreur utile: la vérité guérit le mal qu'elle a pu causer." [Johann Wolfgang von Goethe]
"Le pire mensonge est de se mentir à soi-même" [Marc Levy]



Il la fixait, stupéfait. Elle prit une grande inspiration, puis commença.

"Monsieur Valero, j'aimerais que vous m'écoutiez attentivement…"

Il prit son visage à deux mains, il avait perçu dans le ton de sa voix la gravité de ce qui allait lui être révélé.

"Tout d'abord, il faut que vous sachiez que votre père vous aimait beaucoup… Il… Il est mort en voulant vous sauver. Lorsqu'il est tombé dans cette crevasse, à plus de 4000 mètres d'altitude, il n'aurait pas dû survivre. Mais vous étiez encordés ensemble, en réalité, vous étiez le seul lien qu'il avait encore avec la vie. Cependant il était lourd, et a failli vous emporter dans sa chute. Il n'avait pas le choix, il ne pouvait pas vous sauver tous les deux, il a décidé de… de couper la corde qui vous reliait. Vous avez été découvert quelques heures après, couché dans la neige. Frigorifié. Si un guide de haute montagne ne vous aurait pas retrouvé, par pur hasard, vous ne seriez pas ici…"

Il l'avait écoutée tout du long, sans avoir la force de dire le moindre mot. Il ne pleurait pas, non. Pas devant elle. Il n'en avait pas envie d'ailleurs. Il s'en voulait juste, il s'en voulait terriblement. Etait-il responsable de la mort de son héros, Alexandre Valero? Pour lui cela ne faisait aucun doute. Sa seule envie, à l'instant présent, était de le rejoindre, de quitter ce fichu monde à jamais. A quoi bon vivre si ce n'est que pour voir les autres mourir? Pourquoi demeurer malheureux alors que l'on peut fuir tout cela? Tant de questions fusaient dans sa tête, il venait parfois à douter de sa propre existence, et de ce qui le rattachait encore au monde des vivants. la réponse était simple, il n'y en avait pas. Les seules personnes qu'il avait s'étaient déjà enfuies bien avant lui, elles avaient à jamais quitté l'ombre et la démence de la vie. Il voulait les rejoindre. Son cri fendit le curieux silence qui régnait sur la pièce. Avait-il fait le bon choix? Il le savait. De toute évidence, rien ne pouvait plus être pire à présent.


"Ce soir coule le sang dans un torrent pluvieux,
Au bord du gouffre mourant à l'aurore de ses adieux,
Les larmes du ciel coulant comme orage dans ses yeux,
De l'enfant brandissant le couteau vers les cieux.
Prologue de la démence, vent de folie s'installe,
Lorsque le tonnerre danse dans les ténèbres astrales,
La vie en perd son sens quand vient l'issue fatale,
L'achèvement de la souffrance, la mort abat son voile.
Le tranchant de la lame, déchirant l'univers,
Résonne comme un drame, perce en unique éclair,
Foudroiement d'une larme qui surgit des paupières,
D'un jeune qui laisse les armes pour s'enfuir de l'enfer,
Au plus profond des flammes, sans regarder derrière?
Il se transperce l'âme, cette larme fut la dernière."

"Suicide: monter au ciel par une corde de pendu" [Jules Renard]
"Accepter de vivre, n'est-ce pas parfois une forme de suicide?" [Eugène Cloutier]


Nouveau black-out. Que s'était-il passé? Où était Martin? A quoi servaient tous ces appareils autour de lui? Il tenta de se redresser mais resta cloué contre le maigre matelas sur lequel il avait sans doute du dormir plusieurs nuits. Une douleur le fit gémir, au niveau de la poitrine. Que lui était-il arrivé? Il ne se souvenait de rien. Il regarda autour de lui, les murs étaient d'un blanc immaculé, de massifs appareils trônaient fièrement de part et d'autre de son lit. Il aperçut un plateau repas, posé sur la table de chevet non loin de lui. Il essaya de l'attraper mais rien n'y fit, son bras ne bougea pas. Il risqua un regard en direction de ses poignets. L'adolescent était attaché, au niveau des avant-bras et des chevilles. Sans doute avait-il eu un comportement agressif, il ne savait pas. Quand il y pensait, il ne voyait que l'image d'Alexandre Valero, gisant au fond de la crevasse. Il ne se rappelait de rien d'autre. Une chose était sûre, il allait mal, autant sur le plan physique que psychologique. Etait-il possible qu'il se soit infligé tout ça lui même? Il n'osait pas y penser, pourtant l'évidence était indéniable. Martin avait tenté de mettre fin à ses jours. Le destin l'en avait empêché.

"Vas où tu veux, meurs où tu dois." [Manuscrit du XVème siècle]
"Dans les ténèbres, chacun à son destin" [Gao Xingjian]



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Dernière édition par Serpent le Lun 18 Sep - 14:18, édité 6 fois
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Yggdarsil
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Humeur : Pourvu que ça dure !

MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 9:28

O.O
BEST TEXT EVER


(Est-ce que tu as travaillé ce texte ou du moins les éléments qui le compose? Si non: Est-ce que tu es un dieu?)
Alexandre Valero a vraiment existé ou il s'agit d'un nom générique que tu as choisi de donner à ton personnage? (J'ai cherché sur gogole et j'ai trouvé tout sauf un alpiniste).
Le coup de la corde coupée est un classique, mais le reste est écrit... en or. Je trouve que ça à dire...
Donc franchement, Serpent, tu as un futur dans l'écriture (je dis pas ça pour rigoler).
Définitivement le meilleur texte du forum que j'ai lu jusqu'à présent (et ça me fait un peu mal au cœur de dire ça, vu que j'ai l'impression de snober les textes des autres membres -et les miens).
Que tu choisisse l'écriture, c'est comme que Beethoven (pardonnez la grosse image) choisisse la musique: Que du bon et un réelle empreinte. Les monuments, on les repère tôt, et tu es bien parti pour ça.
Après, peut-être que tu trouves que j'exagère, mais moi, non. Je fais partie de ceux qui ont l'écriture dans le sang, je n'ai donc jamais du travailler "plus" pour obtenir la qualité avec laquelle j'écris en ce moment. Mais lorsque l'on joint l'inné à l'effort et à la persévérance, on obtient des mythes.
Le titre, j'ose pas en proposer...
Quand il manque un titre c'est qu'il y a trop de choses à dire dedans, autant mettre le texte à la place :P


------------------------------------------------------------------------------------------------
Il est des gens qui sont là. Comme ça. En vrai. Et d'autres dont la présence est un mensonge. Une illusion. Efficace, quand elle trompe tout le monde. Ridicule, quand elle ne trompe que son porteur. -Lyonel Trouillot, Kannjawou

Proverbe Nocturnien : Wû Horör, wees qsüj gnü ubo wik s'wee kleesee kvieiir wâ krefüzâ d'wi kraork...

orgie de .-.
.-- .-- .-- .-.-.- .---- ----- --.- ....- ---.. .-.-.- ..- -. -... .-.. --- --. .-.-.- ..-. .-.

http://vocaroo.com/i/s1fCLpFwvSv0


#TextedeYgg
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Serpent
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 9:47

Alexandre Valero n'a jamais existé (du moins pas que je sache). x)
Pour être parfaitement honnête, ce texte m'ennuie un peu, je n'ai pas l'impression d'avoir su transmettre tous mes sentiments et amener correctement les réflexions pour lesquelles j'ai écrit l'histoire-là.

