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 ChronoChallenge n°38

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Tiunterof
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MessageSujet: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 22:27

Allez les enfants ! Vous posterez vos textes ici avant 23H30 !
Les thèmes de ce soir sont :
L'île des animaux (troisième fois qu'on le propose mais personne ne le prends jamais le pauvre)
Et Le plat pays.

On y va, hophophop ! :la:
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Jugement

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Masculin Taureau Messages : 253
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 22:37

Barry était désormais arrivé sur l'île, elle portait un nom étrange Motus Khan.

"C'était pas inclut dans les îles à visiter j'crois disais Barry à son pote Harry"

"Nan nan, mais c'est bon elle ma l'air sympa ! Lui répliqua Harry"

Les deux protagonistes commencèrent alors à monter la tente puis par la suite déposèrent leur choses au sols dans la tente.

-Allez on y va. Dit Harry de son ton monotone.

Quatre voie s'offraient à eux laquelles choisir pensaient t'ils ? Finissant par se disputer sur le fait de qui ou qui avait raison ils ont fait un compromis sur la voie du milieu.

Traversant une forêt tropicale à l'air humide et au sol étrangement aride, quelques insectes de type coloptère venait leur rendre visite.

Barry qui détestait les insectes les repoussaients agressivement. Le soleil ne traversait point les feuilles de grande tailles des arbres et végétaux diversifés. Et c'est là que la surprise inatendu fit irruption. Un loup, enfin UNE MEUTE DE LOUP ! Harry déglutit criant à Barry de courir.

Ils se mirent à courir à travers la forêt recevant des gifles par les feuilles au visages commencant à recevoire des éraflures de ceux-ci.


Harry et Barry sont désormais essouflé arrivé à une autre extrême de l'île.

-Bon sang on est perdu... j'crois Barry.

Et là devant eux se tenait quelque chose d'absurde...

un monstre géant, un mélange de mammifère marin, terreste, d'insecte, ayant une tête de loup mais aussi une seconde tête d'ours.

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"This world will always judge"
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Syta
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 23:18

Voici mon texte, sur le thème du Plat Pays. J'ai essayé de dénoncer un peu et de faire des choses, je sais pas si ça a marché. :p)

Le Plat Pays

Ce matin faisait bon vivre au Miaménistan. C’était une petite communauté, qui rassemblait à tout casser quelques milliers de petites gens.  Il faisait bon vivre, c’est ce que j’ai écrit un peu plus haut ? Toutes mes excuses, j’avais totalement omis un détail crucial : d’ici quelques heures, chaque Miaméniste allait décéder d’une mort atroce, et pour cause, quelqu’un en voulait à ce pauvre pays. Laissez-moi donc vous l’expliquer.

On ne choisit pas qui on est, c’est bien connu, mais les habitants du Miaménistan avait pour particularité d’être excessivement délicieux. Je n’entends évidemment pas par là que j’ai déjà goûté dans le passé l’un de ces fameux petits êtres, mais il était de notoriété commune que leur saveur savait exalter nos palais. Alors certes, même si nous, humains, avions jadis succombé à la tentation, nous nous étions tous promis de ne plus les toucher, enfin du moins… Juste un à la fois, et très rarement. Ainsi, les Miaménistes vivaient dans le parc de Réclennes, et se portaient franchement bien mieux que nous. Pas de guerres, pas de politique, pas de télé-réalité moisie… Vraiment tout se passait bien, et nous étions légèrement jaloux.

Quand un jour, Sam arriva, dans un coup de tonnerre au pas de ma porte, je mis peu de temps à comprendre où il voulait en venir. Sam était un critique gastronome très réputé en ville. Il disposait d’un palais et d’une langue particulièrement développés, et pouvait analyser particulièrement facilement la moindre substance, rien qu’au goût. Son problème ? Il était totalement stupide. Quand il tenait une plume, même l’encre s’enfuyait, pour ne pas s’écouler inutilement sur un papier froissé. Du coup, c’est moi qui rédigeais ses analyses et… Ça payait plutôt bien. Donc ce matin, il arrivait chez moi en trombe avec une idée folle : faire la première critique de Ragoût de Miaméniste. C’était excitant… Et terriblement effrayant à la fois. Ça devait faire une cinquantaine d’années que personne n’avait parlé de la consommation de ces petites  créatures, et le sujet était vraiment tabou. Le plan de Sam était de réunir chaque Miaméniste, de tous les mélanger, pour obtenir un liquide succulent, auquel personne ne pourrait résister. Le summum de la gastronomie, le premier nectar offert aux hommes… était à deux doigts de nous.

