Encre Nocturne
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 ChronoChallenge n°17

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Ouppo
Fou du roi
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Masculin Lion Messages : 300
Date d'inscription : 04/01/2016

MessageSujet: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 21:25

Bienvenu à cette dix-septième édition du chronochallenge, je suis ravi d'être votre hôte pour ce soir, vous allez écrire sur le thème de "Les enseignements du lapin", vous avez 1 heure pour exploiter ce thème au mieux soit jusqu'à 22h30.

Vous posterez vos créations dans ce sujet, bien sûr essayez de respecter le temps qui vous est imparti sinon et bien ce chronochallenge n'en est plus un.  

Ensuite après avoir posté vos œuvres voilà le moment tant attendu : le vote !

Pour voter c'est simple indiquez clairement ici : http://www.encre-nocturne.com/t4539-le-defi-de-la-semaine-n17-les-votes

quel a été votre texte préféré, si possible avec une petite explication du pourquoi, vous n'êtes pas obligé de faire un pavé mais une ou deux lignes ce serait gentil.

Vous pourrez voter jusqu'à demain 21h00 date où le gagnant sera annoncé.

Si vous avez aimé, le Challenge c'est tout les samedi et mercredi.
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Invité
Invité



MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:03

 
Les enseignements du lapin
 



One shot

 


Monsieur Lapin est un animal de la forêt qui accorde à tous ses visiteurs un enseignement ludique et sans aucun frais. Tous les animaux qui n'hibernent pas en même temps que lui se posent cette seule question : qu'est-ce que ce vieux croûton a bien à raconter, et le fait-il sait bien ? En fait, ça fait deux questions. Ils se posent donc ces deux questions.

Nous allons justement toquer à la porte du terrier de Monsieur Lapin pour qu'il nous guide sur le chemin pavé de son savoir lumineux. Toc toc toc, Monsieur Lapin ?

"Aspouélélénini."

Cela n'arrange pas nos affaires. Pour ce reportage, nous voulons des images de vous en train de prodiguer vos fabuleux conseils. Ils ont acquis dans la forêt une renommée qui en sonnerait deux glands plus qu'un seul ! Alors ... N'avez-vous donc aucun secret de la vie à nous révéler ? Quelle connaissance abstraite se cache derrière vos oreilles grises et mutilées, votre petit museau tout éraflé et vos deux dents visiblement pas très aiguisées ?

"Suivatez-moi. Nous allons faire la vatation du buvage de thé."

Nous suivons Monsieur Lapin. Le tunnel qui mène à son salon est étroit et organique. Il l'a en effet tapissé des peaux de ses ennemis tombés au combat. C'est qu'il a traversé deux guerres infernales, le lapin, celui du moulin et de l'éolienne. Deux grandes défaites que le peuple animal a su oublier à force d'hydromel de mouche et de nectar de reine abeille. Nous nous attablons avec ce curieux personnage. Il nous sert un thé bien élégant, un Druling 1648, que nous laissons couler dans l'eau froide de notre tasse.

"L'histoire racontate que je suis le dernier des lapins. C'est pas la véritétation. Je vais vous faire le véritage : je suis, vous ne croiagerez pas, le second dernier spécimomimen de mon espèce ! Vous voulez faire le savoiage ? VOUS VOULEZ ? Putain répondez !"

Le lapin devient foufou, mais qu'est-ce qu'il ... Caméraman, reculez ! Mais ... Enfin ... Mais arrêtez, lâchez ce sécateur ! Où vous avez chopé ce truc ?! Calmez-vous, maintenant ! On ne va tout de même pas montrer ça aux animaux, vous imaginez ce qu'ils pourraient penser de vous ? Ils vont vous expulser s'ils apprennent que vous êtes un vieux timbré impulsif et dégarni !

"Bah ! C'est vous les timbrés pour avoir une telle image de moi ! Vous avez la timbration ! Dans votre têtêtête ! Hmmm ... Je dois me calmer ... Me ... Calmer ..."

Le lapin tout décrépit s'empare d'un Mars et le grignote de ses deux chicots percés de trous comme du gruyère. Le bruit de mastication qu'il laisse s'échapper de ses joues béantes est assez horrible mais nous préférons ça à ses moulinets furieux de sécateur dans le salon.

"Hm, une bonne barre de cocholat ... 'Scusez-moi ... Flashback de la bataille du moulin ... 1655 ... Sale époque, sale monde. Je me souviens encore des hélices du géant immobile raclant la pluie pendant qu'en contrebas le peuple des lapins se déchirait à coups de griffes et de crocs. Je n'ai jamais oublié ce fichu bruit de raclement et cette impression de boucle infinie. Ces hélices, c'était les aiguilles d'une horloge qui à minuit ne sonneraient que pour un seul événement : notre victoire ! C'est ce que ce con de général répétait ... Avant d'être fauché par une carotte téléguidée ... Merde ..."

Les patounes tremblantes de notre interlocuteur se fixent à sa tasse et tentent désespérément de la porter jusqu'à sa gueule en vrac. Les flashbacks n'ont vraisemblablement pas quitté sa mémoire. J'intime au caméraman de reculer encore un peu, avant de poser une question qui pourrait mettre notre hôte dans un fâcheux état.

