Encre Nocturne
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 Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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MessageSujet: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Dim 4 Jan - 12:14



Allez, troisième histoire de ma série de réécritures du mythe d'Adam et Eve ; mais cette fois, ils n'appartiennent pas au même Jardin d'Eden ; c'est elle qui va basculer la première, puis ils vont se rencontrer et ça va barder... :-p
Plus réaliste que les deux premiers volets, cette nouvelle-ci n'est pas plus évidente à relier au mythe originel (à vous de trouver ce qu'est la pomme, qui est le serpent... - bon, Adam et Eve ça devrait aller quand même x))
Une fois n'est pas coutume, je vous la fractionne en deux ou trois parties ; voici la première, elle n'est pas longue. Allez, bonne lecture ! :la:


→ Ici le texte 1 : Celle en qui parle la lumière ; le texte 2 : Bêtes Noires et le texte 4 : Conte du chat, de l'oiseau et de la Reine dragon


Inspiré d'un rêve.


Renaissances
ou
Le peuple de l'Aube




‹‹ Certains spectres sont de chair et d'os. Rejetés par tous, traînant leur péché derrière eux. Leurs souvenirs se délitent petit à petit. Jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien…
Ces spectres-là, mon enfant, ce sont ceux de l'Aube, et c'est pourquoi tu ne dois jamais, jamais tenter de voir le soleil. ››






      Le soleil va se lever.
      Nous nous barricadons déjà dans l'ombre, pour échapper à ses rayons furieux. Nous, peuple de la nuit, peuple du vent et de la mer, peuple du sable et du sel. Peuple des oiseaux dont nous portons la peau et les parures, sans oublier les os.
      Appuyée contre une hutte, je contemple la lueur claire qui teinte l'horizon de bleu. Mon regard dérive sur la mer toute scintillante, ourlée de blanc ; puis sur les membres de la tribu qui se croisent et s'entrecroisent sur la plage, réglant les derniers détails – filets de pêche, collecte des coquillages – avant d'aller se terrer dans leurs huttes pour la journée. Les pans de peau tannée claquent au vent sec de la mer, les plumes décolorées par le sel s'ébouriffent, et les breloques d'os et de bois flotté carillonnent. Et le ballet des oiseaux, les oiseaux qui sont partout, qui vivent à nos côtés.
      Je remets en ordre mes propres pendentifs, effleure les boucles d'oreilles en perles de bois et coquillages, et rajuste les os et rémiges qui composent mes colliers. Os et rémiges d'albatros, mon totem. J'ai amassé ce trésor voici quelques années, lorsque le temps était venu pour moi d'aller marcher dans le cimetière aux oiseaux. C'est une crique non loin du village, dont le sable est couvert d'un tapis d'ossements et de cadavres. Les peaux et les plumes dont nous nous couvrons, ainsi que nos parures d'os, proviennent de cet endroit sacré.
      – Sol ! Te voilà ! m'interpelle soudain une voix essoufflée.
      Deux de mes amis déboulent devant mon nez. Ou plutôt mon bec. Je relève de la main le crâne géant qui me couvre le visage. Ils font de même ; leurs masques d'os et leurs larges becs, gravés d'arabesques, se hérissent sur leur front, mettant leurs visages à découvert. Line et Cormo. La première porte la parure du goéland planeur, le deuxième celle de la mouette géante. Les odeurs fortes de leurs peaux m'étourdissent un instant.
      – Ça fait des heures que je vous attends, les gars, réponds-je.
      – Allez, dépêche, presse mon amie. Tout le monde y est déjà !
      Nous courons ensemble vers la plage, rejoignant la quasi-totalité des jeunes de la tribu, une vingtaine environ. Les adultes se rapprochent au contraire du cercle des huttes. La lumière céleste commence enfin à réchauffer le ciel.
      Comme chaque matin ou presque, nous allons vivre les prémices de l'aube, nous allons défier le soleil, ce prédateur brûlant qui pourrait nous rendre aveugles. Ainsi rassemblés sur la grève, les yeux de plus en plus plissés, les mains levées devant nos visages, nous jouons à qui restera le dernier. Et pathétiquement, le dernier ne reste jamais assez longtemps pour voir le soleil, le vrai soleil, surgir à l'horizon. Aucun membre de notre peuple ne peut le voir ; ses rayons nous tueraient.
      Notre groupe se tient donc face à la mer. Nos plumes et pendentifs claquent au vent, nous ployons sous l'écume glacée qui postillonne à nos visages. La lumière dorée prend une teinte plus appuyée à chaque seconde. Les bras commencent à se lever pour protéger les yeux ; les paupières papillonnent. Je tente de ne pas me recroqueviller sous le poids de la lumière ; mon amie me saisit la main et nous luttons ensemble. Bientôt nous devons fermer les paupières et lentement reculer. Mais alors que le sable crisse sous les pas de nos compagnons qui s'éloignent, Cormo me prend l'autre main et nous murmure :
      – Allez, aujourd'hui on reste. On reste jusqu'au bout !
      Je souris en reculant, jusqu'à ce que les mains de mes deux amis me retiennent. Et que je me retrouve bloquée.
      – Tu… Tu es sérieux ?
      – On peut le faire, me dit-il, sûr de lui. On peut voir le soleil.
      Je secoue la tête, cherche une échappatoire, passe du regard gris de mon ami aux yeux bleus de Line. Insondables et surtout… déterminés.
      – Quoi ? je bredouille. Mais non, on ne peut pas ! Non non non ! C'est tabou ! Vous voulez mourir ou quoi ?
      – Allez quoi, Sol ! C'est possible !
      – On n'en sait rien ! Je ne veux pas devenir aveugle !
      Je lutte pour libérer mes mains et me couvrir les yeux ; même mes paupières ne parviennent plus à stopper la lumière.
      – C'est bien pour ça qu'on est là jour après jour ! C'est ce que tout le monde veut ! renchérit Line. On va le faire !
      – Rester dans l'ombre est juste une tradition débile qu'on nous impose dès la naissance ! On en a déjà parlé, tu étais pourtant d'accord !
      Je n'ai rien à répondre à ça puisque c'est vrai ; mais je ne pouvais deviner que derrière ces mots se profilaient des actes…
      Je cesse de me débattre et prend un ton plaintif. Le souffle précipité par la lumière qui me déchire les yeux à travers les paupières.
      – Je le sens pas, là, les gars. Vraiment pas.
      – T'inquiète, on est là, répond Cormo d'une voix ferme.
      – Regardez ! lance Line dans un cri qui m'écorche le tympan droit.
      Pliés en deux, recroquevillés dans notre propre ombre comme de misérables créatures, nous ouvrons délicatement les paupières. Un trait de feu me brûle la rétine et je pousse un cri.
      – Aaaah ! Ah ! Je vois rien ! Rien du tout !
      – Mais si ! gronde Line. Réessaie plus doucement !
      La voix de Cormo s'enroule à mon oreille avec des accents éblouis.
      – Je le vois ! Je vois le soleil ! Regarde, regarde comme il est beau !
      Piquée au vif par leurs mots, je refais un essai. Le douleur me vrille les yeux et martèle mes tempes ; mais oui, je le vois, je le vois enfin ! Une demie boule de feu qui s'extirpe lentement de la mer, qui se hisse au dessus de la ligne d'horizon, qui embrase tout le ciel, laissant des traînées de braises dans le vent.
      – C'est magnifique !
La douleur s'intensifie, mais je refuse désormais de fermer les yeux et de voiler ce divin spectacle. A cet instant l'ombre n'existe plus, j'ai oublié la nuit et tout ce qui faisait ma vie.
      – Là ! Là, regardez ! s'affole Line. Il est entier !
      Alors la mer, la plage, le monde entier retient son souffle, et la dernière courbe rouge décolle de l'horizon. Et soudain la lumière me transperce jusqu'aux os, deux poignards me crèvent les yeux et forent des tunnels de douleur sous mon crâne. Un concert de hurlements se déclenche dans ma tête ; titubante, je me rends compte qu'en fait ce sont mes cris et ceux de mes amis.

