Encre Nocturne
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 La Bête

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4815
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Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: La Bête    Sam 30 Jan 2016 - 13:39




Pouf pouf pouf !! Me revoilà avec, enfin, le troisième texte que j'avais écrit pour le concours des Plumes Nocturnes jamais achevé (et bé pardi, pour une fois que j'avais une chance de gagner//SBAFF ). Le thème était "Le Grand chant", alors voici ma réponse :unjournormal:

(bon, perso il me plaît moyennement, il défile bien trop vite alors que j'aurais pu y passer au moins encore deux pages... mais y'avait la limite de caractères, bouhou :( :( )

Ici vous avez les deux autres textes de la série (non, il ne s'agit pas d'une seule et même histoire, juste de différentes nouvelles. No stress ! rire2 )
Texte 1 : Les compères
Texte 2 : Conte des inséparables séparés



La Bête
ou
Le calme avant la tempête





              Je suis née dans un endroit inconnu, où tout n'était que douceur et tendresse. Des voix s'enroulaient telles des lianes autour de moi, élevaient leur symphonie vers le ciel avant de retomber en pluie d'étoiles. Je suis née dans un berceau de notes et de sons… Mais tout changea le jour où je fus arrachée aux miens, brinquebalée dans un panier d'osier à travers la ville. On me jeta au plus profond des caves, dans la plus haute cage. Devant le grand escalier là-bas, un panonceau indiquait froidement : Ménagerie royale.
              J'ai grandi dans cette obscurité, tout juste effleurée par la lune. Mes muscles se sont développés, mes mâchoires sont devenues puissantes et mes crocs ont pointé hors de leur écrin de chair. Désormais plus de caresses timides ; on me jette mes quartiers de viande à la volée, sans oser s'attarder. Et je ne chante pas. J'en ai vu passer des experts et des curieux, qui se penchent vers moi derrière la grille et demandent mon nombre de dents, mon âge exact, ma ration de nourriture. Et le soigneur répond toujours les mêmes choses. Les hommes me tournent autour quelques heures, puis s'en vont. Et je ne chante pas.
              C'est le jour du championnat royal. Des bêtes de mon espèce sont venues de tout le pays. Les miens sont-ils parmi elles ? Je ne le saurai pas. Un bruit de chaînes éclate dans le couloir, on vient me chercher. Ainsi le roi espère encore !
              On me projette dans l'arène sous le soleil, le sable brûle mes pattes. Mes adversaires me tournent autour. Nous nous affrontons du regard. Ça y est, ils commencent à chanter. Leurs gorges vibrent, les sons s'entrelacent et montent vers le ciel, pour le plus grand plaisir du public. On me fixe. Moi la seule muette. Les autres attendent ma repartie. Mais je vois les hautes grilles du coin de l'œil, ouvrages de fer et de pointes acérées qui entourent l'arène en nous piégeant à l'intérieur. Et je ne chante pas.
              Le public rugit. On vient me chercher… Je me sauve sans demander mon reste. Qu'ils s'affrontent s'ils le veulent, les stupides. Qu'ils fassent rire et acclamer les hommes dans les gradins. Moi, l'obscurité m'attend, et le silence avec elle.
              Je suis à l'étroit dans ma cage, je m'en rends enfin compte après avoir foulé le sable de l'arène. Le souvenir du grand ciel bleu me gonfle le cœur. Il était tendu au dessus des grilles, comme un voile éclatant. Si vaste. Si beau.
              Le lendemain, on m'apporte un oiseau blessé. Minuscule dans son agonie. On le pose ainsi, sur le sol froid devant mes barreaux. Et on attend, posté derrière. Aux aguets. Moi qui pensais qu'ils avaient tout essayé ! Un enfant en pleurs ; un bébé de mon espèce ; une bourse vide – ha ! espéraient-ils vraiment que cette vision allait m'émouvoir ? Mais je n'ai jamais chanté. J'ai tenu bon. Vais-je résister encore face à la douleur de ce petit être ? Il me fixe de son œil brillant. Peut-être serait-ce facile de le guérir. Quelques notes seulement suffiraient-elles ? J'hésite. Mais ma vue est fractionnée par les barreaux de ma cage, et derrière je vois encore l'homme qui attend. Alors j'ouvre la gueule, mais pas pour chanter. Je saisis doucement l'oiseau… et le broie entre mes mâchoires. Crac. Tué net. Je plante mon regard dans celui de l'homme horrifié, et avale. Glups. Vois ce que j'en fais, de ta fausse bonté.
              L'homme détale et me laisse seule. Je tiendrai bon.
              Des semaines plus tard – des siècles pour moi – un brouhaha éclate à la porte là-bas. Une foule débarque dans la ménagerie. Je tourne en rond, nerveuse. Les hommes se rameutent face à moi, et me fixent. J'attends sur le qui-vive ; je ne peux pas tous les affronter du regard, ils sont trop nombreux, cela me dérange. Ma queue fouette l'air en guise d'avertissement. Un grand homme couvert de pelisses soignées, colorées, s'avance vers moi. Le roi ? Un signe de sa part et des gardes se détachent du groupe. Deux lances piquent mon flanc gauche, deux autres mon flanc droit ; une cinquième menace mon poitrail. Je suis immobilisée. On me passe un joug de fer, aussi lourd que le monde. C'est le collier de balade, avec lequel on me traîne dans tout le palais pour amuser les dames. Quatre chaînes se tendent, comme autant de laisses. Et nous voilà partis.
              On me fait fouler des tapis de pourpre et d'or, gravir des escaliers, longer des corridors. Jusqu'à déboucher enfin dans une pièce dallée de marbre, où trône un grand lit blanc. Un enfant y est couché. Son oreiller est moucheté de sang. Nous nous approchons encore, jusqu'à ce que mon mufle touche le drap sentant la mort. J'attends. Le roi finit par s'accroupir à ma hauteur ; nos regards se croisent.
              – Chante s'il te plaît, chante pour mon fils. Tu refuses de remplir mes coffres d'or ; tu fais pleurer les enfants au lieu de les rendre heureux ; tu dévores les oiseaux que tu pourrais guérir. Mais on dit que plus vous retenez votre voix, plus elle sera puissante… Libère ta magie ! Tu seras choyée, tu pourras sortir au jardin lorsque tu le voudras ; tu seras nourrie de la meilleure viande…
              Voilà tout ce que tu as à m’offrir ? Tu te relèves. Ton fils ouvre les yeux et me fixe à son tour. Je reste muette. Il tousse et ce bruit me brise le cœur.
              On me reconduit à ma cage, que je retrouve avec soulagement. On me bat, pour la première fois. Le fouet zèbre ma chair dans de longues brûlures. Puis l’obscurité se referme sur moi.


              Passe le temps, passent les années. Passent les visiteurs devant moi, pleins de cet orgueil qu’ont les gens libres face aux encagés. Ils tendent l’oreille, guettent ma voix. Mais je ne chante pas.
              Un jour, je trouve quelqu’un dans le couloir désert, face à moi. Accroupi devant les barreaux. Je gronde par réflexe ; des yeux attrapent les miens et je sursaute. Ainsi, il a survécu… Nous nous fixons. Sa main avance vers le loquet. Clic. Clic. Grincement de la grille qui s'entrouvre... J'hésite. Fixe sa nuque maigre, si facile à briser. Mais je m'engouffre à travers l'ouverture, bondis dans l'escalier ; et disparais hors de la vue du jeune homme, toujours accroupi devant la cage vide.
              Mes foulées tonnent dans les couloirs. Mon souffle rugit à mes tympans. Le labyrinthe du palais se déploie devant moi, les tapis défilent sous mes pattes puissantes. Les courtisans s'égayent dans les couloirs, tels une volée de moineaux apeurés. Je trouve vite la grand-porte, et jaillit enfin hors du palais. Minuscule sous le ciel bleu immense, drapé au dessus de la ville. Un instant immobile, je savoure le goût du vent et du soleil.
              Soudain je pars au galop dans les rues ; mon cœur se gonfle d'euphorie lorsqu'éclatent les cris de terreur autour de moi. J'explore les rues sèches et brûlantes, faisant naître des nuages de poussière sous mes pas. La misère me frappe à chaque tournant. Maigre et vêtue de haillons. Les enfants nus me regardent passer, leurs grands yeux suivant la ligne de mes muscles.
              Je me décide enfin. Reviens sur mes pas, jusqu'à me retrouver à nouveau devant le palais. Là où sont blottis les mendiants par dizaines. Je me plante devant le grand portail. J'ai enfin compris pourquoi je suis restée encagée toutes ces années.
              Le calme avant la tempête. Le silence avant le grand chant.
              J'espère que le prince m'entendra… et toute la ville avec lui.
              Je cambre mon dos, ouvre les mâchoires, et sens une voix s'enrouler en moi, prête à sortir. La mienne…  

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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Dernière édition par Cornedor le Dim 28 Fév 2016 - 13:12, édité 1 fois
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Invité
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MessageSujet: Re: La Bête    Sam 27 Fév 2016 - 10:08

Y'as un texte de cornedor sans commentaire, c'est pas normal
En plus il y a pas de problème de virgule, c'est pas normal
Ragne n'a rien à y redire, c'est pas normal

Plus sérieusement, c'est un texte magnifique, puissant et particulèrement émouvant. La lecture est fluide, le style simple, l'idée merveilleuse. C'est vraiment beau et très touchant
Bravo
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Pantouffe

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MessageSujet: Re: La Bête    Mar 8 Mar 2016 - 11:53

LES TROIS. Les trois furent lu. Et je les évoquerai tous dans ce commentaire-ci. ( C'est plus ergonomique et tout, ne nous dispersons pas. Voilà. )

Alors, j'ai commencé par celui-ci, la Bête. Je n'ai pas grand chose à dire en fait, parce-qu'il m'a beaucoup plu et que je n'y ai vu aucun point négatif. La lecture est agréable et fluide, c'est beau, enchantant ( sans mauvais jeu de mot ), il y a de belles images. Une touche de mystère avec cet univers dont on ne sait pas grand chose, avec la narratrice elle même en fait, et le pouvoir étrange qu'elle détient. ( Qui n'est pas introduit de suite, ce qui est cool. )
C'est une belle histoire. J'aurais aimé en lire plus, mais je n'ai pas l'impression de rester sur ma faim. Donc voilà, j'ai aimé. JE N'AI RIEN D’INTÉRESSANT A DIRE.

