Encre Nocturne
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 Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4801
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MessageSujet: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 14:52



Ok, nouvelle nouvelle mes agneaux, moins lente, moins lyrique... Moins sur le style et plus sur l'action, finalement ^^


"Imaginez, la science vous propose des compagnons personnalisables à l'infini... Vous vous jetez dessus, comme tout le monde. Mais plein de choses peuvent mal tourner...  "
Spéciale dédicace à Tiun, Phoenix, Ragne, Teru, et même Earl et Silenuse (très rapidement) huhu :ridicule:





Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve









          Jour 0

          Aujourd'hui c'est Noël.
          J'ai été la première à me lever, j'ai jailli de mon lit à sept heures pétantes. Cela fait longtemps que je n'ai pas ressenti pareille fièvre le matin du 25 décembre. Depuis quelques années, le jour des cadeaux est devenu pour moi celui des interminables repas de famille. Chèques et billets ont remplacé paquets cadeaux multicolores ; l'émerveillement enfantin s'est changé en ennui placide. Mais aujourd'hui, tout est différent.
          Pour la première fois depuis mes douze ans, j'ai su quoi demander.
          Cela fait des mois, et même des années, plus exactement, que je désire ce cadeau. Depuis que les premiers prototype ont été vendus sur le marché. Mais je m'y suis toujours refusée. Je ne suis pas de celles qui suivent aveuglément les tendances du moment. Ni de celles qui acclament chaque nouvelle invention scientifique comme un miracle. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", disait Rabelais… Mais devant l'engouement grandissant qu'ont provoqué ces "DNPets" et ma propre curiosité dévorante, ma conscience à commencé à reculer, à relativiser. Ce n'était peut-être pas mal. Juste nouveau. De toute manière, il n'y a ni bien ni mal. Rien qu'un camaïeu de gris.
          Bref. Tout ça pour dire que je suis emplie d'un mélange de hâte et de peur, que mon estomac tourne et retourne en tous sens.
          Interrompant mes pensées chaotiques, mes parents nous rejoignent – nous, les enfants – au pied du sapin. Je froisse distraitement les plis légers de mon pyjama. Mon père, du rire plein les yeux, entame la distribution ; je me crispe imperceptiblement. S'il n'y a rien pour moi, c'est qu'ils ont accédé à ma demande, car mon cadeau n'est pas de ceux qu'on emballe. Si en revanche on me tend quelque chose…
          – Perline…
          Je sursaute, mes yeux s'accrochent à ceux de ma mère. Elle me sourit, et mon cœur bat plus fort.
          – Tu sais comment tu vas l'appeler ? dit-elle enfin avec un sourire.
          Mon souffle reste bloqué dans mes poumons.
          C'est oui.
          – Rendez-vous à la boutique demain, ajoute mon père parmi les cris de mes sœurs ouvrant leurs cadeaux. Ils auront besoin de ton ADN…
          C'est oui. Bon sang, c'est oui !





          Jour 1

          La boîte arrive deux semaines plus tard. Je n'en peux plus d'impatience ; mon visage est impassible lorsque je signe le reçu du facteur, mais mes mains tremblent et j'ai l'impression que mon cœur va exploser à force de pomper tant d'air et de sang, il faut que je l'ouvre, il le faut ! Je claque la porte d'un pied agile, encombrée de la boîte si lourde, puis la pose sur la table. Avant d'inciser les bandes de ruban adhésif, je hurle que mon cadeau est arrivé. Ce qui, dans ma bouche, donne ça :
          – Perle est là ! Perle est là !
          La maison endormie s'agite soudain. Mes deux sœurs déboulent dans ma pièce tandis que ma mère dégringole l'escalier ; toute la famille est bientôt réunie autour de la boîte mystérieuse. Sur le carton renforcé, de grandes lettres arc-en-ciel claironnent fièrement "DNPet", accompagnées de la mention "urgent". Des brins d'ADN stylisés s'entrelacent avec la marque.
          – Tu ouvres ? demande timidement ma cadette, aussi fascinée que moi.
          Mes mains se ruent d'elles-mêmes sur le cutter, qui perfore avidement le carton ; les battants s'ouvrent et mon cadeau apparaît enfin à mes yeux.
          Dans une sphère de plexiglas étincelante, un petit être se tient roulé en boule, recroquevillé dans son sommeil. Des exclamations jaillissent autour de moi. Ma mère attrape le mode d'emploi ; mon père se saisit délicatement de la sphère moite et embuée, et la dépose sur le bois verni de la table. Délaissant le mini-manuel que je connais quasi par cœur après l'avoir dévoré sur le Net, je fais doucement pivoter l'objet et enclenche deux charnières de plastique. Il y a un petit claquement timide, puis les deux hémisphères se déploient. Le cœur prêt à éclater, je glisse mes doigts à l'intérieur et saisis doucement la petite bête toute chaude.
          Elle est à présent au creux de mes mains. Elle s'étire lascivement, passe sa langue violette sur ses babines, et ouvre les yeux. Mes yeux. Nous échangeons un regard, et j'ai l'impression étrange de me voir dans un drôle de miroir, de me voir déguisée dans un autre corps. Ses yeux sont noisette, pictés d'un vert discret. Si la prunelle n'était pas aussi ronde et large, il s'agirait d'un regard humain. De mon regard. Je la soulève pour la regarder mieux ; tranquille, elle m'observe sans ébaucher un mouvement. Elle est magnifique. Exactement semblable à mes vœux.
          Une corolle de plumes blanches tachetées d'arc-en-ciel se déploie autour de son cou, telle une crinière de griffon. Sa tête est celle d'un lion blanc, un petit lion aux grands yeux et aux longues moustaches. Son corps rond et duveteux est celui d'un oiseau mignon en forme de poire, dont j'ai oublié le nom. Sa queue en éventail fait écho à sa crinière. Elle a de petites pattes agiles, qui s'accrochent à ma peau. Elle me regarde l'observer, indulgente.
          – Coucou, je murmure.
          Elle agite les plumes en réponse, déployant brièvement ses ailes dans une explosion de couleurs.
          – Elle est trop mignonne ! s'extasient mes sœurs à côté de moi.
          – Elle est magnifique, conclut ma mère. Elle te plaît ?
          Je la pose doucement sur la table, et elle hérisse les plumes avant de commencer à explorer ce nouvel environnement.
          – Elle est géniale. Elle est trop bien !
          Mon père se rengorge.
          – Un beau cadeau, hein ?
          – Oh là là, merci beaucoup !
          Une paire de bisous plus tard, me revoilà le nez collé à la table, l'œil fixé sur ma nouvelle amie. Elle est si réelle ! Comme si elle était née dans la nature d'un autre monde que le nôtre, dans le sang et la douleur de sa mère, et non dans les éprouvettes d'un laboratoire. Un pincement de culpabilité me serre le cœur un instant face à cette pensée ; mais il s'efface lorsqu'elle pousse un petit gloussement adorable en découvrant un verre, aussi translucide que sa sphère. Est-elle mieux qu'un véritable animal ? Pire ? Je ne saurais le dire. Mais elle reste un être vivant sensible. Comme les animaux naturels, après tout.
          – C'est un verre, lui apprends-je. Un verre.
          – Un verre, répète-t-elle d'une petite voix – ma voix.
          Ma sœur benjamine pousse un cri de ravissement et tente de se jeter sur la petite bête ; j'enraye de justesse la tentative de kidnapping, formant un rempart de mes bras.
          – Pas touche toi, je gronde .
          – Pas touche, répète la bestiole de sa voix troublante, celle que lui octroie la gorge de perroquet des DNPets.
          Elle croise mon regard et éclate de rire, avant de se carapater à l'autre bout de la table.
          – Hé, reviens Perle ! ronronne ma sœur perfide, prête à refaire une tentative.
          Un éclat d'incompréhension traverse les prunelles rondes ; j'éclaire sa lanterne.
          – Tu t'appelles Perle. C'est ton nom. Ton nom. Regarde, moi c'est Perline. Tu comprends ? Hein ?
          Elle penche la tête à droite, à gauche, et encore à droite. Je l'imite, faisant de nous des miroirs, l'un animal et l'autre humain.
          – Perle, conclut-elle en reprenant son exploration. Perline. Perle et Perline.



A suivre...

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]


Dernière édition par La Lapine Cornue le Sam 16 Sep - 16:49, édité 6 fois
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 16:21

Oooooh, c'est trop meugnoooooooooon ! Cute 2

Tes descriptions sont toujours aussi belles je trouve, et Perle est si adoraaaaaaaable. ♥️ ♥️ ♥️

Et surtout je trouve que tu as retranscrit à la perfection le sentiment d'attente et d'excitation qu'on peut ressentir quand on attend quelque chose aussi fortement. (Du coup ça me rappelle les noëls de quand j'étais tous petit.)

