Encre Nocturne
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 Mad Soul [TP]

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Melati

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Féminin Scorpion Messages : 24
Date d'inscription : 12/04/2015
Localisation : Dans un pays, lointain... ♪

MessageSujet: Mad Soul [TP]   Mar 21 Avr 2015 - 16:09

Bon voilà un autre essai.
C'est très différent de l'autre nouvelle que j'ai posté, avec une écriture que j'aurais qualifié de plutôt compacte. Honnêtement je pourrais le retravailler, le développer mais avant ça je voulais voir ce que ça donne. Enfin bref, assez de blabla, je mets le début ; )












Mad Soul

Le jeune homme déambulait dans les couloirs, les yeux rivés sur une feuille qu’il tenait dans les mains. Il bouscula un groupe de médecins qui déplaçaient un patient et s’excusa platement avant de continuer son chemin, pensant à voix haute.
— Ils ont la vie dure à l’hôpital dis donc… Bon, la prochaine chose à faire c’est… Vérifier si les signes vitaux de la patiente de la chambre 107 sont stables. Je me demande ce qui lui est arrivée… Elle ne m’a pas mis son nom, tiens ? Bon bref.
Il tourna dans un couloir, passant les portes des chambres une à une. 105… 106… Il toqua doucement à la porte avant d’abaisser la poignée de la chambre 107. Il s’avança dans la chambre après avoir refermé la porte derrière lui. En voyant la jeune fille de son âge qui était allongée inconsciente dans ce lit d’hôpital, il se figea un instant.
— Oh…
Ouvrant un rideau afin de faire entrer le soleil matinal dans la chambre, il vérifia tous les appareils branchés à la mystérieuse patiente, et, pris de curiosité, se pencha au-dessus d’elle pour la détailler. Il se remit à lire son papier.
— Qu’est-ce que… Oh, merde, elle est dans le coma.
Il jeta encore un regard à la patiente avant de pester contre son papier qui ne donnait absolument aucune information sur les patients. Il se sentait un peu comme un robot qui vérifiait, changeait sans savoir vraiment pourquoi. Il soupira avant de ressortir de la chambre, se dirigeant vers une autre chambre dans laquelle il devait changer la perfusion du patient.

— Carwyn ! Reviens ici ! Tu es infernal !
— Viens le chercher, si tu y tiens autant !
— Bha garde le, je m’en fous !
Carwyn laissa paraître sa tête dans le cadran de la porte. En voyant que sa sœur avait effectivement abandonné et ne tenait pas tant que ça à récupérer son devoir, il soupira.
— T’es pas drôle.
Louva lui tira la langue et récupéra son devoir, triomphante. D’humeur à embêter ses sœurs, Carwyn ne se laissa pas abattre et se dirigea vers la chambre de son autre sœur. Il ouvrit la porte en se débrouillant pour faire autant de bruit qu’un chat griffes rentrées marchant sur du carrelage. Puis il s’avança jusqu’à sa sœur qui ne risquait pas d’entendre quoi que ce soit, car enfermée dans sa musique. Il finit par lui sauter dessus en hurlant comme un tigre, et le seul réflexe d’Ai fut d’envoyer son frère par terre en le poussant violemment.
— Purée, Carwyn, mais t’es un malade !
— Je t’ai fait peur, avoue !
— J’aurais pu te faire mal, merde !
— Bha je vais bien. Bon d’accord tu m’as planté tes ongles dans le bras, mais bon c’est pas trop grave encore.
— T’es pas possible.
— Je sais.
— Carwyn ! Qu’est-ce que tu fabriques encore à hurler comme ça ?!
Ai ne put s’empêcher de rire en entendant sa mère s’énerver comme ça contre son frère.
— Euh rien !
— Bien arrête de hurler s’il-te-plaît !
— D’accord !
Carwyn lança un regard noir à sa sœur. Celle-ci lui tira la langue, lui répondant que c’était bien fait pour lui. Il lui tira la langue en retour, et très peu décidé à aller travailler lui aussi, retourna dans la chambre de Louva, qui l’entendit arriver de loin.
— Carwyn, tu as pas fini de nous faire chier deux minutes ? Tu as pas des devoirs à faire toi aussi ?
— Bha non, mentit-il.
Louva ne fut absolument pas dupe.
— Va les faire, allez zou !
— Mais…
— Pas de mais ! Imagine la tête de papa si tu ramènes encore une mauvaise note…
Carwyn pâlit.
— Allez, bouge !
Le garçon sortit enfin de la chambre de sa sœur, qui soupira.

En passant la porte de la chambre 107, le jeune homme soupira. Il fourra son papier qui avait souffert au fil des jours dans sa poche, et comme à son habitude depuis un peu plus de deux semaines, il ouvrit le rideau et vérifia tout le matériel bizarre. Puis il s’assit sur la chaise, pensant à nouveau tout haut.
— Je me demande ce qui a pu lui arriver… C’est un vrai mystère cette fille, on ne veut même pas me donner son nom. Ou peut-être que le médecin est juste trop flemmarde pour aller me le chercher. Je n’en sais rien. Mais j’ai un peu pitié d’elle quand même.
La seule info qu’il avait réussi à avoir d’elle était qu’elle avait été transférée dans cet hôpital un an et demi auparavant, et qu’elle était déjà dans le coma à ce moment-là. Il faut croire que personne ne sait depuis combien de temps elle était comme ça, ou quoi ? Il songeait sincèrement à aller fouiller un peu dans les dossiers pour savoir. De tous les patients, c’était la seule dont il n’avait pas réussi à tirer le nom. Bon c’était la seule dans le coma aussi, et la seule de son âge. C’était sans doute pour ça qu’il lui portait un intérêt. Et aussi parce qu’il avait pitié d’elle, étant donné qu’elle ne pouvait pas vraiment profiter de la vie dans cet état-là. C’était son point de vue. Il se releva en soupirant, et marcha jusqu’à la porte, et se stoppa lorsque l’électrocardiogramme changea subitement de rythme. Il s’accéléra légèrement, rompant avec le son régulier. Surpris et ayant peur que son état se dégrade, le stagiaire retourna vers le lit de la patiente. Il fut surpris de la trouver éveillée, ses yeux à demi ouverts encore dans le vague.

