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 Forteresse [TP]

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ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
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MessageSujet: Forteresse [TP]   Dim 26 Avr - 16:09

Mélina serrait contre elle son sac de toile, accroupie au fond du wagonnet, tout près de la portière branlante que seule une grosse corde empêchait d’aller cogner à l’extérieur. Le chauffeur lui avait indiqué l’endroit d’un simple mouvement du menton, et elle s’était confiée à lui avec angoisse. Le suiveur avait bondi en marche dans le trolley et elle supposa qu’il avait regardé partout. Mais elle se renfonça encore, au fond, dans cet espace d’étroit placard lumineux, un tableau de bord qui pilotait et maintenait au-dessus du sol le minuscule train bondé qui partait du port vers le marché. Une femme, adossée et à moitié assise contre le placard se pencha légèrement et d’un geste nonchalant la recouvrit des plis de son large manteau de toile. Le trolley suivait une piste aimantée et parfois, là où la chaussée de galets était effondrée, faisait un écart ou un décrochement, poussant les passagers à s’agripper aux dossiers des sièges. Le conducteur les avertissait d’un simple grognement à l’approche des nids de poule d’où les aimants avaient disparu, emportés par le ruissellement des pluies d’hiver ou écrasés par le passage des charrettes et des voitures chenilles. Depuis que les transports en commun n’étaient plus à la charge de la ville, depuis que le pouvoir y avait été pris par des politiciens plus intéressés à monnayer leur participation à la sauvegarde de la forteresse qu’à assurer le minimum décent à leurs concitoyens, les trolleys et les bateaux bus avaient été rachetés par de petites compagnies qui les rafistolaient et les surchargeaient.
Mélina n’y voyait plus, à l’abri de l’étoffe rugueuse qui la cachait à la plupart des gens serrés autour d’elle. Elle aspirait à plein nez l’odeur de ce tissu, qui lui rappelait une autre odeur plus réconfortante, quand toute petite elle agrippait de ses petits poings la cape de sa tante. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle étouffa dans le tissu les sanglots de peur et de nostalgie qui lui montaient à la gorge. Le tintamarre du trolley couvrait jusqu’aux conversations. Elle n’avait aucun mal à compter les arrêts, le trolley freinant péniblement et bruyamment à leur approche, et reprenant son trajet dans le même chuintement assourdissant au démarrage. Elle sursautait de crainte à chaque trépignement de pieds qui avançait dans sa direction, à chaque soudain éclat de voix. Mais personne ne vint la chercher, et elle redouta le moment où la passagère se lèverait pour elle aussi descendre, une fois arrivée à destination. La femme, une grosse femme âgée dont elle ne voyait que les souliers élargis et fatigués par le poids et l’usure de sa propriétaire, lui tapota soudain l’épaule et chuchota à travers le manteau. Mélina n’entendit bien sûr rien, et l’autre lui secoua l’épaule et soulevant le pan de son manteau, lui parla directement dans l’oreille :
— Ce mauvais garçon est bien habillé en noir, avec un chapeau vert ? Une sorte de bonnet ?
— Oui, souffla la jeune fille le ventre noué.
— Il est descendu il y a deux stations, où veux-tu aller ?
— Je vais chez ma tante, répondit Mélina avec fermeté, je descends au terminus.
— Moi aussi, reste encore cachée, il a peut-être quelqu’un avec lui.
Mélina obéit et surveilla les arrêts suivants en se redressant légèrement sur les talons à chaque fois pour vérifier que dans le mouvement, personne ne l’espionnait. Avant même de s’arrêter complètement, le chauffeur jetait directement l’étroit escalier cabossé qui servait à monter et descendre du trolley, et celui-ci à peine calé au sol, les passagers se bousculaient pour se faufiler au-dehors ou grimper à l’intérieur. Avant de démarrer, le receveur prenait le temps de récupérer dans une boite de métal les rondelles malodorantes qui servaient de monnaie.  
