Encre Nocturne
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 Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie

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AuteurMessage
jeanfr



Masculin Lion Messages : 7
Date d'inscription : 17/03/2015

MessageSujet: Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie   Mar 17 Mar - 13:32

Pour plus d'informations sur l'auteur :
http://vladlavaseline.com/qui-est-vladimir-lavaseline-3/

Dire que la guerre est une promenade de santé est irresponsable car aucun terme ne pourra jamais ni qualifier, ni justifier la barbarie dont sont capables les hommes.
Elle s'apparente davantage à une randonnée en enfer où toute humanité est violée à chaque instant et pour ma part, j'en garde de terribles ampoules aux pieds de mon âme.

Mais elle est aussi l'improbable opportunité de croiser des êtres hors norme dont la bravoure n'a d'égal que la volonté et l'instinct de survie et c'est à Sergeï Malalarate que j'aimerais rendre hommage aujourd'hui.

J'avais, en tant que deuxième trombone,  intégré l'orchestre des Forces Spéciales en septembre 41, à peine deux mois après qu'Hitler ne rompe le pacte de non agression germano-soviétique qu'il avait signé le 23 août 1939 avec l'URSS.
Bien entendu, je peux comprendre que l'existence d'un orchestre au sein d'unités d'élites telles que les Forces Spéciales puisse surprendre, mais en plus de la stratégie et de la tactique, l'art de la guerre dépend d'une savante gestion de la motivation des troupes. Et c'est à ce niveau que mes camarades et moi-même intervenions.

Je tiens à rassurer mes lecteurs : l'incompétence de notre hiérarchie n'allait pas jusqu'à nous envoyer au front sans aucune préparation militaire.
J'avais dû suivre au préalable et pendant 12 semaines un stage harassant où on m'inculqua toutes les pratiques possibles et inimaginables pour trucider, égorger, étriper mon prochain sans la moindre émotion.
Ce n'était qu'après avoir décrocher le diplôme attestant de mon aptitude à défendre la mère patrie dans les règles de l'art que j'étais à nouveau autorisé à me saisir de mon trombone pour rejoindre le front.

Une nuit de septembre 1941, où ne brillait aucune étoile, on nous parachuta donc avec nos instruments derrière les lignes ennemies.
Commença alors notre toute première mission : rallier le commando par nos propres moyens avant le lever du jour.
Autant vous dire que nous mîmes en pratique tout le savoir accumulé car traverser des villages occupés par l'armée allemande relevait de l'exploit.
Mais nous y parvînmes et nos Forces Spéciales purent dès cet instant bénéficier de notre précieux appui logistique.

Les différentes campagnes que menait notre corps d'armée étaient aussi soudaines que violentes.
Notre tactique était somme toute fort simple : nous faisions irruption dans une caserne ennemie encore endormie et tandis que nos soldats rompus au corps à corps égorgeaient à tour de bras le nazi au fond de son sac de couchage, notre orchestre entonnait toutes sortes d'hymnes de notre beau pays en danger pour leur donner du cœur à l'ouvrage.

Je me souviens encore avec émotion combien je m'époumonais dans mon trombone aux côtés de mes camarades instrumentistes tout en évitant la contre-offensive adverse.
Il n'était pas rare que l'un ou l'autre d'entre nous doive s'interrompre pour, d'un coup d'instrument bien ajusté, assommer un survivant de la curée à laquelle se livrait notre commando.
Mais la plus part du temps, un léger mouvement du bassin suivi d'un preste passement de jambe nous permettait d’éviter une balle allemande ou une baïonnette trop curieuse car notre entraînement avait été des plus complets.
La chorégraphie de la guerre recèle bien des aspects méconnus du civil...
Parfois, un musicien tombait, mortellement touché, et nos futures opérations s'en trouvaient retardées puisque nous devions réécrire nos partitions pour palier l'absence d'un violoncelle ou d'une clarinette le temps que le Comité Central, à Moscou, nous envoie l'artiste réserviste.