Les Compères ensuite. Alors étrangement, je l'ai préféré au premier, alors que j'ai eu quelques gênes dans la lecture cette fois-ci 8D. AUCUNE LOGIQUE.
Un premier bon point : la fille ivre a une réelle présence. J'aime la manière dont elle parle, la manière dont tu l'as décrit. Souvent, face à ce genre de personnage, je ressens un léger malaise parce-qu'ils sont mal construits, et au final, ils sonnent faux , j'ai l'impression qu'on essaie de déguiser un chaton en grand fauve en fait. Dans ton texte, ce n'était pas le cas, j'ai trouvé que le personnage avait un impact réel.
Ensuite, je ne vais pas mentir, le fond me parle. /out J'ai été fut un temps comme ce garçon solitaire ( auquel j'avais envie de foutre des claques au cours de la lecture, mais ce n'est pas un mauvais point pour autant), et j'ai finis par devenir cette fille ivre pour le reste du monde. (Sauf que je n'avais pas besoin d'être bourré pour ramper dans les couloirs du lycée en chantant..... Ouaiiiis. ) J'aurais bien aimé que quelqu'un me tende la main à ce moment là de ma vie. J'aurais aimé que quelqu'un le fasse également quand j'étais à la Fac. MAIS LE MONDE PUE. Ton texte a fait écho un peu. Du coup ça m'a fait sourire. Et ça c'est bien.
La seule chose qui m'a gêné, c'est la chanson. Je ne lui ai pas trouvé de réelle utilité, ça n'a pas aidé à l'immersion pour moi, et bien que les paroles soient en accord avec le texte, la présence d'anglais m'a un peu dérangé. Bon, je chipote vraiment, parce-que ce n'était pas non plus si gênant que ça hein 8D.
J'ai beaucoup aimé l'image de l'armure de boue, le style en général en fait.
Bref, c'était très agréable. Je suis content de l'avoir lu. /O/

Parmi les trois, Contes des inséparables ne m'a pas du tout parlé, peut-être parce-qu'il y a un aspect "conte" trop prononcé à mon goût justement. Du coup, la première partie m'a laissé totalement indifférent ; mais j'ai par contre trouvé la deuxième très jolie. Je n'ai pas grand chose à en dire, c'est simplement trop rapide/convenu pour moi je pense, malgré la deuxième partie qui a su me toucher.


Voilà voilà, c'est donc ainsi que je découvre ta plume Cornedor :D. Et elle me plaît beaucoup. Fluide, agréable, sobre et poétique. Au plaisir d'en lire plus au fil du temps !

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We are not affraid, let the night come.

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MessageSujet: Re: La Bête    Mar 8 Mar 2016 - 20:01

Oh my dog, PAN. Ce commentaire.
:aha: <-- je suis vraiment comme ça devant mon ordi.

MERCI. (Arrête de me contaminer stp, je me rends compte que je fous des majuscules partout maintenant D: )
D'abord, lire les trois d'un coup, ça relève du courage (ou de l'inconscience :niark: ), ensuite, ça a dû te prendre un temps fou, sans compter le commentaire.
C'est fou, personne ne trouve le texte de la Bête trop rapide, moi je m'arrache les cheveux en le lisant :rire:
Pitaing oui, quelqu'un qui aime les Compères 8D Ouiiiiiiiiii
Haha. Curieusement, ce que tu me dis ne m'étonne pas de toi. (C'est quand même assez abrupt, comme évolution, ceci dit. Pooooookémon :la: ) "LE MONDE PUE." J'avoue que je suis complètement d'accord x) D'ailleurs, je suppose qu'il est visible que j'ai mis pas mal de moi dans les deux énergumènes Vent Notamment dans la fille, à ceci près que j'ai jamais été bourrée et que je me demande bien si je suis du même genre. AHDE
Et je suis TELLEMENT heureuse que la métaphore de la boue t'ait parlé. Je la trouve tellement significative. Je sais plus du tout comment elle m'est venue, par contre. x)
Eh bien je suis contente que tu sois content de l'avoir lu AHDE C'est le plus important.

Haha oki. Je crois que ces trois textes sont tellement différents que personne ne peut aimer les trois à la fois x)) Ils rendent bien compte des différentes facettes de mon style, en tout cas. AHDE

Haha je te remercie encore 8D Trop de compliments, là, faut que je m'évente... Bref. Je sais pas si de nouvelles nouvelles viendront bientôt, tout simplement parce que j'ai pas le temps. Mais il y a exactement 26 textes de moi sur ce forum (OUAIS. JE LES AI COMPTES UN PAR UN. EN METTANT LES TAGS. :ffmental: ), donc si jamais tu te retrouves en fringale, bah régale-toi :niark:

Au plaiziiiiiir et encore merciiiiii Bye

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
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MessageSujet: Re: La Bête    

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