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 Derrière les deux visages [TP] [C]

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Melati

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Féminin Scorpion Messages : 24
Date d'inscription : 12/04/2015
Localisation : Dans un pays, lointain... ♪

MessageSujet: Derrière les deux visages [TP] [C]   Lun 13 Avr - 17:14

Tout d'abord, quelques petits trucs en préambule.
A la base c'était un essai de style. Finalement le résultat n'était pas aussi terrible que ce à quoi je m'attendais.
Juste un truc. Jean est une fille. C'est comme Jin. Que personne ne soit choqué. :3
Bref je vous laisse découvrir.
Bonne lecture o/







Derrière les deux visages
Le fait d’ouvrir les yeux ne m’apporta rien. L’absence de lumière m’avait beau être oppressante et étonnamment étrange, elle m’était familière. Telle une aveugle, je ne distinguais que la couleur qui n’existe pas.
L’immobilité prolongée avait engourdi le corps que je traînais depuis des années. Pourtant, celui-ci refusa d’esquisser le moindre tremblement à mon commandement. Il me semblait être sous l’eau, où sens sont amoindris, voire complètement inexistants. Je ne voyais pas, ni n’entendais. Il y a longtemps que j’avais arrêté de penser. Penser ne fait que rendre fou. Mais ce néant m’était familier. Ce néant de choses est ma vie.
Un craquement strident vint perturber mon équilibre alors que mes tympans manquèrent la saignée. Une lueur pénétra, finissant d’achever mes yeux habitués à l’infini. Je tentai l’esquive lorsqu’un s’approcha. Il ne fit pas mouche et empoigna ma chevelure. Je ne bronchai pas. Il y a longtemps que le sens de la douleur m’avait abandonnée, et j’aurais aimé qu’aucun de mes sens ne subsiste. Un claquement métallique, la lueur disparut et me revoilà seule dans ma bulle de néant. Depuis combien de temps ai-je été prisonnière de cette couleur ? Depuis toujours, sans aucun doute. Rien dans ma mémoire ne m’indique une vie antérieure. Une vie dans laquelle le néant n’existerait pas.
Je contractai les muscles de mon bras en attendant que le néant me revienne. Je devinais les fins contours de ce que devaient être la fin de mon bras, l’outil humain utilisé pour saisir. Les cinq doigts s’agitèrent doucement avant de disparaître. Je souris. Le néant était mon ami.


La jeune fille grogna lorsque son réveil sonna. Elle se retourna et ne trouvant pas le bouton pour l’éteindre, l’envoya balader au sol. Elle s’assit ensuite sur son lit et retrouva sa mère dans la cuisine. Celle-ci l’accueillit avec un « bonjour ! » enjoué avant de lui poser une assiette pleine de toasts devant le nez. Elle soupira avant d’en manger un. Puis elle se prépara et partit en cours.
« Jean ! »
Elle se retourna et sourit avant de se diriger vers le porteur de la voix qui semblait essoufflé.
Plaisantant sur le fait que son ami était très souvent en retard, ils se dirigèrent à pas lents vers l’établissement. Surprise ! Les cours de l’après-midi avaient tous été supprimés. Mis à part ça, la matinée fut des plus banales et ennuyeuses.

« La vie paraît si banale. Chaque jour passe, l’un après l’autre, sans qu’on ne s’en rende vraiment compte. Le fait est que chacun devrait profiter de chaque moment. Je le sais, et pourtant… Pourtant, je laisse les jours défiler, comme s’ils n’avaient aucune importance. Et ce n’est plus tard, bien plus tard, que l’on regrette le passé.
13.05 »


« Ne dors-tu jamais ? »
Mes lèvres esquissèrent un demi-sourire. Dormir. Le sommeil, censé être reposant, m’emplissait de malheurs. Le sommeil m’obligeait à réfléchir. Le néant ne pouvait s’infiltrer dans l’interstice qui menait au pays des songes. Je pourrais le dire. Les songes m’effraient. Les milliers de possibilités accordées aux fantasmes du sommeil, son côté si aléatoire m’horrifiait. Et le fils du diable, me posait cette question. Question à laquelle je ne répondis. Le fils du diable n’avait en aucun droit de rompre ma tranquillité, et je n’avais aucune obligation de répondre à ses supplices. Le fils du diable était tout, sauf un ami.
« Ah. Si seulement tu pouvais parler. Mieux, si seulement je pouvais lire tes pensées ! »
Mes tympans mugirent de terreur. Les vibrations de sa voix me rendaient démente. Mais les vibrations sont comme de petits parasites contre lesquels rien n’est hermétique. Quoi que tu fasses, ils atteignent toujours leur objectif. Quoi que je fasse, j’aurais aimé que le fils du diable soit réduit au silence.