Et mention spéciale pour le nom du personnage principale. :3
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Magostera

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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 17:57

C'est tellement doux à lire, presque délicatement sucré lors des descriptions. J'adore cette petite chimère enfantine, qui commence à vivre encerclée de surprise et d'affection Patpat dans ta chetr

Un gros +1 pour ce récit !

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Even in the deepest madness, Lancelot of the Lake stay the unrivaled Knight of Honor.
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 20:24

C'est trooooooooooooop mignon
e c'est trop court T.T
Elle est ou la suite?
Je peux pas faire de commentaire sans suite moi:/ :na:
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 21:08

Haha je pensais pas que ça vous plairait autant :corn: Merci à vous trois !
Bon, du coup je vous mets la suite, hein... (haha Ragne ce smiley flippant)









         Jour 15

         Perle est de plus en plus adorable. Je lui apprends plein de mots, nous parlons chaque fois plus naturellement… Mes parents ne cessent de s'extasier en répétant que j'étais la même dans mon enfance ; qu'elle est mon vivant portrait. Elle apprend vite et pose beaucoup de questions. Elle grandit vite, aussi. Peut-être même plus ! Ma petit sœur s'amuse à prendre ses mesures tous les jours ; je sais que Perle trouve ça un peu inutile, mais elle ne dit rien pour ne pas la froisser et aussi parce qu'elle adore qu'on s'occupe d'elle. Qu'est-ce que je disais : moi à son âge !
         – Perline, tu peux me donner la calculette s'il te plaît ? S'il te plaît !
         Ses grands yeux humides me font fondre. Avec l'habitude, j'ai cessé de me dire que ce sont les miens à chaque fois que je les croise.
         Je ne peux plus la tenir depuis qu'elle a découvert ma calculatrice. Elle a déjà passé une nuit entière, surexcitée, à tripatouiller les programmes en essayant de les comprendre… Je lui tends la machine, vaincue. Elle bondit dessus, écrasant les touches sous son poids.
         – Hé doucement, espèce de matheuse ! fais-je semblant de râler.
         Elle lâche un ricanement diabolique en réponse – celui que ma sœur cadette lui a appris. (Je ne cesse de le regretter, d'ailleurs, cela me donne des sueurs froides lorsqu'il lui prend l'envie de me taquiner en pleine nuit…)
         Sa petite truffe humide s'écrase sur les touches, et elle ne tarde pas à accéder aux sacro-saints algorithmes.
         – C'est quoi, XXX ? demande-t-elle d'une voix nasillarde, étouffée par la touche EDIT qu'elle martyrise.
         – Ça fait tomber de la neige, réponds-je en éclatant de rire. Regarde.
         J'active le programme d'une pression et décolle Perle de sa victime. Elle observe les flocons noirs envahir l'écran d'un air perplexe.
         – Ne me demande pas à quoi ça sert, j'ajoute avant qu'elle ne pose la question. Parce que j'en ai aucune idée.
         Un bruit attire soudain mon attention ; mes yeux se fixent sur la fenêtre, et sur l'allée qu'elle surplombe. Deux voix se disputent. Enfin, une même voix appartenant à deux personnes différentes… Deux êtres différents. Seul l'accent gloussant –"perroqué", comme nous disons – de l'une permet de les différencier, à condition d'avoir l'oreille fine.
         – C'est qui ? roucoule Perle, toujours fascinée par la neige informatique.
         – Léa et Lee, réponds-je en les saluant d'un geste. Tu viens ?
         Je descends l'escalier sans attendre la réponse ; en ouvrant la porte, je comprends que Perle a choisi une autre issue. Dans un froufrou élégant de griffon-éventail en plein vol (race officialisée par mes sœurs et moi), elle se pose lourdement sur l'épaule de Léa. La droite ; la gauche étant déjà occupée par Lee. Celle-ci est un chauve-chat (toujours officiellement) ; elle était sensée atteindre la taille d'un doberman, mais au bout d'un an elle stagne toujours à celle d'un gros oiseau. Adepte de mauvais jeux de mots comme sa maîtresse, elle est aussi prolifique en jurons.
         – Salut, ma salope préférée, glousse Lee en même temps que Léa (j'en déduis que l'une s'adresse à Perle et l'autre à moi-même).
         – Un concours de vol ? propose Perle en réponse, sans autre préambule.
         Un éclat de défi apparaît dans l'œil félin de Lee, enflammant son iris émeraude.
         – C'est parti, petit piaf à plumes.
         Les deux bestioles se projettent soudain dans l'air tendre, froissant le vent de leurs ailes si différentes. Elles ne tardent pas à disparaître derrière le toit, dans un nuage d'insultes taquines plus imagées les unes que les autres. J'échange un sourire avec Léa.
         – Ces bestioles alors ! disons-nous en même temps.







         Jour 30

         – Perle, c'est l'heure de la piqûre ! je hurle dans l'escalier. Dépêche !
         Un grognement me répond, suivi du célèbre froufrou de l'éventail. La bestiole atterrit sur la table dans un bruit sourd.
         – Déjà ? grommelle-t-elle.
         J'arme la seringue d'une main experte.
         – Ça fait une semaine, réponds-je d'un ton sans réplique. Tu devrais être contente, pourtant.
         – Je devrais être contente de me faire piquer les fesses ? ronchonne-t-elle.
         Ses râleries me rappellent les miennes et j'éclate de rire en glissant la pointe acérée entre les plumes de sa queue.
         – Vu comme ça… Mais bon, c'est ce qui se rapproche le plus d'un repas, non ?
         Les DNPets n'ont pas d'estomac, ni d'intestins. Rien qui puisse salir ou émettre de mauvaises odeurs ; rien, en fait, qui puisse être une excuse pour les gens de ne pas en acheter. Je ne sais pas exactement ce qu'il y a dans cette seringue, mais c'est cette piqûre qui permet à Perle de rester en forme, de rassasier son cerveau et ses muscles et de grandir. A propos, elle atteint déjà la taille d'un dindon, ce qui n'est pas rien en trente jours… Certains paramètres restent apparemment difficiles à maîtriser pour les créateurs des DNPets. La taille en fait partie. Lee, le célèbre chauve-chat, ne grandit plus depuis longtemps, au grand désespoir de Léa. Beaucoup d'autres bestioles, en revanche, dépassent largement les mensurations prévues. La sphère de plexiglas que j'ai gardée affiche toujours en étiquette "Taille max : 30 cm" alors que ma plus jeune sœur a fêté hier les quarante-et-un centimètres de Perle. "Mais quand s'arrêtera-t-elle de grandir ?" plaisante mon père, ce qui n'est pas sans rappeler la période de mes treize ans. Les programmes télévisés, quant à eux, montrent des DNPets dépassant les deux mètres de haut, posant à côté de leur maître minuscule…
         – On peut mettre la télé ? demande justement Perle.
         J'accède à sa demande, et nous nous vautrons d'un même élan sur le canapé. L'écran donne naissance à la chaîne Arte, en plein reportage de 30 Millions d'Amis. Je sens la gêne de Perle et me dépêche de zapper, malgré mon adoration pour la fondation. Depuis le lancement de la première campagne publicitaire, 30 Millions d'Amis attaque régulièrement la start-up productrice des DNPets. Mais celle-ci, jusque-là, n'a jamais flanché.
         – Mets la douze, s'il te plaît, demande Perle. Il doit y avoir DNPets Chronicles à cette heure-là…
         – Ok, mais après c'est moi qui choisis, dis-je de bonne grâce.
         Cette émission – l'une des rares qui soient intéressantes et un peu moins débilitantes que la moyenne – présente, jour après jour, la vie de DNPetsTown. Il s'agit d'un projet lancé il y a plusieurs mois. Avant Perle, je refusais de la regarder. Je trouvais le principe stupidissime et honteux – je ne sais même plus pourquoi. Il s'agit d'un "village" naturel entièrement habité et géré par les célèbres bestioles. La communauté, un peu chaotique au début, dispose maintenant d'un "conseil des sages" élu par les habitants et de divers services.
         Perle et moi lisons les sous-titres français, plongées dans nos pensées. Je rompt soudain le silence, qui éclate en mille morceaux.
         – On leur a demandé leur avis au début, tu crois ?
         – Je crois pas, je sais, répond-elle du tac au tac. Ils l'ont dit une fois. Non. Ils ont demandé les avis de leurs maîtres, c'est tout.
         C'est logique, maintenant que j'y pense. Les DNPets ne sont pas considérés comme des êtres pensants. Mais pas non plus comme des animaux… Que sont-ils au regard de la loi, alors ?
         – Tu voudrais aller vivre dans un endroit comme ça ? Tu penses que ce serait mieux pour toi ?
         Elle me regarde du coin de l'œil.
         – Je sais pas. Non. Je suis bien ici. Eux n'ont pas choisi, tu sais bien. Ils deviennent autonomes parce qu'ils le doivent. Mais je suis sûre qu'ils seraient mieux à ma place… vautrés sur un canapé tout mou à côté d'une ado toute molle.
         Je lui balance un coussin, qu'elle esquive de justesse.
         – On dirait que tu parles d'une larve ! Je suis pas toute molle !
         – Pas de bagarre, pas de bagarre, par pitié ! implore-t-elle, morte de rire. Je peux pas répliquer. Tu n'oserais pas attaquer une faible femme sans défense ?
         Je sens un sourire éclore sur mon visage, et me saisis d'une autre munition.
         – Alors là, si tu crois ça ! Prends ça, piaf à plumes !
         J'utilise mon arme, elle pousse un cri strident et se jette sur moi. La guerre de canapé recommence, héhé. Mais cette fois, Perle ne gagnera pas !



A suivre...

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
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je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 24 Juil - 23:14

C'est toujours aussi mignon. :3

Et tu commences à développer un univers et la personnalité des personnages, continue, j'ai hâte de voir ce que ça va donner !
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Sam 25 Juil - 12:13

Bien, Tiun ! T'arrives de mieux en mieux à commenter un truc sur lequel y'a rien à dire. Tu gagnes une danse du panda :ridicule:




         Jour 100

         Ce soir, en rentrant du lycée, je tombe sur une véritable assemblée squattant le salon. Dans les fauteuils s'entasse une foule bavarde et multicolore : une bonne dizaine de DNPets serrés les uns contre les autres. Par réflexe, je cherche Perle du regard. Elle trône sur l'accoudoir du canapé, énorme – elle a atteint la fameuse taille de doberman auparavant visée par Lee. Celle-ci est à côté d'elle, bien sûr ; la vision cocasse d'elles deux, chauve-chat bleu et griffon-éventail multicolore, mortellement sérieuses, me fait sourire. Sont aussi présents Tiun, serpent à pattes aussi grincheux qu'adorable, Earl qui est le vivant portrait de Sully dans Monstres&Compagnie (version miniature), Teru le ouistiti à rayures roses, ou encore un chat-chouette nommé Ragne, ce qui ne lui va pas du tout car cette bestiole est un vrai bisounours. Sans oublier Phénix, l'oiseau éponyme, et Asmar, énorme lapin noir à quatre oreilles et quatre yeux. Et encore quelques autres qui me sont plus ou moins inconnus – un mouton minuscules aux boucles noires, par exemple, grand lecteur de théâtre d'après ce que m'a dit Perle.
         – Y'a du monde, ce soir, conclus-je en gratouillant les rondes oreilles de Perle, ce qui la fait ronronner.
         – A la télé, s'excite soudain le ouistiti, ils ont dit que maintenant on pouvait se reproduire !
         – Les bras m'en tombent, réponds-je du tac au tac. Non, sérieusement… qu'est-ce qu'ils ont encore inventé ?
         Le rose énergumène tente une approche ondulante vers Perle, avant de l'enlacer par derrière, tel un parasite minuscule câlinant un éléphant.
         – Ô ma douce, roucoule-t-il, nous allons enfin pouvoir laisser libre cours à notre amour !
         J'éclate de rire. Perle lève les yeux au ciel et Tiun se met à râler :
         – Arrête, pas de ça ici. C'est dégoûtant.
         Perle assène à l'importun un coup d'éventail parfaitement maîtrisé ; il fait un bond en arrière et manque dégringoler de l'accoudoir.
         – C'est un procédé purement scientifique, ils croisent deux ADN en laboratoire, rétorque Perle. Des sortes de clones de deux DNPets, en fait. Ça n'a rien à voir avec un accouplement, patate.
         – Tu viens de casser toute la passion de l'instant, et mon cœur avec, gémit théâtralement Teru.
         – Arrêtez votre cirque, bande de concombres de mer, grommelle Earl. Je croyais qu'on avait des soucis plus urgents que ça ?
         – Des soucis ? je répète et mon regard se fiche dans celui de Perle.
         – Armand ne veut plus de moi.
         Tout le monde se tait, consterné. Je me tourne vers le possesseur de la belle voix grave, qui s'avère être Asmar, le lapin monstrueux. Ses quatre grands yeux  sont emplis de quelque chose… La peur ? Le grand Asmar aurait peur ?
         – Ses parents disent que je suis trop grand. Que je suis énorme.
         D'un coup d'œil, j'évalue sa taille. Si Perle est un doberman, lui est un beau St Bernard…  Énorme, c'est bien le mot.
         – Et il va partir faire ses études, il ne peut pas me prendre. De toutes manières, il n'a plus le temps.
         Une colère froide monte en moi, face à la détresse camouflée par ces mots.
         – Plus le temps de quoi, enfin ?! Il n'a ni besoin de te nourrir ni celui de te faire jouer, tu es autonome !
         Un frisson parcourt l'assemblée ; je me rends compte de mon erreur et voudrait ravaler ce dernier mot mortel. Autonome. Mais c'est trop tard. Le gigantesque lapin baisse le nez.
         – Autonome, oui… Bref. Il a dit qu'il ne s'attendait pas à ce que je dure si longtemps.
         Mon sang se glace dans mes veines. J'observe une larme ronde et nacrée éclore au coin de son grand œil brun.
         – Ce sont ses propres mots, précise Ragne et son regard doux se plante dans le mien, partageant mon effroi.
         – Quel sale… murmuré-je. Attendez. Bougez pas, je reviens.
         Sans attendre de réponse, je me propulse dans l'escalier et déboule dans ma chambre. Je mets tout mon bazar sans dessus-dessous, jusqu'à retrouver le fameux mode d'emploi fourni avec Perle. Je parcours toutes ses sections, épluche chacune de ses pages ; jusqu'à conclure. Il n'y apparaît nulle part les mots "Longévité" ou "Durée de vie". Après un grognement frustré, je me rue sur mon ordinateur et commence à sonder l'Internet, essayant les mots-clés les uns après les autres. Je dois bientôt me rendre à l'évidence : les forums dédiés aux DNPets sont chargés de cette question cruciale que personne ne pense jamais à poser le premier jour, tournée de mille et une manières. Mais dans les rares réponses sont toujours présents les "peut-être", les "à mon avis", les "d'après mon expérience"… Merde, merde. Je tente la recherche en anglais. J'aboutis enfin sur le site officiel des DNPets, sur lequel un brave internaute a osé poser l'ultime question. La réponse s'étale en un immense pavé d'anglais américain ampoulé, et je dois faire pédaler ma pauvre cervelle pour en traduire les phrases. Quand j'arrive au terme de la lecture, un soupire s'enfuit de ma gorge, tout droit monté de mon cœur.
         La vérité, c'est qu'ils n'en savent rien. La vérité c'est que c'est tellement aléatoire qu'au lancement de la production, les gens devaient choisir la longévité de leur produit ; mais vu le pourcentage ridicule de réussite (parallèle à celui de la taille, en fait), ils avaient vite fait machine arrière. Certains DNPets ne fonctionnaient qu'un an – mon sang se met à charrier des glaçons dans mes veines. D'autres étaient en pleine forme après six ans de vie. Je referme l'onglet du navigateur, la tête vibrante de questions. Comment cessent-ils de fonctionner ? S'épuisent-ils petit à petit ? Ou pourrais-je tomber sur Perle morte par surprise, un matin ? Et encore, ce n'est qu'une première question. Lorsque leur temps est écoulé, se mettent-ils en "veille", en stase ? En hibernation ? Est-il alors possible de les réveiller ? Ou sont-ils considérés comme… jetables ?
         Je dévale l'escalier, et retrouve mes petits amis serrés les uns contre les autres, buvant des yeux DNPets Chronicles. Perle et Asmar lèvent les yeux vers moi.
         – Armand veut me donner à Emmaüs, reprend-il comme si je ne venais pas de disparaître une demi-heure.
         Je lâche ce bruit de cochon qui exprime un semblant de rire face à quelque chose de grotesque.
         – Emmaüs ? Il est idiot ou quoi ?
         – Ou alors, il va me vendre à quelqu'un.
         Sa voix est éteinte. La mienne est enflammée de colère.
         – Mais qui voudrait le DNPet d'un autre ? je lâche, exaspérée. "Des compagnons personnalisés", c'est leur slogan !
         – Ou alors, les parents ont dit qu'il restait le vétérinaire, ajoute Perle en fichant son regard dans le mien.
         – Le… hein ? Je percute pas.
         – L'euthanasie, souffle Ragne.
         Il étend l'une de ses larges ailes sur le dos puissant d'Asmar. Celui-ci, dans un sursaut d'orgueil, lui lance un regard glacé.
         – J'ai pas besoin d'être consolé.
         Il nous tourne le dos, se recouchant sur le pavé froid ; Perle et moi levons les yeux au ciel dans un bel ensemble.
         – Ecoute, Asmar, dis-je. Si ton maître ne veut plus de toi, notre canapé t'attend.
         Il ne réagit pas. Maudite fierté que cet Armand lui a transmise !
         – Alors tu n'hésites pas, j'insiste. Tu viens à la maison.
         – Ils veulent me vendre.
         – Et bien je t'achèterai. Mon nouvel Ipod pourra attendre, dis-je d'un ton faussement enjoué. Non mais ho.
         J'éteins la télé de force ("Ça va finir par vous griller les neurones, ce truc !") et me sors de quoi goûter, les couvant d'un regard discret.
         Six ans depuis les premiers prototypes. Trois depuis leur commercialisation.
         Lorsque les gens se seront lassés d'eux, que deviendront-ils ?