***

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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Dernière édition par La Lapine Cornue le Sam 16 Sep - 17:07, édité 5 fois
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Lun 5 Jan - 21:38

Deuxième partie.


***



          Le camion tout-terrain avançait tant bien que mal, écrasant les herbes coupantes des dunes, réduisant les coquillages en miettes dans un crissement perpétuel qui faisait fuir les oiseaux.
          Les oiseaux.
          Il y en avait partout, de ces satanés oiseaux. Armand en connaissait certains, les albatros, les goélands. Des sortes de mouettes géantes. Tout un bestiaire propre à ces plages désertes et inexplorées.
          Ils étaient trois, enfin quatre en comptant le chauffeur. Quatre hommes en treillis militaire, pas mécontents de sortir un peu de leur base maritime. Cela faisait une semaine qu'ils arpentaient le bord de mer de cette île déserte. Des caisses de conserves et de bouteilles d'eau, et des armes emplissaient pêle-mêle l'intérieur du camion. Armand se tenait sur le marchepied, une main agrippée au châssis de la cabine, le regard errant sur ce paysage lunaire.
          Quelque chose attira soudain son regard. Une main en visière, il se pencha, survolant le sol en un équilibre précaire.
          Des êtres dont il n'aurait pu dire s'ils étaient humains ou non arpentaient les rochers humides, là-bas. Recroquevillés sur eux-mêmes, progressant à petits sauts de grenouille dans un silence surréaliste.
          Armand, sans quitter les trois choses du regard, se pencha à la fenêtre baissée de la cabine.
          – Hé, Nick, vise un peu ça… Arrête-toi, tu veux ?
          Le camion stoppa dans un crissement de sable et de freins. Là-bas, les créatures eurent un instant d'immobilité, puis tournèrent sur elles-mêmes telles des girouettes, avant de reprendre leurs occupations.
          Impossible qu'elles n'aient pas vu le camion.
          – Elles nous ont pas vus ou quoi ? remarqua justement Nick.
          Les deux autres hommes émergèrent du camion derrière Armand.
          – Si, forcément, répondit celui-ci entre ses dents. Elles n'ont juste… pas peur de nous.
          Une alarme retentit quelque part sous son crâne. Des animaux ou des hommes qui ne craignaient pas l'inconnu…
          – On y va ?
          – C'est une trace de vie humaine, non ? C'est bien ce qu'on cherche depuis des jours. Allez, on se rapproche. Armez-vous, mais pas lourdement. Nick, tu restes là…
          Les trois hommes se mirent en route. Leurs grandes foulées déterminées trouaient le sable sous leurs pieds. Brisaient les coquillages. Le vent salé agressait déjà leur peau d'hommes blancs, d'hommes civilisés.
          En tête, Armand plissait les yeux, le regard fixé sur la crique de rochers et les créatures qui crapahutaient dessus. De plus en plus bizarres. Elles progressaient accroupies, le dos rond, ce qui leur donnait cette allure inhumaine. Des pelisses de plumes s'ébouriffaient sur leur dos. Blanc sale pour l'une, gris et noir pour les deux autres. Les couleurs des oiseaux marins.
          L'être blanc, qui leur tournait le dos, pivota soudain d'un coup sec et les trois hommes stoppèrent, saisis.
          Un gigantesque crâne d'oiseau couvrait la tête de la créature, masquant ses traits sous l'os. Le long bec crochu pointé  vers eux. Les orbites vides les narguaient.
          – Restez là.
          Armand se rapprocha précautionneusement des rochers, dérapant sur les algues. La créature suivit son avancée d'un lent mouvement de la tête. Le crâne était poli par le sel et le vent.
          Lorsqu'il prit enfin pied sur les roches humides, les trois créatures étaient tournées vers lui. Penchant la tête à droite et à gauche au gré de ses mouvements, dans un bruissement de plumes. Une odeur d'algues en décomposition, de sel et de bête crevée parvint à ses narines. A trois ou quatre mètres d'eux maintenant, il s'accroupit à leur manière.
          – Bonjour, les gars.
          Les squelettes eurent un frisson et les pendeloques qui encadraient leurs têtes carillonnèrent sinistrement. Ils tendirent le cou vers lui comme des oiseaux curieux. Armand douta tout à coup de leur nature humaine et se trouva idiot de leur avoir parlé. Il continua pourtant.
          – Qu'est-ce que vous faites ici, les gars ? Vous êtes perdus ? Il y a des gens par là ?
          L'être au plumage blanc s'approcha de lui à petits sauts de grenouille, le faisant reculer. Des yeux dorés apparurent, jusque-là cachés dans l'ombre des orbites proéminentes. Armand plissa les paupières. Des yeux trop ronds pour être humains… Mais il y avait ce petit quelque chose, cette petite étincelle d'intelligence. Bien loin de la fixité des yeux d'oiseaux.
          Soudain un clapotement retentit quelque part dans la crique. Dans un bruissement soyeux, la deuxième créature déploya deux ailes immenses. Avant qu'Armand, choqué, ait pu faire un geste, elle bondit dans le ciel, avant de chuter comme une pierre une dizaine de mètres plus loin.
          Plouf.
          Bruissement des éclaboussures.
          Le cœur battant à tout rompre, Armand recula imperceptiblement.
          Ces choses n'étaient pas humaines.
          Les plumes qu'elles arboraient n'étaient pas des reliques ou des habits. C'étaient les leurs…
          – Vous m'entendez ? Vous me comprenez quand je parle ?
          Face à lui, le crâne opina dans un carillon de bois et d'os. Armand se demanda si c'était une bonne chose ou une très mauvaise.
          – Vous parlez ? Vous savez parler ?
          La créature hésita. Armand chercha ses yeux, mais ils étaient à nouveau cachés dans l'ombre du crâne.
          – D'où est-ce que vous venez ?
          Elle se recroquevilla soudain sur elle-même, comme si elle venait d'être frappée. Derrière elle, la créature restante leva son bras couvert de cicatrices et désigna l'ouest d'un lent mouvement. Elle avait bien une main, une main aux griffes recourbées, certes, mais une main tout de même.
          Un sifflement fit lever la tête d'Armand ; la troisième créature, après une longue glissade dans le vent humide, reprit pied sur les rochers. Elle tenait un poisson entre ses… entre les grandes serres plumeuses qui lui tenaient lieu de pieds.
          – Vous pouvez nous mener là où il y a des gens ? Là d'où vous venez ? demanda doucement Armand.
          Les trois secouèrent violemment le bec, dans un mouvement convulsif qui fit tinter leurs pendentifs.
          – D'accord, d'accord, conclut le jeune homme pour apaiser ce chœur frissonnant.
          Il murmura entre ses dents :
          – On trouvera tout seuls.
          Il se redressa, se remit debout, surplombant la créature de toute sa taille. Celle-ci eut l'un de ces frissons inhumains qu'il détestait plus que tout. Et l'imita... Se hissant sur ses jambes tant bien que mal. Redressant son dos courbé. Jusqu'à prendre forme humaine ; jusqu'à le tutoyer, lui le soldat, malgré les quinze centimètres qu'il lui prenait encore.
          La créature vacilla, mais ne tarda pas à se tenir aussi bien que l'aurait pu un homme ordinaire. D'un commun accord, les deux autres derrière firent de même. Soudain, les trois êtres inhumains parurent menaçants à l'homme. La tête pivotant dans un même mouvement hypnotique, les choses se rapprochèrent lentement d'Armand, jusqu'à ce qu'il saisisse son arme et la pointe sur la plus proche.
          – Holà, attention, les gars. Restez comme vous étiez, restez gentils. Sinon ça va barder.
          Il devinait ses trois soldats derrière, loin derrière, mais sur le qui-vive.
          La première créature, d'un air étonné, étudia le canon sous tous les angles tandis que les deux autres se pressaient derrière elle. Armand entendit distinctement ses reniflements. Suspicieux, il pencha la tête sur le côté, s'attendant à… quoi exactement ? Tout sauf ça : la petite langue rose de la créature en train de goûter le bout du canon de l'arme. Ladite langue disparut bien vite, et la créature éternua. L'homme ne put s'empêcher de rire, ce qui fit papillonner les grands yeux des monstres.
          Soudain les crânes de ceux de derrière se relevèrent d'un coup sec. Dévoilant des visages.
          Bouche bée, Armand détailla les yeux gris et la mâchoire volontaire du garçon, le regard bleu et le nez pointu de la fille. Malgré leur peau marquée d'arabesques et de cicatrices, malgré le hâle dû au soleil et au vent, malgré les craquelures provoquées par le sel et le sable, le jeune homme reconnut ses semblables. Sans aucun doute possible.
          – Mais alors quoi ? dit-il à mi-voix. Humains ou animaux ? Qu'est-ce que vous êtes, les gars ?
          Il croisa le regard doré de celui ou celle qui lui faisait face. Soudain le grand bec crochu se souleva lui aussi d'un coup sec, laissant la place à un visage de jeune fille abîmé par la mer. Ils étaient nez à nez, le regard dur de la fille transperçant le sien. Il pencha la tête sur le côté, tentant de saisir un autre détail, une mèche de cheveux, une oreille cachée sous le poids des plumes ; elle fit de même. Il changèrent de côté en même temps. Armand étouffa un sourire devant ce miroir animal de lui-même. Si éloigné et pourtant si proche. Il suivit des yeux la courbe douce de la mâchoire, jusqu'à la tempe, de laquelle émergeaient les attaches osseuses du crâne d'oiseau. Deux crânes en un ; un masque et un visage. Un animal et un humain.
          Une idée effleura soudain l'esprit du militaire.
          – Vous avez faim, les gars ?
          Le garçon baissa les yeux vers le poisson gluant qu'il tenait entre ses serres.
          – Pas terrible, hein ? commenta Armand dans un aboiement de rire. On a pas mal de trucs dans le camion. Vous voulez venir voir ?
          Les trois ados – il ne pouvait plus les appeler créatures à présent – se concertèrent du coin de l'œil. Armand rangea nonchalamment son arme et tourna les talons. Le dos frémissant sous la menace qu'il sentait peser sur lui. Mais ses trois nouveaux amis lui emboîtèrent le pas, de leur démarche sautillante qui faisait tinter leurs ornements macabres. Leurs serres cliquetaient sur la roche. Ils sautèrent sur le sable, déployant un instant leurs immenses ailes noires et grises.
          Lorsqu'ils parvinrent près des deux soldats, ceux-ci avaient le regard affolé, agrippant leurs armes sans oser s'en servir.
          – C'est bon, les gars, fit Armand. Rangez-moi ça, mais gardez-les à portée de main au cas où. Sont pas méchants.
          Ils s'exécutèrent, regardèrent passer les trois énergumènes dans leur étrange démarche dansante.
          – Alors là, on nous avait dit qu'il y avait des trucs bizarres sur cette île. Mais alors là, alors là…
          Ils leur emboîtèrent le pas jusqu'au camion. Sur leurs gardes. Nick contemplait leur petite troupe d'un air incrédule.
          –  Qu'est-ce que vous nous ramenez là ?
          – Des indigènes, répondit Armand d'un ton calme. On va les apprivoiser. Ils connaissent un endroit, là d'où ils viennent, mais ils n'ont pas voulu m'y conduire.
          Il ne vit pas le regard de la fille albatros, qui l'écoutait attentivement. Les deux autres furetaient de ci de là, grattant de leurs serres la peinture du camion, tiraillant la bâche camouflage, reniflant les vieux sièges défoncés.