En tout cas, merci pour l'éloge, ça fait toujours plaisir de se sentir apprécié. :) *-Tu rougis! -Nan! -Ooh c'est trop mignoon t'es tout gêné... xD -Mais arrête, donc!* Mais attend de lire la suite pour me dire si tu as vraiment apprécié. Wink
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Serpent
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Masculin Gémeaux Messages : 168
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 9:51

Le destin, encore lui, pourquoi l'avait-il contraint à vivre? Le scalpel n'avait transpercé que son sternum et entaillé le poumon droit. Hélas, ou fort heureusement, les chirurgiens avaient pu intervenir à temps. Une incertitude planait tout de même. Martin aurait-il des séquelles quelconques de cette opération? Il était pour l'instant obligé de respirer avec l'aide d'un masque, mais il ne supporterait pas cela très longtemps. Adolescent virulent, il avait besoin de bouger, de se dépenser, et n'arrivait pas à rester cloitré dans la monotonie d'une chambre d'hôpital. Combien de fois avait-il pété les plombs à cause de cela? Il n'en pouvait déjà plus, la simple idée de se retrouver enchaîné le détruisait de l'intérieur. Ses poignets le brûlaient à force de se débattre, depuis combien de temps était-il là? Une heure, Une journée, une semaine peut-être? La question à se poser était plutôt: Combien de temps pourrait-il encore rester là? Enfermé en enfer, comme un sportif blessé, un poète que l'on censure, ou bien une colombe mise en cage.


"Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage" [Périclès]
"Ma seule liberté est de rêver, alors je rêve de liberté" [Benoît Granger]



De longues heures passèrent, Martin n'ayant comme seul compagnon de route que le petit écran de télévision installé à sa demande dans sa chambre. Il ne regardait que des dessins animés, une sorte de retour en enfance. Quelque chose qui lui rappelait que son père était peut-être là, encore avec lui. En lui. Qu'il n'avait réellement jamais quitté ce monde, que Martin n'était pas seul. Orphelin de ses souvenirs. Il avait perdu sa mère, 10 ans auparavant, il n'osait même pas penser aux circonstances de sa mort, mais tout était encore là, dans sa mémoire, tout était clair… Il pensait, il pensait beaucoup trop. Il semblait mal à l'aise, ses jambes tremblaient de plus en plus vite, son souffle se coupait peu à peu. Son cœur battait à tout rompre… et soudain, un regard vide. Dans un soupir, son buste retomba brutalement sur le matelas, dans un lourd fracas sonore. Il n'était peut-être plus qu'un squelette, son poids n'était pas négligeable. Les battements se stoppèrent, comme si son cœur ne marcherait plus jamais… Entre la vie et la mort il n'y a qu'un pas…


"Les départs donnent souvent l'illusion d'une renaissance." [Jacques Languirand ]
"Chaque souffle nous rapproche de la mort." [Hazrat Ali]



Souvenir.


Il était là, dans sa maison en banlieue Lyonnaise. Une vieille bâtisse qu'Alexandre s'était toujours promis de rénover, mais faute de moyens, il lui avait été impossible d'en refaire la moindre pièce. Cependant Martin l'adorait, cette maison, avec toutes ses cachettes et ses passages secrets. Un aventurier dans l'âme, comme son papa. Quand il était fatigué, il s'asseyait en tailleur sur le tapis pour regarder la télévision. Pourquoi sur le tapis? Il adorait être près de l'écran, "pour mieux voir" disait-il. C'étaient les dessins-animés, les films Disney et autres programmes pour enfants qui avaient véritablement rythmé l'enfance de Martin. En vérité, ils avaient plutôt servi à calmer son tempérament, parfois dur à gérer pour Mary sa mère, femme au foyer. Ce matin là elle était à bout, et elle devait encore emmener son fils à l'école. Une petite école primaire de quartier, située à une dizaine de minutes de leur domicile. Ils étaient en retard, le stress montait, le téléphone sonnait sans que personne n'ait la réelle volonté de décrocher. Elle installait Martin dans le monospace, prenant soin d'attacher sa ceinture. En hâte elle montait dans la voiture, mettait la clé de contact et démarrait aussitôt. Elle avalait les 3 km qui séparaient la maison de l'école en un temps record, elle était à un virage de l'établissement. Elle ne faisait plus attention à sa vitesse, elle accélérait constamment. Au moment de tourner, il était trop tard. La voiture fonçait droit dans un mur de briques. Le choc fut d'une violence inouïe, le véhicule se perdait déjà dans un nuage de fumée quand Martin reprit ses esprits. Il sortit de l'habitacle et s'effondra sur le sol… Il n'avait pas remarqué les entailles dans sa cuisse et sa poitrine. Son âme semblait s'enfuir de son corps dans la moiteur rougeâtre du sang. Une rivière de larmes fendait son visage. Était-ce la tristesse de se voir mourir, ou bien de voir mourir un proche?


"La mort attrape ceux qui la fuient." [Horace]
"On est seul dans la mort" [Monique Corriveau]



Encore ce sordide lit d'hôpital, encore cette chambre qui paraissait de plus en plus confinée. La seule chose qui différait de la dernière fois où il avait été conscient, étaient les électrodes fixées à sa poitrine. Martin s'inquiétait de plus en plus, il se sentait faible physiquement. Peut-être l'était-il aussi mentalement? Il avait tout de même tenté de mettre fin à ses jours, à seulement 17 ans… Cette vie n'était pas pour lui, il avait besoin d'être libre, de faire du sport, d'être au grand air. Une seule chose lui passait par la tête à cet instant. Et s'il ne pouvait plus jamais faire de sport? Et s'il était obligé de finir sa vie cloîtré dans une pièce morose et infiniment petite? En réalité il n'osait pas y penser, il allait pouvoir courir à nouveau, et finir ce qu'il avait commencé. En l'honneur de son père, pour sa fierté, et surtout pour lui. Il allait le faire, qu'on le lui proscrive ou non. Martin était un guerrier, qui n'attendrait désormais plus que le destin décide pour lui. Satané destin! Il allait se battre pour sa vie au risque de mourir, ou bien ne se battrait-il pas pour la mort? La seule évidence était qu'il s'en irait fier, en héros comme son père l'avait été pour lui. Ce serait l'arrêt de toutes ses souffrances, il allait être libéré de tout ça, mais il lui restait une dernière tâche. L'avènement de toute une vie.
Martin vivait au rythme de son sommeil, il avait parfois l'impression d'hiberner des semaines entières, de se réveiller des mois après… Le monde qui l'entourait était en train de changer considérablement. Il ne lui restait rien, seulement ses souvenirs qui restaient continuellement en travers de son esprit. Sans doute ce dernier lui interdisait-il de revivre toutes les atrocités que le jeune homme avait pu endurer lors du supplice qu'avait pu être sa vie. Malgré toute la concentration dont il pouvait faire preuve, il ne parvenait qu'à ressasser d'infimes bribes d'images qui avaient pourtant terriblement marqué son existence.


Souvenir.