« Tu es sûre que tu ne veux pas aller avec tes amis ? »
Jean se tenait devant sa mère qui semblait plutôt étonnée. La jeune fille haussa les épaules.
« Je vais aller avec papa. Voir cet événement.
_ Tu es sûre ? Ce n’est pas beau à voir.
_ Eh bha. Papa m’a proposé lui-même de venir, alors. C’est pas tous les jours que je pourrai assister à une enquête. »
La mère de Jean soupira et retourna à ses affaires. La jeune fille sortit rejoindre son père qui se trouvait déjà dans la voiture. Le trajet se fit en silence, et seule la musique à très bas volume de la radio le troublait. Père et fille n’échangèrent mot avant d’arriver devant une petite maison perdue au milieu des bois. L’investigation débuta.

« Parfois, on se lance dans quelque chose, persuadé que c’est ce que nous voulons faire. Parfois, on se dit, tiens, c’est ça que je vais faire maintenant. Et puis finalement on en vient à regretter, tant et si bien qu’on se convainc qu’on a perdu son temps. Mais il n’y a pas de perte de temps. Chaque moment vécu est une expérience dont il faut profiter.
13.05 »


Jean se tenait dans l’encadrement d’une porte du premier étage. L’air mal à l’aise. Son père sondait tous les coins et recoins de la pièce, cherchant le moindre indice. Jean descendit les marches lorsqu’une voix prononça son nom… Lorsque quelqu’un arriva soudainement par-derrière et la bouscula sans aucune tendresse dans la pente. L’adolescente poussa un cri et dévala les escaliers avant de perdre connaissance.

Le mélange aléatoire de couleurs inconnues avait fait place à l’absence d’image. Ce n’était pas le néant de ma bulle, juste une absence de choses. Une oppression remplaçait prudemment le reste. Le pays des songes était le dernier endroit où j’aurais souhaité me retrouver, mais une pointe traversant mon esprit dérangé me donnait l’intuition que quelque chose n’allait pas. Le contraste du rêve était habituellement douloureux, empli d’un tas de choses que ma pauvre tête ne supportait pas, mais les images avaient disparu. Et derrière ce néant artificiel, il y avait quelque chose qui guettait. Quelque chose qui en voulait à mon esprit repu et englouti depuis bien longtemps. Quelque chose qui, je le crains, me procurait un effroi sans nom. Je n’avais plus qu’une chose à faire. Me réveiller, et retrouver mon ami. Mais ce monde est si étrange… Je m’y suis perdue.

« Parfois, le futur fait peur. Il fait si peur que l’on préfèrerait s’enterrer vivant que de le vivre. La peur est une amie, si elle ne te surpasse pas. C’est normal d’avoir peur. Le courage n’est pas une absence de peur, mais une capacité à la contrôler l’effroi qui monte doucement en soi. Tout le monde ne l’a pas, ce courage tant indispensable. Et puis lorsqu’on pense l’avoir trouvé, il va nous quitter, la barrière va céder, et tout va s’écrouler. Pourquoi donc les gens ont-ils peur de l’inconnu ? Pourquoi a-t-on peur ? Car notre petit monde peut s’écrouler d’une minute à l’autre, sans raison, sans prévenir. Parce qu’un rien peut bouleverser quelqu’un. Malgré ça, le temps avance, galopant à sa vitesse, sans jamais ralentir, sans jamais s’arrêter. Alors, quoiqu’il arrive, il faut faire comme lui, et ne jamais s’arrêter.
14.05 »


