Encre Nocturne
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 Chrono-challenge n°25

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4801
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MessageSujet: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 21:54

A LA BOURRE, voici votre CC - 25 dont le thème est :

Statue de verre


Vous avez jusqu'à 23h pour nous pondre quelque chose sur ce thème ! Puis vous viendrez voter afin de déterminer le gagnant de cette édition.

BONNE CHANCE et que le meilleur gagne. :ridicule:


Venez voter ici : http://www.encre-nocturne.com/t4630-chronochallenge-n25-les-votes#52752

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]


Dernière édition par Cornedor le Sam 3 Sep 2016 - 23:19, édité 1 fois
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Titi

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Humeur : Ça dépend

MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:13

La statue humaine

Je suis une statue faite de verre,
Défigurée par de multiples fissures,
Témoignages de mes calvaires,
Qui m’anéantiront à l’usure.

Autrefois, j’étais éclatante et lisse,
Mais la cruauté des uns m’a fait mal :
Chaque jour devenait un supplice,
Où je déversais des pluies de cristal.

Chacun de leurs mots résonnait en moi
Jusqu’à atteindre mon cœur, devenu amer ;
Pour me préserver, il s’est changé en pierre,
Alors que mes jambes supportaient tout ce poids…

Les personnes m’ont enlevé toute part d’humanité.
Mes cicatrices invisibles se matérialisent, ainsi,
A la surface, interdites de toute pudeur, exposées ;
Toute ma souffrance se reflète sur ma peau meurtrie…
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http://je-seme-des-poemes.skyrock.com/3113348789-Index-des-poeme
Antinotice



Féminin Lion Messages : 7
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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:38

C'est pas vraiment de la qualité mais c'est ce que m'inspirait ce thème, donc voilà voilà.

D'un œil admiratif, l'homme observait la statue de verre qui se dressait devant lui. Cette statue, c'était la sienne, et il n'en était pas peu fier. Une pensée traversa alors son esprit embrumé. Les gens autour ne savaient pas qu'il était l'heureux propriétaire de cette statue. C'était honteux, et il savait qu'il était de son devoir d'en informer tout le monde. Il cria alors avec fierté que c'était sa statue, son bien le plus précieux. A son grand étonnement, il ne récolta que quelques regards amusés ou suspicieux.

Il soupira. Ils ne le croyaient visiblement pas. Ça se comprenait, mais voilà, il était un peu déçu. N'est-il pas normal de vouloir que le monde entier sache qu'il possédait une fantastique statue de verre, magnifiquement ciselée ? De toute façon ils auraient été jaloux. Les Hommes sont toujours jaloux de ceux qui possèdent de belles choses, et c'était sûrement pour cette raison qu'ils refusaient de le croire, car ils voulaient éviter d'avoir des raisons de jalouser un honnête homme. Oui, ça ne pouvait qu'être ça.

Perdu dans ses pensées, il finit par s'endormir sur le sol froid, la statue veillant sur son propriétaire endormi. Il se réveilla finalement quand le jour se leva, et il regarda autour de lui, confus. Puis comme chaque matin, il se rappela de sa triste vie qui se limitait à son coin de trottoir et à l'épicerie d'en face. Il donna alors un grand coup de pied dans ce qu'il avait appelé sa "statue de verre" , qui se brisa quelques mètres plus loin. Ça ne l'attrista pas, car il se levait déjà pour racheter une bouteille de binouze.
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Aube Kürten

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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:40

Ceci est mon premier jour de mon dernier
Je prendrai toutes tes merdes pour t'empêcher de te blesser
Non tu n'as rien à te vouloir et regretter
Car quand je prends tout au premier degré
C'est si dur de pouvoir vouloir me dissuader

Souhaites-tu que tout soit vrai
Souhaites-tu un monde pourri de toi en entier

Je suis tellement brisé quand tu crois que je suis heureux d'être moi
Je pense que ma vie est aussi chaude que ton désir paraît aussi gros que toi
Mais quand je change de chaîne et que tu n'apparais pas je pense seulement me baiser
Que je peux juste pour toi détruire la télé et moi tout entier

Souhaites-tu que tout soit réel
Et que ton désir soit vrai ?
Souhaites-tu que j'assume la vérité
Comme je souhaite tout prendre jusqu'à la tombe tu sais ...

