Encre Nocturne
Bonjour !

Il est conseillé de s'inscrire ou se connecter afin d'avoir accès à l'intégralité des messages du forum.


Entrez dans une dimension littéraire dont le territoire est infini et partagez vos écrits avec les autres internautes !
 
AccueilAccueil  PublicationsPublications  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Forteresse [TP]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai 2015 - 21:03

oui mais je ne t'en dévoile pas plus je n'ai pas encore avancé sur lui très loin, jotiya c'est le mot marocain pour un marché à moitié sauvage où on vend de tout (vêtements, objets divers, vieilleries etc)
Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai 2015 - 21:11

Sinon voici encore un morceau

-Que vends-tu ? Demanda-t-il pour engager une conversation sociale et rassurer la commerçante.

Celle-ci le jaugea sans parler puis haussa les épaules :

-Vieilles graines, mâchouilla-t-elle entre ses dents.

Et elle détourna le regard quand elle surprit une lueur dans les yeux du robot, une lueur qui dénotait un sentiment. Thal saisit délicatement du bout des doigts un morceau de racine et le renifla.

-Que va-t-on en faire ?

-C’est une bouture d’un fruitier d’avant le cataclysme, un arbre à prunes noires.

Thal le déposa délicatement, tout en continuant à analyser la trace qu’il sentait de façon très nette à présent, jusque sur le pot de pépins qu’il effleura.

-C’est pour en faire un arbre aussi ?

-Oui, un pommier.

-D’avant le cataclysme aussi ?

-C’est normal, je suis une antiquaire des plantes, enfin, une brocanteuse, je ne suis pas snob et riche moi !

Elle rit d’elle-même et égraina en les frottant du bout des doigts les pépins de pomme qui bruissaient dans leur récipient. Elle lui en plaça une au creux de sa paume, en prenant garde à ne pas le toucher. Thal observa le pépin avec attention et releva le front quand elle lui demanda abruptement :

-Tes maîtres aiment les jardins ?

Il prit un temps de réflexion et secoua la tête :

-Il y a des jardins chez eux, mais je ne crois pas qu’ils ont des graines comme cela.

Elle le regarda avec surprise :

-Tu ne crois pas… Non garde cette graine et plante là dans un tout petit pot avec de la terre pour commencer, et arrose-la.

Thal glissa le pépin dans une de ses brassières et la remercia. Il repartit dans les ruelles, suivi du regard perplexe de la marchande, jusqu’à ce qu’il se fut mêlé à la foule. La trace devenait facile à suivre maintenant que Thal avait compris où la retrouver. Il la perdait parfois quand elle avait été mêlée à d’autres, puis la retrouvait plus loin, souvent ténue, et en fait de plus en plus difficile à percevoir.

Des hurlements brisèrent sa concentration, le rappelant à la vigilance qu’il avait négligée depuis sa rencontre avec la brocanteuse et l’assurance d’avoir retrouvé la trace.

Le robot chien ! Sale robot chien ! Renifle ça si tu peux ! Crièrent de nouveau des voix juvéniles.

Une détonation claqua et quelque chose de visqueux s’écrasa sur son visage, puis un autre et encore un autre coup, provoquant des protestations autour de lui. Deux jeunes adolescents riaient en sautant sur place, lui envoyant à présent les ordures qui traînaient autour d’eux. Thal s’épongea le visage en les cherchant des yeux, comprenant qu’ils l’avaient bombardé de boules puantes, pour l’empêcher de traquer, et que les gens qui s’étaient alarmés autour de lui redoutaient d’être empestés. Ils étaient perchés sur un toit et vu l’étroitesse de la rue, pouvaient le coincer et le toucher à chaque lancer. Certains badauds ricanaient à présent, tout en se garant pour éviter les projectiles.

Thal renonça et reculant avec précipitation, fit demi-tour et fonça vers une ruelle transversale. Personne ne tenta de s’opposer à sa fuite, tout le monde savait la force d’un androïde.