          Ils passèrent la soirée autour du feu, baignant dans la fumée odorante, faisant frire les poissons pêchés par les trois étranges adolescents, partageant les rations de petits pois carottes. Aucune des tentatives pour les faire parler n'avait porté ses fruits, mais Armand ne désespérait pas. Comme il disait, si tout avait l'air de fonctionner chez eux, pourquoi pas la voix ? A quoi ses hommes répondaient en secouant la tête.
          Ils passèrent tous la nuit à la belle étoile, les trois indigènes recroquevillés sous leurs peaux et leurs plumes, enroulés dans leurs ailes ; les soldats dans leurs sacs de couchage, montant la garde à tour de rôle. Les armes à portée de main.




Croquis:
 



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Dernière édition par Cornedor le Mer 28 Jan - 21:58, édité 2 fois
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Syta
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Mer 7 Jan - 14:45

Ça fait bizarre de voir l'histoire d'Adam et Êve tournée de manière aussi «moderne» de prime abord, mais ça rend très bien en fait. :la:
´avais un peu de mal à me faire au ton un peu trivial au début, mais ça passe crème en fait. :p

L'histoire est bien amenée, les descriptions possèdent de jolies images («ourlée de blanc» cute ) qui agrémentent le tout et donnent un rythme agréable et fluide. ^^

De plus, le scénario est saississant et on a envie d'en savoir toujours plus. :3

Bref, j'aime beaucoup ! :)

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“Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?”
- Boris Vian
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Jeu 8 Jan - 22:03

Merki Pickouuuuuu :la: :la: (tu gagnes des points de reconnaissance pw)



Troisième et dernière partie, je n'ai qu'une chose à dire :
Les histoiiires d'amour finissent mal, les histoiiiires d'amour finissent mal
Eeeeen généraaaaaal... pom pom pom