Il faisait froid, l'air était terriblement humide et glaçait la gorge de Martin en s'y engouffrant. L'adolescent et son père étaient emmitouflés dans d'épais manteaux étanches, spécifiques à la pratique de l'alpinisme. Un bonnet ornait ses longs cheveux blonds, laissant tout de même dépasser quelques mèches ondulées où s'accumulaient des amas de givre. De puissantes bourrasques de vent leur fouettaient le visage, emportant avec elles de fines particules de neige qui formaient un écran infiniment blanc devant les deux hommes. Bientôt ils ne verraient plus rien et devraient trouver un refuge pour se reposer jusqu'à la prochaine accalmie. A chaque pas, l'oxygène se raréfiait encore un petit peu plus, chaque inspiration devenait capitale. L'air pénétrait dans leur trachée dans un sifflement abominable, qui accompagnait leurs esprits et rythmait leur ascension. La fatigue s'accumulait, encore et encore, les jambes se faisaient de plus en plus lourdes, menaçant, à chaque enjambée, de céder sous le poids de l'épuisement. La douleur engourdissait ses muscles, parcourait tout son corps, ébranlait tout son être au point de le douter quant à la suite des évènements. Et s'ils ne parvenaient jamais au sommet du Géant Alpin? Et s'il était destiné à mourir, enseveli sous plusieurs mètres de neige, dans un cercueil glacial? C'étaient là les seules parcelles de souvenir que Martin parvenait à capter dans l'infini océan obscur qu'était sa mémoire. Il voyait ces images tourner en boucle dans sa tête, elles étaient ses seules réminiscences, elles hantaient ses pensées nuits et jours. Il entendait encore la voix rauque et grave de son père, cette voix le rassurait, il lui parlait, parfois, espérant une réponse, sans jamais qu'elle n'arrive. Que lui arrivait-il? Devenait-il fou? Il ne savait qu'une chose, les illusions le torturaient et cet espace confiné y était pour beaucoup. Il devait absolument s'en aller, il ne pouvait en être autrement en réalité.
La réalité. Cette seule idée paraissait dès lors tellement vague à ses yeux, il devenait de plus en plus difficile de faire la différence entre hallucinations et faits réels. Une terrible lutte contre son esprit commençait alors, plus les questions fusaient dans sa tête, moins il ne trouvait de réponses. Mais y en avait-il réellement? Où alors n'était-ce qu'une gigantesque illusion?
Un jour, Martin sortirait de cet hôpital, c'en était une certitude, quels qu'en soient les moyens. En vérité, il ne se voyait pas périr dans le panorama blanchâtre et morose d'une chambre médicale. Les seules rayons de Soleil qu'il percevait étaient filtrés par les rideaux blancs qui marquaient encore plus la frontière entre la liberté et l'enfermement. Il ne captait que rarement ne serait-ce qu'une onde de ciel bleu, et la nature qu'il entrevoyait dans ses hallucinations paraissait terriblement étrangère à son esprit. Plus le temps passait, plus les infimes fragments de souvenirs qui lui restaient devenaient insignifiants. Il ne savait plus à quoi ressemblait le monde, la ville de Lyon et ses rues pavées qu'il avait arpenté chaque jour. Tout cela lui paraissait si lointain qu'il n'en imaginait même pas l'existence. Comment est-il possible d'imaginer le monde sans même se souvenir de l'avoir contemplé au moins une fois? Bientôt, il aurait la réponse à ses questions. Il s'engouffrerait dans la spirale infernale de l'univers de la vie afin d'enfin percer tous les secrets de son existence, il irait au bout de ses rêves, au bout du monde, au bout de son funeste destin.


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Dernière édition par Serpent le Ven 10 Juin - 1:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 11:33

Vêtu d'un long imperméable noir très sobre, Martin avalait deux à deux les marches de la station de métro pour s'extirper de la marée humaine des heures de pointe. Il se fondait dans la foule, passait inaperçu, malgré sa longue crinière blonde qui flamboyait dans la morosité pluvieuse de l'automne. Il voguait dans les rues de piétonnes lyonnaises, sans réelle destination précise. Son service dans la librairie place Bellecour ne commençait que dans une heure. Il avait, par chance, repéré l'annonce pour l'emploi et avait sauté sur l'occasion. Âgé de seulement dix-sept ans, trier des livres et les disposer sur des étagères était devenu un de ses passe-temps, c'était certainement l'un des seuls moyens qu'il avait pour s'en sortir. Et puis qu'importe, bientôt ce serait fini, ce n'est que temporaire se disait-il. Il devait attendre, encore et encore. Arpenter les mêmes venelles maussades continuellement, voir indéfiniment les mêmes visages tristes et mornes, rongés par la fatigue, criblés de cernes. Il accélérait le pas, comme poursuivi par la mélancolie ambiante. Alors que l'animation et les cris enflaient autours de lui, il baissa la tête bien fourrée sous sa capuche en laine, fuyant les regards, comme enfermé dans son esprit. Était-il plus libre réellement, ou alors n'étais-ce qu'illusoire ? Martin les entendait, perpétuellement. Ces voix abominablement infâmes. Elles s'adressaient à lui, résonnaient dans sa tête sans arrêt, quoi qu'il fasse. Elles étaient continuellement présentes, comme encrées en lui.

"Tu les vois, n'est-ce pas ? Ils te dévisagent, et tout ça parce que tu es différent. Ils te haïssent, comment un adolescent pourrait-il laisser son père mourir? Tout le monde autour de toi te regarde, t'observe. Ils ont peur du psychopathe que tu es. Celui que tu as toujours été. Ils sont terrifiés à l'idée même de te voir…"

L'adolescent sentait bouillir en lui une fureur des plus cataclysmiques qu'il soit. Les mains plaquées sur ses oreilles, il hurlait. Pourquoi les entendait-il encore? Ces voix… Elles étaient en lui, comme le fruit de son esprit. Alors qu'il s'effondrait, Martin se rendit compte d'une chose. Il était seul, seul contre le monde, mais aussi seul contre lui même. A chaque pas, ses jambes se dérobaient sous son poids, comme si elles avaient à supporter toute la pression de l'univers. Il se sentait à bout de force, comme vide d'une quelconque onde d'énergie qui lui permettrait d'avancer. Il s'écroulait, chaque seconde un peu plus, son âme se consumait dans les flammes de la démence. Les voix se faisaient de plus en plus fortes dans sa tête, elle résonnaient dans un effroyable écho qui le faisait vibrer de tout son être. Elles étaient partout, ou bien nulle part, elles était tant réelles qu'imaginaires. Elles prenaient vie en lui, au plus profond de son esprit, elles le suivaient.

"Tu n'y crois donc pas ? Pourquoi es-tu si seul à présent ? Ne serait-ce pas parce qu'ils te craignent ? Tu es faible Martin, tu es fou et tôt ou tard tu mourras, comme c'était écrit. C'est ton destin, et ça l'a toujours été. Il est inéluctable..."

La mort le pourchassait, il le savait, mais une seule chose lui demeurait inconnue. Quand le rattraperait-elle ? Il voyait des ombres danser autour de lui, percevant un flux d'air tant froid qu'un frisson lui parcourait l'échine. L'adolescent avait beau leur supplier de cesser leur murmure, les voix reprenaient de plus belle. Sa vision se troublait peu à peu, il tremblait d'effroi. Il se sentait plus léger soudainement, gisant sur les pavés sous une pluie de démence qui lui fouettait le visage. Le jeune reprit ses esprits peu de temps après, l'agitation avait encore enflé autour de lui, comme s'il était l'attraction de la ville. Il lisait l'inquiétude sur les visages consternés, personne n'osait l'approcher. Peut-être les voix disaient-elles vrai. Peut-être n'était-il qu'un psychopathe simplement bon à effrayer les autres, tel un phénomène de foire que personne n'oserait approcher. Un monstre, en quelque sorte, à l'image de la chimère qui vivait en lui. Cela ne faisait plus aucun doute, il était fou, il sentait ce vent de démence pénétrer en lui et occuper la moindre fibre de son corps, seule carapace du mal à l'état pur. Plongé dans un océan de folie, à la frontière entre les deux mondes, croulant sous les mystères de son esprit, il laissait son destin lui filer entre les doigts. Au rythme des battements de son cœur décadent brûlait peu à peu sa conscience. Une lueur de folie semblait briller dans la tranquillité azure de ses yeux, comme si le monstre en lui cherchait définitivement à voir le jour. La joute devenait, chaque instant, plus infernale encore, il luttait contre des force qui le dépassaient, des forces invisibles mais bel et bien présentes. Le vrai lui devait refaire surface, il devait surpasser la bête qui gisait dans son esprit, il devait la dominer, l'anéantir. Son seul réel ennemi, c'était lui. Charmé par la mort, hanté par le mal, plongé dans les abysses les plus profondes des ténèbres de l'indécence, il était perdu. Perdu dans un océan de consternation et de mystères dans lequel il s'enfonçait peu à peu, comme s'il s'enlisait dans sa propre souffrance.

Le mal n'est pas immédiat, il s'acharne, le faisant souffrir, détruisant progressivement les uniques bribes de bonté et d'innocence dans la machinerie infernale de ce monstre. Sur la longue route sinueuse qui le menait à une mort inéluctable, Martin avançait seul, à reculons, dans l'ombre de son père, comme guidé par la folie sur le chemin funeste. Il était, dès lors, en tête à tête avec son âme, cherchant à comprendre quelle part de lui abritait le monstre, si ce n'était tout son être. La bête prenait vie en lui, le rongeait de l'intérieur, dévorant les moindres bribes de sagesse qui lui faisaient obstacle. Mais alors que l'ampleur du mal grandissant, Martin comprit que rien ne serait plus jamais comme avant. Non, rien. Il titubait dans les alcôves rhodaniennes, cherchant du regard, au loin, la moindre preuve qu'il puisse s'agir d'un cauchemar, que bientôt il s'éveillerait en sursaut dans son lit, emmitouflé dans une épaisse couverture. Mais il n'en était rien. Alors que ses yeux se fixaient sur le reflet d'une vitre, il avança doucement. Avec prudence, et risqua un vif coup d’œil en direction de celle-ci. Il ne se reconnaissait plus. Non, ce n'était pas lui, ce n'était pas Martin.

Le mal le défiait, fièrement, il le toisait, transperçait ses pupilles de son regard embrasé. L'être qui lui faisait face semblait sortir tout droit de la morgue. Il était d'une pâleur blanchâtre, le visage criblé de cernes et maculé de traces de sang coagulé. Des cheveux blonds en bataille paraissaient vouloir s'échapper de la capuche en laine noire de son sweat-shirt. C'est comme si toute la bonté de ce corps s'était envolée, ne laissant alors qu'une vague illusion de vie dans un territoire déserté par la sagesse, assiégé par la damnation, marqué par la mort. Mais ce qui ressortait le plus, c'était cette flamme d'un rouge flamboyant qui brillait au fond de ses yeux. Le diable se matérialisait. Il prenait forme en lui, ne laissant sur son passage que la cuirasse d'un ange déchu. Mais qui était donc cet homme? Était-ce Martin, ou bien simplement le fruit de ses hallucinations? La frontière entre la vérité et l'univers chimérique s'estompait peu à peu.

"Voilà ce que tu es, voilà à qui tu ressembles. Tu fais peur, n'est-ce pas? Tu es déjà mort, ton esprit l'est en tout cas. Tu n'es rien de plus qu'une carapace vide, qui lentement se brise, jusqu'à n'être rien de plus qu'un monceau de poussière."

Alors qu'il scrutait inlassablement le ciel, qui rougeoyait par dessus les toits avant de sombrer dans les ténèbres, l'adolescent s'interrogeait. Enfoui sous un amas de questions auxquelles les réponses manquaient, il ne savait que faire, que croire, que penser. Il se demandait encore qui était l'homme qu'il avait entrevu auparavant. Tout cela était-il réel? Il en était de moins en moins sûr. En vérité, il en venait parfois à douter de sa propre existence. Et si lui aussi était mort là-haut, au sommet de ses fantasmes? Et si seule son âme vagabondait librement dans l'âpreté du monde des vivants? Tout serait bien plus simple à comprendre, après tout. Les étoiles apparaissaient, une à une dans le vaste infini qu'était le ciel nocturne. La pleine lune, cernée de nuages, se dessinait dans l'obscurité du crépuscule. C'était la première fois que Martin se sentait paisible, la première fois depuis bien longtemps. Peut-être la bête en lui avait-elle décidé de lui laisser l'ombre d'un répit, mais bientôt brûlerait de nouveau en lui l'ardente démence qui le hantait jour après jour. C'était certain. Il ne s'agissait que d'une question d'heures, de minutes peut-être. Mais la seule chose dont il était persuadé, c'est qu'il devait profiter de ces si précieux instants où tout son univers ne semblait pas s'abattre sur lui.

Il s'assit sur un banc, au bord du Rhône, et il observa longuement le reflet de la lune qui oscillait à la surface du fleuve. Il se sentit alors bercé par ses pensées, comme si la délicate brise nocturne qui caressait ses joues le sortait enfin de son cauchemar le plus terrifiant. Aussitôt, dans un élan de fatigue, il s'assoupit. Laissant derrière lui la hantise la plus abominable qu'est la folie. Il ne pensait alors qu'à la chance qu'il avait, d'avoir bravé la mort à déjà trois reprises. Pour lui, il n'y avait plus aucun doute. La grande faucheuse le traquait. Elle l'attendait patiemment à chaque coin de rue, accoutrée de son épais voile noir qui ne laissait transparaître que le mal le plus profond. Elle pénétrait dans les tréfonds de son âme pour y puiser ses dernières forces, elle saisissait en lui ses peurs les plus intimes dans le seul but de le terroriser. Sur son chemin de croix, la mort le chassait. Comme une ombre qui le suivait, qui épiait le moindre de ses faux pas, qui jouait avec lui pour lui reprendre son bien le plus cher. Sa vie. L'adolescent se réveilla en sursaut. Il transpirait, sa respiration était saccadée, et son cœur battait à tout rompre. Il revoyait encore l'image de la terrible camarde, à quelques mètres à peine. Peut-être quatre, ou bien trois, il ne savait pas. Martin gisait sur le sol humide et froid d'une sombre ruelle. Elle flottait juste au dessus du sol, s'approchant peu à peu de lui. Il cherchait à fuir, mais rien n'y faisait. Il ne contrôlait plus son corps, comme si chaque mouvement lui était proscrit. Quelques secondes plus tard, la mort était là, nez à nez avec ce qui ne semblait être pour elle qu'une proie parmi tant d'autres. Le vent qui se levait s'engouffrait dans les lambeaux de son voile noir. Sa longue robe semblait osciller dans les airs. Elle resta là, de longues minutes, à observer le jeune homme, bien trop jeune pour mourir. C'est à ce moment que Martin ouvrit les yeux. Il découvrit alors le vrai visage de la faucheuse. Il vit briller, dans la pâleur grisâtre d'une mine blafarde en décomposition, deux grands yeux rouges. Il les fixa, un long moment, essayant de percevoir la moindre hésitation, la moindre lueur de faiblesse et de pitié qui brillerait dans les pupilles de cet être abominable. De longues minutes passèrent, et Martin persistait à faire face à la mystérieuse fossoyeuse. Elle s'approcha de son visage, et lui murmura, dans un souffle rauque et profond:

