Encre Nocturne
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 ChronoChallenge n° 29

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MessageSujet: ChronoChallenge n° 29   Sam 17 Sep - 21:17

Bonjour, bonsoir !
Ce CC est lancé un peu en avance, mais chut xP

Le sujet est : "Pot-au-feu"

Vous avez jusqu'à 22h30 pour poster. Amusez-vous bien ! :hola:

(hé, psst ! Vote ici !)


Dernière édition par Mélodie le Sam 17 Sep - 22:51, édité 1 fois
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n° 29   Sam 17 Sep - 22:33

ME VOILA POUF POUF POUF Ouf !





Le pot-au-feu


     

   

       


            Au coin de la pièce scintillait l'âtre chaud.

            Un grand soufflet de cuir et d'acier était posé sur la brique rouge, chatouillant les braises de son rostre pointu. Près de lui, un lourd bâton ferré était posé en travers de la cheminée ; sa cuirasse reflétait l'éclat mordoré du feu, et son long corps s'étirait à travers toute la pièce, traversant le vide doux et poussiéreux de la vieille maison avant d'aller transpercer le bois de la porte d'entrée.

            Autour de cette perche immobile, tout n'était que silence et calme tranquillité.

            Mis à part une curieuse bestiole, qui s'agitait follement sur les pavés brunis en crachant de petits nuages de vapeur.

            L'étrange créature avait la bouille sympathique d'une théière sur pattes. Une théière ventripotente, ronde et douce, dont les parois de terre cuite avaient été polies, lissées par les mains de son créateur. Sa courte trompe fièrement relevée ne cessait de souffler des arabesques de fumée vers le plafond, en crachouillant des sons pleins d'agacement. Ses quatre pattes usées par le sol étaient pareilles à de petites collines ; une longue queue élégamment tournée en anse ne cessait d'éventer l'air comme l'aurait fait une nageoire de poisson.

            – Tût tûûûût ! s'énerva la bestiole en piétinant de plus belle lorsqu'une braise encore rouge s'échappa de sa trompe.

            Elle s'échinait depuis plusieurs heures à remplir de braises et de cendres encore chaudes de minuscules petits pots, disposés en arc de cercle au pied de la cheminée. La moitié étaient déjà pleins.

            – Tûût !

            Elle venait d'en renverser deux dans son impatience.

            – Tût ! Tût ! Tût ! scanda-t-elle en farfouillant sur le sol avec sa petite trompe de terre cuite.

            Dans le puits de son dos, dépourvu de couvercle, grondait et rugissait un petit enfer de flammes bleues, qui courbaient et déformaient l'air dans leur sillage.

            - Tût !

            Sa besogne délicate enfin terminée, la théière-au-feu improvisa une petite gigue triomphale qui fit sonner une ronde de notes sur les pavés. Puis elle saisit doucement un pot par son anse et l'accrocha sur le bâton ferré. Entraîné par la pente étudiée de l'engin, le récipient se mit à glisser lentement. Il finit par disparaître à l'autre bout de la pièce dans un chuintement discret.

            La théière fit de même avec tous les pots jusqu'à ce que la pièce soit vide, puis reprit brièvement sa folle farandole de terre cuite. Des éclats dorés dansèrent sur son corps poli. Après un saut joyeux et une petite ruade, elle se cabra et traversa la maison au grand galop, avant de se glisser dans la chatière de la porte d'entrée, prévue à son effet. Elle descendit lentement les marches du perron, faisant attention à ne pas briser ses pattes rondes sur la pierre grumeleuse ; puis elle gambada le long de l'allée, fit le tour du massif de fleurs, puis bifurqua le long du bosquet, suivant toujours la ligne orgueilleuse du bâton ferré interminable.

            Elle aboutit bientôt à la petite cour où travaillait son maître. Au milieu des arbustes alourdis de fleurs et du parfum capiteux des corolles bleues, l'artisan de feu ciselait sa nouvelle pièce.

            Notre bestiole lui fit un petit coucou de la trompe, auquel il répondit par un sourire édenté ; puis elle s'approcha et s'assit sur son rond derrière de théière. Elle observa le doux travail des mains de son maître, qui creusait, lissait et polissait l'argile tout en actionnant son vieux tour en bois avec le pied. La future créature commençait à prendre forme ; ce serait une sorte de petite jarre posée sur quatre pieds ronds. La théière ne se tenait plus d'impatience, elle ne cessait de piaffer, de s'agiter, elle allait enfin avoir un compagnon de jeu, un nouvel ami, un frère de sang !

            Le sourire de son vieux maître s'élargissait puis disparaissait dans un cycle sans fin, au rythme de ses mains qui épousaient la terre et creusaient le foyer d'un nouveau petit brasier.

            La terre pour modeler un corps.

            Le feu pour lui donner un coeur.

            Le parfum des fleurs pour y faire naître la vie.


            Lorsque le tour s'immobilisa et que l'argile molle eut commencé à durcir, lorsque les premiers nuages de fumée commencèrent à s'échapper du cœur rougeoyant, la théière s'approcha à petits pas et vint caresser le flanc poli de son nouvel ami.

            Le flanc poli du tout premier pot-au-feu de l'artisan.






   

   

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Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Dernière édition par Cornedor le Sam 17 Sep - 22:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n° 29   Sam 17 Sep - 22:35

Ce jour-là, les jumeaux Louis et Lison feuilletaient tranquillement un vieil album photo quand Hubert, penché sur un cliché, poussa un cri de suprise :

- Oh ! C’est pas croyable ! La Mimi qui prépare son pot-au-feu !

Louis et Lison se regardèrent, mi-étonnés, mi-amusés. La Mimi, c’était le surnom de leur grand-mère, décédée peu de temps auparavant. Et Hubert était un de ses vieux amis, qui passait très régulièrement ses après-midis chez les parents des jumeaux.

