Encre Nocturne
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 Mousikeí Hebdo - Semaine 6

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Nain Fougère
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MessageSujet: Mousikeí Hebdo - Semaine 6   Lun 13 Fév - 16:48

Salutations !

Voici la nouvelle semaine de MH avec des musiques proposées par Mathilde (c'est la seule qui a eu la gentillesse de m'en envoyer).



Avant de débuter, les règles :


- Écouter la musique de votre choix (ou les deux si vous y arrivez) parmi celles proposées comme source d'inspiration pour votre texte.
- Écrire n'importe quel type de texte (long/court, récit/théâtre/poésie/autre, complet/incomplet, etc), vous êtes libre comme Néo.
- Même si ce que vous avez en tête ne colle pas avec la musique, écrivez quand même ! Du moment que c'est la musique qui vous l'inspire, ne vous mettez pas de frein, vous êtes libre vous dis-je !
- Poster au plus tard le samedi (à 21h, car il y a le CC juste après) suivant pour procéder aux votes le dimanche (oui, vous avez une semaine pour faire votre texte). Possibilité de poster le lundi comme le mercredi, comme le samedi, etc, à vous de voir selon vos disponibilités et votre temps !
- Pas besoin de s'inscrire, si vous voulez participer, poster un texte suffit.
- Poster son texte ici à la suite du message !
- Garder ses commentaires pour le sujet des votes afin d'éviter les messages entre chaque texte, ça facilitera la lecture.
- Il est déconseillé d'aller voir le clip de la musique sur Youtube pour ne pas biaiser votre imagination, mais si vraiment vous n'avez pas d'inspiration et que vous voulez participer, aller voir le clip.
- Ne pas participer si la musique ne vous inspire rien du tout ! Ce défis reviendra chaque semaine avec deux musiques différentes à chaque fois et qui pourra plaire comme déplaire. Donc, si une musique ne vous inspire pas à telle semaine, gardez à l'esprit que la suivante pourra vous inspirer !




Voici les musiques pour cette semaine :

Linkin Park - Numb :

Online recording software >>

Jesper Kyd - City of Jerusalem :

Record music with Vocaroo >>

A vos marques, prêts... CLAVIER ! è0é/

------------------------------------------------------------------------------------------------
~L'Étrange Nain Fougère~
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Mousikeí Hebdo - Semaine 6   Mar 14 Fév - 13:41

T'AS MIS LINKIN PAAAAAAAARK :ffmental:
La deuxième m'inspire beaucoup, je vais voir ce que je peux faire :arbre:


------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Le Molosse
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MessageSujet: Re: Mousikeí Hebdo - Semaine 6   Mer 15 Fév - 9:24

Avec la musique de Jesper Kyd :la:

****
Ses gestes étaient harmonieux, calqués sur le rythme de l'univers.
Inspiration.
Ses bras se tendent vers le ciel ténébreux, paré de sa robe étoilée.
Expiration.
La mystérieuse femme s'accroupit près du sol humide de la forêt, puis s’assit en tailleur, paume de sa seule main valide posée sur le genou droit et ferma ses yeux gris. Le bras gauche, lui, s'arrêtait au poignet et demeurait sur sa cuisse.

Que lui était-il arrivé ?

Pendant un instant, elle resta figée, hors du temps, comme si elle était dans son propre monde.

Cette femme m'intriguait. J'en avais la certitude depuis que je l'avais vu pour la première fois au village de Seatown. Quelque chose de différent émanait d'elle.

Du haut de mon arbre, je l'observais depuis plusieurs heures sans me lasser de la beauté sauvage qui émanait d'elle. De grande taille, son torse nu, à la peau aussi pâle que celle de son visage et le bataillon de mèches épais voletant au gré du vent, me laissait voir des muscles finement ciselés mais dont l'efficacité ne faisait aucun doute. Impassible, elle ne semblait pas m'entendre, ni me voir. Puis soudain, elle disparut dans une écharpe de feu. Les yeux écarquillés, je regardais, médusée, l'endroit où la femme s'était tenue une seconde plus tôt. Où était-elle ?

Je regardais autour de moi quand soudain une voix, dont la douceur ne dissimulait rien de la moquerie, s'éleva:

- On ne vous a jamais dit qu'il était impoli d'espionner les gens à leur insu ?

Je sursautais et vit la femme, debout sur une branche située au niveau supérieur sans que son équilibre ne soit gêné. A ce moment, elle me regardait de toute sa hauteur. Un sourire moqueur flottait sur son visage serein.

