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 Chronochallenge 1 : le temps des léopards

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MessageSujet: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 21:30

Bienvenu à cette seconde édition du chronochallenge, je suis ravi d'être votre hôte pour ce soir, vous allez écrire sur le thème de "Le temps des léopards", vous avez 1heure pour exploiter ce thème au mieux soit jusqu'à 22h30.

Vous posterez vos créations dans ce sujet, bien sûr essayez de respecter le temps qui vous est imparti sinon et bien ce chronochallenge n'en est plus un.  

Ensuite après avoir posté vos œuvres voilà le moment tant attendu : le vote ! Vous voterez dans un sujet dédié avec un sondage.

Pour voter c'est simple écrivez clairement dans les commentaires quel a été votre texte préféré, si possible avec une petite explication du pourquoi, vous n'êtes pas obligé de faire un pavé mais une ou deux lignes ce serait gentil.

Vous pourrez voter jusqu'à demain 21h00 date où le gagnant sera annoncé.
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 22:07


LE TEMPS DES LÉOPARDS




One shot




La ville est morte ... Elle n'est plus comme avant. Comment c'était, avant ? Je suis vieux mais je m'en souviens encore très bien. Tout ce qui est venu après, ça n' a pas teinté ma mémoire, ça ne s'est pas encré dans mon esprit. Je ne peux pas dire la même chose de cette époque précise ... Quand on se retrouve entre collègues, à la table d'un bar ou de la terrasse d'un restaurant et qu'on distribue les cartes, on aime en parler. On l'appelle entre nous ... Le temps des léopards.
 Vous voyez, avant, la ville était vivante. Mouvante. Un grand siphon de vie pressée dans ses artères lumineuses, une succession d'alcôves de lumière et de ténèbres, un joyeux tintamarre urbain d'un quartier à l'autre, se perdant par-delà les toits, s'oubliant dans les ruelles où séchait le linge, s'échappant dans les branches des noisetiers. Pourquoi tout a changé ? Mais c'est à cause des loups, évidemment ... Ils ont éviscéré les beaux léopards ! Je ne parle pas ici des animaux. Nous n'étions pas assez fous pour les avoir à nos côtés dans les logis et les lieux publics ! Il faut dire que ces bêtes ne s'entendraient pas très bien entre elles et toutes ne seraient pas parfaitement conditionnées à vivre entourées d'humains ...
 Non, les léopards dont je vous parle ici, c'était cette bande de gamins guillerets, de vrais petits farceurs, toujours à sauter de toit en toit, à se faufiler dans les allées marchandes, y piquant au passage un panier de fruits, toujours à escalader, bondir, rebondir, s'accrocher. Ces diables espiègles étaient si vifs et leurs gestes étaient si gracieux qu'ils gagnèrent bientôt ce sobriquet flatteur. Les léopards ... Ce sont eux qui rendaient la ville vivante !
 Les touristes pouvaient s'égarer dans une rue et s'étonner de ces gamins d'or et de noir vêtus qui filaient au-dessus de leurs têtes ! Ils s'abritaient de la pluie dans le clocher, dans les égouts, sous les tonnelles ... Les habitants, compréhensifs, les laissaient dormir là où ils le souhaitaient. Les gosses honoraient leur altruisme en ne leur volant rien. Leur déclin a pesé sur la ville quand les loups s'y sont installés. De la véritable racaille, des jeunes violents et armés qui, après s'être tracé une ligne de violence dans le labyrinthe de la capitale, avaient décidé de rester à l'ombre par chez nous, le temps que les autorités les oublient.
 La ville vivante ! La ville vivifiante ! Puis tout s'obscurcit ... Les balles sifflèrent et ce fut le premier meurtre odieux, la première fusillade qui tourna en défaveur des gamins ! Eux qui n'espéraient rien, ne voulaient rien, vivaient au jour le jour, voilà qu'on leur arrachait leur liberté ... Avec en échange du plomb ! Plus ils tombèrent et plus les habitants se soulevèrent contre les loups, réalisant enfin que l'existence de ces êtres si fragiles et sensibles formaient le cœur de la leur. Mais avant qu'ils n'aient pu prendre les armes, il était trop tard. Tous les léopards étaient morts. Le temps des léopards s'était achevé, pour laisser place au temps des loups. Ils régnèrent sur la cité, veillant chaque nuit du haut de leurs tours cet horizon urbain qu'en d'autres temps des sauvageons pas encore pubères, aux cheveux filasses et aux chicots pourris, s'étaient amusés à contempler d'un large sourire ...
 La fin de l'innocence et la poussée des ronces noires du cœur de l'homme parmi nous. La grisaille s'abattit sur les quartiers. Les touristes préférèrent l'opulence de nos voisins à notre terne morceau de terre et de béton désespéré. La ville perdit toutes ses couleurs et en la présence des loups, qui n'était pas pour améliorer le moral des habitants – Accueillir dans ses murs des meurtriers ! -, elle s'assombrit considérablement.
 Mais je radote, dites-moi. C'est la nostalgie, ça, c'est inévitable ... Avec le poids des années, on prend du recul sur ce qu'on a fait, on revient sur nos décisions et nos erreurs. Parfois ça prend des années, parfois des mois, parfois le temps d'une vie, avant de comprendre ... Qu'elle est belle et qu'on ne le lui rend pas ça comme on le devrait. On supprime celles des autres avant de penser à embellir la sienne. On gâche tout et, nos pieds dans la boue et les ruines, on comprend trop tard que la violence et le sang n'étaient pas les messies.
 Alors avec mes amis, je parle de cette époque, dans cette ville que j'ai appris à connaître ... Les regards nous défient encore mais je sens le vent de la rédemption ... Ce n'est plus le souffle de l'aventure d'autrefois, mais cette brise amère, qui s'appuie sur notre nuque et pousse nos os diminués plus loin vers nos organes. Alors notre cœur se serre ... Et on contracte cette maladie terrible, ah ! Terrible. Le regret. Les remords. La souffrance d'avoir été celui qui n'aurait pas dû être, d'avoir fait ce qui n'aurait pas dû être fait ... Oui, nous fûmes les loups à cet âge-là. Oui, nous fûmes destructeurs, brutaux, stupides, inconscients. Et oui, nous regrettons ... Le temps des léopards. Nous ne sommes que des salopards ... Je coupe les cartes, comme j'ai coupé le fil de vies innocentes.