"Je ne veux pas vous offenser mais ... Nous sommes venus pour vos enseignements, pas pour ...
- Bah ! Insolent ! JE VAIS VOUS DONNER LA DECAPITATION VOUS ALLEZ VOIR !"

Le dingo se rue de plus belle vers le sécateur ! Heureusement, mon assistant cadreur, dans un souci de survie de nos personnes, lui barre le passage avant qu'il ne puisse le brandir à nouveau. Le lapin, renfrogné, fait marche-arrière et joue avec les intensités de lumière de sa lampe de chevet. Nous lui portons des regards inquiets, sa santé mentale est cuite à ce stade de mon histoire et ce n'est plus un enseignant ou un traumatisé avec nous dans cette pièce, mais bien un psychopathe.

"Vous faites la regardation de moi tel un monster ... Pourtant nous avons en commun ... Tation ... Beaucoup, beaucoup de choses, vous et moi. Extinctanation des feux."

Argh, le fourbe ! Il a éteint la lampe et nous n'y voyons plus rien ! L'assistant s’agrippe au sécateur, il ne le laissera pas tomber. Mais peut-être que d'autres armes présentes tout autour de nous permettront au lapin meurtrier de nous zigouiller ... Vite, à tâtons, nous devons nous séparer et inspecter sa cahute !

"C'est ce qui s'appelle se faire carotter !"

Cet élan profond et terrifiant de sa voix est suivi d'un long cri d'agonie qui emplit tout l'espace et m'assourdit ! Quelqu'un y est passé et je ne veux absolument pas être le suivant dans la marmite ... Je rampe vers la sortie, ce que je pense être vers la sortie tout compte fait, car ce n'est qu'un meuble. Je l'examine méticuleusement. Une armoire ... Des tiroirs. Oui, voilà, une lampe de poche, tout ce qu'il me faut ! Dans la confusion la plus confuse, j'enfonce les piles dans le boîtier de l'engin et je le dégaine vers un endroit au hasard dans la pièce. Mais PAF ! Dès que je l'allume, son halo de lumière se pointe droit sur le visage d'un lapin sanguinaire, aux traits déformés par la haine et la soif de sang ! Mon sang-froid s'écoule le long de ma colonne vertébrale tout autant que ma sueur trempée de peur. Les haricots sont cuits.

"J'ai fait la trouvatation d'un individu citoyen de l'état du Wyoming qui semble faire la correspondation de vous ! Nyahahahahaha !
- Stop ! Je n'en peux plus ! Ne me tuez pas !
- Vous tuer ? Mais je ne veux pas vous tuer ! Je veux juste vous faire l'enseignation.
- De quoi ?
- De ce que c'est que d'être un esclave sexuel pour le restant de ses jours. Dans la cave, plus vite que celalalala !
- Pas question ! ... Dieu aie pitié de moi !"

Je fonce en ligne droite et, fait d'arme assez impressionnant, je bouscule lapin, il tombe alors en arrière et sa nuque vient s'éclater contre le rebord de son établi de cuisine. Il est mort, bien mort. Moi, je suis recroquevillé dans un coin, je n'ose pas lever la tête. Je verrais le carnage qu'il a laissé dans son sillage ... Les boyaux à l'entrée de sa demeure auraient dû me mettre la puce à l'oreille ! Le caméraman, juste blessé au ventre, se dirige vers le combiné, compose le numéro des urgences et leur hurle de venir nous porter secours. Quelques minutes plus tard, on les entend qui se pressent dans le tunnel. La délivrance n'est pas loin, mais après ce que j'ai vécu, je me sens vide et mort dans l'âme. Il en sera ainsi pendant longtemps, je présume ... C'est déjà mieux que d'être littéralement mort comme certains membres de mon équipe, je me répète.

"OOOOOOH MON DIEU. Pousse un sauveteur sans une once d'émotion dans sa voix.
- Ils ont tué Monsieur Lapin. Ceci est passible de la peine de mort immédiate !
- Quoi ... Mais ... Vous allez me pendre ?! Pourquoi ?! Je veux mon avocat ! Nous sommes tous les deux innocents, c'était de la défense légitime !
- Nous allons faire la sautation de glands d'une partie du corps appelé communément pénis qui appartient à des individus citoyens de l'état du Wyoming faisant la correspondation à vous par le moyen de bâtons électriques branchés sur des batteries de deux-cent gigawatts !
- QUOIIIII MAIS NOOOON LÂCHEZ-MOIIIIIII."

Et c'est ainsi que je devins le nouveau Monsieur Lapin. Enfin, que j'en fis la devintation. L'enseignement du lapin sera donc : se défendre, ce n'est pas attaquer celui qui nous attaque, ça c'est de la contre-attaque et c'est passible de torture sommaire. Souvenez-vous en les enfants !