         Jour 500

         Perle est désormais trop grande pour rentrer dans la maison.
         Mes petites sœurs ont pleuré. Pas moi. Je me souviens d'Asmar, presque vendu, presque mort à cause de sa taille, qui paraît aujourd'hui ridicule en comparaison de mon amie. L'énorme lapin est blotti sur le canapé à l'heure qu'il est ; il m'a fallu sacrifier tout mon argent de poche, mais je l'ai sauvé. Quant à Perle…
         Elle nous a donné hier des sueurs froides. Elle ne parvenait pas à passer la porte pour sortir de la maison. Elle est aussi haute que moi, mais bien plus large… Elle était là, coincée dans l'encadrement, et exprimait un tel mélange de honte et d'angoisse face à son corps titanesque que j'ai failli pleurer avec elle. Cet incident a fait éclater la réalité que nous refusions de voir : elle n'est plus apte à vivre avec nous. Ces derniers temps, le passage de porte se faisait difficilement, mais dans la bonne humeur ; Perle n'hésitait pas à tourner cette difficulté en dérision, ce qui faisait rire toute la famille. La vision de cet oiseau fantaisiste géant, planté entre le canapé et la table, nous paraissait hilarante. Mes sœurs utilisaient son ventre rond comme un trampoline ou un fauteuil. Mais nous nous voilions la face. Toute la joie s'en est allée à cet instant terrible où Perle, passant la porte, a éclaté en sanglots. Relâchant toute la tension qu'elle camouflait depuis des jours, des mois ; lorsque ma sœur, dressée sur un tabouret et armée d'un crayon, célébrait chaque nouveau centimètre. Imperméable à l'angoisse de Perle qui se voyait devenir monstrueuse.
         – Je savais que ça finirait par arriver.
         Je suis allongée sur son ventre doux, gratouillant distraitement sa gorge duveteuse, lorsque je l'entends se confier ainsi. Nous sommes dans le jardin, bien sûr.
         – Quoi ? Tu aurais pu rester d'une taille moyenne, comme Asmar, dis-je d'une voix nouée, les yeux fixés sur l'immense ciel bleu.
         – Ç'aurait pas été logique. Regarde, Asmar est un lapin. Il ne va pas atteindre deux mètres de haut ! Je suis déjà surprise qu'il ait pu grandir autant.
         – Mais…
         – Sinon, Tiun est un serpent… lézard… mille-pattes… je sais pas quoi. Bref, c'est pareil, il stagne à une taille ordinaire, comme le vendeur l'avait assuré à Yoann (son maître). Réfléchis, c'est lesquels les plus grands, ici ?
         Je passe en revue nos connaissances, songeuse.
         – Earl et toi. Et Phénix, dans une moindre mesure.
         – Exactement. Earl a… disons… je ne sais pas quels ADN ont été utilisés... ours peut-être ? Mais il est inspiré d'un monstre. Donc il culmine à plus de deux mètres.
         – D'ailleurs, je me demande comment sa famille gère ça…
         – Sa famille ? Personne ne sait d'où il vient ni où il dort, il est toujours fourré chez les uns et les autres. Bref, quant à Phénix, ils ont dû s'inspirer d'un grand oiseau, l'aigle ou l'albatros peut-être. Ce qui explique ses trois mètres d'envergure. Et moi, tu m'as voulue avec une tête de lion, alors…
         Je tends l'oreille, cherchant le reproche dans sa voix, mais il en est absent.
         – Pas bête. Tu sais que t'es pas bête, toi ?
         Je lui envoie une bourrade sur une babine.
         – J'ai de qui tenir, m'assure-t-elle d'une voix où scintille le rire.
         Un doux silence s'installe entre nous. Je referme les paupières et passe mes doigts dans ses plumes. Je suis si bien que je pourrais m'endormir. Ce qui m'arrive souvent, d'ailleurs. Héhé.
         – C'est nul que tu ne puisses plus voler.
         Elle se crispe presque imperceptiblement, et je regrette aussitôt mes mots.
         – Ah oui, il y a ça aussi. Oui, c'est nul. Qu'est-ce que tu veux… C'est déjà bien que j'aie pu voler un jour. Avec un corps de dodo…
         Elle agite l'une de ses ailes comme pour s'éventer, ce qui me fait rire.
         – Ah oui, c'était ça l'oiseau en forme de poire ! Et bah, tu sais quoi, j'ai compris pourquoi on les avait appelés dodos.
         – Ah ? Je m'attends au pire.
         Je lui envoie un coup de coude.
         – C'est tellement confortable, on ne peut que dormir sur leur ventre !
         Elle se redresse d'un coup dans une flopée d'injures, et je glisse sur l'herbe humide. Je me dépêche de déguerpir avant de me faire écrabouiller par un mastodonte furieux.
         – Tu sais ce qu'il te dit le dodo ? braille-t-elle en agitant ridiculement les ailes.
         – Tu fais trembler la terre quand tu cours, ô divin griffon ! je réplique dans un éclat de rire.
         Je me retourne soudain vers elle qui arrive au pas de charge, écarte les bras en croix et me laisse emporter par son ventre comme par un édredon ambulant.
         – Un câlin ? j'articule, étouffée par sa peau chaude.
         Elle me serre maladroitement dans ses ailes, et je disparais dans un nuage de plumes bruissantes.
         – Prends-moi sur tes épaules, Mama Dodo !
         – "Mama Dodo". Non mais écoutez-la.
         Elle me soulève pourtant de bonne grâce et je prends pied derrière sa large nuque, les jambes serrées sous sa crinière plumeuse. Je m 'attends à ce qu'elle parte au galop, mais elle reste immobile un instant et je me penche vers elle pour tenter d'apercevoir son visage léonin.
         – Un problème ?
         Ses longues moustaches s'agitent et me chatouillent la joue ; mais son regard reste fixé droit devant elle.
         – Dis, Perline. (Elle hésite et je tends l'oreille.) Si je devenais énorme, je veux dire vraiment énorme, vous me garderiez ?
         Elle sait que moi, toujours ; ce sont les parents qui l'inquiètent.
         – Tu veux dire, énorme comme Draco ?
         Draco est une bestiole célèbre, celle qui symbolise DNPetsTown. Ce T-Rex, rejeté par sa famille, a atteint récemment six mètres de haut. Il s'occupe de son village avec une grande sagesse et une patience d'ange. Dire qu'il a été vendu à l'émission car ses maîtres craignaient qu'il ne devienne dangereux. Les gens sont idiots, parfois. Souvent.
         – Six mètres de haut ?
         Je me dresse sur ma monture et étends les bras autour de moi ; elle me fait tournoyer et je deviens ivre de rire et de vitesse.
         – C'est tout à fait gérable, voyons !



A suivre...

