Encre Nocturne
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 ChronoChallenge n°8

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MessageSujet: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 18:57

Bonjour à tous !
Je serai votre hôte ce soir pour cette édition spéciale Fête de la musique ! Ce ne sera pas un texte, pas une image, ce sera une musique sur laquelle vous composerez !
Le sujet est dispo dès 21h30 et vous déposerez ici vos compositions jusqu'à 22h30 !

Sujet :

Plaistow - Pan (in Titan)


Voice Recorder >>


Puis vous voterez ici jusqu'à demain, 21h

A vos plumes !
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:04


Looks like someone is having a BAD dream




One shot




"Que voyez-vous, Albert ?

- Un gamin seul dans une allée déserte. Il a un air de petit sauvageon. Son visage est barbouillé d'encre et de boue. Il n'est pas seul, tout compte fait. Il y a derrière lui une grande personne. Elle est encapuchonnée, je ne vois que ses mains qui se posent sur les épaules du petit garçon.

- Vous ne voyez rien sous cette capuche ? Vous ne devinez aucun visage ?

- Il n'y a rien là-dessous.

- Ensuite ?

- Quand je me retourne, je vois cette grande grille tissée tout au-dessus de moi. C'est encore des gamins pour cette vision, ils sont posés dessus apparemment. Je n'irais pas jusqu'à prétendre ... Qu'ils s'y sont écrasés. Il aurait fallu qu'ils se soient lancés d'une sacrée hauteur pour que la chute les tue, et puis les mailles des grilles auraient tailladé leur chair et leur sang se serait égoutté à travers cette sinistre passoire ... Là, il n'y a pas de sang sur les pavés ... Pas d'immeuble duquel se jeter ... Et pourtant ils sont comme désarticulés, leurs membres font des ombres d'étoiles striées sur le chemin.

- Allez plus loin. Plus profondément.

- Et là ... Là je vois quelque chose d'un peu plus viscéral. Encore un gosse ... Je ne vois que des gosses ... Un gosse qui me zieute à travers un judas épais comme une binocle d'archimyope. Il a un air curieux imprimé sur son visage innocent.

- Plus loin.

- Un autre gosse ... Il émerge d'un océan. Non, d'un lac, ou d'un fleuve. D'un cours d'eau qui s'étend peut-être jusqu'à l'horizon, mais s'arrête un peu après. Il y a un pont dans le lointain. Je jurerais que c'est le Manhattan Bridge ... Enfin, je ne sais pas. C'est assez fantasque, non ? On ne voit aucun quartier de New-York, au beau milieu de cette grande flaque sale et noire, ça devrait pourtant être possible.

- Sale ? Noire ?

- Oui, ça se précise ... Maintenant c'est une grande plage que j'observe. Non, c'est un gigantesque terrain vague. Tout là-bas, il y a un paquebot incliné, j'imagine qu'il a heurté quelque chose.

- Vous ne pouvez pas imaginer dans un rêve, décrivez-moi les faits.

- Je vous le dis ... Il s'est ... C'est une épave. Une vieille épave lugubre. Elle a déversé toute sa pitance de mazout sur la bande de sable. Et puis c'est encore un enfant qui s'extrait d'une sorte de toit d'ardoise, ce toit est au niveau du sol. Il en fait partie, sa maison est souterraine.

- Une maison submergée ?

- Sans doute ... Tout ça est très flou. Je ne peux pas vous raconter précisément ce qu'il y a ailleurs qu'ici. Je n'y suis pas .... Pas totalement.

- Essayez encore.

- Mon voyage me mène à l'angle de deux murailles de métal d'un pénitencier. Sur fond de mirador industriel, j'ai ce prisonnier noir agenouillé devant moi, la figure haute, les yeux fermés. Je n'arrive pas à déterminer s'il est fier ou apaisé. Je crois qu'il va se faire abattre. Je ne vois pas le canon d'une arme dépasser du mirador. Il y en a une, à en croire cette scène étrange.

- Passez à autre chose.

