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 Nouvelle de Guilah - Alphonse [-12] [C]

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Guilah

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Féminin Scorpion Messages : 8
Date d'inscription : 06/04/2015

MessageSujet: Nouvelle de Guilah - Alphonse [-12] [C]   Lun 6 Avr - 18:01

Alors un vieux truc vain que j'ai montré partout déjà je pense mais Emanon l'aime bien et moi aussi alors du coup je vous le montre, enjoy !!!

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          Quelle est donc cette douce mélodie ? Un râle rauque, la symphonie des os cassés, non, celle des os qu'on brise ,un ensemble de craquements secs et douloureux comme lorsqu'on marche pieds nus sur des coquilles de noix vides. Ce son ,ces percussions régulières se mêlaient aux cris, au doux chant de la chair qui vole sous la direction de longs fouets de cuir tressé, les chaînes qui tintinnabulent, les cris qui s'élèvent comme des chants d'église. Aelde aimait son poste, il aimait se promener dans les cachots. Les plus bas, ceux du huitième sous-sol, ceux qui servent à garder les petits voleurs des rues, ceux où la torture et les exécutions ne sont pas nécessaires puisque les gosses se filent la pneumonie et la rougeole entre eux et qu'ils crèvent avant la fin de leur peine; parfois, lorsqu'on arrive là le matin, ils sont tous morts. Décidément Aelde adore son job. La prime au nombre de morts dégagés était la plus belle invention du siècle. Le bruit sourd des corps tombant  dans sa charrette sonnait comme une pluie de pièces d'or. Et le garde, oh le garde, il serait même allé jusqu'à pelleter de la merde pour avoir l'occasion de le voir tous les jours. Un jour il l'aurait !Il se le ferait. Un jour.  
       Alphonse se réveilla sur ses belles pensées, chassant Aelde, le cloîtrant à nouveau aux tréfonds de son esprit, bien au chaud, caché dans ses rêves si particuliers.
 Il se frotta les yeux, se leva, enfila ses pantoufles rappées et d'un pas traînant nourrit son poisson rouge très sobrement nommé Pustule tout en se dirigeant vers la salle de bain. Il regarda son reflet, sa peau trop pâle, ses traits tirés ; le pauvre, il se trouvait sec, trop maigre. Gros c'est dégueulasse mais trop fin c'est pas appétissant. Il cligna des yeux, lava sa sale tronche et partit faire son sandwich pour midi avant de s'habiller.
          Il passa par la porte de derrière, après un tour dans son réduit pour prendre son chariot il se rendit dans les petites salles du musée qu'il n'avait pas eu le temps de nettoyer la veille. C'était pas un truc immense dans le genre «Louvre» mais quand on est seul pour faire le ménage, dix-huit salles c'est largement suffisant. Il sifflait, parce qu'un homme de ménage qui perd ses cheveux, ça siffle en passant la serpillière. Il étalait l'eau savonneuse sur le carrelage gris. Lucien, le beau Lucien, le jeune gardien entra dans son uniforme bleu marine, souriant de sa jolie bouche pleine de quenottes blanches. Alphonse se sentait moche tout d'un coup, enfin, encore plus moche que d'habitude, vieux, sa peau était trop fine, trop fripée, trop rougie au niveau des mains, ses doigts étaient trop longs, trop sinueux, largement pas assez doux comparés à la jolie peau rosée de ce brave Lucien, à son teint un peu poudré (ou du moins c'était l'impression qu'on avait). Sa  légère calvitie lui semblait soudain être un gouffre capillaire. Il devait avoir à tout casser cinq ans de plus que le gardien de jour mais il sentait son visage tellement marqué que c'était sûr si on les voyait ensemble on le prendrait sûrement pour son père . Bon sang il pensait comme une pucelle de treize ans, c'était immonde. Ils échangèrent une brève discussion banale après laquelle son collègue partit. Il le regarda tourner les talons et plissa les yeux pour mieux apprécier la courbe de son adorable fessier. C'est étrange mais il lui semblait presque que la chair tendre sous la toile lui souriait. Il se ressaisit et se remit à astiquer le sol avec une sorte de maniaquerie de vieux con qui veut faire croire qu'il aime son travail ingrat. Une fois ses salles propres, il restait bien vingt minutes pour que le sol de cette petite baraque coincée entre deux immeubles ne sèche. Les touristes arrivaient en petit nombre vers neuf heures et demi, le temps de prendre leur petit déjeuner et d'attendre que les files d'attente aux guichets des musées plus grands, plus réputés, plus intéressants, se soient dégonflés. Le soir aussi il y avait du monde, c'était histoire de finir la journée tranquillement ; en plein jour il n'y avait que les scolaires avec leurs chaussures pleines de boue et de crotte de chien et leurs marmots qui braillent et leurs gamines qui s'extasiaient devant la collection de robes de théâtre du XIX° qu'elles ne mettront jamais et dont le cerveau, atrophié par une existence encore trop courte et déjà tellement remplie de conneries, ne saisira jamais la beauté du travail du point. Alphonse restait perplexe devant le spectacle affligeant qu'offrait la nouvelle génération à ses petits yeux marrons enfoncés dans leurs orbites par les heures qu'il passait à dormir sans fermer les yeux. Il avait tenté d'écrire ses rêves mais il s'était lassé de son propre style d'écriture et aussi de l'écriture elle-même, lire c'était mieux mais comme il ne pouvait pas lire ses propres rêves, il fixait, parfois toute une nuit, le cadrant silencieux de la vieille pendule bleue en forme de théière qui trônait dans sa cuisine, elle était arrêtée depuis longtemps, depuis toujours même puisqu'après l'avoir acheté il avait eu la flemme d'y mettre des piles. Cette pendule, c'était sa porte magique, son miroir des songes en plâtre entouré de tournesols en plastique, il la regardait, son regard se floutait, il la contemplait des heures sans la voir ; cet objet seul lui faisait cet effet, peut-être parce que sa laideur joyeuse et inutile, sa banalité crasse le distinguait des autres choses, peut-être aussi parce que c'était le seul truc qui était accroché au mur, à hauteur de regard dans son appartement. La guichetière entra. C'était une petite blonde extravagante, toujours vêtue de rose, qui marchait à petits pas en faisant claquer ses talonnettes, c'était un personnage idiot mais sympathique, toujours couvert de nœuds, elle avait, parait-il, délaissé ses rêves de comédienne par amour pour le musée. Alphonse n'était pas dupe, aucun directeur de casting n'aurait été con au point de prendre quelqu'un avec une voix aussi désagréable dans une pièce ou un film, même si elle était plutôt jolie. D'ailleurs, elle s'étonnait du fait que personne ne veuille vivre avec elle, c'était la seule à s'étonner ; même le bichon frisé de la pauvre fille semblait ne venir vers elle quand elle l'appelait que pour qu'elle arrête de faire retentir sa petite voix acide qui lui sortait par le nez. Pour en revenir aux nœuds, elle en avait partout, des roses, qui lui servaient de collier, qui lui tenaient les cheveux, qui ornaient ses cardigans, c'était un monticule, une armée, une orgie de nœuds dans tous les sens. Elle posa son derrière sur sa chaise à roulette et se mit à préparer la caisse. Si personne ne venait d'ici dix minutes, Al' irait nettoyer la vitrine de la salle 12, y'avait des traces de doigts dessus.
Midi sonna, Lucien était sorti déjeuner avec son ex-femme, Juliette « à la voix qui grince » mangeait sa petite salade dans sa petite barquette sur son petit bureau au milieu de ses petits nœuds. Alphonse quant à lui se rendit comme toujours avec son sandwich dans la ruelle derrière le musée d'où, assis sur une benne à ordure, il regardait le mur de briques face à lui ; un pigeon roux se posa à côté de lui, il le connaissait, il lui donnait à manger tous les jours, il lui balança un bout de pain et de salade, le volatile se mit à les picorer sagement. L'homme de ménage finit son repas.
Vers dix-huit heures, il fut convoqué dans le bureau de la directrice du musée, Henriette Plimoulin qui avait hérité du bâtiment par son grand père paternel Hubert Plimoulin. Elle était engoncée dans un tailleur trop chic pour elle, assise sur son bureau, elle lui demanda de fermer la porte à clef, ce qu'il fit sans poser de questions. Bon sang, la pauvre fille. Alphonse la plaignait la brave Henriette, avec ses cheveux gras, sa peau luisante, pleine de boutons, tendue sur ses os comme une bâche sur une Twingo et son superbe strabisme divergeant. Il avait presque envie de coucher avec elle tiens ! Histoire de compléter le tableau de demi-ratée qu'il avait devant les yeux. Cette vierge de quarante-deux ans avait un bel appartement, bien situé mais infesté de cafards, une voiture allemande, la moins chère du marché, elle était maigre comme un mannequin mais moche comme un vieux bout de bitume. C'était de ces êtres sans intelligence qui réussissent à l'école grâce à une bonne mémoire et un embryon de sens logique ; c'était une pure scientifique. Elle servait de faire-valoir à une grosse comptable de l'immeuble d'en face qui, même si elle pouvait paraître jolie avec ses couches de peinture sur la gueule, était loin d'être aussi belle que le pigeon roux du midi. Mais bon, il faut avouer que pour un beau pigeon c'était un beau pigeon.