Alors j’ai accepté. Et en cette après-midi, tout était à peu près prêt. Le parc vide, nous nous ruâmes sur l’enclos. Le Royaume du Miaménistan était disposé sur une petite plaque de métal, de construction humaine évidemment. Je l’attrapai, et la déposai dans le coffre de ma voiture. Avant de déposer un couvercle sur la ville, je saisis un arbre d’un doigt. Il était sucré… Un peu amer aussi. C’était un goût délicat, complexe. Bien trop pour un simple arbuste. Mais tout se mangeait dans ce village, et ça ne le rendait que plus délicieux. Pendant le trajet je réfléchis un peu. Et si… Nous mangions tout dans ce village ? Tout sur tout ? Cela sonnait bien mieux qu’un simple ragoût un peu immonde.
Mon acolyte partageait cette idée. Aussitôt rentrés à la maison, le pays passa au four.
Sam s’installa à table, et une demi-heure après tout était prêt. Nous allions déguster un plat pays. J’en frétillais d’avance.

Le plateau en argent était tout chaud, et je commençai à découvrir ce dernier quand Sam me dit de patienter un instant. Il sortit une caméra, et me fit signe. Lorsque je levai le couvre-plat, je fus choqué.

Tout un monde. Rouge, noir, gris. Les bâtisses étaient écrasées, réduites en cendre pour certaines. Couchés sur le sol, les habitants avaient fondu, et il ne restait d’eux qu’un visage torturé et une peau calcinée. Leur bouche était ouverte, parfois disloquée, comme si elle s’était formée en un éclat de douleur. Certains arboraient encore un sourire dérangeant, tordu, et le regard vide, fixaient le ciel. Ils étaient si laids, eux autrefois gais et innocents. Les arbres étaient allongés, ternes et morts, comme endormis. Invisibles, les âmes flottaient encore dans un nuage de fumée au dessus de leurs corps difformes ravagés par le chaud, et elles hurlaient en cadence des mots inaudibles.

Mais ils étaient délicieux.

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“Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?”
- Boris Vian
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Lacie Baskerville
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 23:29

Le plat pays



Ae-cha était une enfant du monde.
Fruit d'une prostituée d'indienne et d'un riche marchand ayant commencé à établir son empire aux abords de la Mer Noire, elle avait suivi les routes commerciales des Limes, passée de mains en mains de propriétaires d'esclaves. Le soir, après quinze longues heures de labeur, elle n'avait pour réconfort que le spectacle ébahi des rivières du Rhin, quand quasiment plus aucun bateau ne venait en perturber la stabilité. Deux ans plus tard, elle dut se contenter du Danube, et ses reflets lunaires hésitant à se positionner au creux des ondes se dissolvant autour des petits animaux flottants. Certaines époques lui permettaient d'apprécier la vue d'estuaire gorgé de galères emplies de marchandises qui s'envolaient vers des contrées inconnues.

S'envoler.
Plonger.
Filer.

S'envoler ?
Plonger ?
Filer ?

La légende racontait que de trop audacieux équipages s'égaraient et épuisaient leurs vivres. S'ils survivaient, ils tombaient dans le vide. Il était plus prudent de le penser. Ce genre de réflexion malsaine, l'idée que la Terre soit une crêpe infinie ou quoi encore, ne valait pas mieux être exprimée. Ae-cha risquait d'être encore considérée plus anormalement. Mais Dieu aurait-il permis ce genre d'horreur en accordant à l'Homme l'intelligence de construire des bateaux parcourant les mers à d'horizons aussi lointains ?
Au loin, les voiles semblaient s'enfoncer dans la mer. Plus indéniablement encore, la rivière coulait inlassablement. Une fois qu'Ae-cha servait l'eau à sa maîtresse actuelle, elle s'amusait à réfléchir à un moyen de faire avancer l'eau. Les fissures de la table de la cuisine pouvaient très bien jouer leur rôle de petit ruisseau. Mais l'eau n'avançait pas. A vue de nez pourtant, le lit de la rivière semblait, en moyenne, d'une parfaite planéité. Que dire alors, en moyenne, du sol ?
Ce jour-là, Ae-cha tarda à apporter la carafe dans le salon à ses maîtres. La sentence fut imparable. Un coup sur le visage avec le dos de la paume. Deux coups. Trois coups. La petite sculpté sur la bague en or de la vieille dame griffait la peau d'Ae-cha à de multiples endroits. Mais ce n'était pas important.
Les vérités les plus extraordinaires accouchaient dans les esprits soumis et acérés en un instant par la douleur. Ce fut comme une révolution individuelle qui allait changer le monde

Tout le raisonnement s'abattit comme une massue.

La souffrance ne cessait que terres courbes. La peur ne naissait que dans un esprit instable, prêt à basculer d'un côté ou de l'autre de l'endroit où il se trouvait. Comme une pièce posée sur la tranche, perdant son équilibre à la moindre perturbation.
Les contrées arrondis étaient des Midas d'un genre spécial : tout ce qu'elles touchaient se changeaient en Enfer sur Terre. Les esprits bons naturellement bons, créatures de Dieu, en être avides de pouvoir et de possession matérielle, d'exploitation et de cynisme. Rongée par les obsessions, obsédés par la mort.
Le Mal prenait source dans la courbure. La partie du monde où elle vivait se trouvait rond. Ca n'avait rien de naturel, c'était une œuvre démoniaque.
Ae-cha avait vécu en Anatolie dans sa petite enfance. Elle n'en avait retenu que de la joie, de la simplicité de vivre. Dans le divertissement comme dans le labeur. Sa perception de son ancienne vie était comme celle d'une autre vie, une existence antérieure.
Il fallut le temps d'une soirée pour tout remettre en ordre dans sa tête. Il n'y avait aucun moyen d'aplanir l'endroit où elle se trouvait, d'en stabiliser tout ce qui existait dedans. Ou bien, si une telle chose était possible, la solution semblait si inaccessible qu'il demeurait plus simple de réfléchir à une option alternative.
La nuit, Ae-cha lutta de toute ses forces pour sortir de son lit, courber son dos et souffrant avant de retomber sur ses plaies. Elle ouvrit subrepticement la porte en bois de sa chambre. Un miroir ornait le couloir et elle plissa les yeux dans l'obscurité pour voir une dernière ses marques béantes sur le visage. C'en était trop.
Avec la plus grand discrétion, elle pénétra dans la cuisine et récupéra tous les vivres possibles. Seule l'inconscience guidait sa volonté. C'était une enfant, mais dans sa grande maturité, elle comprenait les risques pris. Qu'elle risquait de mourir de faim, de soif, ou alors récupérée et incluse de nouveau dans le marché d'esclave.
L'escalier grinçait affreusement sous ses pieds. Dans un mouvement instinctif, elle récupéra la boule d'escalier et ouvrit la porte.

Ae-cha, douze ans, fille hors des normes, d'un esprit incroyable, s'enfonça dans la nuit avec une seule obsession.
Retourner en Anatolie.
Le plat pays.

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JE SUIS LE BRUIT ET LA FUREUR,
LE TUMULTE ET LE FRACAS

Quand Lacie passe, les fautes trépassent...

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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 23:47

JE SUIS DESOLEE J'AI DEBORDE A MORT.
Mais je pouvais pas laisser le truc en suspens en plein milieu :( :(




   



   
L'Île des Animaux
   

   

           

   
   




            Un son dans l'obscurité.

           Mon unique pupille se contracte en une tête d'épingle.

           C'est une goutte dont le cristal éclate dans le silence, déchirant la nuit comme une déflagration.

           Tout mon corps se crispe et tétanise jusqu'à mes côtes ; ma respiration nerveuse se bloque dans mes poumons brûlants.

           Un frôlement non loin de moi, au plus profond des ténèbres.

           Mon cœur cesse de battre. Se couvre de glace.

           Un peu plus près.

           Encore un peu plus près.

           Silence.

           J'entends battre son cœur à présent, une faible pulsation aussi affolée que la mienne, aussi terrifiée que je le suis, aussi chargée d'horreur que mes veines qui semblent charrier des glaçons.

           Une respiration. Une gorge déployée, avide d'air frais. Des yeux aveugles dans l'obscurité, mais fixés sur moi.

           Il va bondir. Je le sens dans tous mes os. Mes os qui tremblent de savoir qu'eux aussi vont devoir me projeter vers son cœur, sa peau si facile à lacérer, vers ses organes si mous sous mes crocs, sous mes griffes, vers son sang qui jaillira vers le ciel lorsque sa jugulaire aura été tranchée.

           Il va bondir.

           Moi aussi.

           Qui tuera l'autre cette fois-ci ?



