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 L'Ange du silence [TP]

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Qwan-Hei

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Féminin Cancer Messages : 14
Date d'inscription : 16/01/2016

MessageSujet: L'Ange du silence [TP]   Sam 23 Jan - 15:04

Note: premier post, un vieux texte avec lequel j'avais participé à un concours (que je n'ai pas gagné mais bon ^^) Donc, heu...viendez les gens? J'ai des cookies :vague:


L'Ange du silence



Alice regardait par la fenêtre. Cette seule ouverture sur le monde extérieur était son unique moyen d’évasion. La petite chambre blanche, au sol carrelé, lui était maintenant si familière qu’elle aurait pu la décrire les yeux fermés.

Occupante permanente de la chambre numéro 222, dans ce modeste hôpital de banlieue, la jeune fille de quinze ans, peut-être seize, ne connaissait rien d’autre que cet espace restreint entre quatre murs. Depuis combien d’années était-elle cloitrée ici ? Dix ans ? Onze ? Comment savoir ? Le temps semblait ralenti, presque inexistant, glissant sur elle comme l’eau glisse sur une pierre.

Entre les visites de plus en plus rares de ses parents, les soins à heures régulières et les rares promenades qu’on lui autorisait dans le petit jardin, chronométrées à la seconde près, elle n’avait pour seule compagnie que le silence et la vue depuis la fenêtre. Elle avait bien Pomy, son petit chat en peluche tout élimé, mité et délavé, mais ce n’était pas pareil qu’une vraie personne. Elle ne pouvait pas parler à Pomy, elle ne voulait pas discuter avec les infirmières, qui étaient bien trop ennuyeuses, alors elle se taisait.

Alice ne parlait presque jamais. Elle se contentait de regarder par la fenêtre. Un enfant avec un ballon, qui tirait sa mère avec insistance, un groupe de jeunes filles chargées de sacs, un vieil homme à la peau si parcheminée qu’il ressemblait à une momie, un chien, trois chats et des oiseaux.

Des oiseaux. Ils avaient des ailes, eux, ils pouvaient s’envoler, s’affranchir des murs et des limites terrestres. Ils pouvaient s’élever dans le ciel, jouer avec le vent et taquiner les nuages. Si elle avait des ailes, elle partirait immédiatement et monterait à la rencontre du soleil, à la rencontre des étoiles et des anges. En deviendrait-elle un lorsqu’elle mourrait ? Elle voulait tant avoir de belles ailes duveteuses, blanches, douces, et pouvoir voler, voler sans rien pour l’arrêter !

Elle n’avait pas peur de la mort. Quand elle serait morte, un ange viendrait-il lui prendre la main et l’aider à s’envoler vers le firmament ? Au moins elle n’aurait plus mal, et elle pourrait, elle aussi, connaître la caresse du vent et la lumière des étoiles.

Elle en rêvait. Avoir de belles ailes et voler vers le ciel, dans ce bleu qui semblait l’appeler, les cheveux dans le visage et les yeux larmoyants dans le vent qui l’emmènerait loin, loin, loin !

La jeune fille foudroya du regard la perfusion fichée dans son avant-bras. Cette aiguille, ce fil de plastique creux, tout cela la reliait, la rattachait à l’hôpital, c’était une entrave à sa liberté. Et si à cause de cela elle ne pouvait pas partir ? Non, non, quand elle deviendrait un ange, elle serait libérée de toutes ses attaches et deviendrait un être éthéré, qui vivrait de lumière et volerait haut, bien haut dans le ciel.

C’était la nuit, une nuit de pleine lune. Alice rêvait, un beau rêve, celui qu’elle cherchait, qu’elle appelait chaque soir en espérant qu’il vienne. Elle volait, touchait les étoiles et riait, riait, heureuse de sentir sa liberté. Puis, sans qu’elle comprenne, le songe, si merveilleux, si parfait, se brisa, et elle se réveilla en sursaut.

Elle avait crié, et l’infirmière avait immédiatement accouru, paniquée, se figeant en constatant que la jeune fille regardait un point fixe.

-Vous avez vu ?, murmura Alice, qui avait pourtant la parole rare.

-Quoi donc ?, s’intrigua la femme, car elle ne distinguait rien à l’endroit que fixait la malade.

-Un ange, souffla-t-elle avec ferveur. Un ange ! Enfin, enfin, il vient à ma rencontre !

-Tu divagues, Alice, il n’y a rien. Rendors-toi, tu rêves toute éveillée.

-Puisque je vous dis qu’il y a un ange ! Vous ne le voyez pas, car il est venu pour moi, oui, pour moi ! Allez-vous-en, vous ne pouvez pas le voir alors partez !

L’infirmière referma la porte avec la certitude que l’adolescente était devenue folle.

De jour en jour, la langue de la jeune fille se déliait et elle conversait avec l’être qui lui rendait visite. L’ange, et quel bel ange ! De longs cheveux transparents, lumineux et ondulés, un regard rose bienveillant, et surtout des ailes, de magnifiques ailes blanches ! Elle était littéralement en adoration devant cet être exceptionnel qui venait pour elle, oui, rien que pour elle ! Au début, elle ne s’autorisait que quelques mots simples, mais peu à peu, elle prit confiance, et se mit à parler plus longuement, renforçant la rumeur qui disait qu’elle perdait la tête. Elle qui avant ne disait pas un mot, parlait sans s’arrêter, comme si la venue de cet « ange » avait rompu son mutisme.

-Tu sais, tout le monde me croit folle, mais c’est parce qu’ils ne peuvent pas te voir. Ils n’ont pas le cœur assez ouvert, et l’esprit assez bon, pour qu’un être aussi pur que toi se révèle, n’est-ce pas ? Je ne suis pas folle. Je suis juste une chose défectueuse qu’on a mise ici parce que je dérangeais. C’est mon cœur, tu sais, mon cœur est malade, il ne fonctionne pas bien, alors on m’a mise ici. Mes parents. Ils devaient être gênés d’avoir un jouet cassé en guise d’enfant. Maintenant, ils ne viennent presque plus me voir. Mais ce n’est pas grave, parce que si toi, tu viens me voir, je ne suis plus toute seule ! Dis-moi, tu crois que quand je mourrai, j’aurais d’aussi belles ailes que toi ? Je ne veux pas finir six pieds sous terre ! Je veux m’envoler, loin, loin, loin ! Tu crois que c’est possible ? Oui, ce doit l’être, puisque je t’ai à mes côtés.

Alice passait la plus grande partie de ses journées à dialoguer avec cet ange, invisible aux yeux des autres. Elle apprit que le royaume des anges se trouvait loin là-haut, tout au-dessus des nuages, bâti de pierres blanches lumineuses, et que sans ce palais immense, le ciel tomberait et rejoindrait la Terre.

-Que dessines-tu ?, s’enquit une infirmière en voyant la jeune fille dessiner dans un grand cahier avec des crayons de couleur.

-Mon ange, répondit celle-ci, un pli concentré barrant son front.

La femme jeta un coup d’œil : sur la feuille s’étalait un arc-en-ciel de couleurs, mêlées les unes aux autres, et au centre de ce tourbillon coloré, une forme éthérée, vaguement féminine, drapée dans ce qu’il semblait être une longue robe blanche, de longs cheveux diaphanes s’étalant en auréole autour d’un visage doux. Les ailes blanches se déployaient, comme si l’ange –car il fallait bien admettre que cela y ressemblait fort - était prêt à l’envol.

-C’est très beau, dit l’infirmière.

-Oui, hein ? C’est bon, j’ai terminé !, lança joyeusement Alice à une personne invisible. Tu veux regarder ? D’accord, je te montre ! J’en ferai d’autres si tu veux !

La femme recula, quelque peu effrayée par ce dialogue sans réponse. L’adolescente semblait réellement croire à cet être céleste, lui parlait, mais pourtant, ce soi-disant ange n’existait que dans son esprit ! Il fallait absolument en référer au psychologue.

Trois jours plus tard, peut-être quatre, le psychologue de l’hôpital rendit visite à la jeune fille. Lorsqu’il entra, celle-ci s’agaça de sa présence :

-Oh non, vous lui avez fait peur ! C’est bon, ne t’en vas pas, c’est le psychologue, tu peux venir.

Puis elle s’adressa enfin à l’homme qui s’était assis face à elle :

-Bonjour monsieur. Pourquoi venez-vous me voir ? Ne vous inquiétez pas, je prends bien mes médicaments !

-Bonjour jeune fille. Tu me sembles bien joyeuse depuis quelque temps, et l’on m’a fait part de faits…étranges. On m’a dit que tu avais un nouveau visiteur ?

-Oui, affirma l’adolescente en croisant les bras, poursuivant avec une moue : je discute avec mon ange mais personne ne le voit, alors on me croit folle, mais je ne suis pas folle, il me parle et je lui réponds, mais ce n’est pas de ma faute s’ils ne le voient pas ! Vous le voyez, vous ?

-Où est-il donc ?, s’enquit patiemment le psychologue.

-Mais là, juste à côté de moi, vous ne le voyez pas ?

-Je ne le vois pas, répondit l’homme. Mais parle-moi plutôt de toi. Comment te sens-tu ?

-Je vais bien, bien mieux qu’avant ! C’est grâce à mon ange, vous savez. Chaque fois qu’il vient me rendre visite, il aspire mon énergie vitale, peu à peu, et je n’ai plus mal. Vous savez, monsieur, si je lui donne toute mon énergie, je n’aurai plus mal du tout. La mort est si douce, comme un fruit que l’on ne goûte qu’une seule et unique fois. Alors je n’ai pas peur, non, pas peur du tout. Je veux juste m’endormir, et me réveiller avec des ailes, pour m’envoler ! De toute façon ici, tout le monde me déteste, alors ça les soulagerait que je meure.

-Ne dis pas ça enfin…

-Mais c’est la vérité ! Je suis un poids, un jouet cassé, alors à quoi ça sert de me garder ? Ma maladie est incurable, déclara Alice avec le sourire. Les médecins me voyaient morte à cinq ans, puis à sept, puis à douze…mes parents m’ont mise ici parce qu’ils en avaient marre de vivre avec la mort si près, si près…mais elle est là, et je me demande parfois si mon ange n’est pas un de ses envoyés. J’attends impatiemment l’heure où il me prendra la main en me disant « il est l’heure », et là je serai si heureuse !

Le psychologue resta silencieux. Cette enfant avait des hallucinations, et cela prenait même des allures de dépression morbide. Lui prescrire des médicaments serait inutile, à ce stade-là. Elle était persuadée de l’existence de son ange, et tous les cachets du monde ne pourraient la faire changer d’avis.

-A quand remonte la dernière visite de tes parents ?, s’enquit-il.

-Oh, c’était il y a un mois, peut-être plus, je ne sais pas ! Mais maintenant je ne suis plus toute seule !, rit la jeune fille. Inutile de vous occuper de moi. Au revoir, conclut-elle en lui indiquant la porte.

L’homme sortit, découragé par les sautes d’humeur de la patiente. Dans son bureau, il réfléchit à ce cas étrange. L’existence de cet être imaginaire semblait être une échappatoire pour la jeune fille, un moyen de fuir la réalité. Il saisit le téléphone et composa un numéro.

Au fil des jours, l’état d’Alice s’aggrava. Elle fut mise sous assistance respiratoire. Pourtant, malgré son état, elle ne cessait de parler d’« ange » qui viendrait l’emporter, pour mettre fin à sa souffrance. La jeune fille délirait, et les médecins craignaient qu’elle ne passe pas la semaine.

-De quoi voulez-vous nous parler, monsieur ?, s’enquit la femme assise face au psychologue, à côté de son mari.

-De ce que j’ai évoqué avec vous au téléphone. Votre fille ne va pas bien, et il me semble que vos visites se sont raréfiées, depuis quelques temps...

Cela faisait quatre jours que le psychologue avait convoqué les parents d’Alice. Ils n’étaient venus que maintenant, alors que la jeune fille était au plus mal.

Il échangea quelques mots avec le couple, soulignant la santé défaillante de la patiente. Il les conduisit ensuite à la chambre 222.

-Alice, tes parents sont venus te voir, déclara-t-il en tirant le rideau du lit.

Puis il se tut, interdit, tout comme l’homme et la femme derrière lui.

Le lit était défait et vide. Au centre des couvertures reposait une unique plume blanche.


Fin

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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Dim 24 Jan - 0:14

Coucou qwan.
Tu ne sais pas ce comment je fonctionne. En gros, j'annote le texte là ou il pêche pour le polir et donne mon avis global en fin. Par l'absurde, ce que je tait est bon, et ce n'est jamais que mon avis, ne t'en offusque pas :)


@Qwan-Hei a écrit:
Note: premier post, un vieux texte avec lequel j'avais participé à un concours (que je n'ai pas gagné mais bon ^^) Donc, heu...viendez les gens? J'ai des cookies :vague:


L'Ange du silence



Alice regardait par la fenêtre. Cette seule ouverture sur le monde extérieur était son uniqueseule puis unique dans la phrase, c'est lourd :/ moyen d’évasion. La petite chambre blanche, au sol carrelé, lui était maintenant si familière qu’elle aurait pu la décrire les yeux fermés.

Occupante permanente de la chambre numéro 222, dans ce modeste hôpital de banlieue, la jeune fille de quinze ans, peut-être seize, ne connaissait rien d’autre que cet espace restreint entre quatre murs cette phrase est maladroite. Depuis combien d’années était-elle cloitrée ici ? Dix ans ? Onze ? Comment savoir ? Le temps semblait ralenti, presque inexistant, glissant sur elle comme l’eau glisse sur une pierre.

Entre les visites de plus en plus rares de ses parents, les soins à heures régulières et les rares promenades qu’on lui autorisait dans le petit jardin, chronométrées à la seconde près, elle n’avait pour seule compagnie que le silence et la vue depuis la fenêtre. Elle avait bien Pomy, son petit chat en peluche tout élimé, mité et délavé, mais ce n’était pas pareil qu’une vraie personne. Elle ne pouvait pas parler à Pomy, elle ne voulait pas discuter avec les infirmières, qui étaient bien trop ennuyeusesmaladroit, alors elle se taisait.

Alice ne parlait presque jamais. Elle se contentait de regarder par la fenêtre. Un enfant avec un ballon, qui tirait sa mère avec insistance, un groupe de jeunes filles chargées de sacs, un vieil homme à la peau si parcheminée qu’il ressemblait à une momie, un chien, trois chats et des oiseaux.

Des oiseaux. Ils avaient des ailes, eux, ils pouvaient s’envoler, s’affranchir des murs et des limites terrestres. Ils pouvaient s’élever dans le ciel, jouer avec le vent et taquiner les nuages. Si elle avait des ailes, elle partirait immédiatement et monterait à la rencontre du soleil, à la rencontre des étoiles et des anges. En deviendrait-elle un lorsqu’elle mourrait ? Elle voulait tant avoir de belles ailes duveteuses, blanches, doucessuspension pas virgule, et pouvoir voler, voler sans rien pour l’arrêter !

Elle n’avait pas peur de la mort. Quand elle serait morte, un ange viendrait-il lui prendre la main et l’aider à s’envoler vers le firmament ? Au moins elle n’aurait plus mal, et elle pourrait, elle aussi, connaître la caresse du vent et la lumière des étoiles.

Elle en rêvait. Avoir de belles ailes et voler vers le ciel, dans ce bleu qui semblait l’appeler, les cheveux dans le visage et les yeux larmoyants dans le vent qui l’emmènerait loin, loin, loin !

La jeune fille foudroya du regard la perfusion fichée dans son avant-bras. Cette aiguille, ce fil de plastique creux, tout cela la reliait, la rattachait à l’hôpital, c’était une entrave à sa liberté. Et si à cause de cela elle ne pouvait pas partir ? Non, non, quand elle deviendrait un ange, elle serait libérée de toutes ses attaches et deviendrait un être éthéré, qui vivrait de lumière et volerait haut, bien haut dans le ciel.

C’était la nuit, une nuit de pleine lune. Alice rêvait, un beau rêve, celui qu’elle cherchait, qu’elle appelait chaque soir en espérant qu’il vienne. Elle volait, touchait les étoiles et riait, riait, heureuse de sentir sa liberté. Puis, sans qu’elle comprenne, le songe, si merveilleux, si parfait, se brisa, et elle se réveilla en sursaut.

Elle avait crié, et l’infirmière avait immédiatement accouru, paniquée, se figeant en constatant que la jeune fille regardait un point fixe.

-Vous avez vu ?, murmura Alice, qui avait pourtant la parole rare.

-Quoi donc ?, s’intrigua la femme, car elle ne distinguait rien à l’endroit que fixait la malade.

-Un ange, souffla-t-elle avec ferveur. Un ange ! Enfin, enfin, il vient à ma rencontre !

-Tu divaguesvague! sinon... je pense que la réacion est trop faible^^ si elle deient folle, faut en parler aux docteurs, Alice, il n’y a rien. Rendors-toi, tu rêves toute éveillée.

-Puisque je vous dis qu’il y a un ange ! Vous ne le voyez pas, car il est venu pour moi, oui, pour moi ! Allez-vous-en, vous ne pouvez pas le voir alors partez !

L’infirmière referma la porte avec la certitude que l’adolescente était devenue folle.

De jour en jour, la langue de la jeune fille se déliait et elle conversait avec l’être qui lui rendait visite. L’ange, et quel bel ange ! De longs cheveux transparents, lumineux et ondulés, un regard rose bienveillant, et surtout des ailes, de magnifiques ailes blanches ! Elle était littéralement en adoration devant cet être exceptionnel qui venait pour elle, oui, rien que pour elle ! Au début, elle ne s’autorisait que quelques mots simples, mais peu à peu, elle prit confiance, et se mit à parler plus longuement, renforçant la rumeur qui disait qu’elle perdait la tête. Elle qui avant ne disait pas un mot, parlait sans s’arrêter, comme si la venue de cet « ange » avait rompu son mutisme.

-Tu sais, tout le monde me croit folle, mais c’est parce qu’ils ne peuvent pas te voir. Ils n’ont pas le cœur assez ouvert, et l’esprit assez bon, pour qu’un être aussi pur que toi se révèle, n’est-ce pas ? Je ne suis pas folle. Je suis juste une chose défectueuse qu’on a mise ici parce que je dérangeais. C’est mon cœur, tu sais, mon cœur est malade, il ne fonctionne pas bien, alors on m’a mise ici. Mes parents. Ils devaient être gênés d’avoir un jouet cassé en guise d’enfant. Maintenant, ils ne viennent presque plus me voir. Mais ce n’est pas grave, parce que si toi, tu viens me voir, je ne suis plus toute seule ! Dis-moi, tu crois que quand je mourrai, j’aurais d’aussi belles ailes que toi ? Je ne veux pas finir six pieds sous terre ! Je veux m’envoler, loin, loin, loin ! Tu crois que c’est possible ? Oui, ce doit l’être, puisque je t’ai à mes côtés.

Alice passait la plus grande partie de ses journées à dialoguer avec cet ange, invisible aux yeux des autres. Elle apprit que le royaume des anges se trouvait loin là-haut, tout au-dessus des nuages, bâti de pierres blanches lumineuses, et que sans ce palais immense, le ciel tomberait et rejoindrait la Terre.

-Que dessines-tu ?, s’enquit une infirmière en voyant la jeune fille dessiner dans un grand cahier avec des crayons de couleur.

-Mon ange, répondit celle-ci, un pli concentré barrant son front.

La femme jeta un coup d’œil : sur la feuille s’étalait un arc-en-ciel de couleurs, mêlées les unes aux autres, et au centre de ce tourbillon coloré, une forme éthérée, vaguement féminine, drapée dans ce qu’il semblait être une longue robe blanche, de longs cheveux diaphanes s’étalant en auréole autour d’un visage doux. Les ailes blanches se déployaient, comme si l’ange –car il fallait bien admettre que cela y ressemblait fort - était prêt à l’envol.

-C’est très beau, dit l’infirmière.

-Oui, hein ? C’est bon, j’ai terminé !, lança joyeusement Alice à une personne invisible. Tu veux regarder ? D’accord, je te montre ! J’en ferai d’autres si tu veux !

La femme recula, quelque peu effrayée par ce dialogue sans réponse. L’adolescente semblait réellement croire à cet être céleste, lui parlait, mais pourtant, ce soi-disant ange n’existait que dans son esprit ! Il fallait absolument en référer au psychologue.

Trois jours plus tard, peut-être quatre, le psychologue de l’hôpital rendit visite à la jeune fille. Lorsqu’il entra, celle-ci s’agaça de sa présence :

-Oh non, vous lui avez fait peur ! C’est bon, ne t’en vas pas, c’est le psychologue, tu peux venir.

Puis elle s’adressa enfin à l’homme qui s’était assis face à elle :

-Bonjour monsieur. Pourquoi venez-vous me voir ? Ne vous inquiétez pas, je prends bien mes médicaments !

-Bonjour jeune fille. Tu me sembles bien joyeuse depuis quelque temps, et l’on m’a fait part de faits…étranges. On m’a dit que tu avais un nouveau visiteur ?

-Oui, affirma l’adolescente en croisant les bras, poursuivant avec une moue : je discute avec mon ange mais personne ne le voit, alors on me croit folle, mais je ne suis pas folle, il me parle et je lui réponds, mais ce n’est pas de ma faute s’ils ne le voient pas ! Vous le voyez, vous ?

-Où est-il donc ?, s’enquit patiemment le psychologue.

-Mais là, juste à côté de moi, vous ne le voyez pas ?

-Je ne le vois pas, répondit l’homme. Mais parle-moi plutôt de toi. Comment te sens-tu ?

-Je vais bien, bien mieux qu’avant ! C’est grâce à mon ange, vous savez. Chaque fois qu’il vient me rendre visite, il aspire mon énergie vitale, peu à peu, et je n’ai plus mal. Vous savez, monsieur, si je lui donne toute mon énergie, je n’aurai plus mal du tout. La mort est si douce, comme un fruit que l’on ne goûte qu’une seule et unique fois. Alors je n’ai pas peur, non, pas peur du tout. Je veux juste m’endormir, et me réveiller avec des ailes, pour m’envoler ! De toute façon ici, tout le monde me déteste, alors ça les soulagerait que je meure.

-Ne dis pas ça enfin…

-Mais c’est la vérité ! Je suis un poids, un jouet cassé, alors à quoi ça sert de me garder ? Ma maladie est incurable, déclara Alice avec le sourire. Les médecins me voyaient morte à cinq ans, puis à sept, puis à douze…mes parents m’ont mise ici parce qu’ils en avaient marre de vivre avec la mort si près, si près…mais elle est là, et je me demande parfois si mon ange n’est pas un de ses envoyés. J’attends impatiemment l’heure où il me prendra la main en me disant « il est l’heure », et là je serai si heureuse !

Le psychologue resta silencieux. Cette enfant avait des hallucinations, et cela prenait même des allures de dépression morbide. Lui prescrire des médicaments serait inutile, à ce stade-là. Elle était persuadée de l’existence de son ange, et tous les cachets du monde ne pourraient la faire changer d’avis.

-A quand remonte la dernière visite de tes parents ?, s’enquit-il.

-Oh, c’était il y a un mois, peut-être plus, je ne sais pas ! Mais maintenant je ne suis plus toute seule !, rit la jeune fille. Inutile de vous occuper de moi. Au revoir, conclut-elle en lui indiquant la porte.

L’homme sortit, découragé par les sautes d’humeur de la patiente. Dans son bureau, il réfléchit à ce cas étrange. L’existence de cet être imaginaire semblait être une échappatoire pour la jeune fille, un moyen de fuir la réalité. Il saisit le téléphone et composa un numéro.

Au fil des jours, l’état d’Alice s’aggrava. Elle fut mise sous assistance respiratoire. Pourtant, malgré son état, elle ne cessait de parler d’« ange » qui viendrait l’emporter, pour mettre fin à sa souffrance. La jeune fille délirait, et les médecins craignaient qu’elle ne passe pas la semaine.

-De quoi voulez-vous nous parler, monsieur ?, s’enquit la femme assise face au psychologue, à côté de son mari.

-De ce que j’ai évoqué avec vous au téléphone. Votre fille ne va pas bien, et il me semble que vos visites se sont raréfiées, depuis quelques temps...

Cela faisait quatre jours que le psychologue avait convoqué les parents d’Alice. Ils n’étaient venus que maintenant, alors que la jeune fille était au plus mal.

Il échangea quelques mots avec le couple, soulignant la santé défaillante de la patiente. Il les conduisit ensuite à la chambre 222.

-Alice, tes parents sont venus te voir, déclara-t-il en tirant le rideau du lit.

Puis il se tut, interdit, tout comme l’homme et la femme derrière lui.

Le lit était défait et vide. Au centre des couvertures reposait une unique plume blanche.


Fin

J'ai beaucoup de mal à commenter ton texte.
Si je devais le raconter, je dirais qu'il est maladroit. On est souvent perdu dans ta narration qui est parfois trop hâtive voir nébuleuse. TU ne pose as assez le récit, ne mesure pas les conséquences de ce que tu narre, on a un récit onirique enchassé dans une tragédie médicale et familiale, donc émotivement parlant, c'est censé être lourd, mais je n'ai pas été touché par ton texte.
Ca fait globalement une heure que je le relis pour essayer de comprendre où il ne fonctionne pas, mais malgré un analyse grammaticale, stylistique, dramaturgique, je sais pas te dire ce qui foire dedans.
Donc, peut être juste que je n'y ai pas été sensible, que ton style m'a perdu et que l'histoire ne m'a pas convaincu.
Il n'y a pas assez de sentiments?Ou tout est trop vaporeux, comme inconséquent.
Par contre, il y a deux trois bonne trouvaille ci et là. Du coup, je viendrais lire tes autres textes avec plaisir :)
Amicalement
R.
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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Dim 24 Jan - 1:38

Genre Ragne qui signe R., maintenant. AHDE


Qwan : je reviendrai lire quand j'aurai le temps, juste je te précise que Ragne ici présent décortique les textes de tout le monde, que ça fait très très mal, mais qu'en fait il est gentil (et que ça veut pas dire que ton texte est mauvais) :corn2:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Dim 24 Jan - 13:04

Haha, cette chose date et n'a pas vu de correction depuis son envoi pour le concours (donc il y a maintenant trois ans, il me semble...) mais ça reste mon petit chouchou sans que je sache pourquoi x)

Merci pour ton analyse Ragne, je n'ai rien contre ce genre de procédé et je préfère qu'on soit franc avec moi Hug

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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Lun 15 Fév - 16:23

HEY

(c'est moiiiiiiiiii :unjournormal: )

En gros je... j'aime bien :la: //SBAFF

Nan en fait, les idées et l'histoire me plaisent bien, j'adore le truc morbide avec l'ange, la mort qui soulage et attire ton héroïne, comment tu nous la présentes entre folie et tendresse, aec une certaine empathie tout en gardant de la distance (mais comment fais-tu ça ? O_o), toussa toussa.
Mais je crois que je ressens un peu la même chose que Ragne, c'est à dire que niveau émotions, techniquement ça devrait envoyer du lourd (désolée, je reprends les mêmes termes que lui du coup u_u). Et c'est vraiment étrange parce que tu as un bon style, assez efficace, une histoire intéressante et tout... Peut-être que tu ne poses pas assez ce qu'elle ressent, ou que ses sentiments ne sont pas assez approfondis ? Je sais pas trop... C'est une énigme, foi de cerf divin Question

Mais c'était une bonne lecture, alors ECRIS-MOI CE COUCOU MECANIQUE ET ON EN REPARLE APRES :ffmental:

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Lun 15 Fév - 22:49

J'adore :D

C'est top, j'aime bien certaines images, notamment celle du jouet cassé qui souligne bien l'idée de quelque chose dont plus personne ne veut. Et du temps qui glisse comme l'eau sur une pierre.... Je sais pas pourquoi, cette phrase m'a plu.

Après, je trouve qu'Alice ne fait pas adolescente, mais plutôt petite fille. Et puis, je sais pas, des fois, je trouve pas ça assez développé pour vraiment toucher...

Après, ce n'est que certains petits passages, et globalement, ton texte est plutôt touchant! :D

------------------------------------------------------------------------------------------------
REJOIGNEZ LE MOUVEMENT OFFICIEL DES LAPINS ROSES FONDE PAR ILYA, REINE DES MORD SITHS AMOUREUSE DE SON LIT!!!
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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   Mar 16 Fév - 15:27

Merci Corne et Ilya pour vos retours :unjournormal:

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MessageSujet: Re: L'Ange du silence [TP]   

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L'Ange du silence [TP]
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