Finalement, Henriette n'était pas allée jusqu'au bout de son plan douteux, dommage. Non seulement Alphonse rentrerait seul mais en plus il avait loupé le juste-prix. Il aimait bien cette émission ; à vrai dire, les dégénérés c'était son dada. Il aurait dû travailler dans un centre d'aide aux handicapés mentaux, il se serait sûrement bien amusé, enfin, il n'aurait pas eu l'occasion de fantasmer sur ce brave Lucien et ça aurait été vraiment dommage. Il se coucha, s'endormit.
  Aelde, de retour, en train de charrier une brouette d'enfants morts. Et cent pièces d'or, cent ! A ce train-là il serait riche. Son rêve dévia de la route habituelle, sûrement parce que la journée avait été encore plus longue et banale que d'ordinaire. Aelde était riche et de plus en plus beau avec ses longs cheveux noirs et ses grandes pupilles rouges qui crient « Je suis un méchant de roman fantastique-médiéval pour ados attardés ». Il n'y avait pas d'histoire concrète cette fois-ci, juste une succession de scènes sans rapport les unes avec les autres. Aelde se roulait dans des tas d'or, il faisait des gâteries au gardien, il mangeait de la choucroute, il sautait la reine des trolls et pour finir il atterrissait dans une prison sur le plateau du juste-prix avec Vincent Lagaffe qui tournait en voiture à pédale autour de la cage où il se trouvait et le public composé de pigeons roux braillait des chansons paillardes en Allemand tout en quémandant du pain de mie.
   Alphonse se réveilla, il vomit, prit sa douche, nourrit Pustule le poisson rouge, s'habilla et partit au travail. Aujourd'hui il allait donner un nom au pigeon.
Lucien lui présenta son frère jumeau, Eric, le même en plus musclé. Alphonse le salua, finit de nettoyer les fenêtres et s'installa à côté de Juliette pour l'écouter rabâcher ses malheurs d'apprentie actrice ratée de sa voix immonde. Un bref instant, alors qu'il n'y avait personne et que, secouée d'un sanglot, la guichetière avait fermé sa gueule, le visage d'Alphonse se fendit d'un sourire idiot. Il observait Lucien, son beau visage rond, encore un peu poupon, ses petites boucles châtains qui retombaient délicatement sur son front rose et frais, sa petite barbe négligée qui donnait du viril à son visage endormi. Un long filet de bave coulait au coin de ses lèvres charnues, il ronflait, le pauvre angelot devait avoir le rhume. Ses jolies mains, portant sur un des annulaire la marque d'une bague qu'il avait enlevé suite à son divorce récent, étaient croisées sur son adorable petit ventre mou et rebondi comme celui d'un ours en peluche. Le brave technicien de surface laissa son esprit vagabonder. Il imaginait Aelde vivant une amitié virile avec son beau garde, combattant des monstres, délivrant des princesses, les revendant à des marchands d'esclaves. Une amitié virile qui serait poussée jusqu'au soulagement mutuel des basses pulsions de l'autre lorsque le besoin s'en faisait sentir ; évidement le garde était toujours en dessous, faut pas déconner non plus.
La journée s'acheva, on était samedi, le samedi y'a pas le juste-prix à la télé. Alphonse se dit qu'il valait mieux qu'il sorte se payer un gigolo au lieuxde s'abrutir devant une énième rediffusion de vieux gags vidéos trouvé sur internet et présentés comme le must de l'humour 2.0. Il déboula donc, une fois propre et habillé convenablement, dans les quartiers mal famés de la ville. Il traîna un instant entre deux bars à putes, se demandant s'il allait se payer une fille ou s'il irait rue des manchons se faire un immigré Thaïlandais de quatorze ans. Une envie d'exotisme le saisit. D'autant plus que rue des manchons ils sont toujours très propres. Il s'installa dans le bar.
Alors Al' aujourd'hui ça sera quoi ?
Un lait de coco.
Le barman le fit venir derrière le comptoir et le fit descendre par une trappe. Alphonse connaissait la bâtisse par cœur, d'ailleurs avant d'être un bordel ç'avait été le café de ses parents, à leur mort, sa sœur l'avait loué et voilà. Il arriva dans une sorte de salon couvert de tapis du sol au plafond. Un bordel, certes, mais un bordel de luxe. C'était vachement bien décoré. Alphonse était reçu comme le patron, on fit mettre en ligne la trentaine de gosses devant lui et il les observa. Il y avait de tout, de quatre à vingt-cinq ans ; dans sa tête, il écarta d'office les plus jeunes, pédéraste oui, pédophile non. Ce n'était pas son genre, mais pour leur faire peur il faisait mine de s'y intéresser, une fois y'en avait même un qui s'était fait dessus, c'était plutôt marrant. Les anciens savaient que ce n'était que du cirque, les nouveaux ne marchaient pas, ils courraient. Avant même d'entrer dans le bar, Alphonse avait déjà fait son choix, comme toujours ce serait Jun, son petit Jun. Un brave gosse, doux comme la brise, un adorable petit panda venu tout droit de Chine. Dix-neuf ans, le patron ne le gardait que pour lui faire plaisir, si Al' n'avait pas été là il serait parti aux ateliers depuis longtemps pour la simple et bonne raison qu'il ne se laissait pas faire par les clients. Il annonça son choix, on le conduisit dans la chambre de son protégé sous le regard soulagé des gosses plantés en rang d'oignon sur les tapis persans.
 Étrangement, quand Alphonse allait aux putes c'était toujours le même système. D'abord les filles, puis en fait non et enfin il venait voir son petit chinois. Il ne couchait pas avec, quel intérêt de payer pour faire l'amour quand on peut se masturber gratuitement. Il parlait avec lui, longuement, il l'avait aidé à apprendre en Français, d'autres termes que ceux relatifs à sa profession, comme ça s'il s'enfuyait un jour il pourrait se fondre dans la masse. Il lui racontait ses rêves, la vie de son poisson rouge, les films qu'il avait vu ; le gamin buvait ses paroles et prenait même parfois des notes. Une fois ils s'étaient embrassé, ç'avait été bien. Il le refaisait de temps en temps, ça plaisait à Jun. Apparemment il était tombé amoureux de ce brave Alphonse, il lui faisait des cadeaux, des câlins, le regardait avec admiration alors que l'autre ne venait qu'avec ses histoires et ne payait même pas puisqu'en temps que copropriétaire du bâtiment il pouvait aisément faire descendre les flics ici et tout arrêter ; le patron lui faisait donc tout gratuit. Un jour Alphonse s'était dit que si Jun était si gentil avec lui c'est parce que les putes ça sent le pouvoir et qu'il avait senti qu'il avait du pouvoir sur son Mac. Pendant six mois il n'était plus venu, Jun avait apparemment essayé de se pendre. Depuis Alphonse revenait une fois par semaine, parfois le samedi, parfois le dimanche, toujours le week-end. Il se disait que si déjà ce brave gosse avait une vie de merde, ce n'était pas la peine en plus de le laisser tout seul. Cette nuit-là, ce fut spécial ; Alphonse resta dormir avec Jun, c'était son anniversaire. Malheureusement, toujours rien de scabreux à l'horizon, le petit immigré clandestin n'avait pas fait d'avances à son Pigmalion, au grand dam de celui-ci. C'est qu'il était de plus en plus mignon le salaud. Alphonse lui accorda quelques baisers, deux-trois caresses, des sourires, des câlins. Son joli petit Jun ne manqua pas d'affection ce jour-là. Il ne voulait plus le laisser partir, il le retint, criant, pleurant, se roulant à ses pieds, c'était déchirant... C'était ridicule. Pour bousculer un peu ses habitudes, le presque-quadra dégarni promit de revenir le soir même. Le jeune homme se calma et retourna dans sa chambre avant qu'un des gorilles du patron ne lui colle une rouste.
     Au musée ce dimanche-là, Alphonse était de bonne humeur : il avait trouvé un nom pour le pigeon. Il aurait dû lui donner la veille mais il n'avait pas eu d'idée satisfaisante. A midi, il observa la bête avec une tête de ménagère devant un rayon de fromages de Normandie. Il analysait, observait le volatile histoire de voir si le nom qu'il allait lui donner correspondait bien à son physique et à son caractère. Après dix minutes d'intense réflexion il décréta intérieurement qu'il se faisait royalement chier en regardant cette pauvre chose des villes. Le nom auquel il avait pensé lui irait donc parfaitement.