Quand le trolley décéléra doucement dans un mouvement ascensionnel et rebondit contre un poteau avant de s’immobiliser au-dessus du sol, elle sut qu’elle était libérée pour l’instant de la crainte de son poursuivant. La femme se leva et le tira pour l’extraire de son placard. Mélina avais les jambes ankylosées. Elle descendit derrière sa bienfaitrice en l’aidant à porter ses sacs, elle-même encombrée de son bagage qu’elle ne prit pas le temps de mettre sur son dos. Elles dépassèrent le trolley après avoir remercié les deux employés du trolley et la jeune fille eut la sensation angoissante de se traîner à côté de la femme. Celle-ci lui saisit la main et sourit :
— Garde ton calme, ne te fais pas remarquer.
Mélanie s’ébroua et soupira :
— Tu as raison madame, j’ai trop peur pour être raisonnable.
La femme s’arrêta et récupéra le sac que lui portait Mélina. Ce fut seulement alors qu’elles se regardèrent et que Mélina vit son visage ouvert et malicieux, un visage noir et rond encadré de tresses frisées naturellement blondes. C’était une petite matrone et Mélina comprit qu’elle revenait du port où elle avait du acheter de quoi assaisonner les plats cuisinés qu’elle devait vendre dans la rue. Son manteau blanc, une large cape à manches, découvrait alors qu’elle faisait le geste de regrouper ses affaires, une grande robe jaune imprimée de fleurs bleues. La robe représentait son petit commerce.
— As-tu où aller ma fille, tu ne chercherais pas du travail ?
Mélina sourit tristement et secoua la tête, se contentant de répondre prudemment :
— Je te remercie, j’ai où aller.
Elle ne lui dit pas qu’il lui fallait surtout éviter un travail où elle stationnerait dans la rue à la vue de tous. En la quittant, après avoir enfilé les bretelles de son sac, Mélina se hâta de tourner au coin d’une ruelle, et pour semer un éventuel poursuivant, tourna presqu’une demi-heure autour du quartier avant de se décider à gagner sa destination.
Le soleil commençait à chauffer et les ruelles blanches réverbéraient sa chaleur, la faisant transpirer. Elle arriva enfin à la ruelle et courut jusqu’au fond. La grille qui donnait sur une cour était simplement rabattue, sa serrure cassée. Mélina se faufila en la bougeant le moins possible et partit au fond. Elle savait trouver la clé : sous le pot de basilic et elle savait aussi que c’était sa propre clé, abandonnée là depuis deux ans, quand Mélina s’enfuit pour vivre comme elle voulait dans la ville basse, et qu’elle refusa de répondre aux messages de sa tante par bravade, jusqu’à ce qu’on lui confisque sa bague connectée et qu’on commence à la manipuler. Frissonnant de nouveau avec crainte, et aussi avec culpabilité, la jeune fille enfonça d’un geste sec la vieille clé poussiéreuse dans la serrure et referma après son passage, prenant le temps de sourire ironiquement à la pensée que sa tante aimait les vieilles choses au point de garder des technologies de films préhistoriques.
La maison était vide, Mélanie s’y attendait, mais malgré cela elle eut peur de ne pas voir revenir la propriétaire. Et si elle avait quitté Tanger ? Elle la savait désireuse de gagner une des communautés des montagnes alentour pour y vivre sans technologie et sans le bruit de la ville. On entrait directement dans la cuisine avant de gagner un petit couloir qui d’un côté distribuait les pièces d’habitation et de l’autre le jardin. En atteignant la porte du jardin Mélina sourit de nouveau : le jardin était protégé, lui, et par la meilleure technologie, celle qui liait le lieu à son propriétaire. Elle hésita avant d’appliquer la paume contre le bois blindé de la porte, de crainte de ne pas être reconnue. Peut-être son empreinte avait-elle été effacée ?
Un léger bourdonnement vibra sous ses doigts et la porte s’écarta sans bruit. Mélina ressentit l’émotion de ne pas avoir été oubliée, refoulée des pensées de sa tante. Elle repoussa la porte et s’avança avec émerveillement dans un lieu qu’elle avait toujours chéri, le petit espace planté de sa tante. Elle avança le long d’un mur et arriva à une petite table encadrée de deux rockingchairs ombragés par une grande vigne installée dans un grillage en bois. Le jardin occupait des pots, des carrés de terre délimités de briques creuses de béton, et poussait même dans le creux de ces parpaings. Il colonisait les murs même, les plantes s’enracinant dans un filet cloué aux parois et dans les petits pots qui y avaient été accrochés. Au soleil, le jardin l’enveloppait d’une belle ombre odorante. Mélina se laissa aller dans un des fauteuils à bascule et épuisée, rafraîchie, s’endormit aussitôt.
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Dim 26 Avr - 17:05

Oooow, j'aime bien, j'aime bien :3
Au début, petit moment d'incompréhension ("Mais c'est quoi un trolley ? Mais c'est quoi un suiveur ? Mais c'est qui la fille ? Mais qu'est-ce qu'elle fout là ? :ffmental:") mais au fur et à mesure tout se met en place, et ça c'est très bien. Après, une lecture agréable, un style très discret mais fluide.

Petites remarques :
*
Citation :
Elles dépassèrent le trolley après avoir remercié les deux employés du trolley
Répétition disgracieuse ^^

* Vers le milieu de ton texte tu l'appelles Mélanie, alors que tu commences et termines avec "Mélina"... Va falloir faire un choix Wink

* Ce pourrait être bien de, soit passer des lignes entre les paragraphes, soit de faire des alinéas (manuellement, vu que ceux-ci ne passent pas sur le forum... Une suite d'espaces à copier-coller en début de paragraphes, c'est fastidieux mais le texte rend tellement mieux après :la:)

Et sinon : hâte de découvrir l'histoire de cette jeune fille, ce qu'elle a vécu, et ce mystérieux garçon au bonnet vert ! :la:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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ASSIA



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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Dim 26 Avr - 18:16

merci de ta réactivité Cornedor :) je note les suggestions et effectivement si on se demande tout de suite ce qu'est un trolley, je vais trouver un autre mot. Par contre qu'on se demande qui est Mélina (c'est bien de ce prénom qu'il s'agit) au premier chapitre, c'est le "suspinse"!
J'ai déjà quelques chapitres en réserve, ça me booste de mettre ce texte sur le forum!
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ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Dim 17 Mai - 15:35


Forteresse 2 [TP]

Saladine recompta sa monnaie, une ligature de rondelles de cuir sec et traité d’un produit malodorant et tenace, tellement désagréable, qu’on avait tiré de ce change l’expression « portemonnaie puant » pour parler des plus pauvres qui ne pouvaient prétendre à plus que ces pièces de cuir pour leurs transactions. Elle les transportait, selon la coutume locale, dans une bourse en vieux plastique, qui avait bien plus de valeur que ce qu’elle contenait, mais protégeait les autres contenus de son sac en toile d’une odeur tenace et écœurante.
             Saladine thésaurisait des pièces de fer inoxydable, et même quelques rondelles d’argent pur, mais pour aller au marché fureter à la recherche de graines naturelles et de technologie, elle se contentait de cette monnaie qu’elle rangeait chez elle près de la fenêtre. La femme ferma soigneusement son portemonnaie, une antiquité un peu défraîchie, un ancien jouet pour ce qu’elle en savait, et reprit son cheminement lent et attentif dans une cohue la plupart du temps bon enfant. Ici on ne croisait que des vieux, et elle se disait que finalement, pour beaucoup, ils étaient du même âge qu’elle.
Elle fut légèrement bousculée par un petit dromadaire, et en se tournant elle sourit à la vue de son chargement et de son propriétaire qui le serrait de près pour le tenir hors de portée des étalages et des badauds.

      - Moh ! Tu as du plastique pour moi ?
      — Bonjour Saladine ! Comment vas-tu petite mère ?
       — Je travaille beaucoup en ce moment, et toi, tu rentres de la Mer du milieu ? Je demande après toi depuis des mois !
        — Eh ! Eh ! Accepterais-tu le mariage finalement ?
             
           Elle rit et lui prit la main.
       — Alors, tu livres ton plastique, et tu n’as rien pour moi ?
       — Si, mais là je dois voir mon client avant, j’ai des bouteilles si belles qu’elles n’ont pas besoin de plus qu’un bain léger de récupérateur pour être vendues à des antiquaires de Babel !
       — Tu as découvert un autre gisement ?
       — Oui ! Mais n’attends pas que je te livre mon secret en pleine rue, alors que la foule est plus collante qu’un pot de miel !
       — Viens me voir tout à l’heure, je te montrerai les nouveautés dans mon jardin, et tu me livreras ce que je t’ai commandé.
       — Prépare-moi un bon vin de fruits pourris, demanda-t-il avec avidité.
       — J’ai mieux, du vin de raisin !
              Ils se séparèrent et Saladine regarda Moh disparaître en tenant presque contre lui son animal de bât, parmi les gens qui s’écartaient tout juste à son passage. Elle avait beau désapprouver l’usage des OGM, elle reconnaissait que cette nouvelle race de dromadaires programmés de la taille des plus petits ânes gris africains, plus sobres et plus résistants encore mais moins indépendants et imprévisibles que les dromadaires naturels étaient une réussite. Le savant qui les avait bricolés avait dit s’être inspiré de la peluche de sa fille. Du moins la légende le prétendait-elle, et Saladine n’avait qu’une vague idée de la façon dont travaillaient les chercheurs quatre siècles avant le cataclysme.
Elle allait pouvoir se mettre à la confection de nouveaux bijoux grâce au plastique qu’elle allait acheter.
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Mer 20 Mai - 21:05

Moi aussi j'aime beaucoup. ^^

La deuxième partie est plus "compréhensible", on a pas la sensation d'être perdu comme au début, et les paragraphes rendent le texte moin compacte.

Dans la deuxième partie on ne retrouve plus les petites répétitions comme au début, et les dialogues sont bien écrits tout en restants naturels. L'univers a l'air intéressant aussi.

Maintenant on veut la suite. :3
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ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Mer 20 Mai - 22:07

Merci Tiunterof
Effectivement, je ne suis pas certaine que le premier chapitre soit une bonne intro pour un roman de SF, il manque peut-être d'action. Il y a aussi dans la suite beaucoup de descriptions que je vais réduire. Là je saute les descriptions et passe au chapitre suivant (peut-être est-ce mieux de les introduire à travers le récit?)