- Vous... vous m'avez entendu ? balbutiais-je, surprise.
- Vous faites autant de bruit qu'un troupeau d'éléphants au galop, répondit la femme en éclatant de rire.

Mouchée, je ne me rendis pas compte que j'arborais une expression ridicule sur mon visage, avec ma bouche grande ouverte. La femme éclata de rire. Un rire cristallin qui brisa, le temps de quelques secondes, le silence de la nuit et effraya les corvidés venus passer la nuit sur l'arbre où nous nous trouvions.

J'inspirai profondément afin de calmer les battements de mon coeur. Elle ne semblait pas méchante finalement. Quelqu'un qui rit n'est pas méchant lo...

Je n'eus pas le temps d'achever ma pensée que je me sentis entraînée au sol, par je ne savais quel prodige.
Que s'était-il passé bon sang de bonsoir ?
Comment avait-elle accompli ce...
Cette magie ?

Ma mystérieuse interlocutrice avait réparti son poids sur mon corps de manière à ce que je ne puisse bouger et me jetait à présent un regard aussi froid que la glace. Une frayeur sans nom m'envahit. Haletante, j'essayais de me débattre afin de m'enfuir. En vain.

- La curiosité malsaine est un très vilain défaut, susurra la femme à mon oreille.

Je frissonnais effrayée, et intriguée par la suite des événements. La situation aurait pu devenir cocasse si son visage n'était pas aussi froid. Et puis, Je n'aurais pas dit non si elle avait proposé de prolonger les festivités.

Sauf que la situation était tout, sauf cocasse et encore moins, prompte aux relations charnelles.

Quelques longues secondes s'écoulèrent.

Aucun mot ne fut prononcé.
La femme tira une dague de sa manche et entailla ma chemise blanche sur toute sa longueur.

Médusée, je regardais l'entaille qu'elle avait créé avant de disparaître dans une écharpe de feu.

Avertissement.

------------------------------------------------------------------------------------------------
Signe distinctif de chasseresse de fautes: ~ (pour faire honneur à mon surnom :la:)

Sections attribuées: Romans et Théâtre


N'hésitez pas à venir me lire ici: Mes écrits #TexteDeMathilde
:unjournormal:

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MessageSujet: Re: Mousikeí Hebdo - Semaine 6   Jeu 16 Fév - 14:37

Avec également la musique de Jesper Kyd cute cute


ATTENTION C'EST UN PEU LONG. AHDE AHDE

(j'ai un peu bidouillé la fin alors je me laisse le loisir de la remodifier (avant samedi) si une idée me vient scratch )





   




   
Le jour où la machine remplaça l'animal
   

   

           
[justify]







              Le fouet claqua durement, lançant des vibrations cruelles dans l'air chaud comme des ondes circulaires autour d'un ricochet. Deux centimètres à peine en contrebas, l'oreille ronde et douce du félin se plaqua en arrière tandis que le fauve se recroquevillait sur lui-même dans un feulement agressif.

              – Allez Tempo. Allez mon beau !

              Le dénommé Tempo n'avait pas l'air extrêmement réceptif aux indications de son maître pour le moment ; mais celui-ci savait que sa mauvaise tête ne durait jamais bien longtemps. Le tigre blanc était magnifique, et, pareil à un jeune Don Juan humain, paraissait le savoir. Il arpentait le sable chaud de la piste de ses longues foulées amples et souples, sa fourrure veloutée scintillant sous les projecteurs dorés. La musique circassienne dédiée au numéro des fauves rappelait les notes langoureuses du tango, sur lesquelles il paraissait danser. Des nuages de poussière s'élevaient lentement dans son sillage et faisait voltiger des grains délicats, sous les yeux fascinés du public. L'air était torride sous les projos de spectacle, comme une gangue de miel fondu, humide et collant, qui étouffait les corps et rendait les respirations courtes ; la lourde odeur de fauve assommait les sens. Le vieil Ernest ruisselait littéralement de sueur sous son costume rutilant, et son œil exercé avait remarqué les empreintes sombres que laissaient les grosses pattes rondes de Tempo et des autres sur le sable sec.

              Ernest devenait vraiment trop âgé pour tout ce cirque.