***



           La critique s'était déchaînée lorsque la chaîne D8 avait exposé, en quelques lignes sibyllines, le concept de sa nouvelle émission.

           L'île des Animaux.

           Imaginez Koh-Lanta, décrivait l'interviewé avec l'emphase du réalisateur face à sa création. Mais un Koh-Lanta plus fort, plus rude, plus sauvage. Un Koh-Lanta empreint de liberté et de survie, une survie mille fois plus naturelle et rudimentaire. Instinct et chance seront les maîtres mots de l'émission. Nous aurons une île inhabitée, exotique, entièrement sauvage. Mais peut-on dire qu'il s'agit d'une téléréalité ? Les héros n'en seront pas les hommes, et ils ne joueront aucun rôle. Bienvenue dans l'Île des Animaux.



***



           J'ai de la difficulté à retrouver mon souffle après le combat. Il n'aura pourtant pas fallu bien longtemps : en un bond l'affaire était classée. Il était grand, fort ; son corps était beaucoup plus lourd et puissant que le mien. Dans notre ancienne vie, il m'aurait écrasée. Mais dans celle-ci, c'est la petite teigne borgne qui a eu l'avantage. Il était faible, maigre ; affamé jusqu'à en perdre l'équilibre, sur ses grandes pattes osseuses habituées à la douceur des canapés. Il avait suffit d'un bond, d'une habile torsion des hanches afin que sa gueule baveuse et pourrissante manque de peu mon ventre, et que mes crocs se plantent dans son épaule. Une fois à terre, il avait suffi de changer de cible, de mordre sa gorge juste sous la gueule, de s'accrocher à lui comme une tique pendant ses ruades désespérées, et de secouer la gueule encore et encore, en serrant le plus fort possible jusqu'à lui déchirer la carotide. Le sang jaillissant m'avait aveuglée sous la force du jet, alors j'avais dû lâcher prise et le laisser convulser sur le sol mou, le laisser se vider de son fluide et de sa force, jusqu'à ce que ses yeux perdent tout éclat et que son corps ne soit plus qu'une carcasse vide.

           Un réservoir de viande.

           Alors, vacillante, les yeux fermés sous la faim violente qui m'écorche le ventre et emplit mon estomac d'acide, je pousse sa tête sur le côté et plante mes petits crocs avides dans son cou. Je ne suis pas difficile. Des croquettes bon marché à un cadavre de doberman, il n'y a finalement qu'un gouffre qui paraît immense mais qui est si aisé à franchir !

           Mais quelle détestable petite chienne.

           Le sang chaud obstrue mes narines et m'oblige à tousser, coule le long de ma gueule haletante, se perd dans les poils épars de mon poitrail maigre. Mes oreilles ridicules, celles que l'ont m'a coupées à la naissance selon un standard dépassé, trempent dans la mélasse de chair bouillonnante et tracent des sillons visqueux sur le sol à mes pieds.

           Elle est si laide, mais elle est aussi ignoble, assoiffée de sang, toujours affamée.

           Je me gave, me bâfre, m'abrutit de bouffe, jusqu'à ce que mon ventre se mette à crier grâce et à malaxer une douleur lourde et brûlante de mes poumons à mon intestin. Seul ceci m'indique que je peux m'arrêter de manger. La souffrance gouverne toute ma vie désormais, elle me dit ce que je dois faire, quand je dois commencer ou m'arrêter, lorsque je dois dormir ou me soulager. J'en viens à la considérer comme une alliée, une sorte d'amie brutale, violente, mais fidèle, une de celles qui vient vous taper sur l'épaule à l'improviste, vous balancer un seau d'eau à la figure quand il est temps de se lever, ou vous mettre une dérouillée lorsque vous avez échoué.

           Ici, je ne peux me permettre d'échouer.

           Les babines méticuleusement léchées, je plante les dents dans la peau lâche et graisseuse du doberman, et arc-boute mes vingt petits kilos afin de le traîner un peu plus loin, un peu moins à la vue de tous. Je le cache au pied d'un petit arbre rachitique, entre deux racines énormes, sous un rideau de lianes visqueuses. Les caméras doivent tout voir, mais ce n'est pas à elles que j'espère cacher mon trésor. C'est aux autres. Aussi affamés que moi sinon plus. Il y a encore trois jours de nourriture sur le corps du doberman, trois jours de vie assurée, je ne vais pas le laisser me filer entre les crocs maintenant.