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Mar 28 Juil - 20:05



           Jour 500

           Les coudes sur la table, je retiens un bâillement en observant Perle disputer une partie d'échecs avec mon père. Ou plus exactement, me dicter ses ordres – à moi qui suis bien incapable d'y jouer !
           – Le cavalier ici, dit-elle en effleurant l'emplacement du bout d'une plume.
Je saisis la figurine et la déplace comme demandé. Papa se replonge dans une grand réflexion ; son adversaire lui donne du fil à retordre. J'observe leur duel de regards, les prunelles rondes de Perle plongées dans celles de mon père.
           Je vous rassure, Perle n'a en rien rapetissé. Nous sommes installés à la table du jardin. Et entourés de la communauté au grand complet : Tiun et son maître Yoann qui a enfin accepté de se joindre à nous ; Earl… vous savez, le monstre à pelage bleu et violet… eh bien, toujours seul et indomptable ; Phénix avec Coline (une drôle de fille qui l'entraîne à battre des records de vitesse et de discrétion, afin d'en faire l'espionne militaire parfaite) ; Teru avec Quentin (tous deux en train de glousser bêtement en matant Léa et Lee) ; ou encore Ragne sur l'épaule de Guillaume, les deux se consolant mutuellement après un mystérieux chagrin d'amour. Asmar est quant à lui étalé de tout son long aux pieds de ma mère, tel un ours monstrueux reconverti en chien de compagnie.
           Tous sont là, les rires font écho aux mots bavards, et je me sens si bien que c'est comme si du bonheur à l'état pur coulait dans mes veines. J'ai l'impression d'appartenir à une grande famille, et je sais que chacun d'entre nous ressent la même chose, DNPet ou humain. Tout cela grâce à l'achat de drôles de bestioles, cataloguées en masse, produites à la chaîne et customisables à l'infini. Je crois qu'un énorme sourire illumine mon visage. Je n'ai pas eu tort en accédant à mon souhait ; je n'ai pas eu tort de relativiser. Le monde est un camaïeu de gris et aujourd'hui, avec ceux que j'aime, nous avons transformé un noir phénomène de consommation en paradis étincelant de blancheur. Ou "DNPetsTown version française", comme dit ma sœur.
           – Perline ? appelle mon amie, agitant un éventail de plume devant mes yeux.
           J'émerge.
           – Nyé ?
           – Le fou ici, s'il te plaît, indique-t-elle presque timidement, comme si elle avait deviné mes pensées – ce qui est sans doute le cas.
           – J'arrive ! hurlent soudain Teru et Quentin à l'unisson.
           Ils déboulent à côté du plateau, nous fixant de leurs mêmes yeux noirs étincelants d'humour.
           – Quoi ? fais-je en levant le nez de la partie.
           – Bah, commence l'humain, le fou…
           – Ici, continue le ouistiti, alors…
           – Nous voilà !
           Ils sourient de toutes leurs dents blanches et Perle et moi éclatons de rire. Earl le monstre débarque également et leur envoie une bourrade qui manque tuer l'adorable ouistiti.
           – Ça va pas non ? braille-t-il en se rattrapant tant bien que mal à mon épaule.
           – Héhé, on a appelé le fou ? se rengorge Sully-version-Earl. Me voilà !
           Quentin et son acolyte rose se jettent sur lui, le faisant basculer ; le plateau de jeu dégringole à leur suite sous les cris des deux stratèges. Perle se jette dans la mêlée avec un hurlement de dodo en colère, manquant écrabouiller les lutteurs ; Coline et son phénix-espion plongent dans la bagarre avec ravissement, au milieu des jurons de Léa qui les rejoint d'un même élan, Lee tournoyant autour d'elles. Mon père se réfugie sur le banc, aux côtés de ma mère qui rit à gorge déployée. Yoann, et Tiun enroulé autour de son cou, commentent la scène à coup de phrases volontairement grincheuses. Quand soudain un lourd galop ébranle la terre et Asmar les renverse avec la joie d'un taureau de corrida. Il s'éloigne vite afin d'aller embrocher Guillaume sur ses oreilles… Oh là là. Je tente de m'enfuir discrètement lorsque la grande serre de Perle m'attrape au vol et me projette sur son ventre énorme, dans un pouf géant qui étouffe mon cri. Me voilà prise dans la mêlée chamarrée pleine de poils, de plumes et d'écailles, et de rires. Plus de rires qu'autre chose, à vrai dire !
           Bref. Une après-midi ordinaire dans DNPetsTown version française…






           Jour 800

           Quel temps sinistre. Le ciel pleure à chaudes larmes sur nos têtes – enfin non, à larmes gelées, traits de glace qui glissent le long de mes joues et s'infiltrent dans mes couches de vêtements. Je dégouline autant qu'une éponge ; les nuages doivent bien rire de moi. Telle le célèbre Bob, je file me mettre à l'abri dans mon ananas, héhé. Mais en plein essorage sur le paillasson, une pensée subite me glace l'esprit : Perle, où est-elle, où est-elle ? Avant de me rasséréner. Elle doit être avec Earl. Celui-ci a découvert un hangar abandonné dans les environs, et lui a offert sa planque de bon cœur. Je me méfie un peu de l'énergumène ; mais il a le don pour remonter le moral de mon amie, ce dont je lui suis reconnaissante.
           Je largue mon sac à l'entrée, pille nos réserves de gâteaux et grimpe l'escalier quatre à quatre. Je me laisse tomber dans mon inconfortable chaise de bureau. C'est dans ces moments-là que je regrette le bon gros ventre de Perle dans ma chambre…
           Un bruit me fait soudain sursauter et je me tourne en tous sens, jusqu'à trouver la grosse tête d'Asmar. Le pacha à longues oreilles, étalé sur mon lit les quatre fers en l'air, m'observe à l'envers.
           – Ah ! Tu m'as fait peur, andouille ! Je croyais que tu ne montais plus dans la chambre…
           Il m'envoie un clin d'œil de ses deux yeux droits.
           – Salut ! Alors, quoi de neuf aujourd'hui ? Kévin t'a enfin déclaré sa flamme ?
           – Dans tes rêves ! réponds-je du tac au tac.
           Oh là là. Depuis que j'ai confié à Perle qu'un type – dont je ne veux pas, du reste – me tournait autour, oubliant qu'elle est aussi douée que moi pour garder les secrets, toute la maison est au courant et me charrie avec ça. Si même Asmar s'y met…
           Je lui renvoie la balle, perfide :
           – Et toi alors, toujours pas de progrès du côté de Perle ?
           Il pique un fard et bafouille :
           – Quoi ? De quoi tu parles ?
           Qu'il est mignon.
           – Elle est encore avec Earl, tu sais.
           – Quoi ? rugit-il en se remettant d'aplomb d'un coup de reins. Mais pourquoi est-elle toujours fourrée avec ce type ?
           Je vais lui ébouriffer les oreilles, enfonçant mes doigts dans le poil noir et doux. Il grommelle et s'étale à nouveau sur ma couette avec un soupir d'aise.
           – T'inquiète, va. T'as rien à craindre d'Earl, héhé.
           Ni de personne, d'ailleurs. Le cœur de Perle lui appartient, même si elle le cache allègrement. Cela vaut également pour mes sœurs ; et j'avoue que je suis moi-même un peu amoureuse de lui. Il est tout bonnement irrésistible !
           – Je vais la chercher, ronchonne-t-il en sortant de la chambre.
           – OK. Essorage obligatoire avant de rentrer, Bob, dis-je d'un ton pince-sans-rire.
           Je tends l'oreille, mais il doit avoir saisi la référence car il descend l'escalier sans rien dire, dans un concert de bruits sourds.
           Revenant à mon ordi, je me connecte à Facebook, prête à effectuer mon petit tour quotidien sur la toile d'infos que le réseau social me propose. Contrairement à la plupart des gens, je ne l'utilise pas pour mettre en place un culte du moi aussi fragile que ridicule. En revanche, cela remplace la télé que ma mère a récemment balancée par la fenêtre après des années de bons et loyaux services, décrétant que cet engin de malheur ne sert qu'à assujettir les masses et griller les neurones des enfants (ici, comprendre "des DNPets"). Bref. Et surtout, sur FB m'attend la sacro-sainte page officielle des DNPets. Un récent incident me pousse à la consulter.
           Ma sœur benjamine, pour ses onze ans, a demandé un DNPet. Ce à quoi mes parents ont répondu avec humour qu'il y avait assez de bestioles étranges dans les parages sans vouloir en rajouter une. Mais j'ai Perle, ma sœur cadette a pour ainsi dire adopté Asmar et comme mes parents sont l'incarnation de la justice, ils ont amené la petite à la boutique. Dont le vendeur leur a répondu que la production de DNPets avait cessé pour un temps indéterminé.
           Ç'a été le drame à la maison. Ma petite sœur a tellement pleuré qu'elle se levait avec les yeux gonflés. Rien n'a pu lui remonter le moral. Auparavant, elle nous considérait, Perle et moi, avec ravissement ; à présent, elle nous regarde avec un noir mélange d'envie et d'amertume. Mes parents lui ont proposé un animal de compagnie – un chat ou un chien – mais un DNPet n'est pas un animal, pas plus qu'il n'est un humain. Ils ont pris le meilleur des deux. L'esprit de l'homme et le cœur de l'animal. Ils nous sont plus précieux et plus vrais que des amis ; nulle hypocrisie en eux, nulle méchanceté, aucune mesquinerie humaine. Ils sont aussi complices, aussi purs que les animaux. On peut se fâcher contre un ami ou un frère ; pas contre un DNPet… on peut seulement fondre devant sa petite bouille mignonne. Ils partagent notre vie et nos pensées. Ce sont nos frères de cœurs ; nos âmes sœurs. Ce sont des êtres parfaits. Parfaits.
           Alors quel imprévu a pu mener à l'arrêt de leur production ?
           Ah, un article a été posté sur la page. Avant de le lire, je survole les commentaires qui ont été faits à la suite. Les gens n'ont pas l'air contents. Pas du tout. Certains ont même placé un certain accent désespéré dans leurs mots. J'ouvre l'article et commence à traduire l'américain à voix basse.
           Blablabla, production stoppée. Service après-vente opérationnel, mais temporairement. Encore du blabla… Une partie du texte me pose problème et j'ouvre Google traduction. Ce qui y apparaît me glace les veines.
           L'entreprise cesse non seulement la production des DNPets, mais également celle de tous les articles associés. Y compris leurs vitamines.
           Non. Impossible. Je reviens à l'article, persuadée d'avoir mal compris. Puis vais interroger les forums français. Ce que j'y lis m'effondre. Les gens s'insurgent. L'entreprise a été vendue. Le nouveau PDG a accédé aux demandes des organisations comme Greenpeace et 30 Millions d'Amis : il a bloqué toute fabrication relative aux DNPets.
           – Non. Non. Arrêtez.
           Je nage en plein cauchemar. Dans un flash, je vois la caisse de seringues estampillée au logo arc-en-ciel de la marque, stockée à la cave. Combien de temps va-t-on tenir avec ça ?
           Je refuse de le croire. La vente d'une simple entreprise va provoquer des millions de morts. On me propose plusieurs pétitions. Je les signe. Plusieurs fois même ; je triche afin de faire monter le nombre de votes.
           Ils ne peuvent pas faire ça. Pas maintenant.
           Je suis glacée ; une goutte de sueur trace un fil d'effroi le long de ma nuque. Relevant les yeux, je tombe sur le beau regard de Perle, plantée derrière la fenêtre… Depuis combien de temps ? La pluie dégouline le long de ses plumes, forme des arabesques de larmes sur ses traits. Elle est si belle à cet instant. Sa tête léonine est empreinte de noblesse. Elle me fait signe ; je réponds par un sourire. Mais j'ai l'impression d'être morte à l'intérieur.
           Perle. Asmar. Et tous les autres.
           Vous n'avez pas le droit de faire ça.