L’écuelle froide réveilla mes sens. Son contenu acheva de me dégoûter. Ma pensée n’était pas encore assez saugrenue pour apprécier les repas que le fils du diable me fournissait. Pourtant, l’ignoble nourriture rasséréna mon estomac. Le néant m’entoura telle une couverture de laine. Sans savoir ce qu’était la laine, n’ayant jamais eu de tissu sur les épaules. L’oppression de mon dernier passage au pays des songes avait troublé mon âme déjà bien détraquée. Dormir devenait aussi terrible que la peste. Sachant que toute lutte serait vaine, je laissai l’effroi me gagner lentement. Mais le néant me protégeait. Ou plutôt, il aurait dû me protéger. Mais quelque chose avait été modifié. Ce quelque chose, je n’étais pas sûre d’être prête à l’apprécier. D’être prête à l’accepter. Le néant n’était plus ce qu’il avait été. L’ombre consolante du rien, de cette couleur que n’en est pas une. De cette absence de son naissait une chose nouvelle dont je ne voyais la forme. Il aurait fallu que tout reste comme il avait toujours été…

Lorsque Jean ouvrit les yeux, elle se trouvait dans sa chambre. Immédiatement ses parents se précipitèrent à son chevet, lui demandant si elle avait mal quelque part. Elle possédait plusieurs hématomes répartis sur tout son corps, mais rien de grave. Elle semblait se sentir en pleine forme, refusant catégoriquement de se recoucher. Sans demander son reste, elle s’enfuit dans sa chambre et s’enferma dans son lit. Elle avait déjà oublié, apparemment, que quelqu’un l’avait bousculée dans les escaliers et qu’elle avait failli finir à l’hôpital.

« Pour quelle raison cherche-t-on à cacher certaines choses à certaines personnes ? Pour garder une certaine intimité, ou une certaine liberté ? J’ai l’étrange impression que quelque chose vient de céder, l’impression que j’ai accès à quelque chose d’inconnu. L’impression que mon esprit s’est ouvert sur une porte que je ne sais décrire. Comme si quelqu’un espionnait mes gestes et toutes mes pensées… Je me sens si lasse.
14.05 »


C’était toujours là. Cette chose qui se cachait derrière le néant factice de mes songes la fois d’avant. A l’exception qu’il avait franchi la frontière. Le néant m’avait abandonnée, lui qui m’avait toujours aidée. Alors mon esprit avait été modifié. A présent il n’était plus celui que je lui voulais être. Tordu, mais maintenant effrayé. Les mots hasardeux du pays des songes avaient finalement trouvé passage au travers de ma bulle, l’explosant. La peur. Le courage. Le futur. Le temps. Avais-je cet outil appelé courage pour m’aider à ne pas sombrer ? La noirceur de mon âme et son côté nuageux possédait-elle cet atout ? Le questionnement me pesait. Cela m’échappait. Je m’échappais moi-même. Peut-être devrais-je réellement me perdre, pour pouvoir me retrouver.

« Cette porte a été ouverte sur un monde que je ne connais pas. Un monde de terreur et de noirceur que je n’aime pas. Quelque chose qui m’effraie. Je n’ai jamais vraiment rêvé. Ce n’est pas que je ne me souviens pas de mes rêves. Mais chaque nuit je ne vois que du noir. Chaque nuit je me retrouve dans une pièce sans lumière, sans bruit, et je ne peux pas bouger. C’était toujours la même chose. Parfois, un rayon apparaissait et m’aveuglait, suivi d’un bruit terrifiant qui me faisait mal aux oreilles. Mais je n’ai jamais peur. Ou plutôt, je n’avais. Hier, lorsque j’ai perdu connaissance, je me suis retrouvée dans ce même endroit. Il y avait quelqu’un devant moi. Une fille. Je le voyais très mal, complètement floue. Ses yeux étaient fermés. Et dans cette pièce, il y avait un sentiment d’oppression qui me pesait. Et depuis, lorsque je dors, au lieu de me sentir à l’aise et paisible dans cet endroit vide, je suis effrayée et perdue. Quelque chose est louche là-dedans. Il s’est passé quelque chose que j’aimerais comprendre…
15.05 »


Trouvant enfin la porte de sortie, mes yeux s’ouvrirent. Mon âme était si embrouillée, détraquée et effrayée qu’elle faisait tout pour devenir pire qu’elle ne l’est déjà, essayant de faire croire au peu de raison que je possédais que je n’avais jamais franchi la porte des songes. Que quelque part, sans le vouloir, je n’avais fait qu’espionner un individu dans sa vie. J’avais le sentiment que quelque part, quelque chose avait changé, et que derrière ce changement il y avait une opportunité de vivre physiquement. Un piège me permettant d’utiliser mes sens et de laisser derrière le néant traître. La fille de Johannès et moi semblions partager nos expériences.