Me veux-tu tout entier
Ou veux-tu un monde rempli de toi
Un monde brisé de toi
Un monde pourri de toi
Un monde de merde avec toi
Un monde rempli de toi

------------------------------------------------------------------------------------------------



je ne suis pas la beauté de ton cœur
Je suis la pensé sombre que tu t'efforce a cacher


J'incline le miroir face à moi
mon regard me transperce l'âme
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Hartsock

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Localisation : À table, comme toujours.
Humeur : J'ai la dalle!

MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:52

Y'a quelques jours, j'croise un gars qui m'dit: eh m'sieur, z' auriez pas vu un gosse passer par là?
J'lui répond gentiment: non désolé, j'suis pas d'ici vous savez. évidemment j'disais ça pour déconner.
Mais c'est qu'il comprend vite ce bougre, j'sais pas comment mais il m'a de suite reconnu: le pionceur, l'arbre des 4 saisons, la statue de verre; j'vous connais m'sieur...les seules fois où vous vous levez d'votre banc c'est pour jouer à la pétanque le dimanche après midi. J'ai pas raison?
-Bien sur que oui z'avez raison.
-Bon alors z'allez m'dire où il est parti ce gamin ou bien il faut que j'vous plume aux boules?
Aie aie aie...il était bien au courant de qui j'étais, on m'connaissait pour mes ravages aux boules et pour mon coté lymphatique, mais ça m'allait bien. Puis au fond le plus important c'est que j'avais des surnoms trop classes, le meilleur je pense que c'est le pionceur, c'est très représentatif de mon taux de sieste par jour. C'est à dire si j'en crois mes horaires de glandeur: environ 7h par jour plus 8h la nuit, on enlève 5h pour le dimanche et on rajoute 2h le 3ème lundi à cause de la fatigue accumulée, on multiplie tout ça par quatre puis on multiplie ensuite le résultat par douze. Ce qui fait environ: hmm...attendez, ah oui ça fait environ 67 pourcents de l'année. Donc oui "le pionceur" me va parfaitement. Oui j'oubliais, avant d'ètre fainéant à temps pleins j'ai d'abord été mathématicien dans ma jeunesse, inutile de vous dire que aux boules, je possède un avantage considérable avec mes calculs d'allègement des matériaux.
-Eh m'sieur il est passé où alors?
-Ah oui, il s'est dirigé vers les docks.
-Merci bien, z'ètes un as.
-Non, j'suis un glandeur rien de plus m'sieur!
- ah le saligot! C'est qu'il a raison, allez bonne journée!

Il passait son chemin tandis que je reprenais ma sieste, et que je restais sur ce banc jusqu'au soir, tel une statue de verre.

Faut vraiment que j'arrête les textes à la noix de cajou comme ça hein xD

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Hart, le cerf à chaussettes. Pour vous servir

Signe distinctif de chasseur de fautes: µ
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"Dis moi : je t'aime ! Hélas ! Rassure un cœur qui doute,
Dis-le moi ! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux." VICTOR HUGO

Eh, venez voir ce que j'écris :p
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Rémige

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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:53

Sa montre indique 20h18. Le jeune Matéo se précipite à la fenêtre de sa chambre et ouvre timidement le rideau. Elle est là. En face de lui, dans la maison de l’autre côté de la rue, à travers les flocons qui tourbillonnent tranquillement, elle est là. Le petit garçon retient son souffle comme tous les soirs. Tous les soirs, à 20h18, depuis le début du mois de décembre, elle est là. Toujours la même et toujours différente. Hier elle semblait esquisser un pas de basque, avant-hier un grand battement, le jour d’avant un saut de biche. Matéo observe attentivement. Il voit seulement son ombre se découpant à travers le voilage blanc qui habille la fenêtre.
Une jambe fine la soutient, mais elle parait aussi légère qu’une plume. Son autre jambe est levée en arabesque vers le ciel, son dos est cambré de façon adorable, ses bras si délicats prolongent son port de tête parfait. Et, pour la première fois, elle regarde en direction de Matéo. Emerveillé, il tente de plonger dans son regard, de découvrir enfin les traits de son visage… alors elle se met à bouger.
C’est un mouvement imperceptible au départ, mais qui s’amplifie petit à petit. Elle danse. Elle danse… Matéo a les larmes aux yeux. Il en avait tant rêvé, la voir se mouvoir ainsi, lui offrir un spectacle magique… Parfois, elle effleure le voilage de ses bras, il peut alors apercevoir sa peau diaphane et les reflets magnifiques qui la parent. Les pirouettes, les sissonnes, les attitudes, tout s’enchaîne dans une harmonie féérique, grâce, douceur, fragilité… le petit Matéo ne bouge plus. Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, il ne regarde plus cette danse. Il la vit, au plus profond de son âme, et plus rien n’existe. Plus rien n’existe sauf elle. Cela dure une seconde, cela dure une éternité. Un instant infini…
Et puis elle s’immobilise de nouveau. Elle semble encore danser dans le regard du jeune garçon. Il reprend doucement ses esprits. Sa montre indique 20h18. Et une joie indicible, irrépressible, envahit son cœur, le bouleverse, chamboule tout sur son passage. Matéo est heureux. Il sourit. Et puis il pense à ses parents. Il faut qu’ils sachent ! Alors il jette un dernier regard sur elle, et part comme une fusée, pour raconter à ses parents qu’en cette veille de Noël, la statue de verre de leur voisin a dansé pour lui…
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Kowai

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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 22:56

Parallélisme

En Italie, un jour de grand soleil, un sculpteur s'était isolé dans son atelier. Alors que tout le monde profitait joyeusement de la chaleur estivale, lui avait préféré se terrer loin des foules. La vie de ce pauvre homme s'était effondrée du jour au lendemain avec la mort de sa femme.

Avec l'agitation du deuil, notre ami n'avait pas pensé à se ravitailler. Il ne lui restait plus qu'un dernier bloc de verre. Soudainement, il saisit ses outils et commença à tailler ledit bloc comme il savait si bien le faire.

Sa femme était pour lui la personne parfaite. C'était une personne à la fois gentille, serviable, généreuse, vivace et j'en passe. À ses yeux, elle était la personnification de tout ce qu'il y avait de positif sur Terre et au-delà.
Fidèle à lui-même, sa sculpture a pris rapidement forme. Pour le moment, ce n'était qu'une silhouette mais on pouvait d'ores et déjà deviner ce qu'il essayait de faire.

Ce n'était pas la première fois que la vie du gentilhomme était chamboulée. Alors que tout allait pour le mieux pour les deux tourtereaux, une annonce tragique ébranla la sérénité caractéristique au couple : la femme du sculpteur était touchée par un cancer.
Tandis qu'il poursuivait son œuvre, l'homme, pourtant habile d'ordinaire, se mit à faire des gestes maladroits avec ses outils, causant des imperfections dispensables sur la sculpture.

Un long combat s'ensuivit : visites régulières au médecin, chimiothérapie, ... La femme ne s'était jamais sentie aussi désespérée. Heureusement, le soutien de son mari lui permettait de garder espoir et relativiser. L'amour qui les unissait était plus fort que tout.
Le sculpteur était plutôt mécontent de ses multiples maladresses. Il fit une courte pause afin de pouvoir se concentrer et reprit son travail. Cette fois-ci, il maniait ses outils avec habileté, chose qu'il avait maitrisée au fur et à mesure du temps.

Finalement, l'état de la femme commençait miraculeusement à s'améliorer. Les médecins, très enthousiastes, annonçaient que la guérison était plus qu'envisageable à ce stade et ce, à la plus grande joie du mari. Le couple était si heureux, leur union avait pu surmonter cette épreuve pourtant insurmontable.
Au bout d'un certain temps, la sculpture était pratiquement finie. Elle était à l'image de la femme déchue du sculpteur : magnifique, splendide. Il ne manquait que quelques finitions à faire et le tour était joué.

À la surprise de tous, la femme a soudainement fait une rechute. En l'espace d'une semaine, son état s'était dégradé à vue d'œil jusqu'à qu'elle finisse par succomber, plongeant le mari dans une tristesse infinie. Lui qui était pourtant persuadé que son amour pouvait guérir sa bienaimée se rendit compte qu'il s'était fait des illusions.
Alors qu'il s'attelait aux fameuses finitions, il fit un geste atrocement brusque. La magnifique statue a volé en éclats. Le sculpteur était dépité. Tant de travail pour rien. Et il réalisa.

Jusqu'au bout, sa statue de verre était à l'image de sa femme. Un geste anodin a suffi pour briser la statue. Une maladie anodine a suffi pour briser la vie de sa femme. Au final, il y avait quand même une différence entre les deux.

Cela avait aussi brisé sa vie.


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Leivoist

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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 23:00

(Alors moi je suis toujours pas foutu de mettre en page)


Statues de verre

Il y avait à cette époque, au nord de l'Ecosse, une de ces vieilles églises catholiques dont les pierres étaient couvertes de mousse  et d'insectes. Elle se trouvait en bordure du village, près de la forêt ; les habitations étaient, pour la plupart, plus anciennes encore, quoique plusieurs fois rénovées, et sur elles s'entassaient en couches successives les cultures et les émotions des habitants des siècles passés.
Cela faisait d'ailleurs longtemps que, dans ce village, l'on ne croyait plus en rien. Il restait bien quelques vieux couples déséchés pour venir à la messe chaque dimanche matin, mais là encore, c'était plus par habitude que la marque d'une foi réelle.

Je crois que c'est ce qui m'a le plus marqué, la première fois que je l'ai visité. Dans cette région, la foi anglicane était très peu présente, et la plupart des habitants du coin avaient bien au contraire cette croyance tenace, presque espagnole, cette certitude au coin des yeux d'un Dieu catholique, puissant, magnifique et qui les sauverait tous. Ce village-là était différent ; on aurait dit, en fait, qu'il était cassé. Les habitants étalaient leur nihilisme sur le coin de leurs sourires, ils le poussaient devant eux du bout de ces pieds qu'ils trainaient sur le sable. Ils avançaient lentement, accomplissaient chacun leur tache. Je me rappelle avoir eu la sensation qu'il était comme perdu dans le temps, coincé entre deux époques : c'était à la fois un de ces villages traditionnels, presque médiévaux, dans lesquels l'électricité venait à peine de s'installer et où chacun gagnait son pain au jour le jour, à la force de ces bras, et pourtant il affichait déjà l'empressement, cette espèce de précipitation intérieure que l'on observe dans les plus grandes métropoles.
Alors ils avaient de drôles de têtes, ces villageois, tiraillés entre ces deux mondes incompatibles, coincés entre une vie agricole qu'ils regrettaient déjà, et la société moderne qui refusait de les attendre.
J'en ai fait la réflexion, un soir, dans un pub sur la place centrale. Je discutais alors avec un homme d'âge moyen, probablement moins de cinquante ans, au visage épuisé et aux mains couvertes de terre du travail de la journée. Il avait éclaté d'un rire gras, hors de contexte dans le bar silencieux.
"Je suppose, je suppose oui, qu'on est un peu étrange. Ah, vous venez de la ville, vous, vous savez pas ce que c'est. Ils en parlent pas ça, à la radio, à la télévision. On a pas tout ça nous, on peut pas se divertir, et comme on n'a plus rien qui n'ait de sens, vous savez, ça importe assez peu au final. (Il rit encore un peu puis, remarquant mon incompréhension, décidé de s'expliquer) Vous savez, quand moi j'étais gamin, on ressemblait à tous les autres villages, rien que de très normal t'sais. On bossait et on était contents, ça nous allait bien à nous. Maintenant on peut plus trop y croire, à tout ça, à tous ces trucs de bonheur et de satisfaction, c'est devenu difficile.
C'est le vieux prêtre là, comme il dit, vous avez vu l'église du vieux prêtre ? Au fond de la rue là-bas (il la désigna d'un geste vague), c'est pas trop loin, vous devriez allez voir. C'est le vieux prêtre voyez, comme il a dit lui, il a pris toutes les statues de verre, il les a cassés, moi je sais pas trop ce que ça veut dire, on s'en fout un peu, mais depuis qu'il les a cassées ben nous on sait plus quoi faire. On bosse voyez, on fait nos récoltes et on élève les bêtes, on va pas les laisser crever quoi. Enfin le coeur il y est plus, voyez, nous on sait plus quoi faire maintenant, et si on pouvait s'assomer devant les télévisions, comme à la ville, si on avait un cinéma, hein, ça irait encore. Nous on était contents, avec nos "statues de verre" voyez, enfin. Il nous a jamais vraiment trop raconté ce qu'il voulait dire par là, il les a prises, je sais, depuis on sait plus trop en quoi croire nous".

Le lendemain, j'étais sorti du village ; l'église, en effet, n'était pas loin, à dix minutes à peine de la place centrale. Il faisait un temps étrange, extrêmement humide, comme s'il bruinait, mais sans rien que l'on ne sente ou qui n'ait l'air, vraiment, de tomber. On aurait dit que le vent portait la pluie. C'était un dimanche, à l'aube, et je rentrai dans le bâtiment en m'attendant de le voir, prêt, déjà, à dire l'office.
Le prêtre, effectivement, se tenait sous la grande croix ; sa burre, pourtant, était couverte de tâches, mal ajustée. Aucune bible, aucun verset n'étaient posés sur les bancs et, sur son estrade seulement, dans un coin, un exemplaire d'Ancien Testament servait à caler une table.
"Vous avez faim ?"
La question me surprit tellement qu'il me fallut un instant pour réaliser qu'il s'adressait à moi. Je balbutiai que j'étais là pour l'office.
"Oh". Il s'arrêta un instant, sembla chercher une bible du regard, puis renonça. "Vous êtes certain, vraiment, la messe ? Vous en voulez une maintenant ?" Il s'arrêta à nouveau, partir dans l'antichambre puis revint, les bras chargés d'ouvrages divers qu'il commença à trier. "Une messe oui bien sûr. C'est possible. Oh, ça fait longtemps vous savez, je ne m'en préoccupe plus, j'ai d'autres choses à faire ici, et puis une messe, c'est long n'est-ce-pas, oh et on se répète dans une messe. La parole du Seigneur, ah, qu'elle est lourde sa parole (il soulevait la Bible qu'il venait de retrouver et la posait sur une table), et puis toujours pareille, toujours la même parole depuis bientôt deux mille ans, on finirait par s'en lasser, c'est long deux mille ans sur terre."
Il parlait à toute allure, s'arrêtant à peine pour reprendre son souffle. Je comprenais qu'il n'avait plus beaucoup de visiteurs par ici.
En m'approchant un peu plus prêt, je vis qu'il avait un air plus fatigué encore que je ne l'avais cru. Il devait avoir au moins quatre-vingt-cinq ans, sans doute plus, et il s'agitait pourtant avec une vigueur étrange. Je décidai de détourner la conversation du sujet de la messe, qui le mettait clairement mal à l'aise, et l'interrogeai sur les "statues de verre" dont on m'avait parlé la veille.
"Oh. Oui, oui bien sûr, les statues de verre, ah, j'étais jeune à l'époque, c'était idiot, vous savez, on dit de ces sottises quand on a soixante-quinze ans.
Il se trouve, il se trouve vous voyez que dans ce genre de village, quand on est le prêtre, il faut être sûr de soi. La foi, c'est quelque chose de fort, vous savez, tout le monde le dit. C'est puissant, c'est Dieu qui vous parle, et quand Il vous parle, alors vous le savez, vous l'écoutez. Et alors Sa puissance est incontestable et la vie, et le monde prend son sens, parce que c'est Sa volonté qui dirige le tout, et nous, alors, nous n'avons plus qu'à suivre Son commandement.
C'est quelque chose de merveilleux, vraiment, l'image de Dieu. Il n'y a rien de pareil pour insuffler la confiance et la joie. Et pourtant, je ne l'ai jamais vu, moi, jamais entendu, je n'ai jamais rien croisé qui y ressemble. J'y croyais, pourtant, plus jeune, on me disait - vous avez lu Pascal - on me disait "Agenouille-toi et prie, la foi viendra d'elle-même". Et je me suis agenouillé, j'ai passé mes jeunes années sur mes genoux. La foi, elle, elle est restée la même, toujours un vague brouillard, incertain, avec oui, peut-être, l'espoir qu'il y avait quelque chose de plus grand. Mais ce quelque chose, jamais il n'est venu vers moi.
Il paraît qu'à l'approche de la mort, beaucoup deviennent mystiques. Je suis vieux, vous savez, et en bonne santé, mais il ne me reste plus assez d'années. Et devant moi, je vois un abysse qui se creuse, petit à petit, et rien pour le remplir. Il n'y a dedans ni lumière divine, ni bonheur éternel, il n'y a pas la chaleur du retour en Dieu, il n'y a pas la voix de Jésus-Christ ni aucune colombe. C'est un abîme noir et sombre, absurde, et qui me terrifie.
Qu'est-ce que ça vaut, un prêtre qui a peur de la mort ? J'étais un imposteur. Je leur faisais la messe, je leur chantais les louanges de Dieu alors que Dieu, je le savais, cela faisait longtemps déjà qu'il était mort, tombé lui aussi dans cet abîme infini. Et peu à peu, j'ai vu les vitraux se vider de leurs couleurs, les murs perdre leur éclat et, surtout (il se retourna et pointa la croix immense dressée au-dessus de nous) je l'ai vu lui, le Seigneur, perdre peu à peu sa substance et se transformer en une statue transparente, comme du verre. Il aurait suffi d'un rien pour le briser.
Et c'est ce que j'ai fait. J'ai voulu leur dire la vérité, elle dit bien ça, la Bible, "Tu ne mentiras point". Ils ne l'avaient pas lu eux. J'ai tout détruit devant eux, Jésus, Moïse, l'Arche et la traversée du désert ; la croix, les miracles, les plaies d'Egypte. Tout ça, je leur ai dit, des mensonges, des fables qu'on raconte aux enfants. "Mais le Seigneur ?" C'était un homme ! "Et la résurrection ?" Des superstitions ! "Et puis le Paradis ?" Des mensonges, DES MENSONGES. J'étais hors de moi. Et eux, ils me faisaient confiance, tous. Ils m'ont cru. J'ai détruit devant eux tout espoir d'un sens, d'un bonheur futur, j'ai cru bien faire vous savez ? Ils iront où maintenant ? Tous, ça fait dix ans qu'ils sont là, à marcher chaque jour dans le verre brisé, ils ne le sentent même plus leur écorcher les pieds."

