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 Chronochallenge 9 : Coeur cabossé

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MessageSujet: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 21:30

Bienvenu à cette neuvième édition du chronochallenge, je suis ravi d'être votre hôte pour ce soir, vous allez écrire sur le thème de "Coeur cabossé", vous avez 1 heure pour exploiter ce thème au mieux soit jusqu'à 22h30.

Vous posterez vos créations dans ce sujet, bien sûr essayez de respecter le temps qui vous est imparti sinon et bien ce chronochallenge n'en est plus un.  

Ensuite après avoir posté vos œuvres voilà le moment tant attendu : le vote !

Pour voter c'est simple indiquez clairement ici : quel a été votre texte préféré, si possible avec une petite explication du pourquoi, vous n'êtes pas obligé de faire un pavé mais une ou deux lignes ce serait gentil.

Vous pourrez voter jusqu'à demain 21h00 date où le gagnant sera annoncé.

Si vous avez aimé, le Challenge c'est tout les samedi et mercredi.
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:01


Coeur Cabossé




Le texte de Saul pour le CC le plus sérieux qu'il ait écrit.




Cette histoire s'achève par celle d'un prince qui, s'affligeant de n'avoir jamais trouvé l'amour, se désespérait de devoir succéder à son père sans femme à ses côtés. De femmes superbes en laideronnes domestiques, son regard balaya toutes les hanches larges du pays dont il hériterait un jour prochain et approchant du fardeau. Aucune ne sut satisfaire son appétit pour l'amour et des querelles éclatèrent à la cour. On disait le roi aromantique, cela voulait dire qu'il n'éprouverait jamais de sentiments romantiques envers ses prétendantes.
 Ses conseillers se creusaient les méninges pour combler Sa Future Aromantique Majesté. Mais lui répondait à leurs conseils de conseillers : "Gardez vos conseils et vos craintes pour ces princes délirants, qui se proclament à sentiments, qui feraient croire à un gredin de bourg que la Nature leur a placé le sens dans la tête ! Vous pourrez fixer votre attention sur l'expression des corps, des figures et les caractéristiques aiguës des physionomies, vous ne retirerez jamais une seule once de fiabilité de vos essais rigoureux ! Car je ne me laisse pas gouverner par la chair, ou par le désir, je suis de droit divin".
 L'exquis calembour ! Le roi, qui pleurait auparavant son célibat amer, s'en réjouissait maintenant comme d'un sabre d'apparat à son costume ! Vous jugez bien qu'il avait cherché un temps, comme tous les jeunes hommes, à deviner les plaisirs, l'amour et l'attirance charnelle, mais n'ayant point de bon ami pour le convier aux parades nuptiales ou de trait porté à la boisson, aucune prédisposition à l'amour ne semblait s'adjoindre à sa personne.
 C'est un soir d'été, un soir jaune comme un jour de Printemps, que cela se produit. Par cela, j'entends la séduction du prince. Vint une domestique à dos de mule, elle venait d'un lointain pays où l'amour était condamné par ses lois, c'était un pays étrange et exotique, un mirage ardent qui coulait sur les jeunes et les fondait dans le sable chaud. De ce pays elle s'était enfuie, car l'hypocrisie des lois bridant son amour et des regards des anciens s'apposant trop souvent sur ses formes faites pour l'accouplement lui pesait douloureusement.
 S'approchant du palais, deux gardes lui imposèrent une halte et examinèrent consciencieusement ses attributs de naissance, ils en conclurent que le prince venait de trouver botte à son pied ! Aussitôt dit, aussitôt fait, ils la présentèrent ce même soir au prince. Qu'avait-elle de commun avec les femmes inconsidérées qui peuplaient son morceau de terre souverain ? Ses principes à elle n'étaient pas donnés par hasard, reçus sans examen, elle était une femme d'exception, une rose bleue s'écartant des mauvaises herbes et des fleurs de peu d'intérêt.

 "Mon beau prince, je me présente, je suis ...
- Ah mais je suis ca-rré-ment choqué ! Hashtag UnePersonneVientD'assumerMonGenre !
- Mais ... Que ...
- Gardes ! Je vous avais prévenu que je ne voulais plus de cisgenres dans l'enceinte de mon palais ! Boris, ma douce colombe transgenre, pourriez-vous bouter cette infâme créature hors de mon royaume ?
- Oui très chère princette Moricette.
- Bonne fifille !
- Mais ... Prince ! Qu'est-ce que ça veut dire !
- Oh ! Oh ! Suite à cette introduction de conte de fée ratée, je me suis dit que la vie d'un prince destiné à élever une poignée de traînes-morves dans une cage dorée aux côtés de son épouse tellement humble et cisgenre, ce n'était pas pour moi ! Hashtag CoeurCabossé ! Et pour votre gouverne – Ce que vous n'avez même pas car c'est moi le prince Hashtage ToiMêmeTuSais -, je m'identifie comme un berger Birmanien doté de trois queues tricolores et d'une barbichette estampillée sans sucre ni gluten !
- VOUS croyez que je suis venu pour cette ... Cette ... Cette fange ! CETTE MERDE MERDE MERDE ?! Nous devions nous marier ! Avoir beaucoup d'enfants très beaux et riches ! Au lieu de ça vous me jetez comme une pouffiasse parce que vous vous êtes entiché de lubies new age pathétiques ?!
- Vous venez encore d'assumer mon genre, ah, je meurs de choquance ! Gardes, servez-vous de vos hallebardes, l'argent des payeurs d'impôt pourra se vanter d'avoir été dépensé à bon compte !
- Bien Sa Future Aromantique Majesté Moricette VII du Royaume des Transgenres Métrosexuels.
- Boris j'aime quand vous m'appelez comme ça.
- Mais ... Mais ... Mais merde hein ! ALLAHU AKBAR !"

 Le pays lointain duquel la prétendante sucrée s'était enfuie portait en fait un nom, que je n'avais pas évoqué plus tôt dans ce texte pour des raisons de suspens évidentes. Nous le nommons l'état islamique. Cette femme était en fait venue suite à une annonce du système de missives VisageParchemin qui mettait en relation des jeunes hommes innocents et des femmes éduquées pour extorquer leurs richesses en se mariant à eux. Sans doute vous ne serez pas étonné non plus d'apprendre que suite à la mort par explosion létale du prince et du roi, le royaume des Transgenres Métrosexuels resta sans souverain pendant 637 ans à cause de l'absence d'un héritier à placer sur le trône.

Mais ... Les entendez-vous qui claironnent ? Le support du prince, la marche sacrée, que dis-je, le cortège du royalement correct s'est mis en branle ! Les voilà qui marchent par campagnes et champs, villages et places fortes, ils se battent contre les paysans qui honorent la terre car ils ont assumé le genre de leur planète, contre les bonnes femmes qui sèchent le linge, car elles ne se sont pas battues pour les droits de leur sexe, contre les hommes au marché, car le patriarcat maudit leur a permis de devenir commerçants, contre les pirates, car leurs navires "voguant sur les mers de l'infinie liberté" n'accueillent pas la gente féminine, contre les prêcheurs et les clameurs et les évêques et tout ce beau monde, mais les entendez-vous, les entendez-vous qui s'annoncent, hurlant dans tout le pays, fauchant indistinctement le peuple à son ébullition comme le blé à sa moisson, on les dirait atteints de rage, rien ne les arrête plus, leur procession presque apparente à une croisade est menée en tête de file par leurs chefs, des chiens harassés de courir ça et là mais fiers de lever les armes contre injustices et impitoyables idées toutes faites, mais oui que vous les entendez, ce sont les guerriers de la justice sociale et craignez, craignez-les car vous, humain à la figure pâle et longue, vous serez demain, comme tous vos congénères, odieusement purgés sous les cris de cette foule qui un jour s'est fixé une direction, une ligne de vie, mais a depuis oublié cette direction tout en ne s'arrêtant jamais de la suivre, tel l'homme des cavernes s'aventurant vers l'horizon d'un monde qu'il a toujours parcouru mais jamais conquis ....



Dernière édition par Saul le Sam 25 Juin 2016 - 22:25, édité 2 fois
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Alwine
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:17


Le plafond émergea soudain de la noirceur qui l’entourait. Giacommo resta un long moment égaré, ne semblant plus savoir où il se trouvait, avant que ses souvenirs affluent tels des briques lui tombant dessus.
Des cris, un mouvement de foule, Lucho qui roulait des yeux paniqués, des voitures qui s’emboutissaient les unes dans les autres. La police arrivait, bien abritée derrière leurs boucliers résistants et leurs gilets pare-balles. Cette fois-ci, ils n’étaient plus armés de matraques, mais de gros pistolets qu’ils brandissaient nerveusement. Leur envie d’en découdre suintait de leur démarche, ne présageant pas de pitié pour les étudiants manifestant. Giacommo ne savait pas ce qui allait se passer, mais une chose était sûre : il fallait qu’il protège Lucho à n’importe quel prix. Celui-ci lui fit signe de le suivre et Giacommo le suivit dans les rues, s’arrêtant parfois pour aider un étudiant à se relever ou à écarter un morceau de gravas pour que Lucho puisse passer. Ils déboulèrent soudain sur une grande avenue plongée dans la fumée. Toussant et les yeux larmoyants, Lucho se fraya un chemin entre les voitures aux vitres brisées et la chaussée défoncée. Giacommo suivit l’étudiant, trébuchant dans les ornières qu’il n’arrivait pas toujours à voir. Soudain, celui-ci s’arrêta brusquement et recula en criant. Un policier vêtu de noir, le regard invisible derrière sa visière, pointait droit sur son cœur un énorme pistolet qu’il devinait chargé. Giacommo n’hésita pas une seconde : il plongea au moment où la détonation retentissait.
Des coups de marteaux le sortirent de ses pensées. Giacommo voyait d’énormes tubes et fils aux couleurs multicolores émerger de sa poitrine sans savoir exactement à quoi ils pouvaient bien servir. Il tenta de parler, mais ne parvint qu’à produire un son plus proche d’un sifflement que d’un mot compréhensible. Les coups de marteaux cessèrent et le visage de Lucho apparut soudain dans son champ de vision.
- Giac, content de te revoir mon vieux ! Attends encore une minute, j’ai bientôt fini.
Apaisé de savoir Lucho en vie, Giacommo se rendormit. Il fut réveillé plus tard par son ami, qui l’aida à le relever.
- Le résultat ne sera pas aussi parfait qu’avant, car ton cœur et ta poitrine étaient tous cabossés, mais j’ai fait au mieux.
Les voyants des yeux de Giacommo se reflétèrent dans la glace qui lui faisait face. Sur son corps de métal se trouvait une belle plaque rutilante, contrastant fortement avec ses autres membres miroitant d’un éclat plus terni. Il sentait une petite faiblesse du côté de son cœur réparé, mais il le signalerait plus tard. L’important était qu’il puisse à nouveau remplir le devoir auquel l’avait assigné son créateur : le protéger.


Dernière édition par Alwine le Sam 25 Juin 2016 - 22:18, édité 1 fois
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Silenuse

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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:17

Aimez-vous la nullité ? Fait en 15 minutes.

Bonjoooouuur !

Ploc,
on entend un ruissellement rougeâtre.


Y a-t-il quelqu’un ?
Allo ?
Je suis le nouveau.
Je suis venu vous aider, on m’a appelé pour ça.
Dites, c’est un peu glauque par ici.
C’est assez sombre,
je n’arrive pas à voir à travers de cette paroi…
Allo ?

Bon sang, ce qu’on se sent seul au milieu des ombres.
Est-ce que quelqu’un m’entend ?
Où dois-je aller ?
On m’a placé ici, sans rien faire d’autre,
sans rien me dire,
sans rien,
rien du tout,
rien !
J’aimerais qu’on m’entende…

Allo… ?
Je…
me laissez pas seul…
allo ?
les parois sont amères,
je les sens me caresser d’un orgueil déchu…
elles s’endorment,
je sens qu’elles vont disparaître…
je ne les entends plus,
je ne les vois plus chuinter dans leur douceur des sens,
je ne les sens plus,
elles me regardent,
elles me regardent d’un silence fini,
un silence final,
obscur,
noir,
profondément noir.
J’ai peur,
plus rien ne vit,
plus rien n’est là,
le noir conquiert,
le noir vide,
rien ne m’entend,
rien ne tend à m’écouter,
à voir des douleurs et sentir mes plaies.

UNE VOIX - Allo ?

Oui !
Je vous entends !

LA VOIX - Allo ? Qui êtes-vous ?

Je suis le coeur,
le nouveau coeur.

LA VOIX - Quoi ?!

J’ai remplacé l’autre,
le vieux tout cabossé.

LA VOIX - Nous allons vivre !
Enfin !
Après tout ce temps passé dans les ténèbres !
Enfin, nous allons vivre...


------------------------------------------------------------------------------------------------
pouet




Ah oui, j'écris des trucs aussi
Tutos : Versification & Rythme


Dernière édition par Silenuse le Sam 25 Juin 2016 - 22:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:18


CC 9




Le coeur du ramoneur




Le voilà qui marche dans la nuit, le voilà qui marche, trainant sa suie. Le corps noir, plus sombre que l’obscur, le ramoneur rentre chez lui. La démarche est frêle, sinistre zombie des temps moderne. C’est une créature de Frankenstein, odieux rafistolage de l’être.
Car si vous pouviez percer de vos yeux la crasse sur sa peau, vous ne verriez ni cicatrices, ni raccords, le corps parait neuf, un peu abîmé par l’âge et le labeur. Mais tout y est d’origine, on vous l’assure. Même si, sous les assauts de la fatigue galopante, les bras de notre héros sans nom se détacheraient bien pour s’effondrer sur le bitume humide.
Pourtant, l’homme est bien fait de sutures, son palpitant est fissuré, il tente de se scinder en un ravin insondable. Alors, le cerveau et ses braves petits soldats ont colmaté la brèche du mieux possible. Et voilà un myocarde fais de briques et de broches. Rempart de fortune pour endiguer la charge des souvenirs.
Car le ramoneur a ses pensées tournées vers une lointaine cheminée, une qui appartenait à une duchesse si bien poudrée que leurs baisers auraient été faits de ying et de yang. Et pendant quelques jours, mus par la passion d’un âtre partagé, les deux humains s’étaient grimé amants. Le ramoneur avait tailladé de suie sa noble conquête qui lui avait enseigné en retour l’usage de la douche.
Dans un tourbillon de draps et de rauques cris, le couple avait traversé les minutes. Ce n’était plus que des souvenirs, tambourinait sa cage thoracique. Un temps passé, inaccessible, maugréait le prolétaire. Dans ses larmes qui gorgeaient son cœur cabossé, le ramoneur ne prenait pas attention à l’incendie qui ravageait la ville, perdu dans son temps révolu, loin de l’actuelle révolution.




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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:28

Il marchote dans la rue.

Slalome entre les poteaux.

Les poings serrés au fond de ses poches usées.

Son regard étincelle d'une poussière de nostalgie.

Pas de la grise tourbe de réminiscences, plutôt un frôlement de bons souvenirs qui flottent à la surface du lac de sa mémoire comme les feuilles consumées d'un automne lointain.

Il ferme les yeux pour plonger un peu plus longtemps dans l'étang de ses amours.

Une vague, une histoire. Elle passe avec le vent.

Lui, ballotté par la houle de ses battements de cœur, il sourit.

Ses dents dépareillent naïvement aux murs sales de la ville qui suinte sous la nuit d'été.

Son petit cœur cabossé danse en lui, tout satisfait de ses petites blessures qui le font s'animer avec plus de vie encore qu'avant.

Ses doigts pianotent les courants d'air nocturne pour sculpter à ses côtés son grand compagnon de toujours.

L'Amour, celui qui souvent a marché à ses côtés, sous le visage de passantes, mais sans jamais rester assez longtemps pour ennuyer.

Il le sculpte d'arabesques, de spirales et surtout, il le laisse sans détails ni artifices. Il l'ébauche, parce qu'il a compris qu'il ne sert à rien de l'imaginer dans tous ces détails. L'homme a compris que l'Amour n'était rien s'il ne surprenait pas, alors il le laisse se choisir une apparence différente chaque fois.

Toujours les yeux clos, il avance à tâtons sur les pavés. L'Amour invisible le suit en sautillant d'euphorie. La Lune les observe de son œil immensément pur.

L'Amour passe alors devant l'homme aveugle.

Ils se suivent à petits pas maladroits posés en marge de la route. Les voitures passent et leurs phares contemplent quelques instants ces deux funambules de trottoirs.

Le petit cœur cabossé tire tout le corps de l'homme vers l'avant, vers l'Amour. Le petit cœur cabossé sent le doux parfum de son compagnon de toujours. Le petit cœur cabossé le suit. Et l'homme avance aveuglément, sans se soucier de l'obscurité qui s'envole à grands frissons d'ailes.

Le corps grelotte, il fait froid au petit matin. Mais rien ne peut arrêter le petit cœur cabossé.

Le soleil émerge de ses draps d'aurore, tintant d'or les fenêtres de la ville qui s'éveille.

L'Amour fait des détours, il veut perdre l'homme. Il transforme le tissus quadrillé des avenues en un labyrinthe insaisissable. Le petite cœur cabossé se cogne contre les parois des allées, il ricoche entre les ruelles. Il s'érafle les artères aux coins saillants des carrefours.

À force de tant de blessures, le pauvre petit cœur cabossé tout chamboulé se laisse tomber au fond des entrailles de l'homme qui finit par rouvrir ses yeux.

Il est là, appuyé contre un mur, des cernes immenses qui creusent ses joues pâles. Ses cheveux retombent sur son visage comme une foule de ratures.

Il s'assoit sur un banc. Écarte les mèches qui obstruent son regard. Et, les lignes de sa main viennent se confondre avec les traits de son visage.

Il est temps de tout effacer.

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MessageSujet: Re: Chronochallenge 9 : Coeur cabossé   Sam 25 Juin 2016 - 22:37

C'est juste un rêve que j'ai fait, pourtant, un de ces rêves que l'on a oubliés au réveil mais qui vous laisse un goût dans la bouche tout le long de la journée. Et qui surgit à votre mémoire bien plus tard,  quand vous n'y pensiez même plus. Enfin : un rêve qui fait tout pour se faire remarquer.
J'y voyais une jeune femme, brune, élancée, qui marchait sur des talons hauts dans le brouillard de la rue. A son cou, un foulard vif, qui brûlait les yeux.

Je vais vous passer les détails, bien sûr. Dans un rêve, il y a tellement de détails.
Elle surgissait à des moments inopinés du rêve. Toujours sans rien dire, je sentais sa présence et elle était là.

J'étais ébranlé dans tout mon être par cette créature. Comment vous expliquer ? J'aurais pu tuer pour elle sans hésitation. Une fois, je crus la voir jouer du piano et m'en souciai pour un instant. Mais le rêve m'entraîna vite dans une danse étourdissante, et j'oubliai.

Dans une autre scène encore (était-ce avant, ou bien après ?) - elle dessina sur une note et me tendit son œuvre avant de partir sans un mot. Je baissai les yeux : c'était un petit cœur, simple et enfantin, qu'elle avait tracé au crayon de papier. On pouvait voir une légère bosse sur un côté, comme une entaille. Encore aujourd'hui, je revois ce gribouillage avec précision.

Le rêve avançait et suivait son cours. Je nageai dans de la terre, aperçus des « amis » qui une fois réveillé, ne m'évoquaient plus personne que je connaisse... Enfin. Les circonvolutions burlesques d'un rêve stérile.

Et je la revis. Elle. Plus nette que jamais - en fait, elle semblait briller. Je ne parviens pas à me rappeler de ses vêtements. Tout ce que je sais, c'est ce foulard qui ceignait son cou fin.
Et soudain - je me sentais frémir de toute mon âme - avec un geste négligent et sensuel comme seule une femme peut faire, elle dénoua le foulard. Et le laissa tomber à terre.
L'élan de passion sauvage que ce geste causa en moi fut de courte durée. Mes yeux flous distinguèrent presque immédiatement une épaisse marque rouge qui n'aurait jamais dû être là.
Quelqu'un avait tenté de lui faire du mal ! De l'étrangler, n'est-ce pas ? Quel barbare aurait osé porter la main sur cette femme ? Interloqué et presque blessé moi-même, je sentais la haine contre cet être monter en moi comme de l'eau.
La jeune femme fit alors un geste que je ne peux pas m'ôter de l'esprit depuis ce jour. Elle embrassa ma joue. Doucement, avec tristesse. Et tout retomba.
"Mon coeur a été trop malmené, je suis incapable de t'aimer plus longtemps".
Elle détourna les talons, et je compris.

C'était moi.
C'était moi tout du long.

Et je tiens à dire que je ne comprends pas la raison de mes actes, dans la suite de ce rêve. Je m'observais agir.
Je me vis, comprenant que le monstre c'était moi. Que j'avais blessé une si belle femme, si gracile. Mon regard tomba sur l'insolent foulard qui hurlait ses couleurs, et je sentis soudain la colère monter en moi. Elle me faisait frémir. Distillait tous les pores de ma peau.

Je me ruai sur l'ondine et la rouai de coups. Un, deux, trois. Mes poings ne voulaient plus s'arrêter. Je sentais ses pommettes sous mes phalanges, j'avais mal, et je ne pouvais pas endiguer cette rage qui dévorait mon âme.

Dieu sait dans quel état d'égarement je me suis réveillé, et quels étaient les fluides corporels qui souillaient mon lit. J'ai changé les draps, et en revenant dans ma chambre, je n'aurais pas su dire de quoi j'avais rêvé.
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