Encre Nocturne
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 Chronochallenge n°42

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Tiunterof
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MessageSujet: Chronochallenge n°42    Sam 7 Jan - 21:30

C'EST PARTOOOOOO !

Les deux thèmes du soir sont :

Souvenir de ma mort.

Et

Si c'est une femme.

Débrouillez vous. è_é

Vous avez jusqu'à 22H30 !


Dernière édition par Tiunterof le Sam 7 Jan - 22:49, édité 1 fois
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Hartsock
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MessageSujet: Re: Chronochallenge n°42    Sam 7 Jan - 22:17

Bon bah vu que je suis quelqu'un de très gay je choisis "Souvenir de ma mort" AHDE AHDE


SOUVENIR DE MA MORT


Qu'est-ce que la mort? Une grande question philosophique c'est certain.
Certains en ont eu peur, d'autres y pensent comme à un néant absolu. Moi je n'ai pas eu peur, je n'ai pas fermé les yeux devant la mort, et aujourd'hui je vis dans la mort.
Bien souvent on prend la mort pour une fin, mais elle est juste le début. On croit que la mort est une absence, quand elle est une présence secrète.
On croit qu'elle crée une infinie distance, alors qu'elle nous rapproche dans l'au delà. Quand on pense qu'un être proche s'en va et qu'on dit "adieu" d'autres plus loin lui disent "Bienvenue". La mort c'est la fin de la solitude, la fin de l'ennui éternel pour trouver l'omniscience et l'omnipotence de l'Homme.

Si vous m'aimez, n'ayez pas peur de la mort, ainsi viendra la délivrance de l'humanité.
N'ayez pas peur de ce vous ne pouvez pas percevoir, au contraire: la mort doit éveiller votre curiosité et votre plus grand calme. Mais pour comprendre la mort il faut d'abord comprendre la vie. Une fois la vie entendue rejoignez moi. Ah si vous pouviez voir les nouveaux horizons, les nouveaux sentiers où je marche.
S'il y a bien une chose que vous devez comprendre c'est que la mort ne m'a pas changé. Je suis moi, vous êtes vous. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. Ne me pleurez pas. Après tout, pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de votre vue? Je suis bel et bien présent, vous pouvez m'entendre mais pas me voir. Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Nommez moi comme vous l'avez toujours fait, ne prenez pas un air morose et triste quand vous direz mon nom. Au fond, la mort est une bonne chose. Réjouissez-vous pour celui qui a rejoint l'autre coté du pont.
Alors ne restez pas là, à pleurer devant ma tombe. Je n'y suis pas et je n'y dors pas. Je n'ai plus besoin de dormir ou de vivre. Je suis délivré d'un calvaire infini, il vous suffira de suivre la voie le moment venu, et vous pourrez de nouveau entendre ma voix.

Parce que j'ai découvert un terrible secret, la mort c'est la vie.

------------------------------------------------------------------------------------------------
Hart
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"Dis moi : je t'aime ! Hélas ! Rassure un cœur qui doute,
Dis-le moi ! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux." VICTOR HUGO


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Nain Fougère
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MessageSujet: Re: Chronochallenge n°42    Sam 7 Jan - 22:24

Salutations !
Voici mon bébé :




Une autre vie.

