Encre Nocturne
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 Entre chien et loup

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4802
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Mer 26 Aoû - 16:18

Hey, elle l'a fait :la: Un grand merci, Ailée.
Ok, ok, va pour le petit récap' :


               Le mouton attire le meurtre sur lui et peut ressusciter deux fois au cours de la partie. A la fin du Sixième tour, le mouton a déjà été tué deux fois. Il lui reste une vie.
               La sorcière possède le pouvoir de sauver une fois et de tuer une autre fois. A la fin du Sixième tour, elle a déjà sauvé quelqu'un. Il lui reste donc le pouvoir de tuer.
               La voyante a le pouvoir d'espionner quelqu'un chaque nuit et donc de découvrir son rôle.
               Celui qui parle aux loups a le pouvoir d'échapper aux loups en détournant leur attaque sur quelqu'un d'autre. A ce stade de la partie, il n'a pas encore utilisé son pouvoir.
               Les loups sont ici une paire et se concertent certaines nuits afin de dévorer un villageois. A la fin du Sixième tour, l'un d'eux a été tué ; ils n'ont encore mangé personne, l'une de leur proies ayant été sauvée.
               Le dragon a le pouvoir de tuer n'importe qui, loup ou villageois, lors des nuits où il se réveille. Si sa proie lui échappe, il a le pouvoir de brûler son sauveur afin de le marquer. A la fin du Sixième tour, il a tué trois fois mais n'a marqué personne.
               La licorne peut sauver les victimes des loups, et peut se sacrifier pour sauver une victime du dragon. Seul le dragon peut la tuer. A ce stade de la partie, elle a échappé aux loups grâce à son statut, mais n'a encore sauvé personne.


Voilàààà
Et si ça ne vous a pas suffisamment embrouillé les idées, passez donc à la suite :niark:










– Septième tour. Le soir tombe sur le village. –



               Le loup argenté tourna longtemps dans les rues, baigné par la lumière de la lune. Attendant son compagnon… mais celui-ci ne vint pas. Après un hurlement mélancolique, la bête restante fouilla l'air de ses narines avides. Une faim intense se tordait dans son estomac, lui pressant les boyaux, faisant trembler ses pattes maigres.
               Cette nuit, il fallait que la louve mange.
               Elle parcourut les rues en trottinant, ignorant les quelques adultes postés sur le pas de leur porte, qui scrutaient les ténèbres de leurs yeux aveugles. Elle aurait peut-être pu les tuer et se régaler de leurs corps. Mais ce n'était pas eux qu'elle cherchait. Ils ne faisaient pas partie du jeu, n'en suivaient pas les règles. Non, elle avait une victime bien précise en tête, son odeur imprégnait encore ses sinus.
               Lorsqu'elle trouva la maison, elle se posta derrière un buisson, non loin de l'entrée. Elle savait que la proie allait sortir. Elles sortaient toujours lorsque la mort les appelait, malgré la peur, malgré ce stupide couvre-feu. Alors, la louve attendit. Cette fois, sa proie ne lui échapperait pas.
               La porte s'entrouvrit enfin, découpant un rectangle de chaleur lumineuse dans le noir, comme une porte ouverte sur un autre monde, autre que la nuit glacée. Une silhouette s'y découpa, et le prédateur se ramassa, prêt à bondir.
               La jeune fille était dégingandée, plantée sur des jambes ridiculement maigres. Un grondement naquit dans la gorge de la louve, tout doux. Pas grand-chose à manger sur cet échalas, mais elle s'en contenterait.
               L'adolescente fit quelques pas dans l'allée, cherchant quelque chose dans le noir que ses yeux curieux ne pouvaient percer. La louve contracta chacun des muscles de son corps, tremblante de fièvre et de faim.
               Elle bondit en silence lorsque la porte se referma derrière l'humaine, ses crocs d'ivoire visant la gorge.








– Septième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –



               Quatre meurtres.
               Nathan, sourcils crispés, une main fatiguée posée sur son front, fixait la télévision. Pourquoi cette idiote de fille était-elle sortie ? Ça ne lui avait pas suffi, la première fois ? Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?
               La vidéo passait en boucle aux informations. Prise par un caméraman consciencieux lors de la découverte – médiatisée – du corps, on y voyait Elise Loriot, bouche ouverte sur un cri silencieux, les yeux voilés. Un sourire sanglant déchirait sa gorge béante. D'après les experts, elle avait été égorgée avant d'être dévorée – c'était déjà ça, se dit Nathan, dégoûté. Les vertèbres de la nuque avaient été brisées sous la force de l'attaque. Le loup n'avait pas raté son coup, cette fois. Il s'était nourri des chairs fines de ses bras et de ses jambes, sans oublier le buste. Il avait laissé les viscères là où elles étaient. Les os blancs, parfaitement nettoyés, lançaient des éclats durs vers la caméra. Des lambeaux de chair s'enroulaient désespérément autour des nerfs encore intacts. La seule partie de l'anatomie qui n'avait pas été un tant soit peu boulottée, c'était le visage. Comme si le loup avait voulu qu'on reconnaisse sa proie.
               C'était tout bonnement répugnant.
               Mais il y avait pire. Cette manière de donner la mort, de se nourrir, avait confirmé les visions d'Elise que Nathan n'avait pas voulu croire : la chose qui avait tué les deux précédentes victimes n'était pas un loup. Ou les trois précédentes victimes…
               Il y avait ça, aussi. Quatre meurtres, mais trois victimes seulement. Maud Liret avait été tuée deux fois. Et de la même manière. Personne n'y comprenait rien.
               Et cette méthode étrange. Le loup s'était peut-être attaqué seul à une humaine, en pleine ville, ce qui était totalement contraire à l'ordinaire ; mais au moins, il s'était nourri comme un loup. En revanche, personne n'était capable d'identifier la chose "qui ne devrait pas exister", dixit Elise. Nathan la croyait, à présent. Aucun expert animalier n'avait pu trouver d'équivalent plausible. Les corps avait été coupé en deux comme par une gigantesque mâchoire. Mâchouillés. Dissouts par une salive acide. Et recraché. Les cadavres avaient perdu près de cinquante pour cent de leur masse originelle. Une façon de se nourrir qui n'était pas naturelle, ou en tout cas, pas connue.
               Nathan n'y comprenait rien. Admettons que la bête ait été titanesque, elle aurait eu tout le loisir d'avaler sa proie et de la digérer tranquillement. Au lieu de ça, elle privilégiait un mode opératoire qui permettait de rendre l'identification possible. Difficile, mais possible. Tout comme le loup, à une autre échelle. Celui-ci faisait figure de caniche à côté du meurtrier bestial.
               Les gens commençaient à se demander si les premiers meurtres n'étaient pas ceux d'un être humain. Il y avait sûrement des gens assez tordus pour faire une chose pareille. L'assassin mystère avait dû lâcher deux loups afin de camoufler ses crimes, mais à présent que les deux bêtes, sans doute affamées, avaient frappé, il se retrouvait sous les feux des projecteurs. En quelque sorte.
               Nathan ne croyait guère à cette théorie. Il avait confiance en Elise Loriot. Il aurait dû le lui dire de son vivant. Il croyait à ses visions, à présent. La mort de la jeune fille les avaient rendues plus réelles, comme si c'était le seul héritage qu'elle leur laissait.
               Il se serait flanqué des baffes. Il aurait dû lui demander si elle avait vu la première jeune fille, Maud Liret, se faire bel et bien tuer deux fois. Mais c'était trop tard, à présent. Il était seul avec ses questions. Triple buse, stupide connard. Il frappa sa nuque contre le dossier du divan, à plusieurs reprises. Stupide. Stupide. Mais, trop mou, le canapé ne lui apporta aucune satisfaction.
               Son portable sonna, vibra plutôt, faisant trembler la table sur laquelle il était posé. Il s'étira comme une larve, jusqu'à pouvoir y poser la main.
               – Allô, Léo ?
               – Ouais, 'lut. T'as vu les infos ?
               – Je suis devant.
               – T'as vu ce putain de massacre.
               – Clair. Mais c'est mieux que le truc inconnu qui a bouffé Maud Liret deux fois de suite.
               – J'avais une théorie à propos de ça.
               – J't'écoute.
               – Je parierais sur un T-Rex.
               Nathan laissa sortir un long soupir de sa gorge.
               – T'es un marrant, toi.
               – Je sais. Ce truc n'existe pas. Ou plus. Mais tu te souviens de ce qu'elle a dit, non ?
               – Quelque chose qui ne devrait pas exister, je sais.
               – Et bah voilà. T'as pas vu Jurassic Park ?
               – Si, et avec toi d'ailleurs. Mais c'est de la fiction, mec.
               – La réalité dépasse la fiction, de nos jours, répliqua Léo d'une voix docte.
               – Mais écoute crétin, on l'aurait vu non ? On aurait vu un tyrannosaure galoper dans la rue, tu crois pas ?
               – Calme, mon pote. Les prédateurs savent se faire discret.
               – Et la journée, il se cache où ?
               – Euh… J'y avais pas pensé.
               Il y eut soudain un grand silence à l'autre bout du fil.
               – Léo ? T'es là ?
               – Nat', Nat', je crois que j'ai mis le doigt sur un truc énorme !
               – Tu ne…
               – Oh putain ! Tu te souviens de ce qu'a dit Elise hier ? Elle a vu que les loups étaient en fait des gens. Des humains.
               – Ouais.
               – Que c'était pour ça que personne ne les voyait le jour.
               – Ouais.
               Deuxième silence, mais cette fois, Nathan le partageait.
               – Putain Léo…
               – Ça y est, tu penses à la même chose que moi ?
               – Humain la journée, monstre la nuit ?
               – Yeah.
               Troisième silence, instauré par Nathan. Consterné.
               – Cette ville est devenue complètement folle.
               – Qu'est-ce qu'on fait, du coup ?
               – Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, sérieux ? On sait même pas qui c'est, ton T-Rex.
               – On pourrait le déterminer.
               – Ah ouais ? Sors ta baguette magique, Harry Potter.
               – Ecoute. Y'a forcément un lien entre tout ça, les loups, le T-Rex-machin-chose, les victimes, nan ? Tu vas pas me dire que c'était une coïncidence si on a retrouvé deux fois le corps de Maud et si Elise a manqué se faire buter deux fois elle aussi ?
               – De quoi tu…
               – Tu penses pas qu'il y avait d'autres gens dans les rues, hein ? Y'en avait forcément. Pourquoi ça tombe toujours sur des ados ? Toujours des gens de notre âge. Même les loups, à en croire Elise, étaient des jeunes. Ça fout les boules, non ?
               – Je vois toujours pas…
               – Y'a un lien entre tous ces gens-là, c'est sûr.
               – Si tu le dis.
               – Et… où est-ce qu'on peut voir les liens entre les gens, mmh ?
               Même à travers les échos métalliques du téléphone, Nathan retrouvait la nuance maligne de sa voix.
               – Euh… sais pas.
               – Sur Facebook, idiot.
               – J'ai pas Facebook.
               – Je sais. Tu boycottes à peu près tout ce qui contient le mot "social". Mais moi je l'ai. Et imagine. Si on parvient à trouver des gens liés à l'affaire, à ceux qui sont morts…
               – Putain Léo, sur ce foutu réseau les gens ont à peu près trente millions d'amis, tu crois vraiment que tu vas arriver à tous les filtrer pour déterminer qui va se faire tuer la nuit prochaine ?
               – Haha, la blague. Trente millions d'amis. C'était voulu ?
               Silence.
               – Ok, c'était pas voulu. Euh, je dirais… Voyons déjà si les victimes ont des liens entre elles, ok ?
               Nathan ébouriffa ses cheveux noirs d'une main, suivit des yeux une mouche égarée.
               – C'est ton boulot. Moi je végète sur mon canapé.
               – Nan, toi tu cherches sur le Net pour trouver une foutue créature capable de pré-digérer ses victimes avant de les recracher joliment. Ok ?
               Nathan poussa un grognement.
               – Ok. Même si je vais rien trouver.
               – Et moi, je cherche des infos sur ces gens-là : Maud Liret, Gabriel Tirat, Elise Loriot.
               – Mec… Tu crois pas que ce serait plus simple de rester bien tranquillement chez nous et de nous enfermer à double tour pendant la nuit, non ?
               – Plus simple, oui. Mais t'as pas envie de connaître le fin mot de l'histoire ? Allez. Ose me dire ça.
               Quelques secondes passèrent.
               – Bon, capitula Nathan. Ok, ça marche.
               Sitôt les mots arrivés à l'oreille de Léo, celui-ci raccrocha. Nathan s'étira, éteignit la télévision tout juste bonne à repasser les mêmes séquences en boucle. Il allait se lever lorsque quelque chose éclata dans son esprit, comme une bulle de savon. Libérant des souvenirs.
               Il attrapa le portable et rappela Léo. Celui-ci décrocha directement.
               – Quoi, laisse-moi deviner, ton ordi est mort.
               – Non. Tu…
               – Bon, alors tu viens de t'exploser l'orteil dans ta table basse.
               – Non.
               – Ou sinon tu…
               – Putain, Léo ! Ferme-la et écoute-moi, tu veux ? Je me souviens d'un truc. T'as bien dit Gabriel Tirat, tout à l'heure ?
               – Ouais. La deuxième victime. Enfin, troisième. Enfin, ça dépend de comment on voit les ch…
               – Stop, ok. Je… je crois qu'on le connaît.
               – Hein ?
               – Enfin, qu'on le connaissait. Quand on était petits. Tu te souviens pas ? En primaire, on était toujours fourrés ensemble, lui, toi et moi.
               – Ah ouais ?
               Le garçon put presque entendre pédaler les neurones dans le cerveau de son ami.
               – Ah bon, conclut finalement Léo.
               – Ok. Tu as une mémoire de merde, je te l'ai déjà dit ?
               – Plein de f…
               – Bref ! Donc tu vois, tu as un lien, là, déjà. Entre lui et nous. Lui et moi.
               – Mais en quoi…
               Nathan, exaspéré, laissa échapper un long soupir qui s'étira lentement jusqu'à l'autre bout du fil.
               – Mec. Je suis lié à ces trucs, non ? J'étais sur les lieux. J'ai fait fuir les loups et guéri Elise.
               Une once de culpabilité lui serra le cœur à ce nom. Il grogna.
               – Donc voilà. Fais tes recherches.
               Il y eut un silence surexcité avant que Léo ne raccroche :
               – Good game, mon pote !






------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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Melati

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Féminin Scorpion Messages : 24
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Localisation : Dans un pays, lointain... ♪

MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Jeu 27 Aoû - 14:26

J'aime j'aime j'aime :D
L'ambiance est super bien menée, on rentre bien dedans, et on découvre petit à petit tous les personnages, en gros bravo. =D
Sinon, je pense que ça peut passer si tu laisses uniquement la dernière phrase dans le paragraphe du début... :3

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(:
 
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Ven 28 Aoû - 22:47

Pouet ! Merci beaucoup Mela :3 Ok je verrai pour cette phrase dilemme ^^







– Huitième tour. Le soir tombe sur le village. –


           Une nouvelle nuit parcourait les rues, semant les ténèbres dans le sillage de son voile glacé. Celles-ci se répandirent entre les murs, plongeant la ville dans l'encre. Une fois l'obscurité établie, le silence s'épaissit, jusqu'à devenir plus présent qu'un personnage de chair et de sang. Le décor était posé.
           Un adolescent aux cheveux noirs ébouriffés, aux yeux pleins de colère refoulée, faisait les cent pas dans la rue. Pareil à un jeune lion à la sombre crinière, il allait, venait. Allait et venait à nouveau. Puis recommençait. Rien ne le retenait dans le froid de la nuit ; tout l'attirait à l'intérieur, là où une tendre lumière apprivoisée illuminait les vitres. Il lança un regard mélancolique vers celle de sa chambre, aveugle. Lui-même ne savait pas bien ce qu'il faisait là. Tout se mélangeait sous son crâne, ses propres pensées, ses propres envies, et puis ce qu'il devait faire, ce qu'il fallait faire pour que le jeu continue. Car jeu il y avait, jeu de vie et de mort auquel on ne pouvait échapper. Il venait de le découvrir, à ses dépens.
           – Putain ! rugit-il soudain.
           Il leva les poings vers le ciel en signe de défi, puis, après un dernier regard blessé à la vitre de sa chambre, fit volte-face en grognant. Et recommença à marcher.
           Il comprenait à présent ce qui avait poussé Elise Loriot hors de chez elle. Il était piégé. Fait comme un rat. Il espérait juste qu'ils viennent vite, et qu'ils fassent leur affaire. Mais dans ses yeux luisait le défi, il se battrait, oh que oui, il n'allait pas se laisser faire.
           Chacun des muscles de son corps se tendit, se crispa, lorsqu'il entendit enfin un léger trottinement, au loin. Le prédateur arrivait, et il ne se pressait pas.
           Ils se firent face un instant, défi pour défi, et l'adolescent fronça un sourcil en découvrant un unique loup ; il fit volte-face dans la crainte que le second ne vienne l'égorger par derrière, mais rien ne vint.
           – Alors, comme ça t'es tout seul.
           Le loup dressa les oreilles. Les poils argentés semblèrent attraper les rayons de lune avant de les lancer vers le jeune homme.
           – Oh là là, ce regard de chien battu, minauda celui-ci. T'es pas grand, en fait. Vas-y, essaie un peu pour voir. On verra bien qui sera le plus fort…
           Le loup se ramassa sur lui-même, puis bondit.
           – Non !
           L'adolescent fut projeté sur la droite ; lorsqu'il se tint à nouveau sur ses pieds, il vit la fille, une jeune fille aux longs cheveux roux et à la peau lunaire, dressée là où il se tenait auparavant. L'impeccable trajectoire du loup fut stoppée à l'instant où il allait la tuer ; un couinement jaillit de sa gueule et son corps se tordit d'un coup sec, comme s'il venait de se prendre une vitre de plein fouet.
           Il s'écrasa à terre ; glissa jusqu'aux pieds du garçon qui le fixa d'un air ahuri. Celui-ci releva ensuite son regard presque vert sur la fille, dressée vers la lune, splendide de majesté, dont les yeux baissés poinçonnaient le loup. Celui-ci se remit sur pieds d'un coup de reins, s'ébroua. Quelques gouttelettes de sang giclèrent dans l'air, dévoilant la longue écorchure que lui avait infligé le goudron. Puis la bête couina à nouveau et, tournant les talons, s'enfuit dans les rues.
           Les deux jeunes gens échangèrent un regard muet. Saisi pour lui, résigné pour elle. Puis elle se recroquevilla dans un sanglot, porta une main à son visage comme pour arracher la peau de son front, et, tétanisé, il remarqua que sa peau si blanche était en réalité couverte d'un fin pelage. Si ras qu'il en paraissait invisible. Un long frisson secoua la jeune fille, il voulut faire un pas pour l'aider mais recula, terrifié, lorsqu'une petite corne perça le front immaculé.
           – Va-t-en, grogna la rouquine.
           – Mais je… dit-il sans réfléchir.
           – Tu veux que je te bouffe ou quoi ?! Je suis un loup !
           Elle s'agrippait pour ne pas perdre conscience, pour ne pas sombrer. Mille et une lumières inconnues papillonnèrent dans ses iris, devenus immenses.
           – Ok, capitula-t-il.
           Un regard vers sa chambre, chaude et sécurisante, le poussa à faire quelques pas loin de la fille. Il lui porta pourtant un long regard acéré, avant que l'épuisement ne le gagne. Il s'endormirait bientôt et oublierait, il le savait.
           – Ok, répéta-t-il comme pour s'en convaincre. Mais je te dis une chose.
           Elle glissa un œil vers lui entre ses doigts crispés. Il trancha, tout en s'éloignant dans un rêve brumeux qui rendait ses membres gourds :
           – Toi, t'es pas un loup…









– Huitième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –


           Sophie, transie de froid, se réfugia chez elle avant de claquer la porte d'un geste sans appel. A présent que la matinée de cours était terminée, elle allait pouvoir sécher le sport de l'après-midi et réfléchir à la nuit précédente.
           Elle grimpa l'escalier quatre à quatre, se laissa tomber à plat ventre sur son lit et serra contre elle Nounours, sa peluche bien-nommée qui tombait pour ainsi dire en lambeaux. Ses yeux gris acier plantés dans les billes sombres de l'ours, elle attrapa son ordinateur portable à tâtons et le tira devant elle. Une fois Nounours confortablement installé, elle alluma la machine. Sa seule priorité depuis quelques jours, depuis qu'elle avait pris contact avec Gabriel, c'était Facebook. Sans oublier Elise.
           Tous deux morts à présent.
           Plus tard, les larmes, plus tard. Elle se frotta les paupières d'un geste rageur, accéda à son compte. Deux conversations se déployaient devant ses yeux, celle avec Gabriel, celle avec Elise. Elle commença par relire la fin de la première, le cœur tordu de mélancolie. Ces mots dataient du soir même de la mort du garçon.

           Sophie Adam a dit : Bon alors, t'as trouvé quelqu'un ?
           Gabriel Tirat a dit : Euh… et toi ?
           Sophie Adam a dit : Une fille s'appelait Elise. L'autre Clara. Sans oublier Maud, mais bon, Maud est déjà… bref. Et devine quoi ?
           Gabriel Tirat a dit : Quoi ?
           Sophie Adam a dit : Elise, je parie que c'est Elise Loriot, celle qui s'est faite attaquer mais qui s'en est sortie, là. Y'a quelques jours.
           Gabriel Tirat a dit : Ah oui, pas bête… Tu l'as contactée ?
           Sophie Adam a dit : Lui ai envoyé une demande en ami, espérons qu'elle réponde vite. Pour celle qui s'appelait Clara, je me souviens juste d'une petite rousse, mais j'ai aucune idée de son nom de famille, ça te revient pas, par hasard ?
           Gabriel Tirat a dit : Non… mais… peut-être qu'elle est restée amie avec cette Elise ?
           Sophie Adam a dit : Déjà regardé. Bon, et sinon, et toi alors, t'as retrouvé des noms ?
           Gabriel Tirat a dit : Euh… non.
           Gabriel Tirat a dit : En fait je me souviens de leur tête, pas de leur nom. Ça craint, j'étais super ami avec deux mecs. Un brun susceptible, aux yeux verts, et un aux cheveux châtains, au nez pointu, toujours à faire des blagues.
           Gabriel Tirat a dit : J'ai beau fouiller dans ma mémoire, c'est comme si tout ça s'était envolé…
           Sophie Adam a dit : Ah là là
           Sophie Adam a dit : Quel inutile, ce type
           Sophie Adam a dit : Je rigole. Bon, passe une bonne nuit, et souviens-toi :
           Gabriel Tirat a dit : Reste chez toi, je sais, je sais. :3
           Sophie Adam a dit : Voilà :3

           La conversation s'arrêtait ici, à vingt-trois heures dix. Quatre heures plus tard, Gabriel se faisait tuer. Il était sorti.
           Sophie souleva ses lunettes d'un doigt et essuya la larme qui coulait le long de son nez. Puis elle relut la conversation avec Elise. Histoire d'en rajouter.
           Elle eut un regain d'énergie lorsqu'elle se rendit compte qu'avant de mourir, le soir même, la jeune fille avait ajouté des messages, qui n'avaient pas été lus par Sophie. Le cœur de celle-ci battait à tout rompre sous le poids de la culpabilité. Elle avait ignoré les dernières questions, les dernières paroles d'Elise…

          Elise Loriot a dit : Sophie
           Elise Loriot a dit : Il faut que je te dise… C'est la dernière occasion que j'aurai…
           Elise Loriot a dit : Je t'ai vue dans une vision, il y a quelques jours. Ainsi que Gabriel. Je ne voulais pas vous le dire… mais… bref. Tu m'as dit que vous vous étiez réveillés nus en plein milieu de la rue.
           Elise Loriot a dit : Je sais pourquoi…
           Elise Loriot a dit : Vous êtes des loups
           Elise Loriot a dit : Je te jure, c'est ce que j'ai vu. Vous sortez de chez vous à la tombée de la nuit, certaines fois ; vous changez de corps. Tu deviens un loup argenté, et Gabriel un loup brun.
           Elise Loriot a dit : Je suis désolée…
           Elise Loriot a dit : Mais, il faut que je vous dise que vous n'avez tué personne pour l'instant. Ce qui a tué Maud Liret deux fois de suite, c'était pas un loup. Quelque chose de bien plus terrible.
           Elise Loriot a dit : Et… Pour Gabriel… lui aussi a été tué par cette chose. Malgré le fait qu'il soit un loup. En même temps, pour ce machin, loup ou homme on est tous des proies.
           Elise Loriot a dit : Alors voilà… méfie-toi. Tu peux tuer mais également être tuée…
           Elise Loriot a dit : Je suis désolée… Si seulement j'avais plus de temps…
           Elise Loriot a dit : Mais vu que t'es pas là, il va falloir faire avec…


           Sophie fit une pause dans sa lecture. Se heurta au puits d'images, de sons et d'odeurs qu'avaient ouvert les mots d'Elise dans son esprit. Souvenirs… Le bruit de ses griffes sur l'asphalte, la force de ses longues pattes minces. Le vent glacé dans sa fourrure. Et la faim dévorante logée au cœur de ses tripes, lorsqu'elle regardait sa proie.
           Sa proie… Elise.
           Mais celle-ci avait échappé aux loups…
           Sophie relâcha un long soupir tremblant. Elle n'avait pas tué la jeune fille. Elle devait se calmer.
           Mais sa mémoire se mit à jour d'un seul coup, et un poids énorme dévala sa gorge avant de s'écraser sur son cœur. Elise avait échappé à la mort une fois, certes… Mais pas deux. Et la seconde fois, elle avait été égorgée. Egorgée.
           Le souffle coupé, Sophie lutta en silence contre son propre cœur prêt à éclater. Ce n'était plus un puits de souvenirs qui s'ouvrait en elle, c'était une tempête, une tourmente.
           Lorsque, tremblante de faim, elle avait calculé le bond qu'il lui faudrait effectuer pour atteindre la gorge de la jeune fille à la crinière de paille. Elle aurait pu agir autrement : la courser, l'épuiser, la mettre au sol en broyant ses chevilles, et puis enfin commencer à satisfaire sa faim monstrueuse. Mais elle avait opté pour la solution propre et rapide. Celle qui pouvait rater le plus facilement. Elle avait pris le risque.
           Sauf qu'elle n'avait pas raté.
           Elle serra fort Nounours contre elle, visage baissé dans sa fourrure douce afin de cacher ses traits crispés par les sanglots. Et toujours ces visions. A travers le rideau translucide de ses larmes, elle voyait la rue froide et noire, elle y galopait plus vite que le vent, aussi libre que lui, ivre de course et de chasse ; le loup brun bondissait à ses côtés, le seul à la comprendre et à l'épauler dans cette recherche nocturne. Equipe prédatrice qui déboulait pleine d'enthousiasme au crépuscule, avant de s'épuiser devant l'absence de proie. Et, à l'aube, son errance affamée, jusqu'aux confins de la ville. Jusqu'à, parfois, s'endormir au milieu d'un trottoir – pour se réveiller sous une autre forme.
           Dans un sursaut, l'ours calé contre son cou dans une étreinte enfantine, Sophie s'arracha à ce maelström de froid et d'odeurs, pour revenir s'ancrer dans la chaleur de son lit et de sa chambre.
           Calme. Elle était humaine. Humaine. Humaine.
           Elle s'essuya les yeux d'un geste vif, remit ses lunettes, et fixa à nouveau l'écran, le nez plein de reniflements.
           La conversation continuait, toujours dans la solitude la plus absolue ; les messages suivants reprenaient à minuit et quelques.

           Elise Loriot a dit : Sophie, c'est encore moi.
           Elise Loriot a dit : (Je SAIS, y'a mon nom indiqué. Mais vive la politesse.)
           Elise Loriot a dit : Je me suis dit qu'il ne fallait pas que je m'endorme, alors j'ai mis mon réveil tous les quarts d'heure pour ne pas sombrer. Je ne veux pas faire quelque chose contre ma volonté, tu vois. Je crois que tout le monde est un vrai zombie lorsqu'il descend dans la rue. En même temps, personne n'irait de plein gré…
           Elise Loriot a dit : Je me suis quand même endormie au final. Je me suis réveillée dix minutes après mais c'était suffisant pour avoir une vision.
           Elise Loriot a dit : J'ai vu ce qui allait se passer ce soir…
           Elise Loriot a dit : Ne panique pas, d'accord ? Fais comme moi, mets ton réveil régulièrement, ne t'endors pas. Enfin. Fais ce que tu peux.
           Elise Loriot a dit : Ce soir… J'arrive pas à croire que je vais dire un truc pareil.
           Elise Loriot a dit : Je vais sortir dans l'allée, sans raison…
           Elise Loriot a dit : Et je vais me faire égorger par un loup…
           Elise Loriot a dit : Le seul loup qui reste, Sophie…
           Elise Loriot a dit : C'est-à-dire toi.


           Poing serré contre ses lèvres blanches et mordu jusqu'au sang, Sophie n'en croyait pas ses yeux.
           Elise avait su. Elise avait vu sa propre mort. Et son assassin.
           Elle avait voulu prévenir Sophie, mais celle-ci n'était pas là. Elle n'avait pas été là quand il le fallait, elle ne s'était pas méfiée. Elle s'était endormie sur ses deux oreilles, cette idiote !
           Suffit. Te remets pas à pleurer. Sois un peu forte, pour changer.
           Et comme l'avait vu la jeune fille, elle avait été égorgée puis dévorée.
           Dévorée.
           Sophie sentit un spasme terrible secouer tout son estomac ; elle eut juste le temps de courir aux toilettes pour vomir tout ce qu'elle avait mangé à midi.
           Mais c'était trop tard. La chair d'Elise, elle l'avait déjà digérée. Elle s'en était léchée les babines.
           Ces stupides larmes revenaient, mais elles ne résoudraient rien.
           Sophie contempla de nouveau la conversation inachevée, hagarde. Elise avait-elle seulement pensé à la dénoncer ? A la faire enfermer ? Elle aurait été en vie aujourd'hui.
           Après réflexion, c'était idiot ; qui aurait cru à leur histoire de loup-garou ?
           Mais au-delà des limites communément admises du rationnel, Sophie savait pourquoi Elise ne l'avait ni dénoncée, ni accusée de quelque manière que ce soit.
           Elle pensait qu'on pouvait garder le contrôle. Qu'on pouvait choisir de refuser la transformation, le somnambulisme ou tout ce que ce truc pouvait bien être.
           Sophie opina, les joues marbrées de traces salées. Seule face à Nounours, comme une demeurée.
           Elise avait fait face à sa propre mort avec un calme extraordinaire. Avec rationalité, avec dignité, avec tout ce qu'on voulait. Sophie ne pouvait se montrer plus faible qu'elle. C'était… quelque chose comme son devoir de se montrer à la hauteur d'Elise.
           Elise morte.
           Tuée par la louve nommée Sophie.
           Sourcils foncés à l'extrême sans même s'en rendre compte, bouche tordue en une grimace douloureuse, celle-ci se décida à contacter Léo.
           Plus haut dans leur conversation, Elise lui avait parlé du garçon nommé Nathan qui l'avait sauvée. Et de son meilleur ami Léo. Après des fouilles minutieuses dans sa propre mémoire, Sophie avait effectivement retrouvé le visage des deux gamins qui allaient avec ces prénoms. Les deux fameux amis de Gabriel.
           Gabriel loup. Gabriel mort.
           Stop ! Assez.
           Il était temps d'agir.
           Nathan n'avait pas de Facebook, elle avait vérifié ; Léo si. Il avait accepté sa demande en ami sans poser de question.
           Mon pauvre coco, se dit-elle avec un rictus. Tu vas t'en poser, des questions.

           Il n'était pas connecté à cette heure, mais tant pis. Elise n'avait pas hésité à confier sa vie à une interlocutrice absente – avec la réussite que l'on sait. Sophie allait faire de même. En espérant que le garçon la lise tout de même avant la nuit…
           Elle prit une inspiration, chercha par où commencer, puis commença à écrire.




------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 29 Aoû - 0:20

Bon, j'ai rattrapé mon retard et c'est toujours aussi bien. ^^

Tu n'as plus de problème d'expressions lourdes ou maladroites et la lecture et fluide et agréable, c'est toujours un plaisir de te lire. :3

De tes trois derniers postes, la chose qui m'a dérangée c'est quand tu as parlé d'un "regard gore" de la part de Nathan, je trouve que ça casse un peu tout, mais sinon le reste est juste génial. ^^

En particulier, il y a une phrase que j'ai trouvé tout simplement sublime et c'est celle-ci:

" Les rues étaient désertes ; découvrir deux cadavres les avaient vidées. Ou plutôt, la peur d'en retrouver un nouveau. Désormais, la nuit était seule à s'y promener, flottant sous son long voile de velours, semant des étoiles dans son sillage. "

Et pour ce qui est de ton dernier post, j'ai adoré la dernière partie, le huitième jour. On sent vraiment toute la détresse et l'horreur de Sophie, tu développe ça très bien et on se met automatiquement à la place du personnage, ce qui est très désagréable, j'ai bien ressentit tout son malaise en tout cas.

Bref, c'est génial ! :la:
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Jeu 3 Sep - 15:27

Merki Tiun :3 (pour le regard gore, c'est parce que c'est le point de vue de Léo, donc il a sa façon de dire les choses ^_^)

Je poste la suite en version calaméo, ça évitera qu'on me la pique, notamment :-p
Attention, les choses vont s'accélérer...






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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Et toi, qui es-tu ?

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Yggdarsil
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Ven 4 Sep - 13:33

Aeeeeuh D: C'était trop bien mais Calaméo m'affiche que la page n'existe pas T.T
Du coup rien à dire, c'est super cool. Mais genre à fond.
Je vais pas m'attarder à scrupuleusement étudier ton style parce que j'ai la flemme, mais c'est quand même cool. J'aime bien le concept parce que c'est à moitié comme une tragédie grecque et à moitié radicalement différent: dans une tragédie, on connaît, sinon devine la fin (si on sais que ce que l'on regarde est une tragédie). Là, on connaît les règles, on en déduit ce qui peut (ou va) se passer chaque nuit mais... Avec qui? Comment? Et ça balance un max de suspens.

------------------------------------------------------------------------------------------------
Il est des gens qui sont là. Comme ça. En vrai. Et d'autres dont la présence est un mensonge. Une illusion. Efficace, quand elle trompe tout le monde. Ridicule, quand elle ne trompe que son porteur. -Lyonel Trouillot, Kannjawou

Proverbe Nocturnien : Wû Horör, wees qsüj gnü ubo wik s'wee kleesee kvieiir wâ krefüzâ d'wi kraork...

orgie de .-.
.-- .-- .-- .-.-.- .---- ----- --.- ....- ---.. .-.-.- ..- -. -... .-.. --- --. .-.-.- ..-. .-.

http://vocaroo.com/i/s1fCLpFwvSv0


#TextedeYgg
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Ven 4 Sep - 19:54

Bon, étrangement ton lien calameo ne fonctionne pas sur mon ordi, mais il fonctionne sur mon téléphone. :/

Mais bref, au final j'ai pu lire et... Franchement, je trouve que tu t'es surpassé cette fois, j'ai adoré chaque phrase et chaque mot sans trouver aucun défaut, c'était fluide et beau. Et la première phrase... Mon dieu la première phrase. cute

En tout cas on se rapproche de la fin, je suis sûr que ça va être génial. ^^
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Dim 6 Sep - 18:54

Ygg : aaaaah je suis désolée, je m'étais gourée de lien :rire: Sorry...
Oh, c'ets trop d'éloges :corn2: Oui, c'était exactement ça l'essence du truc, contente que ça te plaise !

Tiun : et bien avec ton tel tu as dû arriver au moment où je venais de remettre le bon lien, t'as eu de la chance x) Merci :corn2:


ALLEZ
THIS IS THE END





- Dixième tour -





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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
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Ailée-Folie

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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Dim 6 Sep - 21:33

Plus jamais je ne pourrais jouer au Loup-Garou de la même manière, tu le sais, ça? Wink
Bon... Plus sérieusement, je suis un peu déçue par la fin que je trouve assez plan-plan, mais le reste m'a vraiment laissée comme deux ronds de flan. Ton style est limpide, les émotions correctement rendues, on est dans le jeu, y a un bon suspens.
Bravo! :D

------------------------------------------------------------------------------------------------
:serpent:

(Les oiseaux vaincront!)
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Dim 6 Sep - 21:54

La fin est encore mieux que le reste ! :la:
Chaque phrase est belle et travaillée, ça déborde d'émotions de tout les côtés, c'est génial !
Bon, je dois m'avouer que je m'attendais pas du tout à cette fin, j'ai cru que ça allait être bien plus tragique et sanglant. X)
En tout cas, encore une superbe nouvelle de terminée, décidément on est jamais déçu avec toi. ^^
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 28 Nov - 18:29

HEY LES ENFANTS. Vous voulez vraiment faire la guerre des commentaire avec moi?
Niark Niark niark

C'est partie
Cornedor a écrit:




          – Vas-y, explique, souffla Nathan une fois son sac balancé sous la chaise.
          Léo s'accouda à sa table et glissa lentement vers son voisin, les yeux fixés sur le tableau à l'autre bout de la classe.
          – Ma fenêtre donne sur la rue, tu sais ça.suspension, il ménage son effet
          – Ouais.
          – Et ben j'ai… Ouah putain !
          Il palpa la peau cloquée de Nathan, qui ferma les poings en grognant.
          – Tu m'étonnes que ça te stresse, ça fait flipper. Euh, qu'est-ce que je disais déjà… Ah oui. Donc, cette nuit, insomnie comme toujours, j'étais sur mon ordi, et là j'entends un hurlement de malade.
          – Un… quoi ?
          – Un hurlement, Nat' ! Genre, de loup ! Comme dans les films, avec des putain d'échos derrière, dans toute la ville. C'était trop glauque. C'était génial. Genre, t'as pas entendu ?
          – Non. Mais les chiens hurlent aussi, tu sais. Y'a pas de loups ici. Y'en a même jamais eu.
          – Attends, attends ! reprit Léo, ses yeux noirs brillant d'excitation faisant leun va-et-vient entre Nathan et le professeur. Donc voilà, je sursaute – je te jure, tout le monde l'a entendu, y'en a même qui en parlaient dans la cour tout à l'heure, c'était un truc de dingue ! – et je vais voir à la fenêtre, normal. Et là, devine ce que je vois.
          – Rien.
          – Allez, fais au moins un effort.
          – Un loup-garou dégoulinant de bave.
          – Héhé, sait-on jamais. Nan, un loup, mec. Un loup en pleine ville, tranquille.
          – Un chien, tu veux dire. Un chien-loup.
          – Mais non.
          – Ou un renard.
          – Putain Nat', je te dis que non ! Un renard c'est minus, tu te rends pas compte ou quoi ? Et un chien-loup au contraire c'est immense. Là je te parle d'un loup tout ce qu'il y a de plus normal, bien poilu, bien brun, la bonne taille et tout, le nez au vent dans la rue.
          – Ok, et donc…
          – Y'en avait même deux. Le deuxième était tout argenté. Une belle bête, vraiment.
          – Bref ! Il a fait quoi ton loup, tes loups ? Ils ont bouffé deux ou trois filles pour le déjeuner ?
          Léo prit un air mystérieux et mit un doigt sur ses lèvres.
          – Bingo, mec. Tu connais Elise Loriot ?
          Le nom entra par une oreille, réveilla un ou deux éclats de souvenirs que Nathan aurait préféré oublier, puis ressortit par l'autre.
          – Non. C'est qui ? Une louve ?
          – Te fous pas de moi. Elle a été attaquée par les loups, ces deux loups-là.
          – Elle ressemble à quoi ? Je connais ?
          – Teinte en blonde pour faire plaisir à ses potes, plus maigre que maigre et un air de pétasse timide.
          – Ça existe, ça, les pétasses timides ?jerry
          – Ouais. C'est les pétasses en rite d'initiation, tu vois. Sur le point d'entrer dans la meute.
          – T'es con.
          Ils étouffèrent leur rire derrière leurs coudes croisés.
          – Ouais, et donc ?
          – Elle est trop discrète pour s'en vanter elle-même, mais ses gentils petits amis l'ont pas lâchée avec ça. Tout le monde est au courant.
          – Sauf moi, donc.
          – Exact. Je propose qu'on aille la voir.
          – De… Quoi ? Attends, pourquoi ?
          – Je veux savoir comment ça c'est passé. Pas toi ?
          Nathan se renfonça dans sa chaise.
          – Non.
          – Ok, mec, tu m'obliges à lâcher la bombe.
          – Hein ?
          – Elle a failli se faire bouffer…
          – Ridicule. Les loups ont peur des hommes. Et même, à deux, tu crois qu'ils vont s'attaquer à une presque-adulte ?
          – Je te dis ce qui s'est passé.
          – Tu parles, elle essaie d'attirer l'attention. Comme toutes les poufs.
          – Nan, je crois pas. C'est pas le genre. Et puis c'est logique, je veux dire, y'a eu un meurtre hier, tu sais bien. Enfin, un festin, pour ainsi dire. Qui pourrait faire un truc pareil à part des loups ? Bref. Tu veux savoir comment elle s'en est tirée ?
          – Dis toujours, des fois que ça m'arrive, histoire que je puisse m'en sortir.
          Les yeux de Léo brillèrent et il posa le menton sur son avant-bras replié, pareil au cancre prêt à faire la sieste – ce qu'il était ordinairement.
          – Mec, y'a un type qui est arrivé, et les loups se sont barrés.
          – Quoi, c'est tout ?
          – Non. Il a posé les mains sur ses blessures, et elle a guéri.
          Nathan éclata de rire, récoltant une remarque de la part du professeur. Il l'écouta à peine.
          – Jésus est de retour.
          – Nat'.
          – Cette fille est pire que ce que je pensais.
          – Nat'…
          – En fait elle est complètement barge, c'est tout.
          – Nathan.
          Léo le regardait du coin de l'œil.
          – Le type était brun, ébouriffé comme s'il sortait du lit, avec des yeux noisette et un air totalement halluciné. Genre…
          Il lui adressa un regard éloquent.
          – Genre ?
          Nathan se rapprocha davantage de lui, une grimace plaqué sur les traits.
          – Genre moi, c'est ça ?
          – Oui, genre toi.
          – Tu rêves, mec.
          – Ok. Alors tu ne verras pas d'objection à ce qu'on aille voir cette fille, pas vrai ?
          – T'es sérieux ? Mais qu'est-ce que je pourrais bien foutre dans une rue, en pleine nuit, en train de… de tripoter des fausses blondes anorexiques ?
          – Tout ce que je sais, Nat'…
          Léo tapa du poing sur la main de son ami, repliée sur la table comme un petit animal timide.
          – C'est que t'étais pas dans ta chambre cette nuit, et que t'as des putain de paumes bizarres au réveil, pas vrai ?
          Nathan baissa les yeux sur celles-ci, desserrant doucement les phalanges. La peau craméeJ'aime pas le mot cramé. Gercée, cloquée, irait mieux se révéla à nouveau, hey... tu sais ce que je vais dire :Det il eut presque mal rien qu'à la regarder.







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– Troisième tour. Le soir tombe sur le village. –



          Deux ombres filant dans la nuit. Deux êtres fonçant à travers les rues. Une équipe parfaitement rodée, machine de guerre dépenaillée.j'adore cette phrase Leur souffle bruissant dans l'air froid, s'enroulant sur lui-même dans des volutes blancs. Leurs griffes légères crochetant l'asphalte. Leurs muscles agiles roulant sous leur peau brûlante. Leurs gueules entrouvertes, qui semaient les gouttelettes comme autant de larmes.
          Les loups eurent beau chercher, cette nuit-là, personne ne mit un pied dehors.






– Troisième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –
[color=#999999]


          Gabriel eut un réveil plutôt original, ce jour-ci, puisque ce fut un klaxon déchaîné qui le tira du sommeil.
          Sonné, il ouvrit les paupières… pour se retrouver face à un énorme 4x4 rutilant. Le monstre mécanique, à quelques pas de lui, le surplombait de toute sa masse titanesque.
          Dire qu'il y avait des gens suffisamment riches – suffisamment vainsle vains fait disparates dans ton vocabulaire pour cette nouvelle, et il correspont pas vraiment à l'ambiance que tu as réussi à instaurer depuis le début de l'histoire – pour s'offrir des monstruosités pareilles.
          Le garçon n'eut pas le loisir de poursuivre cette réflexion plus loin, puisque le klaxon s'énerva encore. Accompagné des gesticulations du conducteur dont Gabriel percevait une ombre approximative.
          – D'accord, d'accord. On se calme.
          Il se releva lourdement, arrachant son corps de…
          …la route.
          Sonné, il se frotta la joue, où étaient restés incrustés quelques gravillons.
          Voilà qui était nouveau. Que faisait-il couché en pleine rue ?
          Il gagna le trottoir, les membres gourds comme dans un rêve étrange. Il s'agissait probablement d'un rêve étrange, d'ailleurs. Ce ne pouvait être que ça.
          Gabriel baissa les yeux et rougit jusqu'à la racine de ses cheveux blonds.
          Il. Etait. Nu.Gaaaaaaaa *crise cardiaque grammatique. Des suspensions entre les mots?
          Il bondit derrière le buisson le plus proche et s'accroupit, se raccrochant aux branches, y enroulant ses doigts dans l'espoir futile de se réveiller.
          – Pas de problème. Tout va bien.
          Il fallait que ce soit un cauchemar. Absolument.
          Quelle heure était-il, d'ailleurs ? Sa main chercha, dans le vide. Evidemment. Pas d'habits, pas de poche. Pas de portable. Bon. Plus simple. Quel jour était-il ?
          Pourvu que ce ne soit pas un jour de semaine. Pourvu que ce ne soit pas un jour de cours.
          – Samedi, se souvint-il enfin. Bien sûr.
          La veille, ils avaient regardé un film en famille. Et puis… et puis quoi ? Il s'était couché. Normal. Il en était tout à fait certain. Il s'était même endormi au bout d'une heure, alors, nom d'un sacré bon sang de chien, que fichait-il en plein milieu de la ville ? Avait-il dormi là ? L'avait-on… kidnappé ?
          Euh… violé ? y'as un manque de réaction là à cette idée. Moi je me tate partout le corp pour trouver des trace dans ce cas là ^^
Les idées les plus folles se succédèrent sous son crâne. Personne ne s'endormait gentiment dans son lit pour aller se réveiller ailleurs. Personne de normal, en tout cas.
          Euh… Super pouvoir ? La téléportation, tout ça ?
          – Ok. Je me suis pas fait mordre par une araignée. Ni par, euh… un vampire. Ni un loup-garou, tant qu'on y est. Ni par un poulpe. C'est pas mwa, j'te jure
          Autant se rendre à l'évidence : il était seul, perdu en plein centre-ville. Or, il habitait en périphérie. Pire : il était complètement nu et aucun de ses vêtements ne gisait à côté – il vérifia d'un coup d'œil.
          Zut. Pour parler poliment. owiiiiiii :aah:
          – Euh, salut ?
          Il fit un bond d'à peu près trois mètres et fit volte-face, oubliant brièvement sa nudité.
          Une fille se tenait devant lui. Une fille se tenait devant lui.
          Alerte, alerte. manque de point d'exclamations
          Il jeta un coup d'œil aux alentours avec un air de bête traquée, avant de se recroqueviller comme il le pouvait.
          Aleeeeeeeerte. Zut. Shit. Merde. Bordel.
          – Euh. Sa… Salut.
          Elle le considéra d'en haut, un air perplexe sur les traits. Son visage lui disait quelque chose.
          – Euh… t'es perdu ?
          – Ouais. C'est ça. Je suis… complètement paumé, ce matin, haha. En tout cas, qu'est-ce que je crève la dalle !
          Il aurait presque pu manger la fille. Mais à la place, dans une dérisoire tentative d'humour, il désigna sa tenue.
          – Je suis pas le seul à avoir dormi par terre, on dirait.
          Ses vêtements étaient déchirés d'à peu près partout ; des lambeaux frôlaient sa peau à chaque mouvement. Mais, au moins, elle en avait. Il aurait voulu lui demander ce qu'elle faisait ici dans cet état, mais se retint. Le plus bizarre des deux, ce n'était pas elle…
          Elle haussa un sourcil.
          – Dormi par terre, je sais pas, mais complètement paumée, c'est sûr. Je… Je me sens bizarre.
          Ils s'observèrent mutuellement puis éclatèrent de rire.
          – Ok. Deux paumés en pleine nature – en pleine ville, pardon, reprit-il. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
          Elle s'assit près de lui, et il retint un mouvement de recul.Mais... la virgule avant le et était nécéssaire, mais c'est une incise, donc u enlève ce point pour mettre une virgule à la place^^ Il était quand même nu. Comme un ver.
          – Moi, qu'est-ce qu'il m'est arrivé ? C'est pas moi qui dort toute nue en plein milieu de la route.
          – Ok. Je me suis… réveillé là. Je m'étais endormi dans mon lit, normal, tu vois.
          Voilà qu'il se mettait à raconter sa vie à une inconnue. Mais sa tête lui disait vraiment quelque chose. Il la regarda plus attentivement. Elle avait de longs cheveux noirs, et un air indéniablement asiatique.
          – Hmm, ok, c'est tout à fait normal, dit-elle d'un ton faussement enjoué. Somnambule ?
          – Bah non. C'est ça qui est bizarre, justement.
          Il eut un sourire un peu hésitant.
          – Vaut mieux éviter, par les temps qui courent, non ?
          – Comment ça ?
          Son regard était fuyant, elle paraissait ailleurs. Son maquillage avait coulé sous ses paupières et sur ses joues. Il n'était visiblement pas le seul à côté de la plaque.
          – Et bien, dit-il en se raclant la gorge, les loups qui écument la ville, tout ça.
          – Des… des loups ?
          Elle le regarda comme s'il venait de mentionner des poulpes mangeurs d'hommes.
          – Des loups ici, sérieux ?
          – Ecoute… oui, à ce qu'il paraît. Y'a même eu un meurtre.
          – Quoi ?
          – Quoi, t'es pas au courant ? Bon sang, tu dois être la seule. Y'a eu un meurtre avant-hier. Il paraît que la fille était à peine reconnaissable. Elle aurait été… dévorée vive.
          – De… hein… tu…
          Un long frisson parcourut la fille des pieds à la tête ; ses yeux s'agitèrent en tout sens, traqués. Elle referma les bras autour de son torse et glissa les doigts dans les accrocs du tissu.
          – Je… avant-hier… un meurtre… ?
          Gabriel regarda son épaule dénudée. Le faire ? Pas le faire? Allez, un peu de courage. Elle avait l'air terrifiée. Il se décida et posa doucement une main sur sa peau. Elle sursauta et il se pencha vers elle.
          – Hé, du calme. On craint rien. Il ne fait pas nuit. Y'a eu une morte, mais c'est fini. C'est fini.
          Il aurait aimé y croire lui-même.
          Elle respirait fort, haletait même. Ses yeux balayaient le sol couvert de givre. Gabriel se mit à grelotter, réalisant enfin la température glaciale que son corps avait choisi d'ignorer jusque-là.
          – Alors, hmm… Tu… euh, tu t'appelles comment ?
          Bon sang, c'était pas possible, il était sûr de l'avoir vue. Récemment.
          Elle leva vers lui ses yeux en amande emplis d'incompréhension.
          – Je… Mon nom c'est Maud. Maud Liret.
          Dans un flash, ce qu'il cherchait depuis tout à l'heure lui revint enfin en mémoire. La photo dans le journal de l'avant-veille. Au dessus, un titre : "UN MEURTRE DANS LA NUIT". Et juste à côté, celle de son cadavre.

Bouaaaaaaaaaaaaah
C'est trop bien.
Le style est presque que parfait. La gestion du suspens est plus que magique. L'idée est toujours terrible. Les sensations manquent parfois de travail (notamment certaines réactions manquent de spontanéité ou de présence)
Mais c'est génial ! La suite :)
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 28 Nov - 18:29

On continue
Cornedor a écrit:




– Quatrième tour. Le soir tombe sur le village. –









           Un fille marchait seule dans la nuit. Elle avait la peau blanche, presque spectrale sous la lune, et de longs cheveux noirs ébouriffés qui n'avaient pas connu lede peigne depuis des jours. Ses habits étaient percéstu peux pas être percées d'accrocs, ponctué oui, parsemée oui aussi. Mais pas percée qui induit un tour alors qu'un accrocs peut ausi etre une boursoufflure ou autres d'accrocs, déchirés dans les grandes largeurs. Elle était pieds nus. Et elle marchait seule, dans le bruit mat de ses talons sur le goudron.
           Peut-être était-ce la seule qui n'avait pas eu connaissance du couvre-feu. Peut-être était-ce la seule qui n'avait pas pris la menace des loups au sérieux.
           Ou peut-être était-elle juste la seule à qui il manquait plus d'un jour de mémoire. La seule qui avait vu, dans le journal que lui tendait un blondinet enfin rhabillé, sa propre photographie. Avant.suspension Après.
           En quelque sorte, la seule à fuir sa propre famille, sa propre maison, son propre passé. Sans rien comprendre.
           Mais les loups n'étaient pas de sortie cette nuit-là.
           Un souffle immense, si pesant qu'elle eut l'impression d'en porter le poids sur ses épaules, résonna soudain dans la rue.
           Des images lui revinrent par paquets sanglants, dansèrent devant ses yeux. Des écailles et des dents. De la chair déchirée, coincée entre de longs crocs acérés. joliment dit
           Elle fit volte-face, fixa le fond de la rue, plongé dans l'obscurité. Tendue face aux ténèbres. Et toujours ce bruit immonde qui imprégnait les murs. Lourd. Tranquille.
           Sa proie ne lui échapperait pas. Pas plus que la dernière fois.
           Maud resta immobile, comme un lapin en pleins phares, alors que les souvenirs se jetaient sur elle comme une nuée de corbeaux, la malmenaient, tiraient sur ses vêtements et traçaient de longs traits de feu dans sa chair.
           – Non, sanglota-t-elle. Non, non. Pas ce soir, je vous en prie. Pas encore… Je vous en prie. Je vous en prie…
           Cours, gémissait sa voix sous son crâne. Cours, cours.
           Elle se retourna et se mit à courir.
           Elle n'avait aucune chance. sadique. Et mon petit coeur alors? T'as aucune pitié?






– Quatrième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –



           La première chose que fit Sophie en ouvrant les yeux, ce fut de vérifier qu'elle était bien dans son lit.
           La réponse était oui. Ouf.
           La veille, elle s'était retrouvée à plat ventre sur le trottoir, complètement nue.  Comme un asticot tombé du ciel. Heureusement, ladite chute céleste avait eu lieu juste en face de la porte de sa maison ; elle avait pu se glisser à l'intérieur, courbée en deux, avant que quiconque ait pu la voir. Sans compter la fringale qui allait avec. Sans rire, elle avait eu tellement faim qu'elle avait failli croquer la porte du frigo sans avoir la force de l'ouvrir.
           Sincèrement j'aime pas ce mot, il porte trop la patte des menteurs et des escrocs qui essaie de jurer sur la tete de leur mère qu'ils ont changé^^, c'était la chose la plus bizarre qui lui était arrivée depuis un bout de temps. Depuis toujours, en fait.
           Elle s'étira lascivement – une larve au réveil, pensait-elle toujours – avant de rouler hors de son matelas. Elle n'était pas du genre à ressasser des choses.virgule >< Même des choses étranges. Bon, okay, même des choses très étranges. Genre… par exemple… lorsqu'au fait de se réveiller en pleine rue s'ajoutait celui d'avoir les paumes et les pieds sales et collants. Elle avait cru se réveiller dans la peau d'un chien errant. Mais bon.
           Après un petit déjeuner gargantuesque, elle se planta devant son ordi et fit un petit tour d'horizon sur Facebook. Quelque chose attira son attention sur la page du lycée – non celle tenue par les profs, claire et nette, mais plutôt celle où les élèves crachaient leur dégoût quotidien envers les cours et les autres y'as des profs qui tiennent des pages facebook? Y'as des élèves qui vomissent sur leur lycée dans facebook? oh... le monde est foutu. Ou bien leur vie. Amusant, s'était-elle toujours dit. Ça peut servir.
           Comme quoi…

           Ok, qu'on me dise si la même chose est arrivée à quelqu'un : se retrouver couché, nu, en pleine rue, je veux dire, en plein milieu de la route. Par exemple, être réveillé par le klaxon d'un énorme 4x4 sur le point de vous écrabouiller. Enfin quoi, délit d'assoupissement sur la voie publique, vous connaissez pas ?
           Bref. Je répète : suis-je le seul à perdre la boule ?
           – Celui-qui-ronflait-sur-l'asphalte-ce-matin

           Le post était suivi de commentaires passablement crétins et mal orthographiés – comme habituellement sur FB, se dit Sophie. Elle jeta un coup d'œil à la date, à l'heure. La veille, à huit heures du matin.
           La veille.
           Autrement dit, le moment où elle-même s'était réveillée rampant sur le goudron comme une grosse chenille.
           Elle se jeta littéralement sur la souris, accéda au profil du fameux "Celui-qui-ronflait-sur-l'asphalte-ce-matin". Un petit blondinet assez mignon. Gabriel Tirat.
           Hé ! Elle avait connu un Gabriel. Elle avait même… connu un Gabriel qui souffrait de son nom de famille parce qu'on le traitait de rat. De petit rat.
           Tirat.
           Sophie, nez pincé, fouilla dans sa mémoire. Plus loin. Encore plus loin. Houlà, c'était vraiment vieux. Ce n'était plus des bribes de passé, c'était carrément des décombres, des miettes. Elle en extirpa tout de même quelque chose. Un été entre amis. Elle devait avoir… quel âge avait-elle à cette époque ? Ah, c'était l'été précédent la rentrée en sixième. Ils étaient nombreux. Sept, huit ? Comment savoir ? Seul ce petit minois retrouvé dansait devant ses yeux, et ce nom, Gabriel. Oui, un petit blond aux dents du bonheur, avec une tendance à faire des caprices.
           Quelle drôle de coïncidence, quand même.
           Elle lui envoya une demande en ami, priant pour qu'il réponde vite. Il fallait qu'ils parlent. Il le fallait.



***


           Gabriel Tirat a dit : Euh, salut. Je peux savoir qui tu es ?
           Sophie Adam a dit : Oh cool, t'as répondu ! Ecoute, rassure-toi, chuis pas un pédophile.  
           Sophie Adam a dit : Enfin, pas encore :D
           Gabriel Tirat a dit : Euh
           Gabriel Tirat a dit : Cool.
           Sophie Adam a dit : Oui donc. J'ai vu ton post sur la page du lycée, tu sais ? Là où tu disais que tu t'étais retrouvé cul nu sur le goudron. En gros.
           Gabriel Tirat a dit : Ouais, en gros c'était ça. Et ?
           Sophie Adam a dit : Et… il m'est arrivé la même chose, le même jour.
           Gabriel Tirat a dit : Par terre en plein milieu de la route ?
           Sophie Adam a dit : Oui. Enfin non, en plein milieu du trottoir, disons. Et comme je me suis réveillée tôt j'ai pu me glisser chez moi discretos.
           Sophie Adam a dit : Euh, l'anecdote du 4x4 est vraie ? xD
           Gabriel Tirat a dit : Oui, elle est vraie xD t'as eu du bol, j'ai dû traverser la moitié de la ville en stop, après avoir mendié pour un plaid chez quelqu'un. Et… ouah, je pensais sincèrement que j'étais le seul, que j'étais devenu… somnambule ou un truc du genre.
           Sophie Adam a dit : Pareil. Et je sais pas toi, mais j'avais les mains et les pieds super sales.
           Gabriel Tirat a dit : Les pieds j'ai pas fait gaffe. Mais les mains oui, j'ai vu. Dégueu. On aurait dit que j'avais traversé la ville à quatre pattes.
           Sophie Adam a dit : Si ça se trouve on est des loups-garous, héhé.
           Gabriel Tirat a dit : Hein ?
           Sophie Adam a dit : Y'a deux loups dans la ville la nuit et nous on se retrouve à quatre pattes sur le bitume le matin, bizarre non ? :D
           Gabriel Tirat a dit : Flippant oui xD
           Gabriel Tirat a dit : N'importe quoi xD Si ça se trouve c'est juste euh… une forme de pédophile plus malin ou évolué que la moyenne. t'as un problème avec ces messieurs je crois xD
           Sophie Adam a dit : Okay, bah tu sais quoi, je crois que je préférais l'option des loups.
           Gabriel Tirat a dit : Attends une seconde je…
           Gabriel Tirat a dit : OH LA VACHE
           Sophie Adam a dit : Quoi, quoi ?
           Gabriel Tirat a dit : Bon sang de Dieu
           Gabriel Tirat a dit : Je t'explique
           Gabriel Tirat a dit : C'est… C'est genre pas possible… Ils doivent forcément se tromper.
           Sophie Adam a dit : QUOI ??!!
           Gabriel Tirat a dit : Ok en gros, tu vois, me réveiller tout nu par terre c'était pas le plus bizarre.
           Sophie Adam a dit : Sans blague ?
           Gabriel Tirat a dit : J'ai… J'ai croisé une fille qui était censée être morte.
           Sophie Adam a dit : … WHAT ?
           Gabriel Tirat a dit : Je rigole pas. Maud Liret. Ça te dit quelque chose ?
           Sophie Adam a dit : … oui je crois
           Sophie Adam a dit : Attends, c'est… la fille qui est morte avant-avant-hier ?
           Gabriel Tirat a dit : Ouais. Elle ressemblait à la photo, elle avait l'air paumé, elle s'est présentée comme Maud Liret. Et ses habits étaient tout déchirés.
           Gabriel Tirat a dit : Mais c'est pas ça le plus flippant.
           Sophie Adam a dit : ah ouais ? Qu'est-ce qui peut être plus flippant que croiser une fille morte dévorée vive ?
           Gabriel Tirat a dit : Genre, voir qu'ils ont découvert encore un corps aujourd'hui.
           Gabriel Tirat a dit : SON corps.
           Sophie Adam a dit : WHAT ?!!!
           Gabriel Tirat a dit : Ouais, ils l'ont identifiée pour la deuxième fois. Ils comprennent pas. Elle est censée être morte depuis deux bons jours.
           Sophie Adam a dit : Zombie-power
           Sophie Adam a dit : Non sérieux, comment c'est possible ? Tu l'as vraiment vue, VUE ? En pleine forme, genre tout est normal ?
           Gabriel Tirat a dit : Comme je te l'ai dit, à part les habits, ouais. Aucune égratignure. Mais elle était sacrément paumée. Elle… elle n'avait aucun souvenir de la veille.
           Gabriel Tirat a dit : Genre… comme si elle avait pas été là.
           Sophie Adam a dit : C'est impossible
           Sophie Adam a dit : Comme si elle était morte, puis qu'elle était ressortie des Limbespourquoi une majuscule? juste pour se faire bouffer une deuxième fois
           Sophie Adam a dit : Putain de merde
           Sophie Adam a dit : Tu crois que c'était une coïncidence ? Le fait qu'elle soit revenue, et le soir même, BAM ?
           Gabriel Tirat a dit : Je sais pas. Un peu bizarre comme coïncidence, non ?
           Gabriel Tirat a dit : … …
           Gabriel Tirat a dit : Dévorée vive. Ça… C'est tellement horrible.
           Sophie Adam a dit : Ça fait pas un peu comme si elle était revenue pour ça ? Elle se pointe et PAF
           Sophie Adam a dit : Elle crève. C'est… C'est carrément flippant.
           Sophie Adam a dit : WAH PITAING
           Sophie Adam a dit : Je sais pourquoi son prénom me paraissait familier
           Sophie Adam a dit : On se connaissait, à une époque. Maud, toi, et moi. Et d'autres.
           Gabriel Tirat a dit : Comment ça ?
           Sophie Adam a dit : L'été avant la sixième. Réfléchis-y. Ton prénom m'est revenu en tête, celui de Maud aussi. On était sept ou huit gosses, je crois. On jouait ensemble, on se CONNAISSAIT. C'est moi qui ait vraiment une mémoire gargantuesque ou c'est pas normal d'oublier les noms de ces potes d'enfance?
           Sophie Adam a dit : Et comme par hasard
           Gabriel Tirat a dit : Comme par hasard, on se retrouve à ronfler sur la route et pendant ce temps Maud se fait tuer.
           Gabriel Tirat a dit : Deux fois de suite.
           Sophie Adam a dit : Tu penses que ça pourrait être… genre, une malédiction ?
           Gabriel Tirat a dit : Je crois pas à ces trucs-là.
           Sophie Adam a dit : Euh, moi non plus, mais on est face à un cas de double meurtre avec résurrection entre les deux
           Sophie Adam a dit : Je pense qu'on peut limite accuser Bloody Mary ou un spectre du genre.
           Gabriel Tirat a dit : Faut qu'on retrouve les autres.
           Sophie Adam a dit : Ceux qui étaient avec nous cet été là ?
           Gabriel Tirat a dit : Oui. Ceux qui faisaient partie du groupe. Et s'ils se faisaient tuer eux aussi ? Et si y'avait… comme une liste funèbre, comme si on allait mourir les uns après les autres ? Comme dans les films ?
           Sophie Adam a dit : Ouais c'est… C'est totalement flippant. Je vais essayer de me rappeler les autres. Toi aussi. Ou… peut-être sur Facebook… Je sais pas…
           Gabriel Tirat a dit : En tout cas…
           Gabriel Tirat a dit : On a intérêt à respecter le couvre-feu.
           Gabriel Tirat a dit : Y'a comme qui dirait un truc qui bouffe les gens, dehors.







– Cinquième tour. Le soir tombe sur le village. –


           Cette nuit-là, les loups étaient de sortie. Ils arpentaient la ville, truffe au vent. Leurs muscles tremblaient de faim. De longs filaments nacrés s'étiraient dans le sillage de leur gueule. L'un d'eux stoppa soudain, faisant trottiner l'autre, jusqu'à ce qu'il s'arrête lui aussi. Ils goûtèrent l'air doucement ; soudain leurs pupilles s'étrécirent.
           Ils avaient trouvé leur proie.
           Ils filèrent le long de la rue, prirent à gauche, à droite, encore à droite, sans jamais montrer la moindre hésitation. Ils s'immobilisèrent lorsqu'à leurs yeux apparut enfin une ombre humaine, flânant le long du trottoir.
           Les prédateurs se concertèrent du regard, firent un bond de côté et, échine hérissée, rampèrent vers leur proie. Deux longs corps ondulants, fumants dans l'air glacé, se rapprochant insensiblement de la jeune fille.
           Celle-ci se retourna soudain. Les regarda venir vers elle, sans un bruit. Elle s'accroupit  à leur hauteur. Leurs regards se croisèrent, noisette pour elle, or fondu pour eux. Le regard du loup argenté chercha celui de l'autre, sans succès. Le brun était fasciné par la jeune fille.
           Ils la frôlaient, à présent, si près qu'une goutte de salive translucide coula le long de son genou nu. Leurs souffles se firent écho.
           Les yeux de la fille perdirent soudain leur humanité, s'arrondirent, se teintèrent d'éclats verts, de reflets bleus, de lumières inconnues. Elle poussa un gémissement, mais les loups n'attendirent pas davantage.
           La queue basse, ils fuirent loin d'elle, leurs pattes minces martelant le goudron. La faim grondant dans leurs ventres. Ils se fondirent dans les ténèbres, ombres parmi les ombres, alors qu'elle changeait de corps.



(bon comme tu l'as remarqué, je te nique ta mise en forme ^^)
Mais sinon c'est toujours aussi génial.
C'est intelligent, un peu facile en narration grâce au deus ex machina facebook alors que les deux gamin semblent avoir une cervelle de poisson.
Mais j'attaque la suite
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 28 Nov - 18:30

Hey je suis toujours là pour détruire ta mise en forme et pinailler sur des détails
Cornedor a écrit:





– Cinquième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –



          Clara, tête baissée, se traça tant bien que mal un chemin dans la foule de lycéens. Le cœur battant, le souffle court. Craignant à tout instant d'entendre un rire près de son oreille, de sentir des mains agripper cruellement ses cheveux, de vaciller sous un jet d'insultes cibléeshm, ça par contre,ça m'a pas fait rire, et ça rappelle de mauvais souvenirs :/. Ses yeux noisette surveillaient le sol à ses pieds ; la dernière fois qu'elle avait oublié de se tenir sur ses gardes, une jambe tendue l'avait envoyée se casser le nez par terre.
          Bon, bien évidemment, c'était avant. Elle étouffa un ricanement pour elle-même. Ah, la seconde et ses joies… Mais, même s'il n'y avait pas eu d'atteintes à sa personne depuis presque deux années, elle refusait de baisser sa garde. Le cauchemar qu'on l'avait habituée à vivre ne disparaissait pas facilement. Il empreignait encore ses pensées, son corps. je... *va dans le récit et fait un calin plein d'amour à la petite pour lui dire que ça va aller
          Contrairement à ce que les gens croyaient souvent, le pire des harcèlement n'était pas forcément celui qui portait sur un plan physique. Les attouchements, les croche-pieds, les tiraillement de cheveux dans les couloir, les bousculades, celaça elle s'y était vite habituée – on s'habitue à tout, paraît-il. Non, le pire, c'étaient les dégâts psychologiques. Les petites piques enjôleuses qui l'atteignaient en permanence – elle avait parfois encore l'impression de les entendre dans le brouhaha général –, les insultes, les critiques sur son corps, ses notes, son caractère de soumise. Bref. Un immonde amalgame assez dévastateur, qui avait fait d'elle une névrosée. Le genre qui ne pouvait pas traverser deux rues sans fondre en larmes sous le regard des gens. Le genre qui avait une peur panique du téléphone et surtout des gens cachés derrière. Le genre incapable d'aller seulement s'acheter un paquet de pâtes à l'épicerie.
          Est-ce qu'elle se soignait ? Tout était relatif. Disons qu'elle s'imposait à elle-même une thérapie. Une thérapie de la sociabilité. C'étaient ses amis qui l'avaient pour ainsi dire sortie de l'abysse, sans même qu'ils s'en rendent compte. Le dicton "l'union fait la force" était vrai, si vrai. Elle avait appris à relever la tête à leurs côtés. A rire à nouveau. A sourire, simplement. Mais il lui restait encore des progrès. Par exemple… ignorer les rires dans un rayon de cinq mètres autour d'elle. Elle avait trop pris l'habitude de les craindre pour les balayer du jour au lendemain. Même s'il ne lui étaient plus adressés, dorénavant.
          Oui. Clara avait remonté la pente.
          Elle bondit au milieu de ses amies, enchaîna les bises. La cloche sonna déjà et elles entrèrent en classe. Elle aurait tout le loisir de repenser à sa nuit étrange.
          Elle était sortie vers vingt et une heures, ce qui, en plein hiver, s'apparentait au milieuau coeur plutôt, parce que la nuit continuait bien longtemps après de la nuit. C'était comme si la rue était plongée dans l'encre. Les miasmes de ténèbres étaient si épais qu'elle avait failli ne pas les voir arriver.
          Eux, les loups.
          Elle était sortie pour eux. Ignorant le couvre-feu et les deux cadavres sanguinolents qui avaient été retrouvés. Elle ne pensait pas les loups capables d'une telle chose. Bon, elle avait un peu l'impression de tout savoir mieux que tout le monde, aussi ; elle le reconnaissait volontiers. Mais elle voulait les voir, en tout cas. Elle était certaine qu'ils ne l'attaqueraient pas, même en ayant la faim aux tripes. Ils la fascinaient. De fait, tous les prédateurs la fascinaient. Tout ce qui faisait peur aux hommes. Y compris jusqu'aux araignées, qu'elle estimait profondément pour avoir réussi à s'imposer à ce point tout en mesurant un centimètre. Extraordinaire. Malheureusement, elle-même n'avait pas la trempe d'une araignée. Elle était plutôt une petite souris. Discrète, fuyante, pas très jolie. Et martyrisée sans même que les gens s'en rendent compte.
          Bref. Elle s'était accroupie devant eux. Ils étaient venus la voir. Si près qu'elle avait pu sentir leur haleine pestilentielle. Si près qu'une goutte de bave avait coulé le long de son genou froid. Si près qu'elle aurait pu tendre la main et les caresser. Ce qu'elle n'avait pas fait. Les loups n'étaient pas des chienchiens de compagnie et ne devaient pas le devenir, jamais. Ils étaient des prédateurs et devaient le rester.
          Il y avait eu un flash devant ses yeux, et elle avait perdu pied. Aucun souvenirun pluriel serait le bienvenu ici non? à partir de cet instant. Rien. Le néant. Elle s'était réveillée dans son lit, sous le hurlement de son réveil.
          Problème de maths à résoudre.
          Clara grogna et saisit son crayon, mais ce fut juste pour y appuyer son menton.
          Allez, cherche, cherche. Réfléchis.
          Elle fouilla dans sa mémoire, le plus profond possible, là où la barrière de néant – la limite de son inconscient, dixit Freud – accrochait ses pensées et les empêchait d'aller plus loin.
          Laisse-moi entrer. Allez. ALLEZ !!
          Voilà qu'elle se battait contre elle-même, à présent. L'énoncé de mathématiques la narguait toujours, mais elle avait un problème plus important – et plus ardu – à résoudre. Elle gratta délicatement à la surface de sa mémoire, les yeux fermés, se repassant encore et encore le film des dernières secondes où elle avait été consciente. Les loups. Leurs regards. Acérés au début. Puis curieux. Puis… fuyants.
          Ah !
          Elle avait quelque chose. Un changement dans sa propre vision. Les couleurs. Oui. Elle avait vu des couleurs inexistantes. Un camaïeu incroyable qu'elle n'aurait même pas su nommer. Sa vue avait changé. Ainsi que…
          ALLEZ !!
          Une douleur avait éclos le long de ses membres, s'était propagée en rampant sur sa peau. Oui. Elle la sentait presque. Presque, presque.
          Ensuite. Elle avait porté une main à son visage. A son front. Pour sentir sa peau se… se déchirer ?! Une douleur fulgurante…
          Clara se cramponna d'une main à sa table, se pressa le front de l'autre. Elle avait brisé la digue. Les souvenirs ressurgissaient. Elle n'était plus si sûre de le vouloir.
          Et toujours cette vision étrange, chatoyante d'énergies lumineuses, qui se déployait devant ses yeux. Comme si la rue avait été passée au filtre coloré.
          Ses muscles brûlèrent, comme en train de fondre. Elle se retrouva soudain à quatre pattes. Quatre pattes ?! Et sa peau protégée du froid. Elle s'était habillée ? A moins que… la douleur qui s'était propagée sur sa peau…
          Des poils ?
          Un loup ? Etait-elle un loup ? Etait-ce le regard des deux bêtes qui avait déclenché la métamorphose ?
          Clara regardait ses mains tremblantes, posées à plat sur la table. Les imaginant couvertes d'un pelage gris.
          Elle était un loup.
          Elle… elle pouvait chasser. Elle pouvait tuer. Sans le savoir.
          Elle devenait folle, aussi. Ça, c'était une autre possibilité.
          Mais ce n'était pas elle, ni les deux autres, qui avaient dévoré les deux victimes. Ou la victime, selon les versions des rumeurs – c'était complètement absurde. Bref.
          La veille, c'était elle qui avait découvert le corps. Elle, Clara Pailler. Enfin, le cadavre. La chose. Le machin répugnant, informe, qui rappelait à s'y méprendre une énorme boulette de viande hachée. Clara avait porté les mains à sa bouche, avait titubé, et s'était mise à étouffer littéralement. Elle avait glissé au sol, le cœur écrasé par la terreur, les mains crispées sur sa gorge haletante, les yeux pleins de sang, du sang sur ses cils, du sang sur ses joues, du sang sur ses mains. Un voile rouge posé sur ses prunelles.
          Lorsqu'enfin elle avait réussi à aspirer un peu d'air et posé à nouveau ses yeux sur le cadavre, elle s'était relevée, s'était un peu approchée. En composant d'un doigt moite le numéro de la gendarmerie, une drôle d'odeur s'était infiltrée dans ses narines. Pas celle du sang et de la mort, puanteur puissante qui l'avait tout de suite prise aux tripes. Non, celle-là était plus fine, réellement ténue, et il avait fallu qu'elle approche le corps, encore et encore, pour pouvoir y coller une étiquette.
          Soufre. Feu. Cendre.
          Le corps n'avait pourtant aucune trace de brûlure.
          Au sol, à ses pieds, quelque chose accrochait la lumière. Quelque chose de fragile, de translucide, qui lançait des éclats de détresse vers le ciel. Elle s'était penchée, sur ses gardes. Le cœur battant à tout rompre.
          Entre deux doigts, délicatement, elle avait saisi l'écaille. Légère et pourtant si solide, si dure. Aucun serpent, aucun reptile n'en avait de semblables. Elle le savait, elle s'y connaissait. Elle avait tout su des serpents, entre sa période chauve-souris et sa période requins.
          Son esprit fit soudain le lien entre ce qu'elle tenait entre les doigts et ce que ses narines inspiraient.
          Bien sûr.
          Dragon.







– Sixième tour. Le soir tombe sur le village. –


          La nuit était plus glaciale encore que les précédentes. Si froide que le moindre souffle paraissait embraser l'air, si froide que chacun avait l'impression d'héberger un feu entre ses côtes, qu'il ne fallait pas laisser s'éteindre.
          Les rues étaient désertes ; découvrir deux cadavres les avaient vidées je trouve cette phrase maladroite. Ou plutôt, la peur d'en retrouver un nouveau. Désormais, la nuit était seule à s'y promener, flottant sous son long voile de velours, semant des étoiles dans son sillage.
          Pas si seule que cela, finalement. Un téméraire traversait l'allée de sa maison au pas de charge, un sac poubelle gonflé à la main. Ses yeux bleus balayaient les environs avec nervosité, son souffle était court. Mais la vision des barrières dérisoires, dressées autour de l'allée comme pour la défendre de la rue, le rassérénait sans doute.
          Mais défendre de quoi, exactement ?
          Le vent se leva, ébouriffant ses cheveux blonds auxquels il porta la main comme pour les empêcher de s'envoler.
          Sauf qu'il ne s'agissait pas du vent.
          Un deuxième courant d'air, large et puissant, s'enfila à nouveau à travers la rue en bruissant sur les murs comme un spectre errant.
          L'adolescent comprit enfin ce dont il s'agissait. Un long souffle, calme et régulier. Chargé de braises invisibles qui réchauffaient l'air glacé. Le même, finalement, que celui qui visitait ses propres poumons, son propre cœur ; mais le cœur de cette chose, là dehors, n'avait sans doute rien à voir avec les proportions humaines.
          La main du jeune homme s'ouvrit, sans force ; le sac noir s'écrasa au sol dans une explosion de bruit. Ses yeux, épouvantés, élargis sous la force de l'effroi qui s'y trouvait, étaient fixés dans ceux de l'être qui lui faisait face, à l'autre bout de l'allée. Cet être si titanesque que ses côtes puissantes semblaient transformer les murs de béton en découpes de papier.
          Un long frisson parcourut l'humain des pieds à la tête, lui arrachant un gémissement ; lorsque ses yeux se rouvrirent, c'étaient ceux d'un loup.
          Les deux créatures se firent face un long moment ; l'une minuscule, la fourrure ébouriffée par le souffle énorme, l'autre écrasante de force et de masse.
          Devenu proie, le loup se recroquevilla avec un couinement plaintif. PuisC'est faible comme mot pour désigner un truc aussi violent. De la pêche que diable le prédateur passa à l'action.






– Sixième tourtien depuis le début je lis jour alors que c'est tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –


          Léo bondit sur son ami sitôt qu'il l'aperçut dans la foule. Comme à son habitude, ce vieux ronchon de Nathan bougonnait en incendiant du regard ceux qui osaient le toucher ou le bousculer. Non, rectification. Ceux qui le bousculaient, il les criblaient de trous. Toujours avec son regard.
          – Hé, mec, t'as l'air de bonne humeur aujourd'hui !
          Il lui attrapa le bras d'un geste vif et le traîna à sa suite. Ils gravirent l'escalier au pas de course.
          – C'était de l'humour ? grogna Nathan.
          – Comment t'as deviné ? répliqua Léo dans un sourire éclatant.
          – Tu pourrais ralentir un peu ? Tu fais quoi, là, tu essaies de me faire cracher mes poumons avant même d'entrer en classe ?
          – Non, ça, ce serait si tu fumais encore. Là, j'essaie juste de te faire reprendre l'entraînement en douceur.
          – T'es con.
          Un sourire apparut enfin sur son visage, qui laissa derrière lui son air renfrogné. Léo se tourna derrière eux, cherchant quelque chose du regard.
          – T'as perdu un truc ?
          – Non, mais toi oui. Je cherche ton air renfrogné. T'as dû le laisser tomber par terre, tu l'auras pas vu par hasard ?
          Nathan lui flanqua son poing dans l'épaule.
          – Bon, crétin, tu vas m'expliquer ce qu'il se passe, oui ou non ?
          Ils stoppèrent au beau milieu du couloir, et devinrent bientôt deux rochers au milieu du torrent déchaîné des élèves.
          – Fais pas genre, Nat'. Ça fait deux jours, non, trois jours… nan putain ça fait même quatre foutus jours que t'arrives à éviter ce qu'on avait prévu. Je sais pas comment tu fais pour me le faire oublier à chaque fois que j'y pense, mec, mais cette fois tu vas pas passer au travers.
          – De quoi ?
          Mais le regard brun de Nathan était fuyant et son ami comprit l'avoir ferré.
          – Ouf, je t'ai enfin eu. T'es un poisson sacrément difficile, toi.
          – Hein ? Quoi ?
          – Laisse béton.
          Léo attrapa le bras de Nathan et le traîna encore sur quelques pas.
          – Tu vas me laisser tranquille à la f…
          – Dis bonjour, Nat' !
          Léo sourit de toutes ses dents au groupe de filles qui leur faisait face. Rectification, au groupe de pétasses. Houlà, Nathan n'allait pas aimer ça. Pas du tout.
          Celui-ci releva le regard sur la meute de blondes, bouche bée, avant de se tourner vers lui et de le cribler de balles imaginaires.
          – Hey les filles, reprit Léo devant l'absence de salutation de son ami. Hmm… On voudrait… Enfin… Est-ce qu'Elise Loriot est là ?
          Les gloussements de pintades s'interrompirent soudain, pas de virgule iciet un silence lourd de sens tomba sur le groupe. Une grande blondasse au corps de mannequin fit un pas vers eux, leur bouchant la vue.
          – Qu'est-ce que vous lui voulez, à Elise ?
          Sa voix était vive, mélodieuse, et incroyablement… dure.
          – Discuter un peu.
          – Demande refusée, répondit-elle dans un sourire charmant, avant que ses traits ne se crispent. Foutez-lui un peu la paix. Elle en a marre, vous comprenez, marre.
          Léo contempla quelques secondes ce vivant exemple de mère louve.
          – Dégagez, conclut-elle calmement. Ouste. Du balai. cette dégradation dans la violence :rire:
          Elle tourna les talons, entraînant le reste de la meute dans son sillage. Léo tenta d'échapper au regard meurtrier de Nathan. Rectification : au regard gore de Nathan. Il préféra finalement piétiner à la suite du groupe :
          – Elise ! beugla-t-il. Elise ! J'ai le mec qui t'a soigné !
          Sa main pressa le poignet de Nathan comme un étau, et il se mit à la brandir et à l'agiter stupidement au dessus de leur tête.
          – J'ai le mec qui t'a…
          – Tu vas la fermer avant que je te tue ou bien tu préfères que je te coupe la langue ? siffla Nathan en reprenant brutalement possession de sa main.
          Trop tard. Une fille aussi plate qu'une planche à pain, aux jambes semblables à des allumettes et à la longue crinière de paille débarqua devant eux. Ses yeux bleus les regardèrent sous sa frange impeccable. Elle avait l'air de… de vouloir s'enfuir en courant, en fait. Elle détailla Nathan d'un long regard des pieds à la tête – houlà, cette histoire allait mal se terminer, le garçon avait horreur de ces "scanners" comme il les appelait.
          – T'as un problème ? gronda-t-il.
          Elise préféra accrocher ses yeux à ceux de Léo, moins antipathiques.
          – C'est lui, dit-elle dans un filet de voix. C'était… vraiment lui.
          Deux minutes plus tard, leurs fesses posées sur un banc froid et inconfortable, ils reprenaient la conversation.
          – Tu veux bien nous raconter comment ça s'est passé ? demanda doucement Léo.
          – Ok. Euh… il ne se souvient vraiment de rien ? dit-elle avec un coup d'œil furtif vers le garçon aux muscles crispés.
          – A ton avis ? T'as vu sa tête ? Bref. Raconte.
          – J'allais pas loin. Vraiment pas loin. C'est pour ça que je suis sortie, en fait. Une amie à deux rues de chez moi. Je marchais toute seule, y'avait la lumière des réverbères alors j'avais pas peur. Et puis j'ai entendu une sorte de bruit, le genre imperceptible, vous voyez ?
Léo jeta un coup d'œil rapide à son ami, espérant que l'usage de ce mot rehausserait Elise à ses yeux. Ce n'étaient pas toutes les poufs venues qui utilisaient "imperceptible". Cela dit, une autre voix en lui se dit que normalement, un bruit imperceptible était justement imperceptible, or elle l'avait visiblement perçu.
          Bref. Ce serait bien s'il arrivait à se concentrer sur l'essentiel, aussi.
          – Donc voilà, je me suis retournée, c'était le silence total, il faisait très sombre dans les coins. J'ai commencé à flipper carrément, du coup j'ai couru. Et puis j'ai entendu le bruit des pattes sur le goudron – j'ai un chien, j'ai reconnu le cliquetis des griffes –, j'ai couru plus vite, mais trop tard, le premier loup s'était jeté sur mes chevilles. Je me suis explosée par terre, de tout mon long, j'ai voulu hurler sauf que mon souffle était bloqué dans ma gorge, il m'agrippait la cheville droite, avec ses crocs je veux dire, ça faisait un mal de chien, et il tirait l'enfoiré, il secouait la gueule pour me déchirer les tendons.
          Le souffle de la jeune fille s'accélérait ; ses yeux étaient toujours plongés dans cet entre-deux voilé, entre le présent et les souvenirs. Entre la vie et la mort.
          – Là j'ai eu un putain de gros sanglot, ça faisait un mal de chien – oups, je l'ai déjà dit – et j'ai commencé à flipper, encore plus je veux dire, parce que je me demandais où était l'autre.
          – L'autre ?
          – L'autre loup, répondit Nathan à la place de la fille.
          Sa voix était renfrognée mais il l'invita à poursuivre d'un hochement de tête. Elle le remercia d'un regard.
          – Et là je l'ai vu, l'autre, il s'approchait furtivement de ma tête. Je crois qu'il visait ma gorge. Là j'ai voulu hurler à nouveau, sauf que j'ai lâché une espèce de couinement ridicule. Et là, tu es arrivé.
          Nathan leva les yeux au ciel sans répondre.
          – Je te jure que c'était toi. Exactement toi. T'avais une vraie tête de zombie, d'ailleurs. T'as rien dit, c'était le silence complet, mais en te voyant les loups ont grondé, celui qui me mordait la cheville m'a lâchée,suspension plutôt et ils se sont enfuis.
          – Trop badass, conclut Léo.
          – Et là, j'ai essayé de me redresser sauf que ça faisait un putain de mal de chien…
          – Troisième fois, dit Nathan. mais quel sale con :rire:
          – Je sais, ça va hein. Bref, j'étais clouée au sol, ma cheville était genre déchirée, y'avait des litres de sang au sol. J'ai cru que j'allais m'évanouir, mais là tu t'es approché, tu t'es mis à ma hauteur, et tu as posé les mains juste au dessus de la blessure.
          – Et ?
          – Il y a eu comme une sensation de chaleur, de brûlure même, et j'ai senti la plaie se refermer, les tendons se reconstruire, la peau cicatriser à la puissance dix. Et quand j'ai touché, y'avait plus rien. Rien du tout.
          Léo adressa un clin d'œil à Nathan.
          – Une sensation de brûlure, mon pote, répétait-il d'une voix triomphante. De brûlure. Genre, comme tes mains, tu piges ?
          Le garçon leva ses paumes devant ses yeux, mais c'était inutile ; la peau était comme neuve. Elle avait guéri depuis longtemps.
          – Je sais pas ce qu'il s'est passé, Nathan, dit Elise en butant sur le prénom, mais je peux te jurer que c'était toi. Possédé peut-être, mais toi.
          Nathan leva les mains en signe de reddition.
          – Ok, ok, j'avoue, j'aime arpenter les rues la nuit en mode zombie. Que voulez-vous, c'est mon péché mignon.
          Léo lui envoya une bourrade ; il retrouvait enfin son ami.
          Le regard gris-bleu d'Elise hésita, oscillant entre ses amies qui l'observaient de loin et les deux énergumènes postés sur le banc à ses côtés.
          – Ecoutez, dit-elle enfin. Comme vous avez l'air concernés, je vais vous dire un truc. Un truc, genre, encore plus bizarre.
          Les deux adolescents échangèrent un regard.
          – Oui ? fit Léo, surexcité.
          – J'ai des visions.
          – Euh…
          – Je savais que ça allait arriver. Enfin, j'avais vu Nathan en train de soigner quelqu'un au nez des loups, mais je savais pas que ça allait être moi…
          Nathan semblait tout prêt à lâcher son devenu culte "Jésus est de retour" , mais Léo lui faucha vite l'herbe sous le pied :
          – Tu l'as vu… quand ?
          – Au début de la nuit. J'ai failli m'endormir, et là j'ai eu la vision. Deux heures plus tard, le truc arrivait en vrai.
          – C'est un truc de dingue…
          – Mais c'est pas tout, reprit la jeune fille dans une inspiration décidée. J'ai des visions toutes les nuits.
          – Attends attends, intervint Nathan, des visions sur moi ? le mec qui s'enflamme direct avec des idées sales ^^
          – Non, non. Je t'ai vu seulement la nuit même. Ça change à chaque fois. J'ai vu… (Sa voix baissa jusqu'à frôler le silence.) Une autre nuit, j'ai vu des ados se transformer en loups.
          Silence radio du côté des deux garçons.
          – Vous savez, les deux loups, personne ne sait d'où ils viennent ni où ils se cachent la journée. Il y a un garçon et une fille. Un blond aux yeux bleus, et une fille aux cheveux courts, bruns, et aux grosses lunettes.
          – Attends attends, reprit Nathan, laissant son air renfrogné définitivement derrière. Tu veux dire que t'as vu, genre, des loups-garous ?
          – Un truc de dingue, répétait Léo. Un putain de truc de dingue.
          Elise balaya les environs de son regard traqué, puis se mit à parler très vite.
          – Je vous jure ! Ils sortent dans la rue, ils commencent à longer le trottoir en mode zombie, et après ils ont une espèce de… frisson… répugnant, qui réorganise tout leur corps. Après ce sont des loups qui vagabondent à travers la ville…
          Devant le silence des deux garçons, elle reprit vite :
          – Je deviens folle, je deviens folle…
          – Calme-toi, calme, intervint Léo. On va faire un truc simple pour vérifier ce que tu dis, ok ? Dis-moi la couleur des loups que tu as vus dans ta vision.
          – Leur couleur ? (Elle plissa les yeux.) La fille est devenue un loup gris, gris argent, et le blond un loup aux poils plutôt marron.
          Léo n'eut pas besoin de lui expliquer, elle avait déjà compris.
          – Ce sont les couleurs des vrais loups, ajouta-t-elle lentement. Donc ma vision est vraie.
          Léo se tourna vers Nathan d'un bond.
          – Jackpot, mon pote, il est en train de nous arriver une aventure de malade !
          – Une aventure qui peut tous nous faire tuer, tu veux dire, grogna le garçon.
          Trop tard, Léo s'était déjà retourné vers Elise.
          – Et à part les loups, t'as vu autre chose ?
          Elle respira à fond.
          – Une autre nuit, j'ai vu… ok, vous promettez de ne pas rire ?
          Ils secouèrent la tête à l'unisson.
          – J'ai vu une fille se transformer en licorne.
          Silence radio. A nouveau.
– Elle était face aux loups, normale. Elle n'avait pas peur d'eux. Elle était à la limite de les caresser. Et puis ses yeux se sont agrandis, ils ont pris une couleur étrange, une sorte d'indigo pâle, ses… oreilles se sont étirées, ses cheveux sont devenus blancs… un pelage argenté a poussé sur sa peau… une corne s'est construite sur son front. Une corne.
          On aurait pu entendre une mouche voler. Les adolescents se concertaient du regard.
          – Je plaisante pas, dit timidement Elise. C'est ce que j'ai vu.
          Léo retrouva sa voix.
          – Ok, euh… A quoi ressemblait la fille ?
          – Des cheveux roux, très longs, une peau très blanche pleine de taches de rousseur. Euh… après… je sais pas, normale. Des yeux marron clair, d'après ce que j'ai pu voir.
          – Avant qu'ils virent au violet.
          – Exact.
          Léo poussa un long sifflement admiratif.
          – Ces putain de visions.
          – Et qui d'autre ? demanda Nathan.
          – Cette nuit, je veux dire aujourd'hui… j'ai vu l'un des loups se faire tuer.
          – Hein ?!
          – Le garçon.
          – Attends, ils se bouffent entre eux maintenant ?
          – Non. Attendez.
          Elise eut un regard furtif vers le sol.
          – La première nuit, vous savez, la toute première, celle où la fille a été tuée.
          – Oui…
          – J'ai vu ce qu'il s'est passé. C'était ma première vision.
          Les garçons grimacèrent de concert.
          – Ouille.
          – Elle était terrifiée. Mais cette nuit-là, j'ai pas réussi à voir ce qui l'attaquait.
          Elle fit une pause.
          – Ben, c'étaient pas les loups ?
          – Non, trancha-t-elle et ses yeux perçants poinçonnèrent les leurs. Les gars, écoutez-moi bien, les loups n'ont fait aucune victime jusqu'ici. Sauf la fois où ils ont failli m'avoir. Mais c'est tout. Les deux meurtres, et même le troisième de ce matin, c'était… autre chose…
          – Quoi ?
          – C'était quoi ?
          Elle se leva du banc et attrapa son sac.
          – Quelque chose d'énorme. De vraiment énorme. Et qui… ne devrait pas exister.
          Elle s'éloigna au pas de charge, les plantant là. cette fille est officiellement une allumeuse. J'espère qu'elle a honte.





Bon
j'ai eu plusieurs larmes au début, tu décrit une réalité qui est encore douloureuse dans ma mémoire. Mais c'est bien décrit, d'une façon presque optimites.
L'histoire avance vite, mais pas trop. Comme d'habitude, il y a quelques erreurs de ponctuation, mais beaucoup moins qu'à un moment tu t'es vraiment amélioré sur ce point là.
C'est toujours aussi génial
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 28 Nov - 18:30

Et je continue de mettre mon nez là ou il faut pas
Cornedor a écrit:


               Le mouton attire le meurtre sur lui et peut ressusciter deux fois au cours de la partie. A la fin du Sixième tour, le mouton a déjà été tué deux fois. Il lui reste une vie.
               La sorcière possède le pouvoir de sauver une fois et de tuer une autre fois. A la fin du Sixième tour, elle a déjà sauvé quelqu'un. Il lui reste donc le pouvoir de tuer.
               La voyante a le pouvoir d'espionner quelqu'un chaque nuit et donc de découvrir son rôle.
               Celui qui parle aux loups a le pouvoir d'échapper aux loups en détournant leur attaque sur quelqu'un d'autre. A ce stade de la partie, il n'a pas encore utilisé son pouvoir.
               Les loups sont ici une paire et se concertent certaines nuits afin de dévorer un villageois. A la fin du Sixième tour, l'un d'eux a été tué ; ils n'ont encore mangé personne, l'une de leur proies ayant été sauvée.
               Le dragon a le pouvoir de tuer n'importe qui, loup ou villageois, lors des nuits où il se réveille. Si sa proie lui échappe, il a le pouvoir de brûler son sauveur afin de le marquer. A la fin du Sixième tour, il a tué trois fois mais n'a marqué personne.
               La licorne peut sauver les victimes des loups, et peut se sacrifier pour sauver une victime du dragon. Seul le dragon peut la tuer. A ce stade de la partie, elle a échappé aux loups grâce à son statut, mais n'a encore sauvé personne.


merci de ce résumé








– Septième tour. Le soir tombe sur le village. –



               Le loup argenté tourna longtemps dans les rues, baigné par la lumière de la lune. Attendant son compagnon… mais celui-ci ne vint pas. Après un hurlement mélancolique, la bête restante fouilla l'air de ses narines avides. Une faim intense se tordait dans son estomac, lui pressant les boyaux, faisant trembler ses pattes maigres.
               Cette nuit, il fallait que la louve mange.
               Elle parcourut les rues en trottinant, ignorant les quelques adultes postés sur le pas de leur porte, qui scrutaient les ténèbres de leurs yeux aveugles. Elle aurait peut-être pu les tuer et se régaler de leurs corps. Mais ce n'était pas eux qu'elle cherchait. Ils ne faisaient pas partie du jeu, n'en suivaient pas les règles. Non, elle avait une victime bien précise en tête, son odeur imprégnait encore ses sinus.
               Lorsqu'elle trouva la maison, elle se posta derrière un buisson, non loin de l'entrée. Elle savait que la proie allait sortir. Elles sortaient toujours lorsque la mort les appelait, malgré la peur, malgré ce stupide couvre-feu. Alors, la louve attendit. Cette fois, sa proie ne lui échapperait pas.
               La porte s'entrouvrit enfin, découpant un rectangle de chaleur lumineuse dans le noir, comme une porte ouverte sur un autre monde, autre que la nuit glacée. Une silhouette s'y découpa, et le prédateur se ramassa, prêt à bondir.
               La jeune fille était dégingandée, plantée sur des jambes ridiculement maigres. Un grondement naquit dans la gorge de la louve, tout doux. Pas grand-chose à manger sur cet échalas, mais elle s'en contenterait.
               L'adolescente fit quelques pas dans l'allée, cherchant quelque chose dans le noir que ses yeux curieux ne pouvaient percer. La louve contracta chacun des muscles de son corps, tremblante de fièvre et de faim.
               Elle bondit en silence lorsque la porte se referma derrière l'humaine, ses crocs d'ivoire visant la gorge.







– Septième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –



               Quatre meurtres.
               Nathan, sourcils crispés, une main fatiguée posée sur son front, fixait la télévision. Pourquoi cette idiote de fille était-elle sortie ? Ça ne lui avait pas suffi, la première fois ? Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?
               La vidéo passait en boucle aux informations. Prise par un caméraman consciencieux lors de la découverte – médiatisée – du corps, on y voyait Elise Loriot, bouche ouverte sur un cri silencieux, les yeux voilés. Un sourire sanglant déchirait sa gorge béante. D'après les experts, elle avait été égorgée avant d'être dévorée – c'était déjà ça, se dit Nathan, dégoûté. Les vertèbres de la nuque avaient été brisées sous la force de l'attaque. Le loup n'avait pas raté son coup, cette fois. Il s'était nourri des chairs fines de ses bras et de ses jambes, sans oublier le buste. Il avait laissé les viscères là où elles étaient. Les os blancs, parfaitement nettoyés, lançaient des éclats durs vers la caméra. Des lambeaux de chair s'enroulaient désespérément autour des nerfs encore intacts. La seule partie de l'anatomie qui n'avait pas été un tant soit peu boulottée, c'était le visage. Comme si le loup avait voulu qu'on reconnaisse sa proie.Mais, les caméras ont pas le droit de filmer les corps. Ils peuvent diffuser des photos des victime et des baches poser sur les cadavres. Mais la déontologie réprouvent de diffuser des images choquantes sauf en cas de guerre.et de reportages documentaire
               C'était tout bonnement répugnant.
               Mais il y avait pire. Cette manière de donner la mort, de se nourrir, avait confirmé les visions d'Elise que Nathan n'avait pas voulu croire : la chose qui avait tué les deux précédentes victimes n'était pas un loup. Ou les trois précédentes victimes…
               Il y avait ça, aussi. Quatre meurtres, mais trois victimes seulement. Maud Liret avait été tuée deux fois. Et de la même manière. Personne n'y comprenait rien.
               Et cette méthode étrange. Le loup s'était peut-être attaqué seul à une humaine, en pleine ville, ce qui était totalement contraire à l'ordinaire ; mais au moins, il s'était nourri comme un loup. En revanche, personne n'était capable d'identifier la chose "qui ne devrait pas exister", dixit Elise. Nathan la croyait, à présent. Aucun expert animalier n'avait pu trouver d'équivalent plausible. Les corps avait été coupé en deux comme par une gigantesque mâchoireen général, il faut deux mâchoires pour découper^^. Mâchouillés. Dissoutseuh... pas de t non? par une salive acide. Et recraché. Les cadavres avaient perdu près de cinquante pour cent de leur masse originelle. Une façon de se nourrir qui n'était pas naturelle, ou en tout cas, pas connue.
               Nathan n'y comprenait rien. Admettons que la bête ait été titanesque, elle aurait eu tout le loisir d'avaler sa proie et de la digérer tranquillement. Au lieu de ça, elle privilégiait un mode opératoire qui permettait de rendre l'identification possible. Difficile, mais possible. Tout comme le loup, à une autre échelle. Celui-ci faisait figure de caniche à côté du meurtrier bestial.
               Les gens commençaient à se demander si les premiers meurtres n'étaient pas ceux d'un être humain. Il y avait sûrement des gens assez tordus pour faire une chose pareille. L'assassin mystère avait dû lâcher deux loups afin de camoufler ses crimes, mais à présent que les deux bêtes, sans doute affamées, avaient frappé, il se retrouvait sous les feux des projecteurs. En quelque sorte.
               Nathan ne croyait guère à cette théorie. Il avait confiance en Elise Loriot. Il aurait dû le lui dire de son vivant. Il croyait à ses visions, à présent. La mort de la jeune fille les avaient rendues plus réelles, comme si c'était le seul héritage qu'elle leur laissait. ce qui est dommage, c'est que le gamin semble pas choqué, il panique pas rien. C'est dommage, il pense comme un commisaire fatigué qui a vu trop d'horreur
               Il se serait flanqué des baffes. Il aurait dû lui demander si elle avait vu la première jeune fille, Maud Liret, se faire bel et bien tuer deux fois. Mais c'était trop tard, à présent. Il était seul avec ses questions. Triple buse, stupide connard. Il frappa sa nuque contre le dossier du divan, à plusieurs reprises. Stupide. Stupide. Mais, trop mou, le canapé ne lui apporta aucune satisfaction.
               Son portable sonna, vibra plutôt, faisant trembler la table sur laquelle il était posé. Il s'étira comme une larve, jusqu'à pouvoir y poser la main.
               – Allô, Léo ?
               – Ouais, 'lut. T'as vu les infos ?
               – Je suis devant.
               – T'as vu ce putain de massacre.
               – Clair. Mais c'est mieux que le truc inconnu qui a bouffé Maud Liret deux fois de suite.
               – J'avais une théorie à propos de ça.
               – J't'écoute.
               – Je parierais sur un T-Rex.
               Nathan laissa sortir un long soupir de sa gorge.
               – T'es un marrant, toi.
               – Je sais. Ce truc n'existe pas. Ou plus. Mais tu te souviens de ce qu'elle a dit, non ?
               – Quelque chose qui ne devrait pas exister, je sais.
               – Et bah voilà. T'as pas vu Jurassic Park ?
               – Si, et avec toi d'ailleurs. Mais c'est de la fiction, mec.
               – La réalité dépasse la fiction, de nos jours, répliqua Léo d'une voix docte.
               – Mais écoute crétin, on l'aurait vu non ? On aurait vu un tyrannosaure galoper dans la rue, tu crois pas ?
               – Calme, mon pote. Les prédateurs savent se faire discret.
               – Et la journée, il se cache où ?
               – Euh… J'y avais pas pensé.
               Il y eut soudain un grand silence à l'autre bout du fil.
               – Léo ? T'es là ?
               – Nat', Nat', je crois que j'ai mis le doigt sur un truc énorme !
               – Tu ne…
               – Oh putain ! Tu te souviens de ce qu'a dit Elise hier ? Elle a vu que les loups étaient en fait des gens. Des humains.
               – Ouais.
               – Que c'était pour ça que personne ne les voyait le jour.
               – Ouais.
               Deuxième silence, mais cette fois, Nathan le partageait.
               – Putain Léo…
               – Ça y est, tu penses à la même chose que moi ?
               – Humain la journée, monstre la nuit ?
               – Yeah.
               Troisième silence, instauré par Nathan. Consterné.
               – Cette ville est devenue complètement folle.
               – Qu'est-ce qu'on fait, du coup ?
               – Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, sérieux ? On sait même pas qui c'est, ton T-Rex.
               – On pourrait le déterminer.
               – Ah ouais ? Sors ta baguette magique, Harry Potter.
               – Ecoute. Y'a forcément un lien entre tout ça, les loups, le T-Rex-machin-chose, les victimes, nan ? Tu vas pas me dire que c'était une coïncidence si on a retrouvé deux fois le corps de Maud et si Elise a manqué se faire buter deux fois elle aussi ?
               – De quoi tu…
               – Tu penses pas qu'il y avait d'autres gens dans les rues, hein ? Y'en avait forcément. Pourquoi ça tombe toujours sur des ados ? Toujours des gens de notre âge. Même les loups, à en croire Elise, étaient des jeunes. Ça fout les boules, non ?
               – Je vois toujours pas…
               – Y'a un lien entre tous ces gens-là, c'est sûr.
               – Si tu le dis.
               – Et… où est-ce qu'on peut voir les liens entre les gens, mmh ?
               Même à travers les échos métalliques du téléphone, Nathan retrouvait la nuance maligne de sa voix.
               – Euh… sais pas.
               – Sur Facebook, idiot.
               – J'ai pas Facebook.
               – Je sais. Tu boycottes à peu près tout ce qui contient le mot "social". Mais moi je l'ai. Et imagine. Si on parvient à trouver des gens liés à l'affaire, à ceux qui sont morts…
               – Putain Léo, sur ce foutu réseau les gens ont à peu près trente millions d'amis, tu crois vraiment que tu vas arriver à tous les filtrer pour déterminer qui va se faire tuer la nuit prochaine ?
               – Haha, la blague. Trente millions d'amis. C'était voulu ? j'ai rit. J'ai honte
               Silence.
               – Ok, c'était pas voulu. Euh, je dirais… Voyons déjà si les victimes ont des liens entre elles, ok ?
               Nathan ébouriffa ses cheveux noirs d'une main, suivit des yeux une mouche égarée.
               – C'est ton boulot. Moi je végète sur mon canapé.
               – Nan, toi tu cherches sur le Net pour trouver une foutue créature capable de pré-digérer ses victimes avant de les recracher joliment. Ok ?
               Nathan poussa un grognement.
               – Ok. Même si je vais rien trouver.
               – Et moi, je cherche des infos sur ces gens-là : Maud Liret, Gabriel Tirat, Elise Loriot.
               – Mec… Tu crois pas que ce serait plus simple de rester bien tranquillement chez nous et de nous enfermer à double tour pendant la nuit, non ?
               – Plus simple, oui. Mais t'as pas envie de connaître le fin mot de l'histoire ? Allez. Ose me dire ça.
               Quelques secondes passèrent.
               – Bon, capitula Nathan. Ok, ça marche.
               Sitôt les mots arrivés à l'oreille de Léo, celui-ci raccrocha. Nathan s'étira, éteignit la télévision tout juste bonne à repasser les mêmes séquences en boucle. Il allait se lever lorsque quelque chose éclata dans son esprit, comme une bulle de savon. Libérant des souvenirs.
               Il attrapa le portable et rappela Léo. Celui-ci décrocha directement.
               – Quoi, laisse-moi deviner, ton ordi est mort.
               – Non. Tu…
               – Bon, alors tu viens de t'exploser l'orteil dans ta table basse.
               – Non.
               – Ou sinon tu…
               – Putain, Léo ! Ferme-la et écoute-moi, tu veux ? Je me souviens d'un truc. T'as bien dit Gabriel Tirat, tout à l'heure ?
               – Ouais. La deuxième victime. Enfin, troisième. Enfin, ça dépend de comment on voit les ch…
               – Stop, ok. Je… je crois qu'on le connaît.
               – Hein ?
               – Enfin, qu'on le connaissait. Quand on était petits. Tu te souviens pas ? En primaire, on était toujours fourrés ensemble, lui, toi et moi. *déprime et va acheter un cerveau aux gens*
               – Ah ouais ?
               Le garçon put presque entendre pédaler les neurones dans le cerveau de son ami.
               – Ah bon, conclut finalement Léo.
               – Ok. Tu as une mémoire de merde, je te l'ai déjà dit ?
               – Plein de f…
               – Bref ! Donc tu vois, tu as un lien, là, déjà. Entre lui et nous. Lui et moi.
               – Mais en quoi…
               Nathan, exaspéré, laissa échapper un long soupir qui s'étira lentement jusqu'à l'autre bout du fil.
               – Mec. Je suis lié à ces trucs, non ? J'étais sur les lieux. J'ai fait fuir les loups et guéri Elise.
               Une once de culpabilité lui serra le cœur à ce nom. Il grogna.
               – Donc voilà. Fais tes recherches.
               Il y eut un silence surexcité avant que Léo ne raccroche :
               – Good game on dit g g. on développe pas les acronyme, trop compliqué. Mais là wp irait mieux. soit well played, mon pote !





J'ai rien à redire.
c'est presque parfait.
Le style, l'histoire, le suspens. Il manque un peu d'émotions. Un peu de "OMG et si je crève, maman, on déménage". Mais c'est bien
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup    Sam 28 Nov - 18:31

Cornedor a écrit:




– Huitième tour. Le soir tombe sur le village. –



           Une nouvelle nuit parcourait les rues, semant les ténèbres dans le sillage de son voile glacé. Celles-ci se répandirent entre les murs, plongeant la ville dans l'encre. Une fois l'obscurité établie, le silence s'épaissit, jusqu'à devenir plus présent qu'un personnage de chair et de sang. Le décor était posé.
           Un adolescent aux cheveux noirs ébouriffés, aux yeux pleins de colère refoulée, faisait les cent pas dans la rue. Pareil à un jeune lion à la sombre crinière, il allait, venait. Allait et venait à nouveau. Puis recommençait. Rien ne le retenait dans le froid de la nuit ; tout l'attirait à l'intérieur, là où une tendre lumière apprivoisée illuminait les vitres. Il lança un regard mélancolique vers celle de sa chambre, aveugle. Lui-même ne savait pas bien ce qu'il faisait là. Tout se mélangeait sous son crâne, ses propres pensées, ses propres envies, et puis ce qu'il devait faire, ce qu'il fallait faire pour que le jeu continue. Car jeu il y avait, jeu de vie et de mort auquel on ne pouvait échapper. Il venait de le découvrir, à ses dépens.
           – Putain ! rugit-il soudain.
           Il leva les poings vers le ciel en signe de défi, puis, après un dernier regard blessé à la vitre de sa chambre, fit volte-face en grognant. Et recommença à marcher.
           Il comprenait à présent ce qui avait poussé Elise Loriot hors de chez elle. Il était piégé. Fait comme un rat. Il espérait juste qu'ils viennent vite, et qu'ils fassent leur affaire. Mais dans ses yeux luisait le défi, il se battrait, oh que oui, il n'allait pas se laisser faire.
           Chacun des muscles de son corps se tendit, se crispa, lorsqu'il entendit enfin un léger trottinement, au loin. Le prédateur arrivait, et il ne se pressait pas.
           Ils se firent face un instant, défi pour défi, et l'adolescent fronça un sourcil en découvrant un unique loup ; il fit volte-face dans la crainte que le second ne vienne l'égorger par derrière, mais rien ne vint.
           – Alors, comme ça t'es tout seul.
           Le loup dressa les oreilles. Les poils argentés semblèrent attraper les rayons de lune avant de les lancer vers le jeune homme.
           – Oh là là, ce regard de chien battu, minauda celui-ci. T'es pas grand, en fait. Vas-y, essaie un peu pour voir. On verra bien qui sera le plus fort…
           Le loup se ramassa sur lui-même, puis bondit.
           – Non !
           L'adolescent fut projeté sur la droite ; lorsqu'il se tint à nouveau sur ses pieds, il vit la fille, une jeune fille aux longs cheveux roux et à la peau lunaire, dressée là où il se tenait auparavant. L'impeccable trajectoire du loup fut stoppée à l'instant où il allait la tuer ; un couinement jaillit de sa gueule et son corps se tordit d'un coup sec, comme s'il venait de se prendre une vitre de plein fouet.
           Il s'écrasa à terre ; glissa jusqu'aux pieds du garçon qui le fixa d'un air ahuri. Celui-ci releva ensuite son regard presque vert sur la fille, dressée vers la lune, splendide de majesté, dont les yeux baissés poinçonnaient le loup. Celui-ci se remit sur pieds d'un coup de reins, s'ébroua. Quelques gouttelettes de sang giclèrent dans l'air, dévoilant la longue écorchure que lui avait infligé le goudron. Puis la bête couina à nouveau et, tournant les talons, s'enfuit dans les rues.
           Les deux jeunes gens échangèrent un regard muet. Saisi pour lui, résigné pour elle. Puis elle se recroquevilla dans un sanglot, porta une main à son visage comme pour arracher la peau de son front, et, tétanisé, il remarqua que sa peau si blanche était en réalité couverte d'un fin pelage. Si ras qu'il en paraissait invisible. Un long frisson secoua la jeune fille, il voulut faire un pas pour l'aider mais recula, terrifié, lorsqu'une petite corne perça le front immaculé.
           – Va-t-en, grogna la rouquine.
           – Mais je… dit-il sans réfléchir.
           – Tu veux que je te bouffe ou quoi ?! Je suis un loup !
           Elle s'agrippait pour ne pas perdre conscience, pour ne pas sombrer. Mille et une lumières inconnues papillonnèrent dans ses iris, devenus immenses.
           – Ok, capitula-t-il.
           Un regard vers sa chambre, chaude et sécurisante, le poussa à faire quelques pas loin de la fille. Il lui porta pourtant un long regard acéré, avant que l'épuisement ne le gagne. Il s'endormirait bientôt et oublierait, il le savait.
           – Ok, répéta-t-il comme pour s'en convaincre. Mais je te dis une chose.
           Elle glissa un œil vers lui entre ses doigts crispés. Il trancha, tout en s'éloignant dans un rêve brumeux qui rendait ses membres gourds :
           – Toi, t'es pas un loup…










– Huitième tour. Le soleil se lève, les villageois se réveillent. –



           Sophie, transie de froid, se réfugia chez elle avant de claquer la porte d'un geste sans appel. A présent que la matinée de cours était terminée, elle allait pouvoir sécher le sport de l'après-midi et réfléchir à la nuit précédente.
           Elle grimpa l'escalier quatre à quatre, se laissa tomber à plat ventre sur son lit et serra contre elle Nounours, sa peluche bien-nommée qui tombait pour ainsi dire en lambeaux. Ses yeux gris acier plantés dans les billes sombres de l'ours, elle attrapa son ordinateur portable à tâtons et le tira devant elle. Une fois Nounours confortablement installé, elle alluma la machine. Sa seule priorité depuis quelques jours, depuis qu'elle avait pris contact avec Gabriel, c'était Facebook. Sans oublier Elise.
           Tous deux morts à présent.
           Plus tard, les larmes, plus tard. Elle se frotta les paupières d'un geste rageur, accéda à son compte. Deux conversations se déployaient devant ses yeux, celle avec Gabriel, celle avec Elise. Elle commença par relire la fin de la première, le cœur tordu de mélancolie. Ces mots dataient du soir même de la mort du garçon.

           Sophie Adam a dit : Bon alors, t'as trouvé quelqu'un ?
           Gabriel Tirat a dit : Euh… et toi ?
           Sophie Adam a dit : Une fille s'appelait Elise. L'autre Clara. Sans oublier Maud, mais bon, Maud est déjà… bref. Et devine quoi ?
           Gabriel Tirat a dit : Quoi ?
           Sophie Adam a dit : Elise, je parie que c'est Elise Loriot, celle qui s'est faite attaquer mais qui s'en est sortie, là. Y'a quelques jours.
           Gabriel Tirat a dit : Ah oui, pas bête… Tu l'as contactée ?
           Sophie Adam a dit : Lui ai envoyé une demande en ami, espérons qu'elle réponde vite. Pour celle qui s'appelait Clara, je me souviens juste d'une petite rousse, mais j'ai aucune idée de son nom de famille, ça te revient pas, par hasard ?
           Gabriel Tirat a dit : Non… mais… peut-être qu'elle est restée amie avec cette Elise ?
           Sophie Adam a dit : Déjà regardé. Bon, et sinon, et toi alors, t'as retrouvé des noms ?
           Gabriel Tirat a dit : Euh… non.
           Gabriel Tirat a dit : En fait je me souviens de leur tête, pas de leur nom. Ça craint, j'étais super ami avec deux mecs. Un brun susceptible, aux yeux verts, et un aux cheveux châtains, au nez pointu, toujours à faire des blagues.
           Gabriel Tirat a dit : J'ai beau fouiller dans ma mémoire, c'est comme si tout ça s'était envolé…
           Sophie Adam a dit : Ah là là
           Sophie Adam a dit : Quel inutile, ce type
           Sophie Adam a dit : Je rigole. Bon, passe une bonne nuit, et souviens-toi :
           Gabriel Tirat a dit : Reste chez toi, je sais, je sais. :3
           Sophie Adam a dit : Voilà :3
donc
les deux gamins admettent être des assassins. Mais c'est tout... rien de plus... je... ils peuvent pas s'enfermer dans une cage la nuit? NON?

           La conversation s'arrêtait ici, à vingt-trois heures dix. Quatre heures plus tard, Gabriel se faisait tuer. Il était sorti.
           Sophie souleva ses lunettes d'un doigt et essuya la larme qui coulait le long de son nez. Puis elle relut la conversation avec Elise. Histoire d'en rajouter.
           Elle eut un regain d'énergie lorsqu'elle se rendit compte qu'avant de mourir, le soir même, la jeune fille avait ajouté des messages, qui n'avaient pas été lus par Sophie. Le cœur de celle-ci battait à tout rompre sous le poids de la culpabilité. Elle avait ignoré les dernières questions, les dernières paroles d'Elise…

          Elise Loriot a dit : Sophie
           Elise Loriot a dit : Il faut que je te dise… C'est la dernière occasion que j'aurai…
           Elise Loriot a dit : Je t'ai vue dans une vision, il y a quelques jours. Ainsi que Gabriel. Je ne voulais pas vous le dire… mais… bref. Tu m'as dit que vous vous étiez réveillés nus en plein milieu de la rue.
           Elise Loriot a dit : Je sais pourquoi…
           Elise Loriot a dit : Vous êtes des loups
           Elise Loriot a dit : Je te jure, c'est ce que j'ai vu. Vous sortez de chez vous à la tombée de la nuit, certaines fois ; vous changez de corps. Tu deviens un loup argenté, et Gabriel un loup brun.
           Elise Loriot a dit : Je suis désolée…
           Elise Loriot a dit : Mais, il faut que je vous dise que vous n'avez tué personne pour l'instant. Ce qui a tué Maud Liret deux fois de suite, c'était pas un loup. Quelque chose de bien plus terrible.
           Elise Loriot a dit : Et… Pour Gabriel… lui aussi a été tué par cette chose. Malgré le fait qu'il soit un loup. En même temps, pour ce machin, loup ou homme on est tous des proies.
           Elise Loriot a dit : Alors voilà… méfie-toi. Tu peux tuer mais également être tuée…
           Elise Loriot a dit : Je suis désolée… Si seulement j'avais plus de temps…
           Elise Loriot a dit : Mais vu que t'es pas là, il va falloir faire avec… la fille elle a une sérénité qui est impresionnante. Pourquoi elle a pas essayé de courir?

           Sophie fit une pause dans sa lecture. Se heurta au puits d'images, de sons et d'odeurs qu'avaient ouvert les mots d'Elise dans son esprit. Souvenirs… Le bruit de ses griffes sur l'asphalte, la force de ses longues pattes minces. Le vent glacé dans sa fourrure. Et la faim dévorante logée au cœur de ses tripes, lorsqu'elle regardait sa proie.
           Sa proie… Elise.
           Mais celle-ci avait échappé aux loups…
           Sophie relâcha un long soupir tremblant. Elle n'avait pas tué la jeune fille. Elle devait se calmer. Des sentiments ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. :ffmental:
           Mais sa mémoire se mit à jour d'un seul coup, et un poids énorme dévala sa gorge avant de s'écraser sur son cœur. Elise avait échappé à la mort une fois, certes… Mais pas deux. Et la seconde fois, elle avait été égorgée. Egorgée.
           Le souffle coupé, Sophie lutta en silence contre son propre cœur prêt à éclater. Ce n'était plus un puits de souvenirs qui s'ouvrait en elle, c'était une tempête, une tourmente.
           Lorsque, tremblante de faim, elle avait calculé le bond qu'il lui faudrait effectuer pour atteindre la gorge de la jeune fille à la crinière de paille. Elle aurait pu agir autrement : la courser, l'épuiser, la mettre au sol en broyant ses chevilles, et puis enfin commencer à satisfaire sa faim monstrueuse. Mais elle avait opté pour la solution propre et rapide. Celle qui pouvait rater le plus facilement. Elle avait pris le risque.
           Sauf qu'elle n'avait pas raté.
           Elle serra fort Nounours contre elle, visage baissé dans sa fourrure douce afin de cacher ses traits crispés par les sanglots. Et toujours ces visions. A travers le rideau translucide de ses larmes, elle voyait la rue froide et noire, elle y galopait plus vite que le vent, aussi libre que lui, ivre de course et de chasse ; le loup brun bondissait à ses côtés, le seul à la comprendre et à l'épauler dans cette recherche nocturne. Equipe prédatrice qui déboulait pleine d'enthousiasme au crépuscule, avant de s'épuiser devant l'absence de proie. Et, à l'aube, son errance affamée, jusqu'aux confins de la ville. Jusqu'à, parfois, s'endormir au milieu d'un trottoir – pour se réveiller sous une autre forme.
           Dans un sursaut, l'ours calé contre son cou dans une étreinte enfantine, Sophie s'arracha à ce maelström de froid et d'odeurs, pour revenir s'ancrer dans la chaleur de son lit et de sa chambre. ce paragraphe est magnifique
           Calme. Elle était humaine. Humaine. Humaine.
           Elle s'essuya les yeux d'un geste vif, remit ses lunettes, et fixa à nouveau l'écran, le nez plein de reniflements.
           La conversation continuait, toujours dans la solitude la plus absolue ; les messages suivants reprenaient à minuit et quelques.

           Elise Loriot a dit : Sophie, c'est encore moi.
           Elise Loriot a dit : (Je SAIS, y'a mon nom indiqué. Mais vive la politesse.)
           Elise Loriot a dit : Je me suis dit qu'il ne fallait pas que je m'endorme, alors j'ai mis mon réveil tous les quarts d'heure pour ne pas sombrer. Je ne veux pas faire quelque chose contre ma volonté, tu vois. Je crois que tout le monde est un vrai zombie lorsqu'il descend dans la rue. En même temps, personne n'irait de plein gré…
           Elise Loriot a dit : Je me suis quand même endormie au final. Je me suis réveillée dix minutes après mais c'était suffisant pour avoir une vision.
           Elise Loriot a dit : J'ai vu ce qui allait se passer ce soir…
           Elise Loriot a dit : Ne panique pas, d'accord ? Fais comme moi, mets ton réveil régulièrement, ne t'endors pas. Enfin. Fais ce que tu peux.
           Elise Loriot a dit : Ce soir… J'arrive pas à croire que je vais dire un truc pareil.
           Elise Loriot a dit : Je vais sortir dans l'allée, sans raison…
           Elise Loriot a dit : Et je vais me faire égorger par un loup…
           Elise Loriot a dit : Le seul loup qui reste, Sophie…
           Elise Loriot a dit : C'est-à-dire toi.


           Poing serré contre ses lèvres blanches et mordu jusqu'au sang, Sophie n'en croyait pas ses yeux.
           Elise avait su. Elise avait vu sa propre mort. Et son assassin.
           Elle avait voulu prévenir Sophie, mais celle-ci n'était pas là. Elle n'avait pas été là quand il le fallait, elle ne s'était pas méfiée. Elle s'était endormie sur ses deux oreilles, cette idiote !
           Suffit. Te remets pas à pleurer. Sois un peu forte, pour changer.
           Et comme l'avait vu la jeune fille, elle avait été égorgée puis dévorée.
           Dévorée.
           Sophie sentit un spasme terrible secouer tout son estomac ; elle eut juste le temps de courir aux toilettes pour vomir tout ce qu'elle avait mangé à midi.
           Mais c'était trop tard. La chair d'Elise, elle l'avait déjà digérée. Elle s'en était léchée les babines.
           Ces stupides larmes revenaient, mais elles ne résoudraient rien.
           Sophie contempla de nouveau la conversation inachevée, hagarde. Elise avait-elle seulement pensé à la dénoncer ? A la faire enfermer ? Elle aurait été en vie aujourd'hui.
           Après réflexion, c'était idiot ; qui aurait cru à leur histoire de loup-garou ?
           Mais au-delà des limites communément admises du rationnel, Sophie savait pourquoi Elise ne l'avait ni dénoncée, ni accusée de quelque manière que ce soit.
           Elle pensait qu'on pouvait garder le contrôle. Qu'on pouvait choisir de refuser la transformation, le somnambulisme ou tout ce que ce truc pouvait bien être.
           Sophie opina, les joues marbrées de traces salées. Seule face à Nounours, comme une demeurée.
           Elise avait fait face à sa propre mort avec un calme extraordinaire. Avec rationalité, avec dignité, avec tout ce qu'on voulait. Sophie ne pouvait se montrer plus faible qu'elle. C'était… quelque chose comme son devoir de se montrer à la hauteur d'Elise.
           Elise morte.
           Tuée par la louve nommée Sophie.
           Sourcils foncés à l'extrême sans même s'en rendre compte, bouche tordue en une grimace douloureuse, celle-ci se décida à contacter Léo.
           Plus haut dans leur conversation, Elise lui avait parlé du garçon nommé Nathan qui l'avait sauvée. Et de son meilleur ami Léo. Après des fouilles minutieuses dans sa propre mémoire, Sophie avait effectivement retrouvé le visage des deux gamins qui allaient avec ces prénoms. Les deux fameux amis de Gabriel.
           Gabriel loup. Gabriel mort.
           Stop ! Assez.
           Il était temps d'agir.
           Nathan n'avait pas de Facebook, elle avait vérifié ; Léo si. Il avait accepté sa demande en ami sans poser de question.
           Mon pauvre coco, se dit-elle avec un rictus. Tu vas t'en poser, des questions.

           Il n'était pas connecté à cette heure, mais tant pis. Elise n'avait pas hésité à confier sa vie à une interlocutrice absente – avec la réussite que l'on sait. Sophie allait faire de même. En espérant que le garçon la lise tout de même avant la nuit…
           Elle prit une inspiration, chercha par où commencer, puis commença à écrire.



Probablement le meilleur passage jusque là. Moins d'action, plus de sentiment, plus de moment pour se poser et réfléchir. Le style est irréprochable, chaque moment est pesé avec soin.
C'est génial.
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