              Il refit claquer le fouet, encore plus près de l'oreille du tigre. Leurs regards se croisèrent durement ; le bleu pur et glacial, terriblement humain, de l'iris du fauve dans le brun noisette fatigué du dompteur. Comme toujours, une onde de haine et de mépris passa entre eux deux et le tigre découvrit ses canines quelques instants. Leur éclat d'ivoire larda la pénombre brûlante de la piste. Mais Ernest savait qu'il ne se risquerait pas à quelque action d'éclat. Il l'avait maté il y avait fort longtemps, alors que Tempo n'était qu'un petit fauve tout juste séparé de sa mère. Il l'avait jeté sur la piste et lui avait appris, à coups de récompenses et de punitions, de coups de gueule et de coups de fouet, qui était le chef et devait le rester. Le tigron avait retenu la leçon ; il était devenu plus tard le clou du spectacle.

              Et une haine énorme avait grandi en lui, comme un rapace avide dont l'ombre planait sur Ernest chaque fois que leurs regards se croisaient.

              Tempo se projeta soudain sur le haut tabouret, dont les arabesques de métal renvoyèrent des éclats scintillants lorsque que le projecteur y posa son pinceau de lumière. Puis le tigre bondit au rythme du fouet, franchit trois bons mètres de vide, puis deux, puis quatre, sous les vivats du public qui était resté tétanisé devant la tension entre les deux protagonistes.

              Ernest soupira de soulagement, intérieurement. Extérieurement il le félicita, d'une voix forte et vive qui respirait le dompteur sûr de lui, bien loin du vieillard qu'il se sentait être en réalité. Il avait eu peur, une fraction de seconde au dernier moment, que Tempo ne se rebelle. Tempo sentait que son dompteur n'était plus ce qu'il avait été. Les bêtes savaient ces choses-là. Il fallait qu'Ernest arrête. S'il commençait à craindre le tigre à présent…

              Il termina le numéro dans un état second, comme un automate qui connaît sa leçon par cœur parce que répétée mille fois dans une vie. Tempo ne posa plus de problèmes et les autres se montrèrent doux comme des agneaux. La plupart des bêtes qu'avait élevé Ernest tournaient à la peluche adorable en grandissant – des "peluches" à l'humeur versatile, à la morsure facile, qu'à part lui personne n'aurait l'idée de comparer à des nounours ventrus. Il était une main de fer dans un gant de velours qui n'admettait aucune erreur, jamais. Les fauves le savaient. Ils le respectaient pour cette autorité dure dans laquelle ils avaient appris à vivre. Sans l'aimer. Ernest savait que dans cet univers incroyablement violent dans lequel ils avaient grandi, celui dont le public ne se doutait pas, celui du fouet, du bâton et de l'obscurité de la cage, lui pouvait les aimer mais eux ne pouvaient que tolérer son autorité. Tous sauf Tempo, donc. Ernest prenait grand soin d'eux, à sa manière bourrue. Elevé à une époque où les cirques étaient monnaie courante, jamais de sa vie l'idée ne l'avait effleuré que ses bêtes auraient pu être bien plus heureuses dans des savanes brûlées par le soleil et des jungles exotiques. Il aimait pourtant ses bêtes, il les aimait à la manière du chasseur de la vieille école qui flatte ses chiens en tapotant leur crâne, leur répétant qu'ils sont bien braves ; il les aimait à la manière d'un vieil acariâtre convaincu de l'adage "qui aime bien, châtie bien". Il les grondait et les cajolait tour à tour, les faisait grandir dans un carcan de discipline mais n'hésitait jamais à faire des écarts au règlement pour leur rendre plus douce la vie en cage. Les fauves valaient bien mieux que les hommes. Il ne devait rien aux seconds, en revanche il devait sa vie aux premiers.

              Il salua sous les cataractes d'applaudissements qui ruisselaient et s'entrechoquaient sous la toile surchauffée du chapiteau ; une goutte de sueur coula le long de son cou, se faufila des omoplates vers sa tempe avant de chuter sur le sable et de s'y écraser dans un bruit qu'il jugea assourdissant. Son cœur battait lourdement à ses tempes, le noyant dans sa propre respiration. Il fit saluer les lionnes et la tigresse – il ne fallait même pas songer aux mâles pour ce dernier point. Un petit bruit, celui du métal qui cogne contre le métal, attira son attention et il tourna son regard sévère vers le bout de la piste, tout là-bas, où il avait exilé la panthère mécanique. Celle-ci quémandait le droit de faire le salut comme les autres.