Il chemina encore, mais sans plus chercher de trace, car son odorat était complètement empesté par les boules puantes et il le savait, cela durerait des jours. La rue s’élargit et il fut bientôt sur la grande place. Il erra quelques instants sous les arbres, au milieu de campements hétéroclites et s’assit contre un tronc. En levant le visage, il vit remuer le feuillage au-dessus de lui, et le ciel rougeoyant qui transparaissait en volutes entre les branches grises de l’olivier.


Il farfouilla dans sa brassière et en extirpa avec un peu de mal le pépin de pomme qu’il fit rouler entre le bout de ses doigts, en l’étudiant très attentivement en repensant aux paroles de la marchande. Grattant au sol une poignée de terre, il la fourra dans sa brassière et y enfonça la graine. Il trouverait de l’eau plus tard.


Sa montre sonna et il entendit clairement Jédé l’interpeler.

-Non je ne l’ai pas retrouvée, mais je sais où revenir chercher, expliqua-t-il sans lui parler des boules puantes.

-Je regarde les arbres Jédé.
Revenir en haut Aller en bas
La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
avatar

Féminin Balance Messages : 4622
Date d'inscription : 17/05/2014
Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai 2015 - 21:47

Citation :
mais je ne crois pas qu’ils ont des graines comme cela.
là techniquement c'est le subjonctif, ce qui donnerait plutôt "je ne crois pas qu'ils aient des graines comme cela" :-p

Sinon, qu'entends-tu pas "Brassière" ? (j'avoue que je ne connais que le sens habituel... x))

Et enfin : je n'ai pas compris le "-Je regarde les arbres Jédé." à la toute fin, tu mets un deuxième tiret comme si c'était une réplique de quelqu'un d'autre, ce qui m'a un peu déconcertée (et l'absence de répartie de Jédé - d'ailleurs j'aime beaucoup ce nom au fait - dans le dialogue déconcerte un peu)

Bref, j'aime toujours. Je me demande bien depuis quand, et surtout pourquoi, Thal pense par lui-même, se demande des trucs etc etc... :-p

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai 2015 - 23:24

merci pour la concordance de temps, le fait de parler plusieurs langues m'embrouille souvent quand les temps sont plus complexes Wink sinon tu n'as rien compris parce que effectivement, un bout a sauté au copier-coller
-rentre alors, que fais-tu encore là-bas ?

Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Sam 23 Mai 2015 - 23:48

la suite, le personnage de jédé

Parfois, quand le découragement ou le sentiment angoissant de perte inéluctable de ceux qu’elle aimait la saisissaient à l’estomac, Jédé reconsidérait sa volonté d’abordage de la forteresse. Elle avait une idée très séduisante de la vie de ceux qui y résidaient, mais comme le lui faisait souvent remarquer sa mère, qu’avaient-ils de plus pour rendre la vie d’une jeune femme agréable et confortable ?

Jédé habitait la partie privée de l’hôtel, un hôtel si fameux que les clients de tout Ouropa la réservaient des années à l’avance, et que tous les cinq ans, à l’issue d’une promotion de masters, les grands écoles venaient reconduire leurs contrats avec son père.

Jédé côtoyait ces étudiants venus fêter la fin de leurs études ou préparer leur envol vers les planètes à coloniser, et elle passait à leurs yeux pour la princesse du lieu.

La jeune femme avait compris très tôt que ces diplômés ne connaissaient rien de l’extérieur, comme ils appelaient les régions hors de leurs murs. Ils ne savaient pas, et manifestement ne cherchaient pas à savoir, que le reste du monde n’était gouverné qu’au plus près, c’est-à-dire par des groupes d’intérêts divers qui s’ils avaient renoncé aux guerres, puisque plus rien ne les justifiaient, vivaient de leurs relations acceptées ou forcées avec eux.