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Silenuse

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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 22:14

Bonjour et désolé d'avance...

C'est écrit à la manière d'un enfant, certaines formulations sont donc normales car infantilisées.

C'est très gwakant.



Ecole des Plaisantins de Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson, dans la Marne.

CE2

Brouhaha.
Boulettes de papier et peinture murale multicolore.
Le soleil effleure le visage de Nat, 8 ans, et son ruban jaune qui trônait sur sa chevelure.


LA MAÎTRESSE - Vos gueules !

Le silence remplissait petit à petit la pièce.

LA MAÎTRESSE - Vos gueules !

Plus rien.

LA MAÎTRESSE - On t’écoute, Natacha.

NAT - Euh… donc…
je vais vous lire mon histoire euh…

LA MAÎTRESSE - Tu l’as écrite toute seule ?

NAT - Non, je l’ai fait avec mon papa.

LA MAÎTRESSE - C’est bien, Natacha.

NAT - Il m’a dit qu’il était pas bourré.

JEAN-MARC, 7 ans et demi - Bouh la nulle !

LA MAÎTRESSE - Ta gueule !

Silence.

NAT - Il était une fois, dans le village de mon papa, Vulvoz,
il y avait 7 léopards qui vivaient ensemble, dans une maison.
Un jour, Papa léopard a été licencié de son travail.

LA MAÎTRESSE - Et il faisait quoi ?

NAT - Euh…

Elle regarde sa feuille.

NAT - Pute.

LA MAÎTRESSE - Ah…

NAT - Et du coup,
Maman léopard a grondé Papa léopard.
Elle lui a dit qu’elle allait se suicider en se jetant sous un train.
Du coup, Papa a sorti une bouteille,
il a bu,
beaucoup,
comme ça.
Après, il avait plus soif.
Il a pris Maman léopard, il l’a déchirée.

LA MAÎTRESSE - Ses affaires ?

NAT - Non, elle.
Il a sorti ses griffes,
comme ça.

Elle l’imite.

NAT - Et du coup,
elle a pas pu se suicider.
Papa était content, donc il a pris une autre bouteille.
Il en a donné aux deux bébés léopards,
Maman en prenait soin,
mais elle est morte.

Rire dans la classe.

LA MAÎTRESSE - Vos gueules !

NAT - Mais du coup, les bébés ne bougeaient plus.
Alors il les a sortis, pour qu’ils prennent l’air,
sinon ils allaient vomir tout partout.
Mais le Grand frère léopard,
il était pas content,
il voulait jouer aussi avec Papa,
mais Papa voulait pas.
Du coup, il a sorti ses griffes aussi,
mais Grand frère aussi,
il était pas content,
il a sorti ses griffes.
Il a pris la télé,
il l’a jetée sur lui,
il s’est jeté dessus,
comme ça,
en l’air,
comme un lion.
Mais Papa était trop fort,
il a vaincu Grand frère.
Il y a Petit frère,
il avait entendu du bruit qui venait d’en bas.
Il a regardé, mais il avait peur.
Il est parti, il s’est enfuit.

JEAN-MARC - Tarlouze !

NAT - Il restait la Petite Soeur,
elle regardait de dehors,
elle avait peur.
Elle était brune, avec les cheveux noirs,
elle avait un ruban jaune et des jolis bracelets.
Elle avait peur,
elle s’est enfuit,
mais Papa arrivait.
Il dit “Ma fille,
je suis pas bourré”,
mais un policier est arrivé,
il avait un gros fusil,
et il a endormi le Papa léopard,
comme ça…

Elle imite le fusil.

NAT - Pan !
Aïe !
Papa tombe par terre.
La Petite Soeur court vers le policier et lui tape dessus avec les pieds,
elle était très triste.
Voilà, j’ai fini.

LA MAÎTRESSE - C’est très bien, Natacha,
applaudissez Natacha !

Applaudissements.

LA MAÎTRESSE - Qui veut lire son histoire ?

Moi moi moi moi moi
moi moi.




------------------------------------------------------------------------------------------------
pouet




Ah oui, j'écris des trucs aussi
Tutos : Versification & Rythme
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Vidrylee

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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 22:17

Le temps des léopards


“Un pas, deux, clic, il me voit, je le vois. Ses yeux ébènes me transpercent, sa gueule de félin s’entrouvre, ses dents sont acérées. En un bâillement il m’offre toute sa cruauté, toute sa puissance et toute la violence dont il peut être capable. Clic. Peur, envie, excitation, et devoir me parcourent en un instant, des frissons, mon rythme cardiaque s'accélère, l’envie de partir prend de l’ampleur mais je ne peux pas rentrer les mains vides. La promesse me tient, ancre mes pieds dans le sol. Chaleur accablante, la plaine aride n’offre que peu de repos, le soleil caresse doucement ma nuque. Clic. Il se pavane devant moi, bête sauvage, bientôt tu ne le feras plus. Clic, l’heure tourne, le temps presse. Clic, une balle, une deuxième se glisse dans ce qui lui donnera la fin. Clic. Enfin, clic, 12h, il est l’heure. La balle file droit sur lui, il esquive dans un râle intense. Il fonce sur moi, il bande ses muscles et bondit. La deuxième balle, elle est là, “ne jamais l’oublier” avait dit l’instructeur. Le coup part elle vient se placer dans sa tête, seul le bruit du corps qui tombe domine la savane. Tout redevient calme, mon cœur se calme, plus un bruit. Le léopard à disparu, je l’ai eu, le dernier roi.”

Alors les enfants, voila comment j’ai pu avoir le dernier survivant de l'espèce, avant tout le monde. Vous êtes fier? Sa peau est à la maison si vous voulez la voir. Eh ne partez pas ! Vous êtes si excités que ça de l’observer ? Quoi, comment ça je vous dégoûte, j’ai risqué ma vie pour cela. Vous allez voir c’est magnifique. Juste soyez gentil faites-moi libérer, je supporte plus les barreaux de la prison. Je me sens comme un léopard en cage.

relecture de Scrat:
 

------------------------------------------------------------------------------------------------
"Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir."

A.Rimbaud.
1870, Ophélie.


Je suis mariée à la poésie
et surtout à Rimbaud.



En réalité je suis un chat tout fluff et tout rose. 
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Syta
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 22:27

Voici la mienne !


Tic. Tac. Tic. Tac. Sa montre à la main, Léonard fixait l'eau qui rougissait à la vue du crépuscule. Sur la berge d'en face, deux humains se tenaient la main et lançaient quelque rocher dans l'oasis. Léonard sourit. Son smoking gris avait quitté son aspect étouffant, et devenait une protection convenable face à la froideur de la ville. Il observa l'ingénieux mécanisme qui vibrait dans sa main. C'était un fin assemblage de matériaux inconnus. Un connaisseur aurait probablement prononcé en maugréant des termes tels que "cuivre" ou "trotteuse en argent", mais Léonard n'en avait que faire. Il fixait sa montre, orangée et noire, sa montre dans laquelle se mouvaient trois grandes silhouettes, qui voulaient danser et chanter. Le félin costumé leva l'oreille. Un autre bruit que celui des aiguilles grinçantes se faisait apercevoir. C'était un cri, un appel au secours. C'était ridicule. Les montres ne parlent pas, tout le monde savait ça. Il attrapa la chaîne reliée au gousset, la fit tournoyer autour de sa tête et ne s'arrêta que lorsque la voix ne trouvait plus ses mots. 

Léonard observa la montre. Les aiguilles étaient devenues rougeâtres et ne dansaient plus. 


...

- Et depuis ce jour là, il est constamment sept heures du soir, dix-huit minutes et vingt secondes. 

Léodagan observa son compagnon de beuverie. Il semblait aussi saoul que d'habitude. Le temps s'était arrêté il y a à peu près 8 ans, ce qui équivalait littéralement à zéro secondes. Personne ne savait exactement pourquoi, mais Léonard continuait de se tenir pour unique responsable, peut-être dans un but d'enrichissement personnel.

Puis ce fut le drame. Il sortit de son veston une bouteille et se versa un verre de saké.

Tout était fini, Léonard ne pouvait être ramené à la raison. À la première goutte qui effleura sa trachée, le son cliquetant des aiguilles retentit dans ses oreilles. C'était un son fort. Léonard arracha son costume, qu'il portait depuis un peu moins d'une journée ou de huit ans. Le cliquetis aiguillant devint de plus en plus fort. 

Léodagan frappa fortement sur la table.

- Écoute Léo !
- Oui ? Lança la misérable Léopoldine
- Non, Léonard. Je ne sais pas pour qui tu te prends, mais un chevalier digne de ce nom ne peut pas laisser un de ses amis le regarder de haut.

Léonard était couché sur le bar. Sa bouteille était venue se renverser sur les pieds de son confrère, et celui-ci était plutôt remonté. 

Il tenta de prononcer quelques mots, mais sonnants étaient les cliquetis des aiguilles. Ses tympans eux-mêmes tentaient de hurler quelque "tic tac". 

SOURIRE, SOURIRE.

Léonard leva les yeux au ciel, et se hissa sur ses deux pattes. Quelques lambeaux de son costume étaient retombés sur ses souples hanches, et lui donnaient un côté classieux. 

Oh, qu'il était terrifiant. Le paladin se leva, et contempla le buveur de saké aux traits d'Apollon qui le toisait furieusement.


- Qu'est-ce que c'est ton but dans la vie Léo ? Tu veux nous rendre triste ? Tu penses un peu aux gens autour de toi ?


Léonard n'entendait plus que les doux bruits de l'horloge. Tout au loin de son horizon sonore, se profilait également une voix. Une voix essoufflée, qui semblait avoir appelé pendant des années. Mais il y avait trop de bruit dans le bar. On ne pouvait rien comprendre. Notre héros se leva fièrement, écarta le chevalier et esquiva ses questions.


- Pas le temps de jouer à Léopardy mon ami, j'ai un monde à sauver.


Léonard courut vers l'oasis. Il fixa les aiguilles toujours rougissantes. La voix se fit plus forte et compréhensible.

« - Réveillez-vous monsieur !»

Jules, gardien de zoo ouvrit les yeux. Son coma éthylique était terminé.

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“Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?”
- Boris Vian
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   Sam 28 Mai 2016 - 22:30

J'aime pas du tout, mais c'est déjà ça:


Le temps des léopards.


Plusieurs fois, Calvin s’était demandé ce qui avait bien pu pousser les chercheurs à agencer les mots de tel sorte que cela puisse former un nom ayant aussi peu de rapport avec la réalité qu’il désigne. A vrai dire ils avaient du réfléchir un bon moment dans le seul but de créer un acronyme un tant soit peu glamour. Lentigines; Electrocardiographic conduction defects; Ocular hypertelorism; Pulmonary stenosis; Abnormalities of the genitals; Retarded growth resulting in short stature; Deafness. Le syndrome LEOPARD, effectivement bien plus intéressent que sous une appellation moins vendeuse. Après tout, à moins de choisir volontairement de se passionner pour les petits acides aminés qui conditionnent l’existence de l’ensemble du monde vivant. On a très peu de chance d’entendre vent d’une maladie sobrement nommée PTPN11, ou bien RAF1.

Alors que “LEOPARD”, ça c’est une maladie qui émoustille notre curiosité. Cela les chercheurs l’avaient compris depuis longtemps, on s’intéresse à ce qui est beau, mignon ou intimidant. C’est pour ça que la maladie des enfants de la lune est bien plus connue que la drépanocytose, pourtant toute aussi rare est tragique. Quand on pense aux enfants de la lune on s’imagine des êtres purs et opalescents courant gracieusement sous la clarté de l’astre lunaire. On a envie de savoir de quoi il en retourne et pourquoi pas d’aider la recherche. histoire d’offrir un peu d’espoir à ces enfants condamnés à passer leur existence diurne dans des combinaisons dignes d’un mauvais costume d’halloween. Tandis que les drépanocytaires, eux, sont condamnés à rester plongés dans l’ombre de l’ignorance médiatique.

Calvin mordillait son stylo en laissant son esprit vagabonder en compagnie des enfants de la lune et des oubliés souffrant de cristallisation du sang. Tout compte fait il faudrait renommer la drépanocytose “syndrome du sang cristallin”. Il était prêt à mettre sa main à couper que ça intéresserait quelques personnes au moins.

Et voilà, sa feuille était toujours vide. Le jeune garçon se demandait pourquoi il prenait la peine de faire ses devoirs. Après tout, il n’était pas un vulgaire homo sapiens comme les autres, oh que non. il n’était rien de moins qu’un majestueux LEOPARD. Enfin, “majestueux”. Les yeux écartés comme ceux d’un drôle de poisson, une stature trapue et grotesque et un petit coeur mal formé. Voilà l’apanage de ces malades au nom de félin féroce. Calvin tourna la tête et se regarda dans le miroir de sa chambre, à côté de son bureau.

Tout bien réfléchit il ressemblait plus à un gros rongeur qu’à un poisson. Avec ses yeux sur le côté du crâne. Un gros rongeur maladif, à la peau nue et couverte de tâche. Tient, se disait il, c’était peut-être ces petites tâches caractéristiques qui parcouraient son corps qui avaient inspirées les chercheurs. Même si à y regarder de plus près on ne voyait pas vraiment de ressemblance entre ces tâches là et la robe nébuleuse des léopards. Des vrais.

Calvin retourna à son devoir. Exercices de physiques sur l’effet Doppler. Il avait un peu de mal à comprendre le concept. Sur internet on expliquait la chose en prenant l’exemple du son d’une sirène de police. Lorsque le véhicule fonce vers nous, on entend pas la même alarme que quand il nous dépasse et fil au loin. Hélas, la fluctuation de l’intensité sonore était difficilement compréhensible pour le jeune homme. A nouveau il se demandait quel pouvait bien être le rapport entre les léopards et la surdité qu’entraînait le syndrome du même nom.

Souvent, il se demandait à quoi cela pouvait bien ressembler, un “son”. Même si au fond, ça ne l'attristait pas plus que ça de ne pas savoir. On regrette rarement un sens que l’on ne connaît pas. Après tout, les hommes ne déplorent qu’assez rarement leur incapacité à ressentir les courants électriques ou à détecter la direction des pôles. En revanche, Calvin plaignait ceux qui avaient lentement perdu l’ouïe jusqu’à la surdité totale. C’était comme si lui s’imaginait perdre peu à peu la vue. D’abord tout les petits détails s’estomperaient. Il ne pourrait plus distinguer les files de fourmis marcher en lignes disciplinés entre les brins d’herbes. Il ne verrait plus les feuilles des arbres agitées par les arbres, comme les centaines de vagues d’une mer verticale, ce ne seraient plus qu’un grand amas de verdure ployant sous la brise. Puis il ne pourrait plus lire, incapable de trouver des lunettes adaptées à son physique disloqué. Et impossible d’apprendre le braille, puisqu’on ne pourrait pas lui expliquer vocalement la nature des lettres qu’il toucherait. Mais le plus effrayant ce n’était pas la possibilité de ne plus jamais pouvoir s’enfuir avec les mots, découvrir de nouveaux mondes, de nouvelles terres inaccessibles. Faire la rencontre de personnages grandioses, attachants, haïssables, étonnant, repoussants. Le plus grave ce serait sans doute de voir disparaître le visage de ceux qu’il aime. De ne plus jamais les voir jusqu’à ce que le souvenir de leurs traits ne s’estompe. Ne laissant à la place des sourires et des larmes que des flous incertains. Puis enfin. Le noir. Vide, inexistant et pourtant omniprésent. Pour Calvin le monde ne se résumerait plus qu’à des odeurs, des flagrances familières, des parfums étrangers et aventureux. Des goûts nouveaux, des saveurs pleines d’histoires. Et surtout des sensations, des vibrations. La douceur d’une étreinte, l’extase du vent qui joue dans les cheveux, de l’eau qui coure sur la peau. Le froid et la chaleur, le plaisir et la douleur.

Plus que ça, plus qu’un monde qui pue, qui dégoûte, qui blesse. un monde de parfum, qui régale, qui caresse.

Ce n’est déjà pas si mal, au final. C’est bien assez, bien assez pour aimer, pour pleurer. Bien assez pour vivre.

Alors même sans les couleurs, même sans la musique, peut-être que ça en vaut la peine.

Calvin regarde sa feuille. Finalement, il comprend ce que sont les sons.
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 1 : le temps des léopards   

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