              Cette satanée panthère lui avait été "offerte" il y avait de cela quelques semaines à peine. Officiellement, c'était un cadeau exorbitant pour ses années de numéros étincelants au service de ce cirque renommé ; officieusement, le patriarche lui avait forcé la main afin qu'il accepte cette machine dans son spectacle. Ces automates cybernétiques étaient à la mode depuis quelques mois ; les particuliers se les arrachaient. Le patron était persuadé d'être visionnaire en lui confiant ainsi cette machine à "dresser" pour le bonheur des enfants. Ernest l'avait pris, quant à lui, à la limite de l'insulte. Un robot se programmait, il ne se dressait pas. Il n'y avait nul rapport entre la fourrure scintillante du fauve dans l'arène, et la carapace de métal de ladite "panthère". Entre l'esprit vif et enfiévré d'un félin de chair et de sang, et la fausse intelligence affichée dans les billes rouges de cette abomination. Entre les muscles nerveux de Tempo et les circuits électroniques décoratifs incrustés dans la peau de plastique de la panthère. Entre la rage haineuse, si humaine, du tigre blanc et la douce soumission programmée de "Sacha".

              Ernest ne la supportait pas.

              Il avait appris à la tolérer, puisqu'il le fallait. Il n'avait fallu que quelques heures pour lui apprendre la totalité des numéros du spectacle, non des mois voire des années comme pour le reste de ses fauves. Il avait tenté de faire comme si, au début ; de faire claquer le fouet et de lui donner des récompenses. Peine perdue. Nulle peur ne se lisait dans les yeux rouges de la machine ; tout juste sursautait-elle, en réponse aux stimuli auditifs transmis par son interface cybernétique  – ou Dieu seul savait quoi – lorsque la lanière claquait dans l'air. Et quelle récompense aurait pu satisfaire un être sans estomac ni désirs ?  

              Pas besoin de récompense, de toute manière. Cette machine aimait le dressage et le spectacle. Elle aimait les gens et elle aimait faire plaisir. Elle avait été créée pour ça. Un rire jaune résonnait chaque fois en Ernest lorsqu'il la voyait quémander littéralement le droit de s'assujettir à un numéro, alors que les autres bêtes haïssaient cette soumission forcée.

              "Sacha" le répugnait.

              Les fauves ne l'appréciaient pas non plus. La machine n'avait d'autre odeur que celle du métal et du plastique ; d'autre regard que ces deux billes rouges incandescentes complétées par un capteur bleu au milieu de son front. Les programmeurs lui avaient injecté quelques comportements félins typiques, parmi les plus superficiels, qui trompaient les enfants et leurs parents mais pas Ernest ni le peuple de Tempo.

              Le fier tigre blanc avait failli la réduire en pièces lors de leur première confrontation ; il avait fallu toute l'autorité du dresseur, associée à la menace d'une lance d'incendie – plus efficace contre les fauves déchaînés que le fouet, loin des yeux du public –, pour calmer le grand mâle.

              Sur la piste et lors des entraînements, il lui fallait toujours isoler Sacha des autres, de peur de provoquer un esclandre ou de les déconcentrer. Ce qui ne déplaisait pas à Ernest. Plus la panthère était loin de lui, mieux il se sentait.

              Le dompteur revint à l'instant présent ; l'automate quémandait toujours, grattant doucement le tabouret de ses griffes en plastique, son regard cybernétique posé sur lui. Il sentait posé sur ses épaules les trois tonnes de regards du public, enfants et adultes confondus. Les regards avaient un poids et celui-ci était toujours immense ; il l'avait appris à ses dépends au fil de ses années de dompte. Le public adorait Sacha. Il était trop tard pour reculer.

              Il fit une volte du fouet bien inutile – la panthère avait capté son regard d'acquiescement – pour satisfaire les badauds. L'automate se lécha les babines dans un geste de contentement typiquement félin, avant de s'incliner profondément avec une maîtrise parfaite de son équilibre. Puis elle quémanda encore pour un regard d'Ernest, silencieuse et patiente, avant de sauter avec grâce de son tabouret et de filer dans le tunnel de sortie à la suite des autres. Son long corps souple et segmenté, incrusté de diodes luminescentes et de symboles cybernétiques, disparut aux yeux du public. Mais pas à ceux d'Ernest, toujours dressé au centre de la piste, qui l'observa sortir du dôme de dressage, trottiner le long du couloir de la ménagerie avant de grimper la planche qui menait à sa cage. Elle se glissa dedans et s'assit, calmement, silencieuse et patiente comme un serpent.