           Quelle ruse. Celle-ci a de bonnes chances de se hisser au stade de finaliste.

           Tu es à moi, mon grand. Rien qu'à moi.

           Un lourd filet de bave puante dégouline soudain le long de ma gueule. Toute cette viande qui attend encore sagement que je vienne la désosser….

           Je le ravale à la pensée de ces maudites caméras. Je n'aime pas partager mes ruses à mon insu. Mais on ne peut leur échapper. Elles sont partout. Absolument partout. Même la nuit, elles nous observent. Depuis que je suis ici, je ne peux m'empêcher d'imaginer, à chaque instant qui passe, ce que pensent de moi ceux qui me fixent ainsi ; ce que déblatèrent les présentateurs devant mon image, devant cette créature échevelée, rachitique, à moitié galeuse, bourrée de puces et bouffée de vers, qui égorge ses semblables comme elle le ferait d'un lapin.

           Pitoyable.

           Et pourtant, ils m'adorent.



***



           L'émission s'articulait en trois temps forts. Le premier était la sélection des animaux. N'importe qui pouvait présenter son compagnon à l'antenne. Peu de téléspectateurs l'avaient fait. Seuls quelques avares, alléchés par le grand prix accordé au maître de l'animal vainqueur en fin de saison, avaient osé.

           Non, l'immense majorité des quarante chiens et chats provenaient des refuges animaliers. Ils avaient été sortis de leurs cages sinistres, avaient été gavés de croquettes de mauvaise qualité, brossés jusqu'à leur conférer un semblant de lustre, puis traînés sur le plateau devant les centaines de milliers d'yeux fixés sur eux.

           Ils avaient fait le beau, s'étaient pâmés sous les caresses et les attentions, avaient vu le respect, l'adoration briller dans chaque regard posé sur eux, ils avaient entendu leurs noms être répétés sur tous les tons, numérotés dans des listes de favoris, scandés par la foule, écrits sur tous les écrans.

           Puis il y avait eu les votes.

           Aucun médiocre n'avait été retenu.

           Le public avait choisi les forts, les grands, les beaux, les éclatants de force et de majesté, les sauvages, les nobles.
           Avaient aussi été élus les faibles, les laids, les déformés, les galeux, les amputés, les petits et les rachitiques.
           Et les borgnes.


           Deux semaines plus tard, nous étions lâchés sur l'Île.



***



           Le test d'intelligence avait été le tout premier.

           Nous étions largués dans un univers clos, exotique, puant, humide et étouffant, sans nourriture. Mis à part un petit sac hermétique, attaché à chacun de nos colliers.

           Je compris tout de suite de ce dont il s'agissait. Malheureusement, je n'étais pas assez méfiante à cette époque ; folle et heureuse de ma nouvelle liberté, je crevai le sac à portée des autres afin de me régaler sans aucune véritable faim ; ils se précipitèrent sur moi, me poussèrent, me bousculèrent, m'écrasèrent, et engloutirent ma récompense.

           Ce fut le début de la haine entre mes côtes.

           Elle ne devait cesser de grandir.



***



           Le test de combativité avait été le deuxième.

Nous nous rendîmes vite compte que nous disposions d'un unique puits d'eau potable, disposé au centre de l'île. Je m'arrangeais pour venir y laper quelques gorgées à l'heure la plus chaude de la journée, lorsque tous s'écroulaient au pied d'un végétal et haletaient désespérément sous l'ombre lourde et sirupeuse.


           Mais bientôt les plus forts voulurent y mettre la mainmise, et il fallut que nous les détrônions. Cela se fit la nuit. Nous étions dévorés par la soif, la haine, la vengeance. Nous égorgeâmes les chefs et laissâmes fuir les autres.

           Dans l'heure qui suivit, alors que tous mes alliés étaient en train de boire ou de se reposer, je les attaquai. Je les attaquai par derrière et leur plantai mes crocs dans la nuque. Je ne les tuai pas tous, loin de là ; mais je leur appris qui était le patron.

           Le patron, c'était cette petite borgne laide, aux poils disparates et aux muscles nerveux, qui avait compris le but du jeu avant tout le monde.



***


           A la suite de ceci, je devins très vite l'une des favorites des spectateurs. Je le sus car je commençai à recevoir de plus en plus de colis et de récompenses. De la pâtée de luxe telle que je n'en avais jamais goûté que dans mes rêves ; des sacs de croquettes aux saumon et aux petits légumes, dont la seule mention me faisait baver. Et même des vermifuges, cachés dans des plaquettes de fromage à moitié fondu.

