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 L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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MessageSujet: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 16 Mai 2016 - 19:22

Pouet. C'est moi. pw
Je sais plus du tout comment j'ai eu cette idée, mais elle était là, bien au chaud fourrée sous mon crâne, et j'arrivais plus à m'en dépêtrer, alors voilà une première partie. :arbre: Bon, pour l'instant c'est un peu de l'ordre du délire, hein. Je ne suis pas sûre de poursuivre, ni d'arriver au bout de l'histoire ; mais si vous aimez bien, alors dites-le, ça m'encouragera à continuer :unjournormal:




L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler

Première lettre


     

   

         


          Bonjour.

          J'espère que tu vas bien.

          Je… suis un chat.

          …

          Je le savais ! Je le savais, que ça allait faire bizarre. J'ai d'abord pensé à mettre ça en tout premier, avant même le bonjour ; puis avant le "j'espère que tu vas bien", d'ailleurs celui-là j'ai failli le virer, mais je me suis dit, si les gens disent toujours ça en début de lettre, il doit bien y avoir une raison, alors je vais le mettre aussi. Du coup je l'ai mis après, le "Je suis un chat". Et dans absolument tous les cas, ça fait bizarre. Pourtant il faut bien que je le dise, voyons. Je ne vais pas laisser ça en suspens ; habituellement les gens savent que je suis un chat, il le voient bien quand on se rencontre en personne, mais une lettre ! Une lettre !

          Déjà, les lettres, je trouve le principe stupidissime. Pourquoi vouloir parler à quelqu'un qui est si loin qu'on ne peut même pas aller lui parler en personne ? Autant attendre qu'il revienne vous voir. Je trouve ça très malpoli, d'éviter de parler aux gens en face à face. Moi, quand je vais mettre une baffe au gros roux qui squatte mon garage - mon garage à moi et rien qu'à moi, là où ma maîtresse chérie m'a laissé plein de jolis paniers et plein de plaids tout doux -, je fais l'effort de bouger mes fesses, que diable ! Je ne lui jette pas un bout de papier expliquant "Dis, mon vieux moche, tu peux dégager de là, s'il te plaît, parce que tu vois, là où tu es c'est chez moi et je ne tolère pas ton odeur de rat crevé." Non ! Moi je suis bien élevé, je vais le voir en personne, ce monsieur, pour lui exprimer mes sincères salutations. Pourquoi les humains manquent-ils tant de savoir-vivre ?

          Enfin bref ! Qu'est-ce que je disais, déjà ? Ah oui ! Du coup, auguste inconnu, tu dois te demander pourquoi je suis en train de t'écrire. Alors que je viens de dire en long en large et en travers que j'avais horreur des lettres. C'est pourtant simple : quand je veux parler à quelqu'un, je vais lui parler, mais là, j'ai envie de parler à quelqu'un que je ne connais pas et qui ne me répondra jamais. Ordinairement, je parle tout seul – c'est une activité saine et très agréable – mais l'ennui avec mon moi-même, c'est qu'il sait déjà tout ce que je lui dis. C'est devenu un peu agaçant au fil des années. Imagine : non seulement je raconte ma vie à quelqu'un qui ne m'écoute pas à moitié parce qu'il sait déjà tout ; mais en prime, je suis obligé de subir ce bavardage intempestif à longueur de temps alors que je sais déjà tout.

          L'inconvénient de cette lettre, c'est que ce n'est pas une vraie lettre, enregistrement oblige. J'ai vraiment essayé pourtant. Je sais lire et écrire depuis que, tout petit encore, je restais sur le bureau de ma maîtresse alors qu'elle faisait ses devoirs en râlant contre la tyrannie de l'Education Nationale – majuscules, s'il vous plaît. J'en suis d'ailleurs très fier. Je suis pour ainsi dire un lettré, un savant, en plus d'être un dandy à l'élégance lumineuse. Or par ici, il n'y a que des chats idiots ; soit des clochards dépenaillés tout juste bons à faire la manche en miaulant sans cesse, soit de jeunes coqs stupides qui paradent devant la petite voisine en ébouriffant leurs queues comme des plumeaux ; ou encore des animaux obèses vautrés sur les canapés des vieilles, lapant leurs fonds de crème. Ah, pour ça, on est bien logés, à la campagne ! Une belle brochette de badauds balourds, triste ambassade de la gent féline. Les seuls avec lesquels je parviens à avoir des discussions qui ne finissent pas en bâillements d'ennui – ou en bagarres qui éclatent par surprise à la manière des pétards d'adolescents –, ce sont les chats harets. Les errants, les marauds de la forêt et des champs. Eux, au moins, sont de fieffés chasseurs, à l'intelligence vive, à la ruse incisive ; en somme, des gens tout à fait fréquentables, n'en déplaise aux bourgeois amateurs de crème fraîche. On peut discuter sans soucis, leur extorquer quelques bons plans ou astuces pour les oiseaux ou les mulots. Certains de ces féroces saignent même des lapins et des poules !

          Moi, les poules, il y a longtemps que j'ai passé l'éponge. Ces géantes me regardent d'un sale œil ; leurs prunelles fixes me font courir des frissons le long de l'échine. Depuis que ma famille a décidé d'en mettre dans le jardin, j'ose à peine y promener ma carcasse. Elles me suivent partout comme des dinosaures avides de viande fraîche. Ma maîtresse a beau m'assurer qu'elles ne se nourrissent que de grains, elle se trompe. Ces monstres passent leur temps à me voler mes proies. Si j'ai le malheur de laisser un cadavre encore chaud, à peine entamé, le temps d'aller chercher ma maîtresse pour lui montrer mes exploits de chasseur, paf ! La troupe caquetante se rue dessus. L'une attrape le corps dans son bec et ffiuuut ! Se sauve en trottant comme un beau diable, semant des gouttelettes de sang dans son sillage. Un sillage de poules la poursuit en grand désordre, tentant de s'accaparer le trésor, déchiquetant la souris dans une mêlée ridicule où tous les coups sont permis. Sans compter toutes les fois où je les ai vues passer, troupeau hurlant lancé à pleine allure dans le jardin, un ou deux boyaux pendant du bec ; ceux qu'elles venaient d'extirper d'une vieille charogne à l'abandon et depuis longtemps mangée de vers.

          Bref, les poules sont des monstres sanguinaires, pas de paisibles mangeuses de blé. Qu'on se le dise. Je ne peux supporter la vue de ces stupides volatiles.

          …

          J'étais en train de parler de quelque chose. Pourquoi est-ce que je déblatère soudainement à propos de poules ? Qui s'intéresse aux poules ? Comment est-ce que c'est venu dans la conversation ? Enfin, l'ersatz de conversation que j'essaie d'entretenir avec cet enregistreur.

          Ah oui ! Voilà de quoi je voulais parler : cette lettre. Quel stupide félin je fais. A parler de poules alors qu'un sujet tellement plus intéressant s'offre à nous : mes péripéties avec l'ordinateur de ma maîtresse. En effet, je comptais au départ t'écrire une belle lettre à la plume, mais ma maîtresse n'a ni plume ni encrier, cette écervelée écrit à l'ordinateur. Déçu, je me suis rabattu sur le stylo-bille, mais j'ai bien vite abdiqué : il n'est guère facile, pour un chat, de se saisir d'une chose pareille. Finalement, la mort dans l'âme, j'ai tenté d'imiter ma maîtresse en tapotant les touches de son clavier, de manière passablement ridicule. Le stratagème fonctionnait à merveille, je reprenais espoir, les lettres et bientôt les mots et les phrases s'étalaient sur la belle page blanche, traduisant mes pensées, les rendant visibles à tout le monde, te rends-tu compte ? Quelle merveille que l'écriture ! Hélas, ma bonne amie est revenue après son goûter, a poussé un cri en me voyant à l'œuvre, avant de fondre sur moi et de me jeter – le mot est juste – par la fenêtre.

          Oui, par la fenêtre.

          Oui, cela est habituel, et oui, je suis décidément une victime.

          Il se trouve que sa chambre se situe tout de même au premier étage, et que le lancer de chat implique une longue et désagréable glissade sur le toit raide, agrémentée d'atroces grincements de tôle grâce aux griffes dudit chat. Avant la chute et l'écrabouillement final au niveau du perron.

          Ma maîtresse dit que cela a le don de me remettre les idées en place, et elle n'a pas tort. En général, cela a un remarquable effet sur mon comportement. Mais je ne peux jamais résister à l'attraction de son ordinateur, cet objet sacré qui me nargue depuis des lustres. Le premier lancer de chat relatif à cette chose merveilleuse était dû à un mystérieux inversement de l'écran. Ma foi, je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé. A peine avais-je posé les pattes sur le clavier que ma maîtresse a hurlé ; j'ai vu que le haut de sa page était maintenant en bas, et vice-versa, que toutes ses phrases s'étalaient à l'envers et que même le petit machin qui lui sert à cliquer partout s'agitait à l'inverse de ce qu'elle voulait. Je vous assure que j'étais aussi surpris qu'elle. Elle s'est acharnée un peu sur le clavier, sans succès ; puis elle m'a remis dessus, sans doute dans l'espoir que mes pattes possèdent un étrange pouvoir magique qui pourrait annuler la catastrophe. Devant l'échec cuisant de cette dernière tentative, elle m'attrapa par la peau du cou, ouvrit la fenêtre – je poussais un miaulement plaintif, non, pas ça ! Pas la fenêtre, pitié ! – et me jeta vers le ciel avec une force insoupçonnée qui me fit décrire une telle volte que je faillis bien manquer la gouttière et m'écraser au sol sans amortissement préalable.

          Bref, c'est ma maîtresse. Elle est un peu brute parfois, mais elle sent très bon, elle est très douée pour les câlins et elle a une voix presque aussi jolie que la mienne. C'est ma maîtresse et je l'aime. Oh que je l'aime !

          Mais je l'aimerais plus encore si elle n'avait pas la manie de me jeter par la fenêtre à chaque fois qu'elle me voit monter sur son clavier, ou bien si elle n'avait pas mis ces monstres de poules dans le jardin qui m'appartient.

          Les voilà qui s'approchent encore ; c'est incroyable, on ne peut même pas prendre le soleil entre deux brins d'herbe sans qu'elles viennent fourrer leur sale tête de pioche dans les parages ! Je déteste la manière dont elles me lorgnent – on dirait qu'elles cherchent le bon moment pour se jeter sur moi et faire éclater mes yeux d'un coup de bec, comme des fruits trop mûrs. Ce sont vraiment d'immondes bestioles.

          Bon, de quoi est-ce que je parlais avant de repartir sur le sujet des poules ?

          Elles me fixent vraiment d'un air étrange. Pourvu qu'elles restent loin, le plus loin possible.

          Ah oui ! La lettre. Foi de Machiavel, je n'ai décidément aucune cervelle. Donc, après autant d'échecs cuisants pour écrire ma lettre, j'ai jeté mon dévolu sur la vieille cassette audio de ma maîtresse. Celle qui date de son enfance et qui traîne depuis des lustres dans un tiroir plein de bric-à-brac. En fait, je l'ai remarquée car ma bonne amie est retombée dessus il y a quelques jours ; elle a éclaté de rire et s'est amusée à enregistrer divers bruits idiots, avant de la délaisser à nouveau. Je me suis immédiatement jeté dessus. En plus d'être un objet miraculeux et beaucoup mieux adapté à ma morphologie que les précédents, il est suffisamment léger pour que je puisse le cacher où je veux ! Je me suis donc installé dans le jardin, au milieu des bourdonnements, des parfums délicats et des éventails multicolores des fleurs, j'ai effacé les blub et les blop de ma maîtresse et fait quelques essais. Ma foi, tu ne pourras écouter ma voix dans toute sa mélodieuse perfection ; ce vieux machin est inapte à la conserver avec succès. Mais au moins, mes péripéties ne te resteront pas inconnues !