— Purée, ça va faire vide, la maison, sans toi.
— Bha, si tu cherches quelqu’un à emmerder, Carwyn, Ai est encore là tu sais !
— Parce que tu crois que ça m’enchante de me dire qu’il va passer les cinq prochaines années à m’emmerder non-stop ?
— Hé, c’est pas gentil ça !
— Allez va, c’est pas comme si je partais à l’autre bout du monde non plus hein. Et puis on part en famille pendant les vacances, tu te souviens ?
— Ouais, c’est vrai ça, renchérit Carwyn, ça va être génial !
— Mais…
— C’est dommage que tu puisses pas venir avec nous, Ai…
— Ce serait la seule chose qui manque…
— Mais t’inquiète pas, on te racontera tout tout tout du début à la fin !
— Je crois que Caru a décidé de te faire un vrai carnet de bord de ce voyage.
— Bha pourquoi pas ?
— Mais dites, c’est quoi cette grosse blague ? Je viens avec vous, quand même !
— Mais oui, bien sûr. T’inquiète pas, on va pas t’abandonner ici.

— Attends-moi cinq secondes, je vais chercher le médecin.
Sans attendre de réponse, le stagiaire sortit de la chambre en trombe et courut jusqu’au bureau du médecin qui était responsable de lui. Il entra après avoir frappé, haletant.
— Doc, doc ! La patiente de la chambre 107 s’est réveillée !
— Quoi, qu’est-ce que tu racontes ?
— La fille dans la chambre 107 ! Elle vient de se réveiller !
— Tu plaisantes j’espère ? Cette fille est un cas désespéré. Je suis désolée. Je ne sais pas pourquoi tu t’intéresses autant à elle mais—
— Non mais je plaisante pas ! Elle s’est réveillée, je vous jure !

— Bon, eh bien Ai… On va partir dans quelques heures. Caru arrive, il est encore à la bourre, comme d’habitude. Les choses ont absolument pas changé, tu sais.
— Ben oui je sais ! Je l’ai vu rassembler ses affaires en vitesse pasqu’il avait pas fini sa valise…
— Ouais, c’est vrai, je suppose que tu sais tout ça, c’est pas la peine que je te raconte tout en détail hein. Bon. Du coup je crois que papa est encore en train de le babysitter pour qu’il se bouge les fesses. Et maman bha… Elle s’est endormie dans la voiture, comme d’hab aussi.
— Ah elle dormait ? J’avais pas remarqué. Bha c’est pas étonnant non plus.
Le silence s’installa pendant quelques minutes.
— Bon, vu l’heure je pense qu’il aura pas le temps de venir jusqu’ici. Donc je vais aller les chercher. Désolée, Ai.
— Mais pourquoi tu t’excuses ?
— Ouais, je sais, c’est un peu con vu comme ça. Mais bon, j’aurais vraiment aimé que tu puisses venir avec nous…
— Louva, cette plaisanterie est démodée, tu me l’as déjà faite. Tiens, qui c’est ?
— Oui, oui, je sais. Bon, on y va.
— J’arrive, attends-moi !

Lorsque la doctoresse passa la porte de la chambre 107, elle se figea littéralement sur place, profondément étonnée. Elle n’avait pas cru un instant que ce fut possible. Elle s’en retourna et sortit précipitamment de la pièce.
— Surveille-la, essaie de voir si sa mémoire est intacte. Je vais chercher son dossier. Bon sang, mais personne n’est jamais venu lui rendre visite !
Le stagiaire tiqua. Il espéra que la jeune fille n’avait pas entendu ce que la doc venait de dire, mais elle semblait ailleurs, comme perdue dans ses pensées. Mais personne n’était jamais venu la voir ? Ça c’était étrange. Surtout quelqu’un dans le coma, une jeune fille comme elle qui n’était pas ou à peine majeure, sa famille proche devait lui rendre visite non ?
Il poussa la chaise près du lit et s’assit dessus, avant de tenter d’attirer l’attention de la jeune fille. Seulement elle semblait complètement ailleurs, et même s’il l’interpellait elle ne semblait pas vouloir répondre.
— Bon alors… Vu que je connais pas ton nom je vais essayer de le deviner… Hm… Tu as une tête à avoir un prénom en « a ». Voyons voir… Elisa ? Maria ? Elsa ? Chelsea ? Aria ? Peut-être pas en « a » alors… Indigo ? Nan c’est pas un prénom ça… Laïla ?
La jeune fille sembla enfin réagir. Elle tourna la tête vers le stagiaire, qui lui était content qu’elle réagisse.
— C’est ça, ton prénom c’est Leïla ?
Elle le regarda un instant, le temps que les mots qu’il venait de prononcer se fassent un chemin jusqu’à elle. En comprenant qu’il tentait de deviner comment elle s’appelait, elle eut un pauvre sourire. Elle secoua la tête.
— C’est pas Leïla ? Hm… Léa ? Mélia ? Non, toujours pas ?
La patiente secoua de nouveau la tête.
— Hm… J’abandonne. Tu peux me dire ton nom ?
Ses yeux semblèrent s’éclairer un peu, et elle ouvrit la bouche. Aucun son n’en sortit. Surprise, elle cligna plusieurs fois des yeux et regarda autour d’elle.
— Ah, mince, bha t’inquiète pas c’est normal, tu viens de te réveiller après tout. Attends.
Il sortit une feuille et un stylo d’un tiroir et posa le tout sur la tablette avant de la déplacer devant elle. Elle sourit en prenant le stylo.

— On est bientôt arrivé ?
— Nan !
— Vous êtes sûrs ?
— Oui !
— Mais—
— Mais Caru, tu peux pas te taire trente secondes ?
— Si je peux.
— On parie ?
— D’accord. Trente secondes, top chrono.
Le silence tomba d’un coup dans la voiture. Le père conduisait et ne prêtait pas attention à ce qu’il se passait dernière, la mère dormait toujours à poings fermés, et les deux sœurs se taisaient avec un grand sourire imprimé sur la face. Carwyn était au milieu et avait les bras croisés d’un air de défi. Au bout de 20 secondes, il éclata de rire, purement et simplement.
— Aha ! Tu vois que t’en es pas capable !
— Mais j’ai tenu trente secondes !
— Non, vingt. Tu sais plus compter ?
— Mais j’ai compté trente crocodiles !
— T’es sur que ce n’étaient pas trente « crocos » ?
— Bha oui je suis sûr !
— Bha si c’était trente crocos. Sinon tu aurais tenu le bon temps.
— Peuh.