"Quand l'heure sera venue pour toi, je serais là. Aussitôt que tu me verras, ce sera la fin. Tout est déjà fini pour toi, depuis bien longtemps en réalité. C'était écrit, tu es destiné à mourir. Vis mon cher, vis dans la souffrance, dans la folie. Perdure dans le froid de l'ignorance et de la solitude, vois brûler en toi la démence la plus infâme. Vis, pour mieux mourir."

Correction de Rimi:
 
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 12:56

"Y'a-t'il réellement une vie avant la mort?"

Ces paroles résonnaient encore dans son esprit, comme un murmure qui se répétait encore et encore. En tête à tête avec la mort, Martin avait comprit une chose. Il est inutile de combattre des forces qui nous dépassent, le destin restera le même, quoiqu'il arrive. Alors à quoi bon passer sa vie à mourir ? L'adolescent ne rêvait que d'une chose, c'était comme une soif inextinguible, une envie suprême. Il voulait se sentir vivant, juste l'ombre d'un instant, loin des fantômes de son passé, loin de la hantise et de la terreur. Il se sentait désormais capable de vivre, même s'il était déjà mort. Il introduisit la clé dans la serrure, et la tourna à deux reprises. Quelle fâcheuse habitude que celle qu'avait son père de fermer à double tour ! Il se souvenait vaguement de cet endroit, seule l'adresse lui rappelait quelque chose. "13 rue Michel Servet, Villeurbanne". Il se l'était répétée, encore et encore. C'est Valero, son père, qui le lui avait conseillé, au cas où il se perdrait. Mais Martin n'était plus un enfant ! Non, un enfant, ça ne meurt pas. Alors qu'il posait le premier dans la maison, l'adolescent resta stupéfait. Les souvenirs revenaient, un à un. Il reconnut encore cette grande console en chêne en face de l'entrée sur laquelle son père l'asseyait pour lui faire la morale, mais aussi la grande bibliothèque sur la droite qui contenait tant de classiques qui avaient bercé son enfance. Il adorait lire, pour se sentir plus apaisé, et voyager loin de la misère de son quotidien.

Martin avançait, d'un pas prudent, auscultant chaque objet, scrutant dans les moindres détails l'univers qui l'entourait. Il s'engouffra dans le long couloir qui débouchait sur les chambres, et poussa la première porte sur la droite. Sa chambre. Il se souvenait de tout, de l'emplacement de chaque objet, de tous les moments qu'il avait passés dans cette pièce. La réminiscence était réellement impressionnante. Il fit l'impasse sur la chambre de ses parents et se dirigea directement vers l'escalier en colimaçon qui menait au grenier. C'est là que son père rangeait tout le matériel d'alpinisme. Enfin, c'est ce qu'il lui semblait. Il appuya timidement sur la poignée, ouvrit la porte, et se faufila prudemment dans les combles de la bâtisse. L'ensemble du matériel était là, face à lui, tout autour de lui. Les piolets, les crampons, les cordes, la tente, les couvertures de survie… Rien ne manquait. Martin se sentit pris de vertiges, comme si le monde s'écroulait autour de lui. Il s'effondra sur le plancher. La bête en lui refaisait surface, il revit son père, au fond de la crevasse, il entendait sa voix, encore et encore. Dans un murmure étouffé par le manque d'oxygène, elle le suppliait de couper la corde. Le seul lien qui le maintenait en vie. Qui les maintenait en vie, tous les deux. Non, il ne pouvait pas faire ça. Il fermait les yeux, et il hurlait de toutes ses forces, pour ne plus entendre les cris de détresse de son père. Quand il rouvrit les yeux, Alexandre n'était plus qu'un souvenir, une vulgaire silhouette qui gisait au fond de la crevasse, englouti par la force de la montagne, dévoré par le froid, et emporté par la mort. L'adolescent croulait sous un torrent de peur, le monstre qu'il était parvenu à combattre reprenait le dessus. Le mal gagnait du terrain, il s'emparait de son âme, anéantissant les dernières parcelles de bonté qui entretenaient en lui l'espoir de vivre. Ses yeux s'injectèrent de sang, le rythme de son cœur ne cessait d'augmenter, il peinait à retrouver son souffle. Il se leva avec difficulté et regarda tout autour de lui. Les murs, les objets, semblaient se rapprocher de lui. L'adolescent suffoquait, peinant à retrouver une respiration normale. La folie montait en lui, elle coulait dans ses veines, se répandait dans son être. Comme un poison dont le seul remède était la mort… Il saisit le piolet fermement dans sa main droite, et le brandit vers le ciel. Pour déjouer la mort. Il devait mourir. Ici. Maintenant. Il ferma les yeux, et prit une longue inspiration… C'est alors qu'il entendit une voix si lointaine, qui résonnait comme un écho dans sa tête. Un faible murmure.


"Tu es déjà mort, Martin, mais ce n'est pas une raison pour t'arrêter de vivre. Tu sais qu'il inutile de fuir la grande faucheuse, mais il est d'autant plus fou de vouloir la rejoindre. Poursuis tes rêves. Au bout du chemin, la mort te trouvera, et elle t'emportera sous ses grandes ailes noires pour t'enfouir à jamais dans l'obscurité et la tranquillité des ténèbres. Là, ce sera la fin."
Il lâcha son arme, et rouvrit les yeux. Le grenier était sans dessus-dessous, le matériel d'alpinisme gisait en désordre sur le vieux plancher, comme si une tornade était venue saccager la pièce. Cette tornade s'appelait Martin. Il regroupa tout le matériel dont il aurait besoin, sans omettre les vêtements chauds et des réserves de nourriture. Il lui faudrait une semaine environ pour venir à bout du Géant d'Europe. L'heure du départ approchait.

"J'irais là, au plus loin, sans jamais avancer. Quand à l'heure de la fin, le début approcherait."