Les diplômés constataient que les exclus de Ouropa, Nouyork, Bijin, Pretoria la neuve, bénéficiaient du minimum décent, c’est-à-dire la santé, une alimentation facile d’accès et la liberté de vivre comme bon leur semblait, et qu’ils pouvaient se passer de venir chercher ce minimum dans leur forteresse.
Ils prenaient cependant rarement le temps d’en savoir plus, et ces informations ils les trouvaient généralement dans les prospectus qu’on leur distribuait à leur atterrissage de la navette aérienne. La plupart s’en contentaient, et Jédé qui animait quelques soirées et leur servait de guide, déchanta très tôt et fut furieuse de constater qu’ils avaient beau être génétiquement parfaits, très instruits et armés des dernières technologies, la plupart d’entre eux ne venaient pas pour découvrir ce qui se passait loin de chez eux, mais pour boire, danser, accumuler les expériences sexuelles avant de remonter à bord souvent nauséeux à la suite de leurs excès et de repartir pour ne plus revenir.

Quelques-uns se montrèrent plus attentifs et discutèrent avec elle, charmés de son intelligence, et avouant honnêtement que rien ne les préparait à autre chose qu’un peu de respect et de tolérance vis-à-vis des extérieurs.

Jédé grappilla des informations sur les développements de la Science, reçut même en cadeau quelques objets, mais cela lui paraissait mince au vu du mal qu’elle se donnait pour découvrir ce dont elle rêvait.

Deux ans plus tôt, à l’arrivée de l’été et des flottilles de navettes débarquant les diplômés, un jeune homme l’avait considérée alors qu’elle offrait le pot de bienvenue, un vin de raisin cuit à l’ancienne livré directement de l’arrière-pays de Tanger, leur premier contact avec un autre goût, une autre saveur de vie, et s’était approchée d’elle, sa coupe vide tendue.

Sans prendre la peine de la regarder la remplir, ni de s’attarder de l’exotisme du fait qu’on utilisât encore des bouteilles et des verres en verre, il lui demanda :

-Jédé, je voudrai visiter la ville, est-ce possible ? On n’en dit rien dans le prospectus.

-Le prospectus est fait par votre école, elle pense que vous avez surtout besoin de vous détendre et de vous défouler de votre année, répondit-elle vivement.

Puis craignant de l’avoir froissé, elle reprit :

-Vous devez être très fatigués à la fin de vos études ?

-C’est vrai, nous devons créer quelque chose, et j’ai pris la physique, il y a beaucoup de mathématiques.

Il se tut, le temps d’avaler une longue gorgée. Jédé qui s’attendait à le voir filer vers un groupe, et déjà heureuse d’avoir échangé quelques paroles intéressantes, fut stupéfaite quand au lieu de la planter là, il lui dit en souriant.

-Posez la bouteille, ils vont bien arriver à se servir tout seuls, on est encore un peu manuel à Ouropa vous savez ! Mais si vous avez un moment, je serai heureux que vous me parliez des études des gens ici.

-Des études ?

-Oui, ce que vous apprenez réellement, et comment vous y arrivez. Comment sont organisées les études.

Elle sourit avec joie et sans poser la bouteille, lui indiqua les grandes baies ouvertes sur l’océan et s’exclama :

-Allons dehors, je serai très heureuse moi aussi de parler de mes études, et de la biologie adaptée à la physique !

Et ainsi Paolo lui promit que si elle trouvait le moyen d’entrer dans Ouropa, il la prendrait dans son labo-entreprise et qu’il attendrait qu’elle y parvienne, puisque lui ne pourrait rien faire de plus que venir la chercher dans une gare d’arriv
ée.
Revenir en haut Aller en bas
Tiunterof
Gardien grincheux de la CB
avatar

Masculin Bélier Messages : 1759
Date d'inscription : 24/10/2012
Localisation : Sur la CB, comme toujours.
Humeur : sss

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Dim 24 Mai 2015 - 10:40

Wouaw, ton univers devient de plus intéressant à chaque partie, j'adore. cute

Et les personnages ont l'air géniaux aussi, surtout Jédé, je l'aime déjà ! :la:
Revenir en haut Aller en bas
kingthley

avatar

Féminin Bélier Messages : 9
Date d'inscription : 21/05/2015
Localisation : je cours les rues.