         Lorsqu'Armand ouvrit les yeux, un peu avant l'aube, il se rendit compte que c'était le tiraillement exercé sur ses cheveux qui l'avait réveillé. Tous ses sens en alerte, il tenta de jaillir de son sac de couchage – s'en extirper aurait été plus vrai –, mais se calma lorsqu'il se rendit compte que Nick montait la garde et ne semblait dérangé par rien. Levant les yeux, il tomba nez à nez avec la jeune fille aux yeux dorés, un air concentré plaqué sur le visage, émergeant de la pénombre. Tâtant son crâne et écartant doucement les mains froides, Armand comprit qu'elle lui avait patiemment tressé la touffe de cheveux qui avait dépassé du sac de couchage, ce qui ne devait pas être aisé vu le manque de longueur. Elle écarta sa main dans un petit claquement de langue et reprit sa tâche opiniâtre. Revenant à la charge, il sentit de petits coquillages. Un sourire éclot sur son visage.
         – Ça va là, tu t'amuses bien ?
         Elle hocha la tête d'un air distrait, et ses longues boucles d'oreilles cliquetèrent. Son grand bec crochu restait hérissé sur son front, menaçant. Armand, malgré lui, chercha du regard les courbes de la jeune fille, camouflées par ses pelisses plumeuses. Avant de détourner la tête et de chercher ses compagnons du regard.
         La silhouette de Nick montait la garde, adossée à la roue du camion ; les deux autres dormaient encore. Les amis de la fille étudiaient les équipements, vivement intéressés. Armand, bercé par la caresse des griffes de la jeune fille, espéra vaguement qu'ils ne tomberaient pas sur les armes, puis referma les yeux.
         – Non, réveille-toi, dit une voix rauque.
         Râlant en son for intérieur, il ouvrit les yeux en se préparant à invectiver Nick ou le malheureux qui osait le déranger. Il ne vit que la jeune fille, se redressa sur un coude pour embrasser le campement du regard. Les autres n'avaient pas bougé.
         – Réveille-toi, répéta-t-elle. Allez, lève-toi.
         Il se redressa d'un bond, heurtant brutalement la mâchoire de la fille ; les deux bondirent sur leurs pieds dans un même mouvement, trépignant de douleur en se frictionnant le sommet du crâne pour lui, le menton pour elle.
         – Tu… Tu parles ? brailla-t-il.
         Elle le regarda, sans émotion apparente.
         – C'est revenu.
         Il se trouva tout bête. Se creusa la tête pour attraper au moins l'une des questions qui lui occupaient l'esprit la veille.
         – Tu, tu… euh. Vous avez un nom ?
         Elle réfléchit.
         – Plus depuis longtemps. Mmmh, appelle-nous Ciel, Vent et Marée.
         Il retint un sourire.
         – Regarde, le soleil va se lever, reprit-elle de sa voix rauque, tournant la tête vers l'horizon.
         Elle s'accroupit, et fouilla dans les profondeurs de ses capes et pelisses. Armand fixait ses ailes, mi-déployées, aux larges rémiges de l'albatros, qui caressaient le vent salé. Le but de leur expédition lui revint en tête d'un seul coup.
         – Tu veux nous conduire là d'où vous venez ?
         Elle secoua la tête ; le bec d'albatros parut ricaner sinistrement. Armand soupira. Il se pencha vers elle alors qu'elle se levait, et leurs fronts s'entrechoquèrent.
         – Décidément, râla-t-il en fourrant les mains dans ses poches.
         Il observa, fasciné, le premier, le tout premier minuscule sourire naître sur le visage de la jeune fille, sous l'ombre menaçante du bec.
         Elle lui tendit… un grand crâne semblable au sien, mais dont la forme et le bec étaient différents.
         – C'est.. C'est pour moi ? demanda Armand en prenant l'objet, interloqué.
         Il suivit des doigts les courbes des orbites, caressa le bec. L'os était fin et léger, la corne douce. Il sursauta lorsque les deux autres adolescents, "Vent" et "Marée", qu'il n'avait pas entendus arriver, lui tendirent des peaux d'oiseaux aux plumes noires, et des pendentifs d'os et de bois qui cliquetèrent dans le vent. Il fit un pas en arrière, les mains levées.
         – Oh oh, les gars, doucement, là.
         – Prends ! pria doucement la jeune fille albatros. Prends, prends !
         Elle accompagnait ses mots de petits mouvements de tête saccadés. Lui rappelant immédiatement qu'elle n'était pas humaine, loin de là.
         – Bon, bon… grommela-t-il en acceptant les cadeaux.
         Visiblement arrachées d'un cadavre depuis longtemps, les peaux sentaient si fort la bête crevée qu'il faillit se pincer le nez… avant de suspendre prudemment son geste. Il finit par attraper au vol le regard de la jeune fille. "Ciel".
