Pour Edith, il semblait que hier encore, tout était calme. Hier, elle se trouvait là, avec ses parents, ses frères et ses sœurs, et elle souriait. Elle aurait dû se douter. Se douter que son tour allait venir. Mais c'était trop tard. À peine au moment où elle finit d'accumuler tous ses souvenirs dans un coin de son esprit, en guise de bagage, son habitat avait disparu de sa vue. Ainsi elle commença à chercher.
Elle tenta de remuer ses ailes atrophiées. C'était injuste. Pourquoi quitter sa vie douce et monotone pour une potentielle mort ? 
Edith atteignit une petite surface de pierre où elle se coucha, sans doute par désir de poser ses pensées sur quelconque lieu.
 
Elle se remmémora les quelques paroles que sa mère avait laissé avec peine, son esprit étant embrumé par le passé.
À l'âge de trois ans, chaque rossignol cendré quitte son foyer, et se lance sur la toile, à la quête d'un partenaire et d'un nouvel habitacle. 
Alors, les jeunes oiseaux marchaient pendant parfois plusieurs mois sur la Toile. Cette dernière était un cercle, d'un rayon infini sur lequel s'étendait des millions de rangées de corde. 
Ce voyage était déjà trop long. Trop dangereux. Mais il n'y avait pas d'autres issues, il fallait avancer jusqu'à mourir ou trouver son havre de paix.
Ainsi, Edith sautilla de plate-formes n plate-formes pendant des dizaines de jour. Elle se nourrissait des quelques végétaux insipides qui poussaient sur les roches, et buvait l'eau qui pouvait tomber au dessus de sa tête. 
Puis elle croisa quelqu'un. Ce n'était pas la première fois, quelques silhouettes avaient déjà été aperçues dans le noir complet, mais là, ils étaient devant elle. Ils étaient deux. 
Elle n'en croyait pas ses yeux. Devant elle se tenait un Uburu Fauve et un oiseau géant, aux ailes teintées de rouge.
Les Uburu étaient d'immenses tueurs sanguinaires. Ils attrapaient les quelques personnes qui cherchaient repos, où qui restaient immobiles trop longtemps, et les dévoraient. Ils ne vivaient que du sang des autres, et ainsi était faite la vie. Ce qu'ils étaient forts, puissants. Personne ne pouvait leur résister. Ainsi quand Edith vu un rapace résister à un d'entre eux, la surprise fut grande.
Les coups de bec jaillissaient, les plumes s'envolaient et retombaient dans le vide. À chaque fois que le grand oiseau relevait la tête et assénait un coup dans la nuque du prédateur, un filet de sang giclait dans les airs. Il ne fallut que peu de temps pour que l'Uburu succombe, et que son corps disparaisse dans les abimes.
La puissance de cet individu mystérieux était colossale. La jeune rossignol tenta de s'enfuir, mais elle se fit vite rattraper.
Il ne tarda pas avant qu'elle se fasse questionner de toute part. 
« Halte là, oisillonne. Que cherche-tu en ces lieux ? »
Et chaque question en amenait une autre. Il fallut peu de temps pour que l'unique valise qu'elle avait apportée se fasse emporter.
Elle se vit offrir de monter sur son dos. Cette proposition incongrue ne pouvait être refusée.
- Dis moi petite oisillonne, n'es-tu pas ennnuyée par cette longue marche ?
Elle ne savait quoi répondre. Évidemment que oui.
- Oui. Mais je cherche quelqu'un. Quelqu'un avec qui je pourrai vivre jusqu'à la fin de mes jours. Et nous trouverons un lieu où habiter.
Le géant sourit.
- Et pourquoi ? Avoir des enfants et perpétuer ce cycle infini ? Que vaut la vie quand on ne peut voler ?
Elle reste muette. Le rapace continua.
- L'avenir est vide. Le chemin le plus attirant reste le fond de ce gouffre infâme. Regarde-toi. Tu ne peux que sautiller pitoyablement, et tu tentes tout de même d'atteindre une chimère toute aussi pitoyable.
Laisse-moi te conduire vers un avenir convenable.
Et il se tourna. Édith tomba dans le vide. 
Il avait raison. Il n'y avait pas d'avenir. Rien qu'une toile, sur laquelle quelques oiseaux se baladaient.