Tout s'apprêtait à prendre fin, en haut de cette montagne. La fin de toute histoire n'est-elle pas le commencement d'une autre ? Martin le saurait bientôt. C'est sous ce ciel d'azur, maculé de nuages d'un blanc si pur, dans l'immensité et la grandeur de la montagne qu'allait s'achever son histoire. L'histoire d'un adolescent qui bravait l'agonie, qui surpassait la folie, l'histoire d'une quête pour la mort, dans l'unique but de survivre. Parce que vivre, au fond, n'est-ce pas se préparer à mourir ? A bientôt 18 ans, tout était devenu bien plus évident à ses yeux. Il était né pour disparaître, comme chacun de nous à vrai dire. Pourtant il se refusait de dire qu'il était comme les autres. La folie faisait partie de lui, de son être. Elle le contrôlait tel un vulgaire pantin désarticulé. Martin n'était désormais plus maître de son âme, qui n'était autre que le théâtre de la manifestation du mal à l'état pur. Nous n'avons peut-être qu'une seule vie, la mort, elle, nous prend tant de fois qu'elle le désire. Elle nous traque, nous piège, et nous cueille, à l'aube de notre dernier souffle, après une lente agonie longue de toute une vie. Vivre, n'était-ce pas une forme de suicide ? Dans l'obscurité la plus totale, au fond d'un océan d'incertitudes, l'adolescent était néanmoins persuadé d'une chose. La fin approchait, son destin lui filait entre les doigts. C'est alors qu'il se rendit compte d'une chose. En réalité, son destin, il ne l'avait jamais contrôlé. Cela n'avait été qu'une vague illusion pour lui que de maîtriser les événements auxquels il était lié.

Désormais c'était une évidence pour Martin, tout ceci était écrit, et il ne pouvait rien y changer. Aux yeux de la vie, il était mort. Nul doute qu'il ne représentait qu'une âme de plus qui allait disparaître dans les ténèbres nocturnes. Pourtant la mort ignorait une chose, la folie ne s'éteint jamais, elle brûlerait toujours en lui. En quelque sorte, Martin ne s'éteindra jamais réellement. Dans la continuité de la mort, vivre n'est qu'une étape, aussi illusoire qu'elle puisse paraître, quand les ténèbres nous possèdent, le jour tend à disparaître. L'adolescent avançait fébrilement dans la tempête glaciale. Le vent lui fouettait le visage, son corps croulait sous l'abondance de flocons de neige qui tombaient du ciel d'un blanc uniforme. On ne distinguait plus les sommets des montagnes tant l'horizon se confondait avec la neige. Seule une silhouette noire se déplaçait, lentement dans l'immensité du panorama alpin. Armé de ses crampons et de son piolet, Martin s'attaquait aux pentes si raides du massif qui semblaient monter tout droit au ciel livide et dont les arêtes rugueuses paraissaient fendre l'atmosphère. Le monstre de glace semblait avaler le jeune homme pour l'entraîner dans ses entrailles obscures et gelées. Chaque pas qui le menait au sommet devenait une épreuve, ses muscles endoloris hurlaient de douleur, et ses jambes s'alourdissaient encore et encore. L'oxygène se raréfiait au fur et à mesure de son ascension. Martin n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, d'ailleurs, cela n'importait pas. Plus rien n'importait, une fois qu'il aurait gagné l'éminence, il mourrait. La montagne aurait raison de lui, et quoi qu'il arrive, chaque mètre qu'il parcourait le rapprochait encore un peu plus de la fin. La nuit arrivait à grands pas. Martin établit son campement alors que le Soleil s'apprêtait à retomber dans les abysses des ténèbres. Les nuages filtraient la lumière rougeoyante de l'astre qui éclairait les forêts de conifères enneigées sur les flancs de la montagne. La neige prenait une incroyable teinte rosée au contact des rayons flamboyants qui enflammaient la vallée de leur éclat. Il n'avait encore jamais vu un paysage de la sorte, un tableau tant majestueux qu'éphémère qui brillait au fond de ses yeux. C'est devant ce panorama que Martin s'assoupit, ne pensant alors plus à la folie qui l'habitait. Le calme et la sérénité avaient repris le dessus. Oui, mais pour combien de temps ? 2h16 du matin. Tiré de son sommeil, l'adolescent s'éveilla dans un sursaut abominable. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, son cœur battait à tout rompre, et sa respiration s'était soudainement accélérée. D'affreux maux de tête le tiraillaient. Il entendait encore ces voix. Ces maudits murmures qui semblaient s'intensifier encore et encore. La folie.

"Martin, regarde le sommet, c'est ici que tout prendra fin. Tu vas mourir Martin, tu vas mourir. Définitivement."

Il devenait fou, peut-être même l'était-il déjà. Il ne le savait plus. La seule chose qui l'obsédait, c'était le sommet. Il n'avait plus aucune envie de vivre. Non, il désirait mourir, aussitôt que possible. Il se remit en route, n'ayant comme seule préoccupation que l'horizon qui s'offrait à lui. Il engloutissait, pas à pas, les dernières parcelles de roches qui le séparaient de son destin ultime. Ne perdant pas une seule seconde du regard la cime de la montagne. Le sommet était si près, à portée de mains. Il se refusait de regarder en arrière, son passé était loin désormais. Mais que lui réservait son avenir ? En vérité, en avait-il un ? Les dernières enjambées furent les plus rudes, mais une fois arrivé à l'apogée de son ascension, un panorama fantastique s'offrait à lui. Jamais encore il n'avait vu un ciel si vaste, parsemé d'étoiles brillant plus encore les unes que les autres. Le silence. Un long silence vertigineux emportait son corps dans un ouragan de sensations infiniment exquises. Un frisson lui parcourut l'échine. Si seulement son père avait été là… Mais Martin se trompait, son père avait toujours été avec lui, au plus profond de son cœur. Ils avaient réalisé leur rêve, ensemble.

"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." [Mark Twain]

La fin. Il en avait envie, c'est comme un besoin, une soif inextinguible de cette sensation unique de liberté suprême. C'est comme si l'espace d'un instant le temps s'arrêtait, il se sentait porté par un souffle céleste, une brise qui lui caressait les joues et qui s'engouffrait dans les cheveux, comme pour le porter au loin, au-delà de l'horizon. C'est à ce moment que tout a basculé. Le passé s'est effondré, et l'infime illusion de futur qu'il entretenait se voilait progressivement. Seul le présent entretenait encore la magie de l'univers qui l'entourait. Comme si tout s'effaçait, comme si chaque détail s'estompait peu à peu pour laisser place à un étrange fantasme. L'épilogue d'une histoire, la fin de tout un monde, lorsque tout s'effondre par la force des vents. Le sol semblait se dérober sous ses pieds, et une extraordinaire impression de flotter dans les airs le gagnait. La magie de l'instant l'emportait sur la crainte naissante d'un achèvement fatal à toute cette tristesse autour de laquelle il s'était construit. En haut de cette falaise, au plus près des étoiles, avec l'ultime illusion d'enfin pouvoir les saisir, son âme prit son envol. Planer, planer encore et encore dans l'immensité étoilée qu'était le ciel en cette douce nuit d'hiver. Et doucement se fondre dans les abysses de la mort, dans la noirceur et les ténèbres de l'oubli… Voir disparaître toutes les étoiles du ciel, une à une, tout en étant certain d'un jour en faire partie. Il allait rejoindre son père et sa mère. Martin s'est éteint aujourd'hui, avec un rêve entre les mains. Dans la mort, il n'a jamais été aussi vivant.