           Je devins encore plus forte, plus rapide, plus combative, plus agressive, plus maligne. Je devins toujours plus affamée. Toujours plus froide et plus méticuleuse. Toujours plus territoriale.

           Je perdis petit à petit la notion du temps.

           Je perds petit à petit la notion du temps.

           Mais je pense aux caméras.

           Je pense au Grand prix que recevra mon petit refuge miteux, qui permettra de rassasier mes frères et mes sœurs restées derrière les barreaux.

           Et je pense à mon Grand Prix à moi.

           Je pense à ces familles qui me regardent, tous les soirs de 20h45 à 22h15, et qui voudront peut-être de moi à la fin de l'émission.

           L'une d'elle viendra.

           Elle viendra me chercher sur le beau plateau tout doré et tout argenté, face aux présentateurs et à leurs sourires éclatants d'hypocrisie.

           Peut-être.

           Il le faut.




   



   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
   

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]


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Ouppo
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   Sam 26 Nov - 23:54

Toute la journée, Nagis'heh le chat avait marché, toute une nuit, et s'était interrogé sur ce qu'il allait se passer après qu'il ait fait part de sa découverte. Des envahisseurs, des barbares, des étrangers, avaoent débarqué sur l'île, des êtres étranges, impossibles, jamais vus alors dont le seul souvenir suffisait à glacer le sang de Nagis'heh de terreur.
- Alerte ! Alerte ! Cria-t-il en rentrant dans le village.
Le village Tilni'h était l'un des plus peuplés de l'île et le bruit de tous ses habitants qui se ruèrent de la porte de leur maison résonna comme un seul énorme bruit de patte, suivi d'inombrables bruits de portes et de murmures de craintes des habitants.
Des envahisseurs, des enavhisseurs, il faut se regrouper, tous sur la place.
Que se passe-t-il, demanda-t-on au félin dans sa course.
Mais Nagis'heh ne leur répondit pas, il courait droit vers la maison du chef sur ses quatre pattes agiles.
Enim'ruh ? Des étrangers ! Etrangers à l'île.
Calme-toi, Nagis. Et réponds-moi... A quoi ressemblait ces étrangers ?
Tout simplement des monstres, tout ce qu'il y a de plus abominable qui soit.
Ont-ils l'air hostiles ?
Oui !
Ont-ils manifesté un geste violent vis à vis d'un animal de l'île ?
Non, personne pour le moment.
Alors nous devons agir avec calme. Sont-ils rapides ?
Non, ils sont plutôt lents, je peux facilement les dépasser.
Il est encore temps de nous enfuit s'il le faut.
Mais... et nos maisons ? Nos terres ?
L'important ce sont nos vies et celles des autres, les as-tu réunis d'ailleurs ?
Oui, sur la place.
Nous allons nous concerter.
Très bien.
Déjà, quand Nagis'heh et Enim'ruh arrivèrent, la place était noire de monde.
- Mes amis, articula Enim le cerf de sa voix emplie de sagesse. Nous sommes des une situation complexe. Notre île vient d'être accostée il y a peu par des créatures dont nous savons rien pour le moment et...
Enim'Ruh ! Je viens du village Ifly, j'ai une chose à vous annoncer... les envahisseurs commencent déjà à pondre sur nos plages. Ils ont enterré et caché leurs œufs pour préparer une attaque secrète semblerait-il.
Une grandeur rumeur se fit entendre. Le village était aux abois.
Calmez-vous je vous en prie, cria Enim. Qu'avez-vous d'autre à dire messager ?
Il nous faut des braves pour aller défendre notre île et tuer cette infâme engeance qui souille nos teres. Nous recrutons des animaux prêts à en découdre. Qi serait prêt à combattre à nos côtés ?
De nombreux « moi ! » se firent entendre. C'est ainsi qu'un bataillon composé de centaines d'individus prit la route pour chasser les envahisseurs.
Devant le nombre et la puissance des guerriers venus pour les combattre, les monstres à carapace et écailles firent demi-tour et rentrèrent à la mer, mais on ne retrouva pas les œufs qu'ils avaient caché dans le sable de la plage.
Certains pensent que sans personne pour les couver, ils finiraient par mourir, mais d'autres pensent... que la vraie invasion débutera bientôt.
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MessageSujet: Re: ChronoChallenge n°38   

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ChronoChallenge n°38
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