         – Pourquoi ? Hein, dis-moi pourquoi ?
         – Le soleil, dit-elle seulement.
         – Le soleil, le soleil, psalmodièrent les deux autres en faisant pivoter leurs têtes de manière inhumaine. Le soleil, le soleil !
         – Mets-les, demanda Ciel. Allez, mets-les !
         – Bon, bon, si ça peut vous faire plaisir…
         En grommelant, il fit claquer les peaux dans le vent salé, puis les drapa sur ses épaules. Il ne savait combien de temps ces trois-là avaient passé à les assembler, ni comment, mais elles étaient si larges qu'elles auraient pu le dissimuler entièrement. Il se baissa lorsque les trois énergumènes lui passèrent un collier l'un après l'autre. Les os fins et les coquillages s'entrechoquaient sur son torse. Ciel leva le crâne d'oiseau devant son visage, filtrant la lueur de l'aube. Dans un infime sursaut, il pivota et croisa le regard de ses hommes, à moitié réveillés, qui observaient la scène d'un air amusé. Cela le rasséréna. Il pencha la tête et sentit les petites griffes de la jeune fille effleurer sa peau lorsqu'elle déposa délicatement le crâne sur son front, écartant les os fins avec ses doigts afin qu'ils encadrent correctement ses tempes. Puis elle baissa le long bec, à la manière d'une visière, et l'os couvrit le visage de l'homme. Il leva la main et toucha son nouveau visage du bout des doigts. Il entendit les rires des hommes derrière eux.
         S'il parvenait à gagner la confiance des indigènes, peut-être les mèneraient-ils dans leur tribu. Et après peut-être, qui sait, rentreraient-ils avec eux dans le monde civilisé ? Mais il ne faudrait pas qu'ils deviennent des bêtes de foires, non, il ne le permettrait pas.
         – Le soleil, le soleil, fredonnaient-ils en chœur.
         Leur chuchotis accompagnait celui des vagues sur le sable. La lumière de l'aube faisait miroiter leurs crânes et pétiller leurs yeux. Le vent jouait avec leurs plumes et faisait carillonner leurs pendeloques. Une subtile contraction musculaire fit vibrer leurs mâchoires, et leurs crânes claquèrent sur leurs visages d'un coup sec. Faisant immédiatement disparaître leur humanité derrière ces masques d'os.
         Vent et Marée lui prirent chacun une main ; Ciel garda ses distances mais accompagna leurs mouvements reptiliens face au soleil qui commençait à poindre. Leurs ailes frémissantes, leurs plumes et leurs serres répugnaient Armand à nouveau, à présent qu'il ne pouvait plus lire sur leurs yeux et leurs visages. Il ne leur trouvait plus rien d'humain. Comment avait-il seulement pu trouver attirante l'une de ces créatures ? Il tenta timidement de se libérer de leur étreinte, mais ils le retinrent avec un frisson menaçant qui fit bruisser leurs plumes.
         – Hého, je le sens pas, là, les gars. Vraiment pas.
         Ils ne réagirent pas, plongés dans leur transe hypnotique ; le jeune homme soupira et cessa de lutter, décidé à se soumettre de bonne grâce à leurs caprices. Il sentait derrière lui le regard attentif des soldats.
         – Regarde le soleil, murmura la fille goéland à sa droite. Regarde le soleil !
         – On peut le faire, haleta le garçon mouette à sa gauche. On peut le faire ! C'est ce qu'on veut tous.
         – Calmez-vous, tenta Armand d'une voix apaisante.
         – Le soleil, je le vois ! Je le vois ! s'affola la voix rauque de Ciel, derrière son épaule.
         Il tourna brièvement la tête et réussit à croiser son regard, avant que la deuxième fille ne le remette en position d'une petite tape agacée.
         Il avait vu les larmes couler sous le bec d'albatros.
         La petite alarme recommença à sonner quelque part sous son crâne.
         Armand regarda l'aurore à leurs côtés, et prit finalement presque plaisir à suivre sa lente ascension, les mains dans les leurs. Leur agitation atteignit son comble lorsque la sphère de feu décolla tout à fait de la mer. Renonçant à les calmer, presque gagné par leur euphorie tourmentée, il fixa le soleil avec eux.
         Les trois soldats le virent soudain vaciller, comme frappé au cœur, puis se recroqueviller sur lui-même. Puis leur parvint le cri.
         Tout leur être en alerte, ils bondirent sur leurs pieds et se précipitèrent vers leur chef, leurs mains glissantes de sueur agrippant leurs armes, leurs pieds dérapant sur le sable. Le hurlement leur vrillait le crâne. Armand, tout en hurlant, tentait en vain d'arracher son masque d'os, de casser ce bec, mais ce crâne était déjà lié au sien et il ne fit qu'hurler de plus belle. Les créatures qui l'entouraient tentaient de l'immobiliser, de retenir ses mains.
         – Hé, hé ! Laissez-le ! Laissez-le, bande de dégénérés !
         – Lâchez-le, salopards !
         Le premier coup de feu partit, toucha la fille aux yeux bleus qui chuta sur le sable, semblable à une poupée vaudou. Désarticulée. Dans un hurlement de bête, le garçon aux ailes de mouette se projeta sur l'homme qui venait de tirer, dégaina une lame d'os d'un mouvement fluide et trancha la jugulaire, encore et encore. Avant de rouler au sol avec sa victime, transpercé par deux autres balles. Son corps enlaça celui du soldat dans une mare de sang, son bec claquant encore sous la violence du choc.
         – Non ! Non ! hurlait la fille albatros, ses cris se mêlant aux échos des détonations.
         Les mains plaquées sur ses yeux pour occulter le massacre, elle vacilla et se raccrocha à l'épaule d'Armand, roulé en boule, aveuglé par la douleur.
         – Le touche pas ! brailla Nick.
         Le quatrième coup trancha deux de ses longues rémiges, faisant ruisseler le sang le long de son aile droite ; elle fit un bond en arrière en feulant et, ailes déployées, se projeta dans le ciel enflammé. Les orbites vides de son masque fixaient les deux soldats restants, qui la suivirent brièvement du canon de leur arme.
         Ils se penchèrent sur Armand, n'osant le toucher devant la douleur qu'il exhalait par tous les pores de sa peau.
         – Qu'est-ce qu'ils lui ont fait, putain ! Et Edmond, ils l'ont eu ?
         – Carrément, oui, haleta le deuxième. Limite décapité.
         – Bordel !
         Seuls des gémissements et des halètements rauques s'échappaient d'Armand toujours prostré.
         Nick eut soudain un sursaut.
         – Quitte pas la blessée des yeux ! Elle est où ?
         Leurs yeux affolés balayèrent la zone du combat.
         – Putain, elle est plus là ! Cherche-la, cherche-la !
         – C'est ce que je f…
         Il y eut un déplacement d'air et Nick s'effondra soudain sur Armand.
         – Hé, hé, Nick, tu nous fais quoi là ? Relève-toi, mon v…
         Le sang et la nuque désarticulée lui sautèrent soudain aux yeux.
         – Oh, non, non, non ! Me laisse pas ! Hé !
         Il allait soulever son compagnon lorsqu'Armand rugit et se redressa d'un bond, projetant le corps de Nick sur le sable. Il se mit lentement sur ses pieds, cherchant son équilibre.
         – Chef, y'a encore les deux diablesses qui courent, bredouilla le soldat soulagé.
         Armand tourna son bec vers lui dans un mouvement reptilien. Les yeux cachés dans l'ombre du crâne.
         Dans les affres de l'affolement, le malheureux soldat fit un bond en arrière.
         – Chef, chef… Hé, Armand...
         Des ailes noires, immenses, se déployèrent plume par plume, comme surgies de nulle part.
         Le soldat ne vit pas les larmes couler le long des joues d'Armand. Marée s'était déjà jetée sur lui. Il tira à bout portant, une fois, deux fois, elle lui avait déjà percé le cœur, d'un coup de lame d'os sculpté aussi fine qu'une aiguille. Ils s'effondrèrent dans un même mouvement.
         Le silence revint, aussi subitement qu'il avait été brisé. La mer recouvrit tout de son chuchotis nostalgique. Une créature aux ailes noires de cormoran se tenait devant cinq cadavres, hésitante. Une autre, aussi blanche que l'albatros, survolait la scène, le plumage ébouriffé par l'air humide et salé de la mer. La première leva son long bec pointu, et suivit de la tête le lent mouvement du vol de l'albatros. Faisant cliqueter ses colliers d'os, de bois et de coquillages. L'animal commençait déjà à prendre le pas sur l'homme, à effilocher ses pensées, à mélanger ses souvenirs. L'oiseau blanc finit par toucher terre d'un mouvement gracieux, aussi léger qu'une plume. Redevant créature tordue, ni humaine ni animale.
         Ciel se pencha sur les corps de ses amis. Releva une mèche de cheveux sur le front poissé de sang de la fille goéland ; ferma les paupières du garçon mouette, cachant à jamais son regard gris. Puis elle se redressa, fit face à son compagnon et toucha les larmes sous le crâne de cormoran. Aussi salées que la mer. Cachés dans l'ombre, les yeux de l'être aux ailes noires passaient du soleil à la mer, et des corps des soldats au camion abandonné.
         – Je m'appelle Armand, dit-il d'une voix déjà rauque. Je m'appelle Armand. Je ne veux pas oublier...
         – Je m'appelle Ciel, répondit-elle. Mais je ne veux pas oublier Vent, ni Marée. Ni Sol.