J'ai connu nombre de camarades valeureux, et pourtant, Sergeï Malalarate occupe une place toute particulière dans ma mémoire.

C'était un colosse borgne, une véritable force de la nature, chauve comme un œuf et qui portait une longue barbe, noire comme le charbon,  qui  lui retombait sur la poitrine.
Originaire de Volgograd, il occupait le poste de contrebassiste et n'était pas le dernier pour donner un coup de main à nos soldats quand la bataille faisait rage.

Plus d'une fois je l'ai vu écarter son archet des cordes et en fouetter le fessier d'un SS avant de lui expédier un magistral coup de genoux dans le troisième Reich...
L'autre s'écroulait aux pieds de son justicier et je reste persuadé que Sergeï reprenait sa partition rien que pour lui, tout en l'immobilisant de sa botte énorme, attendant qu'un membre des Forces Spéciales ne vienne parachever le travail en l'égorgeant proprement.

Lorsque nous devions bivouaquer dans la neige en plein hiver russe, pendant des semaines parfois, Sergeï ne gardait sur le dos qu'une chemisette, insensible au froid et partait chasser le lapin ou le lièvre pour que notre unité ait quelque chose à se mettre sous la dent.

Il débusquait l'infortuné animal, s'en emparait à mains nues et lui brisait le cou aussi facilement qu'il le faisait lorsqu'il surprenait un soldat ennemi accroupi en pleine défécation.

Une autre fois, tandis que nous prenions d'assaut tout un régiment, je vis Sergeï se frayer un chemin dans la mêlée pour aller prêter main forte au premier violon qui se retrouvait dangereusement isolé près des latrines.
Il ne marqua qu'une petite pause, le temps d'emmancher un officier allemand avec sa contre basse qu'il avait décorée de trois couteaux de chasse fort aiguisés et ramena son camarade violoniste au sein de l'orchestre sain et sauf.
Ce jour-là, le général nazi fut épargné et nous lui jouâmes notre répertoire le plus mièvre jusqu'à ce qu'il se suicide avec son arme de service.
Comme je l'ai dit en préambule, la guerre est une véritable abomination...

J'eus l'insigne honneur de combattre aux côtés de Sergeï pendant trois années jalonnées d'aventures, belles et moins belles, et je lui dois même la vie.

C'était un matin de janvier que la mort me manqua de peu tandis que notre unité campait près d'un rapide, à l'abri de sapins croulant sous la neige.
Et contre toute attente, elle n'avait pas revêtu l'uniforme d'un soldat allemand...

Après une nuit généreusement irriguée par la vodka dont nous ne manquions jamais de garnir nos paquetages, je devisais tant bien que mal avec le tubiste des Forces Spéciales.
L'objet de notre joute oratoire ?
Un saumon pouvait-il oui ou non boire lui aussi de la vodka, pour peu qu'on lui prête main forte?

Je ne le pensais pas, alors que, d'une voix affreusement pâteuse, Sacha restait persuadé qu'avec un petit entonnoir, la chose était probablement possible.

"Vous n'avez qu'à essayer et pis c'est tout!" trancha Magdalena, l'une des infirmières qui nous prodiguait toutes sortes de soins en ces temps difficiles et qui pour l'heure s'activait à réchauffer le colonel Volodia Baisenski.

Bras dessus, bras dessous, Sacha et moi partîmes donc vers le cours d'eau, bien décidés à capturer un saumon pour lui faire vivre cette expérience inédite pour son espèce.
Avant de partir, tandis que l'aube grise nous donnait un air plus cadavérique que jamais, nous avions bricolé un petit entonnoir avec le bouchon d'une bouteille de vodka que nous vidions d'un trait pour l'occasion.

Et c'est à quatre pattes sur la berge, probablement plus alcoolisés que toute l'Ukraine et toute la Sainte Russie réunie, que nous tentions de surprendre l'hypothétique poisson.

J'imagine que je dus m'assoupir un moment car le grondement qui me fit vibrer des bottes à la chapka me déconcerta.

Me remettant tant bien que mal à quatre pattes, je tournai la tête et aperçus l'extraordinaire plantigrade, juste là, cinq mètres derrière nous et qui paraissait ne pas apprécier notre présence tandis qu'il venait pêcher son petit déjeuner.

Sacha, quant à lui, dormait paisiblement, rêvant, j'en suis sûr, à de majestueux navires voguant sur des mers de vodka, car ce petit lituanien espérait un jour rejoindre la marine marchande pour découvrir le monde et surtout, la fille qui l'attendait dans chaque port.
C'était tout du moins ce qu'il se plaisait à nous raconter lorsqu'autour d'un feu réconfortant, nous nous retrouvions après une journée bien remplie.

Je ne saurais jamais si au creux de son rêve, le pauvre bougre était à la barre d'un de ces navires ou bien s'il était tombé volontairement à la mer lorsque, de sa patte monstrueuse, l'ours s'en saisit et l'envoya se fracasser contre le tronc du sapin le plus proche.

En revanche, ce dont je suis sûr, c'est que Sacha n'émit pas le moindre son et resta jeté là, totalement démantibulé au pied de l'arbre indifférent pendant que l'ours grondait dans la direction de son cadavre, comme une explication post mortem.

Puis l'animal parut se souvenir qu'il restait encore un intrus à éliminer et il se mit à grogner dans ma direction, comme une explication ante mortem.

J'eus l'impression que toute la vodka que j'avais ingurgitée depuis le coucher du soleil venait d'entrer en fusion tant l'effroi s'emparait de moi.

En un bond prodigieux, je filai vers le tronc le plus proche, et retrouvant mes vingt ans, je bondissais de branches en branches, montant toujours plus haut sur cet arbre salutaire.

Perché à une douzaine de mètres, je marquai enfin une pause, me demandant si la branche suivante allait pouvoir supporter mes 90 kilos quand je jetai un œil en contrebas, vers l'ours qui paraissait m'observer.

Il me donna la sensation qu'il était choqué par mon geste, par l'insolence d'un être aussi chétif et qui retrouvant par miracle les aptitudes arboricoles de ses lointains ancêtres, allait se mettre à l'abri tout là-haut d'où il pourrait même le narguer, lui, le super prédateur, roi de sa forêt.

Nos regards se croisèrent l'espace d'une seconde et ce fut dans ce laps de temps que tout mon univers s'illumina d'une flamboyante révélation :
Les ours savent grimper aux arbres !

Je peux attester que la télépathie inter espèces existe bel et bien car mon super prédateur choisit cet instant pour s'élancer de toute sa masse et entreprendre l'ascension de mon arbre salutaire, confirmant ainsi le pire.

Vous expliquez ce que je ressentais voyant cette chose monter vers moi à toute vitesse est pure utopie car terreur et émerveillement devant une telle force de la nature me paralysaient purement et simplement.

L'ours progressait sans peine, insensible aux branches primaires comme secondaires, les brisant sur son passage comme s'il s'agissait de simples brindilles.

Et moi, à quelques mètres, prenant conscience que j'avais laissé mon arme et mon trombone au campement, je n'osai ni grimper plus haut, ni sauter d'une telle hauteur.

Pourtant, le plantigrade stoppa sa grimpette comprenant lui aussi que l'arbre allait probablement casser sous son poids.

Peut-être pesait-il le pour et le contre dans sa cervelle primitive ?

Le temps se suspendit et je crus que j'allai littéralement pisser de peur sur l'ours, affront ultime qui l'aurait à coups sûrs décider de risquer le tout pour le tout.

Je vis dans ses prunelles flamboyantes qu'il avait pris une décision et qu'il se préparait à poursuivre son effort, quand montèrent d'en bas les premières notes de la Truite de Schubert exécutées sur ce que je reconnus être une contrebasse.

Je risquai un coup d'œil vers la terre et quelle ne fut pas ma stupéfaction d'apercevoir Sergeï Malalarate au bord de la rivière, instrument en main.

Le temps poursuivit sa pause, moments irréels où l'ours ne bougea plus un poil et écouta ces étranges sons qu'il n'avait jamais entendus de sa vie.

Il tourna la tête, considéra Sergeï et huma l'air pour avoir confirmation qu'un autre animal de taille s'était joint à nous.

Cette fois-ci, sa cervelle primitive ne pesa ni le pour, ni le contre, car le bestiau se laissa tout simplement glisser le long du tronc, finissant de casser les branches primaires comme secondaires qu'il avait épargnées à l'allée.

J'interprétais sa réaction comme la manifestation d'une noire colère, d'une rage insondable et je comprenais non sans soulagement qu'il préférait aller en découdre avec cet autre ennemi qui le ressentait-il, j'en suis sûr, l'appelait au défi, à la confrontation ultime.

A peine ses quatre pattes sur la neige, l'ours fonça droit vers mon camarade, gueule ouverte dans un grognement qui me donne encore aujourd'hui la chair de poule.

Impassible, et même un demi-sourire aux lèvres me sembla-t-il, Sergeï ne bougea pas, n'interrompit même pas sa Truite de Schubert et regardait ce titan des neiges venir vers lui à pleine vitesse, tout croc dehors.

La distance fondit en quelques secondes et quand je vis l'ours fournir son dernier effort en un bond prodigieux, Sergeï empoigna sa contre basse à deux mains et poussa son cri de guerre :

"Par le zob de Raspoutine!"

Et d'un coup d'épaule, il enfila littéralement le manche dans la gueule béante du monstre comme on range une épée dans son fourreau.

L'animal fut stoppé net, le choc absolument titanesque, mais Sergeï ne bougea pas d'un pouce, solidement campé sur ses deux pieds nus ancrés dans la neige.

Un frisson parcourut la fourrure brune et la demi tonne de muscles s'effondra aux pieds de mon ami qui m'adressait le sourire le plus carnassier qu'il m'eut été donné de voir.

Une fois redescendu, j'eus le fin mot de l'histoire.

Sergeï s'était réveillé avec une forte envie d'uriner.
Bien sûr, il aurait pu le faire n'importe où autour de notre campement.
Mais comme nous étions en amont d'une position allemande, il avait jugé bon de pisser dans l'eau qu'un soldat ennemi allait peut-être boire au réveil, ce qui serait un petit supplément à la déroute que nous infligions aux suppôts d'Hitler.

Il était arrivé sur les lieux lorsque Sacha avait connu cette fin si brutale et sidéré, il avait assisté à mon ascension peu glorieuse vers le fait de cet arbre immense.

Voyant que l'ours se lançait à mes trousses, il était retourné chercher sa contrebasse pour attirer l'animal et lui porter le coup de grâce, me sauvant du même coup la vie.

Nous dépeçâmes l'infortuné mastodonte, et de son épaisse fourrure, nous nous confectionnâmes de chaudes capes qui nous réchaufferaient jusqu'au jour funeste.

Car oui, même si Sergeï Malalarate paraissait invincible, bravant n'importe quel ennemi, défiant la mort dès qu'il le pouvait, le 21 juin 1944 la tragédie nous frappa de plein fouet.
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La Lapine Cornue
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Féminin Balance Messages : 4802
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Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Re: Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie   Jeu 2 Avr - 16:00

Explication sur l'auteur ? Tu veux dire, ce texte n'est pas de toi ? Ô__o

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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jeanfr



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MessageSujet: Re: Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie   Jeu 2 Avr - 21:42

Coucou,

Si, si, j'avoue commetre ces attentats littéraires...
Mais ils sont en réalité des extraits d'une bibliographie qu'un perso totalement fictif que j'ai inventé aurait écrits.
Il s'agit de Vladimir Lavaseline qui est déjà mort d'(ailleurs lol
Et pour plus d'infos, je t'invite à découvrir sa biographie que j'ai également commise...
Pardon...
Amicalement,
Jef
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MessageSujet: Re: Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie   

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Plus mortelle qu'une balle allemande, 1ere partie
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