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Dim 24 Mai 2015 - 11:45

je trouve vraiment ton histoire géniale. on est tout de suite plongé dans les décors, l'ambiance, les lieux sont biens posés, c'est vraiment bien !

en ce qui concerne le début, moi ça ne m'a pas dérangée parce que justement après la lecture devient beaucoup plus fluide, et les choses s'expliquent bien après ; on a les réponses à nos questions.

j'ai hâte de savoir la suite, j'aime bien Thal moi aussi :la:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Hug
Revenir en haut Aller en bas
http://kingthley.tumblr.com
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Lun 25 Mai 2015 - 11:32

[color=#0099ff]l'idée c'est de sortir du bien et du mal, projet de départ. Comme dans la vie vraie, finalement chacun court après ses projets et les construit souvent au détriment d'autres sans forcément en avoir conscience. Voici la suite, sur le personnage de Jédé toujours :)

Jédé qui s’habillait pour son cours d’histoire des sciences physiques et biologiques comparées, se demanda un court instant où elle installerait la salle de cours : puis elle se souvint que Silvio aimait la vue sur les cataractes et se dépêcha de monter dans l’ascenseur qui menait à la face nord de la tour de l’hôtel.

La salle de réunion des professeurs était libre, puisqu’aucun groupe ne débarquerait avant quelques jours. Comme toutes les portes de l’hôtel, celle de la salle s’ouvrit en coulissant sans bruit sur le côté alors que Jédé sortait tout juste de l’ascenseur.

L’adolescente tapota distraitement un code sur son bracelet et un brouhaha familier s’éleva dans la pièce, celui d’une salle de cours attendant le professeur dans la décontraction et le plaisir des retrouvailles.

Jédé observa les uns et les autres, des étudiants extérieurs comme elle, qui suivaient virtuellement les cours de l’université technologique engagée, un institut privé qui enseignait les technologies des forteresses en dépit des lois de leurs territoires, ayant proclamé que fermer le monde moderne et libre à la majorité de l’humanité était un crime, ils profitaient de leur situation pour donner des cours en dehors de leur territoire, et organisaient de grandes manifestations petitionnaires pour soutenir leur combat.

Jédé posa son appareil à notes sur la longue table devant elle et l’allumant, parcourut presque distraitement les notes du dernier cours, grommelant contre les erreurs de saisie que son appareil avait faites : il ventait beaucoup la dernière fois, et la voix de la prof avait gondolé, provoquant des fautes que Jédé avait oublié de corriger. Elle le fit rapidement, relu aussi l’exercice à rendre et se redressant pour avoir l’ai sérieux et studieux dans l’uniforme réglementaire de l’institut, elle joua de l’ongle un deuxième code, celui qui la fit apparaître aux yeux de tous dans une classe projetée en hologramme où chaque étudiant se laissait voir afin d’avoir une attestation de présence.

Des éclats de rire, des expressions dans la langue du cours, et après quelques brouillages et sauts d’images, chacun fut virtuellement assis près de son camarade du moment, et put voir à travers les baies virtuelles de la classe le paysage qu’il voulait : Silvio fut près d’elle et sourit malicieusement.
Alors ma cousine, tu ouvres sur Gibraltar ?

—Je sais que ça te plait, dit-elle en souriant en retour.

—Oui, figure-toi que mes ancêtres sont partis de là-bas, il y a des centaines et des centaines d’années !

—Tu me l’as déjà dit, répliqua-t-elle  

—J’ai une nouveauté, une surprise, serre moi la main !

Elle tendit vers lui la paume, pour une salutation virtuelle, qui les faisait toujours rire quand leurs doigts se croisaient et que leurs mains devenues transparentes, se fondaient l’une dans l’autre sans brouiller l’image.

Mais cette fois Jédé sursauta, le contact était furtif, mais elle avait bien ressenti un contact, une caresse chaude, vivante contre sa main plongée dans le virtuel. Elle serra la main de Silvio plus fort, et tandis que les deux images de leurs doigts se brouillaient l’une dans l’autre, elle continua de sentir quelque chose de réel.

