Encre Nocturne
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 Le remplaçant

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DBAA

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Féminin Capricorne Messages : 22
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   Mar 2 Aoû 2016 - 13:47

Waw. C'est prenant ! La description de Guillot est... affraid magnifique !

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To a great mind, nothing is little.
-SH
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   Jeu 11 Aoû 2016 - 10:16

Génial !!!! LA SUITE bounce
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menvron



Masculin Cancer Messages : 15
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   Lun 22 Aoû 2016 - 8:36

@DBAA et @Mara : c'est cool que ça vous ait plus ! Ca fait très plaisir, merci encore pour vos retours !
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menvron



Masculin Cancer Messages : 15
Date d'inscription : 01/07/2016

MessageSujet: Re: Le remplaçant   Lun 22 Aoû 2016 - 8:37


Salut tout le monde !

Je m'étais promis de finaliser le dernier chapitre avant mes vacances, mais ça n'a pas été le cas     :)     Bref, je suis de retour, et je viens d'y mettre la touche finale !

J'espère que vous trouverez cette fin satisfaisante. En tout cas, j'attends vos avis avec impatience et merci encore d'avoir pris le temps de lire cette nouvelle !





Chapitre 7 (FIN)


Laissant Lili derrière lui, Eugène fit ses premiers pas en vacillant, estomaqué par le spectacle qui se dressait devant lui.


Des taudis précaires, faits d’assemblages de tôles rouillées, avaient poussé un peu partout tels des champignons malades. Chacune de ces baraques était reliée par un chemin de terre sur lequel des poules décharnées erraient sans but, s’emmêlant les pattes dans les tas de détritus aux couleurs fanées qui jonchaient le sol.


Pour couronner le tout, des sacs plastique s’étaient accrochés aux branches des arbres environnants, conférant à l’ensemble un aspect de décharge.


Se tournant une dernière fois vers sa cage, il remarqua que la petite Lili s’était volatilisée, sans doute rentrée dans sa chambre pour éviter de croiser Pa’. Si seulement Arthur pouvait être là pour l’aider à inventer un mensonge crédible. C’est lui le champion en la matière. S’il parvenait à quitter cet enfer, il se délecterait des prochains mensonges de son fils.


Le chant sinistre d’un coq retentit alors qu’il arrivait aux confins de la bourgade, signalant le début d’une nouvelle journée. Ils vont se réveiller.


À la sortie du camp, Eugène se mit à avancer entre les arbres, s’appuyant contre chaque tronc pour ne pas perdre l’équilibre. Ses muscles n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes.


Mais à peine avait-il fait quelques mètres qu’un hurlement retentit derrière lui : « Reviens là ! ». Pa’ était déjà lancé à sa poursuite.


Le fait d’entendre à nouveau cette voix tonitruante le plongea dans un tel état de panique qu’Eugène faillit se figer, tétanisé par l’émotion. Tout semblait indiquer une répétition de la scène de la veille : sa tentative de fuite à travers les arbres, le colosse lancé à ses trousses…


Plus vite, bon Dieu. C’était là sa dernière opportunité de quitter à jamais cet endroit maudit. Un échec signifierait un retour à la case départ. Pa’ et Ratham lui réserveraient sans doute un châtiment exemplaire et ça, son pauvre cœur ne pourrait le supporter.


Hors de question de céder à la terreur cependant. Il ne fallait pas gaspiller le peu de forces qui lui restait.


Jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, il aperçut Pa’ en train de lui faire de grands signes menaçants à l’autre bout du village. Le géant avait beau être à ses trousses, il n’en restait pas moins qu’Eugène avait une bonne avance. La situation n’était peut-être pas tant similaire que la veille, après tout.


Ce constat lui donna un coup de fouet et il trouva l’énergie nécessaire pour s’élancer de plus belle.


Eugène finit par s’enfoncer pour de bon dans la forêt, laissant le village derrière lui. Au bout de quelques dizaines de mètres à peine, la végétation devint bien plus dense, rendant sa fuite plus laborieuse.


Les tas de feuilles mortes étaient tellement fournis qu’on s’y enfonçait jusqu’aux genoux, chaque pas demandant un effort incommensurable.


Eugène marquait des pauses fréquentes pour tendre l’oreille. Bien que la voix de Pa’ se fasse toujours entendre, elle retentissait plus faiblement désormais, au point qu’Eugène ne parvenait plus à distinguer ce qu’il criait.


Cela paraissait incroyable, mais il était en train de le distancer. Le géant devait sans doute avoir du mal à évoluer dans un environnement si confiné.


Pour la première fois depuis longtemps, Eugène s’autorisa à se détendre quelque peu. Le fait de savoir qu’il avait finalement réussit à laisser Pa’ derrière lui, ainsi que toutes les autres horreurs, lui fit entrevoir une première lueur d’espoir après sa longue plongée dans les ténèbres.


Jamais la liberté n’avait paru aussi proche. Aussitôt en lieu sûr et une fois sa main soignée, il expliquerait à la police tout ce qu’ils devraient savoir : l’existence de ce village de sauvages, les mensonges de la direction, Lili et les autres enfants qu’il fallait secourir…


Viendrait ensuite le tour de ses patrons. Eugène s’imaginait déjà rentrant dans le bureau du président du groupe, brandissant sa main mutilée, un sourire aux lèvres. Ils croyaient s’être débarrassés de moi ?  Chaque évocation de ses dirigeants, ces salauds qui lui avaient mis un pied dans sa propre tombe, lui redonnait un peu de force pour avancer toujours plus loin dans la sombre forêt.


L’envie d’aller en découdre personnellement avec chacun des membres du comité exécutif était tentante, mais à quoi  cela le mènerait ? À croupir en prison pour le restant de ses jours ? Non merci ! Inutile de survivre à cet enfer pour être à nouveau séparé de sa famille. Il lui faudrait suivre la voie juridique, en s’armant d’un bon avocat et de beaucoup de patience.


Mais qu’adviendra-t-il de ces sauvages une fois que leur village et leurs atrocités seraient dévoilés au grand jour ? La petite Lili et les autres enfants finiraient-ils dans une famille d’accueil ? Eugène l’espérait, en tout cas.


Il faisait de plus en plus sombre à mesure qu’il pénétrait dans les bois. Les arbres étaient tellement serrés, avec leurs branches s’entrecroisant de manière inextricable, qu’on ne voyait plus le ciel.


Le décor n’avait rien à voir avec la jolie forêt bucolique dans laquelle Cynthia et lui aimaient à se balader avec les enfants. Ici, point de charme : tout n’était que feuilles mortes, branches pourries gisant au sol et plaques de mousse noire mangeant le moindre centimètre carré de tronc.


À mesure qu’il progressait à travers la végétation hostile, Eugène se tournait régulièrement vers le village pour mesurer la distance qui l’en séparait. Tout ce qu’il distinguait désormais n’était qu’un petit point au loin, qui bientôt disparaîtrait pour de bon.


Si Lili avait dit vrai, alors au bout d’un moment Eugène finirait par déboucher sur la route qu’ils avaient quittée la veille, lorsqu’ils avaient garé la camionnette.


Mais dans le cas contraire, il errerait sans fin dans ce labyrinthe végétal. Jusqu’à ma mort. Puis ma carcasse servira de buffet à toutes les bestioles du coin. Ou peut-être que ces psychopathes me retrouveront avant et me traîneront dans ma cage ?


Eugène continua d’avancer en serrant les dents, durant ce qui lui parut être une éternité. Le silence de la forêt était oppressant au point qu’il en vint presque à regretter les cris de Pa’ qui avaient résonnés un peu plus tôt. Désormais, seul le bruit de sa respiration saccadée venait perturber la tranquillité malsaine des lieux.


Le moment qu’Eugène redoutait tant finit par arriver. Se tournant une nouvelle fois, il constata que le village avait disparu de son champ de vision. La forêt l’avait englouti. Il se remit en marche, le cœur lourd.


À la suite de ce coup dur, toutes ses maigres forces semblèrent l’abandonner et Eugène dut s’asseoir contre un arbre. C’était cela, ou alors tomber dans les pommes.


Son corps tirait désespérément la sonnette d’alarme. Tous les efforts qu’il venait de fournir étaient bien au-dessus de ses capacités physiques.


Il eut un pincement au cœur en jetant un regard à la ronde. Partout où ses yeux se posaient, la même forêt, les mêmes arbres. Plus aucun point de repère. Eugène semblait être hors de l’espace et du temps.


La fièvre vicieuse qui avait surgi au beau milieu de la nuit était revenue à la charge, le faisant greloter et lui brouillant la vision. Pile ce dont j’avais besoin maintenant.


Quant à sa main mutilée, elle lui faisait souffrir le martyre. Il n’avait toujours pas eu le cran de regarder sous le bandage, de peur de s’évanouir en découvrant les chairs sauvagement charcutées.


Prostré contre l’arbre, Eugène était tellement éreinté que penser était au-dessus de ses forces.


C’est alors qu’il capta un faible murmure au loin. Un son familier. Un bruit d’eau. La rivière ! Elle n’était sans doute pas loin, il suffirait de la suivre pour retrouver la civilisation.  


Eugène avançait de quelques pas, s’arrêtait, écoutait afin de localiser le bruit d’eau, puis repartait de plus belle.


La rumeur grondante de la rivière gonflait à mesure qu’il se rapprochait. Le voilà, son point de contact avec la civilisation ! Il n’y aurait qu’à la suivre pour enfin retrouver Cynthia, Arthur et Léa.


La forêt finit enfin par s’éclaircir. Se frayant un chemin entre les branches, il déboucha sur la rivière et s’immobilisa, stupéfait.


De chaque côté, les bords étaient désolés, comme si toute vie s’était repliée avec horreur. Sur certains troncs tombés en travers de l’eau, des champignons fluorescents poussaient par grappes. On aurait dit que la nature environnante avait été attaquée à l’acide. Le spectacle semblait tellement irréel qu’un instant Eugène se demanda si ce n’était pas une hallucination due à la fièvre.


Hors de question de s’approcher plus près. Il décida de la longer à distance respectueuse, encore tout retourné par cette triste découverte. Le visage blafard de la petite Lili lui revint à l’esprit et il refoula les larmes qui affluaient.


Est-ce que quelqu’un au siège était au courant de la réalité de la situation ? Eugène voulait espérer que non, mais après la succession d’évènements qui venait de s’abattre sur lui, impossible de se bercer d’illusions. Quelles quantités de produits toxiques s’étaient retrouvées dans l’eau pour générer autant de dégâts ? Tout était sinistré aux alentours.


Quels salauds ils faisaient tous. Et lui n’était pas mieux, au final. Il n’avait jamais rien fait pour empêcher quoi que ce soit. On rirait de ses excuses pathétiques. Depuis quand un directeur d’usine ne vérifiait pas avec minutie le moindre document qu’il signait ?


Eugène se remit en route la mort dans l’âme, alors que la fièvre était au plus haut.


Combien de temps s’était écoulé depuis le début de sa cavale ? Il n’en avait pas la moindre idée. Tout se brouillait dans sa tête, tant les effets de la déshydratation se faisaient violents.


Aussi, lorsque la dense forêt s’éclaircit pour laisser place à une première trouée, Eugène ne le remarqua même pas. Il lui fallut continuer encore un peu et mettre les pieds dessus pour la reconnaître : la route !


Celle-là même sur laquelle Pa’ et son compère l’avaient sorti de la camionnette pour le faire marcher à l’aveugle, au début de son long cauchemar…


L’afflux de souvenirs le fit émerger de sa torpeur. Eugène profita de ce moment de lucidité pour tâcher de s’orienter. Gauche ou droite ? L’un des deux côtés lui permettrait sans doute d’arriver à destination plus rapidement.


Sans trop savoir pourquoi, il opta pour la droite et se mit à avancer en chancelant, tel un homme ivre.


Le vrombissement aurait dû l’alerter, mais Eugène était trop faible pour y prêter attention.


Ce fut seulement lorsque des halos de lumière éclairèrent la végétation devant lui qu’il comprit que quelque chose clochait. Immédiatement, il se retourna : le véhicule se rapprochait très vite. Trop vite, même.


Dans une tentative désespérée, Eugène tâcha de s’écarter de la route et trébucha.


Au moment où il reprenait son équilibre, la camionnette était déjà parvenue à sa hauteur et freina d’un coup sec, faisant crisser les graviers dans un bruit d’enfer.


Eugène se releva pour tituber en direction de la forêt, mais quelqu’un le plaqua à terre.


« Tu croyais pouvoir nous faire faux bond comme ça ? »


Le maintenant au sol, Ratham leva abattit son poing sur la cloison nasale d’Eugène, faisant craquer le cartilage.


Eugène était trop exténué pour crier, incapable de se défendre d’une quelconque manière. Hébété, son cerveau n’avait pas eu le temps d’analyser ce qui venait de se produire.


