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 [-12] Pluie de feu

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Ahn Honyme

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Féminin Poissons Messages : 21
Date d'inscription : 20/05/2015

MessageSujet: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 16:43

Alors, primo, pour la petite histoire, j'ai écrit ce texte il y a deux ans, à la suite d'un bon gros cauchemar.
Le thème est assez délicat, vu qu'il s'agit de la guerre, mais rassurez vous, ça reste soft, pas d'hémoglobine partout. Pourquoi le [-12] alors, vous me direz...? Ben y a quand même quelques petits détails légèrement dérangeants, et mieux vaut prévenir que guérir, comme on dit. Ouais nan, les gens passent pas leur temps à contempler les fleurs, et ça se comprend...
Enfin je vous en dis pas plus, vous verrez :3





Mia attendit que les débris cessent de pleuvoir sur le champ de bataille avant d'oser desserrer les dents et jeter un œil hors de son abri. Elle s'y était précipitée quand leurs ennemis avaient utilisé une arme dont ils ne connaissaient ni les effets, ni la puissance de feu, ni le nom, d'ailleurs. Elle n'avait aucune idée de si les autres avaient eu le temps de faire de même lorsque avait retenti la détonation qui lui avait glacé les sangs. Elle avait aperçu un homme vêtu d'un uniforme blanc strié de vert, un ennemi, juché sur un canon énorme, au loin, et avait ensuite perçu plus qu'entendu le tir. Il avait résonné longtemps dans la vallée, strident comme un signal d'alarme, tandis que le projectile s'élevait très haut dans le ciel, au dessus de leur tête. Et alors qu'ils avaient tous les yeux fixés sur la traînée rougeâtre qu'il laissait dans son sillage, le cauchemar avait commencé. Le projectile avait explosé en un million d'échardes métalliques fumantes et enflammées, allant de la taille d'un homme à celle d'une balle en métal. Et en quelques secondes, le tout s'était abattu sur les collines où ils avançaient pour lancer leur première offensive de la journée.

Elle s'extirpa péniblement de la cavité dans laquelle elle s'était jetée la tête la première en priant pour qu'il s'agisse bien du terrier abandonné qu'elle avait repéré en arrivant. La tâche était d'autant plus malaisée que sous l'assaut, l'entrée s'était partiellement effondrée sur elle-même. Elle finit par sortir en toussotant discrètement dans le nuage de poussière produit par la chute des aiguilles métalliques. Lorsqu'il se dissipa un peu, le spectacle qui l'attendait était peu réjouissant. Le sol, jonché des projectiles encore brûlants, était également parsemé d'aiguilles plantées à la verticale, comme si on avait voulu imposer une séance d'acuponcture à la vaste plaine qui leur servait de champ de bataille. D'autant que comme elle le craignait, tous n'avaient pas eu le temps de se mettre à l'abri. Quelques-uns de ses camarades gisaient, en grande partie brûlés, même si certains avaient eu la malchance d'être carrément traversés par ces javelots métalliques.

Mia eut un haut-le-cœur qu'elle réprima à grand peine. Mais l'heure n'était pas à ce genre de faiblesse. Il n'y avait plus de temps du tout pour s'apitoyer sur son sort ou le leur. D'autres avaient eu largement le temps de le faire avant de se faire surprendre. Car elle savait pertinemment ce qui devait suivre. D'ordinaire, leurs ennemis, plus rusés mais aussi mieux armés, profitaient d'une attaque lourde pour faire avancer leurs soldats en profitant du nuage de poussière soulevé pour ne pas pouvoir être tués à distance pendant leur avancée. Et ils étaient sûrement tout proches à l'heure qu'il était, cachés par l'une des innombrables collines du champ de bataille. Les armes à feu classiques étant neutralisées par l'humidité permanente qui régnait dans la région, ils en étaient réduits à jouer les assassins furtifs, armés d'un simple poignard, qui se révélait quand même terriblement efficace sur les recrues inexpérimentées qu'ils étaient. Et ils étaient bien entraînés, eux. Mia se remit debout en silence, évaluant d'un coup d'œil les possibilités de fuite en cas d'attaque à laquelle elle ne s'attendrait pas. A part courir à découvert en espérant semer son poursuivant, il n'y avait pas trente six mille moyens de s'en sortir. Elle sortit prudemment le pistolet trop grand pour elle qu'on lui avait confié lorsqu'elle avait été mobilisée, comme à tous les autres, et le brandit comme on brandit une lampe torche dans l'obscurité dans l'espoir futile de repérer un éventuel danger encore invisible.

Encore une fois, ils avaient réussi à les séparer, et elle se trouvait livrée seule à elle-même. Ce n'était pas trop tôt. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Mia se concentra, et levant le bras vers le ciel, tira trois coups de feu. Maintenant, tous leurs ennemis ne pouvaient qu'avoir les yeux rivés sur sa cachette. Et ils n'allaient pas tarder à rappliquer dans l'espoir de faire une nouvelle victime dans leur camp. Tant mieux, et plus il y en aurait qui viendraient, mieux ce serait. Elle s'empressa de déguerpir en direction du camp de repli. Du moins, c'était ce qu'elle espérait, vu qu'elle avait autant de visibilité et de repères qu'une taupe. Le tir avait légèrement dissipé la fumée autour de son ancien abri, et elle se percha sur une colline un peu plus en hauteur. Tapie dans l'herbe, avec son uniforme d'un vert terne, elle était invisible. Comme prévu, trois soldats se rendirent immédiatement sur les lieux, prudemment, un couteau à la main. Ils parurent à la fois surpris et contents de se retrouver sains et saufs. Pas pour longtemps. Mia les observa patiemment, et lorsque l'un d'entre eux scruta l'obscurité du terrier dans l'espoir d'y débusquer quelqu'un, elle tira à trois reprises, méthodiquement. Les trois hommes s'effondrèrent tout aussi rigoureusement, et elle recommença son petit piège à plusieurs reprises, en changeant d'abri à chaque fois. Tant qu'aucun soldat ennemi ne passait par sa nouvelle cachette pour chercher l'origine des coups de feu, tout se passerait à merveille. Si on pouvait trouver merveilleux d'assassiner des gens...

Une ombre surgit subitement derrière elle, et sans même prendre la peine de se retourner, Mia comprit qu'elle se trouvait dans de sales draps. Et l'idée de finir dans un linceul, à supposer qu'on puisse retrouver son corps, ne l'enchantait pas vraiment. Faire face à l'ennemi, même si elle-aussi possédait un poignard, était une idée stupide. Le temps qu'elle se retourne, il lui aurait déjà asséné un coup fatal, et quand bien même il ne l'aurait pas fait, elle ne faisait pas le poids face à un guerrier expérimenté. D'accord, elle-aussi commençait à avoir de l'expérience, mais pas dans le combat rapproché. C'aurait été du suicide. Sans hésiter, elle dévala la pente de la colline qu'elle surplombait, et détala à toutes jambes, au risque de se faire repérer par d'autres ennemis. Tout portait à croire qu'elle parviendrait à le semer sans difficulté. Il progressait lentement, ayant toutes les peines du monde à ne pas glisser sur l'herbe détrempée, alors qu'elle avançait à grandes enjambées, sans ralentir une seule seconde. Il fallait dire qu'elle avançait sur un terrain qu'elle connaissait par cœur. Le moindre creux, la moindre bosse n'avait aucun secret pour elle. Même si bon, avec toutes ces explosions, le pré dans lequel elle se promenait quelques années auparavant n'avait plus rien à voir avec ce qu'il était maintenant. Même les semelles usées de ses chaussures étaient pratiques pour ne pas déraper dans la pente forte du terrain. Ce fut sans surprise qu'en peu de temps, les bruits de pas de son poursuivant s'éteignirent dans le silence angoissant qui avait suivi la formidable averse de feu, de balles et d'aiguilles. Elle s'assura d'être hors de vue, en se glissant comme un serpent sur une colline qui surplombait le chemin qu'elle avait emprunté. Son ennemi était là, scrutant le brouillard à sa recherche, sans se douter que si lui l'avait perdue de vue, Mia, elle, le voyait parfaitement. Toujours allongée, elle visa avec son pistolet, en fermant un œil. Elle était trop près pour avoir droit à l'erreur. Si elle le manquait, tout gauche qu'il était dans cet habitat, il aurait aisément le temps de se ruer sur elle avant qu'elle n'ait le temps de se relever. Sans tenir compte de la goutte de sueur glacée qu'elle sentait dégouliner le long de sa nuque, elle se concentra et tira. Heureusement, elle fit mouche. L'homme s'effondra instantanément, sans vie, une balle fichée dans la tête. Au moins, lui n'avait certainement pas souffert. C'est ce que songea Mia en se relevant avec une moue de dépit. Ce n'était pas le cas de tous ses camarades à elle, qui avaient été tués nettement moins proprement.

Elle eut une grimace de dégoût lorsque le brouillard se leva enfin du champ de bataille, et qu'elle constata le nombre de cadavres croissant. Leurs adversaires ne leur laissaient même pas le temps d'aller chercher le corps de leurs amis morts plus ou moins noblement au combat. Alors c'est sans état d'âme qu'elle commença méthodiquement à abattre ceux qui s'étaient risqués à découvert. Paniqués, ils tentaient de se replier tant bien que mal, mais tant que le signal n'aurait pas retenti, ils étaient censés rester sur le champ de bataille. Ils furent véritablement soulagé lorsqu'il retentit enfin. Une sorte de corne de brume, dont le son sublime paraissait déplacé dans de telles circonstances sonna le retrait de leurs troupes, dans lesquelles Mia s'arrangea pour causer encore quelques pertes, avant de cesser de tirer, dépitée. D'ici, elle ne pouvait plus les atteindre. Ils étaient trop loin. Elle commença à leur courir après, bien décidée à en découdre, quand un cri retentit derrière elle, et qu'elle se figea, excédée. Cette voix, elle la connaissait bien, puisque c'était celle, ridiculement perçante, de leur chef actuel. Bon, elle avait au moins le mérite de percer sans difficulté le vacarme des bavardages des troupes au camp.
- Mia! N'y pense même pas! On se replie pour aujourd'hui. Les suivre jusqu'à leur camp serait de la folie pure et simple. Et tu le sais! Suis-moi, on rentre.
- Oui, chef.
Elle se retourna, et fit demi-tour devant le regard inquisiteur de cet homme de petite taille, qui la dépassait quand même d'une tête. Elle avança sans un mot, pestant intérieurement contre la prudence maladive de son chef, même si elle avait raison. Beaucoup d'autres soldats les rejoignirent en cours de route. Mia ne put se retenir de les fusiller du regard quand elle voyait qu'ils n'étaient blessés, car elle savait bien pourquoi. Terrifiés, il s'étaient cachés comme des rats pendant l'assaut, en attendant désespérément le son du rappel. Eux baissaient la tête d'un air penaud devant ses yeux qui lançaient des éclairs de rage. Mais elle ne fit pas un geste, elle ne proféra pas une seule menace tant qu'ils ne furent pas au camp.
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Ippa

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 16:58

Ton texte est sublime! On ne peut que se laisser emmener par les sentiment de Mia. Pour avoir déja vecu ce type de reve je suis triste que tu en ai fait un mais heureuse que tu sache metre des mot sur ce que je n'avait pas réussi a décrire. bref la suite?
:ippa:

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Ahn Honyme

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 17:09

Ow merci c'est trop gentil <3 Voilà la suite du coup :D Par contre je préviens tout de suite c'est un peu hard avec les dialogues, entre les courts passages de narration, les engueulades et tout, mais je reverrai la présa histoire de rendre ça plus... lisible xD
Place au texte! o/


Elle marchait plus vite qu'eux tous, et fut la première à arriver au camp, qu'elle couva d'un regard plein de dépit. Une seule bombe suffirait à raser cet abri improvisé. Il était composé exclusivement de planches de bois en partie brisées ou rongées par l'humidité. Il n'y avait même pas de toit, juste des semblants de murs. Ils avaient construit le camp sur les décombres de l'abri du champ, premier touché par les explosions meurtrières. Mais le principal du camp, c'est le sous-sol immense de l'abri, qui avait été épargné par les flammes et avait tenu. Il leur fournissait une cachette où ils pouvaient dormir à l'abri des regards et du danger. Les quelques soldats qui étaient restés garder le camp pendant l'assaut accoururent au bruit, et constatèrent immédiatement, meurtris par l'attente et l'inquiétude, les nombreuses pertes dans nos rangs. Seule la moitié des membres était rentrée saine et sauve. Le reste gisait parmi les débris métalliques, mort. Elle ne leur accorda pas un regard, intérieurement mal à l'aise. Elle alla s'assoir directement en face du piédestal où était censé se positionner le chef pour faire son compte-rendu. Les autres avaient eu beau lui dire cent fois qu'on appelait ça un rapport, rien à faire. Elle savait ce que se demandaient les autres. Combien Mia en avait tués aujourd'hui? Une dizaine, une cinquantaine? Ils avaient toujours un regard teinté d'un mélange de respect, de fascination et de dégoût quand ils la regardaient. Le chef rejoignit finalement son piédestal, et aussitôt les autres accoururent à sa suite pour l'écouter. Avant même qu'il n'ait le temps de commencer à parler, un soldat s'enquit, encore tremblant de peur:


- C'était quoi cette arme qu'ils ont utilisée? J'ai jamais vu ça! C'est horrible! On a aucune chance!

- Tais-toi, Philippe. On en a bien réchappé. On s'est juste fait avoir par l'effet de surprise. Mais c'est une arme comme une autre. On trouvera sa faiblesse, et on les écrasera.

- Merci, Mia, dit le chef en hochant la tête. Vous avez d'autres questions? Ou peut-être que je peux faire mon compte-rendu? Bon, je préfère ça. Comme vous l'avez vu, ils ont trouvé une nouvelle arme, qui n'est pas affectée comme leurs canons par l'humidité. L'un d'entre vous a une idée de comment ils ont pu faire? Parce que ce genre d'armes est exclusivement fabriqué par notre pays, et ce depuis des siècles.

- C'est simple, répondit Mia. Ils ont volé des armes sur les cadavres des nôtres, et ont essayé de comprendre comment ça marchait. Et apparemment, ils ont trouvé. Heureusement, ils n'ont pour l'instant pas utilisé d'arme portable. Il n'y a pas de temps à perdre. Il faut qu'on mène une offensive meurtrière pour les pousser à s'en aller pour de bon! Pour qu'ils déguerpissent, terrifiés, et qu'ils ne reviennent jamais!


Les autres soldats levèrent les yeux au ciel devant son audace, ce qui n'eut pour effet que de l'énerver un peu plus. L'un des soldats, en souriant d'un air méprisant, demanda:


- Qu'est-ce que tu crois qu'on fait depuis le début de cette guerre?


Le sang de Mia ne fit qu'un tour, et elle se leva d'un bond, furieuse.


- Vous vous cachez comme des lâches pendant que je fais tout le boulot! Pendant que vous défendez péniblement votre misérable petite vie, moi je risque la mienne pour éliminer nos ennemis! Il serait temps que vous vous serviez des armes qu'on vous a données, et plus seulement pour tuer l'homme qui vous pourchasse en reculant et en tremblant comme une fillette! Il faut qu'on leur fasse peur, qu'on avance ensemble pour leur porter un grand coup qui leur fera regretter de nous avoir déclaré la guerre!


Le soldat qui avait osé prendre la parole recula de quelques pas, effrayé et honteux. Il fallait dire que se faire traiter de fillette par une gamine n'était pas très valorisant, et que sa réputation, connue de tous, avait de quoi faire peur.


- Tu sais bien qu'ils arrivent toujours à nous disperser, répliqua le chef, en frissonnant malgré lui. Comment veux-tu qu'on se retrouve au cœur de ce brouillard?

- Il doit y avoir un moyen! Ce sont nos terres qu'ils réduisent en cendres! On les connaît! Il y a bien un moyen de tirer avantage du terrain pour se réunir! Ou alors il suffit de se cacher dans un même grand trou pendant la pluie de feu!


Le chef descendit de son piédestal, et s'approchant, posa doucement sa main sur l'épaule de Mia.


- On connaissait le terrain, mais maintenant... Ce n'est plus qu'un champ de morts et de trous! Ecoute, Mia, on veut tous la même chose. Que cette guerre de malheur prenne fin. Mais c'est perdu d'avance.


Agacée, elle se dégagea, et s'écria:


- C'est perdu d'avance si vous reculez! Ils n'attendent que ça! Qu'on se replie pour qu'ils puissent installer leurs canons ici et atteindre à nouveau la ville! Comment pouvez-vous seulement songer à abandonner? souffla-t-elle. La bataille de Reigol ne vous a pas suffi? Si nous ne sommes plus là pour leur faire barrage, ils recommenceront, encore et encore! Philippe, vous étiez là quand ça s'est passé, et vous aussi, fit-elle en parcourant l'attroupement du regard. Ils ont tué des innocents, et ne se gêneront pas pour achever les quelques rescapés! C'est ce que vous voulez?


Les autres baissèrent la tête, et le chef soupira. Il savait qu'elle avait raison. Ils ne pouvaient pas laisser mourir des innocents, mais pouvait-il en contrepartie en envoyer d'autres se faire tuer pour eux? Mia le défiait du regard, mais il ne baissa pas les yeux comme les autres. Il la prit par les épaules, et elle se laissa faire.


- Mia. Je n'ai pas dit qu'on renoncerait. Je dis qu'on n'a pas de troupes illimitées. Je ne peux pas les envoyer à la mort sans véritable plan, sans être sûr qu'ils soient capables de se défendre!

- Mais ils en sont capables! Ils se sont entraînés à manier les armes à feu, répliqua-t-elle avec  une moue vexée. Ils devraient être capables de tuer!

- Ils sont capables de tirer sur une cible, mais tuer un homme de chair et d'os, c'est différent, Mia. Il faut un sang-froid que tous ne possèdent pas.


Il se tut, mais Mia savait ce qu'il pensait et n'osait pas dire à voix haute. Il fallait être un monstre pour tuer un homme sans état d'âme. Mais et la légitime défense, alors? Elle baissa les yeux, et grommela quelque chose qu'il ne put entendre. Il était prêt à parier qu'il s'agissait d'un juron ou d'une insulte. Il soupira, agacé, et retourna sur le piédestal.


- Nous lancerons une nouvelle offensive demain, à l'aube, quand le brouillard est trop épais de leur côté pour qu'ils s'y risquent, et qu'il traverse le champ dans leur direction. Nous aurons tout le temps d'avancer à couvert et de nous positionner assez près de leur camp pour abattre leurs nouvelles machines lorsqu'ils tenteront de les utiliser. Nous devrons rester groupés, et les abattre à vue. Tant que je n'en donne pas l'ordre, personne ne recule, compris? Je vous conseille de vous préparer. Emportez toutes les armes dont vous aurez besoin, sans qu'elles gênent votre déplacement. Je vous donne rendez-vous demain ici, un peu avant le lever du soleil pour le check-up.


Tous hochèrent la tête, et entreprirent de panser les blessures des hommes rentrés de l'assaut. Les autres commencèrent à monter la garde ou à entreposer les armes dans la cave. Le chef s'approcha de Mia, et avec un soupir, la serra contre lui. Mia lui rendit son étreinte, en feignant de ne pas avoir été affectée par sa critique indirecte.


- Tu sais ce que je voulais dire, Mia. Ne me fais pas dire quelque chose que je n'ai pas dit. Tout le monde n'a pas le sang-froid nécessaire pour tuer. Il faut une résolution exceptionnelle.

- Oui, Papa, grommela-t-elle. C'est bon, tu as fini? Moi aussi il faut que j'aille me préparer.

- Non, tu ne viens pas. J'ai décidé que c'était trop dangereux pour toi, annonça-t-il d'un air sombre et déterminé.

- Pardon? Mais je suis le meilleur soldat!

- Oui, mais tu es ma fille.

- Et alors?

- Mais Mia, réfléchis! Tu n'es même pas majeure!

- Et je ne le serai jamais si tu ne me laisses pas prendre part à la bataille! Sans vouloir te vexer, sans moi, vous êtes déjà morts!

- Ca suffit! J'ai pris ma décision, et tu n'as pas à la discuter! Je suis ton père et ton chef! Alors maintenant, vas dormir!


Jusque là, ils n'avaient pas élevé la voix, mais Mia, n'y tenant plus, s'écria:


- Non! Je veux venir! Je veux être à tes côtés au combat! Je ne te laisserai pas partir sans moi comme Maman!


Une douleur sourde passa dans les yeux du chef a ce souvenir, et sous le poids des regards des autres soldats, il souffla:


- C'est d'accord, Mia. Tu peux venir. Mais je veux que tu manges bien et que tu ailles dormir tôt pour reprendre des forces.

- Merci, Papa!

- Ne me remercies pas. Je serai encore plus dur avec toi qu'avec n'importe quel autre soldat.

- Comme d'habitude, ironisa Mia.

- Je t'appelle quand le repas est prêt.

- D'accord!


Après avoir une nouvelle fois serré son père dans ses bras, Mia rejoignit les autres soldats pour poser ses armes dans le compartiment qui lui était réservé et recharger son pistolet, un sourire jusqu'aux oreilles. Elle était de tous la recrue la plus énergique et la plus fiable de tous, et le chef était intérieurement fier comme un paon d'être son père. Il la suivit du regard, un sourire en coin éclairant pendant quelques secondes son visage fatigué. Puis il se dirigea vers le semblant de cuisine dans lequel ils allaient préparer le repas, et suivit attentivement le processus. Lorsque tout fut prêt, il commença à remplir les assiettes creuses d'une bouillie peu ragoûtante, et après avoir discrètement versé une poudre blanchâtre dans l'une d'entre elle, en prit deux et apporta celle dans laquelle il avait versé la poudre à sa fille. Elle le remercia d'un hochement de tête, et l'engloutit en quelques secondes avant de distribuer le reste des assiettes aux autres. Il l'observa faire, une lueur de tristesse dans le regard. Puis ce fut sans surprise qu'elle vint lui annoncer qu'elle allait se reposer pour être en forme pour le lendemain.


- Ne sois pas en retard, hein! On n'attendra pas les retardataires.

- Je suis toujours la première levée, répliqua Mia en réprimant un bâillement.


Elle alla se coucher la première aussi, et son père nota avec un mélange de satisfaction et de culpabilité qu'elle tenait à peine debout. Il fut le dernier à aller se reposer, réfléchissant intensément à la tactique du lendemain. Il se rendit finalement sans un bruit dans le sous-sol, et s'y endormit à contrecœur en jetant un dernier regard à sa fille.
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Ippa

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 17:20

Tu sais que tu écris merveilleusement bien? et que c'est de la torture de ne pas avoir le reveil de Mia? :ippa:

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 17:37

tout mes elloges pour ton recit vont vers cette chère Mia , c'est vraiment une belle histoire ( belle si on bien sur qualifier cela de beau )

merci pour cette lecture , mon coeur me dit " je suis désolé pour toi que tu est fais ce jore de réve "
mais mon cerveau enchaine par " je veut une suite silteplais "
:)

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je ne suis pas la beauté de ton cœur
Je suis la pensé sombre que tu t'efforce a cacher


J'incline le miroir face à moi
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Ahn Honyme

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Lun 3 Aoû - 20:27

Ow désolé, mea culpa, j'avais pas vu les réponses tout à l'heure... Out, comme toujours...
Merci en tout cas, ça me fait plaisir que ça vous plaise! Et comme c'est si gentiment demandé, et un réveil de Mia, un! Wink


Le lendemain, lorsque Mia se réveilla, une mauvaise surprise l'attendait. Le soleil était levé depuis plusieurs heures, et non seulement elle avait dormi d'un sommeil de plomb pendant tout l'assaut, mais en plus ils avaient eu le temps de revenir avant qu'elle ne se lève à son tour. Pendant un moment, elle fut complètement déboussolée, perdue, puis elle finit par comprendre. La veille, son père avait cédé drôlement vite, et son repas avait un drôle de goût. Enfin, plus drôle que d'habitude. Il y avait versé du somnifère, elle en était sûre! Furieuse, elle le chercha dans la foule des rescapés de l'attaque, mais ne l'y trouvant pas, elle sentit soudain ses cheveux se dresser sur sa nuque. S'approchant du groupe, elle lança:


- Où est mon père? J'ai deux mots à lui dire!


Ils se contentèrent de baisser les yeux en silence. Ils ne prononcèrent pas les mots qu'elle redoutait, mais elle comprit sans même qu'ils aient eu besoin de parler. Effondrée, elle se laissa tomber sur le piédestal.


- Non. Ce n'est pas possible. Il ne peut pas être...

- Je suis désolé, fit Philippe en s'avançant. Mais les assaillants étaient trop nombreux. Et maintenant ils ont des armes portatives comme les nôtres...


Mia se leva d'un bond, les larmes aux yeux, et s'écria, le coupant:


- Il faut leur faire payer! On doit lancer une offensive maintenant pour profiter de l'effet de surprise!

- Mia, on n'est plus qu'une dizaine, et eux sont des centaines, des milliers, qui sait? Tu n'étais pas très douée en mathématiques, mais tu sais ce que ça signifie, n'est-ce-pas?


Mia fusilla du regard Philippe, qu'avant cette guerre stupide, elle avait connu exclusivement comme son proviseur. Elle trouvait son argument d'autant plus pitoyable qu'il faisait appel au passé pour justifier son scepticisme. Et le passé était enseveli sous plusieurs tonnes de métal lourd et de plâtre des bâtiments détruits. Elle émit un grognement sourd, puis souffla:


- Qu'à cela ne tienne! Si vous tremblez de peur, je peux comprendre. J'irai seule.

- Tu sais que tu désertes, Mia? Tu connais la sentence contre ce genre de choses.

- Je te ferai remarquer qu'on est ni une armée, ni des soldats! On est juste un petit groupe de villageois qui se défendent comme ils peuvent. Et en plus, on n'a plus de chef, donc plus d'ordres tant que personne n'en prend la responsabilité.

- C'est insensé, tu n'as aucune chance!

- Je n'en ai rien à faire! J'ai plus de chance de réussir que vous tous réunis. Mon père est mort, Philippe! Mort! s'égosilla-t-elle. Je ne peux pas rester ici à rien faire tout en sachant qu'il est mort à cause d'eux!

- Et tu vas faire quoi, quand tu aurais tué ses assassins?

- Revenir ici manger. Et avec un peu de chance, apporter la paix avec moi.


Elle dévora l'assiette froide laissée dans un coin à son égard, et fouilla dans les armes pour retrouver les siennes. Un éclat métallique attira son regard, et un sourire étira ses lèvres. Avec ça, elle avait une petite chance. Elle ne prit pas la peine de mettre la tenue complète de protection. Elle se contenta du plastron, qui était suffisamment léger pour ne pas trop la ralentir, et assez renforcé pour essuyer plusieurs balles et coups de couteau avant de céder. Avec un peu de chance, elle n'aurait pas à s'en servir. Elle accorda à peine un regard aux autres soldats qui la suppliaient presque de ne pas partir, et s'engouffra sur le champ de bataille.

Elle s'immobilisa sur une colline, aveuglée par les larmes qui coulaient sur ses joues sans retenue maintenant que personne ne pouvait la voir. Allongée dans l'herbe dans cette position, il fallait être proche ou avoir un œil de lynx pour la distinguer du paysage. Elle avança lentement et discrètement pour ne pas attirer l'attention des sentinelles postées dans le camp adverse. Elle résista à l'envie de les abattre, à cette distance, car son plan aurait aussitôt été voué à l'échec. Elle se contenta de serrer les dents en les voyant patrouiller au loin dans les vestiges de son village. Ils tenaient pour le moment avec leurs provisions, et pillaient sans relâche ce qui avait été toute sa vie. Non contents d'avoir en plus assassiné sa mère pendant la première attaque qu'ils avaient menés, ils avaient maintenant abattu son père. Il était temps qu'ils paient. Quelles qu'en soit les conséquences pour elle. Emplie d'une rage folle, Mia tenta de ne pas se laisser emporter par la colère qui l'envahissait à l'idée que le gouvernement n'ait pas esquissé le moindre geste de soutien, n'ait pas envoyé le moindre renfort aider ce petit village à la frontière du pays, et ses habitants, à se défendre contre un envahisseur redoutable. Ils tremblaient de peur dans leurs casernes, eux aussi. Mais Mia n'était pas comme eux. Lorsque l'attaque avait été menée, alors qu'elle était en cours avec sa mère, qui était accessoirement son professeur, elle avait vu ses camarades et sa mère se faire tuer sous ses yeux, et quelque chose s'était brisé en elle. La pitié qu'elle aurait pu ressentir pour ses semblables? Le sentiment que tous étaient mus par des valeurs communes, dont le meurtre était exclu d'office? L'idée que l'humanité était connue pour son empathie et son sens de la justice? En tout cas, lorsque le soldat avait considéré que c'était son tour de rejoindre ses camarades au sol, morts, Mia lui avait pris son arme des mains, et avait tiré sans hésitation. Elle s'était ensuite réfugiée dans ce pré comme beaucoup d'autres, et ensemble ils avaient mené des expéditions pour récupérer des armes dans la ville alors qu'on ne s'occupait pas encore d'eux. Et maintenant, ils faisaient barrage entre leurs ennemis et les autres villes. Depuis, elle avait dû éliminer plusieurs centaines d'hommes, sans état d'âme, sans la moindre once de pitié, n'hésitant pas à leur tirer dans le dos.

Elle se rapprochait pas à pas de la ville, déterminée, serrant dans sa main l'arme supplémentaire qu'elle avait emportée. Son plan était simple. Elle savait que ne craignant pas d'attaque suffisante pour les faire reculer et les chasser de leur camp, la totalité de l'armée était réunie dans la ville, et se préparait en vue de leur avancée sur le territoire. Ils y avaient également entreposé toutes les armes dont ils disposaient. Ce camp était voué à être leur principal dans cette conquête, un camp dans lequel ils pourraient se replier en cas de pépin et faire partir des renforts à tout moment. Parce qu'ils pensaient être à l'abri ici. Après tout, jusqu'ici, à part les villageois, personne ne leur avait opposé de résistance. Ils n'avaient pas à craindre d'attaque meurtrière, c'était une évidence. Mais une terrible erreur. Car ce qu'avait trouvé Mia, soigneusement rangé en vrac dans le tas d'armes, n'était autre qu'une des armes les plus puissantes dans la catégorie des armes à lancer. Cette minuscule grenade argentée pouvait en quelques secondes raser une superficie équivalente à deux fois la ville dans laquelle elle avait passé son enfance et espéré pouvoir passer sa vie entière. Il lui suffisait de se rapprocher suffisamment pour la lancer au cœur de la ville, et déguerpir à toutes jambes ensuite. L'onde de choc détruirait tout sur son passage, bâtiments, armes ou vie, sans distinction, mais si elle visait bien, elle et le camp seraient hors d'atteinte des effets de la petite bombe. Elle devrait être dangereusement proche et se mettre à découvert le temps de tirer, mais qu'importe. Elle n'avait plus rien à perdre.

Elle suivit des yeux quelques secondes les patrouilles. Elle était à la lisière des collines, et pour continuer à avancer, elle allait devoir courir à découvert, sans l'abri rassurant que lui procuraient les collines. Elle tendit ses muscles à l'extrême, et fixant le point qu'elle devait atteindre pour pouvoir lancer la grenade, s'élança sans un regard en arrière. Aussitôt repérée, elle courut sans tenir compte des balles qui pleuvaient tout autour d'elle. En ce moment même, plus rien n'existait à l'exception de ce point qu'elle devait atteindre à tout prix. Le bruit des détonations adverses, la chaleur dégagée par les balles qui tournoyaient autour d'elle... Plus rien n'avait d'importance que le contact froid de la grenade entre ses doigts, crispés autour de peur de la lâcher. A quelques centimètres du point imaginaire, elle fit de grands moulinets avec ses bras pour donner de l'élan, un peu à la manière des joueurs de baseball, et lança la bombe, avant de s'immobiliser pour suivre des yeux sa trajectoire. Les soldats ennemis cessèrent de tirer eux aussi, ne quittant pas des yeux le projectile argenté, qui tout en tournoyant sur lui-même, s'envolait haut dans le ciel. Il était prévu pour pouvoir aller très loin avec des forces minimes. Lorsqu'il disparut en retombant au cœur de la ville, un sourire éclaira le visage de Mia, et elle laissa échapper un cri de joie. Jusqu'à ce qu'en repassant dans sa tête la scène, elle prenne conscience d'un détail peu agréable. La ville n'étant pas circulaire, la bombe n'était pas tombée exactement au centre. Bien sûr, la ville serait quand même rasée dans son intégralité, envahisseurs et armes comprises, mais une partie du champ allait être touchée par l'onde de choc. En fait, la grenade était tombée un peu plus près du bord que prévu. Trop près. Impuissante, Mia resta comme paralysée en attendant le bruit qui signalerait l'explosion de la bombe et le compte à rebours vers une mort certaine.

Mais lorsque les soldats se mirent à pousser de grands cris en reconnaissant l'arme qu'elle avait lancée, elle reprit ses esprits, et se mit à courir désespérément vers le camp où se trouvaient encore Philippe et les autres. Stupide! Elle avait été stupide de croire qu'elle était capable de manier une arme d'une telle puissance. D'après les brefs calculs auxquels elle s'était livrée pendant les quelques secondes de stupéfaction, le camp était hors d'atteinte, mais elle était à plusieurs kilomètres du terrain sûr, qui ne serait pas ravagé par la bombe. Et même si elle courait vite, il ne faisait aucun doute que la lame de feu qui suivrait l'explosion serait plus rapide qu'elle. Elle émit un gémissement sourd en dérapant, paniquée, lorsque le bruit retentit à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Le souffle la plaqua contre la colline qu'elle gravissait. Première vague, la moins dangereuse. Et les flammes suivaient. Elle s'empressa de reprendre sa course effrénée contre la mort, et ne put qu'observer, désemparée, le ciel prendre des teintes couleur de lave. Il ne lui restait que quelques secondes avant d'être calcinée comme tous ceux qui n'avaient pas pu se mettre à l'abri de la pluie de feu. Mia faillit s'arrêter net lorsqu'une idée jaillit dans un cerveau. Elle parcourut le terrain du regard, et trouva enfin ce qu'elle cherchait. Un terrier. L'ouverture était face aux flammes, mais ça ferait l'affaire. Elle courut, percevant le bruit des flammes qui dévoraient l'air derrière elle, et plongea les pieds les premiers dans le trou. Au passage, elle donna des coups de poings dans la terre, qui fragilisée, s'effondra sur l'entrée qu'elle avait traversée dans son élan, rebouchant le terrier comme s'il n'avait jamais existé. A ce moment précis, les flammes furent projetées sur la colline, et la carbonisèrent en moins d'une seconde avant de continuer leur chemin en diminuant d'intensité.

Mia attendit longtemps avant d'oser jeter un œil hors de son abri. Son cœur battait si fort qu'elle avait du mal à se concentrer pour guetter le silence de mort qui devait succéder au grondement inquiétant des flammes. Lorsqu'enfin elle fut certaine que le danger était passé, elle commença à creuser un passage jusqu'à l'air libre. La terre était encore brûlante, et l'air était étouffant. Le spectacle qui l'attendait était encore moins réjouissant. Quelques brindilles se consumaient encore, mais tout autour d'elle, le champ verdoyant et humide s'était transformé en tas de cendres. Ce qui la choqua malgré elle le plus fut la vision de la ville. Ou plutôt, le fait que celle-ci ait entièrement disparu. Il n'en restait plus la moindre trace. La bombe avait fait le travail qui lui avait été demandé, impitoyablement. Pourtant, Mia ne se sentit pas triste. Elle savait pertinemment les effets qu'auraient la grenade et avait largement eu le temps d'y réfléchir sur le chemin, avant d'avoir l'occasion de l'utiliser. Le passé était le passé. Et elle n'aurait pas pu se résoudre à vivre avec un tel passé. Le fait que ce village en ruines, souvenir de la mort de tous ceux auxquels elle avait tenu, n'existe plus, lui apportait un soulagement inimaginable. Pour vivre heureux, il faut savoir oublier, avait dit un grand homme. Cet homme, c'était son père. Elle détacha son regard de ce vide dans le paysage qui lui avait été un jour familier, et lentement, comme un automate rouillé, avança vers le camp. Elle n'avait pas conscience des larmes qui roulaient doucement sur ses joues. Elle ne se rendait pas compte que lorsqu'elles chutaient, elles s'évaporaient avant de toucher le sol, à cause de la chaleur insupportable. Elle avançait, voilà tout. Parce qu'elle savait qu'elle ne pouvait pas revenir en arrière, et qu'il fallait qu'elle affronte son destin.
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Aube Kürten

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Mar 4 Aoû - 9:29

Triste verdicte pour Mia, je me doutais que sont père l'avais drogué au somnifére, mais on ne peut pas lui en vouloir, je vais cesser de spoilers :)


Il faut leur faire payer! : j'ai trouver cette phrases tres durs ( hors du contexte de l'histoire )
car si le camp enemi ce disais toujour pareille et bien la guerre n'orai jamais de fin :(
et si Mia pense ceci pour la mort de son pére que l'on soi lucide , dans l'armé ou elle a fais des morts, elle a forcement tué plusieur pére de famille, donc avec un resonement comme celui la, on a des chance de voir notre Mia mourir a cause d'une vengence de quelqun :( ( bref tu a compris ^^ ) merci encor une fois de nous avoir fais une suite original et fidéle au debut

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je ne suis pas la beauté de ton cœur
Je suis la pensé sombre que tu t'efforce a cacher


J'incline le miroir face à moi
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Ahn Honyme

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MessageSujet: Re: [-12] Pluie de feu   Mar 4 Aoû - 22:11

Merci Aube, ça me fait plaisir que la suite te plaise malgré le fond bien sombre de l'histoire. ^^

Et pour te répondre, oui, c'est vrai que les actions de Mia sont tout sauf louables, même si ses intentions de base sont légitimes... Elle veut juste que cette guerre cesse. Mais comme tu l'as remarqué, elle est sous le choc, elle vient de perdre son dernier proche, alors forcément, elle veut se venger.

En général je ne défends jamais ce point de vue au travers d'un personnage principal, mais ici, Mia est clairement... différente. Elle a perdu toute son humanité, et n'éprouve plus aucune empathie pour qui que ce soit. Tout ce qui lui importe, c'est que personne d'autre ne devienne comme elle, au fond. Elle veut que plus personne après elle ne perde toute sa vie comme elle, peu importe le prix.

Mais tu remarqueras que Philippe est là pour nuancer. Si je n'adhère pas à certains de ses arguments, comme lui reprocher qu'elle déserte, il y en a un qui lui vaut au moins d'avoir son propre nom: le fait qu'il lui demande ce qu'elle fera après s'être vengée. Parce que oui, la vengeance est sans fin, et ça ne devrait jamais être une raison d'agir...




************************************************************************************



Enfin bref, du coup je balance la dernière partie du texte, parce que nan ce n'était pas la fin hé hé :3 Je tiens juste à préciser que je ne suis pas satisfaite de cette fin, surtout la chute, que je trouvais un peu... bâclée :/ Enfin, je vous laisse voir ça :p




Mia attendait aussi patiemment que possible dans la petite salle d'attente qui menait au conseil des armées. Ce bâtiment vieux comme le monde était censé être le siège de toutes les grandes décisions ayant trait à la défense du pays. Mais lorsque le réceptionniste passa encore une fois demander le "chef de la résistance de Reigol", et l'ignora lorsqu'elle répondit qu'il s'agissait d'elle, elle remisa toutes les notions de politesse et de patience, que de toute manière elle exécrait, et pénétra dans la salle en le bousculant. Elle se retrouva face à une immense table ovale à laquelle des hommes de différents grades de l'armée étaient assis. Ils tournèrent la tête d'un même mouvement vers elle devant son entrée un peu brutale, et elle leur rendit un regard empli d'un mépris non feint. Voyant qu'aucun ne se décidait à parler, elle lança:


- Vous m'avez convoquée, je suis là. Même si sincèrement, je n'avais aucune envie de rencontrer les imbéciles bureaucratiques qui ont refusé d'apporter la moindre aide aux quelques rescapés d'un massacre.


La réaction ne se fit pas attendre. L'homme qui était assis au bout de la table, sûrement le plus haut gradé, le "chef", se leva aussitôt de sa chaise, rouge de colère:


- Pardon? Gamine insolente! Nous ne vous avons jamais convoquée! Vous nous faites perdre notre temps! Nous attendons la venue du chef de la résistance de Reigol, et certainement pas d'une petite peste dans votre genre!

- Mais je suis le chef de la résistance de Reigol.


Un sourire en coin naquit sur le visage de Mia devant la stupéfaction et l'incrédulité qui parcourut l'assemblée.


- Alors quoi? Parce que je suis une enfant, je ne pourrais pas être soldat? Mais quand tout explose autour de vous, vous n'avez pas vraiment le choix! C'était ça ou se laisser tuer, et je n'ai pas perdu de temps à faire mon choix. Bon, qu'est-ce que vous me voulez? Me présenter vos excuses pour votre lâcheté? Me remettre une médaille pour toutes les pertes que je vous ai épargnées?

- Vous ne manquez pas de culot! fut la seule chose que le chef trouva à répondre au bout d'un long silence.


Mia leva les yeux au ciel avec un gros soupir, comme si elle essayait vainement d'expliquer quelque chose à un imbécile. C'était d'ailleurs le premier mot qui lui venait à l'esprit pour décrire le groupe de soldats qui la dévisageaient avec des yeux ronds dans la salle. Elle s'avança vers le chef, une lueur de colère dans le regard.


- Et vous, vous ne manquiez pas de troupes qui auraient pu être envoyées sur le front. Alors pourquoi vous ne l'avez pas fait?

- Qu'est-ce que ça peut faire, puisque de toute manière c'est du passé? Je n'ai pas à justifier mes actes.

- Oh que si! Et vous allez le faire immédiatement!

- En quel honneur? répliqua le chef en reprenant son sang-froid, ironique.

- Mon nom est Mia. Et vous voyez, j'aimerais bien savoir pour quelle raison mes parents et mon village font partie du passé maintenant!


Elle avait crié, alors qu'elle se trouvait à quelques centimètres du visage du chef, qui ne broncha pourtant pas. En revanche, tous les autres sursautèrent. Il croisa les mains sur la table, et sans battre en retraite, répliqua sèchement:


- Bon, écoutez, tout ça est déplorable, mais ce n'est pas pour parler de tout ça que nous vous avons convoqué. Nous voudrions un rapport dans les règles des batailles qui ont eu lieu. Sinon, nous ne pourrons considérer les rescapés comme victimes de guerre et les indemniser, vous comprenez? Alors descendez immédiatement d'un ton ou je mets fin à la séance immédiatement! Compris?


Mia soupira pour regagner son calme et chasser les larmes qui lui montaient aux yeux, et hocha la tête. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle n'aurait pas hésité à continuer et à lui crier ses quatre vérités, à ce chef de pacotille. Mais d'autres, comme Philippe, avaient besoin de cette indemnité et plus généralement de la reconnaissance du pays pour pouvoir continuer à vivre une vie relativement normale après ce qu'ils avaient enduré. Et elle ne pouvait pas faire passer son désir de vengeance avant la vie des autres. Alors elle s'assit sur la chaise qu'ils lui avaient apporté, et raconta tout ce qui s'était passé de l'attaque au beau milieu de son cours jusqu'à la dernière offensive qu'elle avait menée en détruisant son village et les envahisseurs par la même occasion. Tous restèrent suspendus à ses lèvres, et aucun n'osa l'interrompre avant qu'elle ait terminé, y compris le chef, qui écoutait d'un air pensif en se tenant le menton. Elle devinait qu'il cherchait à savoir si elle mentait ou non. Il y eut un court silence durant lequel elle reprit son souffle. Les pauses dans le récit avaient été courtes et espacées tellement elle était pressée d'en finir avec ces atrocités. Car en les évoquant, elle se rendait compte des monstruosités qu'elle avait vécues. La tête lui tournait. Elle avait tué presque à elle toute seule une armée...


- Je vous crois, annonça finalement le chef en plissant les yeux. Vous serez tous indemnisés et on vous remettra une médaille pendant une cérémonie retransmise sur toutes les chaînes. Par contre, en toute honnêteté, j'aurais juste quelques questions délicates à vous poser. En premier lieu, il ne vous est jamais venu à l'esprit que ce que vous faisiez était non seulement exceptionnel pour votre âge et votre sexe, mais aussi terriblement dangereux?

- C'est ça que vous appelez une question délicate? Moi j'appelle ça de l'indiscrétion. Bon, si vous voulez savoir, étant donné que mon père était le chef avant et que j'avais perdu ma mère, il était hors de question de le laisser partir sur le champ de bataille sans moi. Et il n'y a de danger que pour ceux qui ne sont pas assez prudents et efficaces, ce qui n'est pas mon cas. Ca vous suffit?

- Merci pour cette réponse pour le moins... franche. J'aimerais savoir aussi ce que vous entendez par "pluie de feu". Vous l'avez évoqué plusieurs fois dans votre récit. De quoi s'agit-il?

- Je vous expliquerai, mais posez vos autres questions d'abord, parce que ça peut durer un certain temps.

- Bon, il me reste une seule et autre question.


Il marqua une pause, en dévisageant une nouvelle fois Mia de la tête aux pieds.


- Vous n'avez jamais pensé à mettre vos talents aux services de l'armée? Vous pourriez servir votre pays et le défendre avec autant de brio que vous l'avez fait durant ces batailles que vous nous avez détaillées.

- Et être sous les ordres de quelqu'un? Je ne suis pas sûre que ça fonctionnerait. Je vous l'ai dit, dans ces batailles, comme on était régulièrement dispersés par les attaques, je n'ai suivi que mon instinct et je ne suis pas sûre d'être capable d'obéir à des ordres.

- L'attaque de Reigol était en fait une riposte suite à un conflit qui s'enlise dans notre conquête. On a été obligés de reculer, et sentant une brèche, ils ont attaqué. C'est aussi pour ça que votre exploit nous intéresse d'aussi près. Vous pourriez beaucoup nous apprendre sur les techniques pour les vaincre. Et dans ce cas, vous seriez à la tête de votre propre armée. Qu'en dites-vous?

- Vous seriez prêt à confier une armée à une gamine? se méfia-t-elle.

- Sans hésitation. Alors?


Mia plissa les yeux, et se donna quelques secondes pour réfléchir. Puis un sourire sans joie s'installa sur son visage.


- Je suis partante. J'ai quelques petites choses à régler avec ce peuple.

- Parfait! Maintenant, pouvez-vous nous parler un peu de cette pluie de feu? Qu'est-ce que c'est?

- C'est une arme. La plus cruelle qui soit. Mais vous ne tarderez pas à le découvrir. Quelque chose me dit que maintenant qu'ils l'ont utilisée sur moi et mon village, on n'est pas prêt d'arrêter d'en entendre parler...


Pendant qu'elle détaillait les horreurs que cette arme pouvait causer, Mia avait la tête ailleurs. Si ils changeaient de terrain, les règles du jeu changeaient aussi. Cette fois, ce seraient leurs ennemis qui connaîtraient le terrain, et l'humidité ne les empêcherait plus de les abattre à vue. Mais elle sentait que de tous les cris qu'elle aurait à entendre, celui qu'elle allait le plus redouter serait celui qui annonce une attaque presque inévitable et aussi meurtrière que celle de la grenade:


- Tous aux abris! Pluie de feu!



*************************************************************************



Voilà o/ Alors, je sais que la fin est assez peu satisfaisante, l'idée que Mia retourne à la tête d'une armée massacrer un peuple qu'elle ne connait même pas n'étant pas très agréable, mais je vous arrête tout de suite! Cette nouvelle est censée avoir une suite... Car oui, ce serait trop facile si elle allait juste faire la guerre une nouvelle fois, juste comme ça, alors qu'elle recommençait à avoir des scrupules.

La vérité, c'est que normalement, j'avais prévu d'écrire une suite, intitulée Le coeur du désert, pour jouer sur le côté "sans coeur" de Mia, qui regagnerait son humanité au contact de ce peuple qu'elle va être amenée à découvrir (ouais je sais pas encore comment). C'est ça qu'elle voudrait dire par "j'ai des comptes à régler avec ce peuple". Ca peut paraître particulièrement menaçant, mais au fond, si elle accepte de retourner sur le champ de bataille, c'est pour mettre fin à la guerre, qu'importe le moyen, mais de préférence en apprenant à comprendre ce peuple. Elle veut retrouver ce qu'elle a perdu, son humanité, pour espérer pouvoir vivre ensuite une vie à peu près normale.

En espérant que vous serez pas trop déçus de pas avoir la suite, mais ça m'inspirait pas plus que ça, j'avais pas envie de torturer Mia xD Donc à moins qu'on me harcèle pour, désolé, vous devrez vous contenter de Mia psychopathe ;c

Sur ce, merci d'avoir tout lu! :D
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[-12] Pluie de feu
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