              C'était le plus grand problème avec ces automates cybernétiques, d'après Ernest. Ils étaient trop parfaits. Et pire que tout, ils ne demandaient aucun effort pour être dressés et ne représentaient aucun danger. Sacha était tout ce que Tempo et les autres n'étaient pas : prévisible, sage, discrète, tranquille, soumise, affectueuse. Elle ne souillait jamais le sable de l'arène avec ses déjections, ne feulait pas – sauf sur demande ! –, ne se rebellait jamais, obéissait immédiatement, ne coûtait rien en terme de litière, de nourriture et d'eau. Elle ne tombait jamais malade – du moins, pas encore –, ne se blessait pas et ne risquait pas d'être dérangée par l'inconfort de sa petite cage. On lui avait relégué une vieille cage branlante, minuscule, qui ne lui permettait même pas de se coucher. Mais qu'importait puisque cela ne la dérangeait pas ? Elle pouvait rester assise des heures et des heures, le regard dans le vide, à attendre le prochain numéro. Le loquet de la cage était cassé depuis bien longtemps ; les aides et les soigneurs avaient même pris l'habitude de laisser la porte ouverte, sachant que Sacha ne désobéissait pas et ne tentait jamais de sortir. Ernest en avait des sueurs froides ; il prenait toujours garde de la refermer en passant. Le spectacle sinistre de cette simili-panthère assise dans le noir, dans l'immobilité la plus totale, voilant ses yeux rouges de ses paupières métalliques toutes les dix secondes très exactement afin d'imiter ses confrères naturels, lui glaçait les sangs.

              Ernest craignait profondément le jour où ces machines remplaceraient les animaux, notamment pour le dressage. Pour le dompteur, de telles bêtes étaient indignes des cirques ; seule la froide majesté des tigres et des lions méritait la lumière des projecteurs.

              Il salua à son tour, fit une première sortie, avant de revenir sous les vivats et de s'incliner à nouveau. Il tapota son micro d'un doigt fatigué, essuya le maquillage qui coulait un peu le long de sa tempe.

              – Mesdames et Messieurs, les applaudissements ne devraient pas aller au dompteur, mais toujours à ses bêtes.

              Il le pensait réellement ; il avait eu tout le loisir d'appréhender, au fil des fauves et des années de dressage, l'effort titanesque que leur demandait la soumission à l'homme.

              Il énuméra le nom des six fauves, commençant par Tempo le blanc, finissant par Sacha l'automate après une hésitation un peu trop marquée. Son cœur saigna d'entendre les vivats s'intensifier à la mention de la panthère.

              C'était donc ainsi, à présent. Un logiciel programmé sorti d'usine séduisait plus que des années de travail et de complicité avec des animaux sauvages et majestueux. Le constat était terrible pour Ernest. Il craignait profondément le jour où les machines remplaceraient les bêtes. Pour le dresseur, une telle chose était tolérable au sein des foyers familiaux, mais totalement indignes des anciens cirques. Seule la froide majesté des tigres et des lions méritait la lumière des projecteurs.


              Les faisceaux dorés s'éteignirent dans un claquement sonore ; le dompteur sortit de la piste et s'éloigna dans les ténèbres silencieuses de la ménagerie.








              – M'sieur Ernest, balbutia un adolescent, un jeune aide-soignant affecté à son service depuis peu.

              Le dompteur, assis sur un tas de paille rêche dans le couloir des fauves à la manière d'un bourgeois dans un fauteuil de luxe, se redressa et se frotta les yeux, étalant davantage le maquillage qu'il n'avait pas eu le courage d'enlever. (Au contraire du costume, la costumière l'ayant déjà vertement rabroué pour ses habitudes palefrenières qui ne faisait pas beaucoup de bien au velours et aux broderies.)

              – Qu'est-ce qu'il y a, Alex ? bâilla-t-il ostensiblement.

              Il s'était déjà assuré personnellement que chaque fauve avait tout ce qu'il lui fallait pour la nuit.

              – C'est Sacha…

              Mon Dieu.

              Le sang d'Ernest gela instantanément dans ses veines.

              – Quoi ?

              Alexandre secoua la tête sans mot dire, tout essoufflé.

              – Par tous les saints, qu'est-ce que cette maudite panthère a fait ?

              – Non non c'est pas elle monsieur, c'est pas de sa faute, paniqua le jeune. C'est Tempo… Il a…

              Rassuré malgré lui face à ce qu'il avait depuis longtemps considéré comme une éventualité – c'était pourtant injuste de pardonner à Tempo ce qui lui aurait fait haïr Sacha, il le savait – le dompteur se leva.

