Encre Nocturne
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 Madame Fu

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AuteurMessage
jeanfr



Masculin Lion Messages : 7
Date d'inscription : 17/03/2015

MessageSujet: Madame Fu   Mar 17 Mar 2015 - 23:59

Pour plus d'informations sur l'auteur :
http://vladlavaseline.com/qui-est-vladimir-lavaseline-3/

"Non, te dis-je, ça ne sert à rien, je n'ai jamais de chance de toute façon, ça serait foutre mon argent en l'air..."

Et sur ces mots, le Davi reposa sa tasse de café sur le formica de la petite table de bistrot dans un claquement des plus sentencieux.

"Tu devrais la provoquer au lieu d'être aussi défaitiste !", répondit celui que l'on appelait Pyj car il portait en toute saison ce qu'il appelait son pyjama de jour avec lequel il sortait en ville.

Et pourtant tout le monde savait bien que la chance ne souriait jamais au pauvre Davi...

Non pas qu'il soit une mauvaise personne qui n'attirait que le mauvais œil et l'antipathie.
Bien au contraire ! C'était un homme de ceux dont le cœur est fait de ce bon pain qui rassasie les âmes qui pouvaient croiser son chemin.
Mais comme bien trop souvent, le sort, le destin ou ce qu'on pourrait appeler la vaselinisation céleste s'acharnait à renvoyer dans les cordes de la vie cette jolie personne, toujours gaie et prête à venir en aide à quiconque sollicitait ses services.

Résolu à ne jamais jouer à la loterie, le Davi refusait une fois de plus d'acheter un de ces billets qui pouvait faire gagner des millions pour la modique somme de quelques euros.
Pyj, comme le reste de la bande d'ailleurs, ne manquait jamais de tenter sa chance et brandissait sous les yeux de son ami le prometteur sésame pour une vie meilleure, pleine de perspectives alléchantes.

"Tout le quartier joue, alors je ne vois pas pourquoi tu t'obstines.... Même Monsieur Bernard! Celui qui n'a plus qu'un bras et deux cancers! Il ne se laisse pas démoraliser et il essaie de décrocher le gros lot!"

"Je m'obstine pour la simple raison que je gagne une misère dans ce satané garage, que j'ai des crédits par-dessus la tête et que je n'ai pas envie de perdre le peu qui me reste, un point c'est tout".

L'autre haussa les épaules et jetant un œil à sa montre conclut :

"En parlant de ça, il est l'heure d'aller gagner le peu dont tu parles, il est temps qu'on y aille, cet enfoiré de Don Misericordio doit nous attendre dans son uniforme tout propre."

Et l'harassante journée de travail et de soumissions en tout genre dévora ces deux là, comme elle dévore tous les autres, entre ses mâchoires indifférentes aux joies, aux espoirs et aux rêves...

Ce fut le lendemain midi, jour de congé, que quelque chose d'étrange arriva dans la vie du Davi.

La veille au soir, il avait rejoint la bande pour aller écumer les bars du coin et il était rentré bien tard dans son petit appartement.
A peine la porte franchie, il avait jeté ses vêtements à même le sol et plongeait âme la première dans un sommeil sans rêves, dans quelque chose qui ressemblait davantage à une anesthésie qu'à un sommeil réparateur.

C'est en se dirigeant vers la cuisine qu'il découvrit le billet de loterie, glissé sous la porte.

L'esprit encore embrumé, le Davi se saisit de la chose et remarqua que le billet portait le numéro 377112, c'est-à-dire qu'il se terminait par ses année et mois de naissance.
Interdit, il resta un moment planté là, billet en main, en se demandant comment diable le ticket avait pu atterrir chez lui alors qu'il ne s'adonnait jamais aux jeux de hasard.
Peut-être un tour que lui jouaient Pyj et les autres ? Ceux-là connaissaient forcément sa date de naissance et avaient tenté la fameuse chance à sa place ?
Un cadeau donc...

Sourire aux lèvres, il rangea l'intriguant billet dans son blouson et se promit de ne pas oublier de les remercier tout à l'heure car rendez-vous avait été pris à 15 heures pour ce qu'ils appelaient le petit déjeuner du chômeur.

En tout cas, se dit-il, c'était là une touchante attention et il remercia la vie de lui avoir accordé ce petit privilège que d'être accompagné sur les chemins de l'existence par une petite troupe bienveillante.

Et en effet, tout le monde était là, fidèle au poste, qui un café en main, qui une bière, éparpillé un peu partout dans le patio de la maison de Cecilia Levretti, la seule du groupe qui pouvait se targuer de ne pas habiter dans un appartement.
La conversation allait bon train sur le sujet du jour :
Cristobal allait-il contre toute attente vaincre sa timidité légendaire pour enfin oser aborder la fille de son patron, une rousse atomisante qui chaque fois qu'elle bougeait ou ouvrait la bouche noyait l'endroit dans un nuage de phérormones corrosives.

"Si je décroche le rendez-vous, disait-il tout en considérant la tranche de jambon qu'il tenait en main, je décrocherais le plus gros lot de toute ma vie !"

