Encre Nocturne
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 Courage

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DreamMaker

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Féminin Taureau Messages : 13
Date d'inscription : 26/12/2014

MessageSujet: Courage   Lun 29 Déc 2014 - 17:29

Pas grand-chose à dire.
Le titre vient du thème (oui, très original tout ça, je sais héhé :3)

Premier texte posté ici, j'espère que vous apprécierez. Pour ma part, je ne le trouve pas top mais ma soeur (Cornedor) et mon père aiment beaucoup.




Courage




         1. Force de caractère, fermeté que l’on a devant le danger, la souffrance, ou toute situation difficile à affronter.


    Inspirer. Expirer. Inspirer…
    – Plus que dix minutes !
    Ses doigts crochètent le bas de son chandail élimé et ses poings se ferment sur le tissu rêche, blanchissant sous la pression. Sa respiration s’emballe, son cœur danse la samba dans sa poitrine. Autour de lui tout se floute; les corps deviennent liquides, les sons se déforment étrangement et le sang bat sauvagement contre sa tempe. Quelqu’un l’appelle, et il se retourne comme dans un rêve - ou non, comme dans un cauchemar. La chaleur augmente inexorablement, il transpire, il tremble, il tire sur les fils de laine entortillés autour de ses doigts fins. Il sait qu’il est ridicule, qu’il est le seul à angoisser autant, mais il ne peut pas s’en empêcher.
    Plus que dix minutes. Dans moins de dix minutes, il devra honorer sa promesse, ses promesses. Promesses envers lui-même. Il ne peut plus vivre ainsi. C’est comme si son esprit était enfermé dans un corps trop petit pour lui, trop étroit, trop étranger; comme si cette soirée était sa dernière chance pour ne pas disparaître, englouti par cette foule étouffante, sa dernière chance pour donner un sens à ce monde étrange.
    Il ne reculera pas, il le sait.

    Il en eut du mal, à se faire ces promesses. Il a plus l’habitude de vivre dans des rêves. Il préfère se noyer dans un livre, se fondre dans un personnage. C’est pour ça qu’il a commencé le théâtre, en fait. Pour pouvoir être quelqu’un d’autre. Pour pouvoir marcher les épaules rejetées en arrière, le menton levé, sans crainte. Pour pouvoir rire fort, être vulgaire et séducteur. Mais le théâtre n’a fait que lui faire entrevoir le ciel, sans lui permettre de franchir la vitre. Parce qu’il y a des choix qu’on doit faire soi-même, sans penser comme un autre, sans se comporter comme un autre.
    Il hésita, repoussa ce choix encore et encore. Il avait peur de vivre ; il préférait continuer à se cacher derrière des masques. Et puis, il y eut l’annonce du spectacle. Un spectacle devant tout le lycée ? Les autres rirent et crièrent d’enthousiasme. Lui souriait avec eux, parce que c’était tout ce qu’il savait faire, mais l’équilibre précaire qui régnait auparavant à l’intérieur de lui s’était écroulé.
    Il eut peur. Plus le jour J se rapprochait, plus il hésitait, plus ses ongles diminuaient sous ses coups de dents, plus son esprit grandissait, étouffait et creusait dans ce corps qui ne faisait que rétrécir pour tenter de s‘échapper. Il mangeait moins, observait plus les autres, et angoissait.
    Et puis il se fit ces promesses.
    Tout est parti d’un devoir de philosophie. Une de ces dissertations qui prennent des heures, pour laquelle on passe plusieurs nuits blanches à la rédiger, dans laquelle il vaut mieux ne pas donner son propre avis si on veut avoir des arguments valables. Le sujet ? Un casse-tête. Qu’est-ce que le Courage…Il trouva ça incroyablement stupide. Le courage changeait pour chaque personne, existait à des degrés divers et pouvait être représenté par tout ou n’importe quoi. Dans un livre, le courage, c’est massacrer une armée entière. Pour les populaires, c’est répondre au prof avec insolence. Pour les endeuillés, c’est passer à autre chose, pour les drogués, c’est arrêter les doses, et ainsi de suite.
    Il eut une très mauvaise note, mais peu lui importait. La question, pernicieuse, s’était tapie dans un coin de sa tête sans vouloir en sortir, le réveillant en pleine nuit, l’empêchant de penser à quelque chose de rationnel. Il se rendit compte avec le temps, harcelé par ce grand mot qu’est le courage, qu’il n’y avait pas plus lâche que lui. Il se contentait d’exister, sans oser vivre.
    Et puis, un soir, la veille pour être précis, alors que sa sœur venait d’annoncer à la famille son mariage prochain, il décida qu’il en avait assez, qu’il était temps de prendre son envol, de percer son enveloppe pour respirer l’air du dehors.
    Il s’est promis deux choses.
    De ne pas oublier son texte.
    Et d’avouer ses sentiments à celui qui hantait ses rêves.