Le stagiaire reprit la feuille.
« Ai Enigma. »

— Ai, tu dis ? C’est joli, je n’avais jamais entendu.
« Merci »
La doc rentra alors dans la salle avec un psychologue. Seulement contrairement au stagiaire, le psy n’arriva pas à lui faire sortir un mot, que ce soit par oral ou par écrit. Ai restait délibérément muette et refusait de dire quoi que ce soit à qui que ce soit à par le stagiaire.
Quelques temps après le petit groupe décida de laisser la jeune fille seule un moment. Le psychologue demanda rapidement au stagiaire de poser quelques questions à Ai, qu’il arrive à déterminer si elle va bien mentalement ou pas.
— D’accord, répondit le jeune homme, mais je veux savoir ce qui lui est arrivé avant.
— Son dossier dit qu’elle est tombée d’une falaise en sortie scolaire, quand elle avait sept ans.
— Quand elle avait sept ans ? Et maintenant elle a quel âge ?
— Dix-huit ans, si je sais encore compter.
— Alors elle est restée dans le coma pendant onze ans ?!
— J’en ai bien peur, oui.
Cela amena le jeune homme à vouloir encore plus aider cette fille. Elle n’avait pas eu d’enfance, après tout. Et l’enfance est quand même la période de l’innocence, la belle période de la vie…

— Oh, Louva ! Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vue !
— Euh ouais, j’avoue. La dernière fois j’avais quoi, dix ans ?
— Oui ! Et Carwyn était un tout petit monstre haut comme trois pommes ! Attendez, laissez-moi deviner. Louva, maintenant, tu as dix-neuf ans. Je me trompe ?
— Correct.
— Donc Ai en a treize, et Carwyn en a dix.
— Gagné l’ancien !
— Caru ! Tu ne vas quand même pas l’appeler comme ça pendant toute la semaine ?!
— Meuh non, je plaisante.
— D’ailleurs c’est l’anniversaire de Caru demain !
(:
 

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(:
 


Dernière édition par Melati le Mar 1 Mar 2016 - 18:10, édité 1 fois
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Sayanel

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Mar 21 Avr 2015 - 19:21

C'est sympa, je suis vite rentrée dans ton monde. Par contre j'avoue avoir du mal à en saisir l'issue.

Les souvenirs d'Ai sont-ils des souvenirs fictifs qu'elle s'est inventée ?

Je sais pas ça me perturbe >.<
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Melati

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Mer 22 Avr 2015 - 14:04

Merci pour ton commentaire Sayanel, ça me fait plaisir ; )
Effectivement c'est autour de cette ambiguïté que tourne l'histoire... C'est pas super actif au fond :3
Je pose la seconde partie !












Mad Soul (2)

— Ai ! Tu es enfin réveillée !
Ai sourit. Elle ne pouvait pas encore parler.
— Purée tu m’as fait TROP peur quand je t’ai vue passer par-dessus la barrière ! Je te jure j’ai cru que t’allais crever !
— C’est bon Caru, pas la peine de la traumatiser encore plus.
Ai leva sa feuille de papier.
« Ça va. »
— Mais euh, il s’est passé quoi en fait. J’ai jamais compris.
— Caru, tu crois pas que ce serait mieux que tu lui demandes ça une autre fois ? Elle vient de se réveiller je te rappelle !
« Ca va, vous inquiétez pas. Disons que je me chamaillais avec quelqu’un, et vu qu’on gênait le passage un gars de je ne sais quelle classe nous a séparées violemment pour passer et je suis passée par-dessus la rambarde. »
— Et j’imagine que la cour en béton ça doit pas faire du bien…
— Caru !
— Oui, oui, merde, pardon c’était pas sympa… Mais au moins maintenant je pense qu’ils vont enfin fermer ces fichus couloirs avec un vrai mur…
— C’est bon, t’as fini avec tes questions chiantes ? On est là pour la remettre sur pied, tu te souviens ?
— Ouais… Pardon, Ai.
« T’inquiète. J’ai dormi longtemps ? »
— Ouais. Beaucoup trop à mon goût en tout cas.
— Bha oui, disons, mais c’était nécessaire pour que tu récupères, alors. Tant que t’es vivante, ça va, t’inquiète !
« C’est gentil… »
— Bha t’inquiète, on va pas t’abandonner là de toute manière.
— Nan, ça on risque pas de t’abandonner là.
— Ah, vous êtes là, s’exclama la doc en entrant. Ai doit passer quelques examens maintenant, mais vous pouvez revenir dans une petite heure si vous voulez.
— D’accord. Bon bha, à plus tard Ai !
— A plus !

— Ai ne devait pas passer des examens aujourd’hui ?
— Non, finalement ils ont été reportés à demain.
— Ah d’accord.
— Le psy voudrait que tu lui parles, tu veux bien ?
— Ouais d’accord.
Lisant toujours le dossier de cette même personne, le stagiaire se dirigea vers la chambre 107. Il en avait tellement l’habitude à présent qu’il pourrait y aller les yeux fermés. Aucune famille n’avait été joignable, ils avaient apparemment déménagé, changé de numéro, et elle ne semblait pas avoir non plus de famille éloignée. En tout cas il était difficile d’aller la chercher quand on n’a même pas une piste. Personne n’était venu non plus, mais la doc avait bien précisé que depuis son arrivée ici, personne n’était jamais venu la demander.
Autre chose. Cela faisait plusieurs jours qu’elle s’était réveillée, et si elle semblait aller bien malgré le fait qu’elle n’ait toujours pas retrouvé l’usage de la parole, elle n’avait jamais demandé ce qu’il s’était passé, si combien de temps elle avait dormi. Généralement c’était ce que les patients cherchaient le plus à savoir. Le psy avait d’ailleurs demandé à ce qu’il pose la question. Si elle se souvenait de ce qu’il s’était passé, ou si elle ne voulait pas savoir combien de temps elle était restée dans le coma. Il tenta d’ailleurs après avoir passé un moment dans la chambre avec elle.
— Tu te souviens de ce qu’il s’est passé ?
« Oui. »
— Ah, tant mieux alors. Tu ne veux pas savoir combien de temps tu es restée dans le coma ?
« Longtemps. »
— Euh… Oui. C’est vrai. Tu es restée vraiment très longtemps dans le coma.
Il n’insista pas, passablement étonné. Il pensait que si elle se braquait contre le psy, c’était parce qu’elle ne savait pas, et qu’elle ne voulait pas l’admettre.