Un nouveau coup vint lui ouvrir la pommette. Puis un autre. Sa vision se brouilla et les sons se firent lointains. Serrant les dents, il attendit le coup suivant, mais rien ne se produisit. Les choses revinrent au calme. Eugène perçut le bruit de pas s’éloignant puis le ronronnement du moteur de la camionnette qui n’avait pas été arrêté.


Il parvint à se redresser, s’appuyant sur un coude. Tu ne peux pas retourner là-bas. La seule pensée de retourner en enfer fut plus salvatrice qu’un électrochoc. Autant mourir maintenant en tentant de gagner sa liberté. Un pilote automatique semblait s’être emparé de lui : se relevant, il essuya le sang qui coulait sur son visage d’un revers de la main et se dirigea vers le véhicule en courant.


Ratham se trouvait là, la tête plongée dans le coffre en train de chercher quelque chose. Il eut à peine le temps d’émerger.


Eugène poussa son ravisseur de toutes ses forces. Incapable de se retenir à la portière du coffre, ce dernier bascula en arrière sous le poids d’Eugène.


Le bruit sourd que fit la tête de Ratham lorsqu’elle cogna sur la pierre fut tellement fort que le sang se figea dans les veines d’Eugène. Il resta là, appuyé de tout son poids sur le corps de son responsable de chaîne de production, guettant une réaction.


Mais il n’y en eut pas.


Les yeux grands ouverts, Alain Ratham fixait le ciel étoilé, sans ciller. Seul le bruit du moteur rompait le silence environnant.


Se redressant avec peine, Eugène s’avança en chancelant jusqu’au coffre ouvert, farfouilla à l’intérieur et finit par dégoter une lampe torche. Sûrement ce que Ratham était en train de chercher lorsqu’il lui avait sauté dessus.


Dirigeant le faisceau de lumière sur Ratham, Eugène vit alors la flaque rouge foncé sous la tête de son employé. Le choc avait été tellement brutal que son crâne avait éclaté comme une pastèque trop mûre. Il resta là durant ce qui sembla être une éternité, incapable de détacher son regard des yeux figés, de la bouche ouverte et de la mare couleur framboise qui n’en finissait plus de grandir.


Un son dans les fourrés attira alors son attention. Braquant la torche là où il avait entendu bouger, Eugène le vit, gigantesque : Pa’ se frayait un chemin pour sortir du bois, à l’endroit où lui-même avait débouché quelques minutes auparavant. Il poussa un cri d’effroi en voyant le colosse courir dans sa direction.


Contournant la camionnette pour s’asseoir à la place du conducteur, Eugène appuya comme un forcené sur la pédale d’accélérateur : le véhicule hurla dans la nuit et les roues tournèrent sur place à toute vitesse, formant des nuages de poussière. Il mit quelques secondes pour comprendre que le frein à main était serré.


Juste assez de temps pour que Pa’ surgisse devant lui, révélant sa hideuse face balafrée à la lumière des phares.


Eugène désenclencha le frein à main sans cesser d’écraser la pédale de l’accélérateur et la camionnette bondit vers l’avant, percutant Pa’ de plein fouet alors que ce dernier s’apprêtait à contourner le capot pour venir sortir Eugène du véhicule.


La camionnette s’immobilisa et Eugène resta immobile, sonné. L’avait-il tué ? Étonnement, il espérait que non. Bien que ce monstre soit celui qui lui ait tranché une partie de sa main droite, Eugène se surprenait à le souhaiter vivant, pour ne pas priver Lili de son Pa’.


Il se saisit du pommeau de vitesse pour passer la marche arrière et fit reculer la camionnette de quelques mètres : dans les halos des phares jaunes, Pa’ gisait au sol, immobile.


Eugène passa la première et avança doucement, contournant le corps de son bourreau. Arrivé à hauteur de celui-ci, il ouvrit la fenêtre et l’observa : sa poitrine se soulevait à intervalles réguliers. Il n’était pas mort.


« Prends soin de ta petite Lili, espèce de sauvage. »


Avait-il entendu ? Impossible de savoir. Peut-être n’était-il même pas conscient. Mais cela importait peu, désormais. C’était un combat pour la vie, et Eugène l’avait gagné.


Il ferma la fenêtre et fila sur la route, alors que le soleil parvenait enfin à prendre le dessus sur l’obscurité.
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Hartsock
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   Lun 22 Aoû 2016 - 16:02

Bon alors je vais tenter de faire mon premier commentaire détaillé, je m'exerce moi aussi :p
menvron a écrit:

Chapitre 7 (FIN)


Laissant Lili derrière lui, Eugène fit ses premiers pas en vacillant, estomaqué par le spectacle qui se dressait devant lui.