    – Plus que deux minutes ! Tu es sûr que ça va, Nat’ ?
    Il relève la tête dans un sursaut et le décor tournoie un instant autour de lui, lui donnant la nausée. Plus que deux minutes ? Non, non, il lui faut plus de temps, il n’a pas préparé ses mots, ni terminé ses exercices de respiration, et encore moins répété son texte. Il s’oblige à expirer en un soupir tremblotant et desserre les doigts de l’ourlet de son chandail, frottant ses paumes moites contre son pantalon de toile pour se donner une contenance. Il faut qu’il fasse bonne figure, il faut qu’il continue à sourire et qu’il y parvienne.
    – Oui, oui, tout va bien, je crois que…que je stresse un peu, en fait…mais rien de grave, hein…
    – T’inquiètes, tout va bien se passer ! C'est toujours comme ça la première fois. Et tu es génial dans ton rôle, je trouve.
    Ses entrailles se nouent douloureusement en mollissant comme une vieille pelote de laine emmêlée, et il croit se liquéfier en croisant le regard chaleureux de son interlocuteur, un mélange d’or fondu et de feuilles mortes couleur caramel. L’autre amorce un mouvement pour se détourner tandis que lui se plante les ongles dans la chair tendre des paumes. C’est le moment d’agir, il le sait, et pourtant il hésite une dernière fois, en un hoquet pathétique ; les mots se bousculent dans sa gorge en se poussant, se déchirant les uns les autres, et puis soudain il y arrive, son esprit s’échappe, son corps retombe derrière lui...les coutures ont craqué. Il est libre.
    Une voix qui éclate.
    Un cœur qui bondit.
    – Raphaël !
    L’autre garçon se retourne nonchalamment, un doux sourire accroché aux lèvres, sans se rendre compte que son cœur à lui est sur le point d’exploser.
    – Oui ? Ah ! C’est l’heure, Nat’. Bon courage, on se retrouve pour la scène du bar.
    Il  lui adresse un dernier clin d’œil, puis s’éloigne pour être hors de vue lors de l‘ouverture du rideau. Et lui, pour la première fois de sa vie, il ne réfléchit pas et se lâche, criant sans honte, se cassant la voix sans se soucier du silence qui se fait dans la salle du public.
    – Attends ! Raph’ ! Raph‘,  je t’aime !
    Le monde se fige un instant, pris dans la glace ; tout s‘arrête pendant une seconde terrifiante.
    …Puis tout se remet brusquement à tourner : l’autre garçon se dégage du froid d‘un tressaillement, se retourne lentement, penche la tête sur le côté…
    Le rideau s‘écarte dans un chuintement. Explosion de lumières qui l’aveuglent et  long frisson qui remonte le long de sa colonne vertébrale; les regards fondent sur lui, mais ça ne lui fait rien.
    Il a eu le temps d’apercevoir le sourire de Raphaël avant que l‘ombre ne l‘engloutisse.
    Le jeune homme se tourne vers la salle, vers le public qu’il ne peut pas apercevoir, et son cœur grandit, devient soudain immense. Il relève le menton, rejette les épaules en arrière, et commence enfin à vivre.



         2. Ardeur, zèle, pour entreprendre quelque chose.



J'espère sincèrement que vous avez apprécié.

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        La vie est tellement irraisonnée qu'elle n'a pour sens que celui qu'on lui donne.
(Une amie)



Je lui souris, elle me sourit, et je me dis qu’on doit avoir l’air fin tous les deux, à faire ainsi semblant d’aller bien alors que notre monde part en lambeaux.



 
"Il faut viser la lune car même en cas d'échec, on atterrit dans les étoiles."
   "Il n'y a rien de plus inhumain qu'un monde où il n'y aurait que des êtres humains."

(Oscar Wilde ? Je ne sais plus. Un sage...)[/size]


Dernière édition par DreamMaker le Lun 29 Déc 2014 - 18:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Courage   Lun 29 Déc 2014 - 17:48

Hohoho, je vais enfin pouvoir démolir ce tex//SBAFF  :niark:


Allez, sérieusement : les phrases sont bien tournées, certaines formules géniales (le monde pris dans la glace, les regards qui fondent sur Nat'...) qui donnent une vraie beauté au style. Sinon, l'histoire est prenante et l'action bien plantée, ni trop rapide ni trop lente. Pis le truc des deux définitions est super bien trouvé.

Oui, j'avoue, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j'ai même vidé ma boîte de mouchoirs, si tu veux savoir.
PS. C'est elle qui m'a demandé de dire cette phrase-là. :niark:


...
Une seule remarque : le "soudainement" de l'avant-dernière ligne me tue ! "Soudain" ça suffit et c'est bien plus joli et rapide à lire, alors vire-moi cet adverbe en -ment tout pourri ! Ghh



Toi et ta passion des gays... :hap:

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Courage   Mar 30 Déc 2014 - 23:00

Il est super ce texte ! :la:

Je trouve ça très bien écrit, ça transmet tout plein d'émotions d'un coup, on se sent submergé tout comme le personnage, c'est génial. :3

Bravo, et continue comme ça !
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DreamMaker

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Féminin Taureau Messages : 13
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MessageSujet: Re: Courage   Ven 9 Jan 2015 - 13:46

Merci beaucoup, Tiun' (A Cornedor aussi ! ^^ Mais bon, tu m'avais déjà donné ton avis, donc je savais ce que t'allais dire :dance: ), ça me touche vraiment que tu ai aimé et autant ressenti :3

Ça va m'inciter à en poster d'autres, ça (niark niark  What a Face  )

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