- Tiens, toi aussi tu dis « po-au-feu » ? lui demanda Lison en souriant.
- Eh bien oui, quelle question ! Comment voudrais-tu le dire autrement ?
- « Pote-au-feu », proposa la jeune fille.
- Ah non, non, refusa le vieil homme en secouant la tête. On ne prononce pas le « t ».

Les jumeaux pouffèrent de rire le plus silencieusement possible. Le pot-au-feu, c’était une grande histoire de famille. Ils adoraient taquiner leur grand-mère avec ça, tout simplement parce qu’elle n’était pas d’accord avec la prononciation du mot. Ils ne comptaient pas les fois où ils étaient allés la trouver dans son jardin, en train de soigner ses chers plants de légumes, pour lui demander si elle avait bien prévu, comme tous les mercredis, un pot-au-feu pour le repas. La vieille dame se retournait et, en détachant chaque mot et en les appuyant avec des gestes du bras, elle s’exclamait :

- Combien de fois t’ai-je déjà dit qu’on ne prononce pas le « t » de « pot-au-feu » !

Malgré l’incompréhension amusée des autres membres de la famille, elle n’en avait jamais démordu. On prononçait « po-au-feu » et non pas « pote-au-feu » selon elle. Tout le monde pensait alors que c’était une sorte d’idée fixe, ou de tic de langage qu’elle avait gardé de sa jeunesse, et en rigolait gentiment.
Cela étonnait donc les jumeaux que le vieil Hubert dise la même chose.

- Tu prononces comme le faisait mamie, dit Louis. Comment ça se fait ?
- Oh, eh bien tout le monde devrait dire comme nous, répliqua Hubert, les sourcils froncés.
- Mais pourquoi ?
- Ça ne m’étonne pas que la Mimi vous ait rien dit, elle aimait pas en parler parce que ça lui faisait de mauvais souvenirs.
- Allez, s’il te plaît, explique-nous ! demandèrent les jumeaux, la curiosité en éveil.

Le vieil homme se fit prier un moment, puis il soupira, ôta ses lunettes, les remit, se réinstalla sur les coussins du canapé et soupira de nouveau.

- Vous savez, avec la Mimi, on a été jeunes nous aussi. Mais notre jeunesse n’a pas été aussi belle que la vôtre. Parce qu’en 44, c’était la guerre, vous savez. Et en 44, on avait vingt ans. Enfin la Mimi en avait dix-neuf jusqu’au mois de novembre, mais enfin bref. Ah, je ne sais pas si elle aimerait que je vous raconte ça. Tant pis, ce sera de votre faute, c’est vous qui avez insisté. Je disais donc, qu’en 44 on avait la vingtaine et que c’était la guerre. Et vous verrez quand vous aurez 20 ans, ou 19, eh bien on a comme une envie de changer le monde. Vous l’aurez aussi cette envie. Nous c’était pas vraiment pareil. On avait un moyen de pouvoir se rendre utile, en 44. Vous avez dû apprendre des tas de choses sur la Résistance, Jean moulin et tout ça. Un grand homme, Jean Moulin. Mais enfin bref. Justement, avec la Mimi et d’autres copains, dans notre village riquiqui, on a monté tous seuls un réseau de résistants, en 44. Oh c’était pas grand-chose, mais il couvrait une petite partie des environs et on a mené quelques affaires importantes, mais ça je ne vous le raconterai pas. Vous savez c’est toute une organisation, un groupe de ce genre. Alors on s’est inspirés des messages qui passaient à la radio, vous savez l’histoire des carottes qui sont cuites par exemple. C’est la Mimi qui les a tous créés, nos codes secrets. Et le pot-au-feu c’était déjà son plat préféré à l’époque, alors il a bien fallu qu’il fasse partie de l’histoire. « Pote-au-feu »… eh ben ça voulait bien dire ce que ça veut dire. C’était quand un des copains se faisait attraper par les autres, et alors là autant vous dire qu’il fallait pas trop espérer le revoir.

Le vieil Hubert marqua un temps d’arrêt. Il soupira, ôta ses lunettes, les remit.

- C’est arrivé qu’une fois. Michel, il s’appelait. Avec lui et la Mimi, on formait un trio d’enfer. Et ça durait depuis qu’on était petits. Moi, je soupçonnais la Mimi d’avoir le béguin pour Michel, et Michel d’avoir le béguin pour la Mimi, mais ça ils se le sont jamais dit. Toujours est-il que quand le pote Michel s’est retrouvé « au-feu », ça nous a fait tout drôle.

Il s’arrêta, se réinstalla sur les coussins du canapé et soupira de nouveau.

- Et depuis ce jour la Mimi a plus supporté de prononcer le « t » de « pot-au-feu ». Ça s’est pas arrangé quand elle a pris de l’âge vous savez, elle a fini par être vraiment persuadée qu’on prononçait « po-au-feu ». Vous savez depuis qu’elle est allée rejoindre ce sacré Michel tout là-haut, il n’y a plus que moi qui porte le souvenir des résistants en herbe qu’on a été en 44. Alors comme j’ai toujours voulu faire plaisir à la Mimi, je continue de dire comme elle, ça sert peut-être pas à grand-chose, mais j’ai l’impression de ne pas pouvoir faire autrement.
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n° 29   Sam 17 Sep - 22:42

Trop cool Rémige, t'as participé ! J'avais peur d'être toute seule. AHDE

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n° 29   Sam 17 Sep - 22:46

On a posté quasi en même temps, du coup je pensais aussi être toute seule mais au final non, ouf Angel
Au fait, j'adore ton texte :la:
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n° 29   

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ChronoChallenge n° 29
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