Dernière édition par Saul le Mer 27 Juil - 22:38, édité 1 fois
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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:29

Pouet


DEUX HEURES DE MISE EN PAGE QUOI. ça m'apprendra à faire des dialogues u_u




   

   
L'enseignement du lapin



   

   

           

   
 
                – On leur avait dit quoi, déjà ?
                – A qui, aux crétins qui courent dans tous les sens façon fourmis épileptiques ?
                – Bah, oui, de qui veux-tu que je parle.
                – Ah ! Ben, nos dix commandements. Et tout le reste.
                – Ça faisait beaucoup, alors.
                – Beaucoup oui.
                – Et euh ils avaient l'air de s'y intéresser ou pas ?
                – Bah oui, ils étaient contents et tout. Ils étaient mignons à l'époque. On aurait dit des chiots, la truffe en moins. Ils remuaient la queue en poussant de petits couinements heureux.
                – Hahaha. Remuaient la queue.
                – Blague à part, ils étaient honorés de recevoir nos enseignements.
                – Et ?
                – Et ?
                – Et bah quoi, espèce de patate tuberculée ?
                – Bah rien. C'est tout. Ils les ont très bien appliqués au début. Me regarde pas comme ça, c'est pas de ma faute s'ils ont la mémoire courte !
                – Ben c'est pas une question de mémoire courte, ça se transmet au fil des générations ça, comme chez nous.
                – Ça reste une question de mémoire. La mémoire des peuples, t'en as pas entendu parler à ton âge ?
                – Ça me dit quelque chose.
                – Tu as les neurones encore plus fondus que les leurs, ma parole.
                – Ouais bon. Bref. En tout cas, ils ont pas l'air con-con maintenant, à courir partout en agitant les bras.
                – Ah ça…
                – Une bombe sur le coin de la tronche, évidemment que ça fait mal hein.
                – T'as mis les petits à l'abri ?
                – Oui. Plus profond c'est l'antre du Grand Ver de Terre.
                – Bien. Si jamais ils viennent par ici en poussant leurs cris de goret, on sonne l'alerte et on file dans le terrier.
                – Comme d'habitude quoi.
                – Voilà.
                – Non mais sérieusement… Je me demande… Est-ce qu'ils ont tout oublié ? De ce qu'on leur avait dit ?
                – Ben non, ils ont retenu quelques trucs quand même.
                – Comme ?
                – Baiser le plus possible, parce que baiser c'est cool.
                – Ah oui, bien sûr.
                – Manger tout ce qui passe, parce que manger c'est cool.
                – Ouais enfin nous on parlait d'herbe, hein, pas de chenilles ou de vaches.
                – Va le leur dire.
                – Très drôle. Et sinon ?
                – Respecter la hiérarchie, parce que la hiérarchie c'est sacré.
                – Ah, ils l'ont bien respecté celui-là. Ça fait plaisir.
                – Se méfier des étrangers, parce que les étrangers, ils te piquent ton terrier.
                – Ah, celui-là aussi ils l'ont bien respecté. Ça fait plaisir.
                – Bouter les renards le plus loin possible, parce que les renards, ça te bouffe tout cru.
                – Ah tiens, celui-là aussi.
                – Ça fait plaisir.
                – C'est ce que j'allais dire. Tu arrêtes de me piquer mes phrases, oui ?
                – Bousiller les fourmilières qui s'installent aux abords du terrier, sinon ces sales bêtes viennent te bouffer les petits.
                – Ah oui.
                – Celui-là ils l'ont trop bien respecté, je dirais. Ils sont si zélés qu'ils confondent les leurs avec des fourmis.
                – Tsss. Même moi, je suis pas myope à ce point-là.
                – Et pourtant, le Grand Ver de Terre sait que t'es sacrément myope.
                – Exactement.
                – Enfin bref, tout ça pour dire, ils ont oublié tous les trucs qui étaient vraiment cools.
                – Comme regarder le soleil couchant tous les soirs.
                – Ou goûter chaque brin d'herbe mais ne manger que le meilleur d'entre eux.
                – Ecouter le vent puis voler avec lui.
                – Faire des bisous à ceux qu'on aime et même à ceux qu'on n'aime pas.
                – A ce propos, j'en ai ras les oreilles de faire des léchouilles à la Noiraude.
                – Se venger sur le potager quand on en a gros sur la patate.
                – C'est vrai quoi, en plus elle pue, cette vieille bique.
                – Taper du pied puis bondir vers le ciel.
                – Tout ça parce que c'est l'arrière-arrière-grand-mère… Il est temps qu'elle crève, moi je dis.
                – Nettoyer les oreilles des autres autant qu'on nettoie les siennes.
                – T'en penses quoi toi ?
                – Moi j'énumère ce que tu as voulu que j'énumère. Filer avec le vent en cherchant des éclats de lune.
                – Ah, oui.
                – Ne jamais attaquer mais toujours se défendre.
                – Protéger ses petits au péril de sa vie.
                – Goûter la rosée déposée sur les roses crispées.
                – Oh, joli. Attends attends, à moi !
                – Laisser les autres semer et ensemencer, puis récolter sa collation sans oublier la collocation.
                – Arrête ! J'en ai une bien. Equarrir les escargots égarés !
                – Tu viens d'inventer ça.
                – Ben, oui. Pas toi ?
                – Non, espèce d'andouille, moi je déclame nos préceptes fondateurs qui ont des millions d'années et que tu persistes à oublier à tout bout de champ.
                – Euh.
                – Le soleil se couche.
                – Et eux, ils courent toujours partout. Et ça brûle, et ça s'écroule, et ça glapit et ça crie comme un goret.
                – La règle dit : Regarde le soleil couchant tous les soirs. Pas regarde les singeries des hommes tous les soirs.
                – Espèce de moralisateur bien-pensant.
                – La règle dit : Laisse les moralisateurs bien-pensants penser ce qu'ils veulent penser puisque chacun pense et veut ce qu'il veut et pense.
                – Euh.
                – Cette réplique pleine d'intelligence m'encourage à me taire moi aussi.
                – Arrête ça.
                – Ok. Tu as un brin de persil qui dépasse de la narine gauche.
                – Merde.
                – J'ai dit du persil.
                – Ta gueule.
                – Mais c'est qu'on devient violent.
                – Regarde ton soleil couchant et ferme ta grande bouche. Je m'occupe de mon nouveau poil de nez.
                – Tu devrais lancer une mode.
                – Chut.
                – J'aime quand tu louches comme ça.
                – Tu vas me lâcher oui ?
                – Ouais. Qu'est-ce que j'aime ces couleurs enflammées. Regarde. Regarde !
                – Oui bon c'est bon j'ai vu. Ça fait six ans que je le vois, hein.
                – Il n'est jamais le même. C'est fou non ? Pourquoi les hommes ont-ils eu l'envie de barbouiller des toiles blanches ?
                – Parce que ce sont des petits cochons qui aiment faire mumuse.
                – Non mais c'est vrai… Ça me rappelle l'un de nos enseignements.
                – Lequel ?
                – Tsss. Tu es incorrigible.
                – C'est ce qui fait mon charme.
                – Je regretterai toute ma vie l'unique soir où je t'ai dit ça.
                – C'est ce qui fait ton charme. Et cet enseignement ?
                – Barbouille les brins d'herbe de pensées. Sens les couleurs de la terre sous tes pattes. Peins le ciel avec tes idées.

   


   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
   

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Super-Gaufrette

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:30

Les enseignements de Lapin.

Les enfants appellent encore aujourd’hui l’ermite de la forêt de Bleyrh’Weak : Monsieur Lapin. Pas qu’il les collectionne, ni qu’il les élève. Plutôt qu’il leur ressemble. Il a de grandes dents de rongeur et des oreilles pointues et décollées. Au village, on avait un peu peur que ça le vexe, mais notre solitaire a visiblement de l’humour et prend très bien son surnom. Ce qui n’est pas plus mal, car son vrai nom, personne ne le connait. Monsieur Lapin donc, vit dans une petite maison de bois au milieu des arbres. Il vient dans le bourg une fois par semaine, se promener dans le parc, puis sur la place de l’église et s’asseoir sur un banc. Quand il est là-bas, avec sa canne à cause de son pied bot, il semble observer les êtres humains qui l’entourent avec intérêt. Je vois presque ses petites cellules grises s’activer quand il espionne les gamins qui jouent et qu’il essaye tant bien que mal de comprendre les règles. Dans ses moments-là, il y a toujours quelqu’un pour aller lui tenir compagnie. Un gosse, un vieux, ou même un ado. Si vous le croisez durant votre séjour avec nous, n’hésitez pas à lui parler, il aura forcément quelque chose à vous apprendre. Car si on ne sait pas comment il se nomme, on sait énormément de chose sur sa vie. Quand il la raconte, on a l’impression d’écouter un documentaire, mais en mieux. Il sait tout un tas de choses étonnantes. Il est d’ailleurs probablement plus vieux qu’il n’en a l’air. A moi, il m’a parlé de ses soirées mondaines dans les années 50. A Max de la mairie, sa période hippie. A la boulangère, son ressentit sur la guerre. Laquelle, on n’en sait rien. Il a appris aux petits à jouer aux billes, ils l’ont regardé avec des yeux ronds, mais maintenant, de temps à autre, ils s’en divertissent encore. L’ermite est vraiment quelqu’un à part et ses enseignements ont changé tout le village. Il ne se contente pas de raconter des histoires et de donner des informations. Il est aussi très philosophe. Ah ça, les petits vieux voient leurs adolescents d’un autre œil maintenant. Lui, il se rappelle bien de sa jeunesse. D’ailleurs, on a presque l’impression qu’elle ne l’a jamais quitté. Je le soupçonne fortement d’être centenaire, mais il ne les fait tellement pas que je doute. Le Maire dit qu’il n’a que peu d’informations sur cet homme. Lui-même n’y comprend rien. Il a tant voyagé qu’il a depuis longtemps perdu son acte de naissance. Il y a bien une date, sur sa carte d’identité, mais on sait tous qu’elle est fausse. Elle a été notée au hasard, à défaut d’informations valables. Il n’habite pas ici depuis très longtemps, à peine quinze ans. Ce n’est pas grand-chose, comparé à son âge. Et il déménage souvent, d’après ce qu’il nous raconte. Il a vécu au quatre coins du monde. Il ne reste jamais plus de vingt ans au même endroit, ce qui me fait penser qu’il ne devrait plus rester bien longtemps chez nous. Du moins s’il vit encore jusque-là. Je ne sais pas pourquoi, mais mon instinct me dit qu’il y arrivera. Je crois même, depuis peu, qu’il me survivra. Vous me direz, je n’ai que quarante-quatre ans et je suis en pleine santé. C’est vrai. Mais Monsieur Lapin m’a tout l’air d’un éternel.

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Non, je ne suis pas comestible !


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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:31

Voici les 11 commandements de Bugs "Lepus Dei" Bunny


1- Des carottes, tu mangeras.

2- Herbivore, tu seras.

3- Aux humains, tu plairas.

4- Prier, tu ne devras pas.

5- Les autres animaux, tu ignoreras.

6- Chasser par certains humains, tu seras.

7- Résister, tu devras.

8- Féconder au maximum, tu devras.

9- Des dents atypiques, tu auras.

10- Vite, tu courras.

11- L'objet de nombreux débats, tu feras.


Tout lapin ne respectant pas ces lois sera banni du terrier béni et passera sa mort dans le néant le plus absolu.  

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Hart, le cerf à chaussettes. Pour vous servir

Signe distinctif de chasseur de fautes: µ
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"Dis moi : je t'aime ! Hélas ! Rassure un cœur qui doute,
Dis-le moi ! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux." VICTOR HUGO

Eh, venez voir ce que j'écris :p
http://www.encre-nocturne.com/t1576p30-pages-jaunes-nocturniennes#60288
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http://hartsock.eklablog.com/
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:31

EDIT : Bon je ne trouve toujours pas comment mettre un fond blanc, le drame est total. Et je n'ai pas eu le temps de relire, désolé pour les fautes !

« Oh ! Par mes moustaches, je suis en r'tard, en r'tard, en r'tard ! »

Il courait comme un dératé, le lapin, en plein milieu de la forêt. Une énorme montre pendait à son cou et le frappait, au rythme de sa course, sur la poitrine ; sous sa fourrure blanche, on devinait la marque rouge et douloureuse qu'elle avait laissée.
Il se tenait sur ses pattes arrières et avançait en les avançant successivement, à toute allure, comme s'il avait été humain. Il regardait droit devant lui et son museau était immobile, et on aurait dit qu'il se déplaçait sans se servir de son odorat.
En somme c'était une scène assez curieuse.
Lui, il continuait de courir en criant, comme ça, « Je n'ai pas l'temps de dire au r'voir ! Je suis en r'tard, en r'tard. » Je me retins de le corriger sur son élocution douteuse et sur l'exemple qu'il donnait aux enfants.

D'au-dessus de nous, des kilomètres plus haut, loin au-delà du ciel, on sentait le souffle d'un lecteur qui nous observait. Quel âge avait-il, cinq ans, six peut-être ? Pour nous ça importait peu, on répétait la scène. On l'avait jouée des milliers de fois, on la connaissait sur le bout des doigts. Je ne sais plus combien de lecteurs différents sont passés nous voir, parfois plusieurs à la fois, certains qui avaient les doigts sales et qui laissaient des traces de chocolat sur nos pages, d'autres qui avaient mauvaise haleine et dont la respiration imprégnait le papier d'une humidité acide.
Il s'interrompit tout à coup, laissant le livre ouvert au milieu d'une pièce qu'on ne pouvait pas voir. En voulant arrêtant de courir, le Lapin Blanc trébucha sur une pierre et tomba, museau le premier, dans l'herbe mouillée :
« - Putain !
- Fais gaffe, il est peut-être encore là.
- Non il s'est barré, il tient même plus le livre. »
Dès qu'il eut confirmé que le lecteur n'était plus là, je retirai mes chaussures et me grattait furieusement sous le pied.
« - Saletés de moustiques. Quelle idée il a eu aussi, Lewis, de nous mettre dans une forêt aussi humide ?
- Bah, au moins on a encore du boulot. Ça fait quoi, cent cinquante ans qu'on fait ça ?
- Par là. (Je me rhabillai et allai m'asseoir dans l'herbe, à côté du lapin.)
- Je déteste quand ils font ça, tu sais. Quand ils s'interrompent d'un coup, en plein milieu d'une scène. On est censé faire quoi nous ?
- Attendre leur retour, comme d'hab' ?
- Bah, j'en ai ma claque de ça, devoir gérer mes horaires selon quand il plaira à un gosse de venir nous voir. C'est infernal, sérieux, on se donne du mal pour se mettre dans le personnage, pour paraître pressé – Tu imagines ce qu'elle pèse cette montre ? – et tout à coup il faut s'arrêter parce que le mioche va bouffer ces spaghettis ? Quelle blague... »

Ça faisait longtemps que j'avais pas vu Jérôme – Parce que c'était son nom, quand on ne nous lisait pas – aussi énervé. Depuis que le nouveau gamin avait commencé à nous lire, il nous prenait pour trois, quatre pages maximum, et puis il nous laissait en vrac comme ça. C'était éreintant, et on avait même pas le droit de l'engueuler.
On avait bien essayé, une fois. C'était avec un de nos premiers lecteurs qui n'arrêtait pas de revenir en arrière, sans doute un idiot qui n'y comprenait rien. On s'était arrêté, en plein milieu de la scène d'introduction de la Reine de Coeur (Bernadette, une femme charmante), pour lui expliquer qu'on méritait un peu de respect, qu'on était de vrais acteurs et qu'il pouvait pas nous traiter comme ça. Puis on avait été interrompu par Lewis Carroll en personne, il avait fait tout le trajet depuis la page « Biographie », tout au début du livre, pour nous tirer les oreilles. Moi ça allait encore, j'ai de petites oreilles mignonnes de petite fille ; Jérôme par contre… Il y a mis tellement de traction, je suis presque sûr qu'il a gagné trois centimètres à ce moment-là.

« - Qu'est-ce qu'on s'emmerde, râlait-il en fond. Si au moins il avait fermé le livre, on serait tranquille, mais là il faut se tenir prêt, pas moyen de savoir quand il va revenir.
« T'imagines quand même ? Ça fait cent cinquante ans qu'on est là, et on a toujours pas gagné le moindre avantage sur notre contrat. C'est toujours la même chose, on court, on rencontre la Reine, le Chat, le Chapelier, et puis tu te réveilles ou tu t'en vas, peu importe. Et puis ça recommence, le gamin est content, il chouine auprès de sa mère ''Encore une histoire, maman'', alors elle recommence à lire… Qu'elle l'envoie dormir enfin, il a école demain le mioche, et puis il bave, regarde, ça m'est tombé pile dessus ! Sur toute un page de description de la forêt, sérieux, il faut que ça me tombe sur la gueule ? J'ai même pas de théière dans laquelle m'abriter…
« Tu sais ce que j'aimerais ? Pouvoir faire une pause. Allez bosser ailleurs, dans un roman russe par exemple. Un truc tordu et compliqué, qu'on ne puisse pas lire à petits coups. Un gros bouquin avec de grands espaces et des paysages complexes, là je pourrais vraiment montrer mon potentiel ! »

Aucun de nous deux ne sentit le besoin de rappeler qu'un lapin sans nom ou une gamine hallucinée n'avaient aucune chance d'être accepté dans ces grands romans dont on rêvait.

Nous restâmes là quelques heures, dans l'herbe, à attendre que l'histoire ne reprenne, pour jouer encore et toujours les mêmes scènes dépassées, bouffées par le temps et l'humidité, continuer cette mise en scène ridicule. Nos pages se détachaient, il en manquait une ou deux, et l'histoire reprenait après comme si de rien n'était.
Enfin, on sentit une main qui se penchait vers nous, et nous nous redressâmes sur nos jambes.

« Je n'ai pas le temps de dire au revoir ! Je suis en retard, en retard ! »


Dernière édition par Leivoist le Mer 27 Juil - 22:47, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:37

Les enseignements du lapin


Lorsque la tarte est faite et cuite
Du four, ne te rapproche pas !
Car les deux valets, ma petite,
Te prendraient pour un rôti d'oie.

Si la Reine entre par malheur
D'un pas, ne te rapproche pas !
Car l'impolitesse est majeure,
A ses pieds ton cou roulera.


Refrain :
Quel est le jour, quel est le jour,
Où ces sages mots t'atteindront ?
Imprudente petite Alice,
Quand auras-tu plus de raison ?


Si tu aperçois un goujon,
De lui, ne te rapproche pas !
Car ces êtres sont des félons.
Prête l'oeil, il le gardera !

Quand le croquet est le loisir,
Du jeu, ne te rapproche pas !
Car c'est là tricherie- et pire !
Qui est passible de trépas.


Refrain
Quel est le jour, quel est le jour,
Où ces sages mots t'atteindront ?
Imprudente petite Alice,
Quand auras-tu plus de raison ?


Dernier couplet (en général laissé à un professionnel, en raison des notes suraiguës) :
Pour en finir, jeune étourdie
Voici le meilleur des conseils :
Fais la révérence et souris

Mais toujours...
Sur ta montre...
Veille !

(refrain ou reprise musicale)
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Pantouffe

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°17   Mer 27 Juil - 22:45

- N'y va pas j'te dis. Tu sais pas ce qui t'attend par là-bas mon coyote. C'est pas un joli visage qui devrait faire taire ton bon sens bougre d'âne. Regarde le, il est beau, hein ? Il a l'air triste et sensuel à la fois, il t'aguiche, il te cloue du regard. Ne t'laisse pas faire, sa danse de polaroid torturé par les flammes, ses doux yeux blessés, c'est de la comédie. On leur a appris à ne pas voir votre visage, à ne pas retenir vos noms. Il ne t'écoutera pas, et quand tu coucheras avec lui, il aimera l'idée de te voler ta vie, à toi qui l'humilie.

- Je bitte que dalle à c'que tu déblatère papy.

- Un peu de respect je te prie petite merde. J'ai la trentaine pas plus. Même si j'en ai vu bougrement plus que bien des gens de mon âge- je t'assure. Des choses belles, et d'autres à faire vomir. Et tu sais ce qui me fait le plus mal quand je reviens ici ? De voir des petits merdeux comme toi qui se jettent entre leurs bras avec de grands sourires. Parce-que ça me rappelle ma jeunesse, hum... ma première jeunesse disons, j'suis toujours jeune, ta gueule. Tu vois, j'étais comme vous. Je voulais partir moi, j'avais besoin de fuir. Ici j'avais des souvenirs qui m'accrochaient le cœur, qui me carambolaient le cerveau. J'étais pas bien, j'avais un gros chagrin- de ceux qui vous changent à tout jamais. Et je dis pas que je regrette, non non, j'ai bien fait p'tit gars, d'aller saisir la main d'un de ces beaux garçons qui attendent au fond de leur ruelle. Mais tu veux que je te dise ? Y avait plus rien pour moi, ici. Y avait rien d'autre que le passé qui me mordait la nuque, et qui secouait, secouait, en m'torturant l'échine.

- Ouais. Ecoute, tu m'as payé une bière, j'avais b'soin de parler, c'était sympa et tout pas, mais j'vais y aller. C'est quand même pas toi, vieux débris, qui va m'empêcher d'aller tremper le biscuit.

- Mais trempe le ton biscuit, y a pas de soucis mon grand. Mais pas avec ce zouave qui se flétrit tout au fond de son impasse. Ecoute... Tu sais tout pas d'la ville. Ça fait combien de temps qu'tu traîne tes miches ici ?

- J'suis venu pour mes études en début d'année, bah... Ça fait quelques mois voilà.

- Quelques mois, et ça veut faire son malin face à moi.

- Face à un vieux clodo avec la tronche de paillasson de Raspoutine ? Yep.

- Les tronches de paillasson en voient bien plus que les jeunes trognes lisses telles que la tienne. On s'essuie sur elles avec indifférence, on ne les regarde pas ou bien on crache dessus ; mais devine quoi, on entend et on cause. On voit tout, car on est là le soir quand les bonnes gens s'endorment ou vont se percuter en boîte. En boîte. Comme des putains de sardines macérant dans leur sueur rance. Et ben, tu veux savoir ? Non tu veux pas, mais j'vais t'le dire quand même. Si tu vas prendre la main du beau garçon qui fait le pied de grue dans sa résille en t'amadouant avec ses yeux de panda, tu vas tout perdre mon gars. Tu n'as jamais entendu parler d'Helish ?

- Quoi, tu déconnes ? C'est pour ça qu'tu me tient le pied papy ? Hellish, l'esprit de la ville, l'homme en costard à la tête de lapin. C'est digne d'un manga, et pas d'un bon. 'Fin, tu dois pas savoir ce que c'est un manga, toi.

- Sous-estime pas la culture d'un vieux singe. J'te dis singe remarque, mais je tiens plus du bouc...

- Bartel Pan.

- Pour vous servir monsieur.

- Jolie révérence.

- Tout ce que je fais est jolie. Mais tais toi un peu, et écoute moi divaguer encore un peu, d'accord ? De nous deux, c'est toi qui est bourré. Je n'ai presque pas bu à ta bière. C'est de la pisse de cheval.

- J'suis un peu beurré, mais toi t'es cinglé. Déjà tu te plains de ma bière alors que tu dois en boire tous les trente six du mois. En plus tu me bassines avec des vieilles légendes urbaines. Et tu vis à la rue. Les pluies se sont infiltrées dans ta caboche fêlée et l'ont remplis de flotte, j'comprends que ça perturbe un peu les messages synaptiques... Héhé, t'as vu. Synaptique. Les mecs vraiment bourrés peuvent pas utilisé un mot pareil sans balbutier ou dans un bon contexte.

- Ben voyons, fais moi le coq. Sois fier, c'est bien, ça paie pas de mine et ça fait bander plus dur quand on manque de confiance. Tu pourras penser à ton moment de triomphe face à vieux clochard quand t'aura du mal à repartir pour ton prochain amant.

- Va t'faire foutre par ton homme-lapinesque.

- Pas possible, on ne sait même pas si Hellish a une bite. Et tu serais bien avisé de te pencher sur la question, parce-que si tu vas au fond de l'impasse, tu vas te faire enculer... Je t'explique, tu veux bien ?

- Ben. Vas-y, de toute façon j'ai toute la nuit devant moi. Et t'es marrant, tu mitraille sec pour un vieux fou, t'as du feu dans la bouche. J'aime bien.

- C'est joliment dis, monsieur le littéraire.

- Eh oui. Je peux glisser des putains et des contumélies au beau milieu de mes phrases. C'est tout l'intérêt de perdre son temps en fac de lettres. On peut avoir un langage roturier qui sous sa crasse commune scintille parfois comme les fesses d'une princesse.

- L'art de la métaphore, je m'incline p'tit gars. Mais bon, les métaphores, c'est pas ça qui t'sauvera. Ecoute moi, enregistre.
<< Hellishdale, c'est une ville un peu particulière. Crois le ou non, y a pas que le commerce d'absinthe et la prostitution qui la rendent attractives derrière ses façades victoriennes. On a d'autres secrets mieux gardés qui ne circulent que dans les cercles adolescents. Juste assez murmurés pour être séduisants- c'est le dessin d'Hellish. Hellish, l'homme en costard, Hellish et sa gueule de lapin, sa douce gueule  de lapin posée sur ses épaules carrées... Tu me croirais pas si je te disais qu'il existe vraiment, mais peu importe, tu ne croiras rien du reste non plus.

- Tu sais vendre tes histoires toi. "Tu me croiras pas", ça donne envie de s'y mettre à fond déjà.

- Petit oiseau moqueur va. Tu riras moins si je ne vais pas au bout.
<< Hellishdale est comme un organisme. Elle se contracte, elle sue, et elle digère. Les gens comme toi qui viennent se perdre dans des artères de suie, qui vont errer jusque dans ses boyaux. Vous glissez sans vous en rendre compte. Entre leurs bras. Tu vois le bel oiseau là-bas ? Bien sûr que tu le vois, tu bandes déjà en imaginant ses caresses de velours. Et bah laisse moi te dire que son étreinte est traître. Elle va t'escamoter. Tu vas partir mon grand- et pas au septième ciel, tu peux me croire. Car ce beau garçon aux yeux tristes, il fait partie du secret d'Hellishdale : touts ces dealers et ces putains qui vadrouillent à la brune ne sont pas de ce monde. Non attends un peu, tais toi. Ecoute moi, j'ai pas finis mon cirque. Si tu te mets à réfléchir un peu, tu devrais te rendre compte que ces ruelles ne sont pas là le jour. Tu peux te dire que tu ne les a pas remarqué, que ces veinules crasseuses et moites sont facilement oubliables à la lumière du jour ; mais si t'es franc avec toi même, rien qu'une seconde mon grand, tu vas bien te rendre compte qu'c'est plus bizarre que ça. Laisse moi te dire... C'est tout simple.

- Ça a pas l'air pourtant.

- Ravale moi ce sourire goguenard. Là où je veux en venir, c'est qu'Hellishdale débouche sur d'autres mondes. Elle est en communication, en contact avec d'autres univers qui la frôlent et régurgitent entre ses rues des visiteurs. Ou des chasseurs, c'est selon. On les appelles les Guides. Et tu sais ce qu'ils viennent faire ici ? Cueillir les fleurs de nuit comme toi. Ils ont besoin de vous. Pauvres errants qui aspirez à l'oublie de la drogue ou du sexe. Ils vous aguichent comme ça, dans leur costume, et ils vous jettent dans les rouages de la machine qui va broyer vos os. Car ils veulent votre Essence ; ton passé, tes souvenirs, tes expériences. C'est ce qui donne de la substance à ta petite personne. Et ça va t'être enlevé. Tout ça va cesser d'exister quand tu prendras la main de ce jolie garçon. Il va t'envoyer en pâture au maître de son monde. Un zouave quelconque qu'on appelle un Architecte ; te fais pas d'illusions, ils sont humains ces zèbres. Enfin, tous sauf un peut-être, lui on est pas trop sûr... On s'en tamponne. C'qui compte, c'est que tu vas perdre ton passé si tu te laisses enserrer par ce type. Oh bien sûr, pas sans gagner quelque chose en retour...

- Arrête toi là, j'connais la suite. Y a des sacrés phénomènes à la Fac. J'ai rejoins un groupe d'écriture, et y a ces deux filles qui se sont fait tout un trip sur tes légendes à la con, sur Hellish et sur les autres mondes... Je sais déjà comment ça marche : pour une vie qu'on te prend, on t'en offre une nouvelle, tout vierge. C'est une sorte de marché douteux, elles avaient l'air de trouver ça carrément excitant, génialement fourbe. C'est carrément puéril Bartel.

- Bon dieu de merde que ça l'est ! Mais c'est le jeu d'Hellish. Et tu veux savoir ce que j'ai appris de lui ?

- La folie j'dirais bien, mais j'taime quand même, tu cause avec passion.

- Nan gamin. J'ai appris à être le plus malin. Parce-que moi j'avais pas d'vieux débris pour m'raconter tout ça. Mais allons bon, fais ce que tu veux mon grand. Je t'ai mis en garde. Si tu veux y aller, jette toi entre ses bras ; c'est vrai qu'il est très beau. Ça vaudra p'être le coup d'y perde ton Essence.

- Et ben maintenant j'ai ta bénédiction papy ?

- Ouais. Aller. J'ai vu dans tes yeux que j'te détromperai pas. Mais je voulais jouer franc-jeu avec toi, t'es sympa comme gamin. Serre moi la pince, et on s'quitte.

- Ok-hey wow, calme toi, je te cède ma main, j'ai pas dis oui à câlin vieux ! Tu refoule..

- C'est ta dernière étreinte mon grand. Désolé. Je suis aussi un Guide.

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We are not affraid, let the night come.

If the Story is over... Split on the ashes... It's time to run away... Where is the light, wonder if it's weeping somewhere ?
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