- Oh, ça se succède ... C'est rapide ... Un jeune éphèbe nu qui joue du saxophone dans une pièce exiguë. Il y a des instruments à vent accrochés aux murs. Un vieux, effondré dans son fauteuil, écoute la musique d'une oreille distraite et admire la verge du jeune homme d'un oeil attentif. Puis ... Une chouette posée sur le marquage central d'une route. Elle tourne ses deux grands yeux obscurs vers moi d'un soubresaut de sa tête pas moins large. Une main décharnée qui dépasse du dossier d'un siège de train. Un voyageur l'aperçoit, hurle et la pique en son centre avec un couteau. Elle retourne, meurtrie, dans le siège, comme si elle y habitait.

- Intéressant ... Continuez.

- Je ne vois plus rien ... C'est trop dommage. Votre séance m'ouvrait les yeux."

Je me souviens très bien de la suite de cette conversation, je me suis assis près du corps pétrifié de ce pauvre Albert paralysé, j'ai tiré sur ses yeux aveugles ses paupières parcheminées et je lui ai murmuré : "C'est un triste jour pour tous les hommes de science. La communication entre vous ... Et eux ... Et nous, s'arrête ici." Tous mes collègues ont baissé la tête, en silence.

"Désolé."


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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:19

Antoine était de dos. Il jouait un morceau. Comme d'habitude, avec son air plein de lui et ses grands mouvements. Il fredonnait presque en jouant. Je le déteste quand il fait ça. Un air douceâtre. Stupide. Et tellement creux.
Bravo, Antoine. C'est magnifique. C'est ce que tu veux entendre ? Oui, tu fais parfaitement ressortir l'essence de cette musique. A travers ton jeu, ton attitude. Ta présence même. On sent à plein nez le but du morceau : paraître profond.
Oh, c'est joli, certainement, très entendu, le genre de musique que tout le monde admire. Et tout le monde t'admire, Antoine ! J'assiste à une symbiose : un morceau vain joué par un homme vain.
Mais oui, et l'on t'encense pour ça. Tout le monde aime tes manières d'intellectuel, ton air supérieur, tes phrases. Idiotes, comme ce morceau, comme tout en toi.
Et chacun vient pour avoir l'honneur de te serrer la main (que tu laves dix fois par jour, la peur qu'ils te salissent, peut-être ?), on approuve tes idées géniales. Ton talent. On te supplie pour une entrevue.
Et je les comprends ! Ça vaut le coup d'œil, ne serait-ce que pour rendre honneur au temps que tu passes devant le miroir tous les matins. C'est la stupidité humaine dans toute sa splendeur : tu es entièrement étudié et assemblé pour répondre aux regards de la plèbe, et ta valeur sociale devient sans limite. Il faut croire que les gens aiment ce qui est creux.
Enfin, bravo. Tu es devenu ce que tout le monde désirait de toi. Tu es l'Homme. Le mâle Alpha des salons scienteux. L'érudit numéro un, le plus en vogue !
Qui fait attendre tout le monde en permanence, et que l'on remercie, parce qu'il a daigné venir. Qui joue du piano comme un maestro, en fredonnant ! Avec ces mouvements d'épaule, oh. J'en rirais.
Pauvre Antoine. Si tu savais comme je te méprise, moi qui ne sais rien de toutes ces connaissances "fascinantes" dont tu te vantes. Moi je sais faire le bouillon et m'occuper des enfants. C'est vrai. Et tu me contemples avec ce petit sourire plein de pitié qui veut dire : "Tu es si inférieure, et si attendrissante. Tu ne m'arrives pas à la cheville bien sûr, mais comme j'ai un grand cœur, je t'aime malgré ça."
Eh bien Antoine, que je regarde frimer. Je me demande si tu sens cet énorme creux dans ton âme. Parce que ces enfants, qui pour toi n'ont d'importance que pour leur futur potentiel - devenir comme toi, plaise à Dieu que ça n'arrive jamais - ces enfants je les ai eus dans mon ventre, et ça remplit l'âme d'une femme pour sa vie. Quand tu fais le bouillon tous les soirs, et que tu es stupide comme je le suis, tu es empli de haine pour les gens qui ne daignent pas avoir les pieds sur terre une seconde. Tu es rempli d'amour pour les petites créatures qui vivent auprès de toi, qui te sont tombées du ciel. Tu es empli de nœuds, de tas de problèmes que tu dois résoudre.
Oh mais toi, tu es comme ton morceau. T'es rempli de vent, tu ne le vois même pas.