« Jean, tu n’as pas fini ? Cela fait deux jours que tu restes enfermée dans ta chambre. Je ne t’oblige pas à aller en cours, mais sérieusement, reste pas cloîtrée comme si on t’enfermait. »
Jean ne répondit pas à sa mère. Elle était allongée sur son lit et semblait absente. Elle finit par se lever et s’assit à son bureau. Elle prit un stylo et recommença à écrire. Encore.

« C’est comme si je voyais à travers ses yeux. Cette fille, j’ai l’impression qu’elle existe. Que quelque part dans ce monde, il y a quelqu’un enfermé dans le noir, quelqu’un qui a toujours supporté cette solitude. Peut-être voit-elle ma vie comme je vois la sienne ? Peut-être y a-t-il un moyen de la trouver. Un moyen de la sauver de cet enfermement. Mais qui est-elle ? Où est-elle ? Je ne l’ai vue qu’en rêve… Peut-être que quelque part, je deviens folle.
16.05 »


Peut-être y a-t-il du bien finalement dans la couleur. Peut-être devrais-je sortir de ma bulle inexistante. Peut-être est-ce ma rédemption, ma porte de salut. Quelque part, quelqu’un me connaît. Quelque part…
Immense. Le tout paraît immense. La bulle était fine, mais petite et protectrice. Elle n’y est plus. La froideur des ténèbres me frappa. Je n’y étais plus habituée. C’était la cloche sonnant le nouveau changement. Piochant dans ce que je n’avais que rarement utilisé, je me levai, et patiemment guettai le fils du diable. Une légère vibration perturba l’absence de son, m’informant. Le mur de pierres brûlantes congela mon épiderme, à l’instant précis où le chuintement métallique du battant décimait mes tympans. Le fis du diable, à son habitude, fit trois pas dans le cachot. La surprise du son et de la lumière m’avait laissée affaiblie. Avais-je vraiment à le faire ? Les paupières fermées, le rayonnement lésait toujours mes yeux qui n’y avaient jamais été acclimaté. Mais cette clarté n’avait rien à voir avec le néant. Si depuis peu je le percevais si froid et angoissant, l’éclat était d’une chaleur réconfortante. Je la suivis. J’essayai de voir, mais je ne pouvais. Le rayonnement lumineux semblait trop puissant pour ma rétine.

Jean se leva soudainement de son lit, tout à fait réveillée. Elle se précipita au rez-de-chaussée, et fébrile, se mit à fouiller dans le tiroir à l’entrée. Sa mère l’entendit et la rejoignit, demandant à la jeune fille ce qu’il lui arrivait. Celle-ci ne répondit pas. Clef en main, elle se dirigea vers la porte d’entrée, esquivant sa mère qui essayait par tous les moyens de la retenir. Finalement, elle sortit, suivie de près par sa mère, et se rendit dans la maison d’à-côté.
« Jean ! On n’entre pas chez les gens comme ça ! Même si c’est ton oncle ! »
Elle fit la sourde oreille et entra dans la maison par une fenêtre ouverte.
« L’oncle aurait dû être là… Mais qu’est-ce qu’il fout ? »
Elle fit rapidement le tour de la maison ; il n’y avait personne. Elle regarda la petite clé qu’elle avait prise dans le tiroir avant de se diriger vers une porte sous l’escalier. Le téléphone se mit à sonner, et Jean fit comme si de rien n’était. La clé ouvrit la porte. Une lueur apparut dans ses yeux, mélange de curiosité et d’appréhension. Elle descendit lentement les marches avant d’entendre un bruit. Un bruit de pas. Un pas lent et hésitant. Et puis une tête.
« Oh. My. God. »
Entendant un nouveau son, la fille en face d’elle essaya d’ouvrir les yeux, mais elle les referma aussitôt. Puis elle sembla distraite par quelque chose à sa gauche, que Jean ne pouvait pas voir.
« Le fils du diable est parti en chasse.
_ Quoi ? »
Jean sembla enfin remarquer les bruits de pas précipités et énervés plus loin dans la cave. Elle perçut aussi ceux, tout aussi pressés, de sa mère qui arrivait à l’étage, furieuse. Elle apparût bientôt dans l’encadrement de la porte.
« Ok, Jean, cette fois tu me dois une expl-… »
La mère de Jean ne finit pas sa phrase, et Jean se tourna vers elle. Elle eut un air choqué, fit deux pas en arrière en mettant la main devant la bouche.
« Jean ? Non, attends. Laquelle de vous deux… ? »
Aurais-je oublié de le dire ? Les deux filles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau.
C’est à ce moment précis que l’oncle de Jean décida de faire son apparition, attrapant le double de cette dernière. Il la relâcha instantanément en voyant sa sœur et sa nièce dans les escaliers. Il tenta un « qu’est-ce que vous faites là » qui n’alla pas plus loin que le premier mot. Cette fois, la mère de Jean était en colère contre lui.
« Tu gardes une fille dans ta cave ? Une fille qui ressemble trait pour trait à la mienne ? Mais qu’est-ce que tu fabriques ? »
L’oncle ne répondit pas. Il lui envoya un coup de poing dans le ventre et s’enfuit.

« L’enfant qui hantait mes rêves est devenue réalité. Elle se trouvait dans la cave mon oncle, dans la maison voisine. Mon oncle a alors disparu. Lorsque la police est arrivée, il y eut un coup de feu, et ils retrouvèrent l’oncle avec une balle dans la tête. Et la fille…
Je la considère comme une sœur. Depuis toujours, je rêvais d’elle. Apparemment, elle rêvait de moi aussi. Ma mère n’est pas de cet avis…
Nous avons retrouvé un journal de l’oncle. Et découvert la vérité sur celle qui m’appelle « fille de Johannès… »
16.05 »


La stupeur des enfants bleus lorsqu’ils avaient acquis le savoir de ma parole. L’effarement du sage nuage en lisant l’écrit bordeaux. L’ébahissement de la fille de Johannès, devant la réaction de celle de son ancêtre. Tout était fumé, je voyais. Je voyais, mais le lot d’informations par secondes était difficile à supporter. Il y avait beaucoup trop de vibrations. Beaucoup trop d’images. Beaucoup trop de sons inconnus. La fille de Johannès était aigre avec son ancêtre. Le sage nuage devenait orageux. Mon esprit déjà embrouillé ne suivait. Et puis il y eut une autre couleur. Derrière l’aigreur de l’enfant de Johannès, je vis des gouttes tombant doucement sur ses pommettes. Et le sage orageux ne cessait de répéter un son que je ne saisissais pas. Le « kl » du Clerc, Le « o » de l’obscurité et le « ne » négatif. Le clerc obscur semblait négatif avec elle. Le clerc obscur était positif pour la fille de Johannès. Suis-je le clerc obscur ?
Le sage nuage n’est plus sage. Elle vient de frapper la fille de Johannès. Elle l’a emmenée. Ma belle lumière était devenue pouilleuse. Malgré le volume insoutenable, je saisis quelques sons.
« Tu te rends comptes de ce que tu fais là, maman ? Mais est-ce que tu te rends seulement compte ?! Je sais, que c’est interdit, et jusque-là je ne savais rien !! MAIS MALGRÉ TOUT ELLE EST UN ÊTRE VIVANT, UN ÊTRE HUMAIN, ET TU SERAIS PRÊTE A LA TUER ?! »
Le terrible nuage dirigea ses foulées vers ma pauvre existence. De toute évidence je n’étais pas bienvenue en ce monde. Mes pensées se dirigèrent vers mon ancien ami. Le néant de choses allait vite me manquer dans ce monde si normal. L’orage me lançait un regard que je n’appréciais pas. Elle m’attrapa le bras, et j’entendais encore la fille de Johannès hurler. Les enfants bleus n’eurent pas l’air d’apprécier que l’orage noir m’emmène quelque part dans un de ces engins bruyants. Un bruit strident se mit à nos trousses, je couvris mes oreilles. Puis une image surgit, que je ne compris. Ma prochaine vision fut le néant. Je pensais l’avoir fui, mais il était là. Que fut ce sentiment horrible de fourmillement et d’agitation ? Cette atmosphère triste, et ce rouge… Et puis ma vue défaillit. Combien de secondes ai-je passé dans l’inconscience, l’incompréhension et l’ignorance ? Sans doute plusieurs centaines de milliers. Mais lorsque mes yeux s’ouvrirent bien malgré moi, j’aurais souhaité qu’ils restent clos. Le blanc me blessait. Les senteurs m’écœuraient. Mais où étaient le nuage et la fille de Johannès ? Un uniforme blanc s’approcha de ma pauvre personne et s’assit. Quelle était cette auréole de mort ? Elle parla. Beaucoup. Je ne suis pas certaine d’avoir tout interprété, mais la fille de Johannès avait eu un problème. Le nuage avait plu, il avait disparu. Et moi, j’avais dormi. Longtemps.
Je sortis sous les protestations de l’auréole de mort, et commençai à errer. Je devais trouver cet endroit. Le petit hêtre. L’enfant gris le saura.
« Petit hêtre en est le nom. Parle-t-il à votre mémoire ?
_ Hein ? »
Pantois, il l’était. Soupir de misère, innocence. Son regard n’était fou. Le mien l’était.
« Petit hêtre. La place.
_ Hêtre ? Hestra ?
_ Oui, le petit hêtre. Votre conscient en connaîtrait-il la location ?
_ Vous avez une étrange manière d’aborder les choses. Enfin bon. C’est à gauche au bout de la rue.  »
Je suivis la direction de son doigt avec mes yeux. Stupidité ne faisait finalement pas partie de son esprit conscient. Un regard.
« Je vous remercie. Votre esprit est aussi ouvert qu’une porte sur l’autre monde. Adieu. »
Un autre regard. J’enchaînais les pas. De ma hauteur de noix, je distinguais à peine le bout de la chaussée. La fille de Johannès m’espérait. M’attendait-elle vraiment ? Le petit hêtre ne semblait pas si affreux. Peut-être l’était-il. Elle avait perdu son ancêtre. Je dois avouer que j’avais peur de perdre le seul être que je connaisse un tant soit peu. La peur du futur… Je comprenais réellement le sens des phrases que la fille de Johannès avait écrites.

« Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
_ Ma personne souhaiterait trouver une connaissance.
_ Hm… Qui donc voulez-vous voir ?
_ La fille de Johannès. »
De la confiture. Son visage ressemblait à cette chose étrange. Il était rouge, mais un petit trait près de son œil indiquait sa bienveillance. Malgré cela, la bienveillante fraise semblait perdue. Ma parole, sans doute.
« La fille de… Vous avez pas un nom de famille ?
_ Proche ? »
Le chasseur. Le bienveillant ami qui vient t’aider, dans ce merveilleux conte qui n’en est pas un. Le chasseur était son nom. La fille de Johannès était un chasseur.
« Le chasseur anglophone.
_ Le chasseur… Ecoutez, je ne suis pas là pour jouer aux devinettes.
_ Alors mon conscient rencontrera le sien. Au revoir. »
La bienveillante fraise esquissa un geste, mais je l’ignorai. Mon inconscient guidera mes pas jusqu’à la fille de Johannès. Une cage d’escalier, des marches à n’en plus finir. J’enchaînais les foulées, rythmées par des coups sourds dans ma poitrine. Mes pas s’arrêtèrent devant un grand panneau orné du nombre 16. Le métal froid contre ma paume fit dresser mes poils. J’entrai.
La fille de Johannès était là, devant ma personne. Mais quelque chose d’exceptionnel était figé dans l’air. Non, l’endroit lui-même semblait pétrifié. Elle était assise, et mon inconscient faisait sonner toutes les cloches afin que je m’en aille. Mon conscient voulait faire de la lumière sur mon cerveau. La fille de Johannès releva le coin de ses lèvres. Ses bras se tendirent, et je m’approchai. La neutralité de son visage. Cette neutralité m’effraya plus que tout. Je m’approchai tout de même. Ses paumes froides entrèrent en contact avec mon visage, et subitement, un éclair illumina les parties sombres de mon esprit. Ses lèvres se murent, elle articula.
« Ensemble… Il fait noir n’est-ce pas ? Cette peur qui nous ronge… Tue-là. Tu le peux n’est-ce pas ? Tu l’as déjà fait. Encore une fois… »
Je pris sa main.
« L’invincibilité possède un prix. Souhaites-tu le payer ?
_ Le double sait mieux que l’original. Je te suis. »
L’eau était claire et limpide, et la fille de Johannès semblait déjà partir lorsque je l’emmenai. Le vert et l’image, et des escaliers. Lentement. Sûrement. La lumière devenait grise. Lentement, sûrement. L’enfant devenait mannequin. Et mon conscient m’échappait. Tout était lié. Nos deux personnes n’étaient séparées. Je m’arrêtai.
« L’existence est une chose. L’abandon en est une autre. Le néant peut être un ami, mais l’ami est celui qui peut nous détruire. La page, je tournerai. Adieu, fille de Johannès. Dans un futur proche, nos âmes se trouveront. »
Je souris. Je pris son épaule, et nous basculâmes. Le néant nous entoura. Mais dans ce néant, je n’étais plus seule.
(:
 

correction:
 


Dernière édition par Melati le Mar 1 Mar - 18:08, édité 2 fois
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Emanon

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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Lun 13 Avr - 20:01

Coucou ! Très joli texte, très étrange, qui met bien dans l'ambiance, je l'ai vraiment beaucoup aimé.

Quelques petites choses à noter :
"l’outil humain utilisé pour saisir" -> Peut être un peu maladroit pour parler d'une main, où alors il faudrait développer. L'idée de cette extériorité de son propre corps développé dans tout le paragraphe est très intéressante, mais dans le contexte la formulation sonne étrangement, surtout qu'on retourne immédiatement à une réalité plus commune et pragmatique avec l'utilisation du mot "doigts" juste après.

La transition avec la deuxième partie, avec un retour à un rythme quotidien marqué par des phrases plus courtes et des actions assez banales est assez intéressante aussi, mais manque peut-être un peu de rythme. Les répétitions ("elle", "elle", "elle") et le "puis" qui conclut le paragraphe alourdissent peut-être un peu trop quelque chose qui est très accroché au réel et sonne plus "vrai", plus proche d'une réalité un peu terne. L'emploi de "puis" en tout cas me semble alourdir un peu le texte.

"le porteur de la voix" L'expression est assez alambiquée. "Porter une voix" n'est pas une formulation commune. C'est intéressant parce que cela fait le lien avec le premier paragraphe et l'absence du corps, même dans un contexte très pragmatique, mais je pense qu'il y a peut-être plus naturel pour amener cette idée, où alors il faudrait peut-être développer pour accentuer cet effet.

J'aime beaucoup le passage assez mystérieux sur le fils du diable. Les vibrations, l'aléatoire des rêves, c'est très beau. D'ailleurs tout les passages du clones sont magnifiques. Vraiment.

" Mais il n’y a pas de perte de temps. Chaque moment vécu est une expérience dont il faut profiter."
Très joli aussi. J'aime bien la répétition de l'heure.

"la bouscula sans aucune tendresse" -> Peut-être à revoir, ça ressemble un peu à un pléonasme, on bouscule rarement avec tendresse.

"ce courage tant indispensable" -> Ce courage tellement indispensable me semble être une formulation plus naturelle, peut-être. Mais ça a peu d'importance.

" A présent il n'était plus celui que je lui voulais être" -> Un peu étrange comme formulation je trouve.

" Le mur de pierres brûlantes congela mon épiderme, à l’instant précis où le chuintement métallique du battant décimait mes tympans." Joli phrase, jolie antithèse entre le feu et la glace bien que cela profite peut-être plus à la forme qu'au sens. Je n'aime pas trop la collocation de terme "décimer les tympans" par contre... Je trouve ça un peu trop fort mais c'est un défaut mineur.

"Mon esprit déjà embrouillé ne suivait" -> Ne suivait pas serait peut-être mieux et clôturerait à mon sens mieux la phrase.
"Puis une image surgit, que je ne compris" -> Pareil.
"Son regard n'était fou" -> Pareil.

Très beau texte. Vraiment. Tout ce que j'ai noté plus haut ce ne sont que des détails de forme qui n'empêchent absolument pas d'apprécier le texte, je l'ai vraiment adoré. En plus y'avait presque pas de fautes. Plein de carottes à toi.

PS : Jean, c'est trop cool comme nom. Même que c'est le prénom de mon arrière grand mère. Vive ma vie.
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Melati

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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Mar 14 Avr - 3:29

Hey !
Alors tout d'abord merci de t'être penché sur mon texte ; )
Et ça me fait plaisir qu'il t'ai plu.

Merci pour les remarques sur les détails de style aussi. C'est vrai que tu as raison sur certains points, et je modifier ai sûrement ça sous peu =)
Tu l'as peut être compris, mais le clone ne sais pas vraiment utiliser les mots.  Elle a donc une manière pas toujours commune de s'exprimer, et la supression du "pas" dans ses négations vient de là. .. Après je comprends que ça puisse te gêner ; )

De là encore vient la "pierre brûlante qui congèle " par inversion du froid qui quand il l'est trop, brûle. (Ça doit pas être très clair ce que je dis là. )
"Décimer les tympans" parce qu'elle vit dans le noir et le silence total, alors le moindre bruit... Surtout imagine lpe bruit d'une porte métallique au chuinte sur de la pierre xD

Sinon je verrai ce que je peux faire pour le reste. En tout cas merci pour l'avis et la correction ; )
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Emanon

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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Mar 14 Avr - 18:25

De rien de rien. Pour le clone, oui, j'avais compris, mais comme c'est une erreur peu commune et que la suppression du "pas" peut se faire dans certain cas je n'étais pas sûre de son utilisation.
Pour la pierre brûlante qui congèle, effectivement, je comprend ce que tu veux dire. Après, le terme congeler est assez précis et scientifique donc c'est un peu étrange mais c'est plutôt bien trouvé au final. Pour "décimer des tympans", c'est aussi la sonorité et le sens du mot qui m'ennuient, parce que décimer c'est quand même "massacrer en grand nombre" mais comme elle ne maîtrise pas bien les mots ça peut se comprendre, même si je pense qu'un verbe un peu plus simple et moins précis pourrait avoir plus d'effet. Mais ça a assez peu d'importance, ça ne change rien à la qualité de ton texte.
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Mar 21 Avr - 14:17

J'aime beaucoup, ce texte est vraiment bien fait.


Au début on ne s'y retrouve plus avec les changement de points de vue, on a du mal à déterminer qui est qui, et ça donne un très bon effet, on a l'impression que tout s'emmêle, les pensées des deux filles, leurs impressions, tout ce mélange et on ressent bien l'espèce de confusion qui règne. C'est vraiment génial.

Et la manière dont s'exprime la deuxième fille est très bien pensé, ça permet de bien voir qu'elle a du mal à comprendre le monde autour d'elle. Et si on ajoute ça aux expressions comme "obscurité" "bulle" ou alors qu'au début elle est privée dans l'eau et comme privé de ses sens, ça me donnait l'impression qu'on suivait les pensées d'un foetus encore dans le ventre de sa mère.

Ce texte est très bien travaillé autant sur le fond que sur la forme, c'est vraiment génial, j'ai hâte de voir d'autres écrits de ta part !
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Yggdarsil
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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Ven 24 Avr - 10:41

J'adore ce texte, il est inspirant. Enfin ce que j'adore c'est l'idée d'extériorité à son propre corps. La jeune fille sépare toutes les choses que l'on a l'habitude d'associer: La voix, les mains, les visages, appartiennent aux personnes comme une orange appartient à un marché... C'est vraiment intéressant pour arriver à comprendre le "puzzle" permanent dans lequel vivent les personnes atteintes psychologiquement.
Ah, et l'idée des textes enchevêtrés les uns dans les autres qui se rejoignent à la fin, mais comment vous faites? Ça rajoute une tension continue de vouloir en savoir plus, toujours plus.

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Il est des gens qui sont là. Comme ça. En vrai. Et d'autres dont la présence est un mensonge. Une illusion. Efficace, quand elle trompe tout le monde. Ridicule, quand elle ne trompe que son porteur. -Lyonel Trouillot, Kannjawou

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orgie de .-.
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Melati

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MessageSujet: Re: Derrière les deux visages [TP] [C]   Ven 24 Avr - 14:37

Merci beaucoup pour vos commentaires, je suis ravie que ça vous ait plu :3

Corn > Effectivement les deux filles ont un lien particulier et leurs pensées s'emmêlent quelque part... En tout cas merci, j'avoue que j'en ai un peu bavé parfois avec la narration du clone, mais bon finalement c'est pas si terrible. xD

Yggdarsil > Ça me fait plaisir :3
Et oui effectivement, après avoir passé sa vie dans un cachot humide dans le noir, j'avais pensé qu'elle ne pouvait pas voir les choses de manière qu'on pourrait considérer comme "normale".

En tout cas merci :3

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(:
 
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