- Alors... Tu as eu une réincarnation, demande Edward.
- Oui.
- Foutaise ! Des superstitions je vous dis, lance Limus.
- Je ne vous demande pas de me croire, lui dis-je avec un air d’indifférence prononcé.
Limus sort du wagon, d'autres le suivent, pensant que je délire ou que je cherche seulement à me faire remarquer. Les curieux restent, comme Edward. Il ne semble pas douter une seul seconde de ce que je dis, pourtant je n'ai aucune preuve si ce n'est ma mémoire. Ce dernier reprend la parole avec une lueur de rêverie dans le regard :
- Tu t'appeler de la même façon dans ton ancienne vie où tu avais un autre nom ?
- Je m'appelais Nathaniel. Nathaniel Yélisse.
Une autre personne lâche un ricanement avant de sortir à son tour du wagon. Avec du recul mon histoire tien de la plaisanterie. Qu'importe.
- Le grand mage noir ? Celui qui a permis de participer activement à mettre fin à la Bataille des Nations en 1300... quelque chose ? demande t-il avec des yeux rond.
- En 1306 oui.
- Raconte-nous ! s'exclame-t-il.
- Raconter quoi ?
- Eh ben.. comment tu es mort. Personne ne sait, les livre disent que tu es mort pendant la Marche de Sang et que c'est Lumacious avec l'aide de l'autre roi, je sais plus son nom, qui ont capturés Cuinigrum.
C'est une autre époque, une autre vie, je n'y avais pas vraiment songé depuis longtemps, je me remémore la mort de mes compagnons dans ces gigantesques souterrains. Les paroi de roche humide suintant la mort. Les flac de sang jonchant les creux. Les monstres ténébreux. Cuinigrum...
- Nath ?
- Ah oui, pardon, dis-je en sortant de mes pensées.
- Alors ?
- Je ne suis pas mort pendant la Marche de Sang. Et le roi n'est pas venu jusqu'à Cuinigrum.
- Donc...
- C'est en me battant contre la chose que je suis mort et que j'ai permis à Lumacious de le capturer. Cuinigrum s'était réfugier très loin sous terre, on y voyait rien sans Lumacious et sa lumière naturelle. Le combat contre cet immonde créature n'a pas vraiment durer. J'ai était touché mortellement, mais je l'ai neutralisé.
- A quoi il ressemblait ?
- Le souvenir de ma mort... Il n'avait pas vraiment de forme. C'était comme un trou de néant surnaturelle dans notre réalité. Quelque chose de sombre, qui aspirait et qui corrompait l'esprit. Je ne suis même pas sûr qu'il est réellement eu un corps.
- Une preuve pour crédibiliser ton baratin, le vieux ? me lance Limus qui était revenu discrètement.
Sans lui répondre, je tend la paume de ma mains vers lui et laisse sortir un éclair de foudre noir. Dans un impacte glaciale, ma magie vient percuter la paroi du wagon contre laquelle il est appuyé. Tétanisé par la choque, il fini enfin par bouger lentement pour regarder la trace de l'impacte. Mon pouvoir à laissé la ferraille aussi noir que du charbon, sous une couche de gel d'où semble tomber une cascade de brume tant l'écart de température est grand.
- La démonstration de tout à l'heure, pour éviter à ce train de partir en morceaux, n'était pas une illusion. Cela te suffit-il, Limus ?
Après un moment d'hésitation, il hoche la tête, mais semble toujours sceptique. Les autres en revanche me regardent comme si j'étais une bête de foire. J'aurais peut-être du raconter une histoire stupide pour éviter ce genre de situation.
- Ça fait quoi de mourir ? demande Edward.
- C'est... comme un sommeil sans rêves duquel nous ne somme pas censé nous réveiller.

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MessageSujet: Re: Chronochallenge n°42    Sam 7 Jan - 22:38

Texte de Lacie Baskerville >

SOUVENIR DE MA MORT



Toute ma vie, l'obscurité m'avait happée dans toutes les directions, me rendant prisonnière de la solitude. Même dans les phases les plus rapides de ma trajectoire, je n'avais aucune amie pour venir me décoiffer, me distordre, m'enlaidir jusqu'à en devenir difforme. Ma perfection  apparente n'était que la clef d'accès au désespoir permanent. Mais, comme mes sœurs majoritairement dans la même condition que moi, notre mortalité était quelque chose d'immédiatement compréhensible au crépuscule de notre interminable vie.

Notre production cutanée demeurait notre seule porte d'entrée vers la perception d'une monde qui nous entoure. Le néant à perte de rayons était parsemé de mes sœurs autant visibles qu'inatteignables. Je ne le savais pas encore du temps où je vivais, mais une poignée d'entrée nous se tenait l'une en face de l'autre et expérimentait une existence meilleure à interagir ensemble. Au cours de notre existence, ce qui nous était visible pouvait changer d'intensité ou de couleur. Les teintes bleutées nous étaient plus agréables, mais ce type de vision nous était accordé au prix de bouffées de chaleur permanentes. En vieillissant, même les plus chanceuses étaient regagnées par la morne rougeur, mais nous avions en contrepartie cette douce impression de s'éloigner plus lentement que d'habitude de nos camarades.

Cependant, le cours de notre vie se ressentait majoritairement à l'intérieur même de nous. Notre propre carcasse était traversée de bouillonnements incessants et s'alourdissait au fur et à mesure que la douleur des coups augmentait. Durant les périodes de calmes, je me sentais dessécher, fatiguée et plus lointaine de mes amies. Leur présence dans mon champ de vision rendait leur inaccessibilité plus douloureuse encore. Un jour que le monde autour de moi avait légèrement rougi, je me sentis de plus en plus lourde, puis de plus en plus faible. C'était comme une énergie vitale qui s'amenuisait, une annonce de la fin.

La mort, je l'avais déjà observé en voyant mes sœurs disparaître petit à petit. Certaines avaient fait leurs divas en concluant leur existence dans de petits jets de lumière. D'autres avaient la mort contagieuse et engloutissaient des amas de voisines avec qui elles n'avaient jamais interagi auparavant.

~

Je décidai de passer la nuit dans un coin de campagne  quelques kilomètres de chez moi, au milieu de prairies vides de tout bétail rentré pour la nuit. Je laissai tomber mon sac violemment tomber sur le sol et en déballai frénétiquement son contenu. Une tente pour me protéger de la rosée du matin, un duvet au cas où la douce température de l'été venait à baisser improbablement, une thermos remplie de café, mes lunettes sales et de quoi écrire.

Au moment de planter un piquet, j'aperçus une silhouette au loin dont le visage semblait prolongé par un gros tube. Je fus intriguée par cette présence dans un endroit traditionnellement désert à cette heure de la nuit. Je venais passer cette dernière sur ces terrains plusieurs fois au cour des mois d'été pour rechercher de l'inspiration artistique et il n'y avait jamais eu âme qui vive. Je marchais prudemment pendant plusieurs minutes en évitant de me prendre les pieds dans les trous qui parsemaient le chemin et tentai de distinguer la personne qui se tenait là. Un jeune homme était en train de se redresser en se massant le dos pour décaler légèrement l'axe de son télescope vers la droite. Je n'osais certainement pas le déranger mais son activité m'attirait déraisonnablement, sans que je puisse m'expliquer la raison. Alors que je m'avançai, il fut attirée par le crissement de mes pas sur l'herbe humide et se retourna.

- Bonjour monsieur. Excusez-moi de vous déranger ! lui dis-je.
- Il n'y a aucun problème mademoiselle, me répondit-il avec douceur.

Il semblait avoir quelques années de moins que moi. Aucun agacement ne semblait émaner de lui alors que je l'interrompais sans raison et j'en fus soulagée. Je n'avais qu'une envie et elle était irrépressible. Je n'eus en réalité même pas à lui demander.

- Ca vous intéresse de regarder dans mon télescope ?
- Ah ? répondis-je par réflexe, étonnée de son offre. Euh, oui, j'aimerais bien !
- Je découvre le ciel du sud de la France et il est parfait, j'ai réussi à pointer une étoile appelée 2MASS ALIO-HXER. Désolé pour le nom pas très glamour… C'est une étoile en fin de vie.

Il m'indiqua où approcher mon œil et me précisa que je risquais de pas très bien voir ce qu'il se passait. J'approchai innocemment mon œil de l'oculaire de l'instrument. Je n'avais même pas pris le temps de l'observer tant je me sentais attirée.

Je sentis mes jambes se dérober sous mois. Je comprenais pourquoi il m'avait dit que l'objet stellaire en question était peu visible, mais il me semblait tout voir distinctement. A quelle distance observais-je, à quel époque dans le passé ? Je n'osais pas le lui demander.

Mais je me souvenais très bien de cette époque, mélange d'inquiétude intense et de soulagement extrême. Je me voyais moi-même.

C'est la scène de ma mort. Un fragment de souvenir de mon extinction.

Mon oncle me disait que les défunts montaient au ciel et devenait une des millions d'étoiles visibles dans le ciel nocturne. Moi, j'étais le fantôme d'une étoile redescendue sur Terre.

Et je n'avais aucune explication.

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Daenerys



Féminin Sagittaire Messages : 158
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MessageSujet: Re: Chronochallenge n°42    Sam 7 Jan - 22:49

Je me souviens très bien du jour où je suis mort. J'avais quatorze ans, trois mois et douze jours, très exactement. Je m'appelais Alexandre, et j'étais le frère jumeau de Jade.