—Chut, souffla-t-il, ce n’est pas encore au point, je suis pratiquement sûr que bientôt on pourra se toucher pour de vrai !

—Bonjour chers étudiants !

Silvio laissa tomber son bras et cligna de l’œil. Sidérée, Jédé le fixa sans prendre garde au cours qui commençait, frottant doucement la paume de sa main et regardant pendre celle de Silvio.

Elle fut interpelée et présenta son exercice. L’enseignante écouta attentivement son exposé, suivi des yeux sans jamais interrompre Jédé le film de ses expériences, puis la bombarda de questions relayée par les autres étudiants.
Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Mar 26 Mai 2015 - 21:18

(la suite, après je reprends l'écriture!)


Sylvio ne disait rien, semblait, les rares fois où Jédé arrivait à détourner très légèrement son attention, plongé dans une rêverie dont Jédé avait compris qu’elle était le reflet de ses réflexions sur la démonstration.

Les étudiants se conduisaient déjà comme des chercheurs, et la prof savait que les travaux, même des exercices qu’elle leur donnait, étaient d’une démarche rigoureuse et bien plus réels que ceux des étudiants des universités et des collèges de  la Forteresse.

Il n’y avait pas de loi d’éthique, pas de déontologie hors les murailles, et les bricoleurs, comme on surnommait les chercheurs extérieurs, commençaient à trouver, à la grande inquiétude des intérieurs, que ce soit dans les soins, la technologie ou l’invention.

Ils étaient nombreux, et contrairement aux illusions dont on se berçait chez les Intérieurs, leurs trouvailles risquaient de déséquilibrer le monde un jour ou l’autre. Les enfants de riches extérieurs se jetaient à corps perdu dans les études, leur désir le plus cher était de franchir la frontière pour entrer, pas d’autre mot. Ils parlaient tous d’entrer.

Et ceci malgré les Accords qui assuraient les soins des enfants pour éviter que leur mortalité pousse à la surpopulation, la surveillance raisonnable des cours de matières premières comme le blé, la farine, la viande et l’huile pour s’assurer qu’aucune famine, même en cas de conflits guerriers, ne pousse au désespoir des millions de déshérités. Ou encore le contrat passé avec les gouvernants élus ou totalitaires  pour laisser filtrer un peu de liberté d’expression.

Tout cela n’empêchait pas qu’on voulait franchir les murailles et vivre avec les Intérieurs.
La position de l’université technologique engagée devenait difficile  à tenir face à ses détracteurs, mais certains enseignants y voyaient l’avenir même de la science et de la technologie, car les intelligences qui s’y rencontraient se fécondaient d’un bout à l’autre de la planète.
Le silence se fit : les étudiants finissaient de noter mentalement sur leurs tablettes les résultats et les réponses de Jédé à leurs différentes objections. Helen prit conscience qu’elle, elle n’écoutait plus depuis un moment la démonstration argumentée de la jeune étudiante debout dos au tableau virtuel sur lequel son exercice vidéo tournait encore. Sans prendre la peine de s’en inquiéter, sachant que le cours aurait très bien pu se passer d’elle, la jeune femme appuya sur un bouton de son pupitre et lança le cours suivant.
Jédé s’assit et Helen savait que rien ne viendrait perturber la leçon, surtout que le sujet en était nouveau.

Mal à l’aise, elle regarda discrètement les images projetées de tous ces jeunes gens autour d’elle, le jeu de fenêtres qu’ils s’étaient amusés à organiser dans la salle de cours, fenêtres donnant sur des parties du monde glaciales, tempérées, tropicales. Leur univers était ouvert, le sien embastillé dans une technologie de confort et de rejet.

Quand on quittait les forteresses, que ce soit dans l’ancienne Europe, dans l’ancien nouveau monde, dans l’ancienne Asie, on partait pour les étoiles.

Elle se demanda un instant si les jeunes gens projetaient des fenêtres ouvertes sur des films passés de la nature terrestre, ou sur ce que la Nature était redevenue une fois les cataclysmes millénaires oubliés et les sols régénérés.

