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 Je me souviens... [-18]

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Pantouffe

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Masculin Verseau Messages : 125
Date d'inscription : 22/02/2016
Localisation : Quelque part dans mes cheveux...

MessageSujet: Je me souviens... [-18]    Jeu 3 Mar - 19:35

Et c'est avec ces textes que j'ai définitivement enterré la mise en page à coup de pelle. Dans mon jardin. Qu'elle y repose en paix.

PLUS SÉRIEUSEMENT. Outre la mise en page catastrophique ( ou sa regrettable absence ), ce que j'ai à dire de ces textes est plutôt concis : le premier a été écris vite fait en classe, un matin, en sept/dix minutes. On devait écrire quelque chose avec "je me souviens" sur le vif puis le lire à voix haute, d'une traite ou non.  De véritables souvenirs, quelque chose de totalement imaginaire, une liste, un poème..... Simplement quelque chose avec "je me souviens".
Alors le fait qu'il ne comporte quasiment que des virgules pour toute ponctuation s'explique en raison de la situation pressante et de la lecture à voix haute fragmentée que j'en ai effectué.
Le deuxième a été écris un peu plus d'un an après, du point vu de l'autre personnage évoqué dans le premier. Il fait écho au premier texte, le complète en quelque sorte, en étant moins centré sur le narrateur. Là encore, la ponctuation est un peu particulière ; pour une raison obscure, ça m'est venu comme ça quand je l'ai écris, et j'ai décidé de laisser les choses se faire au feeling.
Je crois que c'est à peu près tout ce qu'il y a en dire ( à part peut-être que les lecteurs d'Âmes Perdues comprendront d'où est tiré le "Nous n'avons pas peur" ), alors je vous souhaite juste de ne pas sombrer dans le désespoir en constatant mon AMOUR PROFOND envers la mise en page, si vous avez décidé de lire ce machin. /O/




Je me souviens des paupières papillons sur les yeux cannibales, les pupilles élastiques qui dévoraient le monde, le confins du regard où les reflets se brouillent, s'arrachent en lambeaux de lumières grise, je me souviens de leurs cernes tombantes, comme des champs de fleurs ouvertes sous leurs yeux brûlants, je me souviens de leurs cheveux peints qui leur tombaient entre les mains, des os qui leur perçaient la chair, je me souviens d'un dos nu et du temps qui courrait sur le rail des vertèbres, des vertèbres furieuses qui me sautaient aux yeux, je me souviens de mes doigts sur leur tracé sinueux, je me souviens de sa peau sèche de papier verre, froide et pâle, je me souviens des dessins chaotiques de l'ombre et de la chair, du creux froid de ses reins, de l'univers glacé, de l'abîme de silence qui plongeait dans sa gorge, je me souviens de son corps endormi dans des draps de fumée, de ses iris grouillantes comme une tombe fraîchement ouverte, je me souviens de ses mains immobiles, de ses phalanges acérées, de ses ongles vernis, je me souviens du silence qui germait sur ses lèvres coupées, qui rampait sur ses joues et faisait taire ses yeux inexpressifs, je me souviens du carnage de son corps mis à nu, de ses poignets éteints, je me souviens lui avoir demandé si la nuit serait longue, je me souviens qu'il a soufflé comme pour un dernier mot : nous n'avons pas peur.
Je me souviens qu'il avait tord, mon corps tremblait comme les cieux noirs scotchés aux vitres, des étendues fuligineuses secouées par les éclairs qui s'abattaient aux murs : un ciel semblable à une marre de décomposition, où les étoiles étaient des vers.
Je me souviens qu'il chantonnait de sa voix défoncée : nous n'avons pas peur, nous n'avons pas peur...
Je me souviens y avoir cru pour arrêter de pleurer, oscillant dans les vapeurs d'alcool.