          Oh, qu'entends-je soudain ? Quel bruit délicieux vient carillonner à mes oreilles ?

          Mais oui ! C'est bien ça ! La pluie métallique des croquettes dans la gamelle ! Accompagnée du doux "Machiavel ! Machiavel ! " de mon adorée. Bon, d'accord. Je veux bien admettre que son appel n'a en fait rien de doux ; elle braille comme un cochon qu'on égorge. Mais personne n'est parfait !

          Je clos donc cette première Lettre – avec majuscule, s'il vous plaît –, mon cher inconnu, et vais me sustenter de mon pas souple et gracieux. Ne t'en fais pas, je reviens bientôt. Tu auras de mes palpitantes nouvelles à te mettre sous la dent.

          Je te parlerai de mon plan – oui, j'ai un plan, un plan d'enfer, un grand projet, un destin hors du commun à accomplir, tout cela à la fois, mais tu n'en sauras pas plus aujourd'hui !



          Te priant de recevoir mes respectueux reniflements,  

          Machiavel, ce chat tigré à la classe incommensurable qui hante le jardin du 2, place du Bourg, en compagnie de sa nouvelle amie la cassette audio.




   

   

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]


Dernière édition par Cornedor le Mer 18 Mai 2016 - 14:48, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 16 Mai 2016 - 19:35

Citation :
Je sais plus du tout comment j'ai eu cette idée, mais elle était là, bien au chaud fourrée sous mon crâne,
AHDE


AHDE

Je lirais le texte plus tard, mais à mon avis, ça viens de notre discussion sur le bouquin
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 16 Mai 2016 - 19:37

NON MAIS SANS BLAGUE

:facepalm:

Non mais en vrai c'est vachement plus récent que ça u_u ça a fait plop un jour après un truc, mais je sais plus quoi.

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Mar 17 Mai 2016 - 23:15

Ah voilà que j'ai eu la foi de tout lire. Pour un seul post c'est un peu long. Mais comme c'est drôle ça passe tout seul. Commentaire me voilà !

Cornedor a écrit:


L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler

Première lettre


     

   

         


          Bonjour.

          J'espère que tu vas bien.

          Je… suis un chat.

          …

          Je le savais ! Je le savais, que ça allait faire bizarre. J'ai d'abord pensé à mettre ça en tout premier, avant même le bonjour ; puis avant le "j'espère que tu vas bien", d'ailleurs celui-là j'ai failli le virer, mais je me suis dit, si les gens disent toujours ça en début de lettre, il doit bien y avoir une raison, alors je vais le mettre aussi. Du coup je l'ai mis après, le "Je suis un chat". Et dans absolument tous les cas, ça fait bizarre. Pourtant il faut bien que je le dise, voyons. Je ne vais pas laisser ça en suspens ; habituellement les gens savent que je suis un chat, il le voient bien quand on se rencontre en personne, mais une lettre ! Une lettre !

          Déjà, les lettres, je trouve le principe stupidissime. Pourquoi vouloir parler à quelqu'un qui est si loin qu'on ne peut même pas aller lui parler en personne ? Autant attendre qu'il revienne vous voir. Je trouve ça très malpoli, d'éviter de parler aux gens en face à face. Moi, quand je vais mettre une baffe au gros roux qui squatte mon garage - mon garage à moi et rien qu'à moi, là où ma maîtresse chérie m'a laissé plein de jolis paniers et plein de plaids tout doux -, je fais l'effort de bouger mes fesses, que diable ! Je ne lui jette pas un bout de papier expliquant "Dis, mon vieux moche, tu peux dégager de là, s'il te plaît, parce que tu vois, là où tu es c'est chez moi et je ne tolère pas ton odeur de rat crevé." Non ! Moi je suis bien élevé, je vais le voir en personne, ce monsieur, pour lui exprimer mes sincères salutations. Pourquoi les humains manquent-ils tant de savoir-vivre ?

          Enfin bref ! Qu'est-ce que je disais, déjà ? Ah oui ! Du coup, auguste inconnu, tu dois te demander pourquoi je suis en train de t'écrire. Alors que je viens de dire en long en large et en travers que j'avais horreur des lettres. C'est pourtant simple : quand je veux parler à quelqu'un, je vais lui parler, mais là, j'ai envie de parler à quelqu'un que je ne connais pas et qui ne me répondra jamais. Ordinairement, je parle tout seul – c'est une activité saine et très agréable – mais l'ennui avec mon moi-même, c'est qu'il sait déjà tout ce que je lui dis. C'est devenu un peu agaçant au fil des années. Imagine : non seulement je raconte ma vie à quelqu'un qui ne m'écoute pas à moitié parce qu'il sait déjà tout ; mais en prime, je suis obligé de subir ce bavardage intempestif à longueur de temps alors que je sais déjà tout. ça fait beaucoup de je sais tout. Ce chat aime les répétitions...

          L'inconvénient de cette lettre, c'est que ce n'est pas une vraie lettre, enregistrement oblige. deeee ? J'ai vraiment essayé pourtant. Je sais lire et écrire depuis que, tout petit encore, je restais sur le bureau de ma maîtresse alors qu'elle faisait ses devoirs en râlant contre la tyrannie de l'Education Nationale – majuscules, s'il vous plaît. J'en suis d'ailleurs très fier. Je suis pour ainsi dire un lettré, un savant, en plus d'être un dandy à l'élégance lumineuse. eh bien, eh bien... Or par ici, il n'y a que des chats idiots ; soit des clochards dépenaillés Oh ! ce mot ! ça faisait longtemps ! tout juste bons à faire la manche en miaulant sans cesse, soit de jeunes coqs stupides qui paradent devant la petite voisine en ébouriffant leurs queues comme des plumeaux ; ou encore des animaux obèses vautrés sur les canapés des vieilles, lapant leurs fonds de crème. Ah, pour ça, on est bien logés, à la campagne ! Une belle brochette de badauds balourds joli , triste ambassade de la gent féline. Les seuls avec qui lesquels non ? je parviens à avoir des discussions qui ne finissent pas en bâillements d'ennui – ou en bagarres qui éclatent par surprise à la manière des pétards d'adolescents dommage pour la périphrase qui alourdit (haha) la phrase –, ce sont les chats harets. Les errants, les marauds de la forêt et des champs. Eux, au moins, sont de fieffés chasseurs, à l'intelligence vive, à la ruse incisive joli ; en somme, des gens tout à fait fréquentables, n'en déplaise aux bourgeois amateurs de crème fraîche. On peut discuter sans soucis, leur extorquer quelques bons plans ou astuces pour les oiseaux ou les mulots. Certains de ces féroces saignent même des lapins et des poules !

          Moi, les poules, il y a longtemps que j'ai passé l'éponge bouhou, je sais qu'il écrit comme il parle mais c'est trop ! . Ces géantes me regardent d'un sale œil ; leurs prunelles fixes me donnent des frissons à l'échine le à est pas terrible, le long peut-être ? . Depuis que ma famille a décidé d'en mettre dans le jardin, j'ose à peine y promener ma carcasse :enthousiasme: ! . Elles me suivent partout comme des dinosaures avides de viande fraîche. :enthousiasme: Ma maîtresse a beau m'assurer qu'elles ne se nourrissent que de grains, elle se trompe. Ces monstres passent leur temps à me voler mes proies. Si j'ai le malheur de laisser un cadavre encore chaud, à peine entamé, le temps d'aller chercher ma maîtresse pour lui montrer mes exploits de chasseur, paf ! La troupe caquetante se rue dessus. L'une attrape le corps dans son bec et ffiuuut ! Se sauve en trottant comme un beau diable, semant des gouttelettes de sang dans son sillage. Un sillage de poules la poursuit en grand désordre, tentant de s'accaparer le trésor, déchiquetant la souris dans une mêlée ridicule où tous les coups sont permis. Sans compter toutes les fois où je les ai vues passer, troupeau hurlant lancé à pleine allure pleine allure... mix entre vive allure et plein gaz ? dans le jardin, un ou deux boyaux pendant du bec ; ceux qu'elles venaient d'extirper d'une vieille charogne à l'abandon et depuis longtemps mangée de vers. beurk. en tout cas ce passage sur les poules est très agréable à lire

          Voilà. Non ! Pas voilà ! Pas de voilà ! Tu manies suffisamment bien la langue française pour te passer de cet horrible mot-conclusion-foireuse Les poules sont des monstres sanguinaires, pas de paisibles mangeuses de blé. Qu'on se le dise. ^^ comme il y va Je ne peux supporter la vue de ces stupides volatiles.

          …

          J'étais en train de parler de quelque chose. Pourquoi est-ce que je déblatère soudainement à propos de poules ? Qui s'intéresse aux poules ? Comment est-ce que c'est venu dans la conversation ? ce chat est fou... Enfin, l'ersatz de conversation que j'essaie d'entretenir avec cet enregistreur.

          Ah oui ! Voilà de quoi ce dont... pitié ! je sais qu'il parle mais toi, tu écris ! je voulais parler : cette lettre. Quel stupide félin je fais. A parler de poules alors qu'un sujet tellement plus intéressant s'offre à nous : mes péripéties avec l'ordinateur de ma maîtresse. En effet, je comptais au départ t'écrire une belle lettre à la plume, mais ma maîtresse n'a ni plume ni encrier, cette écervelée écrit à l'ordinateur. Déçu, je me suis rabattu sur le stylobille espace oublié ?, mais j'ai bien vite abdiqué : il n'est guère facile, pour un chat, de se saisir d'une chose pareille. Finalement, la mort dans l'âme, j'ai tenté d'imiter ma maîtresse en tapotant les touches de son clavier, de manière passablement ridicule. Le stratagème fonctionnait à merveille, je reprenais espoir, les lettres et bientôt les mots et les phrases s'étalaient sur la belle page blanche, traduisant mes pensées, les rendant visibles à tout le monde, te rends-tu compte ? Quelle merveille que l'écriture ! Hélas, ma bonne amie est revenue après son goûter, a poussé un cri en me voyant à l'œuvre, avant de fondre sur moi et de me jeter – le mot est juste – par la fenêtre. pauvre bête martyrisée

          Oui, par la fenêtre.

          Oui, cela est habituel, et oui, je suis décidément une victime. il a un petit air de canaille ce chat quand même. Ca le rend sympathique. On se croirait presque dans les aventures de Huckelberry Finn.

          Il se trouve que sa chambre se situe tout de même au premier étage, et que le lancer de chat implique une longue et désagréable glissade sur le toit raide, agrémentée d'atroces grincements de tôle grâce aux griffes dudit chat. Avant la chute et l'écrabouillement final au niveau du  perron.