—Jédé, ne put-elle s’empêcher de demander, où as-tu trouvé cette belle vidéo de chutes d’eau ?

L’adolescente se tourna vers sa fenêtre, sous les regards des étudiants, étonnés de l’interruption. Elle tourna les yeux vers Silvio et Helen surprit une lueur d’avertissement dans le regard de son camarade :

—Elle n’est pas authentique, insista Helen.

Jédé eut un sourire mutin et secoua la tête :

—Non prof, bien sûr, c’est un vieux film trouvé dans une brocante chez nous. Je l’aime bien, à Tanger il n’y a pas beaucoup d’eau.

Helen ne ressentit qu’un léger soulagement dont elle sut d’instinct qu’il était basé sur son désir et pas sur une réalité véridique.

Elle, la scientifique, elle se laissait prendre à un leurre.

Quand après des adieux joyeux et un rendez-vous au cours du lendemain, un cours sur la langue d’écriture des résultats, que Jédé attendait avec impatience pour commencer à mettre en forme son mémoire sur les relations entre la technique et le vivant, et qui serait le socle de son bac, les fenêtres disparurent une à une après que la salle de cours se soit évaporée, sur un geste de Helen, Silvio et Jédé s’attardèrent.

Elle se leva et s’approcha de sa fenêtre pour regarder le fleuve enchâssé dans la forêt qui baignait la ville de Vitoria avant de se traîner au milieu de la verdure, jusqu’aux vagues grises et bleues de l’océan où des bateaux tanguaient gracieusement.

-On ne leur dit rien ? Pourtant quand ils viennent en vacances ils voient bien la vérité, murmura Jédé.

-Qu’ils se bougent, grogna Silvio, et qu’ils nous laissent tranquilles au fond !

-Alors, tu as découvert quoi ?

-Chut, il y toujours des mouchards dans ces classes qui s’incrustent comme des virus sur nos programmes ! C’est presque au point, chuchota-t-il presqu’imperceptiblement. Je te montrerai ça bientôt, toi la première !

Jédé sourit et d’un commun accord, ils coupèrent le contact.

Elle ouvrit la vitre de la salle de réunion et le bruit lointain et majestueux des cataractes de Gibraltar lui parvint. Elle se souvint alors de son droïde et repartit à pas vifs vers le hall de l’hôtel.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Mar 26 Mai 2015 - 21:19

Un petit mot pour te dire que j'ai encore rien lu, mais je la met en soirée sur ma kindle et je la lis demain dans le train Wink
Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Mar 26 Mai 2015 - 21:36

Merci Ragne :) bon voyage pour Marseille! J'espère que tu trouveras du soleil!
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Ven 29 Mai 2015 - 12:44

Alors j'ai lu.
J'ai beaucoup aimer cette histoire. C'est entraînant, surprenant. Tu dose très bien les dialogues, les descriptions et l'actions.
Il y a cependant un énorme point noir c'est tes dialogues que je trouve parfois faux. C'est à dire que le français y est maladroit si ce n'est en fait erroné. Si tu veux je te relèverais les phrases qui m'ont donné cette impression, mais ça me faisais juste sortir de la lecture.
Ce qui est dommage parce que le reste est vraiment extra
La suite, la suite!
Revenir en haut Aller en bas
ASSIA



Féminin Bélier Messages : 238
Date d'inscription : 16/04/2015
Localisation : entre mer et montagne

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Ven 29 Mai 2015 - 15:29

Salut Ragne, c'est en effet mon point faible, et j'écouterai volontiers tes conseils, en fait tes réflexions sont d'autant plus pertinentes que tu es un scénariste dont le dialogue est la base de travail!
Je vais continuer sans corriger pour l'instant, histoire d'avancer le texte qui sera ensuite soumis à une relecture plus exigeante.
En fait il y a beaucoup d'idées à développer et j'aimerais créer un univers qui me permette de faire plusieurs romans courts avec les mêmes personnages ou pas. Pour en faire un recueil!