"Ah, au fait, coupa le Davi tout en plongeant la main dans sa poche. Je voulais vous remercier pour ceci!"

Et il exhiba le billet de loterie aux vues de tous.

Les autres le dévisagèrent un moment car il semblait prendre de court le groupe tout entier.

Le Davi leur raconta donc sa petite découverte du matin et acheva sa démonstration en leur expliquant que ce billet de loterie n'avait pu être acheté que par quelqu'un qui connaissait sa date de naissance, donc...

Tous nièrent.

Nicolaï alla jusqu'à argumenter que personne n'irait offrir un billet de loterie à quelqu'un qui ne veut pas avoir de chance...

Puis Pyj s'approcha, prit le ticket des mains de son ami et déclara d'un air docte :

"Coco, ceci est un tirage aléatoire. On ne choisi pas le numéro marqué, c'est le type qui passe et qui les détache au fur et à mesure de ses clients. Donc, désolé de te décevoir, mais personne ici ne t'a offert ceci".

Et il lui rendit le bout de papier en lui claquant l'épaule.

"Mais rien ne nous empêche de vérifier! Le tirage a eu lieu à midi, donc... Si ça se trouve tu es millionnaire à l'heure qu'il est!"

Les autres approuvèrent et on apporta le petit poste de radio qu'on alluma en attendant le bulletin d'informations de 16 heures.

Et bien entendu, le speakeur finit par prendre la parole à l'heure dite pour annoncer que le monde allait toujours aussi mal, et que si on savait écouter entre les nouvelles, on aurait beaucoup de chance de survivre une année de plus sur cette planète devenue folle.

"Pour conclure, le tirage du samedi récompense le 844112".

"Raté! Vous comprenez pourquoi je ne joue jamais?"

Pyj tendit la main, un sourire pointant à la commissure des lèvres qu'il avait fines comme celles d'un poisson.

"Refais voir ton billet."

Il s'empara du ticket que lui tendait son ami et après une seconde où toute la bande semblait retenir son souffle, Pyj brandit le billet bien haut au-dessus de sa tête.

"Les amis, je vous annonce que le vent vient de tourner pour notre Davi!"

L'interpelé secoua vigoureusement la tête.

"J'ai le 377 quelque chose et le numéro gagnant est tombé dans les 800 quelque chose. Donc, je l'ai où tout le monde pense tout le temps..."

"Non! Non! Tu as la terminaison! Le 112 !"

Tous les autres se levèrent comme un seul homme et entourèrent les deux compères.

"Et alors?" demanda le Davi qui, ne jouant jamais n'y connaissait rien en loterie.

"Ceci signifie que tu as gagné quelque chose!!! Pas le gros lot bien sûr, mais quelque chose quand même! Et pas qu'un peu mon neveu!"

Le Grand Gilles s'approcha et déposa sur la joue du Davi une bise mouillée de bière.

"Allons au tabac du coin voir combien tu as gagné!"

Le buraliste se retourna vers les deux gaillards qui se tenaient de l'autre côté de sa caisse enregistreuse et déclara :

"Mille cent cinquante trois euros et trente cinq centimes monsieur..."

La bourrade que le Grand Gilles donna alors à son compagnon manqua d'expédié ce dernier dans les bras du buraliste, de l'autre côté de la fameuse caisse enregistreuse.

"Eh ben dites donc mon cochon ! Pour quelqu'un qui n'a pas de chance !"

Tout le monde s'était rassemblé autour de la plus grande table de l’habituel bistrot et considérait religieusement les mille cent cinquante trois euros et trente cinq centimes qu'on avait remis à Davi en échange de son billet de loterie.
L'argent était étalé là, en un petit océan de billets que surplombaient de petites montagnes de pièces et qui représentaient presque tout un salaire chèrement gagné au garage de celui qu'ils appelaient Don Misericordio tant il était connu pour son impitoyable gestion du personnel.

"Je vais le partager avec vous, déclara Davi. Vu que c'est vous qui m'avez offert ce billet de loterie, la moindre des choses est qu'on se partage cet argent."

Ses amis protestèrent avec force.

"Si on te dit que personne ne t'a rien offert!"

Et tous se mirent à jurer sur ce qu'ils avaient de plus cher:
Le Grand Gilles sur sa mère, Cecilia sur sa maison.
Pour attester de sa bonne fois, Cristobal alla même jurer sur la fille de son patron...

"Tu sais mon Davi, déclara Aurélien, le chauve du groupe, parfois ils offrent des tickets comme ça pour inciter les gens à s'abonner. Ils passent chez eux et glissent un billet sous la porte ou dans la boîte aux lettres. Vu que personne ici ne te l'a offert, c'est tout bêtement la chance qui t'a souri de toutes ses dents."

Finalement, Davi se laissa convaincre par l'argument massue mais décida malgré tout de partager le butin avec ses amis.

"Ok, je vous crois. Mais vous ne pourrez pas m'empêcher de vous inviter tous à une virée de tous les diables pas plus tard que ce soir. J'ai tellement peu l'occasion de vous offrir un restaurant..."

Et ce fut effectivement une virée où tous ces jeunes diables se joignirent en une farandole mémorable.

Après avoir dévoré un véritable festin dans l'un des restaurants les plus huppés de la ville, ils poursuivirent dans quelques bars et tavernes enfumées leur joyeux périple.

Ce fut d'ailleurs au sortir de l'une d'elles et avant d'entrer dans une autre que Cristobal sentit son diable déployer ses ailes pour les lui offrir le temps d'une seconde insensée. Seconde purement diabolique où il prit la décision d'appeler l'objet de ses obsessions diurnes comme nocturne...
A sa plus grande stupéfaction, la chance lui sourit à son tour car il décrocha le gros lot de sa vie comme il se plaisait à le dire. La fille de son patron accepta l'invitation et se joignit à la fête, les accompagnant jusqu'au petit matin.

Ivre morte, dans une aube naissante, la joyeuse bande remontait la rue principale lorsque Davi tira de sa poche l'unique euro survivant à cette nuit de débauche.

Un clochard dormait là, à même le sol, et le jeune homme laissa tomber la pièce au creux de la main crasseuse à moitié tendue vers une hypothétique providence.

"Voilà! Tout est bien dépensé!"

Davi passa tout le dimanche à cuver et ce furent des coups redoublés à sa porte qui finirent de le tirer de son semi coma éthylique.

Prenant les commandes d'un navire incertain, il se dressa sur son lit, prit quelques secondes pour accommoder et finit par se lever non sans dangers.
La chambre tournait follement tandis que son visiteur paraissait s'impatienter de l'autre côté du panneau de bois qu'il martelait de plus belle.

Le Davi parvint à se stabiliser et à se diriger tant bien que mal vers l'entrée de son appartement et ouvrit sur madame Fu, la petite vieille qui vivait au-dessus de chez lui.
Minuscule, elle se tenait là, tendant vers lui son visage fripé où brillaient ses petits yeux pleins de gentillesse.
Car madame Fu était elle aussi une femme au cœur de pain qui ne manquait jamais de venir offrir à son voisin les petits plats qu'elle mijotait dans sa cuisine de veuve.

"Vous trop maigre! Alors vous goûter, vous manger !"

Et chaque fois le Davi se régalait.

Lorsqu'il lui arrivait de devoir s'absenter pour plusieurs jours, le Davi montait et demandait à madame Fu si elle pouvait s'occuper de ses plantes et relever son courrier.

Immanquablement, à son retour, il trouvait son appartement lustré du sol au plafond car madame Fu ne savait pas faire autrement que de faire plaisir.
Et s'il y avait bien quelqu'un à qui le Davi ne voudrait jamais faire de mal, ni mentir, ni quoi que se soit de toutes ces méchantes choses, c'était bien à sa vieille voisine du dessus.

"Vous avoir fait la fête! Vous encore alcoolisé..."

Le jeune homme préféra répondre d'un sourire plutôt que de risquer d'ouvrir la bouche et de lâcher une haleine méphitique qui aurait eu raison de la frêle madame Fu.

"Moi désolée de déranger vous, mais moi avoir un petit problème, commença-t-elle. Moi abonnée à distribution du billet de loterie à domicile. Vendeur de loterie se tromper d'étage et vendeur de loterie dire à moi que glisser billet sous porte à vous..."


Dernière édition par jeanfr le Jeu 19 Mar 2015 - 12:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Madame Fu   Mer 18 Mar 2015 - 15:08

HA !!

Je le sentais venir !

Je me disais aussi que ce se serait terminé trop bien, que la chute n'allait pas tarder... Et puis le numéro du billet, tout ça, beaucoup de coïncidences que tu as finalement pris à contre-pied :-p
Niveau fond donc, rien à dire, pas trop mon genre d'histoire d'habitude, mais original et bien rendu ^_^
Niveau forme, un bon style, quelques formulations perso et des phrases claires qui rendent la lecture fluide et rapide. Et un bon point pour la description de la "rousse atomisante" :rire:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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jeanfr



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MessageSujet: Gracias   Jeu 19 Mar 2015 - 13:03

Salut,

Merci pour ton commentaire encourageant.

Et le pire est que c'est une histoire véridique!
Je l'ai adaptée pour le site de Vladimir mais à la base c'est réellement arrivé à l'ex de ma sœur...
C'est terrible mais j'ai trouvé ça tellement drôle que j'en ai fait une petite nouvelle.
Amicalement,
jef
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Magostera

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MessageSujet: Re: Madame Fu   Ven 20 Mar 2015 - 8:50

Cette histoire est bien drôle, moi aussi je me demandais un petit peu pourquoi les choses semblaient si bien se passer pour lui. Niveau écriture c'est agréable et et j'aime beaucoup certaines formulations, comme la fameuse rousse et son "nuage de phéromones corrosif" :p ( petite faute dans ton texte au passage parce que tu l'a écrit "phérormones" )

"Après avoir lu la réponse faite à Cornedor"

Oh le manque de chance ! affraid Des trucs comme ça sont digne de VDM. Mais mieux vaut en rire !

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Even in the deepest madness, Lancelot of the Lake stay the unrivaled Knight of Honor.
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MessageSujet: Re: Madame Fu   

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Madame Fu
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