— Chauffeur, chauffeur si t’es champion, appuie sur le champignon ! Chauffeur chauffeur-
— Caru, tu veux bien te taire ? C’est déjà assez chaud de conduire dans le noir, ok ?
— Roh.
Pour arranger les choses, un brouillard épais se mit rapidement en place, et Louva se crispa carrément sur son guidon. Elle finit par s’arrêter complètement.
— J’y vois que dalle ! J’en peux plus moi ! Papa !
— C’est qui qui voulait prouver à tout le monde que tu pouvais te débrouiller toute seule ?! Alors tu te débrouilles.
A contrecœur, Louva reprit le volant. Elle avançait doucement et l’atmosphère dans la voiture était plus que palpable. Elle tourna un virage en épingle à cheveux, une voiture surgit devant la leur, phares allumés et allant à toute allure. Les deux voitures se percutèrent et finirent dans le fossé.

— Alors alors ? Ils se sont bien passés tes tests hier ? Désolée on n’a pas pu revenir ils avaient fermé les visites…
« Les tests ont été reportés à demain. »
— Ah ? Ok alors.
— Oh, vous êtes la famille d’Ai ? demanda la doctoresse en entrant.
Ai lui lança un regard interrogateur. Elle les avait vus la veille, pourtant, pourquoi faisait-elle comme si elle ne les avait jamais vus ? Louva haussa les épaules et Carwyn ne montra aucune réaction. Ai se demanda si quelque chose clochait.
— Je passe juste voir si tout va bien, vu que le stagiaire n’est pas là pour le moment. Tu n’as besoin de rien ?
« Ça va merci, tout va bien. »
La doctoresse ressortit de la chambre peu de temps après.
— Ai ? Tu devrais dormir un peu, peut-être. Tu as l’air fatiguée.
— On te dérange, peut-être ?
La jeune fille ouvrit la bouche comme pour protester, mais elle sentait que quelque chose clochait. Les voix de Louva et Caru lui semblaient tout d’un coup beaucoup moins claires, comme assourdies par un mur.
« Non, je vais bien ne vous inquiétez pas. »
Elle se demanda pourquoi dans ses souvenirs les plus récents de son frère et de sa sœur, ils avaient tous deux ce type de voix assourdie. Pourtant, il lui semblait que leurs voix étaient claires quelques secondes auparavant… Prise soudain d’un vertige, elle se prit la tête dans les mains, affolant ses frangins, et tomba endormie sur son oreiller.

— Le-le-le-le-lelelelelele LE FOSSE ‼
Ai se redressa brutalement dans son lit, pantelante, à bout de souffle et suant comme un bœuf. Elle respira profondément afin de se calmer, avant d’aviser le soleil qui entrait à grands rayons dans la chambre. Elle regarda sa montre, qui lui indiqua que c’était déjà l’après-midi. Elle soupira et passa dans la pièce adjacente.
A son retour le psychologue l’attendait bien sagement assis sur une chaise. Elle se renfrogna et grimpa sur le lit.
— Bonjour, Ai, dit le psy en lui tendant une feuille et un stylo. Est-ce que tu veux bien me parler aujourd’hui ?
La jeune fille se renfrogna, et secoua la tête. Apparemment pas.
— Bien, ce n’est pas grave tu sais. Je repasserai plus tard.
Le stagiaire croisa le psy dans le couloir qui lui fit un clin d’œil. Il soupira. Bientôt ce psy allait devoir arrêter de se servir de lui pour atteindre Ai. Il passa la porte de la chambre 107 et sourit à la jeune fille.
— Salut, dit-il le plus naturellement du monde.
— Salut, répondit-elle avec la voix écorchée de quelqu’un qui n’a pas parlé depuis longtemps.
— Tu as retrouvé la voix ?
— Plus ou moins, dit-elle alors que sa voix s’éteignait justement.
Le stagiaire s’assit sur le bord du lit.
— Pourquoi tu ne veux pas parler avec le psychologue ? Il est là pour t’aider, tu sais.
Ai prit la feuille posée sur la tablette et se remit à écrire dessus.
« Il me fait peur. Je suis sûre que ce qu’il a à me dire ne va pas me plaire. »
Le stagiaire lui lança un regard intrigué. Il plissa les yeux, réfléchissant. Ai semblait se souvenir de l’accident. Elle semblait savoir combien de temps elle était restée dans le coma. Elle n’avait jamais demandé de nouvelles de sa famille. En clair, elle semblait aller parfaitement bien. Et pourtant, elle avait l’impression que le psy avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer ?
— Il ne fait que poser quelques questions pour voir si tu vas bien ou pas, après tout ce temps dans le coma ce ne serait pas étonnant que tu aies des trous de mémoire ou quelque chose comme ça…
Il faillit ajouter qu’il ne savait pas quel genre de mauvaise nouvelle il pouvait annoncer, seulement il n’y croyait pas lui-même. Cette fille était un vrai mystère, il ne savait rien sur elle, et il avait la nette impression que quelque chose chez elle lui échappait totalement. Que quelque chose clochait, et qu’elle ne voulait pas le lui dire. Il regarda sa montre, et tordit la bouche. Il allait bientôt devoir rejoindre la doc, et il avait autre chose à dire à la jeune fille.
— Ai, commença-t-il en se demandant comment annoncer ça sans lui faire de mal, tu sais que je suis stagiaire ici…
Ai inclina légèrement la tête, et une mèche de ses cheveux de jais glissa sur son épaule pour tomber devant. Le jeune homme se surprit à penser qu’ils devaient être soyeux, ces cheveux.
— Mon stage se termine demain, soupira-t-il sans avoir trouvé de moyen de lui dire de manière douce. Je reviendrai probablement… Mais je ne pourrai pas passer aussi souvent que je le faisais jusque-là. Je suis désolé.
Ai sourit et attrapa le crayon, qui lui échappa des doigts pour venir rouler au pied du lit. Le stagiaire se leva et le ramassa avant de lui tendre. Lorsqu’elle prit le crayon, il remarqua qu’elle tremblait.
« Ne t’inquiète pas, écrivit-elle à la va-vite, ce n’est pas la peine de t’excuser. Ce n’est pas ta faute, après tout. »
— Oui, je sais, mais…
Les mots restèrent coincés dans sa gorge. Quelque chose lui disait que dire cela était une mauvaise idée. Car au fond, il était vraiment la seule personne qui ne venait pas la voir seulement pour des raisons médicales.
— Bon, d’accord. Je reviendrai quand même te voir, promis.
Ai sourit, et le stagiaire s’en retourna. Il se dirigea vers la porte, et Ai ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Le stagiaire disparut dans le couloir, la porte se refermant doucement derrière lui.