-Toi ! Saleté de bestiole... Ton nom sera Lampadaire !

      Le pigeon battit des ailes, surpris, et, sûrement par peur de se prendre une conserve vide dans la tronche, s'envola sans demander son reste. Alphonse prit ça comme une approbation, il finit son sandwich, se leva,  et partit passer la serpillière dans la salle 5.
     C'était le 31 aujourd'hui, on était en Octobre, Alphonse ouvrait ,comme tout les 31 sauf en Février, sa lettre, il recevait de l'argent de l'état. Autisme léger apparemment. Bah après tout, s'ils ont du fric à dépenser c'est leur problème. Alphonse s'en battait l’œuf avec un pic à fondue. Il restait moins attardé que la plupart des gens « normaux », et lui, il avait un prostitué chinois de vingt ans, beau comme le jour, qui lui collait aux fesses et un collègue divorcé qu'il pouvait mater comme bon lui semblait. Franchement que demande le peuple ?
     Ce soir-là il avait rendez-vous avec Henriette. Il n'avait pas osé lui dire qu'il était gay, sûrement pour pas casser son bel enthousiasme d'ado attardée ,ou alors parce qu'il ne parlait qu'au pigeon, au barman de la rue des manchons et à Jun. Il lui paya un repas dans un resto miteux, ils partagèrent l'addition, elle le ramena chez elle.
        Assis sur le canapé du salon d'Henriette, Alphonse regardait autour de lui. Il n'avait jamais rien vu d'aussi moche. Dans sa tête, les meubles ikéa hideux, les blattes qui courraient dans les coins et les tableaux de la famille Plimoulin se transformèrent en une espèce de grotte vague. Il mettait du flou dans ses yeux, louchait un peu pour que les formes se confondent et qu'il n'ait pas à subir la vision de cette laideur bourgeoise. Henriette arriva en déshabillé de mousseline rose. Alphonse pensa immédiatement à la vieille robe de chambre de sa grand-mère. Celle chic, qu'elle mettait quand elle était à l'hôpital. Il se figurait les vieux seins qui pendaient sous le tissu, la peau ridée, froissée d'avoir trop aimé, le visage flétri reflétant encore l'image d'une beauté passée.  C'était la même couleur, exactement la même. Il regarda Henriette et se surprit à trouver le souvenir de son aïeule plus excitant que le spectacle que lui offrait son employeuse. Il se leva, prêt à partir, lorsque son regard se posa sur les pantoufles en forme de cochons que portait la Plimoulin. De ce genre de pantoufles qu'on porte quand on est petit et qui font du bruit quand on marche. Henriette avança vers lui, les chausses émettaient un grognement porcin à chaque fois qu'elle posait le pied par terre. Une diode illuminait de l'intérieur le groin des peluches à chaque pas. Alphonse plongea dans la même sorte de transe que lorsqu'il regardait la pendule dans sa cuisine.
      Son esprit vagabonda, ce n'était plus Alphonse, c'était Aelde, ce n'était plus Henriette, c'était le garde, c'était Lucien et l'appartement devint une clairière où ils s'en donnèrent à cœur joie tant qu'ils en avaient la force.
      Alphonse se réveilla en plein acte, lorsque la voisine du dessous se mit à taper sur son plafond à coups de balai parce qu'ils faisaient trop de bruit. C'est vrai, Alphonse se demanda pourquoi elle criait comme ça. Il s'arrêta, cligna des yeux, la regarda. Sur le coup, l'éveil lui avait tout coupé. Il se leva et se rendit dans la salle de bain. Henriette le suivit, elle lui dit.
Ça va pas ? C'est à cause de la voisine ? C'est vrai que j'aurais dû faire moins de bruit...
Moins de bruit ? Oui. Alphonse se dit un instant que s'il avait débandé c'est parce qu'il avait eu l'impression d'égorger les cochons en peluche qui servaient de pantoufles à Henriette. Il la regarda, se dit que ce n'était pas un élément qui l'avait rebuté mais un ensemble. Il ne dit rien, la regarda longuement pour lui signifier qu'il aimerait bien se laver seul. Ils restèrent ainsi une bonne minute avant que l'ex-vierge de quarante-deux ans ne comprenne le message et ne sorte de la salle de bain. Il se lava. Manifestement ils en étaient à la deuxième fois, elle avait donc été satisfaite, il pouvait se barrer tranquillement sans risquer de se faire taper sur les doigts le lendemain au musée.
        Le week-end qui avait suivi cet épisode, Alphonse avait eu un congé de deux jours. Il alla voir Jun. Il lui parla. Il lui fit un cadeau parce que Jun lui avait dit que les amoureux ça se faisait des cadeaux. Enfin, il était pas amoureux de lui mais il voulait pas lui faire de peine. Une fois encore ils s'échangèrent des bisous. Jun semblait plus câlin que d'habitude, il ronronnait presque, collé contre Alphonse qui du coup lui grattouillait le haut du crâne comme on gratte un chat entre les oreilles. Jun était un chat, et un beau chat, à la fourrure d'un noir parfait, avec de jolis yeux gris foncés en amande et une peau bien blanche comme de la porcelaine. D'un point de vue technique, Jun était un milliard de fois plus beau que Lucien, mais ça c'était peut-être parce qu'il était asiatique. Alphonse avait remarqué que, européen c'est noble, américain c'est stupide, africain c'est ethnique et asiatique c'est mieux . Quand c'est asiatique c'est forcément plus beau. Il laissa Jun embrasser encore une fois ses lèvres, il rougit même. Il avait pas rêvé. Son beau Jun, son petit Jun si mignon ; il avait mis la langue ! Mais c'est de l'incitation à la fornication pure et dure ça ! Il hésita, lui rendit son baiser, c'était bon. Bien meilleur que les baisers qu'il avait échangé avec ses amants précédents. Il se laissa aller. Ça y est, il était à Jun...ou Jun à lui selon le point de vue. C'était bon ça aussi.
     Pour la première fois Alphonse avait cessé de voir Jun comme un petit garçon, un compagnon d'ennui. Il l'avait vu comme ce qu'il était, c'est à dire un homme, superbe, majestueux et fort, si fort. Il avait enfin goûté la douceur et le velouté de la peau d'ivoire du jeune prostitué. Il avait savouré chaque seconde entre ses bras bien qu'il fût un peu vexé d'avoir à « faire la fille », peu importait, maintenant il désirait Jun comme un homme et ça ne semblait pas déplaire à celui-ci. Le jeune chinois lui murmura tendrement à l'oreille avec un fort accent qui aurait fait rire Alphonse si seulement ses mots n'avaient pas été aussi graves :