Sinon pour le concours, le premier, comme ma nouvelle n'a pas été primée, que devient-elle? J'aimerais bien la retravailler pour en faire un texte plus élaboré, qu'on comprenne mieux les événements et la psychologie des personnages.

Merci encore, je suis vraiment heureuse d'avoir rencontré EN!
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Ven 29 Mai 2015 - 15:47

Yo. J'commence la lecture de ta longue nouvelle, la moindre des choses car tu lis également les Chroniques du Dernier Bastion. J'en suis à la fin de la première partie et j'éditerais ce poste ou reposterais au fur et à mesure que j'avance dans l'histoire Wink

J'étais aussi très confuse au début, tu nous plonges d'un coup dans un cadre difficile sans donner d'indications sur le contexte. Heureusement, j'en ai appris par la suite et j'ai été agréablement surprise car moi aussi, je me suis sentie libérée à la sortie du trolley ^-^ Mot que tu répètes un peu trop souvent, je trouve. Je dis pas qu'il faut bourrer son texte de synonymes ou de groupes de mots descriptifs mais sur certains passages, c'est flagrant, comme : "Elles dépassèrent le trolley après avoir remercié les deux employés du trolley". Tu as un bon vocabulaire mais parfois un peu étriqué ( J'ai eu du mal à m'imaginer le wagonnet, mais pour les mouvements du trolley, ça passait crème) et tu décris très bien les personnages !

Tu introduis la vieille femme avec douceur, en commençant par la présenter de dos, comme une figure étrangère mais rassurante, excellente idée. Tes autres descriptions sont aussi riches et j'aime bien le fait que tu t'attardes sur les scènes de l'histoire pour délivrer un maximum de détails.
Quant aux dialogues, je ne les trouve pas pour ma part maladroit, ils sont d'une douceur et d'une simplicité si touchantes qu'on les dirait sortis d'un film du Studio Ghibli ! Bon, par contre, c'est vrai que tu inventes parfois des formulations un peu boiteuses : "— As-tu où aller ma fille, tu ne chercherais pas du travail ?" sans oublier la répétition d'après : "— Je te remercie, j’ai où aller." (C-C-COMBO xD) Mais bon, sur cet exemple, je comprends, c'est un peu alambiqué et vu qu'elle est un tantinet désemparée, elle reprend sa demande mot par mot pour se faire comprendre.

Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire, j'étofferais petit à petit :-p
Revenir en haut Aller en bas
Tiunterof
Gardien grincheux de la CB
avatar

Masculin Bélier Messages : 1759
Date d'inscription : 24/10/2012
Localisation : Sur la CB, comme toujours.
Humeur : sss

MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   Ven 29 Mai 2015 - 16:16

Je viens de lire la dernière partie, et c'est un peu difficile à comprendre. Mais pas comme dans la première partie. Ici,le problème c'est que j'ai du mal à déterminer à partir de quel point de vu on se place. Au début je crois que c'est à travers Jédé qu'on voit l'histoire, mais ensuite ça devient flou et je crois que vers la fin c'est le point de vu de Helen, puis à nouveau Jédé.

Un autre problème c'est que j'ai pas une idée claire de ce qui est en train de se passer. Alors, ils ont l'air d'être en cours et il y a Jédé. Est-ce que Jédé donne des cours aux élèves alors qu'elle est censé les accueillir en ville ?Ou alors est-ce que Jédé est à la Forteresse avec eux. Mais qu'est-ce qu'elle fait là ? Et c'est elle qui donne le cours ou quelqu'un d'autre ? Mais si c'est elle depuis quand est-ce qu'elle est qualifiée pour ça ?
Et surtout, peut - être que tu l'as dit plus tôt et que j'ai juste oublié, mais qui est Helen ? C'est une élève et elle pose des questions à Jédé mais ensuite elle prend un rôle autoritaire avec elle et Silvio.

Bon, c'est peut - être moi qui ne sait pas lire, mais il me semble que cette dernière partie est trèèès confuse. :/
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Forteresse [TP]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Forteresse [TP]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 4Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Encre Nocturne :: Écrits :: Écrits courts :: Nouvelles-
Sauter vers: