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 ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol

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Ouppo
Fou du roi
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Masculin Lion Messages : 245
Date d'inscription : 04/01/2016

MessageSujet: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 12:49

Bienvenu à cette sixième édition du chronochallenge, je suis ravi d'être votre hôte pour ce soir, vous allez écrire sur le thème de "Le dernier rossignol ", vous avez 1 heure pour exploiter ce thème au mieux soit jusqu'à 22h30.

Vous posterez vos créations dans ce sujet, bien sûr essayez de respecter le temps qui vous est imparti sinon et bien ce chronochallenge n'en est plus un.  

Ensuite après avoir posté vos œuvres voilà le moment tant attendu : le vote ! Vous voterez dans un sujet dédié avec un sondage.

Pour voter c'est simple indiquez clairement  ICI: quel a été votre texte préféré, si possible avec une petite explication du pourquoi, vous n'êtes pas obligé de faire un pavé mais une ou deux lignes ce serait gentil.

Vous pourrez voter jusqu'à demain 21h00 date où le gagnant sera annoncé.

Si vous avez aimé, le Challenge c'est tout les samedi et mercredi.
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Invité
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 13:56


Le dernier rossignol (milanais)




One shot - Disclaimer : peut choquer les âmes sensibles !




Tintin avec sa houppette au chateau de Moulinsart était de corvée de pommes de terre quand Capitaine Haddock surgit dans sa chambre et s'écria : "Tintin ! Tintin ! Un drame s'est produit." Tintin avec sa houppette, voyant le capitaine s'approcher de lui en empoignant son journal, se dit intérieurement : "Mince alors, où est-ce que Chang est encore allé s'écraser". Il dirigeait ses anticipations dans la mauvaise direction. Tout devint très clair pour lui quand il lut le titre de la une, "Le dernier rossignol", puis la une en elle-même. Elle était accompagnée d'un portrait de Bianca Castafiore peint par Bernard Faulkner un jaune jour de Printemps. On pouvait y comprendre, sous les artifices de la rédaction et le zèle de l'interviewer, la grande détresse de la diva : ce n'était pas ses bijoux qu'on avait cette fois-ci dérobés, mais sa voix !

 Tintin se dit : "Mince alors ! Milou, viens renifler ce journal, bon chien !" Le célèbre petit chien blanc bondit vers son maître et son flair infaillible lui indiqua une fois de plus le coupable. "Waf waf waf !" "Quoi Milou ? Tu dis que c'est le professeur Tournesol qui a volé la voix de la cantatrice ?" "Waf waf waf !" "Mince alors ! En avant vers l'aventure !" "Mille millions de mille sabords ! Ce zouave nous joue un tour ! Nous aurions dû nous méfier de l'eau qui dort ..."

 Bien sûr Tintin avec sa houppette n'allait ni s'intéresser au cas de Wagner ni à celui d'Irma, déjà accusée de vol par les Dupondt, car le flair de Milou ne le trompait jamais, je dis bien jamais. Haddock, même s'il ne le montrait guère, était bien content que cette Castafiole ne soit plus en mesure de lui briser les tympans avec cette cacophonie démente qu'elle et son public se plaisaient à appeler "une voix de déesse". Sa participation dans cette affaire n'était donc liée qu'à son amitié pour Tintin avec sa houppette et sa curiosité quant au soudain vandalisme de Tournesol, qui avait pourtant été fortement inspiré par le rossignol milanais, jusqu'à nommer ses roses immaculées en son honneur.

 Dans la laboratoire de Tournesol, Tintin, Milou et Haddock ne trouvèrent rien de plus que des étagères vides, des tables débarrassées et des rideaux tirés ! Le professeur avait nettoyé son lieu de travail avant de s'enfuir ! Les traces de pas sur la scène de la fuite indiquaient cependant qu'il n'y avait non pas un mais deux déménageurs. Haddock se souvint alors qu'il n'avait pas vu Nestor de la journée. "Simili-martien à la graisse de cabestan ! Ce zouave nous a roulés ! Avec votre majordome en prime ! Je ne lui faisais plus confiance depuis le jour où j'avais buté sur cette marche et qu'il s'était contenté d'observer ma chute. C'est la journée des surprises, Tintin !" "Mince alors !" "Waf waf waf !" "VOUS AVEZ DIT UN ZOUAVE !!!"

 Tournesol se tenait là ! Tintin sans sa houppette allait tenter de le raisonner, puis il se ravisa en s'apercevant que le professeur le tenait en respect du bout de son parapluie, qui faisait aussi office de petit pistolet dissimulé, apparemment. Le calibre était petit, mais pas assez pour ne pas laisser des souvenirs impérissables au cervelet de Tintin et de son ami. "Vous êtes mes salopes maintenant." Tournesol avait parlé ... Avec la voix de Bianca ! C'était donc ça, la dernière invention sophistiquée qu'il avait passé des mois à peaufiner en silence dans son atelier lui avait permis de s'approprier la voix de la diva et d'enfin bénéficier de l'attribut vocal dont il avait toujours rêvé !

 Tournesol canarda Milou, qui trépigna de douleur et expira, roulé de côté sur le parquet. Tintin s'effondra devant sa dépouille. Haddock, ne pouvant pas supporter la pression de la mort d'un compagnon de longue date, se rua à l'extérieur. Nestor s'assura qu'il n'irait pas plus loin en l'écrasant avec la 2 CV des Dupondt, qu'il avait jetés dans la Tamise quelques heures plus tôt, afin de garantir leur silence. On raconte que Moulinsart est depuis devenu un lieu de jouissance, où Tournesol, de son sobriquet Professeur Tournante, s'évertue à lire chaque heure de la journée un passage du marquis de Sade puis le reste du temps à partager à Tintin d'une manière assez physique ses expériences littéraires ... Tandis que Nestor, neutre comme à son habitude, se trouve toujours au milieu de ces ébats. Ainsi s'éteint le dernier rossignol, tout autant que les banlieusards de Moulinsart.



Dernière édition par Saul le Mer 15 Juin - 14:07, édité 2 fois
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Terulan
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:04

LE DERNIER ROSSIGNOL

- As-tu vu toutes ces personnes en bas qui vivent dans la haine et la violence ? Ces gens-là m'horrifient au plus haut point. Et ce qui m'effraie plus encore, c'est cette impression d'attirance grandissante que je ressens. Je crains de finir parmi ces gens. Je n'arrive pas à me guider, je me retrouve coincé ici, au milieu d'incessantes émeutes. S'il te plaît, quoique je fasse, que je les rejoigne ou non, promets-moi de ne jamais les prendre pour modèle.

- Ils me font trop peur Papa, je veux pas me retrouver parmi eux...

- Et c'est très bien comme ça. Je vais te raconter une légende. On raconte qu'un homme vivrait retranché à quelques kilomètres au sud de la ville, dans coin tranquille. Certaines personnes, fuyant ces violences, iraient le voir afin changer de vie, en somme. Vivre sans haine, dans la paix, tu vois. Alors je te propose une chose : que nous partions à sa recherche. De toute façon, il ne nous reste plus grand chose à faire ici, et le danger est grandissant.

- Si ça peut nous éloigner des ces monstres...

Suite à cette brève discussion, Paul et son fils parcoururent la ville dans ses coins les plus sombres et les moins peuplés, en direction du Sud. Une fois à l'extérieur, ils ressentirent un calme extrême. Plus un son ne se faisait entendre. Ils venaient d'abandonner les hurlements des citadins fous, probablement pour toujours.

Plusieurs heures de marche plus tard, ils aperçurent un vieillard, usé par l'âge, assis le plus tranquillement du monde sur un rocher. Paul engagea la conversation, abordant la légende, entre autres. Le vieillard lui apprit de nombreuses choses. Il chanta, aussi. Mais ce n'étaient pas des chants barbares comme ceux que l'on entendait en ville. Son chant était bien plus profond, plus spirituel, et surtout plus beau. Cet homme possédait une voix réellement unique, presque angélique, voire divine. Il finit par saluer le père et son fils, qui partirent chercher un endroit pour dormir.

Paul réfléchit à propos des paroles du vieillard plus qu'il ne dormit. Le lendemain, il prit la route avec son fils vers une terre propice à l'agriculture, finissant par vivre une vie des plus paisibles, sans aucune trace de violence jusqu'à sa mort.



Ouais bon j'ai vraiment l'impression que c'est bâclé et mal écrit, mais bon voilà j'ai pas trop le temps etc je vous aime caca

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Carapace et malicieux, roquefort et scrogneugneu, Quentin est le type même de bécassine de haute volée, qui jalonnera tout sa carrière de maracas alambiquées, dans le plus pur style comique.
Chouette, 2015
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Invité
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:16

Avec ses deux gibolles,
naviguant sur les orées,
il parcourt les contrées
le dernier rossignol.

Partant de son lit seul,
linceul d’une vie d’écueils,
il vole sans un bruit
le dernier rossignol.

Mais lors d’un doux séjour
de deux jours, plus ou moins,
il vient au beau détour
d’une dingue bestiole.

Mais celle-ci lui dit,
d’une voix digne et belle,
qu’une fois elle vit
le second rossignol.

C’est alors qu’il partit,
à deux temps, trois mouv’ments,
sur les ailes du vent,
le domaine d’Eole.

Dans un repaire il vit,
indiqué par deux marques,
l’entrée d’une filière,
dangereuse nécropole.

Il entra prudemment,
comme il rentre chez lui,
aucun’ment rassuré,
sans aucune boussole.

Entre deux étagères,
où sont rangés les corps,
encore une souris
qui paraissait frivole.

Pourtant elle lui montrait,
d’un signe de la tête,
le chemin de sa quête,
pas un(e) simple gloriole.

Alors il découvrit,
au milieu des recueils,
le tombeau de l’ami,
dont la fierté lui colle.

Après un long hommage,
l’oiseau,
dont l’âge couvrait les efforts,
salua enfin l’idole.

Il partit du repaire,
parcourut les contrées,
il rentra seul, en hère,
le dernier rossignol.


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Varazak

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Humeur : Ambigüe...

MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:24

Je sort mes jumelles. Du toit où je suis installé, j'ai une vue imprenable sur le hangars du quai numéro 9.

J'observe attentivement l'entourage pour préparer mes mouvement.
Je détecte trois gardes, et huit caméras pourraient me révéler: une à chaque coin de l'entrepôt et une aux coins de chacun des entrepôts le jouxtant. Il y en a aussi sûrement à l'intérieur. Mais pas de gardes normalement. La marchandise est classée défense, et même l'armée n'y touche pas tant qu'elle n'est pas transportée chez eux.

Rapidement, je m'approche, plus silencieux qu'une ombre et passant de toits en toits, de mon objectif.

Le patron ne veut qu'une chose, que je désactive tout le matériel de sécurité de la zone: caméras et alarmes. Les gardes, ce n'est pas mon problème; ils seront éliminés par l'équipe des gros bras une fois mon travail accompli...

J'ai tout de même de la chance, le hangar n'est pas vitré, et en plus, sa toiture est de tôle, posée le long d'une poutre d'acier. C'est facile à soulever, donc facile de s'y introduire...

Maintenant sur le toit, j'attends que plus aucun garde ne soit dans mon champ de vision, un instant encore pour être sur qu'ils aient disparu, et je soulève la tôle pour me glisser dans le bâtiment...

...J'atterris en plein sur la marchandise. Tant mieux, les caisses sont hautes et les caméras, j'en compte à nouveau quatre, une dans chaque coin? Fixent le sol.

Je sors de mon sac à dos un ordinateur tout en cherchant aux murs les câbles des caméras. Je prends également une pince pour dégainer les câbles.
Je me contorsionne pour y accéder sans me faire filmer, puis y intègre un fil que je connecte à mon ordinateur.

C'est si facile.
J'accède au circuit des caméras et enregistre une boucle complète de la ronde des gardes, puis lance un programme de ma composition pour faire passer la séquence en boucle sur les moniteurs de surveillance.

Je n'ai plus qu'à m'occuper des alarmes.

Un rapide tour dans le hangar et je me rends compte que tout cela est rustique. Une alarme à la porte si elle est forcée, et sur des bornes d'amarrage reliée à la marchandise.

Je prend mon talkie-walkie pour appeler mon employeur:
"Préparez vous, j'ai bientôt fini".

Et de fait, les alarmes sont des modèles dépassés, je les déconnecté les une après les autres sans le moindre problème.

Ne reste plus que l'alarme de la porte. Un coup de pince, elle est déconnectée.
J'appelle le chef.
"C'était le dernier rossignol... À vous l'équipe d'intervention."

C'est trop simple de voler l'armée...


------------------------------------------------------------------------------------------------
- Moi, j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais je dit bizarre, bizarre ?
- Je vous assure mon cher cousin, que vous avez dit bizarre, bizarre.
- Moi, j'ai dit bizarre,  comme c'est bizarre !

        "Drôle de Drame" de Marcel Carné.
Je suis l'Alpha et l'Oméga
Le Premier et le Dernier
Le commencement et la Fin.

Et pour mes autres textes: ma bibliographie!

Vi veri universum vivus vici
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helio

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:26

Bon avec peu de temps je n'ai pas pu développer comme je le voulait, mais l'idée est là. (Ps j'avais que 30 min donc voilà.)


Le dernier rossignol

Remi demanda à son père ce qu’était ce dessin. Il n’avait pas beaucoup de livres et celui-ci était l’un des rares bouquins de la pauvre bibliothèque avec des illustrations.
- C’est un cheval déclara son père.
- Comment tu sais ?
- C’est écrit en tout petit, juste en dessous. Tu vois ?
- Oui je vois. Che-Val-Pur-Sans-A-Ra-Be.
Athello, le père de Remi était fier de voir les progrès de son fils. Il lisait de mieux en mieux. Il le regarda avec tendresse et sourit. Son fils leva la tête et demanda :
- Tu en as déjà vu ?
- Quoi donc ?
- Des chaval.
- Non fiston, ils ont disparu depuis longtemps. Les animaux n’existent plus, c’est pour ça que le monde est tel que tu le connais.
- Comment c’était avant ?
- Mon père m’a dit qu’avant la grande crise écologique, avant qu’on remarque que les animaux mouraient et que l’épidémie menace l’humanité d’extinction, il y avait des milliers d’espèces différentes. Certains étaient mangés, d’autre montés ou même servaient de compagnons. Il y en avait de petits et de grands animaux. Les forêts étaient vertes et les hommes vivaient en paix, il n’y avait plus de guerre après le traumatisme de la troisième guerre mondiale.
- J’aurais aimé voir ça ! s’enthousiasma l’enfant.
- Allez ! Il est tard maintenant. Il faut dormir sinon ta mère va me encore gronder, dit-il en plaisantant.
Le lendemain Athello se préparait pour se rendre à son travail. Il était chef d’équipe dans l’agro-usine de la ville. Elle produisait de manière artificielle les besoins en nutriments, vitamines et calories. Ce jour-là une réunion annonçait qu’un groupe d’anarcho-écologistes avait campé à une quinzaine de kilomètres de la ville.
Il s’agissait de pilleurs qui volaient et tuaient s’il le fallait. Toute la journée la ville était morose et personne ne parlait de ce groupe comme si ne pas en parler ne les ferait pas venir, comme si ne pas en parler annulait la réalité de la menace.
Le lendemain, peu avant l’aube, Le groupe était effectivement devant les portes de la ville. Tout le monde se réunit et les anarcho-écologistes faisaient face aux habitants de la ville.
- Donnez-nous tous vos vivres et nous partirons sans vous causer de problèmes, annonça d’une voix forte celui qui semblait être leur chef.
- Nous avons à peine de quoi tenir un mois et la prochaine fournée d’aliments n’aura lieu que dans 5 semaines. Vous comprenez donc que nous ne pouvons pas vous donnez tous nos vivres, rétorqua le maire de la ville.
- Me prends pas pour con, je sais que vous avez plus d’aliments que ça. Arrête de me faire perdre mon temps et donnez-nous ce qu’on vous demande, sinon ça mal finir.
Alors que leur chef parlait Athello remarqua sur le toit d’une des maisons un objet étrange. Mais il comprit que ce n’était pas un objet, car la chose bougeait. Et soudain tout le monde entendis des sons qui leur était inconnu. C’était le chant d’un rossignol.
Ils étaient tous envoûtés et Athello pensa à haute voix : « Le premier chant du premier oiseau depuis 250 ans. Il reste peut-être de l’espoir. »
L’oiseau déploya ses ailes et prit son envol. Tous furent éblouis par le spectacle. Mais, sans que personne ne comprit ce qu’il se passait, le chef sortit son fusil et abattit le petit rossignol.
- Donnez-moi ce que je vous demande, cria-t-il à foule encore médusée.
Athello ne put s’empêcher de penser au fond de lui qu’il avait peut-être entendu le dernier chant du rossignol.

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Dernière édition par helio le Mer 15 Juin - 14:34, édité 1 fois
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ASSIA



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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:28

Voilà mon texte, pondu en une demie heure! il vaut ce qu'il vaut, soyez indulgents car le sujet est hardos Wink

Le jardin de mon grand-père
La lune se leva dans un parfum de pinède trempée par le dernier orage : Al fixait le ciel pour ne pas voir les ruines éventrées par les broussailles épineuses. Sa maison n’était plus que parpaings en miettes et boiseries déchiquetées.
Al rentrait de dix années d’errance pour fuir la guerre, et les derniers kilomètres à courir, essouflé, sous une pluie battante et emplie des rumeurs hostiles du tonnerre aurait du le préparer à ça. La guerre avait trouvé son refuge, et même s’il avait échappé aux gendarmes venus le réquisitionner, il n’avait pu sauver le jardin de son père. La pluie se calma et il se força à continuer, et à sortir des arbres en se traînant dans des vêtements lourds de pluie qui le faisaient trembler de froid. Le jardin au-delà des ruines n’était plus que friche, les pruniers brisés comme des allumettes, les buissons de fleurs hirsutes et emmêlés : Al secoué de tremblements de froid et de pleurs, chercha dans la nuit redevenue claire quelque chose à défaut de quelqu’un.
Le calme revint dans le ciel et les derniers nuages, poussés par la brise, disparurent derrière la colline voisine. Il n’entendait plus que le souffle des branches au-dessus de lui, adossé à un tronc calciné, guettant le moindre son qui pourrait l’alerter si quelqu’un l’avait suivi jusqu’à son étroite vallée natale. Il devina que plus bas le village était déserté aussi, aucune lueur ne montant à travers le bois, aucune fumée ne se mêlant au parfum des pins, aucun chien n’appelant dans le lointain. Avoir fui la folie de la ville en guerre pour se cacher dans sa campagne originelle ne lui semblait plus qu’une futile tentative de retour à la vie normale.
Il retint ses sanglots et soupirant tout bas, se redressa, résigné à dormir sans feu et sans consolation dans cette nature dévastée qui pourtant reverdissait. Il repartirait au matin.
Il ramassa une branche morte et partit vers les restes de sa maison, tâtant ses poches détrempées à la recherche de son briquet.
Alors il l’entendit, le rossignol jeta sa trille mélodieuse et têtue du haut d’une branche de prunier, et comme dans ses souvenirs d’enfant gâté par ses grands-parents, Al se figea et retenant son souffle, écouta la mélodie presque joyeuse qui animait la nuit. Le chant s’élevait dans les frondaisons mutilées, concert insouciant d’un jeune oiseau en quête d’une partenaire, et si insouciant et riche de rythme, qu’il provoqua une joie violente et irrésistible chez Al.
— Eh, rossignol ! dernier rossignol de mon grand-père ! tu as échappé aux bombes ! et moi aussi ! Je vais rester avec toi, et on va reconstruire ce jardin !

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:28


Chronochallenge




Le dernier Rossignol




Le tabard de Malik était gorgé de sang noyant de vermeil l’oiseau qui y était peint. Le clan des Rossignols connaissait une défaite qui sonnerait sa chute. Alors qu’il regardait autour de lui, le jeune marquis jaugea le peu de l’armée qui restait. La troupe était épuisée, terrassée de leur folle course dans les montagnes. Derrière eux, les abominations les chassaient sans répit.
Ignorant ses muscles qui protestaient face aux mouvements, Malik se leva, la pause avait été courte, mais la faire durer plus longtemps s’annonçait suicidaire. Il fallait reprendre la marche. Il avait les mains poisseuses et ce détail l’obnubilait, si un nouveau combat éclatait, sa prise sur son épée serait beaucoup moins ferme. Il chercha un instant du regard un coin de terre pour se l’assécher, mais il n’y avait que rocaille à perte de vue. Au loin, à deux kilomètres s’étendait une forêt de pins maritimes bordée par une gorge profonde. Le ravin, c’était leur salut se rappela le noble pour se rassurer.
D’un pied ferme, Malik engagea le reste de ses soldats dans un trot rapide. Derrière déjà retentissaient les cris des hybrides. Ils étaient proches. Les marches du sud étaient tombées se répétait avec stupeur le jeune homme. Trois siècles de sécurité du royaume avait été balayés par sa faute. Il avait été négligeant, il avait laissé les éclaireurs délaisser l’horizon, il avait oublié les légendes d’antan. Et le monde allait à nouveau s’embraser, perdu dans une guerre éternelle.
Le caquètement des monstres le rappela à la réalité, ils les avaient trouvés. Probablement à partir d’une hauteur proche. Malik redoubla d’allure. La montagne était dangereuse, le sol était instable, perclu de chausse-trappes naturels, il fallait être prudent. Les poumons du seigneur étaient en feu, les lanières de son armure lui lacéraient les épaules. Il ne s’arrêta pas, voilà près de trois heures qu’ils fuyaient. Trois heures qu’ils couraient, ils devaient atteindre la gorge. Arriver au pont et le tenir. Le tenir pour l’éternité. Il ne pouvait pas s’arrêter. Il devait neutraliser l’avancée de l’armée ennemie, supprimer leur avantage numérique. Le pont était la dernière plate forte qu’il pouvait tenir. Leur ennemi n’avait pas d’arme de jet, il aurait été bien incapable de tirer avec des serres en lieu de mains. A deux de front sur le pont. A cinquante cachés derrière leur lance, chaque mètre serait nappé d’un lac de sang avant de le céder. Chaque mort serait une protection supplémentaire.
Des éboulis derrière lui ajoutés à un sinistre et sonore craquement lui indiquèrent qu’un de ses soldats n’irait pas jusqu’au pont. Il ne s’arrêta pas. Les caquètements étaient trop proches. Les hiboux étaient sur leurs talons ! Malik frissonna alors qu’il se rappelait de la tête du monstre qui avait surgi dans l’embrasure de sa porte durant la soirée. C’étaient des humanoïdes de deux mètres de haut, aux yeux immenses et mauvais. Ils ne pouvaient pas voler, mais avaient un corps plus cuirassé que l’acier, des serres plus acérées qu’une épée. Et comme tout rapace, ils semblaient avoir un gout développé pour les rossignols. Il fallait tenir le pont, il fallait empêcher l’avancée de l’armée ! Au pays, son fils apprenait à marcher. Il devait le protéger, chaque tué était une menace de moins pour sa chair !
Il commençait déjà à les sentir. Une odeur rance et malade, faite de carcasses qu’ils avaient mangé jusqu’à l’os, des charognards ! L’avance des fuyards avait été brève. Une centaine d’hommes avait tenu le donjon pour couvrir leur fuite. Tous les pigeons avaient été lâchés avec des messages accrochés à leurs pattes. Le roi devait savoir que les marches étaient tombées. Les Rossignols avaient failli à leur devoir. Une boule au ventre ne quittait pas Malik. Ses mains étaient toujours poisseuses, si moites qu’il en lâcherait son épée à la première parade.

La course continuait. Il n’y avait d’autre bruit dans la nuit que les essoufflements des soldats, les caquètements des hiboux et le silence du temps. Mais il y arrivait. Le pont était droit devant eux. Ils y prirent pied avec une énergie renouvelée. La gorge était profonde et cette passerelle de pierre, si étroite qu’un cheval n’y passait qu’à grand peine, était l’unique passage des kilomètres à la ronde. Et Malik l’avait pensé comme base arrière, dernier bastion en cas d’attaque. Deux guérites au centre du pont avaient été aménagées, hideuses excroissances d’architecture qui arbitraient chacune une baliste. Et dans une maison à côté, une armurerie abritait de quoi tenir le siège.
Les soldats, mus par la folle idée de l’espoir de saisir ainsi de longues lances se placèrent en phalange sur l’édifice. Ils mourraient tous compris Malik alors que les cimes derrières eux se noircirent d’ennemis, ils étaient à un contre cent. Il déglutit avec angoisse. Avalant une orange qu’il avait saisi dans l’armurerie. Il frotta la peau sèche de cette dernière sur ces mains, écrasant le dernier quartier du fruit entre elle. Le suc et la pulpe avait l’avantage d’assécher les paumes. Au moins, il avait réglé ce problème. Dégainant son épée amochée par les années d’entrainement il hurla dans la nuit, ses hommes lui répondirent d’un même cri si bestial et pourtant si humain. Alors… alors les hiboux chargèrent.
Heures après heures, la nuit tombait sur le pont, la gorge ressassait désormais la puanteur des fluides des morts. Inlassable, l’armée des abominations se déchaînait sur le dernier rempart des marches du sud. Les lances ployaient sous le poids des cadavres. Et les hommes tombaient lentement, inexorablement, le clan des Rossignols reculait. Ils n’étaient désormais plus qu’une dizaine. Parmi eux, Malik continuait de noyer son tabard du sang vermeil des monstres, à ses côtés son écuyer avait le visage balayé de larmes à l’annonce de sa mort si proche. Ils n’avaient plus d’issue. Les rapaces les balaieraient d’ici une dizaine de minutes avait compris le noble. Profitant d’une accalmie, le marquis lança sa torche dans la gorge. Observant la rivière en contrebas. Puis, d’un coup d’épée, il coupa les lanières de l’armure de son serviteur qui le regarda, incrédule. Alors, Malik le hissa par-delà le parapet et le lança dans l’eau si loin en bas. L’adolescent savait nager et s’en sortirait. Il le fallait avait-il compris.
Malik resserra sa prise sur sa garde. Les hiboux se massaient de l’autre côté du pont. Il était l’heure de sa fin, mais au moins, son clan survivrait, un enfant en bas âge et un écuyer. Avec un sourire carnassier, le marquis se redressa. Il ne serait pas le dernier des Rossignols !
Dans un cri de désespoir, le marquis libéra toute la puissance qu’il avait dans ses poumons et chargea les abominations. Il avait lavé son déshonneur dans le sang. Il lui fallait désormais laver son échec dans sa mort. Ses hommes le suivirent, sans hésiter.
Et les rossignols tombèrent, dévorés par les rapaces.





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Dernière édition par Ragne le Mer 15 Juin - 15:27, édité 3 fois
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Papagena

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:28

Une terrible guerre fait rage entre le vulnérable peuple de vers de terre et les puissants rossignols. Au front, Robert le ver de terre écrit à Lucie sa compagne.

[Chère Lucie.

Je vous écris du front, moi qui vous aime tant; pour vous donner un peu d'espoir.
Cela fait bientôt deux ans que nous sommes séparés et c'est la première fois que j'entrevois une issue. Bientôt, j'en suis sûr, cette guerre sera finie.
Il y a deux jours nous avons fait un pacte avec des pies. Oui, je sais, vous allez sûrement me dire que les pies sont dangereuses, aussi dangereuses et même peut-être plus que ces satanés rossignols, mais avouez que de simples vers-de-terre tels que nous, ne sont pas à la hauteur face à une armée de rossignols aux griffes et aux becs acérés!
Elles ont promis de nous aider à éradiquer nos ennemis qui nous font souffrir depuis des décennies. En échange, nous leurs offrons nos morts.
Faces à elles, les rossignols tombent uns à uns. Je regarde vers l’extérieur en vous écrivant cette lettre, la dernière sûrement puisque je vous reverrai bientôt.
Des cadavres d'oiseaux recouvrent les corps des nôtres. Les pies, l’œil hagard, cherchent le dernier survivant, car il n'en reste désormais plus qu'un.
Je le vois,ma douce, je le vois le dernier rossignol, il est là, devant moi, je crois qu'il m'a repéré...]

La lettre s'arrête là. Lucie la retrouva dans une fiente de pie non loin du champ de bataille. Aucun ver de terre n'est revenu de cette guerre. Personne ne sait si le dernier rossignol survécut.

relecture de Scrat:
 
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Alwine

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:31

Musique que j'ai écouté en même temps que l'écriture de ce texte : https://www.youtube.com/watch?v=xZ7osoZZsRk

Ce n’était pas la première fois qu’Eva passait devant la boutique, mais jusqu’à aujourd’hui, elle n’y avait jamais fait attention. Cependant, ce qui était différent aujourd’hui, c’était son bulletin de notes. Plutôt bonne élève et motivée pour apprendre, la jeune fille avait à cœur d’être parmi les meilleurs de sa classe. Mais durant le trimestre venant de s’écouler, tout avait été de mal en pis : entre les décès dans sa famille, des camarades de classe la harcelant en fourrant son sac dans les toilettes et sa « meilleure amie » la lâchant sèchement pour une histoire bête, Eva n’avait pas eu la tête à étudier. Ses notes avaient fortement chuté, ce qui amenait à coup sûr des sévères réprimandes de ses parents, qui n’avaient pas été aussi affectés qu’elle par les disparitions.
Alors, elle prenait son temps et regardait d’un œil neuf le trajet quotidien qu’elle faisait pour aller à l’école. C’était à ce moment là que son regard était tombé sur « Il était une fois un livre ». Discrète devanture écaillée par le temps et rehaussée par une parure végétale placée au coin d’une rue pavée, la librairie n’attirait pas le regard comparée aux boutiques voisines. La couleur d’un brun sale du panneau et l’or effacé des lettres ne pouvaient lutter contre les couleurs flashy rose, rouge ou jaune des enseignes de distribution de vêtements.
Cependant, quelque chose fit qu’Eva se détourna de sa route quotidienne pour pousser la porte de la librairie. Un léger carillon retentit tandis que l’intérieur de la boutique se dessinait dans les yeux de la jeune fille. Avec ravissement, elle découvrit un autre univers, pas forcément aussi poussiéreux et sale que le laissait présager la devanture. Montant jusqu’au plafond, d’étroites étagères de couleur acajou couvraient tous les murs. Une fine échelle en bois noir délicatement ouvragé permettait d’accéder aux ouvrages les plus en hauteur. De discrets écriteaux écrits à la plume désignaient aux visiteurs les catégories d’ouvrages qu’ils pouvaient trouver ça et là. Au milieu se trouvait une table avec les suggestions du moment. A droite de l’entrée enfin s’élevait un comptoir de bois poli avec une antique caisse enregistreuse et un vieux monsieur plongé dans un épais livre à la couverture bleu roi, une pipe à la bouche.
Le carillon le fit lever les yeux et, lorsqu’il vit Eva, posa son livre sur le comptoir avec sa pipe.
- Bienvenue mon enfant, dit-il d’une voix grave mais agréable. Quel plaisir d’avoir enfin un visiteur !
- Bonjour monsieur, répondit Eva, prise d’une soudaine timidité.
- Appelle-moi Adriel, sourit l’homme, dessinant une multitude de rides d’expression autour de ses yeux.
- Et moi Eva.
- Très joli nom.
Un silence profond s’installa dans la boutique. De là où elle était, Eva n’entendait pas les bruits des voitures qui continuaient à filer. Tout ce qui l’intéressait était les milliers de livres dormant sur les étagères d’acajou. C’était comme s’ils chantaient, lui promettant monts et merveilles si elle se donnait la peine de venir les ouvrir.
Adriel remarqua sa fascination, ce qui le fit sourire davantage.
- Je t’en prie, les livres sont à ta disposition.
Surpassant sa timidité, Eva lui renvoya son sourire avant de marcher précautionneusement vers les étagères. Même le CDI de l’école n’était pas aussi fascinant que cette librairie. D’une main tremblante, elle effleura les reliures des livres, sentant les différences de texture sous ses doigts. Cuir, plastique, tissu, lettres d’or sur la tranche ou simple titre en noir imprimé, chacun avait sa propre histoire et Eva mourait d’envie de tous les ouvrir.
Après avoir consulté plusieurs ouvrages dont certains lui semblaient pleins de promesses, elle tomba sur un vieux carton portant des traces d’humidité et contenant un livre. Triste pour lui, qui était seul contrairement aux autres installés tous ensemble dans les étagères, Eva s’agenouilla à côté du carton. Ses doigts repêchèrent alors l'ouvrage, qui arborait un vert pomme passé. La couverture montrait un curieux personnage semblant être fait de métal et arborant un entonnoir en temps que couvre chef tenait la main à un épouvantail à l’air sympathique. Le Magicien d’Oz indiquait le titre en lettres noires. Fascinée, Eva ouvrit l’ouvrage et tomba sur un nom inscrit à l’intérieur en lettres soignées.
Appartient à Ciaran. 1904.
- Oh, tu as trouvé le dernier rossignol, fit soudain la voix d’Adriel à côté d’elle. Désolé, je pensais l'avoir mieux rangé que ça.
- Le rossignol ? s’étonna Eva.
- C'est le nom qu'on donne aux livres sans valeur qui restent longtemps sur les rayons des librairies. Celui-là est resté durant des années sur mes étagères sans que personne n’en veuille. C’est dommage, c’est l’une des premières éditions du Magicien d’Oz, mais elle est trop abîmée pour que quiconque l’achète.
- C’est un joli nom. Je veux bien l’acheter moi.
- Tu n’es pas obligée, lui dit Adriel.
- Je trouve ça triste qu’il n’ait été acheté par personne. Il est beau et je suis sûre que le premier possesseur de ce livre, Ciaran, aurait bien voulu que son livre ne finisse pas oublié dans un vieux carton.
Adriel sourit.
- Je te l’offre alors.
- C’est gentil, Monsieur Adriel, mais j’ai de quoi payer, répliqua Eva.
- J’insiste. C’est mon cadeau à mon unique visiteuse de la journée. Reviens me voir quand tu veux, c’est agréable de voir des enfants attachés aux livres comme toi.
Eva lui fit un sourire rayonnant, promit de revenir le plus vite possible puis sortit de la boutique. Elle emporta ainsi un vestige de son passage dans la librairie, fière d’avoir pu donner une seconde vie au livre abandonné dans un vieux carton.


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Pantouffe

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:32

( Ceci est un hommage à un de mes personnages rp, j'écris ça en rush complet, j'arrive un peu à la bourre, et ce sera sans nul doute obscur pour tout le monde. DÉSOLÉ D8 )

C'est un enfant qui chancelle au bord de ses chansons, des chants immenses aux frontières élastiques. C'est un enfant dont les pleurs et les cris se muent en mélodies, un enfant dont l'âme malade fleurit au bord des lèvres en bouquets bilieux, dont les mots s'élancent en vrilles mélancoliques. Sa gorge est engouée, son visage crispé se meut dans le flux ondoyant des harmoniques brisées qui naissent dans l’amphithéâtre carné de sa poitrine, qui résonnent dans le jardin cramoisi de sa bouche.
Elle est rauque, sa voix. Fêlée comme des éclats de charbon, craquante, cassée. Elle est claire, parfois. Presque tintinnabulante, comme un grelot timoré perçant le silence de la nuit, caracolant dans les plaines dévastées du soir criblé d'angoisse. Mais c'est d'une pureté trompeuse dont elle s'habille, sa voix. Parce-que l'enfant n'en est plus un, ce n'est plus un gamin, ce n'est plus l'innocence qui fait chanter le garçon. Ce n'est pas le plaisir, l'énergie positive.
C'est juste la douleur. C'est le besoin d'expectorer la souffrance emmêlée à ses tripes nouées, le besoin vertigineux de crier. Ce n'est pas une chanson, même si ça en a l'air : c'est le hurlement de détresse d'un animal crevé qui clabaude sous un buisson d'épines, c'est le cri d'un écorché qui tombe à bas sa croix. C'est la douleur d'un garçon qui est le dernier de sien, d'un oiseau déglingué par la fureur des Hommes. Alors ce n'est pas si agréable que ça de l'entendre chanter, c'est presque dérangeant. C'est une beauté malsaine, hypnotique, ça touche au voyeurisme. Car il se brise le garçon, il éclate en mille et un morceaux de faïence orientale, sa voix est un marteau qui lui défonce les côtes, c'est une deuxième bouche qui lui dévore les joues, c'est une nuée de doigts qui pétrie ses paupières, qui lui chatouillent les nerfs et jouent malicieusement avec les circuits de sa colonne vertébrale. Vertèbres cliquetantes déphasées qui s'écroulent, se redressent. Il est en mutation constante, car la fréquence étrange qui naît dans sa poitrine, la vibration impie, cruelle et merveilleuse, abolit les frontières parfumées de sa chair.
Il ne sait pas s'il doit rester debout, s'il doit ou non ébaucher un pas de danse, rien qu'un mouvement des mains ou des épaules tremblantes. Il n'a foutrement pas d'idée quant ce qu'il convient de faire quand l'hiver se cheville à vos os, qu'il remonte et descend le long de votre dos. Ce n'est plus un enfant, mais il ignore pleins de choses. Il ignore par exemple la manière dont on survie au deuil. Il ignore le terme "stress post-traumatique". Il ne sait pas quel comportement adoptent les victimes de la guerre. Et peut-être que tout ça n'a aucune importance, car même s'il savait, il resterait chancelant, bouffé par son malheur, un sourire désabusé aux lèvres, silhouette rongée oscillant sur les vergues, titubant au bord des frontières de son royaume éolien de voiles et d'azur rêche. S'il savait, il ne sortirait pas de sa complaisance immonde, il garderait les mêmes paupières lourdes, la même présence spectrale. Il s'en voudrait juste un peu plus de ne plus savoir vivre- d'avoir oublié comment faire tout en s'y esbignant. Et il se tuerait un peu plus à la tâche pour s'excuser d'être là, d'exister, même un peu, même avec la précarité d'un flocon de neige, la constance d'un coquelicot effeuillé par la brise.
C'est un garçon fragile, c'est vrai. D'une insoutenable délicatesse, d'une douceur presque létale. Un garçon qui n'arrive même pas à se mettre en colère, qui est devenu incapable d'exprimer des reproches. C'est une coquille de garçon. Un sarcophage humain craquant sous le soleil.
Et puis parfois, il chante. Tout comme maintenant, il chante. Ça arrive le soir, quand les cieux sont poignardés d'étoiles, que la liqueur de la nuit dégouline enfin sur l'azur aride, coupant. Ça arrive quand les autres marins le regardent et lui quémandent un chant, l'enjoignent à déployer ses maux cristallisés. Quand on écoute enfin toute la souffrance qu'il a à partager ; parce-que alors, cette fois, c'est dans une autre langue, et on peut faire semblant de ne pas comprendre son doux cris d'agonie, en profiter sordidement tout en restant loin.
Quand sa voix qui titube sur les mots s'élance furieusement à l'assaut de la nuit, la peuple d'arabesques et de sanglots secrets, c'est là qu'il déblatère enfin, qu'il parle de la guerre... Des images entremêlées de la guerre, des éclats de souvenirs qui lui entaillent les yeux quand le sommeil le prend, le tourmente et le recrache dans la clarté maladive de l'aurore.
C'est dans ces moments qu'on l'écoute enfin, sur le pont du bateau. Qu'on lui tend ses oreilles et son cœur pour le faire exister, au moins un peu, au moins autrement qu'en tant que corvéable. C'est dans ces moments là qu'on l'aime, Azaria.
Mais ce soir, il ne chante que pour une seule personne. Un autre oiseau curieux, un autre enfant factice. Tronche explosée de rousseur, désaccordée sur des sourires traîtreusement enjôleurs. D'un charme empoisonné... Une fleur de charogne ce garçon là, l'oiseau dont le chant vous égare dans les bois. Dont le malaise est comme une cape, avec laquelle il enveloppe les imprudents qui se laissent approcher.
Oiseau de mauvaise augure. Mais de bonne volonté, parfois.
Compatissant peut-être, ce soir là. Attentif au moins.