-Je t'aime... Je te veux, rien qu'à moi.

Bon sang, mais qui lui avait donc appris à dire ça ? Confus, Alphonse se leva, s'habilla et partit sans dire un mot, laissant Jun comme deux ronds de flanc avec, plaqué sur le visage, un air de chiot abandonné qui se demande s'il a fait une bêtise.
   Bien, qu'allait-il faire ? Maintenant que Jun l'aimait, il ne pouvait pas le laisser dans ce bordel infâme. Est-ce que... il pourrait l'acheter ? Il irait demander à Rocco, le patron, de son vrai nom Rochochoir Du Faisan d'Andouillette-sur-Moder , après tout, s'il prenait Jun chez lui, ça serait tout bénef' pour ce brave Rocco. Oui mais il ne pouvait pas accueillir Jun chez lui, c'était trop moche, trop petit. Il se chercherait un nouvel appartement.
      Dès le lendemain, Alphonse appela sa sœur. Il n'aimait pas téléphoner, il n'aimait pas sa sœur. C'était une conne. Attention, pas n'importe quelle conne. Amande faisait partie du haut du panier, le genre de conne que chantait Brassens. La connasse maline, une tumeur cérébrée qui s'accroche et qui est fière de sa condition de conne. Une qui en profite même pour se permettre d'emmerder les gens massivement. L'appellation exacte serait « emerderesse ». Il l'appela.
    - Allô ? Amande ?
    - Oui. Qui est à l'appareil ?
    - Alphonse...
    - Oui tu veux quoi ? Parler à ton neveu ?
    - Non.
    - Quoi alors ?
    - Je...l'appart'.
    - Quoi ? Il va plus ?
    - Trop petit.
    - Tu veux que je te laisse celui des parents ? Il est libre en ce moment tu pourrais y habiter...
    - Oui.
Pour l'instant ça allait. Pas d'emmerdes à l'horizon.
Mais dis moi...pourquoi tu veux changer d'appartement ?
Ça y est, le début des problèmes.
Nouveau copain.
Tu veux dire que tu sors encore avec des mecs ?
Oui.
Tu veux vivre avec lui ?
L'acheter.
T'es toujours avec tes putes ?
Oui...il m'aime.
Ils disent tous ça.
T'occupe.
Alphonse !
L'appartement
Il a des papiers au moins ?
L'appartement .
Oui, tu l'auras mais est-ce qu'il a ses papiers ?
Merci.
Il raccrocha. Il devait acheter un lit et un matelas pour Jun. Il allait refaire le papier peint de l'appartement. Celui des parents était resté, il était moche.
  Pendant un mois, dès qu'il avait du temps libre il se rendait rue des Lilas, dans l'impasse juive pour refaire le papier peint de l'appartement de ses parents, il avait aussi repeint le plafond et changé la moquette. Il était allé acheter des nouveaux meubles chez Emaüs, parce qu'ils sont beaux souvent et pas chers. Il avait quand même acheté le matelas de Jun neuf au cas où. Chaque jour il retirait cinquante euros comme ça il pourrait payer Rocco en liquide. Le dernier jour, il avait hésité et avait retiré deux cents. Il avait pas mal d'argent en banque, il lui restait tout son héritage et puis ses économies, il était plus retourné voir Jun depuis la dernière fois. Là il alla directement voir Rocco. Il le laissa parler, longtemps, l'observa faire son petit cirque de mafieux ridicule d'Alsace du Nord. Une fois qu'il lui demanda ce qu'il voulait, il lui dit juste,
Jun.
Puis il posa l'argent qu'il avait amené sur la table. Rocco sourit, siffla devant le tas d'argent, se mit à faire des blagues vaseuses et l'entraîna par les épaules dans la chambre de Jun.
       Ils étaient arrivés dans l'appartement, Alphonse posa le sac de Jun dans le salon. Il était très mal à l'aise, ça allait faire vingt ans qu'il avait plus vécu avec personne. Dès sa dix-huitième année, ses parents l'avaient laissé emménager dans le vieil appartement de sa grand-mère fraîchement décédée. Il aimait pas les gens, enfin si, au boulot ou à la télé mais l'intrusion de Jun dans son nouveau chez-lui lui donna l'impression d'un viol sauvage. Il lui fit visiter, maladroit, froid et gardant au minimum trente centimètres de vide entre lui et son nouveau compagnon. Quand c'était son neveu Ludovic qui venait passer un week-end chez lui, ce n'était pas pareil, il savait qu'il ne resterait pas, mais là... Enfin, il finirait par s'y habituer, à l'arrivée de Pustule c'était le même cirque, en pire, parce que c'était Ludo qui lui avait offert ce poisson rouge alors qu'Alphonse avait rien demandé. Là, il avait envie que Jun vienne habiter avec lui. Une fois la visite; ponctuée de mot bref tels que « Ta chambre », « ma chambre », « douche », « salon » terminée, il conclut par « mange » en mettant le pauvre petit chinois complètement ahuri devant une plâtrée de pâtes ; le pauvre ne  réalisait toujours pas comment il était passé du bordel à la Twingo verte d'Alphonse à un appartement avec des meubles du début XX° et une pièce dans laquelle son bienfaiteur lui interdisait d'entrer. Il dû en déduire que ça n'avait rien d'inquiétant puisqu'il se mit à dévorer ses spaghettis comme si ça faisait trois mois qu'il n'avait rien mangé. Alphonse s'était assis par terre dans un coin, à même le vieux lino gris et le regardait de loin en serrant le bocal de Pustule contre lui. Il murmurait au poisson rouge :
- Lui c'est Jun... Il est gentil, il est amoureux de moi, il me l'a dit... Faut que tu sois sage avec lui parce que demain je travaille et que vous serez seuls tous les deux alors tu crèves pas hein ?!
Il mit une pichenette dans le verre et le poisson lâcha une bulle. Alphonse posa le bocal sur le plan de travail et reprit sa place. Une fois rassasié Jun le regarda aussi, une gêne s'installa. Jun frémis sous le regard presque déshabillant de son hôte, il se leva, s'accroupit devant lui, caressant avec tendresse les cheveux châtains virant au gris d'Alphonse. Il articula avec soin bien qu'un peu maladroitement.
-Tu veux un bisou ?
Alphonse rougit, d'habitude il se laissait faire, d'habitude il était plutôt bavard avec Jun mais là il voulait pas parler, il voulait pas qu'on le touche. Il ne dit rien, se leva, un air neutre sur le visage et il partit prendre une douche. Il se déshabilla, il avait pas fermé la porte, y'avait pas de verrou, il avait juste posé un tabouret devant la porte pour signaler qu'il voulait pas qu'on entre. Malgré cela, son nouveau locataire le rejoignit sous la douche. En sentant sa présence derrière lui, Alphonse s'était figé, il était à deux doigts de pleurer et de partir en hurlant mais il ne bougea pas. Jun avait pris un gant de toilette et commençait doucement à lui laver le dos. Il aurait pu trouver ça agréable si seulement  Jun n'avait pas été chez lui, dans sa douche à partager son intimité. Il tremblait, attendant que l'autre ait fini. Il croyait que le jeune chinois se contenterait de le sécher et de partir mais non. Sûrement dans un élan de reconnaissance le jeune homme prit son temps pour essuyer précautionneusement la peau de son, disons, propriétaire à coup de serviette éponge. Alphonse sentait sa respiration s'emballer, il se sentait mal, il profita d'un instant pendant lequel Jun, inquiet, était parti lui chercher un verre d'eau pour courir comme un crétin se réfugier dans sa chambre en fermant la porte. Là il y avait une serrure. Il s'assit sur son lit, se cacha sous la couverture  et pleura. Il attendit d'entendre la porte de la chambre de Jun se fermer pour sortir et se rendre dans SA pièce. Sa chambre de quand il était petit.
      Il rêva toute la nuit qu'il était Aelde, qu'il courrait de conquêtes amoureuses en conquêtes guerrières. Il avait pris du grade, était chevalier maintenant, ne lui demandez pas comment un croque-mort devient chevalier, il ne le sait pas et il s'en fout même royalement mais malgré ses victoires, à la fin du rêve, Jun. Tout seul, tout nu, juste Jun qui le touche du bout de l'index et qui change Aelde en Alphonse. En Alphonse normal puis en Alphonse petit. Le petit Alphonse qui se cognait la tête contre les murs, celui qui faisait pleurer sa maman, crier son papa, celui qui faisait dire à son institutrice qu'il était débile profond parce qu'il ne parlait pas et qui s'est prit une gifle le jour où il avait dit ses premiers mots à la maîtresse de CE2. Que lui avait-il dit ? C'était la fois où son père l'avait cherché, la professeure lui avait expliqué que malgré ses bonnes notes c'était un crétin, Alphonse lui avait dit « Je parle pas, j'écoute et vous seriez moins conne si vous faisiez pareil ». Vlan ! dans les dents à la Gigodou, et vlan ! Un aller-retour bien senti pour Alphonse qui se tut jusqu'à ses dix ans. Il se rappelait du vieux psy avec une tête de tonton pédophile et un accent belge bien fourni qui l'avait déclaré autiste. Il l'aimait bien, le vieux lui avait fait faire un test avec des petits cochons, il lui avait demandé d'en choisir un, il prit le troisième. D'après ce qu'il comprit plus tard, il aurait dû prendre celui avec la tâche noire mais il n'en voyait pas l'intérêt, un cochon c'est un cochon, qu'il ait une tâche noire et soit au milieux ou pas. Il avait regardé les yeux bruns du psy puis il était allé pleurer dans un coin, pour la forme, pour que l'autre comprenne qu'il était désolé d'avoir foutu son test à la con en l'air. Le psy parla à ses parents, il lui fit faire pleins d'autres tests et lui donna une sucette. Il l'avait mâchouillé en coloriant un dinosaure à la craie grasse pendant qu'on expliquait à ses parents qu'il était handicapé mental. Alphonse avait pris la craie verte et avait imaginé écrire en gros sur le mur « Je vous emmerde tous bande d'ignorants » mais il ne l'avait pas fait et avait préféré jouer les gentils neuneus pour pas faire plus de peine à sa maman et surtout pour pas qu'on l'emmerde. D'ailleurs, après ça, Amande avait plus le droit de lui crier dessus. Il se souvint, à la mort de sa mère, il était là, il avait vu la moto arriver pendant que sa maman nouait sa chaussure au milieu du trottoir. Il avait vu le jeune délinquant rouler sur la voie piétonne après avoir choppé au vol le sac d'une vieille dame, il s'était poussé, il avait rien dit, sa maman avait fini la boucle de son soulier, elle croyait la moto sur la route, son poudrier est tombé de son sac, elle voulait le ramasser. Y'avait beaucoup de sang, la femme agonisait, Alphonse l'a regardé, il ne voyait plus sa maman, il est rentré pendant que les gens dans la rue appelaient une ambulance. Il est rentré dans le bistro de son père. Son papa lui a demandé où était sa maman, il a répondu « est plus là ». Il avait vingt ans, l'âge de Jun. Trois semaines après la serveuse avait retrouvé le pauvre papa d'Alphonse pendu entre les fûts de bière à la cave.