          Ma maîtresse dit que cela a le don de me remettre les idées en place, et elle n'a pas tort. En général, cela a un remarquable effet sur mon comportement. Mais je ne peux jamais résister à l'attraction de son ordinateur, cet objet sacré qui me nargue depuis des lustres. Le premier lancer de chat relatif à cette chose merveilleuse était dû à un mystérieux inversement de l'écran. Ma foi, je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé. A peine ai-je avais-je posé non ? posé les pattes sur le clavier que ma maîtresse a hurlé ; j'ai vu que le haut de sa page était maintenant en bas, et vice-versa, que toutes ses phrases s'étalaient à l'envers et que même le petit machin qui lui sert à cliquer partout s'agitait à l'inverse de ce qu'elle voulait. Je vous assure que j'étais aussi surpris qu'elle. Elle s'est acharnée un peu sur le clavier, sans succès ; puis elle m'a remis dessus, sans doute dans l'espoir que mes pattes possèdent un étrange pouvoir magique qui pourrait annuler la catastrophe. Devant l'échec cuisant de cette dernière tentative, elle m'attrapa par la peau du cou, ouvrit la fenêtre – je poussais un miaulement plaintif, non, pas encore ça encore ? ce n'était pas la première fois ? ! Pas la fenêtre, pitié ! – et me jeta vers le ciel avec une force insoupçonnée qui me fit décrire une telle volte que je faillis bien manquer la gouttière et m'écraser au sol sans amortissement préalable.

          Bref, c'est ma maîtresse. Elle est un peu brute parfois, mais elle sent très bon, elle est très douée pour les câlins et elle a une voix presque aussi jolie que la mienne. C'est ma maîtresse et je l'aime. Oh que je l'aime ! masochiste

          Mais je l'aimerais plus encore si elle n'avait pas la manie de me jeter par la fenêtre à chaque fois qu'elle me voit monter sur son clavier, ou bien si elle n'avait pas mis ces monstres de poules dans le jardin qui m'appartient.

          Les voilà qui s'approchent encore ; c'est incroyable, on ne peut même pas prendre le soleil entre deux brins d'herbe sans qu'elles viennent fourrer leur sale tête de pioche dans les parages ! Je déteste la manière dont elles me lorgnent – on dirait qu'elles cherchent le bon moment pour se jeter sur moi et faire éclater mes yeux d'un coup de bec, comme des fruits trop mûrs. Beurk Ce sont vraiment d'immondes bestioles. peut-être cette dernière phrase est en trop ? La phrase précédente se suffit à elle-même

          Bon, de quoi est-ce que je parlais avant de repartir sur le sujet des poules ?

          Elles me fixent vraiment d'un air étrange. Pourvu qu'elles restent loin, le plus loin possible.

          Ah oui ! La lettre. Foi de Machiavel, je n'ai décidément aucune cervelle je confirme, ce chat a l'art de digresser. Donc, après autant d'échecs cuisants pour écrire ma lettre, j'ai jeté mon dévolu sur la vieille cassette audio de ma maîtresse. Celle qui date de son enfance et qui traîne depuis des lustres dans un tiroir plein de bric-à-brac. En fait, je l'ai remarquée car mon amie première fois que tu emploies amie, c'est pour éviter la répétition ? ça ne gêne pas vraiment mais le sens l'ordre de valeur n'est vraiment pas le même. est retombée dessus il y a quelques jours ; elle a éclaté de rire et s'est amusée à enregistrer divers bruits idiots, avant de la délaisser à nouveau. Je me suis immédiatement jeté dessus. En plus d'être un objet miraculeux et beaucoup mieux adapté à ma morphologie que les précédents, il est suffisamment léger pour que je puisse le cacher où je veux ! Je me suis donc installé dans le jardin, au milieu des bourdonnements, des parfums délicats et des éventails multicolores des fleurs, j'ai effacé les blub et les blop de ma maîtresse et fait quelques essais. Ma foi, tu ne pourras écouter ma voix dans toute sa mélodieuse perfection ; ce vieux machin est inapte à la conserver avec succès. Mais au moins, mes péripéties ne te resteront pas inconnues !

          Oh, qu'entends-je soudain ? Quel bruit délicieux vient carillonner à mes oreilles ?

          Mais oui ! C'est bien ça ! La pluie métallique des croquettes dans la gamelle ! Accompagnée du doux "Machiavel ! Machiavel !" de mon adorée. Bon, d'accord. Je veux bien admettre que son appel n'a en fait rien de doux ; elle braille comme un cochon qu'on égorge. Mais personne n'est parfait !

          Je clos donc cette première Lettre – avec majuscule, s'il vous plaît –, mon cher inconnu, et vais me sustenter de mon pas souple et gracieux. Ne t'en fais pas, je reviens bientôt. Tu auras de mes palpitantes nouvelles à te mettre sous la dent.

          Je te parlerai de mon plan – oui, j'ai un plan, un plan d'enfer, un grand projet, un destin hors du commun à accomplir, tout cela à la fois, mais tu n'en sauras pas plus aujourd'hui !



          Te priant de recevoir mes respectueux reniflements,  

          Machiavel, ce chat tigré à la classe incommensurable qui hante le jardin du 2, place du Bourg, en compagnie de sa nouvelle amie la cassette audio.




   

   

Ai-je besoin de dire que ta plume est déjà bien affûtée ? C'était très amusant à lire. J'attends quand même le coeur du sujet... un petit indice sur la raison de la lettre (en dehors du fait que ce chat est narcissique, eût été bienvenu...

Ecris-nous une suite !

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Mer 18 Mai 2016 - 14:40

POUET :corn2: Merci beaucoup d'avoir pris la peine de tout lire, effectivement, j'aime pas trop découper mes "chapitres" alors que je devrais, lorsqu'ils font plus de deux pages... Timide

Citation :
Les seuls avec qui lesquels non ?
Ah oui, pas bête AHDE AHDE

Citation :
leurs prunelles fixes me donnent des frissons à l'échine le à est pas terrible, le long peut-être ?
Okaaaay t'as raison :unjournormal:

(mais que viennent faire là des hamburgers sauteurs ? AHDE Diantre)


Citation :
Voilà. Non ! Pas voilà ! Pas de voilà ! Tu manies suffisamment bien la langue française pour te passer de cet horrible mot-conclusion-foireuse
Okay okay, j'vais mettre... euh... Bref AHDE AHDE

Citation :
Voilà de quoi ce dont... pitié ! je sais qu'il parle mais toi, tu écris !
Euh... mais ça me choque pas moi... Timide

Citation :
le stylobille espace oublié ?
WAAAAT :waaat Je SAVAIS qu'il y en avait pas ! Mais ce satané Word m'a tannée pour que je mettre ainsi ù_ù Raaaaah

C'est qui Huckelberry Finn ? :arbre:


Citation :
pas encore ça encore ? ce n'était pas la première fois ?
Bah en fait c'était la première fois consécutive à l'ordinateur AHDE (c'est ptet pas très clair ><)

Citation :
mon amie première fois que tu emploies amie, c'est pour éviter la répétition ? ça ne gêne pas vraiment mais le sens l'ordre de valeur n'est vraiment pas le même.
Aaaarf oui, je m'en suis doutée, mais j'en avais marre de mettre "maîtresse maitresse" partouuut Wiii Mais sinon, est-ce que "bonne amie" ça passe mieux ? Il y a un côté vieux jeu et le sens diffère un poil de "l'amie" telle qu'on la conçoit de nos jours, non ?


Bon sinon merci pour ta lecture et toutes tes remarques, je vais changer sur l'heure certains trucs gênants Cute 2

J'écris la suite dès que j'ai terminé mon chapitre de la TDV ! Ouf !

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Jeu 19 Mai 2016 - 11:15

Cornedor a écrit:
POUET :corn2: Merci beaucoup d'avoir pris la peine de tout lire, effectivement, j'aime pas trop découper mes "chapitres" alors que je devrais, lorsqu'ils font plus de deux pages... Timide bouarf, ça va c'est pas si terrible, comme je te l'ai dit ça passe tout seul. Mais c'est vrai que tu te prives des membres "surbookés" du forum (qui sont certainement assez nombreux)


(mais que viennent faire là des hamburgers sauteurs ? AHDE Diantre) ils sont trop chouettes ! C'est parce que j'aime ce passage ^^


Citation :
Voilà. Non ! Pas voilà ! Pas de voilà ! Tu manies suffisamment bien la langue française pour te passer de cet horrible mot-conclusion-foireuse
Okay okay, j'vais mettre... euh... Bref AHDE AHDE c'est déjà mieux ^^

Citation :
Voilà de quoi ce dont... pitié ! je sais qu'il parle mais toi, tu écris !
Euh... mais ça me choque pas moi... Timide

Citation :
le stylobille espace oublié ?
WAAAAT :waaat Je SAVAIS qu'il y en avait pas ! Mais ce satané Word m'a tannée pour que je mettre ainsi ù_ù Raaaaah heu... si Word le dit. J'aurais juste pas cru.

C'est qui Huckelberry Finn ? :arbre: C'est le camarade de Tom Sawyer ! dans Les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn de Mark Twain, si tu as l'occasion jette un oeil, c'est libre de droits et c'est juste génial à lire ^^ Rapport au commentaire, c'est Huck qui raconte et il a sa patte de petit voyou.


Citation :
pas encore ça encore ? ce n'était pas la première fois ?
Bah en fait c'était la première fois consécutive à l'ordinateur AHDE (c'est ptet pas très clair ><) je croyais que c'était le première fois qu'il passait par la fenêtre... vois ce que tu en penses.

Citation :
mon amie première fois que tu emploies amie, c'est pour éviter la répétition ? ça ne gêne pas vraiment mais le sens l'ordre de valeur n'est vraiment pas le même.
Aaaarf oui, je m'en suis doutée, mais j'en avais marre de mettre "maîtresse maîtresse" partouuut Wiii Mais sinon, est-ce que "bonne amie" ça passe mieux ? Il y a un côté vieux jeu et le sens diffère un poil de "l'amie" telle qu'on la conçoit de nos jours, non ? oui ça irait bien je pense :))


Bon sinon merci pour ta lecture et toutes tes remarques, je vais changer sur l'heure certains trucs gênants Cute 2 De rien c'est un plaisir de te lire !

J'écris la suite dès que j'ai terminé mon chapitre de la TDV ! Ouf ! on attendra haha, travaille bien dans ta tour ^^

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 6 Juin 2016 - 0:52

POUEEEET
Encore merci Scratinette. oui


Bon allez la suite. Je dois entretenir mes lecteurs inexistants. :arbre:





Deuxième lettre



     

   

            Salut, toi.

            Ma nouvelle copine la cassette enregistreuse ! Toi au moins t'es pas difficile, tu attends sagement dans ton coin que je vienne te parler, te raconter ma vie. Gentille petite ! Finalement, j'aime autant l'idée de m'entretenir avec toi que de parler à un illustre inconnu.

            Tu t'en doutes peut-être à mon ton maussade, je n'ai pas passé une excellente journée. Du tout.