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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
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je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Dim 2 Aoû - 23:57

C'est un histoire géniale
Il y a peu à dire. Je suis un bisounours savant plein d'amour et de rateau. Tu me vois vraiment comme ça?

Il y a peu de mot en vrai pour parler de tout ça, c'ets mignon, l'histoire est prenante, le style efficace, les dialogue simple et réaliste, les relations humaine parfaite. Il n'y a pas de pause superflus.
Bref c'est du très bon.

Donc je me tais et j'apprécis
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Lun 3 Aoû - 15:06

Olala, j'avais pas vu que tu avais posté la suite. D:

En tout cas c'est toujours aussi mignon, j'adore ça. <3
Et ça l'est encore plus avec les petites dédicaces à tous le monde, même si je me demande pourquoi j'ai de l'ADN de mille-patte. :c
Et la fin, c'est affreux ! Tu peux pas nous laisser là-dessus, poste la suite de viiiiiiiite ! :ffmental:
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Mer 5 Aoû - 19:11

Merci les gars :corn2: Ragne : oui, désolée, je peux pas faire de portrait complet de chacun alors j'ai vachement schématisé... *fuit* Tiun : euh, tu dois avoir quoi, dix ou vint pattes :-p






           Jour 801

           – Faut qu'on fasse quelque chose. Et vite !
           Nous sommes réunis en conseil de guerre dans le fameux hangar d'Earl.          
           – Evidemment, répond Coline, un air déterminé plaqué sur le visage. Mais quoi ? Il s'agit d'une multinationale. On parle des gros bonnets, là. De start-up planétaire.
           – Et vous, vous êtes les ados d'un petit village paumé en pleine cambrousse, complète Tiun le reptile.
           – Non, attendez, intervient Ragne. Vous n'êtes pas que des ados.
           – On est des citoyens, complète son maître. Des citoyens. L'opinion publique est un pouvoir, c'est une forme de pression.
           – Ouais, allons pulvériser ce salaud de PDG ! approuve Quentin, vigoureusement soutenu par Teru sur son épaule.
           – N'importe quoi, rétorque Lee d'un ton cassant. Qu'est-ce qu'un ouistiti rose pourrait bien f…
           – Hého ! t'as quelque chose contre ma couleur ?
           – Raciste, ajoute Quentin d'un ton pince-sans-rire.
           – Bref ! intervient Léa. Ok les mecs, on a bien compris, mais dites-moi un truc, y'a déjà des milliers de citoyens qui râlent, et ça n'a aucun effet.
           – On a regardé un peu avec Phénix, renchérit Coline. Y'a eu plein de manifs. Plein de pétitions. Y'a même des discours super médiatisés ! Et au final, que dalle.
           – J'ai une idée, dit soudain Perle et je tends l'oreille. Tout ça peut être réglé par la loi, non ? Par notre statut, à nous les DNPets. Perline, tu avais dit une fois que tu ne savais pas ce que nous étions au regard de la loi. J'ai demandé à Teru de cherch…
           – Ah oui ! s'écrie-t-il en bondissant de plus belle. Bien sûr ! J'ai vérifié avec Quentin. Ça a été dur de trouver un truc un peu clair, mais…
           – Les DNPets sont considérés comme des biens meubles, le coupe son ami. Comme des produits, en fait.
           – Ouais, c'est logique, je murmure. En huit ans – allez, cinq pour le grand public – comment quelqu'un aurait-il pu se dire "Ah mais attendez, ces machins pensent et ressentent comme nous, il serait temps d'annoter la loi" ? Pff. Quelle bande de gros nuls.
           – Connards, ajoutent Léa et Lee tandis que, une fois n'est pas coutume, Tiun lâche un élégant :
           – Salopards.
           – Or, reprend Perle en mettant fin à la vague d'insultes qui traverse le groupe, si notre statut change et que nous devenons des êtres sensibles au même titre que les animaux, il serait beaucoup plus facile de faire repartir, sinon la production de DNPets, au moins celle des vitamines…
           – Qui pourraient alors, rêvons toujours, être promues au rang de produit vétérinaire, ajoute Ragne.
           – Ce serait le pied, dit rêveusement Lee.
           – Ok mais le gros problème de ce beau raisonnement, dit soudain Yoann, c'est que les fondations pour les animaux et tous les autres ont justement combattu pour l'arrêt de la production, avec pour argument phare l'inhumanité de ces pratiques. Vous voyez le problème ?
           Nous réalisons au même moment, consternés.
           – Ils ont utilisé l'argument de l'être sensible avant nous, et pour aller dans le sens contraire, dit Perle.
           – Et ça a marché, j'ajoute.
           – De toute manière, on pourra jamais aller contre eux alors qu'ils viennent de remporter leur victoire. Faut autre chose.
           – Mais quoi ?! Y'a rien d'autre ! s'énerve Teru. Des milliers de gens font pression en ce moment. Des milliers !
           – D'autres parlementent avec la firme, d'autres avec les organisations, complète Quentin. On peut pas faire grand-chose d'autre.
           – Attendre, conclut Tiun.
           – Investir le Parlement avec nos DNPets ? je propose – même les idées les plus folles sont bonnes à prendre.
           – Déjà fait hier, par la moitié des Parisiens, tranche Ragne. Et même plus. Le pouvoir politique n'a aucune prise sur la puissance d'une multinationale, de toute manière.
           – Euh… lancer une campagne de… de vidéos où des DNPets s'expriment ?
           – Des interviews, quoi. Ils en passent en boucle à la télé aux infos.
           – Tout le monde se mobilise. Tout le monde.
           – Ou presque…
           Un silence vorace s'étale entre nous tous, lourd sur nos épaules. Sans espoir.
           – En fait, hésite Coline, vous savez ce qu'on devrait faire là, maintenant ?
           Le regard bleu pur de Phénix se plante dans le sien, identique, et elles semblent presque communiquer par télépathie.
           – Aller dévaliser les dernières réserves de vitamines, lancent-elles de leur double voix.
           J'en reste bouche bée.
           – Euh… Si c'est ce que vous appelez de la résistance… Eh bien… C'est pas tout à fait ce que j'avais en tête…
           – T'avais rien en tête, c'est justement le problème, raille Quentin.
           – Perline, dit Yoann d'une voix grave, une main serrée autour de Tiun à son cou. On ne peut qu'attendre. Mais avant tout, il faut nous soucier de nos amis. A ton avis, combien de temps tiendra Perle en l'état actuel des choses ?
           Mon regard quitte le bleu de ses yeux pour aller s'accrocher à ceux de ma gigantesque amie. Les siens sont muets. Les miens sont éloquents.
           Je n'ai pas osé retourner à la cave dénombrer les seringues restantes. Une par semaine. Et après…
           Je me retourne vers Yoann, penaude.
           – Ok…
           – Allez chercher tout votre argent de poche ! beuglent Coline et Phénix comme des lieutenants aux abois. Rendez-vous ici-même dans cinq minutes ! Go, go, go !!






           Jour 802

           Nous avons dévalisé intégralement les stocks de seringues. Enfin, pour ce qu'il en restait… D'autres avaient déjà eu la même idée que nous, et je les comprends trop bien pour leur en vouloir.
           Nous avons décidé d'espacer au maximum chaque piqûre. Une semaine normalement. Deux semaines désormais. Même si c'est fortement déconseillé. Nos bestioles sont d'accord ; l'état d'alerte est déclaré…
           Nous allons tenir bon. Il le faut.






Jour 830

           Tant de choses se passent dans le monde pour les DNPets. Pour la reprise de la production. C'est si grand, si beau, et pourtant si discret. Les médias ont cessé d'en faire leur pain béni, et tout a sombré dans l'oubli. Sauf pour chaque maître de DNPet qui a encore de l'espoir plein les veines, comme nous. Chacun seul, chacun perdu face au silence mondial, au désintérêt général.
           Les gens ne peuvent pas comprendre. Seuls ceux qui ont un jour entrouvert une sphère de plexiglas brumeuse le peuvent. Ceux qui ont entendu les premiers mots d'une petite gorge de perroquet. Ceux qui ont croisé leur propre regard à travers un autre corps…. et qui ont fini par se rendre compte qu'ils ne pouvaient plus s'en passer.
           Perle et les autres survivent. Mais pas comme avant. Elle a besoin de dormir de plus en plus. Elle a des absences, de drôles de trous de mémoire qu'elle nomme elle-même "bugs du programme" avec humour. Mais personne n'est dupe. Et tout le monde attend, tout en se haïssant d'attendre.
           Les autres s'en sortent mieux. C'est sa taille qui la dessert.
           Tiens bon. Tiens bon. Je ne veux pas avoir à écrire un énième cri d'agonie sur la page Facebook des DNPets. Cri d'agonie qui sera inévitablement supprimé. Comme les autres.



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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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Dernière édition par Cornedor le Ven 7 Aoû - 20:44, édité 1 fois
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Jeu 6 Aoû - 21:50

C'est beaucoup moins mignon tout à coup. :(
J'ai rien à dire d'intéressant à part: LA SUIIIIIIIIIITE ! :ffmental:
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Ilya
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 7 Aoû - 19:48

NOOOON!!! Ils n'ont pas le droit!!!! -> Ma réaction

Sinon, que dire? C'est vraiment génial :la: :la:

Alors, l'idée est plutôt originale, sympa.
Ensuite, c'est bien écrit.
C'est trop mignon le début *.*
C'est trop suspensant (j'invente des mots) la fin *.*

J'adore les allusions aux autres membres. Et il y a un LAPIN :la: :la:

Donc, que dire d'autre?

J'ai failli oublier : LA SUITTTTTTTTTTTTTTE

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REJOIGNEZ LE MOUVEMENT OFFICIEL DES LAPINS ROSES FONDE PAR ILYA, REINE DES MORD SITHS AMOUREUSE DE SON LIT!!!
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 7 Aoû - 20:43

Kukuuuu :la: Merci de te mettre à la lecture, Ilya !





         Jour 840

         Coline nous a envoyé un lien à tous sur notre conversation Skype. Ainsi que sur notre groupe Facebook. Elle assortit le message d'une bonne dizaine de points d'exclamation… Dessous se déploient les commentaires de mes amis.
         Reptiles a dit : Qui aurait pu prévoir ça ?
         Leea a dit : C'est juste hallucinant. C'est… dingue. Ce type est un putain de rebelle, en fait.
        Phoenix&Co a dit : Vous avez vu ça. Il a raison, je trouve, pas vous ?
         Terulan a dit : C'est violent.
         Terulan a dit : J'adore ça. Trop D4RK.
         Reptiles a dit : Quentin… Je vais sévir.
         Phoenix&Co a dit : Bien fait pour sa gueule, en tout cas.
         Terulan a dit : Je rigole, le reptile. u_u  En vrai c'est flippant, non ?
         Ragneadit a dit :  Ça montre surtout que la situation est à ce point désespérée qu'une vague de violence va se déclencher, même du côté des pacifiques…
         Leea a dit : En tout cas nous on est avec lui. Ce putain de salopard l'a bien mérité.
         Ragneadit a dit : J'attends de voir la suite des évènements. Y'a de quoi trembler.
         Ragneadit a dit : Qu'est-ce que t'attends, Perline ?
         Bulle a dit : Je lisais vos coms. Vous me faites flipper… Je vais voir.


                  Je clique sur le lien fatidique, la tête pleine d'une nuée de points d'interrogation. S'ouvre une page Youtube. Je fronce les sourcils en découvrant le titre de la vidéo : DRACO SE REBELLE. J'attends la fin du chargement – la qualité est exécrable, mais je n'ai pas la patience d'en changer. Vue générale d'une salle de réunion aussi vide que gigantesque ; il le faut bien pour accueillir les six mètres du DNPet. Apparaît soudain le fameux tyrannosaure, monceau d'écailles et de muscles, qui traverse le cadre en compagnie d'un homme. Ridicule par rapport au géant. Les sous-titres français m'apprennent qu'il s'agit du nouveau PDG de la firme. La caméra s'approche ; les deux êtres sont en pleine discussion. Les sous-titres m'apprennent le sujet de la discussion : Draco veut sauver son peuple. L'intelligent personnage a joué de sa notoriété pour accéder à son ennemi juré, via une audience médiatisée et sans doute retransmise dans le monde entier. La discussion se prolonge, les sous-titres s'enchaînent ; ça parle chiffres d'un côté, conviction de l'autre, ça parle de promesses et de délais à tenir. Mais au bout de dix bonnes minutes de visionnage, je dois me rendre à l'évidence : chacun répète la même chose en boucle, et aucun n'écoute l'autre. Draco veut sauver son peuple coûte que coûte ; en désespoir de cause, il promet même les DNPets comme main d'œuvre dans les usines de la firme – mon sang ne fait qu'un tour – ce qui fait bien rire l'homme. Celui-ci argue qu'il a tenu sa parole face à l'opinion publique et qu'il n'y reviendra pas ; que le projet DNPets est abandonné et irrécupérable. Le ton monte. Mais rien ne se passe. Morte d'ennui et de frustration, je me prépare à fermer l'onglet, mais jette un coup d'œil à la description de la vidéo.
         REGARDEZ JUSQU'AU BOUT !!!! DRACO DEVIENT VIOLENT FACE AU REFUS DE SON ADVERSAIRE !!!!!!!
         En pleine overdose de points d'exclamation, j'avance le curseur de lecture jusqu'aux cinq dernières minutes. Un mouvement rapide traverse soudain l'écran, tranchant la scène en un millier de pixels ; puis l'image redevient nette et la caméra zoome sur l'homme immobile, dédaignant Draco qui sort du cadre. Le visage du PDG apparaît. Je plaque une main sur ma bouche. La peau est ouverte de l'œil jusqu'au menton, en une déchirure béante qui dégorge autant de haine que de sang. Sonné par le choc, l'homme vacille, avant de s'écrouler dans un silence mortuaire.  Quelqu'un fait aussitôt son apparition dans le cadre et s'active autour du blessé, un téléphone à l'oreille. Le caméraman ne perd pas le nord ; il montre une dernière fois le visage défiguré – une nausée opiniâtre monte vers mon cœur – avant de remonter avec impatience vers le DNPet. Splendide de majesté, dressé vers le plafond de la salle tel un colosse d'écailles, celui-ci abaisse un regard souverain vers l'objectif. Il parle et les sous-titres reprennent leur office.
         Si les hommes refusent de nous aider, s'ils nous abandonnent, nous n'avons aucune raison de demeurer dociles.
         La caméra zoome sur son grand œil d'or. Le caméraman joue le jeu. Il sait qu'il ne risque rien, et j'espère qu'il ne se trompe pas. Draco, Draco le sage, n'est pas du genre à attaquer un innocent… Mais Draco le sage ne semblait pas non plus du genre à attaquer qui que ce soit. Le sang qui dégoutte de ses énormes griffes prouve le contraire.
         Je ne peux laisser les miens mourir.
         Un éclat de détresse embrume l'œil de la bestiole titanesque.
         J'invite tous les DNPets des Etats-Unis à nous rejoindre à DNPetsTown.
         Son visage reprend sa calme impassibilité et il entrouvre la gueule – jamais je n'avais remarqué qu'il avait autant de crocs. En tout cas, c'est un orateur talentueux.
         Nous lutterons ensemble. Contre ceux qui veulent notre perte.
         Un frisson me parcourt l'échine, malgré la mauvaise qualité de la vidéo, malgré le grésillement qui embrouille les enceintes. Tant de force en cet être. Tant de désespoir, aussi.
         La vidéo est coupée. Je cligne des yeux plusieurs fois, avant de revenir à la réalité de notre petit village de France. Avons-nous une chance ? Lui, là-bas aux Etats-Unis, en a-t-il seulement une ?
          Je retourne à la conv'.
         Reptiles a dit : Alors, Bulle ?
        Leea a dit : C'est dingue hein ?
         Bulle a dit : C'est… effrayant.
         Bulle a dit : Vous pensez qu'il a une chance ?
         Ragneadit a dit : La violence n'est jamais une solution.
         Phoenix&Co a dit : J'espère qu'ils ne vont pas le tuer !!
         Terulan a dit : Bah ils auront du mal à tuer un "bien meuble".
         Terulan a dit : Riez svp
         Reptiles a dit : Tu me désespères.
         Ragneadit a dit : Ce que tu dis n'est pas dénué de sens. Au regard de la loi, je ne sais pas comment ils peuvent se permettre de réagir.
         Leea a dit : Vous croyez qu'il peut changer les choses ?
         Bulle a dit : Si lui ne peut pas, alors nous on n'a aucune chance…
         Reptiles a dit : C'est un peu le seul ayant un minimum d'impact sur la situation.
         Ragneadit a dit : Certes, mais redémarrer une production par la menace, je ne suis pas sûr que ça soit gérable, ou même seulement possible…
         Phoenix&Co a dit : Ça c'est passé il y a deux jours. Si vous regardez les com's qui ont été faits sous la vidéo, vous verrez que les Amerloques commencent à avoir les boules. Ils voient leurs DNPets se rassembler par dizaines, sous leurs yeux, puis partir pour DNPetsTown. On dirait une armée en marche !
         Bulle a dit : Sérieux ? Génial !
         Terulan a dit : Ou pas. Vous allez voir qu'ils vont tous se faire buter à l'arrivée…
         Reptiles a éjecté Terulan de la conversation.
         Reptiles a dit : Silence, oiseau de malheur. Ne tue pas notre dernier espoir D:
         Bulle a dit : Bisou à tous, je vais dormir. J'ai un peu peur de voir comment tout ça va se terminer. Je sens que ça va envenimer les choses…
         Reptiles a dit : Bonne nuit, et à Perle aussi.
         Bulle a dit : Merci… On est avec toi, Draco.
         Ragneadit a dit : On est avec toi oui.
         Leea a dit : On est avec toi !
         Phoenix&Co a dit : On est tous avec toi !!!
         Reptiles a dit : Je dirais même plus : nous sommes tous avec toi.