    Alphonse ouvrit les yeux, il s'habilla, se rinça le visage, partit secouer l'épaule de Jun.
-Vais...au travail.
Il lui prépara des vêtements qu'il posa sur le bureau dans la chambre du jeune homme puis il lui prépara une escalope et de la purée et colla le tout dans un tupperware au frigo, lui laissant un post-it avec les consignes pour midi dessus. Il nourrit Pustule et partit travailler en précisant encore une fois à l'animal.
-Crève pas hein !
     Une fois au travail, il se sentait bien, tout était comme d'habitude, Juliette lui racontait sa vie, il passait le balais, Lucien lui parlait de ses histoires de divorce et de garde d'enfants avant d'aller somnoler sur sa chaise de gardien, laissant à Alphonse tout le temps de fantasmer, puis, en fin de journée, Henriette lui faisait des avances. Ce jour-là il hésita sincèrement. Il voulait pas retourner chez lui mais le pauvre Jun allait s'inquiéter s'il rentrait pas. Il était donc rentré.
     A peine avait-il passé le pas de la porte que Jun s'était précipité. Alphonse avait reculé, le jeune asiatique n'avait pas insisté. Il lui avait fait à manger et même si c'était cramé et trop salé Alphonse avait trouvé ça plutôt bon. Jun lui expliqua sa journée, il lui raconta qu'il avait lu un magazine et regardé la télé, il lui dit aussi que le dictionnaire qu'il lui avait offert était très utile et qu'il avait appris plein de nouveaux mots. Jun semblait content, Alphonse lui sourit. Ce jour-là, Jun avait eu le droit à un baiser. Finalement, même si le trentenaire avait encore du mal à se laisser toucher par son compagnon, il s'y habituait plutôt vite.
    Pourtant au bout d'une dizaine de semaines, Jun semblait, disons, sur les nerfs. Alphonse avait remarqué qu'il cherchait les caresses et qu'il se baladait dans la maison de plus en plus souvent et de moins en moins vêtu sans pourtant lui dire clairement qu'il avait envie qu'ils couchent ensemble. D'ailleurs Alphonse n'avait pas vraiment compris qu'il était désiré, il pensait à une simple montée d'hormones étant donné la consommation de mouchoirs en papier du jeune homme. Un jour il lui avait même dit :
-Si tu continues de jouer comme ça avec elle va tomber...
Puis il avait continué sa vie, il ne le touchait plus du tout, mais il lui parlait librement, étant même bavard quelques fois. Plus ça allait plus Jun semblait affamé et Alphonse, niais comme il était, n'envisageait même pas que quelqu'un puisse avoir envie de son corps. Il lui avait demandé un jour s'il voulait qu'il lui appelle un professionnel. Jun avait refusé, Alphonse le comprenait de moins en moins.
   Amande avait téléphoné un jour, Ludovic avait des vacances et voulait venir chez lui. Elle lui expliqua longuement qu'elle avait refusé mais qu'il avait insisté. Alphonse avait juste dit.
-D'accord, mardi, dix heures.
Et il  avait raccroché. Il avait demandé et obtenu une semaine de vacances. Tout était prêt, il avait demandé de l'aide à Jun pour tout nettoyer à fond dans l'appartement. Alphonse semblait vraiment très emballé par la venue de son neveu, Jun beaucoup moins. Forcément, s'ils ne faisaient rien en étant tout seuls, ils ne feraient rien avec le petit à la maison, mais en plus, l'enthousiasme débordant de son «petit ami» rendait le jeune chinois terriblement jaloux.
 Mardi, à dix heures Amande sonna à la porte, Alphonse ouvrit, son visage s'illumina à la vue du petit garçon blond avec une coupe au bol hideuse, des lunettes loupes, une tête de premier de la classe et les incisives en avant qui répondait au nom de Ludovic et qui malgré un sacré potentiel de laideur restait incroyablement mignon avec son sac à dos vert et sa salopette bleue. Alphonse prit son neveu dans ses bras et claqua la porte au nez d'Amande avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit. Elle cria de longues minutes devant la porte, ce qui provoqua l'hilarité de Ludovic et l'indifférence totale d'Alphonse. Jun sortit de sa chambre et observa.
   Pendant deux jours, Alphonse passa l'intégralité de son temps à faire des bisous à Ludo, à l'aider à mettre ses chaussures, à le porter sur ses genoux, à lire des livres avec lui et même à prendre son bain avec. Jun se trouvait pitoyable, il était jaloux d'un petit garçon de sept ans, mais merde aussi, il lui prenait toute l'attention de SON amoureux, il avait le droit de faire des trucs qu'Alphonse lui interdisait à lui, il dormait même dans la pièce interdite et puis, et puis il l'énervait avec sa bouille de mioche mignon et sa petite voix aiguë et ses questions stupides et ses phrases gentilles. Si bien qu'il eut suffit que l'enfant demande :
-Ça va pas ? Tu boudes ? T'es triste ?
A Jun pour que celui-ci lui claque un aller-retour bien senti sur le bout du museau. Alphonse était resté bouche-bée, Ludovic fut tellement surpris que sur le coup il ne pensa même pas à pleurer. Jun avait alors saisi Alphonse par le bras et l'avait tiré contre lui.
-Il est...à moi ! Toi si tu veux des bisous va chez tes parents !
Son accent s'était vachement amélioré. Ludovic avait fondu en larmes, Alphonse avait commencé à disputer Jun, ce dernier l'avait entraîné dans le couloir et l'avait embrassé à pleine bouche.
-Pourquoi tu m'aimes pas ? Moi je t'aime...Je veux que l'autre il part...
-..Te...parTE sinon ça veux rien dire.
Jun aussi avait pleuré, il était allé dans sa chambre. Alphonse avait consolé Ludovic et avait continué comme avant. Pendant le reste de la semaine, Jun n'avait plus bougé de son lit que pour aller aux toilettes. Une fois Ludovic rendu à sa mère, Alphonse avait voulu comprendre. Il était entré dans la chambre de Jun, son beau Jun avait les yeux tout rouges et tout gonflés. Alphonse ne savait pas quoi dire, il se contenta d'un :
-T'aime aussi...
Jun lui avait presque sauté dessus et l'avait prit dans ses bras avant de se mettre à déblatérer des trucs en chinois. Alphonse acquiesça pour lui faire plaisir, Jun l'embrassa, il se lavèrent ensemble. Ils passèrent même la dans le même lit, bien sûr pas de sexe, fallait pas trop en demander non plus mais ils dormaient entre amoureux chaque nuit après ça.
  Jun semblait plus épanoui même s'il n'avait toujours pas le droit de faire le premier pas ; il devait attendre qu'Alphonse vienne de lui même l'embrasser ou lui tenir la main de peur de l'effrayer. Un soir, devant la télé, Alphonse avait rougi, il avait pris la main de Jun puis, hésitant, il était venu embrasser sa joue, ses lèvres, il avait frémi, hésité un peu plus et avait posé une main sur sa cuisse avant d'embrasser sa gorge. Jun s'était laissé faire avec délice il avait savouré chaque seconde des ébats qui avaient suivis. Depuis huit mois maintenant ils vivaient tous les deux dans le même appartement.
    Un matin, Alphonse, blasé, dû se rendre à son travail. Autant il avait toujours aimé son boulot, autant depuis que sa vie de couple avec Jun devenait « normale », il était agacé de devoir quitter l'appartement. Un peu comme quand on vous réveille au beau milieu d'un rêve pour vous tendre le téléphone : généralement c'est quelqu'un d'ennuyeux au bout du fil, une personne qui veut vous demander un service ou vous donner les devoirs après une journée de cours manquée. En résumé, un chieur, un chieur qui croit bien faire, certes, mais qu'on a envie d'étrangler jusqu'à ce que sa petite tête d'emmerdeur à lunettes explose à cause du trop plein de pression dans son crâne. Bon sang... mais c'est parfaitement immonde ! Mais passons. Ce jour-là fut plus agaçant que les autres, pour une simple et bonne raison.