... les paupières papillons sur les yeux cannibales, aux pupilles élastiques qui dévoraient le monde... dans la fumée des joints nous oubliions nos peaux, abolissions la chair en planant dans les ombres... nous étions des oiseaux nocturnes, des cerfs-volants ivres aux mains d'un vent dément... nous nous jaugions dans la poussière, suivions la courbe du rimmel qui encerclait nos yeux ternes, abyssaux, affamés... nous regardions nos cernes maquillées, nos lèvres peintes, nous savions que sous les apparences improbables, il n'y avait que la peur... que nos cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel, aux formes saugrenues, n'étaient rien d'autre qu'une tentative de colorer un monde aux éclats factices... que l'excentricité de nos gueules ripolinées, de nos corps à demi-nu festonné de cuir, de clous, de rubans et de colifichets, ne pouvait pas suffire à nous mettre en dehors de ce monde avilis... oui nous savions dans le brouillard hallucinogène de nos cigarettes, dans les brumes douceâtres des joints humectés par des salives amères... nous savions qu'il n'y avait pas d’échappatoire.... nous étions lâches, fragiles et terrifiés, mais nos airs hautains, notre insouciance factice, nos passions décadentes qui horrifiaient autrui, nous aidaient parfois à oublier tout ce que nous avions honteusement ressasser en nos forts intérieurs... la vérité cruelle qui nous montrait les crocs, nous acculait dans nos bulles frelatées de solitude... alors nous aimions nous retrouver ensemble, nous agglutiner dans des hangars abandonnés, hanter les bâtiments en ruine... nous réunir comme des insectes et grouiller dans les brumes âcres des drogues que nous inhalions pour affronter la nuit... là où personne ne viendrait nous chercher, là où nous pouvions sangloter sur l'épaule escarpée d'un comparse endormis... ou défoncé peut-être... murmurer entre nous, nous mentir mutuellement, s'encastrer l'un dans l'autre en des étreintes osseuses, désespérées et froides... nous prodiguant par des baisés voraces, des rapports frénétiques et des caresses tremblantes, le peu de chaleur que nous autorisions à nos corps anémiés... nous paradions dans nos atours déchirés, au sein des voiles cloutés de nos vêtements trop amples, faisions l'amour sous les regards opaques de nos semblables indifférents au spectacle des sens... au sein d'un grand silence funèbre, avec une frénésie morbide, une passion muette... nous inversions les rôles, jouions avec les codes... cherchions notre identité en bouleversant l'ordre établi des choses, qu'on avait voulu nous faire tenir pour acquis, les règles prétendument immuables du genre... les filles portaient des ceintures d'un genre particulier, exhibant l'érection huileuse de bites en plastique noir décorées d'arabesques tracées au rouge à lèvres, censées figurées artistiquement des veines... les garçons les aguichait en robe, dévoilaient leurs jambes gracieuses gainées de bas résilles, jouant avec les voilettes qui couvraient leur visage, s'effondrant tragiquement sur des amas de coussins, leurs fesses crémeuses en évidence, l'échine souple, onduleuse... peaux tatoués, peaux percées, corps martyrisés et crinières chaotiques... nous nous autorisions toutes les excentricités physiques, nous complaisions à expérimenter toutes les dérives charnelles... mettions nos semblables au défit de jouer le jeu, d'enfiler un costume qu'ils avaient cru honnis... nous passions notre temps à nous provoquer ainsi, à nous tourner autour, à nous fendre de grimaces narquoises... nous agissions comme si nous n'avions pas besoin les uns des autres... comme si ces réunions funèbres ne consistaient qu'en une occasion de plus de donner en spectacle notre délicieuse étrangeté... de mettre en scène notre sentiment d'isolement morale et physique, accentué à grands trais d'eye-liner, sublimé impudiquement par l’excentricité parfois ridicule de nos costumes... la peur qui nous rongeait les tripes, cette peur affolante grimée en un glorieux dédain, étouffée dans les froufrous et les jupes en vinyle... nos mains nerveuses se joignaient fugacement dans la clarté pulvérulente des squats, des camionnettes et des entrepôts vides, avec des mouvements de soutient infimes, toujours très brefs... chacun donnait à l'autre des raisons de croire les mensonges rassurants que nous nous murmurions le soir dans nos draps solitaires, que nous ressassions le jour sous nos franges aveuglantes... laissant à voir au monde un demi-visage blême à l’œil cerné de knôl, des visages de panda à la beauté sauvage, au ridicule assumé et flagrant... oui, nous étions des menteurs... des menteurs qui dénonçaient les mensonges d'autrui, de la société, qui décriaient les adultes, l'institution scolaire, les autres adolescents... nous n'étions qu'un amas d'oiseaux décharnés désillusionnés par leur époque, qui avaient compris qu'au-delà du ciel où s'épanchait la nuit perpétuelle... là où les étoiles brûlaient de leurs feux agonisants, où les nébuleuses n'étaient rien que poussières... il n'y avait plus d'atmosphère pour leur permettre de voler, plus rien qu'un vide immense... rien qu'un vide glacial qui les happerait sans se soucier de leur identité, aussi futile qu'elle soit, aussi fort qu'ils aient tenté de l'affirmer... la tête dans les étoiles, c'était la mort par asphyxie ou dispersion des chairs... alors nous restions couchés dans la poussière telle des momies juvéniles, portant sur le monde un regard méprisant...
... mais nous étions surtout incapables de comprendre ce monde qu'on nous avait soumis... incapables d'adopter des positions nuancées... car seul l'excès attirait les regards, et le regard fait vivre... car nous voulions nous sentir exister... car les yeux de la foule anonyme, que nous fuyions pourtant, nous donnaient raison d'être... il fallait s'en cacher, les affronter parfois, quand le courage remontait dans nos ventres pour aller battre aux tempes... dans le jeu perpétuel de la confrontation, des fuites voilées sous les sourires dangereusement ironiques, nous affûtions nos différences pour mieux nous exalter d'être rejetés... nous l'étions après tout, et nous l'avions été... blessés, reniés, mis au ban tels des monstres grotesques nés d'une erreur quelconque de la matrice du monde... matrice pourrie suintante de pus, matrice rongée par les fringales mécanisées de ses enfants indignes... tout du moins désormais affirmions nous nos tares, les exhibions nous avec vigueur, impudence et colère... dans cet élan imbécile et informe de révolte qui ne menait à rien... toujours au front, au dehors comme face à nos parents... mais au fond, nous étions affamés, nous nous sentions trop seuls, vulnérables et toxiques... nous nous dégoûtions sans rien laisser paraître et n'avions pas le courage d'exposer à nouveau à la face agressive du monde, la terreur qui se cachait derrière nos masques carnavalesques... masques de plâtre aux dégoulinures d'encre, le sang noir des chansons dont nous avions imprimé ou écrit les paroles pour mieux nous en nourrir, des soirs durant... dans l'espoir d'y entendre un écho à nos propres souffrances, d'y puiser un soulagement quelconque, imbécile et brut... masques mortuaires sous lesquels nous cachions notre faiblesse honteuse pour mieux éloigner un danger potentiel... danger protéiforme, aussi brumeux qu'une aube, aussi percutant qu'une enclume... frémissant de savoir qu'il y aurait un lendemain, d'autres épreuves encore... refusant de dormir, car le sommeil ferait passer les heures plus rapidement, précipiterait la venue tonitruante du jour...
... alors nous étions là, nous étions là, si couards... défoncés et lubriques, jeunes et perdus... amers et terrifiés... nous n'osions pas sortir, nous n'osions pas bouger... au dehors la nuit tremblait, malmenée par l'orage, lardée d'éclairs dentelés, la pluie tambourinait comme un millier de doigts impatients trémulant sur le monde... des doigts nerveux qui nous pinçaient les nerfs, nous tapotaient sans trêve la colonne vertébrale... jouaient du saxophone sur les pistons de nos vertèbres cliquetantes... nous attendions dans ce chaos de velours et de chair, dans nos nids anguleux festonnés de breloques, d'autels enfumé aux Dieux des ondes obscures... nous attendions que l'orage abdique, que la nuit soit passée...
...j'attendais moi aussi... que les drogues fassent effet dans mon sang, que la trique artérielle décrite et vécue par Burrough diffuse sa brume en moi...j'attendais le délicieux brouillard où plus rien n'a de formes, où les pensées sont aussi douces, aussi caressantes, que de longues ailes frôlant les parois exiguës du crâne... la marmite gelée par l'immobilité sacrée des amants de la peur, où l'esprit cesse d'entrer en ébullition à la moindre sollicitation... j'attendais que mon amant du soir cesse de trembler en scrutant mon dos, que les substances sibyllines qu'il s'était injecté terminent d'agiter son esprit tourmenté... j'attendais qu'il se calme, qu'il sombre avec moi dans la léthargie opiacée où tout devient si vague, si serein et si doux... j'attendais que ses doigts cessent de caresser compulsivement ma chair... le relief de mes os, mes muscles rachitiques... comme on toucherait avec vénération un talisman magique, une terre consacrée... j'attendais qu'il cesse de vénérer ma pitoyable matérialité... que tout son corps s’amollisse, membre par membre, et fonde lentement contre le mien sur les draps défaits...j'attendais qu'il oublie sa peur de la nuit...du matin qui venait... de la pluie au-dehors... j'attendais, sans trêve et sa passion... et quand il me demande dans un murmure haché si la nuit sera longue, je lui réponds... que nous n'avons pas peur, non nous n'avons pas peur...psalmodiant la formule, invoquant le courage... et...
... et ses sanglots dans ma nuque, l'odeur douceâtre de ses larmes, la sécheresse feutrée de ses lèvres sur la peau fine du cou... ses bras qui serrent, ses mains qui tremblent... autour de nous des ombres tailladées, les effluves de l'alcool remontant à mon nez, l'alcool doré ou limpide qui dévale des gorges rocailleuses tout autour de notre nœud de membres, enrichit le sang liquoreux de nos frères et nos sœurs, autres enfants de la nuit aux cils papillonnants... les fontaines de fumée, de spiritueux et de salive qui s'échangent parmi nous, les îlots-d'oublis qui fleurissent aux creux des mains graciles, les sourires narquois qui s'étirent comme des accordéons, les yeux sans fonds aux éclats liquides, les masques craquelés de ceux qui ont cédé, les corps qui se dévorent sans pudeur ni mesure, les rasoirs qui murmurent sur la peau-parchemin... tout ça tournoie, s'éloigne au ralentis, comme si j'étais une galaxie qui valsait de plus en plus loin des autres, un des principaux concernés par la sirupeuse expansion de l'univers...
Quand enfin je suis seul dans un immense oublie, je m'autorise pour de bon à fermer les paupières, tuant les yeux cannibales, détendant l'élastique des pupilles qui s'affolent...Je m'offre un peu de repos, un peu d'éternité, car demain sera long, car malgré tous les mots, malgré tous les cantiques, j'ai peur, atrocement peur, peur à en devenir laid. Une peur immuable qui me bouffera tout cru.
C'est le dernier soir du siècle, et nos idoles sont mortes étouffées dans leur bile, nos rêves ont trépassé sous des banderoles de fleurs- la guerre a continué d'éparpiller des corps, de nouveaux traumatismes justifient l'oppression. Le sang et le sperme sont devenu un poison.
Les poètes opiomanes envieraient la variété des paradis artificiels qui s'épandent en nos chairs ; les mille et uns délices chimiques que nous ingurgitons pour aimer, pour sourire et maigrir, pour dormir et baiser, pour ne plus ressentir et oublier le temps. Les idéologies ont fait tomber leur masque, l'atome et le dollar ont eu leurs sacrifices. Des milliers d'imbéciles fêtent le passage à la nouvelle année, et de plus bêtes encore restent prostrés dans l'ombre. Les dingues et les paumés ont finit de se chercher sous les orages acides, ils ont bu jusqu'à plus soif l’hémorragie de leurs visions perdues...
Il est temps de dormir et de rêver demain ; puisse t'il régurgiter les espoirs qu'hier a dévoré.
Spoiler:
 

------------------------------------------------------------------------------------------------
We are not affraid, let the night come.

If the Story is over... Split on the ashes... It's time to run away... Where is the light, wonder if it's weeping somewhere ?


Dernière édition par Pantouffe le Mer 1 Juin - 14:44, édité 2 fois
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La Lapine Cornue
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Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Jeu 3 Mar - 21:28

C'est... woaw ! Non honnêtement, ça nous prend comme un fleuve, ça nous happe et ne veut plus nous laisser repartir, malgré la mise en forme explosée, malgré le fait qu'on ne sache au début pas qui, quand, où ni comment, et c'est superbement écrit, et c'est superblement pensé, et c'est atroce, et c'est magnifique, et c'est génial, et c'est terrifiant, et c'est surréaliste, et c'est dur, et c'est plein de matières, de goûts et d'odeurs, plein de noirceur aussi, et c'est TROP.

Voilà. AHDE

PS. J'aurais bien voulu faire un commentaire détaillé, mais y'aurait que du vert partout, des :ffmental:, des :unjournormal: et des :corn2: et des cute, donc bon, je pense qu'on peut s'en passer AHDE

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Jeu 3 Mar - 23:19

Mais on a fait des tutos pour la mise en paaaaaaaaaaaaaaaaaaaage T.T Mes yeux, mon coeur, vilain fifrelin
http://www.encre-nocturne.com/t4059-code-divers-d-ete

Bon mon mode de fonctionnement: J'annote tout plein là ou y'as des problème, donne mon avis en fin. C'est que ma sensibilité de sale con aux tendance élitistes avec un complexe de supériorité et la frustrations d'être nul :D
Pantouffe a écrit:




Je me souviens les paupières papillons sur les yeux cannibales, les pupilles élastiques qui dévoraient le monde, le confins du regard où les reflets se brouillentt'as un problème de concordance des temps. Imparfait au dessus, présent là, s'arrachent en lambeaux de lumières grise, je me souviens de leurs cernes tombantes, comme des champs de fleurs ouvertes sous leurs yeux brûlants, je me souviens de leurs cheveux peints qui leur tombaient entre les mains, des os qui leur perçaient la chair, je me souviens d'un dos nu et du temps qui courrait sur le rail des vertèbres, des vertèbres furieuses qui me sautaient aux yeux, je me souviens de mes doigts sur leur tracé sinueux, je me souviens de sa peau sèche de papier verre, froide et pâle, je me souviens des dessins chaotiques de l'ombre et de la chair, du creux froid de ses reins, de l'univers glacé, de l'abîme de silence qui plongeait dans sa gorge, je me souviens de son corps endormis dans des draps de fumée, de ses iris grouillantes comme une tombe fraîchement ouverte, je me souviens de ses mains immobiles, de ses phalanges acérées, de ses ongles vernis, je me souviens du silence qui germait sur ses lèvres coupées, qui rampait sur ses joues et faisait taire ses yeux inexpressifs, je me souviens du carnage de son corps mis à nu, de ses poignets éteints, je me souviens lui avoir demandé si la nuit serait longue, je me souviens qu'il a soufflé comme pour un dernier mot : nous n'avons pas peur.
Je me souviens qu'il avait tord, mon corps tremblait comme les cieux noirs scotchés aux vitres, des étendues fuligineuses secouées par les éclairs qui s'abattaient aux murs : un ciel semblable à une marre de décomposition, où les étoiles étaient des vers.
Je me souviens qu'il chantonnait de sa voix défoncée : nous n'avons pas peur, nous n'avons pas peur...
Je me souviens y avoir cru pour arrêter de pleurer, oscillant dans les vapeurs d'alcool.




... les paupières papillons sur les yeux cannibales, aux pupilles élastiques qui dévoraient le monde... dans la fumée des joints nous oubliions nos peaux, abolissions la chair en planant dans les ombres... nous étions des oiseaux nocturnes, des cerfs-volants ivres aux mains d'un vent dément... nous nous jaugions dans la poussière, suivions la courbe du rimmel qui encerclait nos yeux ternes, abyssaux, affamés... nous regardions nos cernes maquillées, nos lèvres peintes, nous savions que sous les apparences improbables, il n'y avait que la peur... que nos cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel, aux formes saugrenues, il manque un truc ici n'étaient rien d'autre qu'une tentative de colorer un monde infiniment grisâtrefaible... que l'excentricité de nos gueules ripolinées, de nos corps à demi-nu festonné de cuir, de clous, de rubans et de colifichets, ne pouvait pas suffire à nous mettre en dehors de ce monde avilis... oui nous savions dans le brouillard hallucinogène de nos cigarettes, dans les brumes douceâtres des joints humectés par des salives amères... nous savions qu'il n'y avait pas d’échappatoire, que nous étions partie intégrante de ce monde que nous cherchions à fuir... nous étions lâches, fragiles et terrifiés, mais nos airs hautains, notre insouciance factice, nos passions décadentes qui horrifiaient autrui, nous aidaient parfois à oublier tout ce que nous savions en nos forts intérieurs... et nous aimions nous retrouver ensemble, nous agglutiner dans des hangars abandonnés, hanter les bâtiments en ruine... nous réunir comme des insectes et grouiller dans les brumes âcres des drogues que nous inhalions pour affronter la nuit... là où personne ne viendrait nous chercher, là où nous pouvions sangloter sur l'épaule escarpée d'un comparse endormis, ou défoncéer peut-être... murmurer entre nous, nous mentir mutuellement, s'encastrer l'un dans l'autre en des étreintes osseuses, désespérées et froides... nous prodiguant par des baisés voraces, des rapports frénétiques et des caresses tremblantes, le peu de chaleur que nous autorisions à nos corps anémiés... nous paradions dans nos atours déchirés, au sein des voiles cloutés de nos vêtements trop amples, faisions l'amour sous les regards opaques de nos semblables indifférents au spectacle des sens... au sein d'un grand silence funèbre, avec une frénésie morbide, une passion muette...  nous inversions les rôles, nous jouions avec les codes... cherchions notre identité en bouleversant l'ordre établis des choses, qu'on avait voulu nous faire tenir pour acquis, les règles prétendument immuables du genre... les filles portaient des ceintures d'un genre particulier, exhibant l'érection huileuse de bites en plastique noir décorées d'arabesques tracées au rouge à lèvres, censées figurées artistiquement des veines... les garçons les aguichait en robe, dévoilaient leurs jambes gracieuses gainées de bas résilles, jouant avec les voilettes qui couvraient leur visage, s'effondrant tragiquement sur des amas de coussins, leurs fesses crémeuses en évidence, l'échine souple, onduleuse... peaux tatoués, peaux percées, corps martyrisés et crinières chaotiques... nous nous autorisions toutes les excentricités physiques, nous complaisions à expérimenter toutes les dérives charnelles... mettions nos semblables au défit de jouer le jeu, d'enfiler un costume qu'ils avaient cru honnis... nous passions notre temps à nous provoquer ainsi, à nous tourner autour, à nous fendre de grimaces narquoises... nous agissions comme si nous n'avions pas besoin les uns des autres... comme si ces réunions funèbres ne consistaient qu'en une occasion de plus de donner en spectacle notre délicieuse étrangeté... de mettre en scène notre sentiment d'isolement morale et physique, accentué à grands trais d'eye-liner, sublimé impudiquement par l’excentricité parfois ridicule de nos costumes... la peur qui nous rongeait les tripes,  cette peur affolante grimée en un glorieux dédain... chacun donnait à l'autre des raisons de croire les mensonges rassurants que nous nous murmurions le soir dans nos draps solitaires, que nous ressassions le jour sous nos mèches interminables, nos franges aveuglantes... laissant à voir au monde un demi-visage blême à l’œil cerné de mascara, des visages de panda à la beauté sauvage, au ridicule flagrant... oui, nous étions des menteurs... des menteurs qui dénonçaient les mensonges d'autrui, de la société, qui décriaient les adultes, l'institution scolaire, les autres adolescents... nous n'étions qu'un amas d'oiseaux décharnés désillusionnés par leur époque, qui avaient compris qu'au-delà du ciel où s'épanchait la nuit perpétuelle... là où les étoiles brûlaient de leurs feux agonisants, où les nébuleuses n'étaient rien que poussières... il n'y avait plus d'atmosphère pour leur permettre de voler, plus rien qu'un vide immense... rien qu'un vide glacial qui les happerait sans se soucier de leur identité, aussi futile qu'elle soit, aussi fort qu'ils aient tenté de l'affirmer... la tête dans les étoiles, c'était la mort par asphyxie ou dispersion des chairs... alors nous restions couchés dans la poussière telle des momies juvéniles, portant sur le monde un regard méprisant... mais à dire vrai, nous étions surtout incapables de comprendre ce monde qu'on nous avait soumis... incapables d'adopter des positions nuancées... car seul l'excès attirait les regards, et le regard fait vivre... car nous voulions nous sentir exister... car les yeux de la foule anonyme, que nous fuyions pourtant, nous donnaient raison d'être... il fallait s'en cacher, les affronter parfois, quand le courage venait nous battre aux tempes... dans le jeu perpétuel de la confrontation, des fuites voilées sous les sourires dangereusement ironiques, nous affûtions nos différences pour mieux nous exalter d'être rejetés... nous l'étions après tout, et nous l'avions été... blessés, reniés, mis au ban tels d'épouvantables monstres nés d'une erreur quelconque de la matrice du monde... matrice pourrie suintante de pus, matrice rongée par les fringales mécanisées de ses enfants indignes... tout du moins désormais affirmions nous nos tares, les exhibions nous avec vigueur, impudence et colère...  dans cet élan imbécile et informe de révolte qui ne menait à rien... mais au fond, nous étions affamés, nous nous sentions trop seuls, vulnérables et toxiques... nous nous dégoûtions sans rien laisser paraître et n'avions pas le courage d'exposer à nouveau à la face agressive du monde, autre chose que nos masques carnavalesques... masques de plâtre aux dégoulinures d'encre, le sang noir des chansons dont nous avions imprimé ou écrit les paroles pour mieux nous en nourrir, des soirs durant... dans l'espoir d'y entendre un écho à nos propres souffrances, d'y puiser un soulagement quelconque, imbécile et brut... masques mortuaires sous lesquels nous cachions notre faiblesse honteuse pour mieux éloigner un danger potentiel... danger protéiforme, aussi brumeux qu'une aube, aussi percutant qu'une enclume... frémissant de savoir qu'il  y aurait un lendemain, d'autres épreuves encore... refusant de dormir, car le sommeil ferait passer les heures plus rapidement, précipiterait la venue tonitruante du jour...
... alors nous étions là, nous étions là, si couards... défoncés et lubriques, jeunes et perdus... amers et terrifiés... nous n'osions pas sortir, nous n'osions pas bouger... au dehors la nuit tremblait, malmenée par l'orage, lardée d'éclairs dentelés, la pluie tambourinait comme un millier de doigts impatients trémulant sur le monde... des doigts nerveux qui nous pinçaient les nerfs, nous tapotaient sans trêve la colonne vertébrale...  jouaient du saxophone sur nos vertèbres... mais nous attendions, nous attendions que l'orage abdique, que la nuit soit passée...
...moi j'attendais, j'attendais moi aussi... que les drogues fassent effet dans mon sang, que la trique artérielle décrite et vécue par Burrough diffuse sa brume en moi...j'attendais le délicieux brouillard où plus rien n'a de formes, où les pensées sont aussi douces, aussi caressantes, que de longues ailes frôlant les parois exiguës du crâne... la marmite gelée où l'esprit cesse d'entrer en ébullition à la moindre sollicitation... j'attendais que mon amant du soir cesse de trembler en scrutant mon dos, que les substances sibyllines qu'il s'était injecté terminent d'agiter son esprit tourmenté... j'attendais qu'il se calme, qu'il sombre avec moi dans la léthargie opiacée où tout devient si vague, si serein et si doux... j'attendais que ses doigts cessent de caresser compulsivement ma chair...  le relief de mes os, mes muscles rachitiques... comme on toucherait avec vénération un talisman magique, une terre consacrée... j'attendais qu'il cesse de vénérer ma pitoyable matérialité... que tout son corps s’amollisse, membre par membre, et fonde lentement contre le mien sur les draps défaits...j'attendais qu'il oublie sa peur de la nuit...du matin qui venait... de la pluie au-dehors... j'attendais, j'attendais...  et quand il me demande dans un murmure haché si la nuit sera longue, je lui réponds... que nous n'avons pas peur, non nous n'avons pas peur...psalmodiant la formule, invoquant le courage... et...
... et ses sanglots dans ma nuque, l'odeur douceâtre de ses larmes, la sécheresse feutrée de ses lèvres sur la peau fine du cou... ses bras qui serrent, ses mains qui tremblent, les effluves de l'alcool  qui remontent jusqu'à moi, l'alcool doré ou limpide qui dévale des gorges rocailleuses tout autour de nous, enrichit le sang liquoreux de nos frères et nos sœurs, autres enfants de la nuit... les fontaines de fumée, de spiritueux et de salive qui s'échangent parmi nous, les îlots-d'oublis qui fleurissent aux creux des mains graciles, les sourires narquois qui s'étirent comme des accordéons, les yeux sans fonds aux éclats liquides, les masques craquelés de ceux qui ont cédé, les corps qui se dévorent sans pudeur ni mesure, les rasoirs qui murmurent sur la peau-parchemin... tout ça tournoie, s'éloigne au ralentis, comme si j'étais une galaxie qui valsait de plus en plus loin des autres, un des principales concernés par la sirupeuse expansion de l'univers...
Quand enfin je suis seul dans un immense oublie, je m'autorise pour de bon à fermer les paupières, tuant les yeux cannibales, détendant l'élastique des pupilles qui s'affolent...Je m'offre un peu de repos, un peu d'éternité, car demain sera long, car malgré tous les mots, malgré tous les cantiques, j'ai peur, atrocement peur, peur à  en devenir laid. Une peur immuable qui me bouffera tout cru.
C'est le dernier soir du siècle, et nos idoles sont mortes étouffées dans leur bile, nos rêves ont trépassé sous des banderoles de fleurs- la guerre a continué d'éparpiller des corps, de nouveaux traumatismes justifient l'oppression. Le sang et le sperme sont devenu un poison.
Les poètes opiomanes envieraient la variété des paradis artificiels qui s'épandent en nos chairs ; les mille et uns délices chimiques que nous ingurgitons pour aimer, pour sourire et maigrir, pour dormir et baiser, pour ne plus ressentir et oublier le temps. Les idéologies ont fait tomber leur masque, l'atome et le dollar ont eu leurs sacrifices. Des milliers d'imbéciles fêtent le passage à la nouvelle année, et de plus bêtes encore restent prostrés dans l'ombre. Les dingues et les paumés ont finit de se chercher sous les orages acides, ils ont bu jusqu'à plus soif l’hémorragie de leurs visions perdues...
Il est temps de dormir et de rêver demain ; puisse t'il régurgiter les espoirs qu'hier a dévoré.
Spoiler:
 
Bon
j'ai arrêter d'annoter pour me laisser porter
C'est super bien écrit
Les phrases sont trop longues
mais c'est génial
Bravo
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Silenuse

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Ven 4 Mar - 18:19

PATAPAF :

Pantoufle a écrit:
Je me souviens les "des" plutôt paupières papillons sur les yeux cannibales, les pupilles élastiques qui dévoraient dévorent le monde, le confins du regard où les reflets se brouillent, s'arrachent en lambeaux de lumières grise, je me souviens de leurs cernes tombantes, comme des champs de fleurs ouvertes sous leurs yeux brûlants, je me souviens de leurs cheveux peints qui leur tombaient entre les mains, des os qui leur perçaient la chair, je me souviens d'un dos nu et du temps qui courrait sur le rail des vertèbres, des vertèbres furieuses qui me sautaient aux yeux, je me souviens de mes doigts sur leur tracé sinueux, je me souviens de sa peau sèche de papier verre, froide et pâle, je me souviens des dessins chaotiques de l'ombre et de la chair, du creux froid de ses reins, de l'univers glacé, de l'abîme de silence qui plongeait dans sa gorge, je me souviens de son corps endormi(s) dans des draps de fumée, de ses iris grouillantes comme une tombe fraîchement ouverte, je me souviens de ses mains immobiles, de ses phalanges acérées, de ses ongles vernis, je me souviens du silence qui germait sur ses lèvres coupées, qui rampait sur ses joues et faisait taire ses yeux inexpressifs, je me souviens du carnage de son corps mis à nu, de ses poignets éteints, je me souviens lui avoir demandé si la nuit serait longue, je me souviens qu'il a soufflé comme pour un dernier mot : nous n'avons pas peur. C'est divin
Je me souviens qu'il avait tord, mon corps tremblait comme les cieux noirs scotchés aux vitres, des étendues fuligineuses secouées par les éclairs qui s'abattaient aux murs : un ciel semblable à une marre de décomposition, où les étoiles étaient des vers.
Je me souviens qu'il chantonnait de sa voix défoncée : nous n'avons pas peur, nous n'avons pas peur...
Je me souviens y avoir cru pour arrêter de pleurer, oscillant dans les vapeurs d'alcool.




... les paupières papillons sur les yeux cannibales, aux pupilles élastiques qui dévoraient le monde... dans la fumée des joints nous oubliions nos peaux, abolissions la chair en planant dans les ombres... nous étions des oiseaux nocturnes, des cerfs-volants ivres aux mains d'un vent dément... nous nous jaugions dans la poussière, suivions la courbe du rimmel qui encerclait nos yeux ternes, abyssaux, affamés... nous regardions nos cernes maquillées, nos lèvres peintes, nous savions que sous les apparences improbables, il n'y avait que la peur... que nos cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel, aux formes saugrenues, n'étaient rien d'autre qu'une tentative de colorer un monde infiniment grisâtre... que l'excentricité de nos gueules ripolinées, de nos corps à demi-nu festonné de cuir, de clous, de rubans et de colifichets, ne pouvait pas suffire à nous mettre en dehors de ce monde avilis... oui nous savions dans le brouillard hallucinogène de nos cigarettes, dans les brumes douceâtres des joints humectés par des salives amères... nous savions qu'il n'y avait pas d’échappatoire, que nous étions partie intégrante de ce monde que nous cherchions à fuir... nous étions lâches, fragiles et terrifiés, mais nos airs hautains, notre insouciance factice, nos passions décadentes qui horrifiaient autrui, nous aidaient parfois à oublier tout ce que nous savions en nos forts intérieurs... et nous aimions nous retrouver ensemble, nous agglutiner dans des hangars abandonnés, hanter les bâtiments en ruine... nous réunir comme des insectes et grouiller dans les brumes âcres des drogues que nous inhalions pour affronter la nuit... là où personne ne viendrait nous chercher, là où nous pouvions sangloter sur l'épaule escarpée d'un comparse endormis, ou défoncé peut-être... murmurer entre nous, nous mentir mutuellement, s'encastrer l'un dans l'autre en des étreintes osseuses, désespérées et froides... nous prodiguant par des baisés voraces, des rapports frénétiques et des caresses tremblantes, le peu de chaleur que nous autorisions à nos corps anémiés... nous paradions dans nos atours déchirés, au sein des voiles cloutés de nos vêtements trop amples, faisions l'amour sous les regards opaques de nos semblables indifférents au spectacle des sens... au sein d'un grand silence funèbre, avec une frénésie morbide, une passion muette... nous inversions les rôles, nous jouions avec les codes... cherchions notre identité en bouleversant l'ordre établi(s) des choses, qu'on avait voulu nous faire tenir pour acquis, les règles prétendument immuables du genre... les filles portaient des ceintures d'un genre particulier, exhibant l'érection huileuse de bites en plastique noir décorées d'arabesques tracées au rouge à lèvres, censées figurées artistiquement des veines... les garçons les aguichait en robe, dévoilaient leurs jambes gracieuses gainées de bas résilles, jouant avec les voilettes qui couvraient leur visage, s'effondrant tragiquement sur des amas de coussins, leurs fesses crémeuses en évidence, l'échine souple, onduleuse... peaux tatoués, peaux percées, corps martyrisés et crinières chaotiques... nous nous autorisions toutes les excentricités physiques, nous complaisions à expérimenter toutes les dérives charnelles... mettions nos semblables au défit de jouer le jeu, d'enfiler un costume qu'ils avaient cru honnis... nous passions notre temps à nous provoquer ainsi, à nous tourner autour, à nous fendre de grimaces narquoises... nous agissions comme si nous n'avions pas besoin les uns des autres... comme si ces réunions funèbres ne consistaient qu'en une occasion de plus de donner en spectacle notre délicieuse étrangeté... de mettre en scène notre sentiment d'isolement morale et physique, accentué à grands trais d'eye-liner, sublimé impudiquement par l’excentricité parfois ridicule de nos costumes... la peur qui nous rongeait les tripes, cette peur affolante grimée en un glorieux dédain... chacun donnait à l'autre des raisons de croire les mensonges rassurants que nous nous murmurions le soir dans nos draps solitaires, que nous ressassions le jour sous nos mèches interminables, nos franges aveuglantes... laissant à voir au monde un demi-visage blême à l’œil cerné de mascara, des visages de panda à la beauté sauvage, au ridicule flagrant... oui, nous étions des menteurs... des menteurs qui dénonçaient les mensonges d'autrui, de la société, qui décriaient les adultes, l'institution scolaire, les autres adolescents... nous n'étions qu'un amas d'oiseaux décharnés désillusionnés par leur époque, qui avaient compris qu'au-delà du ciel où s'épanchait la nuit perpétuelle... là où les étoiles brûlaient de leurs feux agonisants, où les nébuleuses n'étaient rien que poussières... il n'y avait plus d'atmosphère pour leur permettre de voler, plus rien qu'un vide immense... rien qu'un vide glacial qui les happerait sans se soucier de leur identité, aussi futile qu'elle soit, aussi fort qu'ils aient tenté de l'affirmer... la tête dans les étoiles, c'était la mort par asphyxie ou dispersion des chairs... alors nous restions couchés dans la poussière telle des momies juvéniles, portant sur le monde un regard méprisant... mais à dire vrai, nous étions surtout incapables de comprendre ce monde qu'on nous avait soumis... incapables d'adopter des positions nuancées... car seul l'excès attirait les regards, et le regard fait vivre... car nous voulions nous sentir exister... car les yeux de la foule anonyme, que nous fuyions pourtant, nous donnaient raison d'être... il fallait s'en cacher, les affronter parfois, quand le courage venait nous battre aux tempes... dans le jeu perpétuel de la confrontation, des fuites voilées sous les sourires dangereusement ironiques, nous affûtions nos différences pour mieux nous exalter d'être rejetés... nous l'étions après tout, et nous l'avions été... blessés, reniés, mis au ban tels d'épouvantables monstres nés d'une erreur quelconque de la matrice du monde... matrice pourrie suintante de pus, matrice rongée par les fringales mécanisées de ses enfants indignes... tout du moins désormais affirmions nous nos tares, les exhibions nous avec vigueur, impudence et colère... dans cet élan imbécile et informe de révolte qui ne menait à rien... mais au fond, nous étions affamés, nous nous sentions trop seuls, vulnérables et toxiques... nous nous dégoûtions sans rien laisser paraître et n'avions pas le courage d'exposer à nouveau à la face agressive du monde, autre chose que nos masques carnavalesques... masques de plâtre aux dégoulinures d'encre, le sang noir des chansons dont nous avions imprimé ou écrit les paroles pour mieux nous en nourrir, des soirs durant... dans l'espoir d'y entendre un écho à nos propres souffrances, d'y puiser un soulagement quelconque, imbécile et brut... masques mortuaires sous lesquels nous cachions notre faiblesse honteuse pour mieux éloigner un danger potentiel... danger protéiforme, aussi brumeux qu'une aube, aussi percutant qu'une enclume... frémissant de savoir qu'il y aurait un lendemain, d'autres épreuves encore... refusant de dormir, car le sommeil ferait passer les heures plus rapidement, précipiterait la venue tonitruante du jour...
... alors nous étions là, nous étions là, si couards... défoncés et lubriques, jeunes et perdus... amers et terrifiés... nous n'osions pas sortir, nous n'osions pas bouger... au dehors la nuit tremblait, malmenée par l'orage, lardée d'éclairs dentelés, la pluie tambourinait comme un millier de doigts impatients trémulant sur le monde... des doigts nerveux qui nous pinçaient les nerfs, nous tapotaient sans trêve la colonne vertébrale... jouaient du saxophone sur nos vertèbres... mais nous attendions, nous attendions que l'orage abdique, que la nuit soit passée...
...moi j'attendais, j'attendais moi aussi... que les drogues fassent effet dans mon sang, que la trique artérielle décrite et vécue par Burrough diffuse sa brume en moi...j'attendais le délicieux brouillard où plus rien n'a de formes, où les pensées sont aussi douces, aussi caressantes, que de longues ailes frôlant les parois exiguës du crâne... la marmite gelée où l'esprit cesse d'entrer en ébullition à la moindre sollicitation... j'attendais que mon amant du soir cesse de trembler en scrutant mon dos, que les substances sibyllines qu'il s'était injecté terminent d'agiter son esprit tourmenté... j'attendais qu'il se calme, qu'il sombre avec moi dans la léthargie opiacée où tout devient si vague, si serein et si doux... j'attendais que ses doigts cessent de caresser compulsivement ma chair... le relief de mes os, mes muscles rachitiques... comme on toucherait avec vénération un talisman magique, une terre consacrée... j'attendais qu'il cesse de vénérer ma pitoyable matérialité... que tout son corps s’amollisse, membre par membre, et fonde lentement contre le mien sur les draps défaits...j'attendais qu'il oublie sa peur de la nuit...du matin qui venait... de la pluie au-dehors... j'attendais, j'attendais... et quand il me demande dans un murmure haché si la nuit sera longue, je lui réponds... que nous n'avons pas peur, non nous n'avons pas peur...psalmodiant la formule, invoquant le courage... et...
... et ses sanglots dans ma nuque, l'odeur douceâtre de ses larmes, la sécheresse feutrée de ses lèvres sur la peau fine du cou... ses bras qui serrent, ses mains qui tremblent, les effluves de l'alcool qui remontent jusqu'à moi, l'alcool doré ou limpide qui dévale des gorges rocailleuses tout autour de nous, enrichit le sang liquoreux de nos frères et nos sœurs, autres enfants de la nuit... les fontaines de fumée, de spiritueux et de salive qui s'échangent parmi nous, les îlots-d'oublis qui fleurissent aux creux des mains graciles, les sourires narquois qui s'étirent comme des accordéons, les yeux sans fonds aux éclats liquides, les masques craquelés de ceux qui ont cédé, les corps qui se dévorent sans pudeur ni mesure, les rasoirs qui murmurent sur la peau-parchemin... tout ça tournoie, s'éloigne au ralentis, comme si j'étais une galaxie qui valsait de plus en plus loin des autres, un des principales concernés par la sirupeuse expansion de l'univers...
Quand enfin je suis seul dans un immense oublie, je m'autorise pour de bon à fermer les paupières, tuant les yeux cannibales, détendant l'élastique des pupilles qui s'affolent...Je m'offre un peu de repos, un peu d'éternité, car demain sera long, car malgré tous les mots, malgré tous les cantiques, j'ai peur, atrocement peur, peur à en devenir laid. Une peur immuable qui me bouffera tout cru.
C'est le dernier soir du siècle, et nos idoles sont mortes étouffées dans leur bile, nos rêves ont trépassé sous des banderoles de fleurs- la guerre a continué d'éparpiller des corps, de nouveaux traumatismes justifient l'oppression. Le sang et le sperme sont devenu un poison.
Les poètes opiomanes envieraient la variété des paradis artificiels qui s'épandent en nos chairs ; les mille et uns délices chimiques que nous ingurgitons pour aimer, pour sourire et maigrir, pour dormir et baiser, pour ne plus ressentir et oublier le temps. Les idéologies ont fait tomber leur masque, l'atome et le dollar ont eu leurs sacrifices. Des milliers d'imbéciles fêtent le passage à la nouvelle année, et de plus bêtes encore restent prostrés dans l'ombre. Les dingues et les paumés ont finit de se chercher sous les orages acides, ils ont bu jusqu'à plus soif l’hémorragie de leurs visions perdues...
Il est temps de dormir et de rêver demain ; puisse t'il régurgiter les espoirs qu'hier a dévoré.

Je n'ai jamais eu autant rien à dire sur un texte... Je me tais, c'est beaucoup trop excellent.

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Pantouffe

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Lun 7 Mar - 14:10

Bwaaaah, merci beaucoup Cornedor ;w;.Ça fait bien trop de compliments dans un seul commentaire. Ce qui a pour désavantage de me mettre en PLS. Ouch.
Mais je suis vraiment content que ça t'ait plu malgré la mise en forme catastrophique et la ponctuation douteuse !

Désolé Ragne, la mise en page moi sommes de vieux ennemis. D8 Je la tabasse un peu plus à chaque texte.
Je ne suis pas certain pour cette concordance de temps, même si je ne saurais pas dire pourquoi. /out C'est peut-être la musicalité qui a pris le pas sur la logique dans mon esprit. Ce ne serait pas si surprenant en fait, j'y accorde une importance excessive, même quand ça ne se remarque pas.
Pour la troisième annotation, c'est juste une virgule placée étrangement, mais il ne manque aucun mot :D. Et la formulation "infiniment grisâtre" est super moche, mais je n'avais pas trouvé autre chose sur le coup. /out Il faut que je me décide à changer ça un jour. VRAIMENT.
Par contre, défoncé/défoncer, je pense que le premier choix est bon : on peut le remplacer par "vendu" mais pas par "vendre". Remarque, je me trompais tout le temps là-dessus avant. ALORS JE NE SAIS PAS. Le doute est là. Très fort.
Merci d'avoir pris le temps de commenter ; je fais toujours des phrases trop longues, mais j'apprends à devenir une personne raisonnable avec le temps. Juré. U_U ( C'est faux, fuis pendant qu'il est temps. )

SILENUSE.
Ce petit "des" fait sens. Changeons donc. De même pour les "s", j'en rajoute un peu partout. /out
Merci beaucoup pour ce bref commentaire, ça me fait plaisir. ET PEUR UN PEU. Parce-que "excellent", c'est un grand mot quand même. Je ne peux pas assumer ça. *crève*

Je vous remercie d'avoir pris le temps de lire et commenter ces deux petits machins ; je suis super content qu'ils vous aient plu *w*. Si l'ambiance vous a parlé, je vous conseille fortement ( TROISIÈME FOIS QU'EN PARLE SUR CE FORUM GKTJKJTJ ) les livres de Poppy.Z.Brite ; en tout cas, les premiers, ensuite son ton a changé. Dans l'ordre de lecture que je conseille : Âmes perdues, Contes de la Fée Verte, Sang d'encre et Self Made Man. ( Puis le Corps Exquis si vous accrochez, c'est son livre le plus trahs, donc mieux vaut ne pas commencer par lui. ) C'est ma source d'inspiration majeure de l'an dernier, et je pense qu'il va me hanter pour un bout de temps encore. Donc si ces petits textes vous parlent, je pense que ces livres vous envoûteront autant que ce fut le cas pour moi. ^^

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Ippa

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Lun 7 Mar - 18:43

Lut' Pantouffe (fait qu'on te trouve un surnom ca fait trop étrange j'ai envie d'écrire pantoufle)

Bon ton texte. mon com ne représente que mon avis. et comme je suis très difficile en ce moment ben pas de chance je risque fortement de te décendre. désolée d'avance. je vais tenter de pointer les points positif aussi.

ton texte me laisse mitiger cochon d'inde. D'un coté j'ai adoré ta première partie :unjournormal:  un style d'écriture haché qui ne te laisse pas le temps de t'ennuyé. et qui ne tourne pas pas pendant mille ans autour d'un sujet sans le traiter. la mise en page ne gêne pas trop vu qu'il est court. meme si il y a des moyens d'aéré (qui aiderai a garder le rythme).

d'un autre coté ton second texte me perturbe. bon il est long... ok tu aime les texte long comme 90% des gens sur ce fofo donc ok. mais du coup ta mise en page le rend tres lourd. j'ai tenter de le lire a voix haute pour me faire une idée de la musicalité (point tres important pour moi) mais je perdait tout le temps la ligne donc désespoir et j'ai laisser tomber. et c'est dommage. perce que pour que Cornedor + Ragne + Silenuse dise qu'il est bien, il doit l'etre. mais pas moyen de rentré dedans donc pour moi :(

bon au final je sais que ce texte doit etre bon. mais pas moyen de trouver pourquoi. le manque de mise en page et d'un rythme tres marqué m'ont laisser un gout de pas fini, d'un texte brut.

désolée j'ai pas accrocher. bonne soirée
:ippa:


ps: ta mise en page ma donner envie de fuir a de nombreuse reprise (sérieusement a moins d'être sur portable, le tuto est super simple rien que pour aéré un peu).

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Pantouffe

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Mar 8 Mar - 12:25

Hey Ippa. ( J'ai envie d'écrire Appa bordel /BUS/ ) Tu as donc su déceler le jeu de mot foireux caché là. MISÈRE.
Tu peux m'appeler Pan. ^^

Ne t'en fais pas, je comprends parfaitement que tu n'ais pas accroché, mais c'est gentil de le dire avec une certaine délicatesse. :D
La mise en page foireuse est récurrente chez moi, ça fait malheureusement partie de mes problèmes 8D. Ce n'est donc pas une question de tuto, j'ai simplement un caractère buté, et j'aère donc selon mon propre goût, quand j'estime que ça fait sens dans le texte. Et il se trouve que je n'ai absolument AUCUNE idée de quand "il faudrait" aérer, donc ça donne ces gros pavés mal mis en forme, parce-que pour moi, ça fait sens, tout fonctionne par blocs, et mon légendaire sens de l'organisation échappe au commun des mortels. /out Je n'aime pas sauter à la ligne à la légère, je répugne en général à le faire trop souvent, ça me donne l'impression de faire quelque chose d'artificiel, parce-que je ne le ressens pas moi même.
Donc tu n'es pas le premier à pâlir d'horreur face à mes mises en page, c'est juste récurent. Ne t'en fais pas, il y a un comité de soutiens pour les victimes. *patpat*

L'aspect brut est voulu quoiqu'un peu trompeur ^^. J'aime écrire de manière spontanée et changer le moins possible mon premier jet, dans la forme, pour en garder l'essence. ( Ce qui est plus que contestable. ) Bien sûr, je retravaille le tout, je change quelques petites choses ( parfois sur plusieurs mois, la version que j'ai posté n'est peut-être même pas définitive ) mais en général, je préfère lâcher des textes bruts. Ce n'est pas toujours le cas, et parfois je travaille minutieusement chaque phrase, mais mes derniers textes en date sont plutôt spontanés. ( Parce-que j'ai produis pas mal "d'écritures automatiques" à une époque, qui consistaient en fait pour moi à écrire sans discontinuer, sans pause, sans me laisser le temps de réfléchir, et sans revenir sur les phrases, sans chercher forcément à faire sens, bien que souvent elles soient en fait construites et pas totalement absurdes. DU COUP. J'ai encore cette envie d'écrire avec le plus de spontanéité possible, et parfois. CA CASSE. )

Chose amusante, j'accorde une grande importance moi aussi à la musicalité de mes textes 8D. Et c'est vrai qu'elle est moins perceptible ici, moins soutenue, plus changeante. Cependant, elle est bien présente..... Après, je prends en compte chaque liaison, chaque virgule, chaque point, ce qu'on ne prend pas forcément le temps de faire en lisant, alors parfois je suis le seul à la percevoir.
Mais ici, je comprends que tu ne l'ais pas perçu, car elle est beaucoup moins travaillée que dans mes autres textes ^^.


Voilà, j'espère que tu ne fuiras pas mes prochains textes pour autant, je te jure qu'ils ne sont pas tous aussi horribles. D8 ( CERTAINS SONT PIRES AHAHAHAH *crève* ) Merci d'avoir pris le temps de poster un commentaire bien que je n'ai pas su t'emporter !

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Ailée-Folie

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Ven 15 Avr - 18:53

...
...
*enlève ses lunettes imaginaires*
Waw. Tu m'as collé le frisson, Pantouffe. Un bon vieux frisson de pur plaisir parce que c'est exactement ce que lire ton texte a provoqué chez moi.
Je pensais citer le texte et l'annoter comme l'ont fait les autres, mais au final j'ai supprimé ma sélection après n'avoir rien trouvé à écrire.
Tes images sont sublimes, le rythme est merveilleux, c'est un texte que je relirais volontiers de nombreuses autres fois. Bravo et merci d'avoir écrit tout ça. <3

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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    Ven 6 Mai - 16:10

La mise en page m'a tabassé les yeux, c'est fait n'y revenons pas, désolé de dire la même chose que les autres mais ça m'a vraiment marqué, déjà que je n'aime pas lire sur un écran.

C'est noir et grand, est-ce grandiloquent... je ne sais pas trop, c'est hip ^^



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MessageSujet: Re: Je me souviens... [-18]    

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Je me souviens... [-18]
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