         Jour 890

Deux mois de plus.
         Draco et les siens ont mené diverses manifestations et coups d'éclats ; sans violence pour l'instant, mais sans résultats notoires. A part la récupération de stocks entiers de seringues, aussitôt utilisées. Les DNPets tombent cependant comme des mouches. J'ai peur de ce qu'ils pourraient être amené à faire pour assurer leur survie.
         Perle et moi, et tous les autres, perdus au fin fond de France et  bien loin de tout ça, avons l'impression de tenir un blocus. Indéfiniment. Sauf que nous commençons à manquer de vivres.
         Nous avons déjà utilisé tout notre argent afin d'acheter un lot de cinq seringues dealées sur le Net. Certains, à l'orée de la catastrophe, avaient prévu le désastre et en profitent à présent pour revendre les vitamines à prix d'or.
         Cinq seringues.
         C'est-à-dire, même pas assez pour tout le monde dans notre petit groupe. Il a fallu partager. Les vieux du village, nous voyant faire, ont ri en nous traitant de drogués. Ils ne peuvent pas comprendre. Personne ne le peut.








         Jour 900

         Earl a disparu. Je ne pense pas que quiconque ait de doutes sur son sort. Mais personne ne l'a retrouvé, pas même Phénix lors de ses vols quotidiens.
         Je dors maintenant avec Perle dans le jardin. Elle ne peut plus se déplacer, elle dit que ses articulations sont toutes rouillées, que ses muscles grincent comme un navire par grand vent. Elle trouve encore le moyen de rire.
         Asmar est blotti contre nous. Lui non plus ne va pas fort. Mais il ne mourra pas sans se battre.
         Plus de seringues depuis longtemps. Le blocus arrive à son terme.






         Jour 901

         Draco a lancé une menace de guerre contre la multinationale.





         Jour 902

         Coline m'a envoyé un lien. J'ai cliqué dessus, mais ai refusé de regarder la vidéo.
         La description m'a largement suffi…
         "EXTERMINATION DE DRACO ET DE SES DNPETS… LA FIRME COUPABLE ?!!!"






         Jour 905

         Perle dépérit.





         Jour 910

         S'il vous plaît, non. Perle, reste avec moi. Hé, Mama Dodo, reste avec moi…






         Jour 911

         Je l'ai trouvée inerte dans le jardin. Blottie contre le mur. Mon cœur a eu un raté, et j'ai cru qu'il n'allait jamais repartir.
         Inerte. Morte…
         J'ai le souffle coupé.
         Morte.
         Elle a dû se traîner sur plusieurs mètres, utilisant ses dernières forces. Pourquoi ? Atteindre la maison ? M'atteindre moi ?
         Je suis plantée devant elle. Si belle, si douce dans la mort encore. Titanesque et pourtant si minuscule. C'est étrange, je ne pleure même pas. Je n'arrive à penser à rien. Mes pensées flottent dans le vide au milieu de nulle part, loin de mon corps. Je passe ma main sur son pelage ras, d'un blanc toujours aussi immaculé. Un visage si majestueux. Ses yeux sont grands ouverts, emplis de brume et d'étoiles. Comme si elle trouvait encore de quoi s'émerveiller dans cet autre monde qu'elle vient de découvrir. Je lève doucement une main pour refermer ses paupières. Je ne veux pas que son regard se ternisse. Mais ses muscles sont déjà raides et la paupière opiniâtre refuse de voiler le grand œil doux. Celui-ci me fixe encore et encore.
         Et encore.
         – Merde, merde !
         Mon amie si jolie, l'air tendre de la nuit, le ciel aux mille étoiles, tout cela se confond soudain devant mes yeux et ruisselle sur mes joues en une masse liquide. Je sens sous ma main le pelage d'Asmar et me cramponne à sa grosse tête douce, glissant au sol sous la force des sanglots qui me secouent.
         Oh, Perle. Je n'étais même pas là.
         Recroquevillés l'un sur l'autre, nous nous couvrons mutuellement de larmes. Insectes écrasés par le ciel impassible. Ignorés par le monde entier.
         Impuissants. Et si seuls !





         Jour 913

         Tiun est mort.
         Je n'avais jamais vu Yoann pleurer.





         Jour 915

         Mort de Teru.
         Quentin ne sort plus de chez lui depuis des jours. Est-ce qu'il est comme moi blotti sur son lit ? Moi au moins je peux me cramponner à Asmar comme si ma vie en dépendait. Ou plutôt la sienne…






         Jour 916

         Mort de Phénix.
         Coline, les joues trempées de larmes, a déchiré la lettre de motivation qu'elle destinait à l'armée.





         Jour 918

         Mort de Ragne.
         Je n'ose pas aller voir Guillaume. Je vais encore me mettre à pleurer.






         Jour 920

         Mort de Lee.
         Léa a passé l'après-midi à sonner à ma porte ; j'entendais ses sanglots de ma chambre. Je ne lui ai pas ouvert. J'ai supporté seule la douleur, pourquoi ne peut-elle pas en faire autant ?







         Jour 921

         Asmar est tout ce qui nous reste.
         Mes sœurs m'ont rejointe la nuit. Toutes les trois serrées sur le lit étroit, entassées sur lui. Nous ne le laissons pas seul, jamais. Mais le pire, c'est qu'il ne proteste même pas.







         Jour 922

         Il nous a laissées l'embrasser sur le nez à tour de rôle. Alors qu'il a horreur de ça. Il grince des dents en permanence, dans un bruit plein de grignotements qui ne tarit pas. J'ai cherché sur le Net.
         Pour les lapins, cela indique une souffrance viscérale.





         Jour 923

Je me suis enfuie lorsque ma petite sœur a hurlé, à l'autre bout de la maison. Mais impossible d'occulter la vérité. Il a bien fallu que je rentre, la mort dans l'âme, à la tombée de la nuit.
         Asmar est mort.
         La dernière parcelle de Perle m'a quittée, et un grand ami l'a suivie.

         Nous sommes seuls à présent. Tout seuls.
         L'humanité a détruit ce qu'elle avait créé de plus beau.



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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
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Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   Ven 7 Aoû - 22:14

NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !

Tu vas me faire pleurer... TT___TT
Ça devrait être illégal d'écrire des trucs comme ça ! Tu brise mon petit coeur sensible, espèce de sadique. ;n;
J'ai les larmes au bord des yeux, arrête d'écrire aussi bien... Pitié. :(
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MessageSujet: Re: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve   

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Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve
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