  Alphonse, comme toujours, était assis à côté du guichet et regardait Lucien en pleine sieste. D'ailleurs, il ne faisait ça que par habitude à présent, ses fantasmes s'étaient envolés. Bien évidemment il avait toujours les mains moites, les tripes serrées de milliers de petits papillons quand il le voyait, mais il ne se l'imaginait plus nu. Il grattait une brioche au raisin que Juliette lui avait donné. Il aimait pas les raisins secs, sur le coup, il avait crû que c'était du chocolat ,mais non ; du coup il enlevait tous les raisins secs pour pouvoir les donner à Lampadaire plus tard. Une question se posa : « Les pigeons aiment-ils les raisins secs ? ». Sûrement oui, d'ailleurs ça n'était pas mauvais en soi un raisin sec, mais quand il en mangeait Alphonse avait la très nette impression de s'adonner au cannibalisme. Il avait une âme de raisin sec. Mais ce n'est pas le propos ! Alphonse se grattait donc la brioche quand entra Henriette (rien d'incongru pour l'instant), au bras d'un homme de son âge qui souriait bêtement. Il l'embrassa sur les lèvres. Dieu ! Ils étaient en couple ?! Mais quelle horreur ! Alphonse cligna des yeux. Était-ce possible ? Elle en avait dégoté un plus laid qu'elle.
    Face à ces deux ressortissants de la tournée du cirque des horreurs du Docteur Rossiter une pensée jaillit dans l'esprit d'Alphonse. Ciel mais à quoi ressemblerait l'enfant de ce couple ? Un étron d'étron. L'être en question déféquerait-il des enfants pour compenser sa misérable existence ? Alphonse en doutait fort, cependant c'était avec ce genre de couple qu'on avait des surprises, il était possible que tant de laideur soit un fait désapprouvé par le créateur qui, face à cette insulte faite à l'espèce humaine, conjugue tant bien que mal les gênes des deux parents pour que le résultat soit, non pas éblouissant, mais au moins regardable. D'ailleurs, ce genre de choses arrivaient souvent dans le sens inverse aussi ; quand des gens trop beaux ont un enfant, celui-ci est tout au plus banal, voire laid. Sa propre mère était d'une beauté à ses yeux sans nulle autre pareille, grande, avec une épaisse chevelure brune d'espagnole qui tombait lourdement sur ses épaules et sa poitrine aussi opulente que le reste de sa personne contre laquelle elle l'avait serré, parfois, quand il pleurait trop. Son père, lui, faisait parti de ces gens forts, tannés, souriants, velus aussi, Amande tenait de ces deux-là. Elle était jolie, forte, courageuse d'allure, dansante comme un feu de forêt. Et Alphonse avait eu parfois un peu l'impression d'être une brindille au milieu d'eux, maigre, pâle, muet, raide, avec de petits yeux tristes et délavés et une peau fine qui se ridait lentement.
     A la fin de la journée, Alphonse rentra, Jun et lui mangèrent. Après un feuilleton idiot à la télé ils se couchèrent. Dès que Jun fut endormi, Alphonse se leva et s'assit dans un coin de la pièce pour observer. Quand il était petit, il avait cru que s'il restait comme ça sans bouger, les objets penseraient qu'il s'était endormi et allaient se mettre à bouger tout seuls. Sauf que là il était grand et son seul centre d'intérêt était le visage de Jun. Il préférait s'éloigner pour le regarder, comme ça il n'avait pas envie de le toucher, et s'il ne le touche pas, Jun ne se réveille pas, et si Jun reste endormi, il a pas besoin de l'embrasser pour qu'il se rendorme. Alphonse observait donc attentivement la peau d'ivoire de son compagnon éclairée par le reflet d'un rayon de lune sur le verre du double vitrage. C'était peut-être juste la lumière du réverbère mais dans ce genre de moments il préférait  se dire que c'était un rayon de lune. Il caressait tendrement la courbe délicate du visage poupon du jeune Chinois, ses paupières fines fermées sur ses yeux gris, son nez légèrement aplati, ses jolies lèvres roses entrouvertes laissant s'échapper un petit filet de bave. Il sourit, fixa les cils trop longs de son amant, les quelques mèches noires qui bordaient son visage et commença à réfléchir. C'était vrai que depuis toujours il avait pensé que Jun était chinois, principalement parce que, dans sa tête de français moyen attardé et de caucasien ethnocentrique, tous les asiatiques sont des Chinois. Pourtant il y avait quand même de fortes chances pour qu'il soit Thaïlandais son petit Jun, c'était même hyper-logique. Si y'a du trafic de petits garçons en Chine c'est certainement pas dans les bordels qu'on les met : d'après un reportage idiot sur la première chaîne, les garçons kidnappés se vendent à prix d'or à ceux qui veulent un héritier, alors qu'en Thaïlande c'est la fête aux prostitués mineurs. En même temps, Jun était largement pas assez bronzé pour être Thaïlandais, si ça se trouve il était métisse. Fils d'une prostituée chinoise de douze ans exilée en Thaïlande et sautée par un vieil Autrichien en plein tourisme sexuel. Ça c'était une histoire pour TF1 ! Des pédophiles, des macs, une histoire d'amour impossible entre un clandestin et un débile mental, on mixe le tout, on rajoute un cancer et  un ou deux viols en bande organisée et là c'est vendeur ! Là ça fait pleurer la ménagère ! Parfois, Alphonse s'en voulait d'inventer des histoires aussi stupides. A force de rester ainsi dans son coin, il s'endormit.  
  Ses souvenirs se mélangeaient, il se revoyait au centre, entouré de gens étranges qui criaient d'effroi, qui se tapaient la tête contre les murs, qui trouvaient beau de mettre le feu ou de tuer. C'était tous des enfants comme lui, ils avaient tous le bracelet avec leur nom écrit. Sabine lui avait dit, Sabine elle était mi-laide mi-gentille avec des chaussures en plastique que c'est pas grave si on vomit dessus, elle lui avait dit que la couleur du bracelet ça les triait, ça nous triait. Les rouges c'est ceux où faut faire attention parce qu'ils sont méchants et parfois gentils mais que on sait pas quand ils sont méchants et quand ils sont gentils et si ils font pas semblant d'être gentils pour faire des méchantes choses, les verts c'est les tout le temps méchants, ceux qu'elle dit que c'est les pervers parce que eux ils font semblant de te donner du chewing-gum que en fait c'est de la mort aux rats qu'elle dit Sabine, ceux-là nous on doit pas devenir copain avec. Sinon y'a les roses qui sont gentils mais qui sont « plusdébiletumeurs », que nous on sait pas ce que c'est « tumeurs » mais que on a le droit de devenir copain avec et puis y'a les bleus, les bleus c'est nous, c'est ceux qui sont mous, qui mangent avec la fourchette a l'envers parce qu'ils ont peur de se faire mal avec les piquants, les bleus c'est ceux qui ont peur et qui se roulent en boule. Nous on est des bleus, on cause pas, on fait les exercices mieux que les verts, on dit qu'on est intelligents, surtout nous deux. On était avec un autre bleu, dans une salle de concours, y'avait des gens qui surveillaient, que on nous a dit que si on faisait bien le test de « cuit » on irait à la télé et que papa et maman ils seront contents. Nous on veut bien que nos parents soient contents mais on veut pas passer à la télé parce que ce qui y vont ils finissent bêtes ou Suisse-idée et nous on veut pas aller en Suisse alors nous on fait exprès de perdre face à Hector. On est plus malin que lui parce que on fait exprès de répondre faux et que du coup on finit chez les roses. On est content quand même, parce que Hector il a été à la télé pour faire des calculs et que nous on aime pas les calculs même si on est vachement fort. Une fois chez les roses Sabine elle nous appelait « petit-malin », on lui a rappelé que nous étions chez les neuneus et que du coup on est  pas malin du tout normalement et elle nous a dit que elle était ironique, on sait pas ce que c'est ronique mais en tout cas si ça la faisait rigoler, c'était qu'elle roniquait bien. On a du mal à comprendre quand on nous parle, on préfère quand on nous écrit, c'est plus clair, sauf si on écrit comme le Docteur. On est fatigué à cause des médicaments, à cause de ça, on dort tout le temps. On sait plus comment tenir la fourchette pour pas mettre les pointes qui font peur dans la bouche.
    Alphonse s'éveilla en sueur, c'était le matin, le réveil avait pas sonné, Jun dormait encore, il avait besoin de faire pipi, il se leva, il faisait froid aussi. Il se rendit aux toilettes et pensa encore au centre où il avait été interne pendant longtemps, de dix à dix-sept ans, c'était long pour un enfant. Il pensait trop, il pensa à Sabine, se dit qu'aujourd'hui cette vieille vache était sûrement morte depuis un bout de temps et que si elle l'avait vu comme ça elle lui aurait sorti un de ses sempiternels « à force de trop penser tu vas devenir idiot », c'était pas faux. Depuis un quart d'heure il se tenait debout devant la cuvette, le pantalon de pyjama sur les chevilles, à regarder fixement le carrelage au mur alors qu'il avait fini son offrande au dieu cabinet depuis belle lurette. Il se reprit, se rhabilla, se lava les mains et partit dans la cuisine préparer la table du petit déjeuner. On était quel jour ? Oh un jour férié, ça tombait bien ça. Il entra dans la chambre, s'assit à côté du lit et regarda Jun. Il était toujours aussi beau, c'était agaçant à la fin sa manie d'être mignon. Une idée germa dans son esprit, il se leva, chercha un pot de cirage dans l'entrée et le colla ouvert sous le nez de Jun avant de demander.

-Je suis beau ?

Le jeune chinois répondit, ça marchait, ça marchait aussi avec Amande, le seul problème c'est qu'il répondait en chinois-machin le Jun. Saleté d'inconscient en VO, tant pis, il lui demanderait une fois qu'il serait réveillé, bien sûr il lui répondrait que oui parce qu'il était loin d'être objectif et qu'il ne voudrait pas le blesser, Alphonse, lui, aurait voulu savoir ce qu'il pensait vraiment. Il rangea le cirage et retourna auprès de Jun. Il hésita longuement et s'assit sur le lit. Il déglutit, il tremblait un peu, il voulait l'embrasser sur la joue mais c'était pas si évident que ça. Il se pencha doucement au-dessus de son locataire puis recula brusquement, il se tâtait, ne voyant pas que sous ses paupières, les yeux du petit panda s'étaient éveillés et l'observaient en souriant. Jun se concentra pour garder un visage impassible, l'odeur du cirage et les mouvements incessants d'Alphonse qui tentait maladroitement un réveil en douceur l'avaient sorti de son sommeil, il le regardait entre ses cils. Peut-être que maintenant il était vraiment amoureux de lui. Il s'en était voulu au début d'abuser de la gentillesse d'Alphonse, de sa naïveté aussi, mais on ne se sort pas d'un bordel tout seul et un autre client aurait sûrement abusé de lui plus souvent que permis. Son brave logeur lui, osait à peine l'embrasser, il ne le tripotait pas bien souvent et ne lui imposait jamais de discussions gênantes ou inutiles. Avec Alphonse il pouvait lire, regarder la télé, manger à sa faim, sortir faire les courses de temps en temps s'il faisait attention et il le traînait même parfois au cinéma. C'était pas la grande vie mais il était tranquille au moins.
   Deux ans de plus suffirent à lasser Jun. Il avait beau avoir un quotidien bien pépère, il rêvait d'aventure, de jolies filles, de voitures de luxe, de culture snob ; il en avait assez des livres anciens, des opéras, des musées historiques que lui montrait Alphonse, il en avait assez du petit boulot d'homme de ménage que son « amant » lui avait trouvé depuis l'extension du musée dû au mariage d'Henriette la dernière des Plimoulin et de Jean-Philippe Édouard De-la-Fontaine-du-Grand-bois-de-la-Pépinière-de-Benoît-seize-du-Vatican (ou quelque chose comme ça), dit « le gros morse chauve». Il rêvait de ne rien faire, de se balader dans des expositions d'art moderne une coupe de champagne à la main, plus pour se montrer que pour voir. Il voulait pouvoir parler avec le petit doigt en l'air de ce sculpteur norvégien qui fait des choses a-dmi-rables avec des boites de conserves et le la litière pour chat usagée, il voulait montrer au beau monde son bel accent à  présent bien Français et dire qu'il avait quitté Taïwan parce qu'il avait succombé au charme affolant de la vie parisienne et pas parce que ses parents l'avaient vendu comme pute pour nourrir ses petits frères. Il voulait se vanter d'avoir eu la nationalité sans problème en occultant le fait qu'il avait dû trimer comme un chien avec les administrations et qu'il avait dû passer sous le bureau d'une dizaine de personnes pour accélérer les démarches avant d'être expulsé. Il voulait se débarrasser de la vieille loque autiste qui lui collait au train et qui le regardait maintenant avec des yeux de merlan frit. Il voulait de la chair fraîche, coucher par envie, par amour, et plus par pitié ou pour obtenir quelque chose, il en avait marre de jouer les pédés pour faire plaisir au cinglé tout sec, il voulait se taper la fille d'en face sans qu'on lui fasse une crise de jalousie passive. Parce que non seulement le vieux était capable de lui faire pitié au point qu'il ne puisse plus se refuser à lui mais il possédait une force incroyable dès qu'il s'agissait de le faire se sentir coupable quand il allait voir ailleurs. Jun n'en pouvait plus, il prépara ses affaires un jour où Alphonse était partit chercher son neveu à présent pré-adolescent mais toujours aussi péteux. Il prit sa valise, bien sûr il avait prévu un point de chute, un mec assez malin pour se faire adopter est capable de prévoir ce genre de choses. Il logerait chez une amie, une comédienne moins ratée que Juliette et bien plus agréable phoniquement quoique moins jolie, il l'avait rencontré au musée et n'avait eu aucun mal à l'aborder. Comme ils s'entendaient bien, ce serait le point de départ de sa nouvelle vie.
  Jun descendit dans la rue, il sourit, son amie était garée de l'autre côté de la route et lui faisait de grands signes, il lui répondit et s'avança vers elle. Il mit ses affaires dans le coffre de la vieille deux-chevaux jaune couverte d'autocollants aux motifs psychédéliques. Son sourire s'élargit.

-Dis Morgane, tu trouves pas qu'elle fait un peu cliché ta bagnole ?
- Hé made in Taïwan tu trouves pas qu'elle fait un peu cliché ton histoire ?

Elle lui rendit son sourire, il s'installa à ses côté puis la petite voiture jaune partit. Alphonse, lui, venait d'arriver, il avait vu le sac, Jun, la voiture s'en aller. Il resta figé un instant, il lui avait pas dit qu'il dormait chez une copine. Il ôta sa main de l'épaule de Ludovic et se mit à courir pour rattraper son Jun. Il avait pas le droit de faire ça, enfin si, mais c'était dégueulasse, il lui répétait pas plus tard qu'hier que s'il le trompait c'était parce qu'il était jeune et qu'il avait besoin de faire des expériences, qu'il l'aimait, qu'ils étaient un vrai couple maintenant et qu'il s'occuperait de lui jusqu'à la fin, jusqu'à la fin. Étourdi, Alphonse s'arrêta de courir, un cri strident retentit à ses oreilles, les passants s'arrêtèrent. Il sentit des gouttes de pluie sur son visage, à moins que ça ne soit des larmes. Oui c'est ça, des larmes, c'est ce qu'il aurait dû faire, pleurer, comme Ludovic. Nous aurions dû faire ça pour maman, nous aurions dû pleurer, mais ça sert à quoi de pleurer sur un bout de viande qui agonise étalé sur l'asphalte...  Qui prendra garde au dernier souffle d'un raisin sec amoureux, à part peut-être le petit garçon blond avec ses grosses lunettes qui se lamente au-dessus de tonton Alphonse.

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Emanon

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MessageSujet: Re: Nouvelle de Guilah - Alphonse [-12] [C]   Jeu 9 Avr - 22:43

Ben moi, j'aime toujours bien ton texte, mais ma foi il a besoin d'un bon débroussaillage et tu t'es vachement amélioré patate. Je te ferais un commentaire détaillé après les examens :3.
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Nouvelle de Guilah - Alphonse [-12] [C]
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