- Alors c'est vrai.

- Quoi donc Elly ?

- Ils le disaient au camp.  Ils t’appelaient le Rossignol.

- Ils m'appelaient Tristelin...

- Parce-que tes yeux ont l'air anéantis.

Un sourire moribond sur son visage froissé. Est-ce un reproche ? Un fait ? Le Rossignol n'ose pas réinventer son chant.
Un jour, même sa voix refusera d'exister, et il rejoindra les charniers d'Arménie.

------------------------------------------------------------------------------------------------
We are not affraid, let the night come.

If the Story is over... Split on the ashes... It's time to run away... Where is the light, wonder if it's weeping somewhere ?


Dernière édition par Pantouffe le Mer 15 Juin - 14:50, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°6 : le dernier rossignol   Mer 15 Juin - 14:36

"Comme un vol criard d’oiseaux en émoi,
Tous mes souvenirs s’abattent sur moi,
S’abattent parmi le feuillage jaune
De mon coeur mirant son tronc plié d’aune
Au tain violet de l’eau des Regrets,
Qui mélancoliquement coule auprès,

S’abattent, et puis la rumeur mauvaise
Qu’une brise moite en montant apaise,
S’éteint par degrés dans l’arbre, si bien
Qu’au bout d’un instant on n’entend plus rien,
Plus rien que la voix célébrant l’Absente,
Plus rien que la voix -ô si languissante!-
De l’oiseau qui fut mon Premier Amour,
Et qui chante encor comme au premier jour;

Et, dans la splendeur triste d’une lune
Se levant blafarde et solennelle, une
Nuit mélancolique et lourde d’été,
Pleine de silence et d’obscurité,
Berce sur l’azur qu’un vent doux effleure
L’arbre qui frissonne et l’oiseau qui pleure."

Paul Verlaine


La radio lançait quelques accords dansants d'une faiblesse ridicule dans la chaleur étouffante de ce soir d'été. J'étais assise avec maman sur la terrasse. Je n'avais rien à faire.
C'était l'époque où j'avais retrouvé cette vieille radio de papa dans un tiroir et m'en étais emparée. Elle était toute bousillée, mais c'est peut-être ce qui me plaisait. Et puis, elle fonctionnait encore.

Je pris la parole pour demander à brûle-pourpoint :
"Maman ?
- Hm ?
- Le premier amour, c'est le plus important, pas vrai ?
Elle ne leva pas les paupières de son ouvrage, et finit par répondre
- Tu es amoureuse ?
- ... Oui, je crois.
J'ajoutai :
- Non, rien, je voulais juste savoir ce que tu penses.
- Je pense que tu es très jeune.

En reposant son travail de couture à côté d'elle, elle se redressa. Alors, pendant que la radio minaudait un morceau de jazz, je tentai d'exprimer tout ce qui se trouvait dans ma tête.

De mon point de vue, ça donnait à peu près ça :
"Je suis amoureuse, mais ce n'est pas le problème, je suis grande maintenant ; enfin je n'ai pas besoin de tes discours- non c'est pas du tout ce que je voulais dire. Pas du tout.
Voilà : tu sais le livre dans la bibliothèque, le Verlaine ? Dedans, on dirait que l'amour, c'est trop grand, c'est trop fort. Que quand tu vis ton premier amour, tu es marqué à vie, mais ça finit toujours mal et après tu es triste pour toujours, et ça me fait peur, parce que je ne sais pas, moi, si ça va finir bien. Et quand j'ai lu ce livre, j'ai pleuré, parce que je croyais que papa ne partirait jamais, et maintenant tu es seule, et tu es triste toi aussi, comme Verlaine. Dans le poème du Rossignol, c'était comme toi, avec tes souvenirs comme des oiseaux qui te picorent de temps en temps, tu as une ombre qui passe dans tes yeux et ça me fait de la peine. Je ne veux pas devenir triste, je ne veux pas regretter, j'ai peur d'être amoureuse, si c'est vraiment important, le premier amour, alors maman je voudrais m'enfuir tout de suite, parce que je ne veux pas que ça finisse !
"

Et je ne sais plus exactement comment elle a répondu... Mais il était question du rossignol qui représente l'amour dans le poème, et que ce n'était pas grave s'il voletait sans arrêt dans la cage de sa tête, qu'elle n'était pas triste. Ce que je me souviens, c'est quand elle a dit "C'est vrai, le premier amour c'est un souvenir très cher. Mais le plus important, dans une vie, c'est le dernier amour."

Et je me rappelle, quand elle m'a dit ça, avoir pensé à cette chanson qui passait toujours à la radio.

"Et quand le dernier rossignol s'envolera
Il n'y aura plus que toi et moi
Au monde
Que toi et moi
au monde..."
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