[ chapitre 3 ]

Mélina but longuement l’eau fraîche que lui servit sa tante.

Saladine observait combien elle avait maigri et comme elle avait l’air angoissée et nerveuse. Elle était sale, sentait la sueur, avait les cheveux gras et même noués en queue de cheval, ils laissaient voir les nœuds et les mèches rebelles.

  Ses vêtements lui parurent curieux, un pantalon aux jambes étroites de couleur vert bronze, de ceux que certains bourgeois arrivaient à racheter à quelques chiffonniers qui récupéraient les uniformes de travail des spationautes, et une tunique en toile de Chine sans manches.
 
  A la trouver si négligée et craintive Saladine frémit de chagrin et de peur en refusant d'imaginer qui avait pu la recueillir et à quel prix.
 
 Elle contint son élan de tendresse protectrice et ses questions, de peur de la braquer, elle désirait tant qu'elle ne la rejette pas de nouveau en se sentant considérée comme une petite fille, et attendit un moment que sa nièce reprenne ses esprits, remarqua avec plaisir qu'elle se concentrait sur ses plantations.

 Se retenant de lui décrire chaque plante, de lui expliquer où elle avait chiné les graines premières, les graines des aliments ancestraux, elle la regarda détailler son mur fait de bouts de métal récupérés d'où les plantes en lianes cascadaient en guirlandes de légumes parfumés et colorés: petits pois, haricots, piments, tomates...

  Mélina reconnut les gousses velues de soja qui murissaient en bouquets et s’émut de voir que les cages de fibres de roseaux qu’elle avait fabriquées sous la direction de sa tante, toujours utilisées comme cages à fraises et constellées de fleurs.
 
  Elle ressentit une poignante nostalgie au souvenir de sa vie auprès de Saladine, puis s’ébroua et reposa la tasse d’eau vidée sur la table. Saladine la resservit en faisant glouglouter de l’eau fraîche d’une gargoulette, lui arrachant un rire involontaire : sa tante était vraiment accrochée aux objets anciens, et elle trouvait ces manies à la fois attendrissantes et ridiculement plouc.

  Mais elle n’avait pas envie de la railler, ni de la taquiner, elle sentait ce refuge trop fragile, et malgré elle, à chaque appel dans le voisinage, chaque pétarade de skate volant qui passait en maltraitant  son moteur dans les méandres des rues du quartier, elle jetait un coup d’œil nerveux vers le ciel ou vers la porte de la cour.

 -Eh bien ma chérie, que t'arrive-t-il?

  Melina sursauta violemment, comme si la gifle qu'elle craignait venait de lui claquer au visage. Elle refoula un sanglot et souffla

  -J'ai peur,  on me cherche.

 Saladine ne dit rien, se contenta de boire elle-même une gorgée de la tasse en fer blanc qu'elle tenait toujours entre ses paumes.  

  Melina continua d'une traite

  -Depuis un an je vis avec... Je veux dire que j'habite chez un passeur, et il sait que mon père est de Babel.

  -Il le sait, répéta seulement Saladine d'une voix que l'angoisse rendait rauque et incompréhensible.

  -Je le lui ai dit.

  -Pourquoi? Gémit Saladine.

  -Parce que je voulais de l'argent, pas pour la drogue, se hâta-t-elle de préciser, juste pour manger et les reste.

  -Le reste?

  -J'étais en colocation avec des gens, mais je ne trouvais pas beaucoup d'argent.

  -Et tu as signé un contrat avec le passeur?

  -Non, je me suis enfuie avant.

  -Et tu as peur quand même?

  -Oui, parce que lui, a promis à ma place, et il a touché de l'argent. Le client veut faire passer sa fille avec les fêtards de l'année prochaine, et c'est le temps pour que la transplantation prenne.

  -Il t'a donné beaucoup d'argent?

  -Depuis un an il m'en donne, et ses rabatteurs me surveillent. Aujourd'hui j'ai réussi à fuir, mais ils savent que j'ai pris le trolley du port.

  -Tu leur as parlé de moi?

  -Non.

 Melina ne voulut pas la blesser en lui rappelant qu'elle avait fui après une dispute avec elle, et qu'elle avait tout fait pour éviter tout souvenir et tout contact. En croisant son regard clair, des yeux d'un vert doré, elle sut que Saladine l'avait compris, et qu'elle s’en félicitait.

 -Il va te chercher, mais cela nous laisse du temps.

 Melina enfouit son inquiétude dans ses mains et soupira.

 -Je voudrais me laver.

  -Va dans le petit cabinet, je te fais chauffer de l'eau.

 Quand l’eau ne coula plus de la minuscule pomme de douche Mélina grogna instinctivement : une autre des manies de sa tante, remplir un réservoir d’eau à peine tiède et ne pas dépasser le nombre de litres idéal pour se doucher même quand on a les cheveux longs !

  Elle aurait aimé rester à ruisseler encore de longues minutes, et sentir son corps frissonner puis se détendre sous le massage liquide. Elle s’ébroua, s’enveloppa encore à moitié savonneuse dans une grande serviette de bain et poussa la porte vermoulue du coin douche.

 Des voix lui parvinrent et elle se raidit avec crainte. Mais reconnaissant des tons joyeux, elle se détendit légèrement et commença à s’habiller, décrochant d’un gros clou fiché dans le mur une tunique et un pantalon. Elle se servit des affaires de toilette de sa tante, autant dire un vieux peigne et un simple flacon d’huile d’olive , puis elle natta ses cheveux  et s’engagea prudemment dans le corridor qui menait à la cuisine.
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Jeu 21 Mai - 14:52

Cette partie aussi est bien, là par contre quand on ne comprend pas de quoi elles parlent, les histoires de passeur, de Babel et le reste, c'est beaucoup moins confus que dans la première partie. Là tu ne nous balance pas juste les informations comme si on savait ce que c'était, on voit que c'est surtout pour créer du suspens et pour nous donner envie d'en savoir plus sur l'univers et l'histoire des personnages.

D'ailleurs en parlant des personnages, je trouve que Saladine est plus développé que Mélina, qui elle me semble un peu vide. Là pour l'instant, quand on voit ses interactions avec les autres elle ressemble surtout à une jeune fille apeurée, sans plus, je ne sais pas si c'est volontaire mais son caractère transparait assez peu dans ses paroles.
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Jeu 21 Mai - 16:12

Je plussoie tout ce qu'a dit Tiun, en appuyant sur l'incompréhension provoquée par leur dialogue :-p

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Et toi, qui es-tu ?

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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Jeu 21 Mai - 19:03

Salut Cornedor, heureuse de te retrouver au détour du forum Wink
Le personnage paraît falot, mais il se développera au cours de l'histoire. le fait de ne pas comprendre la situation du premier coup est une étape, car d'autres personnages vont intéragir avec Mélina, et influencer son existence.
Après ce sera un court roman, donc sans abuser du nombre de personnages, il y en a encore trois à introduire.
Merci de me lire :)
je vais mettre la suite!
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ASSIA



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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Jeu 21 Mai - 19:43

Pour ne pas rendre l'aspect indigeste, voici un début de suite qui continue à camper le décor, avant la reprise de l'intrigue!

          La maison de Saladine faisait partie du quartier de l’ancien port, c’est à dire le quartier où s’étaient installés les réfugiés du cataclysme qui avait vidé la Méditerranée et transformé le détroit de Gibraltar en cascade d’eau salée et froide dégringolant de l’Atlantique.

               Il avait été retapé depuis plus de deux cents ans, et toute une faune de gens différents s’y étaient installés, clandestins en attente de passage pour Ouropa, trafiquants de passagers, colons de la terre renaissante dont faisait partie Saladine…
Quand le séisme majeur avait relevé les montagnes et transformé la Méditerranée en grands espaces sauvages parsemés de lacs salés et de rivières saumâtres, la ville s’était relevée de ces ruines grâce à son emplacement au pied de la forteresse Ouropa qui culminait à présent à plus de trois mille mètres de hauteur, muraille construite en cent ans.

             Les neiges y étaient à certains endroits, éternelles. La technologie donnait un aspect montagnard aux murailles qui se dressaient au-dessus de la Méditerranée.
Melina avait toujours vécu à Tanger la nouvelle, ayant grandi auprès de sa mère dans un autre quartier, celui des hôtels sur la face atlantique de la cité, le quartier des domestiques travaillant pour les touristes européens.

             Jusqu’à ce que Saladine vienne la chercher un soir qu’elle attendait en vain le retour de sa mère renversée par trolley emballé.

             Il était difficile de bien connaître cette ville immense de plus de dix millions d’habitants répertoriés et d’autant ricanait-on « non répertoriables ».

              Le quartier de Saladine était le premier où les colons de la terre renaissante s’étaient installés après avoir quitté en exode Ouropa pour retourner vivre au contact de la nature : ils y avaient planté sur les toits, dans les cours, et contre les murs, les premières cultures vivrières, fruits, légumineuses et racines, et élevé des abeilles et de petites races de chèvres et de volailles qu’on nourrissait de déchets.

            Détournant les manipulations génétiques qui avaient lancé la mode de l’animal en kit, ils les avaient adaptées à la vie urbaine. Tous les habitants de Tanger s’en étaient inspiré et avaient ainsi réussi à contourner les denrées hors de prix des monopoles alimentaires de Ouropa.

             Depuis, de nombreux quartiers vivotaient de cette manière.
             Les cabanes de tôle et de torchis étaient devenues de coquettes maisonnettes peintes et fleuries, regroupées en quartiers personnalisés, comme à l’origine dans toutes les villes nord africaines, et une population très métissée, sans aucun contrôle génétique ni sanitaire, avait pris naissance dans ces dédales de ruelles et de tours dont certaines neuves et de haute technologie, n’étaient pas que des annexes de grands hôtels, mais bien des constructions de nouveaux magnats de la pauvreté.

             Elles étaient parcourues de transports à la technologie dite obsolète, mais synonyme de « possibles à réparer avec quelques outils et un peu de débrouillardise », ce qui faisait que l’énergie électrique bricolée sur les toits et au bout des éoliennes domestiques permettait même à de petites compagnies de racheter des trolleys aériens et des taxis drones pour véhiculer à prix modique tous les habitants qui ne pouvaient accéder à la technologie d’Ouropa.

             Élevée par les compagnons de sa mère, toujours des mécaniciens des hôtels, puis par Saladine, Mélina savait réparer un moteur et cela lui permit de gagner quelques rondelles et de payer ses frais de séjour en colocation.
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ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Jeu 21 Mai - 20:55

Et de nouveau dans l'action!
en fait ce roman est un premier jet sans relecture, du coup j'ai un peu honte des grosses imperfections que je découvre en le postant, mais vos réactions m'aident bien chers amis EN!


        Les rires la tirèrent de la rêverie morose dans laquelle elle s’était laissée engloutir debout, plaquée contre le mur du couloir, à tenter d’imaginer son avenir.

        Il y avait une seule personne avec Saladine, un homme à la voix éraillée par la fumée. Alors que la jeune femme se redressait pour se faufiler dans une des pièces du fond de la maison, la porte de la cuisine fut poussée vivement et un flot de lumière se déversa dans le couloir, aveuglant Mélina qui ne vit plus que la silhouette de sa tante se découper dans l’encadrement.

-Tu as fini ? Viens prendre un verre avec nous, c’est Moh !

          Mélina hésita avant de se décider : Moh était l’homme qu’elle aurait détesté décevoir, et elle savait en s’enfuyant de chez elle, que c’était lui qui lui manquerait le plus après sa tante. Mais déjà il rabattait complètement le battant gonflé d’humidité et se précipitait vers elle en poussant des grognements d’attendrissement et de surprise.

-Ma Lili ! te revoilà revenue chez ceux qui t’aiment !

           Moh la saisit farouchement, lui couvrant ses cheveux encore mouillés de baisers passionnés et réconfortants, la dorlotant à lui écraser les os entre ses bras noueux. Puis il la repoussa sans la relâcher, pour mieux la dévisager et rit de bonheur.
     
-Je t’ai cherchée longtemps, mais tu étais si bien cachée ! S’écria-t-il les larmes lui débordant soudain des yeux.

— Allons, venez tous les deux, le vin est servi, intervint Saladine d’une voix sèche et tremblante.

Mélina se laissa presque porter jusqu’à la table de la cuisine sur laquelle, remarqua-t-elle à travers ses yeux humides d’émotion, le soleil colorait de lueurs vives et chatoyantes les assiettes disposées par sa tante pour le goûter.

Elle se dégagea en douceur de la poigne de Moh, et le laissa l’asseoir près de lui, et remarqua-t-elle avec ironie, sur la chaise la plus éloignée des portes. Moh était toujours l’homme de ses souvenirs, ce gaillard amoureux de sa tante, éperdu de tendresse pour elle, comme un père, et dont le visage, comme le corps, portait les coups que la vie lui avait assénés, ravinant son visage de rides profondes, et déformant ses mains par les blessures de travaux rudes et sans protection.

Il était l’une des rares personnes d’aspect méditerranéen du sud encore représenté dans la région devenue un melting pot de gens du sud et de l’est, un homme trapu, basané aux traits accusés, aux yeux noirs en amande et aux cheveux frisés.

Moh ne vivait pas avec Saladine, il habitait plus loin dans le quartier dans un enclos où on garait autant les voitures que les animaux de bâts. Et peu avant sa fugue, elle le voyait de moins en moins, Moh s’étant trouvé un contrat avec les « colons de la renaissance de la terre » et leur transportant des semences. Il avait aussi découvert des gisements de plastique et le revendait comme d’autres revendaient les matières premières récupérées.

Moh lui tendit un verre à pied et la regarda s’humecter les lèvres dans la boisson sucrée, puis il trinqua à leurs retrouvailles et pendant un moment, ils furent uniquement absorbés par leur encas, Moh épluchant avec soin et précautions des figues de barbarie avant de les tendre aux deux femmes qui les piquaient entre ses doigts en évitant les épines.

Pour Mélina Moh était un hologramme tant elle voyait clair en lui : elle attendit ses reproches et le vit hésiter à les proférer, de peur de la blesser. Profitant de cet état d’esprit, Mélina prit les devants.

— Moh, je suis revenue pour me cacher, j’ai peur du Dave.

Moh grogna de dépit :  

— Si tu dis son nom comme ça, c’est qu’il est redouté.

— Il se fait beaucoup d’argent. Et il a ma signature génétique.

Moh s’étrangla et reposa brutalement son verre, arrachant un cri involontaire à Saladine qui rattrapa la coupe.

— Du cristal du siècle 22, bredouilla-t-elle.

Puis elle eut un fou rire nerveux et ils l’imitèrent. Alors saisissant le verre, elle le vida dans le sien et l’envoya se fracasser contre l’évier sur lequel il tinta en éclatant, éjectant des bris lumineux au soleil.

—S’il a cette signature, tu penses qu’il veut te tuer pour éliminer un témoin ?

— Moh ! S’écria Saladine avec horreur.

— Saladine, il faut savoir si notre petite est en danger ou pas !

Mélina qui frissonnait de peur se redressa et chuchota en regardant vers la fenêtre :

— Pas encore, il a fait un prélèvement, et il est à l’étude. Il veut d’abord savoir ce qu’il y a dedans, combien d’ancêtres il peut récupérer, et après il doit cultiver les profils, puis les inoculer à ses clients, et après seulement je ne lui servirai plus à rien.

Ces dernières paroles furent suivies d’un silence lourd et angoissant, à nouer le ventre.
Mélina en expliquant dans quelle situation elle se trouvait, en comprenait tout le danger. Le Dave l’avait débusquée dans un bar, alors qu’un colocataire auquel elle s’était confiée la lui avait vendue pour quelques doses de drogue. Mélina avait pu circuler, toujours surveillée, parce que les victimes de prélèvements de gênes devaient être en bonne santé et équilibrées.

L’argent que lui fournissait généreusement son employeur lui avait fait oublier toute prudence, et elle avait vécu quelques semaines indépendante et sans difficultés, ayant même remboursé ses dettes.



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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai - 10:44

Wouaw, l'univers est génial et franchement original, en plus on sent qu'il est riche et que tu as bossé dessus. C'est vraiment du très bon boulot ! bravo

Je trouve ta toute dernière partie vraiment très bien, à vrai dire je la trouve même mieux que les autres. J'ai trouvé le dialogue très immersif et le personnage de Moh est déjà très attachant. Bon, le seul passage que j'ai mal compris c'est quand Saladine balance son verre (Si c'est bien Saladine, c'est un peu flou) je n'ai pas très bien compris pourquoi. :/

Mais ça reste génial ! Oooh et cette histoire de gènes, ça m'intrigue, la suite ! :la:
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai - 12:59

J'aime beaucoup l'explication sur la ville, cette histoire de quartier un peu "bidonville" qui devient finalement, grâce à la volonté et l'astuce des habitants, une jolie petite ville :la:

Sinon pour le chapitre, pareil, j'attends avec impatience ce fameux Dave et des précisions sur ce trafic de gènes ! :la:


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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
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Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai - 18:31

Un autre personnage va apparaître, et même deux!

— J’ai senti cette trace, ce n’est pas tout à fait la même que la fugitive, mais elle est très proche ! Très très proche !

Jédé ne répondit pas tout de suite. Elle se redressa du fauteuil dans lequel elle s’était avachie, et la mer lui apparut verte et scintillante à travers les larges baies de la salle détente de l’hôtel. Elle reposa ses pieds nus sur la moquette jaune sable, légèrement grumeleuse, aussi douce et tiède que la plage en contrebas par une fin de journée d’été.
Jédé se coiffait à la mode Forteresse, les cheveux mi- longs et dégradés, teints en blond et argent, pour faire aussi astronaute que dans les vieux films sur la conquête de l’espace. Sa tunique fluide lui arrivait à mi-cuisse, ample et ouverte comme un poncho, et elle aimait à sentir le tissu glisser de côté et d’autre, la frôlant au passage de caresses fraîches. Lui aussi était une invention des forteresses, et difficile à trouver à Tanger si on ne fréquentait pas les grands hôtels comme celui que tenait son père.

La présence de l’homme assis plus loin à l’ombre d’une colonne qui elle aussi scintillait en vert, reflétant les mouvements et les couleurs de l’océan, ne la gênait pas. Talh n’était pas un être humain, mais un simple robot, et même si son regard était vivant, il n’était qu’un objet qui parlait en ne la fixant que si elle s’adressait à lui en le regardant en face, devinant à ses plus infimes mouvements la direction de son regard et de son corps.

— Tu parles d’une odeur presque pareille, tu veux dire ses gênes ?
— Oui, c’est bien cela.

— Et où ?

— Au marché, dans la foule, une ressemblance comme pour des êtres d’une même famille.

— Mais le Dave disait que personne ne la connaît, qu’elle n’a pas de famille ! S’exclama Jédé en se levant complètement.

L’androïde se redressa lui aussi, guettant tout signal qui l’inviterait à se mettre debout, puis comme sa maîtresse se détournait, il se rencogna sur sa chaise. Comme le silence s’éternisait, ce qui était inhabituel, Thalh demanda.

— Veux-tu que je demande au Dave ? Veux-tu que je retourne chercher cette personne ?

— Une femme ? demanda avidement Jédé, une autre femme ? Peut-être une sœur ?
— Je ne suis pas en mesure de te répondre à ce point.

Elle rit et haussa les épaules.

— Ne dis rien au Dave, qu’il se débrouille pour retrouver sa « fugitive » comme tu dis, mais oui, essaye de savoir qui est cette fille ou cette femme, et n’en parle à personne. Si le Dave n’est pas fichu de tenir son contrat, moi je pourrai peut-être essayer.

— Je ne te comprends pas, dit Thal d’une voix neutre.

— Je ne te l’expliquerai pas, tu ne dois en parler à personne.

— Veux-tu que je te la ramène ? reprit-il, sans relever ce qu’il n’avait pas à commenter.
— Pas tout de suite, mais trouve-la, et si tu peux, trouve-les toutes les deux.

Le silence revint et Jédé redressa son habit et après un regard gourmand vers les vagues qui balayaient la plage et se déversaient dans le grand bassin de la piscine de rochers de l’hôtel, elle sortit sans plus s’occuper de l’androïde. Ce dernier resta quelques secondes à attendre un ordre, puis comme elle ne revenait pas, Thal se leva et quitta le grand salon à son tour.

Il traversa le grand hall désert et sortit, passant comme une ombre de sa démarche fluide et dansante de droïde, conçu comme un personnage de jeu vidéo, souple, mobile et le corps élancé et mince, le visage uni et régulier, le cheveu abondant et raide, qui lui tombait sur la nuque en queue de cheval. Il s’avança sur le parvis de l’hôtel et fixa sans ciller l’ouest où le soleil commençait à baisser, rapprochant de l’horizon son incandescence blanche : au loin il put distinguer les remous de la cascade Gibraltar et son écume traversée d’arcs colorés.

Il se demanda si les traces seraient encore perceptibles après une après-midi entière de cohues et de bousculades dans les allées étroites du marché, puis remarqua qu’il s’était posé la question, et bien qu’il se dirigeât  sans plus hésiter vers la ville haute, il continua à analyser cette pensée inattendue.
La jotiya rouvrait avec l’approche du soir et un vaste marché labyrinthique bourdonnait de discussions, les lumières s’allumant aux devantures et aux toits des baraquements qui les jouxtaient.

A cette heure les odeurs de cuisine se répandaient, bols de bouillons aux petits escargots, saucisse grillées et fritures diverses. Thal frôlait à peine les badauds, et ceux qui le voyaient se poussaient pour l’éviter. Il était reconnaissable à ses traits figés en lippe légèrement boudeuse et à son allure dansante. Jédé lui ayant laissé son costume de héros de jeu vidéo du vingt et unième siècle, il était à la fois démodé et inquiétant avec ses armes et ses vêtements en cuir ajusté. Les androïdes du modèle de Thal avaient été créés au siècle 25, par des amateurs de jeu japonais qu’on avait sans arrêt adaptés aux nouvelles technologies, mais dont quelques fans utilisaient encore les consoles et les écrans.

Thal s’arrêta, tous les sens en éveil : on l’observait, et cela venait de haut. Il dirigea ses sensations au-dessus d’une boutique, sur les toits plats, et entendit la course de jeunes corps qui bondissaient légèrement sur le ciment. Il s’en détourna en se rendant compte qu’il avait retrouvé la trace qu’il était venu chercher ; il la suivit jusqu’à l’étal d’une vieille marchande qui assise sur un tabouret, avait sur une tablette dépliée sur ses genoux, tout un assortiment de graines minuscules et de boutures. Elle croisa son regard et il y lut de la crainte et un soupçon de colère.
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MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai - 20:41

Oooooooow !
J'espère bien que Thal va prendre une importance majeure dans la suite, parce que je l'aime déjà ^_^
(Très bonne idée, les androïdes conçus comme des persos de jeu vidéo) (et sinon, c'est quoi la jotiya ?)

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