F i n .

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
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Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Dim 11 Jan - 22:26

MAIS POURQUOI !!!
c'est trop triste Wiii
Je n'arrive pas à croire que sa se termine ainsi, par une tuerie générale  snif
J'ai mis un moment de trouver la "pomme" interdite, mais j'ai trouvé, c'est le soleil et cette soif de l'inconnu.
Mais je suis trop choqué par cette scène je vois pas pourquoi tu les a tués, j'aurai voulu qu'ils revoient leur tribu et qu'ils racontent la légende du soleil, ou si vraiment il faut une fin triste fait comme la fin de Arriety et le monde des chapardeurs, que se soit triste mais pas une fatalité et qu'on reste en allène.
Pour résumer, une belle histoire d'amour mais la fin est pour moi un peu décevant (désoler corn sa me fend le coeur de dire se que je pense  :-( )

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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Mar 13 Jan - 22:29

Un grand merci Sky d'avoir lu, et pas besoin de te fendre le coeur ! Moi j'adore cette fin, parfois j'ai envie d'être... sadique. :niark: (et le fait que tu t'en indignes montre que tu as accroché aux personnages)
En fait c'est juste qu'Adam et Eve c'est quoi, au final ? Le couple créateur d'une nouvelle espèce, la solitude, le poids du péché, le malheur toussa toussa. Une bande de sept larrons copains comme cochons, ça aurait carrément gâché le mythe... Et puis je voulais bien montrer le changement d'ambiance, le basculement de la situation, à cause du soleil et de leur "cérémonie" macabre... :niark:

Brefouille, aucune chance que je change cette fin, hohoho :la:
*se sauve en courant*



PS. Et d'abord, qui a dit que c'était la fin de leur histoire d'amour ? Peut-être que ça ne fait que commencer Angel

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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Mer 14 Jan - 14:15

Oulala, c'est bien plus glauque que tes autres textes. O_O
Mais c'est quand même extrêmement bien écrit, ça laisse beaucoup de mystères mais l'ambiance et l'univers est vraiment génial, dommage qu'on en sache pas plus.
En tout cas tu écris toujours des choses aussi belles, j'adore !
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Sam 24 Jan - 14:48

Merki Tiun :3

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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Sam 24 Jan - 16:52

Alors-heu.... Que dire de ce texte ?
Il m'a perdu, ce qui donnait un sentiment confus qui correspondait bien au sentiment d'incompréhension que, j'imagine, Armand a.
Et sinon, heu.... J'adore ? **
Etrangement ne m'a pas trop laissée sur ma faim, j'aimerais avoir plus d'infos mais sans être frustrée, et évidemment la forme est magnifique, le fond l'est également en plus d'être, comme toujours, original o/

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Merci Maw' :D:
 



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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Dim 7 Juin - 12:10

Super génial magnifique!!! j'adore!!! tout en optimisme juqu'au final qui nous prend par surprise!!! superbe!!! :la: :ippa:

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Etonnante est cette lubie qu'ont les hommes d'appeler les choses par leur nom
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   Sam 30 Jan - 13:49

Merciiiiii tellement à vous deux :la: :la: (c'est pas français, et en plus je réponds deux siècles après... :facepalm: )

Non en vrai, comme j'ai aucun recul sur mes textes, vos commentaires même non-constructifs me sont toujours utiles pour savoir ce que je parviens à exprimer ou non cute

(chuis vraiment contente qu'il t'ait plu, Ipp Wink )

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MessageSujet: Re: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]   

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Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]
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