En grandissant, nous étions presque identiques, tous les deux. D'ailleurs, sur nos photos de bébés, on se ressemble tellement que la seule façon de nous distinguer, c'est la couleur de nos vêtements. Pas du rose et du bleu, non ; nos parents étaient au-dessus de ça. Non, moi je portais toujours du rouge, et elle toujours du vert. Quand on se ressemble tant que ça, on ne peut que détester l'autre ou l'aimer de tout son cœur ; pas de demi-mesure possible. Même chose pour le caractère : soit chacun devient le parfait contraire de l'autre, soit sa copie conforme.

Dans notre cas, on a choisi – mais choisit-on vraiment son caractère ? Vous avez quatre heures – de prendre des caractères et des goûts complètement opposés. Jade a toujours adoré sortir, faire du sport et des jeux en extérieur ; elle ne supportait pas de rester tranquille. Même quand il pleuvait, il fallait qu'elle aille jouer dans la boue ou sauter dans les flaques.

Moi, de mon côté, je préférais rester à l'intérieur, lire un livre ou jouer avec mes legos. À l'âge de dix ans, j'avais dévoré tous les volumes qui m'étaient accessibles dans la bibliothèque de nos parents.

Malgré nos différences, il y avait un élément sur lequel nous étions d'accord : il était impensable pour nous de rester trop longtemps séparés. À l'école, puis au collège, nos parents ont bataillé pour que ma sœur et moi soyons placés dans la même classe. La nuit, nous dormions dans la même chambre – nous aurions aimé partager le même lit, mais tous les adultes de notre entourage insistaient sur le fait que ce ne serait pas sain. Quoi que ça veuille dire.

Et quand nous passions nos journées dans la maison, nous faisions des compromis. Je la suivais au parc de jeux pour lire sur un banc pendant qu'elle grimpait au mur d'escalade ; ou bien elle se servait de mes constructions legos pour faire un parcours de gymnastique. Il était rare que nous passions plus d'une heure sans nous voir.

Nous avions quatorze ans quand c'est arrivé. Et c'était ma faute. Je venais de recevoir l'intégrale du Seigneur des Anneaux, la version originale, pour mon anniversaire. Comme toujours quand j'avais un nouveau livre, je l'emmenais partout ; en l’occurrence, nous étions en route pour le collège. Jade fonçait à toute allure sur ses nouveaux rollers, et moi j'avais le nez dans La Communauté de l'Anneau. Je connaissais le chemin par cœur, de toute façon, donc je n'avais pas besoin de regarder où j'allais.

Je n'ai pas vu la voiture arriver au moment où je traversais. J'ai seulement entendu Jade crier mon nom, et avant que j'aie le temps de lever la tête, je l'ai sentie se jeter sur moi pour me pousser en arrière. Ma tête a heurté le sol, et je me souviens d'avoir lâché mon livre sous le choc.

Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital, et mes parents n'étaient pas à mon chevet. C'est ma grand-mère qui m'a raconté ce qui s'était passé : Jade s'était retournée pour voir ce que je faisais, si j'étais loin derrière elle. Elle avait vu une voiture arriver, bien plus vite que ne l'autorisait la limite légale, et foncer vers moi. J'imagine que, me connaissant, ma sœur avait compris que je ne verrais pas arriver le danger ; en tout cas, elle est revenue vers moi le plus vite possible pour me mettre hors du chemin de la voiture. Malheureusement, en me sauvant la vie, elle était elle-même tombée en arrière. Le conducteur n'avait pas pu l'éviter, et lui avait roulé dessus avant de s'enfuir. C'est la police qui lui avait raconté ça : la personne ne s'était pas arrêtée, mais quelqu'un avait vu la scène et tout raconté aux agents arrivés sur les lieux.
Jade était dans le coma depuis, tout comme moi ; mais elle n'avait pas eu ma chance, et les docteurs affirmaient qu'elle n'avait aucune chance de se réveiller. Mes parents se relayaient à son chevet, attendant que je sois là pour la débrancher.

À partir de là, tout est allé très vite. J'ai rejoint ma famille dans la chambre de ma sœur, et je lui ai tenu la main quand elle a cessé de respirer. Nous sommes rentrés à la maison, et mes parents se sont enfermés dans leur chambre. Pour ma part, je suis allé dans la mienne, et y suis resté jusqu'à l'enterrement. Je me souviens d'avoir été incapable de pleurer quand le cercueil a été mis en terre.

Sur le trajet du retour, mon père m'a fait savoir qu'il me tenait pour responsable. Si j'avais regardé où j'allais avant de traverser, m'a-t-il dit, Jade n'aurait pas eu à revenir en arrière et cette voiture ne l'aurait pas renversée. Je ne me suis pas défendu ; à quoi bon, puisque je pensais la même chose ?

Je n'avais pas lu une page depuis l'accident ; mais je me souvenais avoir lu que, dans le monde de Tolkien, les nains se coupaient une mèche de cheveux en signe de deuil. Ça me plaisait bien ; alors je suis monté dans ma chambre, j'ai pris des ciseaux dans ma trousse, et je me suis fait un carré aussi régulier que possible.

Il faut savoir qu'aller chez le coiffeur m'a toujours ennuyé ; j'aimais rester tranquille, oui, mais pas sans rien faire. Passer du temps assis sur un fauteuil à fixer mon reflet dans le miroir, très peu pour moi ; j'avais donc les cheveux longs. Contrairement à ma sœur, qui les gardait toujours très courts pour qu'ils ne la gênent pas dans ses activités.

Quand je suis descendu pour dîner ce soir-là, ma mère a eu un sanglot puis s'est précipitée vers moi pour me serrer dans ses bras. Sur le moment, je n'ai pas compris ; et puis je l'ai entendue répéter à mon oreille, Jade, Jade, Jade, et merci, merci, merci mon Dieu, merci. J'ai réalisé que, les cheveux courts, étant donné que nous portions à peu près les mêmes vêtements et que nous avions les mêmes traits, j'étais le portrait de ma sœur. J'ai réalisé que, dans son chagrin, ma mère croyait voir sa fille ressuscitée.

J'ai joué le jeu le temps du dîner, et quand je suis remonté dans ma chambre, j'ai réfléchi. Pourquoi ne pas devenir Jade de façon permanente ?
Personne ne regretterait Alexandre. Pourquoi le feraient-ils ? Alexandre était un frère irresponsable, un inconscient dont l'imprudence avait causé la mort de sa sœur. Jade, en revanche, était une héroïne ; une sœur qui s'était sacrifiée pour sauver la vie de son frère. Tout le monde regrettait Jade.

J'ai commencé par ranger mes livres dans un carton : Jade ne lisait pas de romans, hormis ceux que le collège nous – lui – imposait. Si je voulais devenir Jade, je devais donc renoncer à la lecture. Puis j'ai jeté tous les vêtements de mon armoire, à l'exception de ceux que nous avions achetés en double, parce qu'ils nous plaisaient à tous les deux.

Je me suis mis au sport, et j'ai fait semblant d'aimer ça. J'ai commencé par m'entraîner seul, en secret, afin d'atteindre le niveau de ma sœur. Jade ne trébuchait pas en rollers, et ne s'effondrait pas en faisant la roue sur un tapis de gymnastique ; je ne devais donc pas permettre qu'on me voie le faire.

Ce qui me posa le plus de problèmes, ce fut les différences physiques. Nous avions des traits identiques, mais la puberté était passée par là ; Jade avait de la poitrine, je n'en avais pas. Et je savais qu'il serait extrêmement difficile, voire impossible, d'obtenir des hormones pour qu'elle pousse. De plus, elle avait une voix bien plus fluette que la mienne. Alors je m'entraînai à mettre du coton ou des bandes de tissus roulées en boule dans ses soutien-gorges, et à prendre une voix aiguë quand je parlais aux gens.

Enfin, au bout de 3 mois, j'étais prêt. Toute trace d'Alexandre avait disparu. Je pratiquais les activités de Jade, je ressemblais à Jade, je parlais comme Jade. Je fréquentais les amis de Jade, je me faisais même appeler Jade.

3 mois et douze jours après son anniversaire, Alexandre était mort, permettant à Jade de ressusciter.
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Chronochallenge n°42
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