Correction de Rimi:
 


Dernière édition par Serpent le Mar 15 Juil - 11:52, édité 1 fois
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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 23:15

Alors...
Déjà il me faut une petite balise...
Ensuite...
Moi ce n'est pas le meilleur texte du forum que j'aie lu jusqu'à présent mais il doit faire partie de mon dixième préféré ^^
Il a une dimension assez philosophique puisqu'à travers l'exemple de cet adolescent qui est concrètement pourchassé par la mort, je vois un peu comme un interrogation sur la condition humaine.
Les citations sont bien choisies et bien placées... La fin est très imagée et très... grandiose on va dire. Elle a une portée symbolique d'autant plus forte (réconciliation de l'homme avec le monde de l'absurde ! :la: )

Bref, j'ai aimé et je trouve que tu as une plume très particulière et un vrai style. De là à dire que tu es le Beethoven de l'écriture... je ne sais pas ^^

Je me permets quelques petites critiques :

- Tu dois réécrire ce passage avec les temps du passé (concordance des temps)

Spoiler:
 

- De même pour le passage de la fin :

Spoiler:
 

- A deux reprises, tu parles d'un certain Conan qui semble en fait être Martin. Aurais-tu changé le nom de ton héros entre temps ?

- Tu as oublié un mot dans cette phrase à mon avis :

Serpent a écrit:
Alors qu'il posait le premier dans la maison

Et c'est tout ! :la: Continue à écrire, je suis d'accord avec Ygg pour dire que ce serait dommage de t'en priver Wink
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Serpent
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 23:28

(merci de me ramener sur Terre, Grim Hug )

Le premier passage a un/des temps différent(s) par volonté de ma part, mais c'est peut-être maladroitement amené, je vais voir ce que je peux faire pour amener ça en douceur.
Le second m'a carrément échappé, je peux le dire. x) Merci de le signaler, je vais changer.

Conan est effectivement Martin (le personnage a changé 5 fois de nom en tout. x) Et Martin ne me plait pas plus que ça...)

Ah... Ah oui, j'avais pas vu! Je vais corriger tout ce que tu m'as souligné.
Merci du com constructif, Great Hunteress! :)
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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 30 Juin - 23:33

Le passage n'est pas maladroitement amené, seulement il n'est pas tout à fait aux temps du présent jusqu'au bout. Voici ce qui serait correct :

Spoiler:
 

Et pour bien montrer que tu sais ce que tu fais, je te conseille d'isoler ce passage aux temps du présent pour qu'il forme un paragraphe bien séparé des passages au temps du passé :) 

Et une fois que tu auras corrigé tout ça, ce sera parfait :la: 
C'est un plaisir de te ramener sur terre Seb Hug
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Mer 9 Juil - 16:02

Il l'a fait, il l'a fait :la: :la: Deuxième texte du Rutabaga :la:
(notez bien, c'est toujours aussi plein de joie de vivre...)


Bon allez, sérieusement. J'ai beaucoup aimé (pas au point de Ygg quand même... haha) même si concrètement, ce genre de texte ne m'attire pas trop en général.


Comme d'habitude, je vais fonctionner par mentions spéciales :la:

→ Les métaphores ! Magnifiques cute
Citation :
Plongé dans un océan de folie, à la frontière entre les deux mondes, croulant sous les mystères de son esprit, il laissait son destin lui filer entre les doigts.

Citation :
La bête prenait vie en lui, le rongeait de l'intérieur, dévorant les moindres bribes de sagesse qui lui faisaient obstacle.



→ Ces phrases sont très belles cute
Citation :
Il prenait forme en lui, ne laissant sur son passage que la cuirasse d'un ange déchu.

Citation :
Tu n'es rien de plus qu'une carapace vide, qui lentement se brise, jusqu'à n'être rien de plus qu'un monceau de poussière.


→ Celle-ci, j'ai dû la relire deux fois pour bien comprendre - je lis trop vite moi... .___. - mais elle est superbement trouvée et symbolise tout le texte, je trouve, enfin toute la quête de Martin.
Citation :
Y'a-t'il réellement une vie avant la mort?


ça aussi c'est très beau.
Citation :
Il voulait se sentir vivant, juste l'ombre d'un instant, loin des fantômes de son passé, loin de la hantise et de la terreur. Il se sentait désormais capable de vivre, même s'il était déjà mort.

→ Métaphooore splendidement épique :la: :la:
Citation :
L'adolescent croulait sous un torrent de peur, le monstre qu'il était parvenu à combattre reprenait le dessus.


→ J'adore celle-ci !
Citation :
Aux yeux de la vie, il était mort.


→ Métaphooore ! (idem) la meilleure peut-être, en tout cas ma préférée cute
Citation :
Le monstre de glace semblait avaler le jeune homme pour l'entraîner dans ses entrailles obscures et gelées.


→ Bon rappel de l'aventure avec son père ^^
Citation :
Chaque pas qui le menait au sommet devenait une épreuve, ses muscles endoloris hurlaient de douleur, et ses jambes s'alourdissaient encore et encore.


→ Très belle peinture de la montagne cute
Citation :
La neige prenait une incroyable teinte rosée au contact des rayons flamboyants qui enflammaient la vallée de leur éclat.


Bon ! voilà qui est fait. (je suis déjà crevée. Je me méprise. ><)
Maintenant les points négatifs (y'en a peu, mais faut équilibrer quand même, non mais ho ! )

I. Tout ça est très long à lire, mais comme c'est très intéressant... Je me la ferme.
II. Les pensées de Martin sont très bien retranscrites, mais je trouve que cela se répète par moments... Notamment au sujet de la folie :
Citation :
Il devenait fou, peut-être même l'était-il déjà.

Cette dernière phrase m'a sauté aux yeux et je me suis rendue compte que j'avais l'impression que cette phrase avait été répétée - reformulée - plein de fois dans le texte... Bon, après évidemment, ça me dérange mais ce n'est qu'une humble impression personnelle ^__^
III. Certaines phrases sont  très complexes donc j'ai été obligée de les relire plusieurs fois pour bien ressentir ce que tu veux exprimer.
Bon, une fois encore, dixit celle qui lit à 140 à l'heure, donc tu peux passer outre, c'est peut-être moi qui bugue.


De façon générale - parce qu'il faut toujours terminer sur une note positive - j'ai aimé la noirceur de ce texte, et encore plus le personnage tourmenté et ses réflexions lucides sur le combat entre la mort et la vie. J'aime aussi la morale que dégage ce texte, c'est philosophique et profond. ^__^
Et puis l'idée de l'alpinisme est bien trouvée, et amène une chute magnifique.
Et - j'allais oublier - l'alternance entre citations, poème, souvenirs et réalité donne un bon aperçu de l'esprit chaotique de Martin, qui semble complètement perdu au milieu de tout ça.



Voilà. Je viens de passer une heure à lire et commenter. ça mérite bien un vote pour une nouvelle chasseuse de fôtes, non ? :hap:

PS. Non, je plaisante. Ce commentaire n'était pas intéressé. (A la base. Maintenant que j'y pense...  Angel )

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
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Yggdarsil
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 14 Juil - 0:08

Je comprends pas pourquoi on boycotte mon avis :P Ce texte m'a marqué et je trouve qu'il y a une part de... "réel" (ce n'est pas le mot que je cherche...)? Ou plutôt: Les sentiments, les sensations, tout cela est très bien retranscrit. Le texte invite réellement à se mettre à la place du personnage et à réfléchir sur sois... J'ai même envie de dire "comme toi Serp' " mais ce serait trop fayot xD .
L'histoire de Conan (conan le barbare?) m'a effectivement perturbé, mais enfin: J'aime ce texte pour:
1-Le sujet qu'il traite (ça s'appelle le drame)
2-Je trouve ça, quoi qu'en disent les autres, bien manié, en tous cas mieux manié que ce que j'ai lu jusqu'à présent (après je ne lis pas la quasi-totalité des textes du forum). Je considère le personnage de cette histoire, limite comme réel...
3-J'ai un faible pour ce genre d'histoire où l'on revisite l'être, l'essence même du protagoniste (ici, la vie, en partie) et puis on se dit "et pourquoi pas le contraire?" (la mort) et qu'on bouleverse tout (ouais je suis sadique fou)

Mais "mort" tout seul est un sujet vide de sens. "Mort, vie, personnage retourné" est un sujet bien plus passionnant.
Etant, comme bon nombre d'adolescent, en pleine crise du "moi" (en gros je suis complexé de ma personnalité, de l'essence même de ma logique, du regard des autres, etc...) je pense que rencontrer, ne serait-ce que virtuellement, une personne qui remet en question les évidences sur son existence et son être est primordial: on s'y reflète, ça nous influence et ça nous aide à "ranger nos idées" (c'est comme :"se peigner devant un miroir c'est plus facile que de se peigner sans", si vous comprenez pas).
On pourrait faire une analyse psychologique de la chose x) tant le sujet et vaste. Mais je propose que chacun la fasse chez sois sinon le forum va se transformer en soutien-psychologique.org (déjà que le travail a été entamé par bibi).
Reste que, arguments convaincants ou pas, je tiens à préciser que j'ai autant apprécié la suite du texte que le début!

Ps: Je faisais une hyperbole, avec Beethoven, juste pour paraître explicite. Je déteste dire des trucs comme "tu es le Mozart de la littérature contemporaine!", ça sonne faux et c'est ridicule.

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Il est des gens qui sont là. Comme ça. En vrai. Et d'autres dont la présence est un mensonge. Une illusion. Efficace, quand elle trompe tout le monde. Ridicule, quand elle ne trompe que son porteur. -Lyonel Trouillot, Kannjawou

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Serpent
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Jeu 17 Juil - 22:21

Merci à tous les deux pour vos commentaires géniaux, ça m'a fait extrêmement plaisir de les lire. cute

Corne: Ce texte... M'a pris énormément de temps. Mais quand je dis énormément, c'est énormément. 2 ans, le temps que j'améliore tous mes passages, que je remette en place mes idées un chouilla chamboulées et que je les arrange de manière compréhensible et si possible jolie. On peut d'ailleurs dire que toutes mes autres oeuvres gravitent tout autour, surtout mes poésies. Donc je suis impressioné que tu aies pris le temps de tout lire en prenant le temps d'examiner le tout ('est ce que j'attends du lecteur, mais je crois en demander vraiment trop au final. x) ) et de relever chaque phrase/expression/Dingspums qui te plaisait. Hug Merci, vraiment. (et je tiens par ailleurs à remercier Grim qui se donne vraiment corps et âme à son rôle de Cdf. Désolé Grim je n'ai pas été très sympa en ostant autant d'un coup. :/)
J'aurai peut être dû les poster plus lentement ou changer la présentation. :) Je vais voir ce que je peux faire à ce niveau là pour rendre la lecture moins rébarbative.
J'ai accentué cette phrase en la répétant (ou du moins en la développant, en la déroulant, en la retournant en... Bref. x) ) parce que c'est l'une des idées principales, celle qui doit conduire à la réflexion sur l'écoulement du temps, la vie et la mort. Et que ça m'obsède un peu,aussi. Certes.
Et désolé pour les phrases compliquées, c'est une marque de fabrique chez moi. x)
(alpinisme->chute... Mwahahaha... xD Yé souis diabolique.) Martin EST perdu, sans l'être vraiment puisqu'il se sent poussé par la mort à travers la vie, mais sans comprendre vraiment le comment ni le pourquoi.
Encore merci!^^


Ygg:Un énorme merci pour me soutenir comme tu le fais, ça me donne envie de continuer à écrire, malgré les nombreuses maladresses de mes textes... :/
Beh en fait, le personnage aurait du s'appeler Sebastian (oui, comme moi) parce que je m'y identifies complètement. Mais à la place il est passé par Thomas, Ankel, Conan, Luc puis Martin. x) Et je n'en suis toujours pas satisfait.--' Si tu as une proposition de nom à faire, c'est avec plaisir que je l'entendrai. :D
Je suis vraiment satisfait de voir que j'ai pu faire passer autant de chose dans mon texte, qui est fortement inspiré par mes sentiments (mélodrame /o/). Bonne chance dans ta quête du toi et merci, vraiment! Hug
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Jeu 27 Aoû - 12:49

Ailée ma fortement conseillé de le lire. Alors j'ai lu, j'ai eu les larmes aux yeux, le coeur gonflé et l'envie forte de te faire un immense câlin.
Au départ, je voulais ne rien commenter. Mais je pense que ça aurait été égoiste.
Parce que déjà ton texte mérite plus de lecture, et je le mettrais en conseil de lecture tout à l'heure. Et ensuite parce que je pense que ça été très difficile à écrire.
Les émotions que tu raconte nous prennent au bide, les citations sont toujours efficace. Y'as quelques fautes de style, mais c'est tellement négligeable.
Alors voilà, j'ai lu et j'ai trouvé ce texte très beau. Très puissant, ça m'a pris au tripe et j'ai trouvé ça fort.
Donc je n'ai pas grand chose à dire d'autre.
C'est vraiment très triste. Vraiment très bien écrit.

Bravo
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Lun 11 Jan - 19:01

Woaw. J'ai lu tout ce que tu avais publié sur le forum actuellement, et ai longuement hésité à laisser un commentaire, ne voulant pas profaner tes écrits... Alors seulement un commentaire ici, premièrement parce que cette grande nouvelle est ce qui m'a le plus bouleversé de toi, et également parce que le plus beau de tes poèmes - à mon goût, bien sûr !-.
Tes textes m'ont tellement ému, ils m'ont pris au tripes... Et d'ailleurs c'est comme ça que je m'aperçois qu'ils sont bien plus que juste émouvant, car ils ne sont pas juste "triste" ou "déprimant", mais... Bouleversant à un degré tellement plus fort ! Ce que je raconte n'a sûrement aucun sens, mais je pense que tous ceux ayant lu ce que tu écris, ont ressenti cette émotion authentique qu'il dégage et qui le rend si fort...
Je ne peux rien dire, sinon bravo.

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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]   Jeu 14 Jan - 22:12

Merci du fond du coeur pour chacun de vos commentaires. ça me fait infiniment plaisir de pouvoir constater que tout ce que j'ai voulu transmettre à travers mes mots a su passer et toucher mes lecteurs occasionnels, c'est vraiment formidable!
Et ça me fait extrêmement plaisir d'être lu de nouveau, merci merci merci. :)
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