            Tu te souviens des voisins obtus qui draguent la minette d'à côté dès que le printemps commence à chanter à nos portes ? Figure-toi que ces saligauds à moustaches ont décidé de s'installer dans mon garage à moi et rien qu'à moi, celui dans lequel ma maîtresse m'a déposé des paniers et des plaids tout doux et… ah c'est vrai, tu es déjà au courant. Bref, ces misérables s'y sont introduits en catimini. Ils ont fait tomber l'un des paniers  – mon préféré ! –, ont mangé mes croquettes, ont renversé ma gamelle d'eau lors d'une de leurs innombrables bagarres ; tout cela est déjà terrible, extraordinaire de sans-gêne et de malpolitesse – ce mot existe-t-il ? – malpolitude… malpolition… Bref ! Mais pire ! Dix fois pire ! Sais-tu quel plan machiavélique ils ont mis à exécution dans la tendre pénombre de mon garage chéri ?  Je te le donne en mille ! Ils ont uriné dans tous les coins ! Oui, tu entends bien ! J'en tremble encore de rage quand j'y pense. Non seulement ce gang de bandits pénètre dans mon antre, mais en plus ils se mettent à le  souiller de leur urine immonde et pleine de vers – parce que oui ! En plus d'être des bâtards non castrés assujettis à leurs hormones, leur panse dure est pleine de parasite, j'en suis certain ! Je suis le seul chat du coin assez soigné de sa personne pour se laisser vermifuger. Sans compter les puces que ces loqueteux ont sûrement laissées dans mes petits plaids en guise de cadeaux ! Et les tiques ! Les tiques, bon sang ! Non mais tu te rends compte ? Comme si une invasion d'immondes félins ne suffisaient pas, il faut encore que ceux-ci trimbalent des colonies d'immondes bestioles dans leur immonde pelage !

            Je pense que tu imagines bien ma réaction. Aussitôt entré dans le garage, les relents répugnants me sont venus aux narines et tous mes poils se sont hérissés le long de mon échine ! Le dos rond ! Le grand Machiavel tripla de volume en une seconde, tu aurais vu ça ! Diantre ! Je n'allais tout de même pas laisser ces marauds faire leur nid pouilleux chez moi – j'avais tout de suite deviné de quelle engeance il s'agissait. Ni une ni deux, j'ai bondi dans le panier le plus proche, d'où s'échappait quelques anneaux de queue rousse tranquillement enroulés autour de l'osier. Mais c'est qu'ils se croyaient déjà chez eux ! Je plantai mes griffes dans sa chair coriace de vieux rat d'égout ; réveillé en sursaut, il bondit sur ses pattes et m'attaqua sans sommation en beuglant des insanités. Aveuglé par la rage, une seule idée occupait ma caboche ordinairement savante et posée : lui faire la peau, ouvrir son gosier jusqu'à voir ses côtes, venger mes plaids tout doux et tout pelucheux, venger mon petit garage douillet, me venger, moi, tout simplement ! Ah ! Tu aurais vu le combat qui nous opposa ! Ordinairement, ces lâches filent ventre à terre devant moi, après quelques feulements censés faire croire qu'ils auraient pu me tenir tête s'ils l'avaient voulu – mais personne n'est dupe et surtout pas moi, ces crétins sont tout juste bons à laper l'eau de vaisselle que jette ma maîtresse tous les soirs devant la maison – mais cette fois-ci, il faut croire que le gaillard était sûr d'être dans son bon droit ! Le regard planté dans celui de l'autre tel une lame d'émeraude, l'échine ronde et hérissée, les crocs accrochant des éclats de lumière, nous étions deux fauves au garde-à-vous. Il engagea, bien sûr. Je n'engage jamais, par principe ; je laisse toujours à mes adversaires l'opportunité de fuir ma redoutable présence. Nous nous giflâmes violemment, fîmes tous deux un grand bond en arrière, nous tournâmes autour comme deux savants escrimeurs, avant de nous écharper dans de longs miaulements grinçants. Il égrenait des chapelets d'insultes vulgaires, moi des kyrielles de malédictions, dont chaque torture rythmait mes coups de griffes plus vifs que l'éclair. Et tiens ! Prends ça ! Et ça ! Evidemment j'avais l'avantage ; que peut un pauvre benêt de la rue contre le grand Machiavel champion de sa maîtresse, je te le demande. Mais c'est qu'il ne voulait pas s'en rendre compte, le fou ; il persistait à croire qu'il avait une chance ! Avec le recul, c'est une honte pour l'espèce féline ; on aurait dit un chien, un stupide canin agrippé à son bout de charogne et prêt à se battre jusqu'à la mort pour le garder ; prêt à égorger l'un de ses congénères ! Les chiens pratiquent couramment le meurtre, tu sais ça ? Ils sont incroyables de sauvagerie et de bêtise. Jamais un chat ne sacrifierait son semblable pour une stupide question de territoire ou de nourriture. Les chiens sont de bons soldats : ils tuent sans réfléchir. Alors que nous sommes plutôt des politiciens : nous jouons sur le bluff et la menace !

            Mais bref ! Tu t'impatientes, dans ta petite tête de cassette audio – Machiavel, mais qu'est-ce que tu racontes, une cassette n'a pas de tête et ne peut même pas t'entendre, elle se moque de tes péripéties pourtant incroyablement intéressantes ! Reprenons –, tu t'impatientes et te demande l'issue du combat, et tu as bien raison !

            Ma foi, un vif agacement commençait à me monter aux oreilles ; aussi je lui flanquai un coup de griffe bien placé qui lui ouvrit le nez de belle manière, et le malotru se carapata vite fait de ma tanière.

            Ah, j'étais triomphant ! J'étais fier d'avoir défendu ma fierté, celle de ma maîtresse et celle de mon garage ! Mais il me restait quelques individus à éradiquer de ce lieu sacré. Heureusement, je n'eus pas à mener un autre combat : les parasites, face à la déconvenue de leur acolyte, eurent le bon sens de jaillir de leurs paniers tels des feux d'artifices poilus avant de filer ventre à terre.

            En fait, je me rends compte que finalement, cette journée ne fut pas aussi mauvaise que cela. Certes, mon garage pue l'urine, mais j'en suis toujours le seul maître et je…

            Oh non. Voilà ce que j'allais oublier et qui a réellement plombé ma journée : la réaction de ma maîtresse.

            Elle n'a bien évidemment pas assisté à l'altercation… Ordinairement, lorsque cela arrive devant la maison, elle ne manque pas une occasion de m'encourager et de caillasser sauvagement les pauvres hères qui osent me tenir tête. En bref, lorsqu'elle a découvert, le soir venu, le désordre du garage, les paniers renversés, les plaids éparpillés, et surtout l'odeur répugnante qui rampait au niveau des flaques déposées ci et là, elle a pris tout cela comme venant de ma part !

            Non mais tu te rends compte ? Moi, son vaillant défenseur, son champion jamais désavoué, son compagnon d'une propreté toujours irréprochable… euh, ou presque… Moi, Machiavel le noble et le bien élevé, réduit à l'état de pisseur invétéré !

            Résigné, car je savais ce qui m'attendait, je me laissai empoigner par la peau du cou et résistai à l'envie de ne pas feuler lorsqu'elle me planta le nez au dessus des flaques nauséabondes.

            Mais enfin, avais-je désespérément envie de lui dire – enfin, évidemment je ne me suis pas fait prier pour le lui dire, mais tu penses bien que la pauvre enfant n'a pas compris un mot – tu penses vraiment que j'ai pu expulser autant de liquide en une après-midi, à moi tout seul ?

            Bref. Déconvenue totale, désillusion, dépression. Demain je fais comme l'un de ces humains stupides et je me jette du deuxième étage. Sauf que cela ne servira qu'à rayer les belles lauzes à coups de griffes nerveuses. Evitons donc.

            Bon, il est déjà l'heure de manger ; je n'ai pas grand-faim – ces effluves répugnantes me sont restées au nez ! – mais allons-y, que je tente de me faire pardonner auprès de ma chère et tendre.

            …

            Oh ! Mais quel stupide Machiavel que ce splendide chat tigré ! Mais quel idiot ! Avec toutes ces émotions, j'ai complètement oublié de te parler de mon plan ! De ce qui sous-tendra bientôt le moindre de mes actes, de ce qui changera ma vie très bientôt…

            Diantre. Ne crains rien, j'y reviendrai demain, sans faute. Je te laisse là, tranquillement cachée sous le muret de pierres sèches, en attendant mon retour.



            Prends soin de toi ! (Méfie-toi des orvets qui nichent dans ce coin, ma maîtresse les dit inoffensifs mais rien n'est moins sûr.) A bientôt !

         

   

   


relecture de Scrat:
 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Dernière édition par Cornedor le Lun 6 Juin 2016 - 16:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 6 Juin 2016 - 13:11

Génial ! J'adore le concept et ton univers coloré qui fait rêver dans ce monde de brutes ! Ca fait rire, ça surprend et c'est cool <3 LA SUIIIITE :corn4: :zali: :unjournormal:

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Signe distinctif de chasseresse de fautes: ~ (pour faire honneur à mon surnom :la:)

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N'hésitez pas à venir me lire ici: Mes écrits #TexteDeMathilde
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 6 Juin 2016 - 15:42

Tout lu d'une traite STOP Attend la suite STOP Serai impartial si le niveau de cornedoritude baisse FIN DU MESSAGE

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Il est des gens qui sont là. Comme ça. En vrai. Et d'autres dont la présence est un mensonge. Une illusion. Efficace, quand elle trompe tout le monde. Ridicule, quand elle ne trompe que son porteur. -Lyonel Trouillot, Kannjawou

Proverbe Nocturnien : Wû Horör, wees qsüj gnü ubo wik s'wee kleesee kvieiir wâ krefüzâ d'wi kraork...

orgie de .-.
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 6 Juin 2016 - 19:11

Bha franchement ça m'a étonné que ce soit pas une histoire de lapin, c'est plutôt original et marrant.
J'pense que tu devrais continuer ce genre de bêtises Wink

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Hart, le cerf à chaussettes. Pour vous servir

Signe distinctif de chasseur de fautes: µ
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"Dis moi : je t'aime ! Hélas ! Rassure un cœur qui doute,
Dis-le moi ! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux." VICTOR HUGO

Eh, venez voir ce que j'écris :p
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 6 Juin 2016 - 21:45

Hahahaha merci beaucoup vous trois, ça fait super plaisir. Vous êtes adoraaaaables coeur

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Mar 7 Juin 2016 - 9:57

coucou ! Je viens de lire ta seconde lettre. C'est très distrayant ^^ le parler de ton chat surtout fait passer ton texte comme une lettre à la poste.

Attention : "résistai à l'envie de ne pas feuler" il faut enlever la négation, sinon ça ne fait pas sens.

et il ouvre le gosier jusqu'à voir ses côtes, plutôt jusqu'à ses côtes non ? sinon on a l'impression que lorsqu'on ouvre profondément le gosier de quelqu'un on arrive directement à ses côtes, ce qui ne me semble pas être le cas (même si je ne suis pas une reine de l'anatomie.

Bon sur le fond y a des choses qui me chiffonnent, du genre que les chats ne se tuent pas entre eux (ce qui est complètement faux XD) et que les chien attaquent et tuent direct, il me semble quand même qu'à l'instar des chats ils grognent longuement et qu'en général un des deux se couche spontanément sur le ventre, justement pour ne pas en venir aux... mains ?
Bref, les chiens sont des animaux infiniment plus sociaux que les chats. Je suppose que je comprends ce que tu veux dire, les chiens dressés tuent quand on leur demande et surtout, ils peuvent bouffer d'autres chiens ou des hommes (châtiment le plus commun des chrétiens de la rome antique ? se faire poursuivre dans les rues puis dévorer vifs par des chiens. Miam)


Il y avait autre chose mais j'ai oublié quoi. C'est que ça ne devait pas être si terrible.

La suite ! Tu nous mets l'eau à la bouche avec ton titre et ton début !

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 13 Juin 2016 - 15:45

J'AI UN MOIS DE RETARD :ffmental:
pourquoi vous postez pendant mon mémoire aussi
HEIN POURQUOIIIIIIIIIIIIII!!!
Cornedor a écrit:
Pouet. C'est moi. pw
Je sais plus du tout comment j'ai eu cette idée, mais elle était là, bien au chaud fourrée sous mon crâne, et j'arrivais plus à m'en dépêtrer, alors voilà une première partie. :arbre: Bon, pour l'instant c'est un peu de l'ordre du délire, hein. Je ne suis pas sûre de poursuivre, ni d'arriver au bout de l'histoire ; mais si vous aimez bien, alors dites-le, ça m'encouragera à continuer :unjournormal:




L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler

Première lettre


     

   

         


          Bonjour.

          J'espère que tu vas bien.

          Je… suis un chat. avec des petites patoune? cute et il fait des calins? cute

          …

          Je le savais ! Je le savais, que ça allait faire bizarre. J'ai d'abord pensé à mettre ça en tout premier, avant même le bonjour ; puis avant le "j'espère que tu vas bien", d'ailleurs celui-là j'ai failli le virer, mais je me suis dit, si les gens disent toujours ça en début de lettre, il doit bien y avoir une raison, alors je vais le mettre aussi. Du coup je l'ai mis après, le "Je suis un chat". Et dans absolument tous les cas, ça fait bizarre. Pourtant il faut bien que je le dise, voyons. Je ne vais pas laisser ça en suspens ; habituellement les gens savent que je suis un chat, il le voient bien quand on se rencontre en personne, mais une lettre ! Une lettre ! y'en as même beaucoup des lettres dans une missives, déjà que y'en as plusieurs dans un mot... s'il est lettré, ils sait pas compter. :/

          Déjà, les lettres, je trouve le principe stupidissime. Pourquoi vouloir parler à quelqu'un qui est si loin qu'on ne peut même pas aller lui parler en personne ? Autant attendre qu'il revienne vous voir. Je trouve ça très malpoli, d'éviter de parler aux gens en face à face. Moi, quand je vais mettre une baffe au gros roux qui squatte mon garage - mon garage à moi et rien qu'à moi, là où ma maîtresse chérie m'a laissé plein de jolis paniers et plein de plaids tout doux -, je fais l'effort de bouger mes fesses, que diable ! Je ne lui jette pas un bout de papier expliquant "Dis, mon vieux moche, tu peux dégager de là, s'il te plaît, parce que tu vois, là où tu es virgule :virgule: c'est chez moi et je ne tolère pas ton odeur de rat crevé." Non ! Moi je suis bien élevé, je vais le voir en personne, ce monsieur, pour lui exprimer mes sincères salutations. Pourquoi les humains manquent-ils tant de savoir-vivre ? baffez-vous, le monde ira mieeeeeeeeeeeux :ffmental:

          Enfin bref ! Qu'est-ce que je disais, déjà ? Ah oui ! Du coup, auguste question d'historien, est-ce que Octave peut avoir la même valeur de mot? Octave / auguste. rapport à l'histoire, aux césar à suétone et tout inconnu, tu dois te demander pourquoi je suis en train de t'écrire. Alors que je viens de dire en long en large et en travers que j'avais horreur des lettres. C'est pourtant simple : quand je veux parler à quelqu'un, je vais lui parler, mais là, j'ai envie de parler à quelqu'un que je ne connais pas et qui ne me répondra jamais. Ordinairement, je parle tout seul – c'est une activité saine et très agréable – mais l'ennui avec mon moi-même, c'est qu'il sait déjà tout ce que je lui dis. C'est devenu un peu agaçant au fil des années. Imagine : non seulement je raconte ma vie à quelqu'un qui ne m'écoute pasVirgule :virgule à moitié parce qu'il sait déjà tout ; mais en prime, je suis obligé de subir ce bavardage intempestif à longueur de temps alors que je sais déjà tout.répétition malheureuse

          L'inconvénient de cette lettre, c'est que ce n'est pas une vraie lettre, enregistrement oblige. J'ai vraiment essayé pourtant. Je sais lire et écrire depuis que, tout petit encore, je restais sur le bureau de ma maîtresse alors qu'elle faisait ses devoirs en râlant contre la tyrannie de l'Education Nationale – majuscules, s'il vous plaît. J'en suis d'ailleurs très fier. Je suis pour ainsi dire un lettré, un savant, en plus d'être un dandy à l'élégance lumineuse. Or par ici, il n'y a que des chats idiots ; soit des clochards dépenaillés tout juste bons à faire la manche en miaulant sans cesse, soit de jeunes coqs stupides qui paradent devant la petite voisine en ébouriffant leurs queues comme des plumeaux ; ou encore des animaux obèses vautrés sur les canapés des vieilles, lapant leurs fonds de crème. Ah, pour ça, on est bien logés, à la campagne ! Une belle brochette de badauds balourds, triste ambassade de la gent féline. Les seuls avec lesquels je parviens à avoir des discussions qui ne finissent pas en bâillements d'ennui – ou en bagarres qui éclatent par surprise à la manière des pétards d'adolescents –, ce sont les chats harets késaco?. Les errants, les marauds de la forêt et des champs. Eux, au moins, sont de fieffés chasseurs, à l'intelligence vive, à la ruse incisive ; en somme, des gens tout à fait fréquentables, n'en déplaise aux bourgeois amateurs de crème fraîche hm, ça sent le marxisme... ça le sent même trèèèèèèèès fort. Prolétaires (et équivalent félins) de tous les pays, unissez vous.. On peut discuter sans soucis, leur extorquer quelques bons plans ou astuces pour les oiseaux ou les mulots. Certains de ces féroces saignent même des lapins et des poules !

          Moi, les poules, il y a longtemps que j'ai passé l'éponge. Ces géantes me regardent d'un sale œil ; leurs prunelles fixes me font courir des frissons le long de l'échine. Depuis que ma famille a décidé d'en mettre dans le jardin, j'ose à peine y promener ma carcasse. Elles me suivent partout comme des dinosaures avides de viande fraîche. Ma maîtresse a beau m'assurer qu'elles ne se nourrissent que de grains, elle se trompe. Ces monstres passent leur temps à me voler mes proies. Si j'ai le malheur de laisser un cadavre encore chaud, à peine entamé, le temps d'aller chercher ma maîtresse pour lui montrer mes exploits de chasseur, paf ! La troupe caquetante se rue dessus. L'une attrape le corps dans son bec et ffiuuut ! Se sauve en trottant comme un beau diable, semant des gouttelettes de sang dans son sillage. Un sillage de poules la poursuit en grand désordre, tentant de s'accaparer le trésor, déchiquetant la souris dans une mêlée ridicule où tous les coups sont permis. Sans compter toutes les fois où je les ai vues passer, troupeau hurlant lancé à pleine allure dans le jardin, un ou deux boyaux pendant du bec ; ceux qu'elles venaient d'extirper d'une vieille charogne à l'abandon et depuis longtemps mangée de vers. ta dernière phrase ne veut rien dire. ELle va nul part. (et c'est ce pas ceux, si?)

          Bref, les poules sont des monstres sanguinaires, pas de paisibles mangeuses de blé. Qu'on se le dise. Je ne peux supporter la vue de ces stupides volatiles.

          …

          J'étais en train de parler de quelque chose. Pourquoi est-ce que je déblatère soudainement à propos de poules ? Qui s'intéresse aux poules ? Comment est-ce que c'est venu dans la conversation ? Enfin, l'ersatz de conversation que j'essaie d'entretenir avec cet enregistreur.

          Ah oui ! Voilà de quoi je voulais parler : cette lettre. Quel stupide félin le mec il est cohérent, il se pend d'orgueil sur son intelligence trois paragraphe en amont et se goure après. je fais. A parler de poules alors qu'un sujet tellement plus intéressant s'offre à nous : mes péripéties avec l'ordinateur de ma maîtresse. En effet, je comptais au départ t'écrire une belle lettre à la plume, mais ma maîtresse n'a ni plume ni encrier, cette écervelée écrit à l'ordinateur. Déçu, je me suis rabattu sur le stylo-bille, mais j'ai bien vite abdiqué : il n'est guère facile, pour un chat, de se saisir d'une chose pareille. Finalement, la mort dans l'âme, j'ai tenté d'imiter ma maîtresse en tapotant les touches de son clavier, de manière passablement ridicule. Le stratagème fonctionnait à merveille, je reprenais espoir, les lettres et bientôt les mots et les phrases s'étalaient sur la belle page blanche, traduisant mes pensées, les rendant visibles à tout le monde, te rends-tu compte ? Quelle merveille que l'écriture ! Hélas, ma bonne amie est revenue après son goûter, a poussé un cri en me voyant à l'œuvre, avant de fondre sur moi et de me jeter – le mot est juste – par la fenêtre.

          Oui, par la fenêtre.

          Oui, cela est habituel, et oui, je suis décidément une victime.c'est bizarre comme formulation, tu dis vraiment "je suis une victime" toi? ça me convainc pas

          Il se trouve que sa chambre se situe tout de même au premier étage, et que le lancer de chat implique une longue et désagréable glissade sur le toit raide, agrémentée d'atroces grincements de tôle grâce aux griffes dudit chat. Avant la chute et l'écrabouillement final au niveau du perron.

          Ma maîtresse dit que cela a le don de me remettre les idées en place,virgule... un et... tu n'apprends donc rien? Moi je t'écoute parler d'orthographe! Bref, le et est inutile, un "en soit" serait plus drôle et elle n'a pas tort. En général, cela a un remarquable effet sur mon comportement. Mais je ne peux jamais résister à l'attraction de son ordinateur, cet objet sacré qui me nargue depuis des lustres. Le premier lancer de chat relatif à cette chose merveilleuse était dû à un mystérieux inversement de l'écran. Ma foi, je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé. A peine avais-je posé les pattes sur le clavier que ma maîtresse a hurlé ; j'ai vu que le haut de sa page était maintenant en bas, et vice-versa, que toutes ses phrases s'étalaient à l'envers et que même le petit machin qui lui sert à cliquer partout s'agitait à l'inverse de ce qu'elle voulait.ça sent l'histoire vrai non? Je vous assure que j'étais aussi surpris qu'elle. Elle s'est acharnée un peu sur le clavier, sans succès ; puis elle m'a remis dessus, sans doute dans l'espoir que mes pattes possèdent un étrange pouvoir magique qui pourrait annuler la catastrophe. Devant l'échec cuisant de cette dernière tentative, elle m'attrapa par la peau du cou, ouvrit la fenêtre – je poussais un miaulement plaintif, non, pas  ça ! Pas la fenêtre, pitié ! – et me jeta vers le ciel avec une force insoupçonnée qui me fit décrire une telle volte que je faillis bien manquer la gouttière et m'écraser au sol sans amortissement préalable. appelez la spa

          Bref, c'est ma maîtresse. Elle est un peu brute parfois, mais elle sent très bon, elle est très douée pour les câlins et elle a une voix presque aussi jolie que la mienne. C'est ma maîtresse et je l'aime. Oh que je l'aime ! il est plus maso que moi le gamin.

          Mais je l'aimerais plus encore si elle n'avait pas la manie de me jeter par la fenêtre à chaque fois qu'elle me voit monter sur son clavier, ou bien si elle n'avait pas mis ces monstres de poules dans le jardin qui m'appartient.

          Les voilà qui s'approchent encore ; c'est incroyable, on ne peut même pas prendre le soleil entre deux brins d'herbe sans qu'elles viennent fourrer leur sale tête de pioche dans les parages ! Je déteste la manière dont elles me lorgnent – on dirait qu'elles cherchent le bon moment pour se jeter sur moi et faire éclater mes yeux d'un coup de bec, comme des fruits trop mûrs. Ce sont vraiment d'immondes bestioles. cette phrase est pire qu'un soufflé qui redescend. "oh la la, j'ai peur que ce soit de terrible bourreaux, des psychopathe en puissance. Bande de galopin!"

          Bon, de quoi est-ce que je parlais avant de repartir sur le sujet des poules ?

          Elles me fixent vraiment d'un air étrange. Pourvu qu'elles restent loin, le plus loin possible.

          Ah oui ! La lettre. Foi de Machiavel, je n'ai décidément aucune cervelle. Donc, après autant d'échecs cuisants pour écrire ma lettrerépétitiiiiiiiiiiiion !, j'ai jeté mon dévolu sur la vieille cassette audio de ma maîtresse. Celle qui date de son enfance et qui traîne depuis des lustres dans un tiroir plein de bric-à-brac. En fait, je l'ai remarquée car ma bonne amie est retombée dessus il y a quelques jours ; elle a éclaté de rire et s'est amusée à enregistrer divers bruits idiots, avant de la délaisser à nouveau. Je me suis immédiatement jeté dessus. En plus d'être un objet miraculeux et beaucoup mieux adapté à ma morphologie que les précédents, il est suffisamment léger pour que je puisse le cacher où je veux ! Je me suis donc installé dans le jardin, au milieu des bourdonnements, des parfums délicats et des éventails multicolores des fleurs, j'ai effacé les blub et les blop de ma maîtresse et fait quelques essais. Ma foi, tu ne pourras écouter ma voix dans toute sa mélodieuse perfection ; ce vieux machin est inapte à la conserver avec succès. Mais au moins, mes péripéties ne te resteront pas inconnues !

          Oh, qu'entends-je soudain ? Quel bruit délicieux vient carillonner à mes oreilles ?

          Mais oui ! C'est bien ça ! La pluie métallique des croquettes dans la gamelle ! Accompagnée du doux "Machiavel ! Machiavel ! " de mon adorée. Bon, d'accord. Je veux bien admettre que son appel n'a en fait rien de doux ; elle braille comme un cochon qu'on égorge. Mais personne n'est parfait ! rajoute le verbe s'égosiller avant la comparaison convenue. Ca signifie arracher le gosier étymologiquement, c'est une bonne blague

          Je clos donc cette première Lettre – avec majuscule, s'il vous plaît –, mon cher inconnu,CA FAIT UN AN QUE JE TE CRIE DESSUS ET T'AS TOUJOURS PAS COMPRIS? Bouhou T.T y'as pas de virgule avant ce "et" et vais me sustenter de mon pas souple et gracieux. Ne t'en fais pas, je reviens bientôt. Tu auras de mes palpitantes nouvelles à te mettre sous la dent.

          Je te parlerai de mon plan – oui, j'ai un plan, un plan d'enfer, un grand projet, un destin hors du commun à accomplir, tout cela à la fois, mais tu n'en sauras pas plus aujourd'hui ! y'as un mot pour les gens comme ça, on appelle ça des allumeurs



          Te priant de recevoir mes respectueux reniflements,  

          Machiavel, ce chat tigré à la classe incommensurable qui hante le jardin du 2, place du Bourg, en compagnie de sa nouvelle amie la cassette audio.




   

   

L'idée est très amusante, même si ça n'a strictement aucun rapport avec le titre pour le moment.

Je suis à la fois amusé et d'un autre côté un peu déçu, tu fait en somme beaucoup de digressions assez convenue, le personnage est une canaille de type gavrochienne, il ne transcende pas trop par son originalité et il manque un peu de profondeur, il a un trop grand sens critique je trouve, surtout pour une lettre, on sens l'astuce de l'écrivain plus que l'absurdité du narrateur.

Après, je suis tatillon, c'est très très bien hein

Je lirais la suite plus tard :)
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 13 Juin 2016 - 16:19



Scratounette : +
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coucou ! Je viens de lire ta seconde lettre. C'est très distrayant ^^ le parler de ton chat surtout fait passer ton texte comme une lettre à la poste. Hohoho ce jeu de mot AHDE

Attention : "résistai à l'envie de ne pas feuler" il faut enlever la négation, sinon ça ne fait pas sens. Ah oui !

et il ouvre le gosier jusqu'à voir ses côtes, plutôt jusqu'à ses côtes non ? sinon on a l'impression que lorsqu'on ouvre profondément le gosier de quelqu'un on arrive directement à ses côtes, ce qui ne me semble pas être le cas (même si je ne suis pas une reine de l'anatomie. Haha ben je visualisais plutôt une ouverture dans le sens vertical, du haut vers le bas... du coup, "jusqu'à" voir les côtes... Question

Bon sur le fond y a des choses qui me chiffonnent, du genre que les chats ne se tuent pas entre eux (ce qui est complètement faux XD) et que les chien attaquent et tuent direct, il me semble quand même qu'à l'instar des chats ils grognent longuement et qu'en général un des deux se couche spontanément sur le ventre, justement pour ne pas en venir aux... mains ? Héhé :arbre: je crois que je vais rajouter le petit "Les points de vue exprimés par le personnage lui sont propres et n'expriment en rien ceux de CornouilleProductions" (ricanement machiavélique)
Bref, les chiens sont des animaux infiniment plus sociaux que les chats. Je suppose que je comprends ce que tu veux dire, les chiens dressés tuent quand on leur demande et surtout, ils peuvent bouffer d'autres chiens ou des hommes (châtiment le plus commun des chrétiens de la rome antique ? se faire poursuivre dans les rues puis dévorer vifs par des chiens. Miam) Euh... ok je savais pas AHDE


Il y avait autre chose mais j'ai oublié quoi. C'est que ça ne devait pas être si terrible. Ok AHDE

La suite ! Tu nous mets l'eau à la bouche avec ton titre et ton début ! Ben merci, cool alors :corn2:




Ragnounetchouuuu :



Bonjour.

J'espère que tu vas bien.

Je… suis un chat. avec des petites patoune? cute et il fait des calins? cute Euuuuh oui oui maintenant calme-toi ou je sors la camisole AHDE



Je le savais ! Je le savais, que ça allait faire bizarre. J'ai d'abord pensé à mettre ça en tout premier, avant même le bonjour ; puis avant le "j'espère que tu vas bien", d'ailleurs celui-là j'ai failli le virer, mais je me suis dit, si les gens disent toujours ça en début de lettre, il doit bien y avoir une raison, alors je vais le mettre aussi. Du coup je l'ai mis après, le "Je suis un chat". Et dans absolument tous les cas, ça fait bizarre. Pourtant il faut bien que je le dise, voyons. Je ne vais pas laisser ça en suspens ; habituellement les gens savent que je suis un chat, il le voient bien quand on se rencontre en personne, mais une lettre ! Une lettre ! y'en as même beaucoup des lettres dans une missives, déjà que y'en as plusieurs dans un mot... s'il est lettré, ils sait pas compter. :/ AHDE

Déjà, les lettres, je trouve le principe stupidissime. Pourquoi vouloir parler à quelqu'un qui est si loin qu'on ne peut même pas aller lui parler en personne ? Autant attendre qu'il revienne vous voir. Je trouve ça très malpoli, d'éviter de parler aux gens en face à face. Moi, quand je vais mettre une baffe au gros roux qui squatte mon garage - mon garage à moi et rien qu'à moi, là où ma maîtresse chérie m'a laissé plein de jolis paniers et plein de plaids tout doux -, je fais l'effort de bouger mes fesses, que diable ! Je ne lui jette pas un bout de papier expliquant "Dis, mon vieux moche, tu peux dégager de là, s'il te plaît, parce que tu vois, là où tu es virgule :virgule: c'est chez moi et je ne tolère pas ton odeur de rat crevé." Non ! Moi je suis bien élevé, je vais le voir en personne, ce monsieur, pour lui exprimer mes sincères salutations. Pourquoi les humains manquent-ils tant de savoir-vivre ? baffez-vous, le monde ira mieeeeeeeeeeeux :ffmental: Exactement. En fait je commence à faire l'apologie de la violence dans mes textes. Rejoignez-moi dans un monde meilleur. oui

Enfin bref ! Qu'est-ce que je disais, déjà ? Ah oui ! Du coup, auguste question d'historien, est-ce que Octave peut avoir la même valeur de mot? Octave / auguste. rapport à l'histoire, aux césar à suétone et tout Je vais te tuer, saperlipopette ! inconnu, tu dois te demander pourquoi je suis en train de t'écrire. Alors que je viens de dire en long en large et en travers que j'avais horreur des lettres. C'est pourtant simple : quand je veux parler à quelqu'un, je vais lui parler, mais là, j'ai envie de parler à quelqu'un que je ne connais pas et qui ne me répondra jamais. Ordinairement, je parle tout seul – c'est une activité saine et très agréable – mais l'ennui avec mon moi-même, c'est qu'il sait déjà tout ce que je lui dis. C'est devenu un peu agaçant au fil des années. Imagine : non seulement je raconte ma vie à quelqu'un qui ne m'écoute pasVirgule :virgule: Ben non euh pas virgule, ça se tient là... Ragne qui commence à péter les plombs et à taper tout le monde en parlant de virgules AHDE AHDEà moitié parce qu'il sait déjà tout ; mais en prime, je suis obligé de subir ce bavardage intempestif à longueur de temps alors que je sais déjà tout.répétition malheureuse Ben du coup je t'ai déjà dit que c'était fait exprès, italique power. C'est pour appuyer sur le fait qu'il entend donc toujours les mêmes trucs 36 000 fois...

L'inconvénient de cette lettre, c'est que ce n'est pas une vraie lettre, enregistrement oblige. J'ai vraiment essayé pourtant. Je sais lire et écrire depuis que, tout petit encore, je restais sur le bureau de ma maîtresse alors qu'elle faisait ses devoirs en râlant contre la tyrannie de l'Education Nationale – majuscules, s'il vous plaît. J'en suis d'ailleurs très fier. Je suis pour ainsi dire un lettré, un savant, en plus d'être un dandy à l'élégance lumineuse. Or par ici, il n'y a que des chats idiots ; soit des clochards dépenaillés tout juste bons à faire la manche en miaulant sans cesse, soit de jeunes coqs stupides qui paradent devant la petite voisine en ébouriffant leurs queues comme des plumeaux ; ou encore des animaux obèses vautrés sur les canapés des vieilles, lapant leurs fonds de crème. Ah, pour ça, on est bien logés, à la campagne ! Une belle brochette de badauds balourds, triste ambassade de la gent féline. Les seuls avec lesquels je parviens à avoir des discussions qui ne finissent pas en bâillements d'ennui – ou en bagarres qui éclatent par surprise à la manière des pétards d'adolescents –, ce sont les chats harets késaco? Déjà expliqué sur la CB, du coup ^^ . Les errants, les marauds de la forêt et des champs. Eux, au moins, sont de fieffés chasseurs, à l'intelligence vive, à la ruse incisive ; en somme, des gens tout à fait fréquentables, n'en déplaise aux bourgeois amateurs de crème fraîche hm, ça sent le marxisme... ça le sent même trèèèèèèèès fort. Prolétaires (et équivalent félins) de tous les pays, unissez vous.. Huhuhu On peut discuter sans soucis, leur extorquer quelques bons plans ou astuces pour les oiseaux ou les mulots. Certains de ces féroces saignent même des lapins et des poules !

Moi, les poules, il y a longtemps que j'ai passé l'éponge. Ces géantes me regardent d'un sale œil ; leurs prunelles fixes me font courir des frissons le long de l'échine. Depuis que ma famille a décidé d'en mettre dans le jardin, j'ose à peine y promener ma carcasse. Elles me suivent partout comme des dinosaures avides de viande fraîche. Ma maîtresse a beau m'assurer qu'elles ne se nourrissent que de grains, elle se trompe. Ces monstres passent leur temps à me voler mes proies. Si j'ai le malheur de laisser un cadavre encore chaud, à peine entamé, le temps d'aller chercher ma maîtresse pour lui montrer mes exploits de chasseur, paf ! La troupe caquetante se rue dessus. L'une attrape le corps dans son bec et ffiuuut ! Se sauve en trottant comme un beau diable, semant des gouttelettes de sang dans son sillage. Un sillage de poules la poursuit en grand désordre, tentant de s'accaparer le trésor, déchiquetant la souris dans une mêlée ridicule où tous les coups sont permis. Sans compter toutes les fois où je les ai vues passer, troupeau hurlant lancé à pleine allure dans le jardin, un ou deux boyaux pendant du bec ; ceux qu'elles venaient d'extirper d'une vieille charogne à l'abandon et depuis longtemps mangée de vers. ta dernière phrase ne veut rien dire. ELle va nul part. (et c'est ce pas ceux, si?) Sérieux t'as pas compris la phrase ? :( ben si, les boyaux sont ceux qu'elles venaient d'extirper d'une vieille charogne... et blablabla

Bref, les poules sont des monstres sanguinaires, pas de paisibles mangeuses de blé. Qu'on se le dise. Je ne peux supporter la vue de ces stupides volatiles.



J'étais en train de parler de quelque chose. Pourquoi est-ce que je déblatère soudainement à propos de poules ? Qui s'intéresse aux poules ? Comment est-ce que c'est venu dans la conversation ? Enfin, l'ersatz de conversation que j'essaie d'entretenir avec cet enregistreur.

Ah oui ! Voilà de quoi je voulais parler : cette lettre. Quel stupide félin le mec il est cohérent, il se pend d'orgueil sur son intelligence trois paragraphe en amont et se goure après. Les gens cohérents c'est beaucoup trop ennuyeux :(je fais. A parler de poules alors qu'un sujet tellement plus intéressant s'offre à nous : mes péripéties avec l'ordinateur de ma maîtresse. En effet, je comptais au départ t'écrire une belle lettre à la plume, mais ma maîtresse n'a ni plume ni encrier, cette écervelée écrit à l'ordinateur. Déçu, je me suis rabattu sur le stylo-bille, mais j'ai bien vite abdiqué : il n'est guère facile, pour un chat, de se saisir d'une chose pareille. Finalement, la mort dans l'âme, j'ai tenté d'imiter ma maîtresse en tapotant les touches de son clavier, de manière passablement ridicule. Le stratagème fonctionnait à merveille, je reprenais espoir, les lettres et bientôt les mots et les phrases s'étalaient sur la belle page blanche, traduisant mes pensées, les rendant visibles à tout le monde, te rends-tu compte ? Quelle merveille que l'écriture ! Hélas, ma bonne amie est revenue après son goûter, a poussé un cri en me voyant à l'œuvre, avant de fondre sur moi et de me jeter – le mot est juste – par la fenêtre.

Oui, par la fenêtre.

Oui, cela est habituel, et oui, je suis décidément une victime.c'est bizarre comme formulation, tu dis vraiment "je suis une victime" toi? ça me convainc pas Mais siiii mais siii. Toi tu es bien trop fier pour dire ça, c'est tout. Lui il le dit pour rigoler oui

Il se trouve que sa chambre se situe tout de même au premier étage, et que le lancer de chat implique une longue et désagréable glissade sur le toit raide, agrémentée d'atroces grincements de tôle grâce aux griffes dudit chat. Avant la chute et l'écrabouillement final au niveau du perron.

Ma maîtresse dit que cela a le don de me remettre les idées en place,virgule... un et... tu n'apprends donc rien? Moi je t'écoute parler d'orthographe! Bref, le et est inutile, un "en soit" serait plus drôle Ben c'est parce que changer l'orthographe, c'est juste un barbarisme, alors que mettre ou pas une virgule, c'est un détail laissé à la convenance de l'écrivain, espèce de sale vieux schnock de l'Académie Française qui siège avec son chien fidèle le Littré :( et elle n'a pas tort. En général, cela a un remarquable effet sur mon comportement. Mais je ne peux jamais résister à l'attraction de son ordinateur, cet objet sacré qui me nargue depuis des lustres. Le premier lancer de chat relatif à cette chose merveilleuse était dû à un mystérieux inversement de l'écran. Ma foi, je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé. A peine avais-je posé les pattes sur le clavier que ma maîtresse a hurlé ; j'ai vu que le haut de sa page était maintenant en bas, et vice-versa, que toutes ses phrases s'étalaient à l'envers et que même le petit machin qui lui sert à cliquer partout s'agitait à l'inverse de ce qu'elle voulait.ça sent l'histoire vrai non? Ouais, et plein de fois AHDE A croire que mon chat a des pattes magiques, il appuie systématiquement sur ces touches-là... Je vous assure que j'étais aussi surpris qu'elle. Elle s'est acharnée un peu sur le clavier, sans succès ; puis elle m'a remis dessus, sans doute dans l'espoir que mes pattes possèdent un étrange pouvoir magique qui pourrait annuler la catastrophe. Devant l'échec cuisant de cette dernière tentative, elle m'attrapa par la peau du cou, ouvrit la fenêtre – je poussais un miaulement plaintif, non, pas ça ! Pas la fenêtre, pitié ! – et me jeta vers le ciel avec une force insoupçonnée qui me fit décrire une telle volte que je faillis bien manquer la gouttière et m'écraser au sol sans amortissement préalable. appelez la spa Huhu en plus ça aussi c'est du vécu hein ! Bon, par contre il s'agissait de ma soeur qui a balancé la dénommée Shiva après que celle-ci ait pissé sur son lit :rire:

Bref, c'est ma maîtresse. Elle est un peu brute parfois, mais elle sent très bon, elle est très douée pour les câlins et elle a une voix presque aussi jolie que la mienne. C'est ma maîtresse et je l'aime. Oh que je l'aime ! il est plus maso que moi le gamin. Nyéhéhé

Mais je l'aimerais plus encore si elle n'avait pas la manie de me jeter par la fenêtre à chaque fois qu'elle me voit monter sur son clavier, ou bien si elle n'avait pas mis ces monstres de poules dans le jardin qui m'appartient.

Les voilà qui s'approchent encore ; c'est incroyable, on ne peut même pas prendre le soleil entre deux brins d'herbe sans qu'elles viennent fourrer leur sale tête de pioche dans les parages ! Je déteste la manière dont elles me lorgnent – on dirait qu'elles cherchent le bon moment pour se jeter sur moi et faire éclater mes yeux d'un coup de bec, comme des fruits trop mûrs. Ce sont vraiment d'immondes bestioles. cette phrase est pire qu'un soufflé qui redescend. "oh la la, j'ai peur que ce soit de terrible bourreaux, des psychopathe en puissance. Bande de galopin!" Haha pas faux pas faux bon ok tu es le deuxième à me le dire, je l'enlève :rire:

Bon, de quoi est-ce que je parlais avant de repartir sur le sujet des poules ?

Elles me fixent vraiment d'un air étrange. Pourvu qu'elles restent loin, le plus loin possible.

Ah oui ! La lettre. Foi de Machiavel, je n'ai décidément aucune cervelle. Donc, après autant d'échecs cuisants pour écrire ma lettrerépétitiiiiiiiiiiiion ! Ben, oui ! il vient de retrouver ce qu'il voulait dire, du coup il le répète... c'est normal quand on parle à l'oral, non ? , j'ai jeté mon dévolu sur la vieille cassette audio de ma maîtresse. Celle qui date de son enfance et qui traîne depuis des lustres dans un tiroir plein de bric-à-brac. En fait, je l'ai remarquée car ma bonne amie est retombée dessus il y a quelques jours ; elle a éclaté de rire et s'est amusée à enregistrer divers bruits idiots, avant de la délaisser à nouveau. Je me suis immédiatement jeté dessus. En plus d'être un objet miraculeux et beaucoup mieux adapté à ma morphologie que les précédents, il est suffisamment léger pour que je puisse le cacher où je veux ! Je me suis donc installé dans le jardin, au milieu des bourdonnements, des parfums délicats et des éventails multicolores des fleurs, j'ai effacé les blub et les blop de ma maîtresse et fait quelques essais. Ma foi, tu ne pourras écouter ma voix dans toute sa mélodieuse perfection ; ce vieux machin est inapte à la conserver avec succès. Mais au moins, mes péripéties ne te resteront pas inconnues !

Oh, qu'entends-je soudain ? Quel bruit délicieux vient carillonner à mes oreilles ?

Mais oui ! C'est bien ça ! La pluie métallique des croquettes dans la gamelle ! Accompagnée du doux "Machiavel ! Machiavel ! " de mon adorée. Bon, d'accord. Je veux bien admettre que son appel n'a en fait rien de doux ; elle braille comme un cochon qu'on égorge. Mais personne n'est parfait ! rajoute le verbe s'égosiller avant la comparaison convenue. Ca signifie arracher le gosier étymologiquement, c'est une bonne blague Mmmh pas mal pas mal. Oki :-p

Je clos donc cette première Lettre – avec majuscule, s'il vous plaît –, mon cher inconnu,CA FAIT UN AN QUE JE TE CRIE DESSUS ET T'AS TOUJOURS PAS COMPRIS? Bouhou T.T y'as pas de virgule avant ce "et" Nyéhéhéhé et vais me sustenter de mon pas souple et gracieux. Ne t'en fais pas, je reviens bientôt. Tu auras de mes palpitantes nouvelles à te mettre sous la dent.

Je te parlerai de mon plan – oui, j'ai un plan, un plan d'enfer, un grand projet, un destin hors du commun à accomplir, tout cela à la fois, mais tu n'en sauras pas plus aujourd'hui ! y'as un mot pour les gens comme ça, on appelle ça des allumeurs Je sais... Ne lis surtout pas la suite Angel



Te priant de recevoir mes respectueux reniflements,

Machiavel, ce chat tigré à la classe incommensurable qui hante le jardin du 2, place du Bourg, en compagnie de sa nouvelle amie la cassette audio.




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L'idée est très amusante, même si ça n'a strictement aucun rapport avec le titre pour le moment. Je sais :niark: Je suis machiavéliiiique

Je suis à la fois amusé et d'un autre côté un peu déçu, tu fait en somme beaucoup de digressions assez convenue, le personnage est une canaille de type gavrochienne, il ne transcende pas trop par son originalité et il manque un peu de profondeur, il a un trop grand sens critique je trouve, surtout pour une lettre, on sens l'astuce de l'écrivain plus que l'absurdité du narrateur. Haha si tu le dis rire2 Je risque pas de le lâcher en tout cas, je m'éclate trop avec lui.

Après, je suis tatillon, c'est très très bien hein

Je lirais la suite plus tard :)

Merciiiii Ragnounetchouuuu pour tes commentaires toujours attentifs et super cools :unjournormal:


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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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MessageSujet: Re: L'oison et le chat qui voulait à tout prix lui apprendre à voler    Lun 13 Juin 2016 - 17:24

It's time for the neeeeeeeeeeext step!
Cornedor a écrit:
POUEEEET
Encore merci Scratinette. oui


Bon allez la suite. Je dois entretenir mes lecteurs inexistants. :arbre:





Deuxième lettre



     

   

            Salut, toi.

            Ma nouvelle copine la cassette enregistreuse ! Toi au moins t'es pas difficile, tu attends sagement dans ton coin que je vienne te parler, te raconter ma vie. Gentille petite ! Finalement, j'aime autant l'idée de m'entretenir avec toi que de parler à un illustre inconnu. owiiii, mon esclave personnelle, personne ne fait jamais attention à un chat, tous le monde déteste les chats, mais toi au moins, tu m'aimes et me gratoune entre les deux oreilles. Y'as personne qui fait ça tu sais! T.T

            Tu t'en doutes peut-être à mon ton maussade, je n'ai pas passé une excellente journée. Du tout.

            Tu te souviens des voisins obtus qui draguent la minette d'à côté dès que le printemps commence à chanter à nos portes ? Figure-toi que ces saligauds à moustaches ont décidé de s'installer dans mon garage à moi et rien qu'à moi, celui dans lequel ma maîtresse m'a déposé des paniers et des plaids tout doux et… ah c'est vrai, tu es déjà au courant. Bref, ces misérables s'y sont introduits en catimini. Ils ont fait tomber l'un des paniers  – mon préféré ! –, ont mangé mes croquettes, ont renversé ma gamelle d'eau lors d'une de leurs innombrables bagarres ; tout cela est déjà terrible, extraordinaire de sans-gêne et de malpolitesse – ce mot existe-t-il ? – malpolitude… malpolition… Bref ! Mais pire ! Dix fois pire ! Sais-tu quel plan machiavélique ils ont mis à exécution dans la tendre pénombre de mon garage chéri ?  Je te le donne en mille ! Ils ont uriné dans tous les coins ! Oui, tu entends bien ! J'en tremble encore de rage quand j'y pense. Non seulement ce gang de bandits pénètre dans mon antre, mais en plus ils se mettent à le  souiller de leur urine immonde et pleine de vers – parce que oui ! En plus d'être des bâtards non castrés assujettis à leurs hormones, leur panse dure est pleine de parasite, j'en suis certain ! Je suis le seul chat du coin assez soigné de sa personne pour se laisser vermifuger. Sans compter les puces que ces loqueteux ont sûrement laissées dans mes petits plaids en guise de cadeaux ! Et les tiques ! Les tiques, bon sang ! Non mais tu te rends compte ? Comme si une invasion d'immondes félins ne suffisaient pas, il faut encore que ceux-ci trimbalent des colonies d'immondes bestioles dans leur immonde pelage !

            Je pense que tu imagines bien ma réaction. Aussitôt entré dans le garage, les relents répugnants me sont venus aux narines et tous mes poils se sont hérissés le long de mon échine ! Le dos rond ! Le grand Machiavel tripla de volume en une seconde, tu aurais vu ça ! Diantre ! Je n'allais tout de même pas laisser ces marauds faire leur nid pouilleux chez moi – j'avais tout de suite deviné de quelle engeance il s'agissait. Ni une ni deux, j'ai bondi dans le panier le plus proche, d'où s'échappait quelques anneaux de queue rousse tranquillement enroulés autour de l'osier. Mais c'est qu'ils se croyaient déjà chez eux ! Je plantai mes griffes dans sa chair coriace de vieux rat d'égout ; réveillé en sursaut, il bondit sur ses pattes et m'attaqua sans sommation quel horreur, il se laisse pas prendre une paignée sans broncher? aucun savoir vivre, vraiment! en beuglant des insanités. Aveuglé par la rage, une seule idée occupait ma caboche ordinairement savante et posée : lui faire la peau, ouvrir son gosier jusqu'à voir ses côtes, venger mes plaids tout doux et tout pelucheux, venger mon petit garage douillet, me venger, moi, tout simplement ! Ah ! Tu aurais vu le combat qui nous opposa l'imparfait ici, serait plus que parfait ! Ordinairement, ces lâches filent ventre à terre devant moi, après quelques feulements censés faire croire qu'ils auraient pu me tenir tête s'ils l'avaient voulu – mais personne n'est dupe et surtout pas moi, ces crétins sont tout juste bons à laper l'eau de vaisselle que jette ma maîtresse tous les soirs devant la maison – mais cette fois-ci, il faut croire que le gaillard était sûr d'être dans son bon droit ! Le regard planté dans celui de l'autre tel une lame d'émeraude, l'échine ronde et hérissée, les crocs accrochant des éclats de lumière, nous étions deux fauves au garde-à-vous. Il engagea, bien sûr. Je n'engage jamais, par principeil vient pas de le faire? ; je laisse toujours à mes adversaires l'opportunité de fuir ma redoutable présence. Nous nous giflâmes violemment, fîmes tous deux un grand bond en arrière, nous tournâmes autour comme deux savants escrimeurs, avant de nous écharper dans de longs miaulements grinçants. Il égrenait des chapelets d'insultes vulgaires, moi des kyrielles de malédictions, dont chaque torture rythmait mes coups de griffes plus vifs que l'éclair. Et tiens ! Prends ça ! Et ça ! Evidemment j'avais l'avantage ; que peut un pauvre benêt de la rue contre le grand Machiavel virgule :virgule: champion de sa maîtresse, je te le demande. Mais c'est qu'il ne voulait pas s'en rendre compte, le fou ; il persistait à croire qu'il avait une chance ! Avec le recul, c'est une honte pour l'espèce féline ; on aurait dit un chien, un stupide canin agrippé à son bout de charogne et prêt à se battre jusqu'à la mort pour le garder ; prêt à égorger l'un de ses congénères ! Les chiens pratiquent couramment le meurtre, tu sais ça ? Ils sont incroyables de sauvagerie et de bêtise. Jamais un chat ne sacrifierait son semblable pour une stupide question de territoire ou de nourriture. Les chiens sont de bons soldats : ils tuent sans réfléchir. Alors que nous sommes plutôt des politiciens : nous jouons sur le bluff et la menace !

            Mais bref ! Tu t'impatientes, dans ta petite tête de cassette audio – Machiavel, mais qu'est-ce que tu racontes, une cassette n'a pas de tête et ne peut même pas t'entendre, elle se moque de tes péripéties pourtant incroyablement intéressantes ! Reprenons –, tu t'impatientes et te demande l'issue du combat, et tu as bien raison !

            Ma foi, un vif agacement commençait à me monter aux oreilles ; aussi je lui flanquai un coup de griffe bien placé qui lui ouvrit le nez de belle manière, et le malotru se carapata vite fait de ma tanière.

            Ah, j'étais triomphant ! J'étais fier d'avoir défendu ma fierté TAUTOLOOOOOOOOOOGIE :ffmental:, celle de ma maîtresse et celle de mon garage ! Mais il me restait quelques individus à éradiquer de ce lieu sacré. Heureusement, je n'eus pas à mener un autre combat : les parasites, face à la déconvenue de leur acolyte, eurent le bon sens de jaillir de leurs paniers tels des feux d'artifices poilus velu c'est mieux, c'est plus rigolo avant de filer ventre à terre.

            En fait, je me rends compte que finalement, cette journée ne fut pas aussi mauvaise que cela. Certes, mon garage pue l'urine, mais j'en suis toujours le seul maître et je…

            Oh non. Voilà ce que j'allais oublier et qui a réellement plombé ma journée : la réaction de ma maîtresse.

            Elle n'a bien évidemment pas assisté à l'altercation… Ordinairement, lorsque cela arrive devant la maison, elle ne manque pas une occasion de m'encourager et de caillasser sauvagement les pauvres hères qui osent me tenir tête. En bref, lorsqu'elle a découvert, le soir venu, le désordre du garage, les paniers renversés, les plaids éparpillés, et surtout l'odeur répugnante qui rampait au niveau des flaques déposées ci et là, elle a pris tout cela comme venant de ma part !

            Non mais tu te rends compte ? Moi, son vaillant défenseur, son champion jamais désavoué, son compagnon d'une propreté toujours irréprochable… euh, ou presque… Moi, Machiavel le noble et le bien élevé, réduit à l'état de pisseur invétéré !

            Résigné, car je savais ce qui m'attendait, je me laissai empoigner par la peau du cou et résistai à l'envie de ne pas feuler lorsqu'elle me planta le nez au dessus des flaques nauséabondes.

            Mais enfin, avais-je désespérément envie de lui dire – enfin, évidemment je ne me suis pas fait prier pour le lui dire, mais tu penses bien que la pauvre enfant n'a pas compris un motmiaulement en fait, illétré!tu penses vraiment que j'aij'aurais oui oui, c'est du condiionnel. IGNARE pu expulser autant de liquide en une après-midi, à moi tout seul ?

            Bref. Déconvenue totale, désillusion, dépression. Demain je fais comme l'un de ces humains stupides et je me jette du deuxième étage. Sauf que cela ne servira qu'à rayer les belles lauzes à coups de griffes nerveuses. Evitons donc.

            Bon, il est déjà l'heure de manger ; je n'ai pas grand-faim – ces effluves répugnantes me sont restées au nez ! – mais allons-y, que je tente de me faire pardonner auprès de ma chère et tendre.

            …

            Oh ! Mais quel stupide Machiavel que ce splendide chat tigré ! Mais quel idiot ! Avec toutes ces émotions, j'ai complètement oublié de te parler de mon plan ! De ce qui sous-tendra bientôt le moindre de mes actes, de ce qui changera ma vie très bientôt…

            Diantre. Ne crains rien, j'y reviendrai demain, sans faute. Je te laisse là, tranquillement cachée sous le muret de pierres sèches, en attendant mon retour.



            Prends soin de toi ! (Méfie-toi des orvets qui nichent dans ce coin, ma maîtresse les dit inoffensifs mais rien n'est moins sûr.) A bientôt !

         

   

   


relecture de Scrat:
 

Nous assistons au syndrome dit de "darling" il ne se passe rien, on reste à lire parce qu'on nous ment allégrement par un titre putaclic et des cliffanghers trompeurs. C'est d'un malhonnête, et après elle se plaint de pas avoir de lecteur. MAIS C'EST TA FAUTE!

En vrai, c'est une suite rigolote, qu'on qu'il manque un peu de drolatitude, tu t'amuse longtemps dans le combat, mais... ben y'as pas de longue digressions, juste des méchants à frapper.
Bref
La suite?
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