Des taudis précaires, faits d’assemblages de tôles rouillées, avaient poussé un peu partout tels des champignons malades. Chacune de ces baraques était reliée par un chemin de terre sur lequel des poules décharnées erraient sans but, s’emmêlant les pattes dans les tas de détritus aux couleurs fanées qui jonchaient le sol. Vocabulaire assez varié j'aime bien


Pour couronner le tout, des sacs plastique s’étaient accrochés aux branches des arbres environnants, conférant à l’ensemble un aspect de décharge.


Se tournant une dernière fois vers sa cage, il remarqua que la petite Lili s’était volatilisée, sans doute rentrée dans sa chambre pour éviter de croiser Pa’. Si seulement Arthur pouvait être là pour l’aider à inventer un mensonge crédible. C’est lui le champion en la matière. S’il parvenait à quitter cet enfer, il se délecterait des prochains mensonges de son fils.


Le chant sinistre d’un coq retentit alors qu’il arrivait aux confins de la bourgade, signalant le début d’une nouvelle journée. Ils vont se réveiller.


À la sortie du camp, Eugène se mit à avancer entre les arbres, s’appuyant contre chaque tronc pour ne pas perdre l’équilibre. Ses muscles n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Euh ça se dit pour des muscles ça?Pour des personnes ok mais là je trouve ça bizarre, mais soit.


Mais à peine avait-il fait quelques mètres qu’un hurlement retentit derrière lui : « Reviens là ! ». Pa’ était déjà lancé à sa poursuite.


Le fait d’entendre à nouveau cette voix tonitruante le plongea dans un tel état de panique qu’Eugène faillit se figer, tétanisé par l’émotion. Tout semblait indiquer une répétition de la scène de la veille : sa tentative de fuite à travers les arbres, le colosse lancé à ses trousses…


Plus vite, bon Dieu. C’était là sa dernière opportunité de quitter à jamais cet endroit maudit. Un échec signifierait un retour à la case départ. Pa’ et Ratham lui réserveraient sans doute un châtiment exemplaire et ça, son pauvre cœur ne pourrait le supporter.


Hors de question de céder à la terreur cependant. Il ne fallait pas gaspiller le peu de forces qui lui restait.


Jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, il aperçut Pa’ en train de lui faire de grands signes menaçants à l’autre bout du village. Le géant avait beau être à ses trousses, il n’en restait pas moins qu’Eugène avait une bonne avance. La situation n’était peut-être pas tant similaire que la veille, après tout.


Ce constat lui donna un coup de fouet et il trouva l’énergie nécessaire pour s’élancer de plus belle.


Eugène finit par s’enfoncer pour de bon dans la forêt, laissant le village derrière lui. Au bout de quelques dizaines de mètres à peine, la végétation devint bien plus dense, rendant sa fuite plus laborieuse.


Les tas de feuilles mortes étaient tellement fournis qu’on s’y enfonçait jusqu’aux genoux, chaque pas demandant un effort incommensurable.


Eugène marquait des pauses fréquentes pour tendre l’oreille. Bien que la voix de Pa’ se fasse toujours entendre, elle retentissait plus faiblement désormais, au point qu’Eugène ne parvenait plus à distinguer ce qu’il criait. Beaucoup de répétitions sur les prénoms, essais de trouver des pronoms ou des surnoms peut être.


Cela paraissait incroyable, mais il était en train de le distancer. Le géant devait sans doute avoir du mal à évoluer dans un environnement si confiné.


Pour la première fois depuis longtemps, Eugène s’autorisa à se détendre quelque peu. Le fait de savoir qu’il avait finalement réussit à laisser Pa’ derrière lui, ainsi que toutes les autres horreurs, lui fit entrevoir une première lueur d’espoir après sa longue plongée dans les ténèbres.


Jamais la liberté n’avait paru aussi proche. Aussitôt en lieu sûr et une fois sa main soignée, il expliquerait à la police tout ce qu’ils devraient savoir : l’existence de ce village de sauvages, les mensonges de la direction, Lili et les autres enfants qu’il fallait secourir…


Viendrait ensuite le tour de ses patrons. Eugène s’imaginait déjà rentrant dans le bureau du président du groupe, brandissant sa main mutilée, un sourire aux lèvres. Ils croyaient s’être débarrassés de moi ?  Chaque évocation de ses dirigeants, ces salauds qui lui avaient mis un pied dans sa propre tombe, lui redonnait un peu de force pour avancer toujours plus loin dans la sombre forêt.


L’envie d’aller en découdre personnellement avec chacun des membres du comité exécutif était tentante, mais à quoi  cela le mènerait ? À croupir en prison pour le restant de ses jours ? Non merci ! Inutile de survivre à cet enfer pour être à nouveau séparé de sa famille. Il lui faudrait suivre la voie juridique, en s’armant d’un bon avocat et de beaucoup de patience.


Mais qu’adviendra-t-il de ces sauvages une fois que leur village et leurs atrocités seraient dévoilés au grand jour ? La petite Lili et les autres enfants finiraient-ils dans une famille d’accueil ? Eugène l’espérait, en tout cas.


Il faisait de plus en plus sombre à mesure qu’il pénétrait dans les bois. Les arbres étaient tellement serrés, avec leurs branches s’entrecroisant de manière inextricable, qu’on ne voyait plus le ciel.


Le décor n’avait rien à voir avec la jolie forêt bucolique dans laquelle Cynthia et lui aimaient à se balader avec les enfants. Ici, point de charme : tout n’était que feuilles mortes, branches pourries gisant au sol et plaques de mousse noire mangeant le moindre centimètre carré de tronc.


À mesure qu’il progressait à travers la végétation hostile, Eugène se tournait régulièrement vers le village pour mesurer la distance qui l’en séparait. Tout ce qu’il distinguait désormais n’était qu’un petit point au loin, qui bientôt disparaîtrait pour de bon.


Si Lili avait dit vrai, alors au bout d’un moment Eugène finirait par déboucher sur la route qu’ils avaient quittée la veille, lorsqu’ils avaient garé la camionnette.


Mais dans le cas contraire, il errerait sans fin dans ce labyrinthe végétal. Jusqu’à ma mort. Puis ma carcasse servira de buffet à toutes les bestioles du coin. Ou peut-être que ces psychopathes me retrouveront avant et me traîneront dans ma cage ?


Eugène continua d’avancer en serrant les dents, durant ce qui lui parut être une éternité. Le silence de la forêt était oppressant au point qu’il en vint presque à regretter les cris de Pa’ qui avaient résonnés un peu plus tôt. Désormais, seul le bruit de sa respiration saccadée venait perturber la tranquillité malsaine des lieux.


Le moment qu’Eugène redoutait tant finit par arriver. Se tournant une nouvelle fois, il constata que le village avait disparu de son champ de vision. La forêt l’avait englouti. Il se remit en marche, le cœur lourd.


À la suite de ce coup dur, toutes ses maigres forces semblèrent l’abandonner et Eugène dut s’asseoir contre un arbre. C’était cela, ou alors tomber dans les pommes.


Son corps tirait désespérément la sonnette d’alarme. Tous les efforts qu’il venait de fournir étaient bien au-dessus de ses capacités physiques.


Il eut un pincement au cœur en jetant un regard à la ronde. Partout où ses yeux se posaient, la même forêt, les mêmes arbres. Plus aucun point de repère. Eugène semblait être hors de l’espace et du temps.


La fièvre vicieuse qui avait surgi au beau milieu de la nuit était revenue à la charge, le faisant greloter et lui brouillant la vision. Pile ce dont j’avais besoin maintenant.


Quant à sa main mutilée, elle lui faisait souffrir le martyre. Il n’avait toujours pas eu le cran de regarder sous le bandage, de peur de s’évanouir en découvrant les chairs sauvagement charcutées.


Prostré contre l’arbre, Eugène était tellement éreinté que penser était au-dessus de ses forces.


C’est alors qu’il capta un faible murmure au loin. Un son familier. Un bruit d’eau. La rivière ! Elle n’était sans doute pas loin, il suffirait de la suivre pour retrouver la civilisation.  


Eugène avançait de quelques pas, s’arrêtait, écoutait afin de localiser le bruit d’eau, puis repartait de plus belle.


La rumeur grondante de la rivière gonflait à mesure qu’il se rapprochait. Le voilà, son point de contact avec la civilisation ! Il n’y aurait qu’à la suivre pour enfin retrouver Cynthia, Arthur et Léa.


La forêt finit enfin par s’éclaircir. Se frayant un chemin entre les branches, il déboucha sur la rivière et s’immobilisa, stupéfait.


De chaque côté, les bords étaient désolés, comme si toute vie s’était repliée avec horreur. Sur certains troncs tombés en travers de l’eau, des champignons fluorescents poussaient par grappes. On aurait dit que la nature environnante avait été attaquée à l’acide. Le spectacle semblait tellement irréel qu’un instant Eugène se demanda si ce n’était pas une hallucination due à la fièvre.


Hors de question de s’approcher plus près. Il décida de la longer à distance respectueuse, encore tout retourné par cette triste découverte. Le visage blafard de la petite Lili lui revint à l’esprit et il refoula les larmes qui affluaient.


Est-ce que quelqu’un au siège était au courant de la réalité de la situation ? Eugène voulait espérer que non, mais après la succession d’évènements qui venait de s’abattre sur lui, impossible de se bercer d’illusions. Quelles quantités de produits toxiques s’étaient retrouvées dans l’eau pour générer autant de dégâts ? Tout était sinistré aux alentours.


Quels salauds ils faisaient tous. Et lui n’était pas mieux, au final. Il n’avait jamais rien fait pour empêcher quoi que ce soit. On rirait de ses excuses pathétiques. Depuis quand un directeur d’usine ne vérifiait pas avec minutie le moindre document qu’il signait ?


Eugène se remit en route la mort dans l’âme, alors que la fièvre était au plus haut.


Combien de temps s’était écoulé depuis le début de sa cavale ? Il n’en avait pas la moindre idée. Tout se brouillait dans sa tête, tant les effets de la déshydratation se faisaient violents.


Aussi, lorsque la dense forêt s’éclaircit pour laisser place à une première trouée, Eugène ne le remarqua même pas. Il lui fallut continuer encore un peu et mettre les pieds dessus pour la reconnaître : la route !


Celle-là même sur laquelle Pa’ et son compère l’avaient sorti de la camionnette pour le faire marcher à l’aveugle, au début de son long cauchemar…


L’afflux de souvenirs le fit émerger de sa torpeur. Eugène profita de ce moment de lucidité pour tâcher de s’orienter. Gauche ou droite ? L’un des deux côtés lui permettrait sans doute d’arriver à destination plus rapidement.


Sans trop savoir pourquoi, il opta pour la droite et se mit à avancer en chancelant, tel un homme ivre.


Le vrombissement aurait dû l’alerter, mais Eugène était trop faible pour y prêter attention.


Ce fut seulement lorsque des halos de lumière éclairèrent la végétation devant lui qu’il comprit que quelque chose clochait. Immédiatement, il se retourna : le véhicule se rapprochait très vite. Trop vite, même.


Dans une tentative désespérée, Eugène tâcha de s’écarter de la route et trébucha.


Au moment où il reprenait son équilibre, la camionnette était déjà parvenue à sa hauteur et freina d’un coup sec, faisant crisser les graviers dans un bruit d’enfer.


Eugène se releva pour tituber en direction de la forêt, mais quelqu’un le plaqua à terre.


« Tu croyais pouvoir nous faire faux bond comme ça ? »


Le maintenant au sol, Ratham leva abattit son poing sur la cloison nasale d’Eugène, faisant craquer le cartilage.


Eugène était trop exténué pour crier, incapable de se défendre d’une quelconque manière. Hébété, son cerveau n’avait pas eu le temps d’analyser ce qui venait de se produire.


Un nouveau coup vint lui ouvrir la pommette. Puis un autre. Sa vision se brouilla et les sons se firent lointains. Serrant les dents, il attendit le coup suivant, mais rien ne se produisit. Les choses revinrent au calme. Eugène perçut le bruit de pas s’éloignant puis le ronronnement du moteur de la camionnette qui n’avait pas été arrêté.


Il parvint à se redresser, s’appuyant sur un coude. Tu ne peux pas retourner là-bas. La seule pensée de retourner en enfer fut plus salvatrice qu’un électrochoc. Autant mourir maintenant en tentant de gagner sa liberté. Un pilote automatique semblait s’être emparé de lui : se relevant, il essuya le sang qui coulait sur son visage d’un revers de la main et se dirigea vers le véhicule en courant.


Ratham se trouvait là, la tête plongée dans le coffre en train de chercher quelque chose. Il eut à peine le temps d’émerger.


Eugène poussa son ravisseur de toutes ses forces. Incapable de se retenir à la portière du coffre, ce dernier bascula en arrière sous le poids d’Eugène.


Le bruit sourd que fit la tête de Ratham lorsqu’elle cogna sur la pierre fut tellement fort que le sang se figea dans les veines d’Eugène. Il resta là, appuyé de tout son poids sur le corps de son responsable de chaîne de production, guettant une réaction.


Mais il n’y en eut pas.


Les yeux grands ouverts, Alain Ratham fixait le ciel étoilé, sans ciller. Seul le bruit du moteur rompait le silence environnant.


Se redressant avec peine, Eugène s’avança en chancelant jusqu’au coffre ouvert, farfouilla à l’intérieur et finit par dégoter une lampe torche. Sûrement ce que Ratham était en train de chercher lorsqu’il lui avait sauté dessus.


Dirigeant le faisceau de lumière sur Ratham, Eugène vit alors la flaque rouge foncé sous la tête de son employé. Le choc avait été tellement brutal que son crâne avait éclaté comme une pastèque trop mûre. Il resta là durant ce qui sembla être une éternité, incapable de détacher son regard des yeux figés, de la bouche ouverte et de la mare couleur framboise qui n’en finissait plus de grandir.


Un son dans les fourrés attira alors son attention. Braquant la torche là où il avait entendu bouger, Eugène le vit, gigantesque : Pa’ se frayait un chemin pour sortir du bois, à l’endroit où lui-même avait débouché quelques minutes auparavant. Il poussa un cri d’effroi en voyant le colosse courir dans sa direction.


Contournant la camionnette pour s’asseoir à la place du conducteur, Eugène appuya comme un forcené sur la pédale d’accélérateur : le véhicule hurla dans la nuit et les roues tournèrent sur place à toute vitesse, formant des nuages de poussière. Il mit quelques secondes pour comprendre que le frein à main était serré.


Juste assez de temps pour que Pa’ surgisse devant lui, révélant sa hideuse face balafrée à la lumière des phares.


Eugène désenclencha le frein à main sans cesser d’écraser la pédale de l’accélérateur et la camionnette bondit vers l’avant, percutant Pa’ de plein fouet alors que ce dernier s’apprêtait à contourner le capot pour venir sortir Eugène du véhicule.


La camionnette s’immobilisa et Eugène resta immobile, sonné. L’avait-il tué ? Étonnement, il espérait que non. Bien que ce monstre soit celui qui lui ait tranché une partie de sa main droite, Eugène se surprenait à le souhaiter vivant, pour ne pas priver Lili de son Pa’.


Il se saisit du pommeau de vitesse pour passer la marche arrière et fit reculer la camionnette de quelques mètres : dans les halos des phares jaunes, Pa’ gisait au sol, immobile.


Eugène passa la première et avança doucement, contournant le corps de son bourreau. Arrivé à hauteur de celui-ci, il ouvrit la fenêtre et l’observa : sa poitrine se soulevait à intervalles réguliers. Il n’était pas mort.


« Prends soin de ta petite Lili, espèce de sauvage. »


Avait-il entendu ? Impossible de savoir. Peut-être n’était-il même pas conscient. Mais cela importait peu, désormais. C’était un combat pour la vie, et Eugène l’avait gagné.


Il ferma la fenêtre et fila sur la route, alors que le soleil parvenait enfin à prendre le dessus sur l’obscurité.

Bha j'ai kiffé, j'ai essayé de trouver quelques faiblesses dans ton texte mais ce qu'il en résulte c'est juste génial, bravo en tout cas, j'ai passé un bon moment à te lire.

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Hart, le cerf à chaussettes. Pour vous servir

Signe distinctif de chasseur de fautes: µ
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"Dis moi : je t'aime ! Hélas ! Rassure un cœur qui doute,
Dis-le moi ! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux." VICTOR HUGO

Eh, venez voir ce que j'écris :p
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   Lun 22 Aoû 2016 - 21:36

@hartsock : merci d'avoir pris le temps de lire et de commenter !

Effectivement, des muscles qui ne sont que l'ombre d'eux même, ca veut pas dire grand chose ^^

Pour les prénoms que je répète, ça a été ma plus grosse difficulté dans ce chapitre, et je peux te dire qu'avant relecture, il y en avait dix fois plus :)

content que ça t'ait plus en tout cas et au plaisir de te lire !
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MessageSujet: Re: Le remplaçant   

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Le remplaçant
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