Dernière édition par Mélodie le Mer 22 Juin - 22:33, édité 8 fois
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Scrat

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Féminin Taureau Messages : 392
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:21

Sur cette terre vierge
Une herbe folle
Pousse.

Dansent mille herbes folles
Sous la pluie que le vent
Fait valser.

Ta vie est douce, ton chemin
Est herbeux jusque dans
Sa vase.

Et les poissons au fond de l’eau
Bourbeuse s’endorment
D’un sommeil de poisson
Rouge, d’un sommeil de…

Les algues vertes toussent.
La végétation dense, peut-être, au loin…
Au loin…

Les algues vertes… toussent… et l’herbe folle
Danse.

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Spoiler:
 
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Ouppo
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:25

Marcher, marcher, marcher.

Comme c'est long, long, long.

Ahahahaha

Pourquoi je rigole ?

Je ne sais pas.

Tap

Tap tap

tap tap tap

Il y a tellement de chose qui font

Vroouuum

Et

Frrrrouuuush

Dans ce tunnel

Long

Long long

Long long long

Pfou

Encor plus que ça je crois

Long

Long long

Long long long long long

Ahahahahahaha

Et il y a des flaques

Et il y a des trous

Et des graphitis

Des dégradations mais qui sont pourtant jolis

Et il y a des lumières

Jolies lumières

Qui guident celui qui ne voit pas

Qui guident ceux qui marchent comme moi

Qui courent, vite encore plus vite qui courent jusqu'à en perdre l'haleine jusqu'à ce que tout ne soit plus que tout soit tout polus rien que le rire ahahahahahahahaha coure encore plus vite jusqu'à ce qu'on manque de tomber jusqu'à ce que nous ne voyons plus rien que nous n'entendons olus rien je ne vois irkie et totu ce mélange en lfou et je ris aha da dah ahj d  parce qu pourquoi je ne sais pas quoljhezb nrjghajuzsqhjbnz xshjnbg


Et je m'arrête

Hahahaha

J'attends

Et

Je reprends

Et je m'arrête

Je m'immobilise

Complètement

Totalement

Intégralement

Et je regarde

Ce qui était flou

Et je vois tout

Sous un angle différent

La lumière

Les petites loupiotes

Je tends la main vers elles

Venez

Non ?

Tant pis

Alors je coure

Et non

Je marche en fait

Plouf

Les pieds dans l'eau

Et je manque de tomber sur rien

Du tout

Hum

Huuuum huuuuum

Huuuuuuuum huuuuuum huuuuuuuuuum

Comment est-ce que je fais ça ?

Ahahaha

Tap tap tap

Et dudidum

Je reste immobile

Je m'imagine la sortie

Le tunnel

Sa sortie

Au tunnel

Vous savez

Ce que l'on attend

Et cherche

Et rejette

Et blabla

La fin

Non

Ahahaha

Non non

Pas du tout

Ce n'est pas une métaphore

C'est un tunnel

Pas

Non

Ahhahahaha

Non vraiment

Non

Aller encore une fois

Non

C'est un tunnel d'accord

Et la sortie

Il ne faut pas métaphorer et extrapoler

Juste

ressentir

Cette drôle d'impression

Quand on se demande

Si au dehors

Il fera jour

Ou bien

Nuit

Si cet infini de dehors

Sera plus ou moins

hum

Lumineux ?

Oui voilà

Cette sensation quand on se demande

Si ce tunnel et ces bruits

Et tout ça

Alors qu'on s'y était habitué

On se demande

Si a l'extérieur

On arrivera à se faire à la lumière qui pique les yeux

Ou a l'ombre

Qui

Enfin voilà

Vous voyez quoi


Tap tap tap tap tap tap tap tap

Tap tap tap tap tap tap

Tap tap tap tap

Tap tap tap

Tap tap

Tap

Tap tap
                       
Tap tap tap

Tap tap tap tap tap

Tap tap tap tap tap tap tap

Tap tap tap tap tap tap tap tap tap

Ah la sortie

Bon c'est l'heure

Ahahaha

Je mange quoi ce soir ?
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:28


Chronochallenge 8




Le silence de l'antiquaire




La porte grinça quand Loue la passa. Voilà des années qu’elle observait le magasin du coin de l’œil. Il la narguait, dans sa poussière triste et son entassement chaotique. C’était un phare urbain, un non-sens dans le lisse de la ville. La baie vitrée se teintait de vert, jurant avec le goudron si propre, avec l’acier si fier. Tout respirait le vieux, l’usagé, l’ancien dans la vitrine. Et pourtant, alors que Loue n’avait jamais juré que dans le consommable et le temporel si facilement périssable, ce havre d’âge l’obnubilait.
Elle avait tenté de s’en défaire, se focalisant sur son travail. C’était une personne importante, elle était assistante de direction dans une affaire d’avocat. Fidèle à l’image qu’elle se faisait d’elle-même, elle refusait de se laisser aller à de telles billevesées. Et aurait-on pu seulement croire à un complet tailleur chignon dans une telle boutique. Elle résistait, fière et intègre dans sa résolution, boutant son âme d’enfant hors de sa vie d’adulte. Elle était bien plus sérieuse que ça ! Alors chaque jour, pendant des mois, Loue résistait, plus digne et plus sérieuse que jamais quand elle longeait la boutique. C’était un monde qu’elle ne fréquenterait pas.
Pourtant, jour après jour, passage après passage, sa volonté s’érodait, comme une falaise face à la mer. Aussi impressionnante et inaccessible qu’elle puisse paraître, marée après marée, la mer l’emportait. Et Loue se faisait grignoter de l’intérieur par ses fantasmes d’enfants.
C’est pour ça qu’un matin de décembre, alors que les flocons enveloppaient la ville dans leur étreinte glacée, en revenant de son bureau dans la nuit froide de l’hiver, elle laissa ses pas la guider. La cloche tintinnabula gaiement quand elle ouvrit la porte. Au loin, elle entendit l’antiquaire lui grommeler un sympathique "bienvenue". Sans lui prêter attention, Loue erra entre les artefacts du temps jadis.  
La jeune femme laissa ses doigts glisser le long des meubles vermoulus. Embrassant du regard les trésors du lieu. Là, un secrétaire en séquoia rouge irradiait d’une tendre bienveillance, dessus, un plateau d’échec laissait entrevoir une partie si souvent jouée. Plus loin, un miroir en pied était gardé par un cadre où deux gueules de lions se défiaient pour l’éternité.
Emerveillée, son âme sérieuse remisée au loin, Loue déambula, les yeux gorgées d’un émerveillement tendre. Son imagination galopait alors qu’elle cherchait à saisir les fantômes du lieu. Chaque meuble, chaque objet exaltait le spectre de mille vies. Elle nageait au milieu des souvenirs Et alors qu’elle se plongeait dans les détails d’une vieille machine à écrire, elle heurta le meuble à côté.
Un mécanisme à ressorts s’imbriqua en conséquence, un dispositif complexe fait de cliquetis, de soubresauts et de vis craqua l’air, chaque son fracturait le silence avec tendresse. De longues secondes s’écoulèrent ainsi, laissant Loue figée face au meuble qui s’agitait. Elle restait interdite, aussi coupable qu’une enfant qui venait de faire une bêtise par inattention. Alors, le haut du meuble s’ouvrit sans fracas. Et un couple de porcelaine en sortit. Un militaire et une duchesse en robe verte étaient enlacés et se mirent à danser sur le piano que faisait résonner la boite à musique. C’était une mélodie simple, faite de trilles rapides et aiguës, la mélancolie faite harmonie. Le cœur de Loue se laissa emporter par les notes et la salle se remplit enfin des spectres qu’elle suggérait.
Loue les voyait, elle voyait les bustes fantomatiques des anciens propriétaires qui couvaient leur bien avec un soin et un amour d’antan. Là, les joueurs d’échecs se défiaient, le regard vif, entraîné par le jeu, mais sans haine. Deux adversaires vieillissants, qui retrouvaient leur vivacité perdue dans la hâblerie lancée par les pièces en bois. Ils semblaient presque se transformer en pierre, figés dans leur lutte éternelle.
Devant le miroir, une fillette s’observait, elle avait revêtu les habits de sa mère et s’empêtrait dans une robe trop longue, la tignasse cachée par un chapeau qui l’ensevelissait. Elle tentait de marcher, tentait d’imiter la personne la plus importante de son monde. Hommage enfantin et candide appelé par un amour dru.
La musique s’amplifia, une seconde gamme se joignant à la prochaine, et voilà que les larmes vinrent au regard de Loue. Dans un coin de la pièce, elle voyait un vieillard caresser tendrement un sabre de cavalerie. L’homme était voûté, comme si le poids des années reposait sur son dos. Il portait un uniforme décrépi, souvenir d’une ancienne guerre et l’arme devait être la sienne. Plus qu’un outil de mort, il devait lui rappeler qu’il avait déjà côtoyé la mort, avec bravoure et férocité.
La boite à musique recommença, furieuse, à amplifier sa symphonie. Et la pièce entière s’animait d’une kyrielle de lueurs, teintée par la saveur des souvenirs, assourdie par les rêves des anciens propriétaires. Comme si le monde entier chatoyait dans ces trésors. Ils illuminaient comme l’âme d’un innocent. Loue entendait, vivait, ressentait l’amour qu’ils avaient eu pour ces pièces. Le cœur gonflé d’un amour si humain, portait par un chant universel, Loue souhaita enlacer ses chers fantômes.
Mais soudain, dans un cliquetis métallique, la musique s’arrêta, rompant le charme, balayant les spectres et leur couleurs, le silence comme jamais assaillit ses tempes. Alors, les larmes plein les yeux, Loue, tourna les talons et sortit, cherchant dans la nuit sa solitude d’avant, qui avait disparu avec sa quiétude sous la charge de l’enfant.





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Pantouffe

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°8   Mer 22 Juin - 22:33

Emmêlé aux ronces du sous-bois flétris, dans l'exhalaison délétère de l'automne. C'est son lit pour ce soir, et le dernier de sa vie. En temps normal, il appréhende les minutes qui précèdent le sommeil... Elles sont empreintes d'une solitude terrible.
Cette-fois-ci, il écoute et regarde.
Il fait nuit, et le lac est sans fond à cette heure. Les algues qui dérivent à sa surface ressemblent à des chevelures empêtrées de bâtons, la vase et les feuilles mortes dérivent en tourbillons. C'est calme comme danse, d'une étrangeté poignante, comme si des noyées remontaient du fond des âges à la manière de grosses bulles de chair diaphane, des replis salins ou des veines torrentueuses où elles dormaient d'un sommeil de fossile, pour valser sous les étoiles, la gueule plongée dans l'eau. Discutant là, sous la surface cousus d'ondulations phosphorescente de lune. Ce serait sûrement beau dans d'autres circonstances. Il en ferait un poème en vers hachés, une chanson percutante- il irait la murmurer au micro de son portable, et l'écouterait le soir avant d'aller se coucher, parcourant les décors démontées édifiées par sa voix, roulant dans les mots susurrés lascivement. Pas qu'il aime s'entendre parler, non : il essaierait simplement de se comprendre lui même d'un point de vu extérieur, de percer les voiles trompeurs de ses inflexions théâtrales, tourmenté de questions à la lisière des rêves. Un pied dans le royaume carnavalesque et changeant du sommeil. Pas un pied dans la tombe comme c'est le cas maintenant. Peut-être même les deux. Qu'est-ce donc qui le retient ici dans cette niche épineuse ? Quelle membre crochu persiste à l'accrocher au rebord déchiqueté du royaume des vivants... ? Serait-il illégitime de se laisser tomber ?
La fange est si douce. La boue est fraîche, affectueuse, délicieusement collante. C'est un cocon poisseux suintant de parfums, un baume de décomposition qui semble pénétrer ses blessures avec des langues précautionneuses, diffuser ses baisers à travers les lèvres sanglantes de ses entailles. Des baisers ruisselant d'une tendresse imbécile et bornée, posée sur la moiteur douloureuse de son cœur. Que de baisers ce soir... Que d'amour cannibale. La forêt mâche dans les ténèbres,  elle rumine ses puanteurs abjectes, ses animaux efflanqués, sirote les fluides onctueux de la nuit... Le sirote lui, par un millier de bouches délicates, susurrant sa séduction funeste à ses oreilles bourdonnantes. Car ce n'est qu'une nuit de plus, au fond. Rien qu'une nuit. Et que fait-on la nuit ? La nuit, on dort. On se couche sous un drap grouillant d'insectes, on se couvre de feuilles humides, on rejoint la matrice imputrescible du songe. Et là, dans le sommeil, on oublie tout du monde, si ce n'est à travers des tragédies cryptiques, des passions intangibles ou des bonheurs fantômes. Peu importe que le matelas soit de plumes ou de fange. Quand la fatigue est là, les paupières jouent leur rôle, tout simplement, doux carrés de feutrine se posant sur les yeux... Il y a pire après tout. Les bois sont confortables. Plein de berceaux noueux, des tombeaux ouverts aux draps ruisselants. Une forêt détrempée n'est rien qu'un univers d'aquarelles tangibles fondant sur la rétine, un flou dansant de moiteur pénétrante. Il est aussi tendre et mouillé que la boue, aussi inerte que les buissons de mûres. L'humanité tient à si peu de belles choses... Quand elles s'envolent, tout devient tellement simple. Il suffit de se laisser porter par les chants de la nuit, la sonate étiolée du vent, les friselis des arbres. Les bruits d'une faune à la fourrure perlée, marbrée de terre ou de sang. La faune... Le Faune. Marbrée aussi de poussière et de sang. Rôdant lui aussi sous la feuillée tourmentée crépitant sous les mandales du vent. A la recherche de sa pitance, comme tous les animaux.
Il ne peut pas vraiment lui en vouloir d'avoir faim de sa chair. Son corps est moelleux et sucré, un vrai nanan fourré de carne molle, tout juteux d'un sang riche en hormones, tout plein de sève. Il se mangerait lui aussi s'il était un Faune. C'est tellement évident. Les citadins comme lui sont sans doute délicieux, gavés jusqu'à l'excès, d'une tendresse impudente, provocante. Et son odeur appétissante a dû onduler à travers tous les bois, jusqu'à des narines ne craignant pas ce parfum. C'est une odeur qui porte, celle des villes et des adolescents. Plus encore quand elle charrie la peur.
Il a vite regretté sa fugue. Ce n'était pas la première, bien entendu, à le porter loin de chez lui, à le propulser dans le vide. Mais il n'avait jamais été se perdre dans les bois, il n'avait jamais coupé à travers champs pour traverser le pays. Il ne s'était pas mis en tête d'exiler sa crise morale aux confins des montagnes. Jusqu'à maintenant, ces jours de fuite s'étaient déroulés dans le cadre des métros, des cités, des petits villages perdus. Il avait parcouru des supermarché, des magasins, des squares- un rassurant labyrinthe aux méandre foisonnant des symboles connus, résonnant de paroles, un royaume où tout avait un sens. Ce n'était pas sans danger, surtout le soir, mais il était entouré d''une masse anarchique d'existences futiles, une hydre humaine aux gesticulations réconfortantes. Bercé par la certitude qu'il ne serait jamais réellement seul en dehors de sa chambre, qu'il existerait sous un millier de regards fugaces.
C'est différent ce soir. La solitude qui le transperce ici n'a rien à voir avec celle des écoles, des chambres bordéliques ou des draps gelés. Ce n'est pas une solitude humaine, elle est plus viscérale, plus violente. Elle est descendue du cerveau reptilien pour éclore dans son ventre. Elle n'a rien à voir avec celle qu'il a fui. Ce n'est pas le sentiment d'être abandonné, incompris ou rejeté... C'est plus grand que ça. C'est une solitude plus vaste, plus noble, une solitude qu'on endure avec une certaine dignité. Car elle  a quelque chose d'immense qui invite au respect. Car c'est une maîtresses sèche cette solitude, et non geignarde ; elle est fatale si on s'en plaint, si on pleure dans la nuit, si la peur est audible. C'est une solitude exigeante qui ne permet pas d'erreurs ou de sanglots morveux. Et il ne peut qu'avoir conscience qu'elle précède son décès, cette solitude solennelle et si ample. Il n'arrive pas à s'en réjouir comme lors de ces fantasmes où ses parents agonisent de douleur et de culpabilité de l'avoir délaissé. Il ne peut pas non plus s'en attrister. Il est juste noué, des entrailles aux neurones. Tétanisé dans l'étreinte de la boue.
Ce n'était pas une bonne journée pour mourir. Elle a été salissante, pleine de piqûres et d'angoisses. Elle n'avait rien de magique ou de définitif, ça semblait juste une épreuve à passer, quelque chose à surmonter pour grandir un peu plus. Une expérience désagréable mais enrichissante. Un long parcours qui aboutirait à une prise de conscience quelconque, et puis...
Et puis le Faune est arrivé.
Une silhouette née dans le souffle du crépuscule. Une ombre immobile d'abord. Une chanson enjôleuse ensuite. Glissements dans le sous-bois, bruits feutrés des feuilles mortes. Des harmonies sautillantes et joyeuses, des doigts agiles roués de crasse. Des paupières fermées et de longs cils de biche- un corps immense perclus de parfums, d'entailles, une anatomie plus belle d'avoir été salie, brisée, frappée contre les rochers. La matière même des animaux sauvages, coulée dans une moule anthropomorphe.
C'était là, impensable. Ces pattes foisonnant de fourrures, ces cornes vrillées. Cette érection monumentale voilée par les sons de flûte ; cette chair hybride qui le distrayait à peine de la mélodie fauve. Ces matérialités frivoles étiolées par la musique... Alors il s'est laissé approché par les notes bondissantes, il a laissé le filet l'entourer. Il a laissé la puanteur de charogne l'atteindre, l'envelopper. Il a aimé la chaleur du Faune, y a trouvé quelque chose d'agréable.
Il a aimé sa bouche dévorante, au départ. Il a même aimé ses mains brutales. Les sensations nouvelles écloses sur l'épiderme, l'absence totale de mot, la débâcle organisée des sens... Mais il fuit quand les premières morsures ont commencé à jaillir de cette bouche. Il s'est éparpillé en cris dans le sous-bois quand ces mains ont trop pétri son ventre. Il a disparu en gestes endiablés. Le Faune l'a laissé faire, mais son chant l'a suivi.
La nuit a été longue, c'est vrai. Mais son lit de ronces et de boue est d'une douceur exquise. Et il sait qu'on viendra bientôt l'y rejoindre. Il ne s'endormira pas seul ce soir...
Au chant coulant de la nuit se superpose la mélodie du Faune.


relecture partielle de Scrat:
 

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We are not affraid, let the night come.

If the Story is over... Split on the ashes... It's time to run away... Where is the light, wonder if it's weeping somewhere ?
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ChronoChallenge n°8
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