Le vieux prêtre s'était éloigné un instant, puis était revenu avec une bouteille de cognac ; il nous en servit un verre.
"Il va falloir du temps, pour réparer tout ça. Vous savez, quand on est vieux, on apprend à détester les hommes de la bonne manière. On devient mesquin, on juge les petits défauts, on s'en satisfait. Pourtant, en même temps, on apprend à aimer l'Homme. Sans artifice, sans condition et sans châtiment ni récompense divine. Parce que c'est nécessaire, peut-être, vous me direz que j'ai besoin de ça, que je m'y raccroche encore un peu avant l'abîme.
Pourtant j'y crois. Il va falloir du temps oui, mais le vent emportera tout ce sale verre couvert de sang, et avec lui toutes les idoles, et tout ce qu'il y a de saint. Alors on pourra les remplacer, je l'espère, toutes ces images vides, troquer nos statues de verre pour l'espoir de la chair."

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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   Sam 3 Sep 2016 - 23:12

BON VOILA HEIN. JE SAIS JE SUIS A LA BOURRE. (j'ai commencé à écrire à 30, pour ma défense.)

Je suis hors concours (même si j'ai choisi le thème à l'arrache à peu près 30s avant de le poster, j'voudrais pas qu'on m'accuse de tricher U_U) mais j'ai quand même écrit un truc nul.



Spoiler:
 

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:corn3:
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MessageSujet: Re: Chrono-challenge n°25   

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Chrono-challenge n°25
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