— Ai ?
La jeune fille tourna la tête vers son interlocuteur. Sa sœur était assise sur le lit près d’elle. Ai ne l’avait pas entendue arriver, perdue dans sa contemplation du paysage visible de la fenêtre. Louva y jeta un œil, semblant se demander pourquoi sa sœur la regardait autant.
— Tu aimes la vue ?
Ai haussa les épaules, et sa sœur sourit. Elle lui prit la main, changeant de sujet.
— C’est bientôt la fin.
Ai la regarda, intriguée, lui posant une question muette de son regard. Louva eut un sourire radieux.
— De ton séjour à l’hôpital, pardi ! Tu vas pouvoir sortir ! Retourner vivre avec nous !
L’émotion perçait dans sa voix, et Ai plissa les yeux. Mi-heureuse, mi-intriguée, Ai ne posa pas plus de questions. Elle souriait elle aussi lorsque la doc entra. Louva se leva alors précipitamment sous les yeux étonnés d’Ai.
— Euh… Je crois que je ne suis pas censée être là. C’est trop tôt pour les visites… Je reviendrai plus tard !
La doctoresse n’avait pourtant rien dit en voyant la sœur d’Ai, ne lui prêtant même pas attention comme si elle avait toujours été là.
— Bonjour Ai, comment vas-tu ?
Sans un mot, la jeune fille hocha la tête.
— Je crois que le stagiaire t’a prévenu qu’il ne reviendrait probablement pas, car son stage est terminé.
Elle hocha de nouveau la tête. La doctoresse sourit à la jeune fille avant d’ouvrir le rideau. Et de vérifier les machineries.
— Si tu as besoin de quelque chose, n’hésite surtout pas d’accord ?
Ai attrapa la manche de la doc, qui la regarda d’un air intrigué lui pointer la feuille sous le nez. C’était la première fois qu’elle adressait la parole à quelqu’un d’autre qu’au stagiaire.
« Son nom ? »
— Son nom ? Au stagiaire ? demanda-t-elle alors qu’Ai hochait la tête. C’est Deene. Il s’appelle Deene.

— Bonjour Ai, comment vas-tu ?
Le psychologue entra et s’assit sur un fauteuil de la chambre, tandis qu’Ai tournait lentement la tête vers lui.
— Bonjour, répondit-elle d’un ton froid et éraillé.
Le psychologue afficha une mine surprise. C’était la première fois qu’elle lui adressait la parole. Il sourit, pensant qu’il ne valait mieux pas la brusquer.
— Comment te sens-tu ?
Ai ferma à demi les yeux, comme pour le toiser, et haussa les épaules d’un air songeur, sans prononcer un mot.
— Dis-moi, Ai, commença prudemment le psychologue, sais-tu ce qu’il t’est arrivé ?
Ai soupira d’agacement.
— Oui je sais.
— Veux-tu me raconter ?
— Non.
Le psychologue sourit. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle coopère, étant donné qu’elle avait passé des jours et des jours sans même vouloir lui écrire ne serait-ce qu’un mot.
— Dis-moi Ai, sais-tu quel âge tu as ?
— Je connais mon âge, tout de même.
— Veux-tu bien me le dire ?
Ai soupira de nouveau d’agacement, mais répondit tout de même.
— J’ai dix-huit ans.
Le psychologue hocha la tête comme pour confirmer, ce qui agaça d’autant plus la jeune fille.
— Ecoutez, je vais très bien, je connais mon âge, je sais ce qu’il s’est passé. Qu’est-ce que vous voulez savoir de plus ?
Le psychologue sourit et se pencha un peu, s’appuyant sur ses genoux de ses coudes.
— Ai, je tente juste de déterminer l’effet de ce coma prolongé sur toi.
— Je sais bien que ça fait longtemps que je suis dans le coma, mais je vous assure qu’il ne manque rien à ma mémoire.
Le psychologue, sans répondre, se leva et se dirigea vers la tablette sur laquelle était toujours posés feuille et crayon. Il regarda rapidement les réponses d’Ai, notant l’écriture soignée.
— Tu as une belle écriture, Ai.
— Pourquoi un compliment, tout à coup ?
— Ne sois pas tant sur tes gardes, Ai, je ne suis pas là pour te faire du mal.
— Je n’en sais rien.
Le psychologue se rassit.
— Ne veux-tu rien me dire sur l’accident ?
— C’était un accident stupide, répondit la jeune fille dans un soupir, ce n’est pas la peine d’en reparler.
Le psychologue sourit, et ouvrit la bouche pour parler mais fut interrompu par la doctoresse qui entrait dans la chambre. Le psychologue sortit tandis que la doc trafiquait les machineries.
— Doc ?
Surprise elle aussi d’entendre la patiente parler, la femme aux cheveux rouges papillonna un instant des yeux avant de sourire à la jeune fille.
— Oui, Ai ?
— Quand est-ce que vous pensez que je pourrai sortir ?
La doctoresse sembla pensive un instant. Ils n’avaient toujours pas réussi à contacter qui que ce soit. Donc la jeune fille n’avait aucun endroit où aller, si elle sortait de cet hôpital. Et la doc était aussi persuadée qu’elle ne pourrait pas se débrouiller seule, malgré sa majorité. Entre autres, elle ne voulait pas la laisser partir sans être sûre qu’elle ne la retrouverait pas deux jours après dans cet hôpital à moitié morte.
— Je ne sais pas, Ai, répondit-elle, je suis désolée.
Ce qui était vrai, elle était vraiment désolée pour elle. La doc sortir de la chambre tout en réfléchissant. La jeune fille ne s’inquiétait-elle pas que personne ne soit venu la voir ? Ou alors n’avait-elle jamais eu personne pour venir la voir ? Si elle demandait à sortir, c’était probablement qu’elle pensait qu’elle pourrait se débrouiller seule. Ou qu’elle pourrait rentrer chez elle, comme si rien ne s’était passé. La doc soupira. La pauvre fille avait apparemment été trimballée d’hôpital en hôpital, aussi ne restait-il aucune trace d’un éventuel membre de sa famille qui serait au courant de son existence. Elle soupira en se promettant de passer une série de coups de fils pour retrouver un indice concernant la mystérieuse patiente.
— C’est bientôt fini, Ai.
Ai se tourna vers Caru qu’elle n’avait, encore une fois, pas entendu entrer. Elle fronça légèrement les sourcils, intriguée.
— Pas forcément, répondit-elle, la doc m’a dit qu’elle ne savait pas quand est-ce que je sortais.
— Je ne sais pas quand est-ce que tu vas sortir, Ai, répondit Carwyn d’un ton énigmatique.
— Caru, qu’est-ce que tu racontes ? Ce matin Louva m’a dit que…
Carwyn souriait à sa sœur d’un air triste, tandis que la jeune fille réfléchissait à toute allure.
— Carwyn… Carwyn, pourquoi est-ce que tu es venu sans Louva ?
Carwyn était trop jeune pour conduire, la maison était loin et il n’y avait pas de transports en commun rapide pour qu’il vienne en solo. Et de toute manière, Carwyn n’avait jamais été débrouillard pour ce genre de chose. Le jeune frère ne répondit pas ; mais son sourire était redevenu normal.
— Tu es venu avec papa ? Ou maman ?
Carwyn ne répondit pas. Il baissa un instant la tête, et regarda sa sœur dans les yeux.
— C’est bientôt fini, Ai. Tu ne peux pas continuer.
— Mais de quoi tu parles ?
Elle eut soudain un vertige et ferma les yeux quelques secondes. Lorsqu’elle les rouvrit, son frère était parti, et elle avait l’impression qu’elle venait de se réveiller. Mais, assise dans son lit, elle savait que ce n’était pas le cas. Quelque chose lui échappait, et cela la terrorisait.

(:
 

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(:
 
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Mer 22 Avr 2015 - 14:19

Je savais pas qu'il y avait une suite ! (ou j'ai oublié plutôt).

Je crois que j'ai compris ! Ai n'a plus de famille, ils ont disparu dans l'accident. Mais elle voit toujours leurs fantômes/hallucinations qui viennent la visiter. Et c'es bientôt la fin--> elle ne les verra plus.

Il y a une troisième partie ? :3

Saya
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Mer 22 Avr 2015 - 19:40

Wé Saya, je pense pareil :la:

Bien joué en tout cas Mela, d'abord pour l'histoire qui est quand même assez originale, et puis ce mélange souvenirs-hallucinations-présent est très réussi ; personnellement j'adore ta pagaille de dialogue ! Quand y'a plein de répliques qui s'emmêlent comme ça, on ne sait plus qui dit quoi, c'est génial pour exprimer 1. l'ambiance des fratries (wesh, on aime le bazar :la:) et 2. le chaos des hallucinations, que je perçois comme confuses.
Bref, j'attends la suite ! (en espérant qu'Ai ne crève pas dans un fossé, seule et abandonnée de tous :( )

PS. Bah s'écrit avec le H après le A, tous les Bha dans ton texte me choquent profondément ! :rire:

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 11:27

Sayanel > Il y a bien une troisième (et dernière) partie ! =p
Corn > Oui je sais mais j'écris tout le temps "bha" comme ça xD C'est, euh, je sais pas, le "bah" made in Melati xD *sort*
Sinon oui effectivement c'est le gros mélange présent-souvenirs-hallucination qui prime :3
Les bazar dans les dialogues est aussi là pour mettre le doute, vu qu'on ne sait pas qui parle, et on ne sait pas (toujours) à qui ni pourquoi et où... (phrase très française btw.) En quelques mots oui c'est confus. Je parle beaucoup. xD

Donc je vais poser la troisième partie, hum, la dernière xD
J'aurai aimé savoir après, si je devrais la laisser comme ça ou pas. :3
Gogogo patate o/












Mad Soul (3)


Le psychologue entra dans la chambre 107, et la jeune fille se renfrogna immédiatement. Cela faisait une semaine que Deene était parti, et elle arrivait encore à espérer que ce soit lui qui passe la porte. L’homme sourit et s’assit comme à son habitude sur le fauteuil de la chambre.
— Bonjour Ai.
— Bonjour, dit-elle d’un ton maussade.
— Comment te sens-tu ?
— Pas pire que d’habitude.
Le psy se pencha en avant, s’appuyant de ses coudes sur ses genoux.
— Dis-moi, Ai, dit-il doucement d’un air qui se voulait neutre, peux-tu me parler de ta famille ?
C’était un sujet qui n’avait pas été abordé jusque-là et Ai en fut surprise. Sa famille ? Mais pourquoi ? Seulement pour une fois, elle n’opposa pas de résistance, et répondit simplement.
— J’ai une grande sœur, un petit frère, un père et une mère. Rien d’autre, à ce que je sache.
Le psy tiqua, ce qui n’échappa pas à Alice, mais il continua comme si de rien n’était.
— Quel âge ont tes frangins ?
— Mon frère a quinze ans, ma sœur en a vingt-quatre. Pourquoi ?
— Ai, où vis-tu ?
— 12 Avenue du Mans, dans la ville de… Attendez, vous le savez déjà, je me trompe ? Pourquoi vous me demandez ça ?
Le psychologue parut soudain très las. Il sourit tristement, et se releva.
— Je suis désolé, Ai, tu devrais te reposer.
Il sortit sans dire un mot de plus, laissant une Ai encore plus égarée qu’elle ne l’était déjà, lui procurant un puissant sentiment d’insécurité.

— Louva, rends ! Louva !
— Haha ! T’es grand maintenant Carwyn, mais tu ne me dépasses pas encore !
— Mais t’es géante aussi, Louva ! Rends-moi mon téléphone !
— Pas de téléphone dans les hôpitaux ! Confisqué !
— Mais j’allais l’éteindre je te dis !
— Je t’ai vu, tu allais envoyer un message à ton pote Pascal !
— Non !
— Si !
Avoir ses deux frangins dans sa chambre avait considérablement remonté le moral d’Ai qui se sentait profondément perdue. Discuter avec ces deux-là, qu’elle connaissait depuis toujours, lui procurait ce sentiment familier réconfortant qui lui manquait depuis un moment. Pendant un moment, elle n’eut plus cette dérangeante sensation qu’elle devait reconstituer les pièces d’un puzzle qui allait finir par former l’aiguille sur laquelle elle allait se piquer avant de sombrer dans un sommeil éternel. Elle souriait, elle riait. Avec eux, elle était heureuse. Il n’y avait qu’avec eux qu’elle n’avait pas besoin de ne pas se sentir à la hauteur des choses. Il n’y avait rien à comprendre. Ils étaient juste ses frangins, sa famille, et c’était réconfortant.
Non, se dit-elle, il y avait une autre personne. Une dernière personne, qui n’était pas sa famille, qui lui avait apporté un peu de chaleur. Mais Deene n’était pas revenu depuis dix jours, et elle doutait de sa sincérité lorsqu’il disait qu’il reviendrait. Il avait promis.
Mais le psy entra, rompant avec la gaîté générale et surtout celle d’Ai, et ses frangins se turent, s’asseyant sur les deux chaises près de la porte. Ai ne savait pas s’ils avaient été autorisés à rester là, mais le psychologue ne leur reprocha pas leur présence, alors elle ne dit rien. Il sourit tristement, et la doc entra, avant d’aller s’adosser à la fenêtre.
— Ai…
— Bonjour, Ai, dit le psy de sa voix chaleureuse.
— Bonjour, répondit la jeune fille en proie à un mauvais pressentiment.
Elle regarda en direction de ses frangins pour se donner du courage. Louva évitait son regard, mais Carwyn levait un pouce.
— Ai, peux-tu me dire quel est ton dernier souvenir avant de t’être réveillée ici ?
Ai inclina la tête, intriguée. Le doc lui demandait une énième fois, de manière détournée, de lui parler de l’accident. Elle réfléchit, et se remémora la dernière image qu’elle vit avant le noir. Elle voyait la rambarde de l’école, et toutes les têtes horrifiées de la voir tomber dépassant au-dessus. Elle décrivit cette image. En proie d’un vilain doute, le psy posa une autre question.
— Ai, te souviens-tu d’un accident que tu aurais eu quand tu avais sept ans ?
La jeune fille lança un nouveau regard vers ses frangins. Louva évitait toujours son regard. Quant à Carwyn… Son expression était énigmatique. Elle remarqua qu’il articulait quelque chose.
— Ai ?
— Euh, quand j’avais sept ans ? Vous parlez de quand je suis tombée de la falaise ?
— Peux-tu me raconter ce qu’il s’est passé exactement ?
— Il y avait une forêt, dit Ai alors que le psy fronçait les sourcils, et je marchais lentement, donc j’avais distancé les autres. Il faisait nuit et je tournais en rond… Quand je suis sortie de la forêt je me suis retrouvée au bord du vide, et comme il avait plu, ça glissait énormément. En fait, le chalet où on devait dormir était en bas d’après ce qu’on m’a dit, et on m’a entendue crier. Je crois que j’ai eu de la chance de m’en tirer sans attraper la mort.
Le psy fronçait les sourcils, et la doc arborait une expression de tristesse incroyable. Ai redoutait la suite. Elle aurait voulu s’enfuir, partir d’ici à tout prix. Elle sentait que c’était une mauvaise idée.
— Ai…
— Non, dit-elle à la surprise de tous, non ! Laissez-moi !
Elle avisa son frère, qui articulait quelque chose. Elle le regarda un instant, avant de comprendre ce qu’il disait.
« C’est bientôt fini, Ai. Tu ne peux pas continuer. »
Elle secoua la tête, l’air de dire « mais de quoi tu parles ? » avant d’entendre un cri. Un cri de surprise, un cri de tristesse. Puis des pas précipités. La doc avant enfoncé son visage dans ses mains, et la porte s’ouvrit à la volée.
— DOC !!
Puis son regard tomba sur Ai, qui le regardait comme s’il sortait d’une soucoupe volante. Des grosses larmes coulaient abondamment sur ses joues, et son premier réflexe fut de venir enlacer la jeune fille.
— Je suis désolé… Je suis désolé, répétait-il sans cesse, je suis désolé… Je ne savais pas…
— Deene, demanda Ai à présent terrorisée, mais de quoi tu parles ?
Et elle avait de quoi avoir peur. Lorsque Deene avait ouvert la porte, Louva et Caru avaient disparu. Littéralement. Comme s’il n’y avait jamais eu personne.
— Jeune Ai, dit le psychologue de la voix la plus douce qu’il avait tandis que Deene sanglotait sur la jeune fille, je suis désolé. Ta famille est morte dans un accident de voiture, il y a de ça dix ans.
— Accident de… Comment ?
Elle regarda, incrédule, la doc et le psy tour à tour, avant de lâcher :
— Attendez, il y a erreur là. J’étais dans cette voiture, et on s’en est tous sortis avec des égratignures. Ça ne fait que quelques mois que…
La jeune fille réalisa soudain quelque chose. D’après ses frangins, elle était restée longtemps dans le coma. « trop longtemps à mon goût » Mais d’après Deene et le psy, elle était restée « vraiment très très longtemps » dans le coma. Pas à leur goût. Ils n’étaient pas de sa famille.
— Ai, tu es…
Elle croisa le regard de Deene qui s’était passablement calmé, et la toile qu’elle avait montée se déchira. D’un coup. Cette toile, cette toile complexe et heureuse qu’elle s’était peinte, qu’elle avait imaginée. Elle s’envola. Et elle le sut.
Pendant onze ans, elle avait cru vivre. Pendant onze ans, elle pensait être heureuse avec sa famille. Mais pendant onze ans, elle n’avait fait qu’imaginer ce qu’elle connaissait du bonheur, dans son coma. Mais le rêve était fini. Maintenant, elle était réveillée.
— C’était donc ça que tu voulais dire, dit-elle à voix haute sous les yeux incrédules des trois autres personnages, c’était ça qui était bientôt fini. C’était le rêve qui me faisait croire que vous étiez vivants…
Elle ferma les yeux, et une larme coula sur sa joue, bientôt suivie d’autres.


(:
 



(Bref en gros c'est entre laisser l'ambiguïté ou pas. Et sinon, bien vu les gens o/)

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(:
 
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 11:45

C'est sympa, mais je m'attendais à une fin en fumée, ou tu sais pas vraiment si elle a rêvé, si c'est la fin du rêve ou la fin tout court... mais chuis contente de savoir que j'avais raison ^w^

après le "mais j'étais dans cette voiture" me perturbe un peu, puisqu'elle ne pouvait pas y être...

En tout cas, c'est une nouvelle bien sympa que tu nous offre là ^w^

Saya
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 13:52

Laisser l'ambiguïté ou pas ? Moi j'aime bien clarifier les choses à la fin, comme tu le fais ici non ? (tu nous a laissés dans le brouillard pendant tout le truc, faut bien qu'on en sorte un jour !)

Bon bien sûr j'adore la fin où Deen débarque alors que personne ne l'attendait (mais atta, par contre, il a eu une illumination ou quoi pour arriver d'un seul coup à pile ce moment-là ? Ô__o), c'est bow :la:
Au fait, je comprends pas le truc de l'accident de la falaise, elle l'a vécu ou pas celui-là ? Ou elle l'a substitué à l'accident de voiture ?) Question

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 14:07

Oui c'est vrai il y a plusieurs choses que je n'ai pas clarifiées, et dont on ne sait pas vraiment si elles sont vraies ou non =p
Bien sûr il y a une logique logique derrière tout ça (ouah, ça c'est de la phrase xD) et je peux vous expliquer si vous voulez xD
Sauf si vous aimez le doute //sbaff// dans ce cas-là ne lisez pas ! xD

Sayanel > C'est un peu ce que j'hésitais à faire, une fin qui laisse place au doute, ou alors explicite comme ça. J'essaierai peut-être de faire une variante un jour, pour m'amuser :3
Sinon le "mais j'étais dans cette voiture", bien écoute, elle ne pouvait théoriquement pas être dans cette voiture... (le commentaire qui dit tout et dit rien à la fois... xD)

Corn > Sur ce coup-là on n'a pas du tout le point de vue de Deene, qui sait, il a peut-être discuté avec la doc ou le psy avant de venir :3
Et oui y'a beaucoup d'accidents dans l'histoire et c'est confus *sort*
Elle n'a vécu qu'un seul accident dans tout ça finalement... Celui de la falaise !

Voilà :3

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 14:58

Attends, moi j'avais compris qu'au contraire elle était la seule survivante de l'accident de voiture et qu'elle avait inventé la falaise :facepalm:
Bon, reprenons (je veux comprendre !) : elle a imaginé être présente dans la voiture ? u__u"

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 15:25

Je pense que tout l'ambiguité est là : est-ce qu'elle l'a immaginé, ou est-ce qu'elle a toujours vu les âmes/fantômes de sa famille, qui lui ont racontés l'accident tellement de fois qu'elle a immaginé être avec eux.

En gros, au début ils venaient la voir et elle les entendaient mais restait dans le coma. pourtant elle avait l'impression de les voirs ! Il y eut l'accident, et là deux possibilités :

-Elle a appris par une infirmière que sa famille avait eu un acident de voiture, mais n'a pas fait gaffe vu qu'elle n'était pas vraiment consciente. Donc elle a fini par halluciner un peu comme dans un rêve, et par croire que sa famille venait la voir. Après son réveil, son cerveau trouvait normal que sa famille vienne la voir : donc les hallucinations n'avaient pas de raison de ne pas âtre vraies. Par moment, elle avait des petits doutes mais c'est tout. et bam à la fin, elle s'aperçoit que c'est pas possible. Dans ce cas, les insinuation "c'est bientôt la fin" serait provoqués par son inconscient qui commencerait à comprendre avant qu'elle n'en ait conscience.

-Elle ne voyait pas la présence de sa famille avant, elle les percevait juste. Alors après l'accident, on peux supposer que les esprits/âmes/fantômes/trucs de sa famille revenaient la voir, et qu'elle sentait toujours leur présence : puisqu'elle ne pouvait ni les voirs ni les entendres avant mais qu'elle les percevait, on peut dire qu'elle les perçoits toujours. Après, son réveil, elle continuait de les percevoir, et de les voir : pour elle ils n'étaient pas morts, alors pourquoi ne pourrait-elle pas les voirs ? cette théorie me parait mieux notament avec la soeur qui vient seule alors qu'elle ne peux pas conduire. Mais quand on lui apprends qu'ils sont morts, elle ne comprends pas qu'elle puisse encore les voirs. son cerveaux va alors ce dire qu'elle hallucinait, et occultera volontairement sa famille quand et s'il la voit. Ca ajouterait un côté paranormal à cette histoire, et ça expliquerait les hstoires de fantômes ^w^

BREF je crois que j'ai pondu un énorme pavé indigeste xD et surtout parfaitement clair et compréhensible xD
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 16:33

Corn > Je répète ce que j'ai dit : elle ne pouvait théoriquement pas être dans la voiture, vu qu'elle était déjà dans le coma =p

Saya > J'aime beaucoup tes interprétations. Je ne vais pas séparer le "vrai" du "faux", c'est plus intéressant de laisser libre aux interprétations ! :3

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Jeu 23 Avr 2015 - 17:27

En fait tu laisse ça à l'interprétation du lecteur, et ça t'amuse de me voir trimer pour trouver une explication potable hein...

Sinon, pourquoi ces noms de personnages ?
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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Ven 24 Avr 2015 - 8:23

Et non, j'ai bien laissé une théorie derrière tout ça ne t'en fais pas, mais comme je ne l'ai pas expliquée dans l'histoire c'est plus intéressant de voir ce que les autres en pensent =o

Sinon pour les noms,
Ai > amour en japonais
Louva > vient de "love"
Carwyn > Ca veut aussi dire amour, c'est un truc celtique si mes souvenirs sont bons...
Et Deene signifie espoir ; )

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MessageSujet: Re: Mad Soul [TP]   Ven 24 Avr 2015 - 21:46

D'aaaaaccord. J'aime les noms ^_^

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
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