Encre Nocturne
Bonjour !

Il est conseillé de s'inscrire ou se connecter afin d'avoir accès à l'intégralité des messages du forum.


Entrez dans une dimension littéraire dont le territoire est infini et partagez vos écrits avec les autres internautes !
 
AccueilAccueil  PublicationsPublications  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 [SF][TP] Fin de stase

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Donaldo75

avatar

Masculin Bélier Messages : 128
Date d'inscription : 08/04/2015
Localisation : Paris
Humeur : Atonale

MessageSujet: [SF][TP] Fin de stase   Sam 22 Aoû - 3:35

Fin de stase

Cinq objets se dressaient devant moi : une petite tirelire en forme de cochon, que je prénommai immédiatement Groumfy, un chien en velours rembourré, qui méritait de s’appeler Raymond, allez savoir pourquoi, une orange, pas du genre bleue, un ange en argile dans son petit sachet de plastique, comme on vous en refilait pour deux pièces d’or dans n’importe quel pèlerinage à la con, une statue africaine en fer forgé, véritable objet d’art représentant une mère et un enfant accroché à son cou.

Pas vraiment utile quand vous êtes enfermé dans un vaisseau spatial à destination d’Uranus, seul et déjà réveillé alors que votre stase était supposée durer une dizaine d’années. Pourquoi je me trouvais là avec cet ensemble hétéroclite et nulle indication, je ne pourrais le dire. Toujours était- il que l’ordinateur de bord, dénommé ironiquement Sphinx le troisième, ne cessait de répéter en boucle toujours le même message : « il faut trouver la voie. Tu as devant toi la solution à ton problème. ».

Je ne savais pas encore quel problème se posait. Tout ce qui apparaissait comme une putain d’évidence consistait en la trajectoire de ce satané astronef : selon les instruments de bord, il partait en direction opposée à celle programmée dans le manifeste électronique. En deux mots ou en cent, j’étais dans la panade totale, vu que ma formation d’astronaute se résumait à une trentaine d’heures de physique élémentaire, de navigation tridimensionnelle, de cuisine hydroponique et j’en passe des meilleures.

Après un rapide tour du propriétaire contingenté aux seules pièces habitables, j’évaluai être en mesure de survivre trois jours, pas un de plus, avec une réserve limitée de liquide nutritif dans cet espace confiné, une sorte de cellule scientifique pour prisonnier de luxe en mal de sensations.

Je dois préciser un point important : je ne suis ni physicien ni militaire et pas héroïque pour un sou. Ma mission initiale, telle que détaillée dans ma feuille de route, se réduisait à tenir la comptabilité privée de la base uranienne que j’étais censé rejoindre. J’aurais dû me douter qu’il y avait anguille sous roche, étant le seul passager à bord de cet immense transporteur généralement dédié à des convois militaires, à des opérations de grande envergure ou à la colonisation d’autres univers. La peste soit de cette situation pourrie. Il me fallait comprendre la quintessence ultime de la phrase sibylline de ce tas de ferraille.

Les énigmes policières, les charades et les casse-têtes chinois, tous ces exercices mentaux me gavaient prodigieusement, depuis ma plus tendre enfance. Jouer à Œdipe avec une calculette géante, un tas cubique de microprocesseurs sans âme, ne m’enchantait pas du tout. Ma vie comportait déjà son lot de galères. Ma femme réclamait sa pension alimentaire envers et contre tous, en particulier contre la vérité morale vu que c’était elle qui s’était fait la malle un soir d’été avec son professeur de yoga. Mes parents passaient leur temps à me demander de l’argent, imaginant sans doute qu’un expert comptable diplômé touchait des millions de crédits à chaque fois qu’il équilibrait un compte de bilan. Mes clients pinaillaient sans cesse sur ma facturation d’honoraires, essayant à chaque trimestre d’obtenir un rabais, une ristourne ou un geste commercial dont je savais d’avance qu’il serait un puits sans fond. Pour toutes ces raisons et aussi l’envie d’aller me faire pendre ailleurs j’avais un jour décidé de répondre à cette annonce, à cette proposition de mission illimitée dans une base orbitale autour de la géante verte de notre système solaire.

Je me résignai toutefois à agiter mes neurones et à rassembler mes cellules grises dans un concile cérébral pour une révolution de velours, certain du résultat, celui de ma mort proche de faim ou de désespoir. Surtout quand on se souvient qu’aucun comptable sérieux n’avait inventé la poudre. Cette opération, un pur défi à toutes les lois sociales et historiques de l’espèce humaine, ne faisait que me désespérer encore plus. Au bout d’une triplée de jours j’en étais à me demander de quoi il s’agissait, ce que je foutais là, si Dieu existait réellement, quand ma femme m’avait aimé, pourquoi avoir placé une orange dans la liste de ces cinq objets.

« Quelle truffe suis-je donc » penserait le plus magnanime des inspecteurs de police, des détectives du dimanche, des passionnés de sudoku ou tout autre abruti en quête de gloire dans la résolution de problèmes compliqués qui n’intéressent personne d’autre que les mémères cacochymes et les boutonneux impuissants.

La solution s’imposait d’elle-même : le jeu de l’intrus. J’y avais joué une fois. Il s’agissait alors de trouver parmi quelques personnes celle qui dénotait franchement. Dans la partie, que j’avais gagnée facilement, cinq inconnus composaient un assemblage hétéroclite de professionnels : un astrophysicien, une institutrice, un percepteur des impôts, une danseuse de rumba et un supporter de football. Le dernier que je cite ici constituait l’intrus, parce que lui seul dans ce panel n’avait pas besoin de cerveau.

Aussi simple que ça. Élémentaire mon cher Watson. Bon sang mais c’est bien sûr. Ce qu’il me restait à faire devenait cristal à mes yeux, évidence biblique. Je dévorai l’orange et le tour était joué.

Et voilà, je suis sorti d’affaire. La salle s’est arrondie, les murs sont des ellipses, Groumfy me chie des ducats et des sous, Raymond me mordille l’oreille, l’ange me chante des cantiques et la beauté sculpturale, cette nymphe africaine, me nourrit de son sein ferme. Je vole dans l’éther cosmique. Je suis caillou chou hibou pou joujou, genou. Les médecins me sortent de mon cylindre de verre, étonnés de mes rires, de mon délire lysergique, surtout après dix ans de sommeil profond. Les infirmières vérifient les circuits de l’alimentation de la stase, ne décelant aucune anomalie susceptible d’expliquer un tel comportement.

Je sens que je suis bon pour une batterie de tests, des rébus et des mots croisés, des coups de marteaux sur la rotule et du liquide piquant dans les yeux. Tout ça valait le coup. De toute manière, j’avais intégré dans mon contrat de prestation une clause juridique en béton armé qui me donnait droit à une indemnité astronomique, quelle que fut la raison qu’invoquerait le client pour rompre notre accord.

------------------------------------------------------------------------------------------------
Des paroles carrées n'entrent pas dans des oreilles rondes.(Lao-Tseu)


Dernière édition par Donaldo75 le Sam 22 Aoû - 12:27, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
https://donaldghautier.wordpress.com
Invité
Invité



MessageSujet: Re: [SF][TP] Fin de stase   Sam 22 Aoû - 5:03

Bonsoir,
voici ce que j'ai pensé du texte :
de la forme, des mots qui s'alignent très bien et une légèreté dans la lecture. Sans oublier une originalité bien menée dans l'oralité du langage.
Un personnage assez marqué, le pourquoi-avant et le pourquoi-maintenant. Bref, tu as saisi, je pense que tu connais ton style d'écriture.
Et bien, il se démarque plutôt bien, oui, la seule chose m'ayant gênée dans ma lecture était l'apparence des phrases. J'explique. Cela concerne par exemple les déterminants, on sent une certaine maladresse dans les phrases de description. "On"... Je.
Donald a écrit:
une statue africaine en fer forgé véritable objet d’art représentant une mère avec son enfant accroché à son cou.
> Ok, d'accord, ça fonctionne plutôt bien et ça va rapidement, mais malheureusement, c'est dur à lire. La répétition de "son" notamment, j'ai eu du mal à adhérer.

Voilà, c'est court mais ça résume plutôt bien : un texte agréable et léger mais des phrases parfois trop lourdes malgré le fait qu'elles s'ancrent bien dans le style.

Bonne continuation !

PS : J'ai bien aimé la phrase avec les mots de la règle ou/oux, va savoir, ça complétait totalement le discours du personnage.
Revenir en haut Aller en bas
Silenuse

avatar

Masculin Balance Messages : 1797
Date d'inscription : 03/06/2015
Localisation : Derrière un pouet
Humeur : pouet

MessageSujet: Re: [SF][TP] Fin de stase   Sam 22 Aoû - 10:56

Salut salut ! Comme tu n'as jamais goûté à mes doux commentaires, en voici le principe : de la couleur partout et une attention principalement portée sur la forme. Let's go !

Donaldo a écrit:
Fin de stase

Cinq objets se dressaient devant moi : une petite tirelire en forme de cochon que je prénommai immédiatement Groumfy, un chien en velours rembourré qui méritait de s’appeler Raymond, allez savoir pourquoi, une orange et pas du genre bleue, un ange en argile dans son petit sachet de plastique comme on vous en refilait pour deux pièces d’or dans n’importe quel pèlerinage à la con, une statue africaine en fer forgé véritable objet d’art représentant une mère avec son enfant accroché à son cou.

Pas vraiment utile quand vous êtes enfermé dans un vaisseau spatial à destination d’Uranus, seul et déjà réveillé alors que votre stase était supposée durer une dizaine d’années. Pourquoi je me trouvais là avec cet ensemble hétéroclite et nulle indication, je ne pourrais le dire. Toujours était- il que l’ordinateur de bord, dénommé ironiquement Sphinx le troisième, ne cessait de répéter en boucle toujours le même message : « il faut trouver la voie. Tu as devant toi la solution à ton problème. ».

Je ne savais pas encore quel problème se posait. Tout ce qui apparaissait comme une putain d’évidence consistait en la trajectoire de ce satané astronef qui, selon les instruments de bord, partait en direction opposée à celle programmée dans le manifeste électronique. En deux mots ou en cent, j’étais dans le caca total L'expression est drôle, mais je la trouve pas dans le ton du texte, vu que ma formation d’astronaute se résumait à une trentaine d’heures de physique élémentaire, de navigation tridimensionnelle, de cuisine hydroponique et j’en passe des meilleures.

Après un rapide tour du propriétaire contingenté aux seules pièces habitables, je déduisis que je me trouvais en mesure de survivre trois jours, pas un de plus, avec une réserve limitée de liquide nutritif dans cet espace confiné, une sorte de cellule scientifique pour prisonnier de luxe en mal de sensations.

Je dois préciser un point important : je ne suis ni physicien ni militaire et pas héroïque pour un sou. Ma mission initiale, telle que détaillée dans ma feuille de route, se réduisait à tenir la comptabilité privée de la base uranienne que j’étais censé rejoindre. J’aurais dû me douter qu’il y avait anguille sous roche, étant le seul passager à bord de cet immense transporteur généralement dédié à des convois militaires, à des opérations de grande envergure ou à la colonisation d’autres univers. La peste soit de cette situation pourrie. Il me fallait comprendre la quintessence ultime de la phrase sibylline de ce tas de ferraille.

Les énigmes policières, les charades et les casse-têtes chinois, tous ces exercices mentaux me gavaient prodigieusement, depuis ma plus tendre enfance. Jouer à Œdipe avec une calculette géante, un tas cubique de microprocesseurs sans âme, ne m’enchantait pas du tout. Ma vie comportait déjà son lot de galères. Ma femme réclamait sa pension alimentaire envers et contre tous, en particulier contre la vérité morale vu que c’était elle qui s’était fait la malle un soir d’été avec son professeur de yoga. Mes parents passaient leur temps à me demander de l’argent, imaginant sans doute qu’un expert comptable diplômé touchait des millions de crédits à chaque fois qu’il équilibrait un compte de bilan. Mes clients pinaillaient sans cesse sur ma facturation d’honoraires, essayant à chaque trimestre d’obtenir un rabais, une ristourne ou un geste commercial dont je savais d’avance qu’il serait un puits sans fond. Pour toutes ces raisons et aussi l’envie d’aller me faire pendre ailleurs j’avais un jour décidé de répondre à cette annonce, à cette proposition de mission illimitée dans une base orbitale autour de la géante verte de notre système solaire.

Je me résignai toutefois à agiter mes neurones et à rassembler mes cellules grises dans un concile cérébral pour une révolution de velours, certain du résultat, celui de ma mort proche de faim ou de désespoir. Surtout quand on se souvient qu’aucun comptable sérieux n’avait inventé la poudre. Cette opération, un pur défi à toutes les lois sociales et historiques de l’espèce humaine, ne faisait que me désespérer encore plus. Au bout d’une triplée de jours j’en étais à me demander de quoi il s’agissait, ce que je foutais là, si Dieu existait réellement, quand ma femme m’avait aimé, pourquoi avoir placé une orange dans la liste de ces cinq objets.

« Quelle truffe suis-je donc » penserait le plus magnanime des inspecteurs de police, des détectives du dimanche, des passionnés de sudoku ou tout autre abruti en quête de gloire dans la résolution de problèmes compliqués qui n’intéressent personne d’autre que les mémères cacochymes et les boutonneux impuissants.

La solution s’imposait d’elle-même : le jeu de l’intrus. J’y avais joué une fois ; il s’agissait alors de trouver parmi quelques personnes celle qui dénotait franchement. Dans la partie, que j’avais gagnée facilement, cinq inconnus composaient un assemblage hétéroclite de professionnels : un astrophysicien, une institutrice, un percepteur des impôts, une danseuse de rumba et un supporter de football. Le dernier que je cite ici constituait l’intrus parce que lui seul dans ce panel n’avait pas besoin de cerveau. lulz :rire:

Aussi simple que ça. Élémentaire mon cher Watson. Bon sang mais c’est bien sûr. Ce qu’il me restait à faire devenait cristal à mes yeux, évidence biblique. Je dévorai l’orange et le tour était joué.

Et voilà je suis sorti d’affaire. La salle s’est arrondie, les murs sont des ellipses, Groumfy me chie des ducats et des sous, Raymond me mordille l’oreille, l’ange me chante des cantiques et la beauté sculpturale, cette nymphe africaine, me nourrit de son sein ferme. Je vole dans l’éther cosmique. Je suis caillou chou hibou pou joujou, genou. Les médecins me sortent de mon cylindre de verre, étonnés de mes rires, de mon délire lysergique, surtout après dix ans de sommeil profond. Les infirmières vérifient les circuits de l’alimentation de la stase, ne décelant aucune anomalie susceptible d’expliquer un tel comportement.

Je sens que je suis bon pour une batterie de tests, des rébus et des mots croisés, des coups de marteaux sur la rotule et du liquide piquant dans les yeux. Tout ça valait le coup. De toute manière, j’avais intégré dans mon contrat de prestation une clause juridique en béton armé qui me donnait droit à une indemnité astronomique quelle que fut la raison qu’invoquerait le client pour rompre notre accord.

Un texte que j'ai trouvé assez fun, surtout la fin qui est assez barrée ! J'ai franchement peu de choses à dire, mis à part un style un poil lourd par moments, des phrases qui s'allongent un peu... Le personnage est intéressant, anodin mais particulier, mais c'est tout l'intérêt du texte...
Bref, j'aime, c'est assez drôle ; continue !

------------------------------------------------------------------------------------------------
pouet




Ah oui, j'écris des trucs aussi
Tutos : Versification & Rythme
Revenir en haut Aller en bas
Donaldo75

avatar

Masculin Bélier Messages : 128
Date d'inscription : 08/04/2015
Localisation : Paris
Humeur : Atonale

MessageSujet: Re: [SF][TP] Fin de stase   Sam 22 Aoû - 12:30

Merci à tous les deux d'avoir pris le temps de lire et commenter cette petite nouvelle,
@Chouette: j'ai retouché un peu le texte, histoire de l'alléger.
@Silenuse: J'ai pris compte de tes remarques dans mes corrections.
Bye
Donald

------------------------------------------------------------------------------------------------
Des paroles carrées n'entrent pas dans des oreilles rondes.(Lao-Tseu)
Revenir en haut Aller en bas
https://donaldghautier.wordpress.com
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [SF][TP] Fin de stase   

Revenir en haut Aller en bas
 
[SF][TP] Fin de stase
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Encre Nocturne :: Écrits :: Écrits courts :: Nouvelles-
Sauter vers: