Encre Nocturne
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 Malgré le temps et l'espace

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4803
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Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Malgré le temps et l'espace   Jeu 14 Avr 2016 - 10:21

Pouet !

Voici (enfin diront certains) le dernier texte qu'Ouppo et moi avions dans les tiroirs ! Il répond au thème d'un concours  : "Malgré le temps et l'espace" auxquels nous participons à deux. (éwi nous sommes des tricheurs. Nyéhéhé)

C'est assez surréaliste, avec un côté conte. Et ne vous inquiétez pas, c'est très court. :corn2:

PS. Je pense que vous parviendrez sans mal à reconnaître les parties écrites par Oup et les miennes :3




   

Malgré le temps et l'espace (ou un titre random vu qu'on n'y a pas encore réfléchi...)
   

   

           

   
           Des méandres douces et liquides palpitaient sous l'éclat de la lune. Il s'agissait d'un ruisseau minuscule, qui traçait timidement son lit entre les cailloux cuits par le soleil et la terre craquelée comme une peau de grand-mère.
           Du moins, cela avait été ainsi, jusqu'à récemment.
           La jeune femme qui bondissait de pierre en pierre s'arrêta un instant. Elle cligna des yeux et la vision du ruisselet disparut. Laissant derrière elle un pauvre petit lit vide, sec et sinueux, encore scintillant de nostalgie.
           Pestant contre les talons de ses sandales qui trébuchaient sur les rochers, l'exploratrice échevelée effleura du regard ce serpent de terre qui s'étirait jusqu'aux premières maisons. Ses prunelles s'éclairèrent soudain ; elle lâcha un petit cri ravi et courut un peu plus loin, sautillant  de plus belle dans les échos de bois que produisaient ses semelles.
           – Enfin ! laissa-t-elle échapper en se baissant.
           Elle ramassa une bouteille de verre, comme abandonnée là où jadis il y avait eu de l'eau. Corps translucide, dans lequel s'enroulait un cœur de papier et de mots.
           Bouillant d'impatience, son trésor serré contre elle, elle crapahuta jusqu'au rocher le plus proche, s'y assit avec précipitation et déboucha le fragile flacon. A ce moment précis, des hurlements frissonnants s'étirèrent dans la nuit. Déployant des harmoniques froides et sauvages.
           La meute était en chasse… Mais elle resterait à rôder le long des remparts de la ville. Ces remparts de terre et de feu qui s'effritaient chaque jour dans des cascades de poussière. La fin était proche… Mais la lecture de la lettre l'était plus encore, et infiniment plus séduisante.
           Sa main agile et abîmée par le soleil extirpa le message de son contenant, le défroissa avec hâte et le présenta à la lueur de la lune bienveillante.
Ainsi lisait une jeune femme sans avenir, assise sur les ruines de son monde en miettes.




***




Bonjour, bonsoir et joyeux non-anniversaire.


J’espère que tu vas bien.


Moi ça va puisqu’il pleut. Quand il pleut mon cœur se lave, le gris coule lentement sur mes joues et sous mes vêtements. Ces rigoles sont celles que j’aurais aimé avoir le jour où elle est parti. La pluie ça a tout les avantages des vraies larmes sans les inconvénients.


Sinon j’ai décidé de prendre des cours de cuisine et de calligraphie. Tu as vu comme mon écriture s’est améliorée ? Non tu n’es pas obligée de répondre, je connais  déjà la triste vérité. Un de mes amis m’a dit qui si Satan écrivait à la main, il aurait plus ou moins mon écriture. Et mon ami fait de la graphologie en prison.


Donc je m’excuse pour t’avoir imposé cette torture tout ce temps, j’espère que tes yeux s’en remettront bien vite et que ton opération pour la cataracte que je t’ai refilée se passera bien.


Bien je n’ai rien d’autre à te raconter, parce que je ne fais pas grand chose de ma vie sûrement.

Parce que je suis dans ma chaise d’où je ne décolle jamais, quand je suis chez moi tout du moins. Dans cette chaise là je lis, je ris sans joie, je me me morfonds, je bois. Dans cette chaise en pin noir, je suis gris. Pas que je boive, mais la morosité suffit à m'enivrer, la morosité m’aigris. Mais gris, je m’assèche, je ne mange pas dans cette chaise. Mais je dégrise grâce à la bouteille, elle gratte la peinture grisâtre et me dessoûle de mon moi-même omniprésent. C’est pour cela que j'attends la pluie avec impatience, car elle me ramène tout le temps une amie venue de loin, avec qui je ris.

Va, va petite bouteille. Navigue dans le caniveau, vit de grandes aventures, affronte des monstres velus et écailleux, nage dans les ruisseaux, nage dans les rigoles.
Va, va et délivre mon message.


A plus tard.


PS : Le cyclope cosmique ne pleurera plus avant dix ans. Donc à dans dix ans !










          La nuit se meurt, le jour revit, il est entre potron-minet et chien, l’heure est mort-vivante; comme le personnage malingre qui se tient dans sa chaise ici avant son café, les grognements d’outre-tombe en moins.
          Le bleu de minuit termine sa permanence, l’heure bleue se retire; l’œil rouge contemple les nuages, teinte le fond du ciel d’opale et les nuages d’indigo. Les couleurs du ciel explosent et se répandent sur le monde pour lui redonner ses couleurs, comme un feu d’artifice qui retomberait en poudre colorée de vert, d’orange de bleu et rouge. Qui lui redonnerait les odeurs et les bruits, qui redonnerait l’espoir. Pourtant ce n’est pas sous la forme d’un nuage de poudre colorée, que vient l’espoir pour celui qui, assis dans sa chaise, regarde les nuages gris à l’ouest. C’est la pluie qui arrive. C’est le noir qui est sa couleur de l’espoir.    

Plic

--A pic.

Ploc  

Plong

--Te voilà.



***




Salut.
           J'espère que tu vas bien. Oui, bon, je sais, c'est pas très original comme entrée en matière, mais bon, tu peux parler toi, avec tes "Joyeux non-anniversaire"... D'ailleurs, j'en profite pour te dire qu'à ton époque Alice est peut-être encore à la mode, mais chez nous, on n'en parle plus depuis longtemps… Très longtemps.

           Mais bref ! Puisque tu échoues, comme toujours, à raconter ta vie avec emphase, c'est donc à moi de m'y coller (comme d'habitude). Ici le ciel n'est pas gris comme tu l'aimes tant, tu le devines évidemment, puisque la pluie n'a plus montré le bout de son nez humide depuis dix ou vingt ans. Dix ou vingt ? Quelle importance après tout. Ici tout ce qui existe, ce sont les craquelures de la terre à l'agonie, une agonie éternelle qui jamais ne reflue ni ne se termine, une agonie qui continuera de brûler sa douleur après que nos squelettes s'y soient dissout…  Oui, bon, je sais, c'est pas très gai ce que je raconte. Mais après tout, si nous échangeons ces fragiles navires de verre au ventre empli de mots et de papier, qui voguent dans les méandres bleus du temps, c'est bien pour raconter nos vies, non ? La tienne semble être un fleuve calme et dense sur lequel tu navigues avec tranquillité… Haha sur ta chaise à la dérive tu dois être une vraie méduse ! Des cours de calligraphie, dis-tu ? Heureusement que tu m'en as parlé, je ne m'en serais guère rendue compte toute seule ! Quoique, ces lettrines cousues de volutes d'encre en début de paragraphe me sont inconnues. Je te félicite de leur élégance ! Je t'imagine penché sur ta feuille, langue tirée, plume aux aguets glissant sur la page douce…

           La mienne (oui, ma vie, voyons, suis un peu, je termine ma phrase, enfin, mes phrases) est ardente de soleil, zébrée de fissures qui dégorgent un sang de plastique et de vieux pétrole ; et surtout, éclatante des échos de voix de loups !

           Eh oui, ces loups qui te fascinent tant, que tu essaies en vain de relier aux prédateurs de ton époque… Ils se font plus présents chaque jour, chaque nuit devrais-je dire, plus pressants, plus hostiles. Tu sais déjà que ces coureurs des bois sont devenus des hyènes du désert, des voleurs de bébés, des égorgeurs de chats. On ne saurait leur en tenir rigueur… Mais à présent, ils frôlent les remparts de la ville, ils urinent le long de la grand-porte toujours close, ils rôdent au creux des douves vidées par le soleil. Et ils hurlent ! Ces hurlements, si tu pouvais les entendre, toi le contemplatif, toi qui médite la nuit afin de trouver le sommeil… Ils ont longtemps bercé le mien, de leur grâce envoûtante et dangereuse, comme si c'était la montagne désertique, la terre épuisée, le monde tout entier qui fredonnait à mon oreille. Mais à présent… à présent qu'ils ont tué mes chats, les uns après les autres,  à présent que leur odeur musquée flotte devant ma porte lorsque le soleil se lève, à présent que leur mâchoire a acquis la puissance de celles des hyènes briseuses de crânes, non, ils ne me bercent plus. Ils me tiennent éveillée, alors que la lune monte doucement dans le ciel, et s'il n'y avait ces cris froids et langoureux, je pourrais m'imaginer en la fixant que tout est comme avant, que rien n'a changé, que chez nous aussi, on peut apprendre la calligraphie et sentir la pluie couler sur nos joues telle des larmes longtemps retenues.

           Et voilà, je me suis encore beaucoup trop étalée… et toujours pour dire la même chose ! Tu auras le droit de râler, promis. J'attends ta réponse, pour toujours plus de nouvelles de ta vie palpitante. (Tu auras aussi le droit de râler pour cette ironie mal placée.)

PS. Oh, j'allais oublier ! Le dernier ruisselet de la ville s'est asséché… Nous avons fait brûler des bougies pendant trois jours afin d'aider son esprit à rejoindre les cieux. J'espère qu'il s'y trouvera mieux… Enfin bref, je te dis ça parce que l'accès aux puits étant sévèrement réglementé, je ne pourrais désormais plus envoyer ni recevoir de bouteilles. Mais rassure-toi ! N'espère pas être débarrassé de moi aussi facilement. Désormais, ce seront des avions en papier qui porteront nos mots, en dentelles d'encre sur leur fuselage. Je t'envoie celui-ci aussi vite que possible, dès que le Simoun se sera levé.

PPS. Raconte-moi encore comment la pluie ruisselle sur tes joues, s'il te plaît…




   

   
   

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helio

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Masculin Lion Messages : 141
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Jeu 14 Avr 2016 - 13:46

Bon, même s'il n'y a pas grand chose à dire...Commentaire!!!
D'abord sur la forme, ensuite sur le fond.

commentaire sur la forme:
 


Que dire, que dire... et bien c'est magnifique, l'idée d'un dialogue hors du temps (tiens c'est pas mal comme titre ^^) m'a beaucoup plus; la situation des deux monde, les personnages (l'un alcoolique et dépressif dans un monde ou il pleut, c'est à dire en bonne santé, et la fille insouciante et pleine de vie dans un monde à l'agonie) sont superbes. l'écriture fluide, et on sent un énorme travail.

J'ai cherché la petite bête, bravo et merci pour ce texte magnifique.
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Tiunterof
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Jeu 14 Avr 2016 - 17:13

Wouaw ! C'est génial ! Vous prévoyez une suite j'espère. Wiii

C'est vraiment très beau, on voit bien la différence entre les deux styles d'écritures mais ils se complètent plutôt bien je trouve. ^^

Je sais pas quoi dire de très constructif parce que pour moi il n'y a rien à changer, ce texte est parfait comme ça ! Mais du coup on s'y plonge si facilement qu'on déplore qu'il soit si court. :c

En tout cas j'ai adoré, vous avez vraiment fait quelque chose de génial !
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Jeu 14 Avr 2016 - 22:28

Je n'ai pas le courage de faire un commentaire détaillé. Et de toute façon, outre un bouillant qui m'a fait bondir devant tant de laideur (bouillonnant, je vous en supplie) il n'y en a pas besoin.
C'est une joli histoire, très tendre. Vos plumes se marie bien, et la différence de maturité se ressent dedans, ce qui permet vraiment le dialogue à travers le temps.
Et ça c'est trop cool.
Bravo
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Le Molosse
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Sam 16 Avr 2016 - 11:47

Y aura une suite ? J'adore, car vous écrivez à quatre mains mais on vous reconnait assez aisément quand même :) J'adore la poésie, la féerie de l'écrit et la facilité avec laquelle ce dernier nous permet de rêvasser :) Bien joué à vous deux !

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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Dim 17 Avr 2016 - 16:40

Oooh vous êtes trop gentils coeur

Merci à vous quatre, chuis heureuse que ça vous ait autant plu, et je suis sûre qu'Oup pense pareil. :corn2:

Souhaitez-nous bonne chance pour le concouuuuuurs :corn2:


Perso j'aimerais bien en refaire, peut-être pas écrire une suite mais faire d'autres lettres, comme ça, avec Oup (effectivement, je trouve aussi que nos deux styles sont plutôt sympas ensemble) ou bien quelqu'un d'autre :arbre:


Du coup voilà une autre lettre de ma part, très semblable celle-ci mais dans un monde très différent. :-p
http://www.encre-nocturne.com/t4241-lettre-d-une-future-etoile

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Dragon Dae

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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Mer 20 Avr 2016 - 10:06

À la fois très amusant(le contenu des lettres), angoissant (on imagine bien les loups rôder aux portes et l'eau se faire toujours plus rare) et mélancolique, j'aurais moi aussi voulu une suite !
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   Jeu 21 Avr 2016 - 11:54

Haha merci Dae :la: :la:
Je verrais avec Oup pour une suite éventuelle, mais ça m'étonnerait qu'on se lance là-dedans : on ne saurait plus quoi dire Ouf !

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MessageSujet: Re: Malgré le temps et l'espace   

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