              – Fais voir.

              Ils coururent à la cage de la panthère. La porte était grande ouverte et l'adolescent désigna d'une main tremblante l'automate couché en travers. Dans la cage trop petite, son corps avait dû se tordre et sa tête se presser contre les barreaux pour qu'elle puisse rentrer entièrement. Elle avait les yeux fermés dans un simulacre de douleur.

              – Que s'est-il passé ?

              – C'est Tempo, monsieur, répéta Alexandre d'un ton véhément. Je surveillais la rentrée des fauves du bout du couloir, il a fait semblant de monter dans sa cage pendant que vous regardiez de là où vous étiez, et dès que vous avez commencé à saluer il est sorti tout de suite et il a foncé vers la cage de Sacha ! J'ai attrapé la lance d'incendie et je l'ai suivi, mais le temps que j'arrive… Il avait déjà…

              – Je ne vois rien, dit simplement Ernest que le récit n'émouvait pas tant que ça – Tempo était un retors, il le savait, il l'avait vu grandir.

              – Regardez ses pattes…

              Ernest observa mieux.

              Il manquait toute une patte arrière à la panthère ; il ne lui restait plus qu'un moignon à l'autre. Des terminaisons électriques tranchées net dépassaient de sa hanche ouverte et de son jarret. Le tigre blanc avait dû refermer ses lourdes mâchoires sur la douce et calme Sacha, ses mâchoires faites pour découper les chairs et les os ; puis il avait secoué la tête pour sectionner les membres de métal. Ernest le voyait comme s'il y était. La machine, dépourvue de comportements agressifs ou même défensifs, n'avait pas su réagir.

              – Les pattes, elles sont où ?

              – On en a récupéré une, mais elle est en piteux état, indiqua le garçon. L'autre a été déchiquetée.

              – Et Tempo ?

              – On a dû s'y mettre à cinq pour le calmer, monsieur. Mais une fois douché ça allait un peu mieux. On a réussi à le faire rentrer chez lui, il a pas bougé depuis.

              – Pourquoi personne ne m'a tenu au courant avant ?

              Le spectacle était fini depuis deux bonnes heures.

              – On pensait que vous le verriez tout de suite, monsieur.. Comme vous faites toujours le tour des cages avant de rentrer… Pardonnez-nous, s'excusa l'adolescent.

              Ernest grogna. Il s'en serait rendu compte s'il n'avait pas pris la mauvaise habitude d'éclipser totalement la pauvre Sacha – hormis pour fermer la porte de sa cage lorsqu'il passait devant.

              – Non, c'est ma faute. Vous inquiétez pas. Je vais voir ce que je peux faire. Va voir Dominique et demande-lui le numéro du service après-vente des automates cybernétiques. J'appellerai demain.

              Le garçon acquiesça et fila. En passant devant la cage du tigre blanc, il tapa le barreau du poing – geste formellement interdit par le règlement – et cracha sur le fauve.

              – Alexandre, dit Ernest.

              – Désolé M'sieur mais c'est un vicieux ce tigre ! La pauvre Sacha elle avait rien demandé, elle a jamais fait de mal à personne ! cria le garçon avant de disparaît dehors.

              Le dompteur soupira. Tout le monde adorait la panthère. Sauf lui. Etait-il trop vieux pour ce monde où jouer avec un robot était plus apprécié que dresser un animal ?

              Il savait qu'il ne punirait pas Tempo. Tout comme il savait que celui-ci recommencerait. Qu'importe ! L'animal primait sur la machine.

              Il entra dans la cage de l'automate, s'agenouilla tant bien que mal à côté d'elle, à l'étroit entre les barreaux branlants ; puis il posa une main chaude et sèche sur l'échine chromée de Sacha.

              Ses paupières métalliques s'ouvrirent et ses yeux rouges se tournèrent vers son visage.

              – Arrête ta comédie, dit-il d'un ton bourru. Relève-toi.

              Elle coucha les oreilles, les releva, puis se redressa avec une grâce délicate à peine entachée par son handicap. Ernest soupira de soulagement. Il savait que par défaut, les comportements prédéfinis de Sacha dans une situation donnée était ceux d'un véritable animal. Mais il suffisait d'un ordre pour qu'elle redevienne une machine aux yeux de tous.

              – Bon. Ecoute-moi ma petite, tu vas rester comme ça jusqu'à ce qu'on arrive à te réparer. Pas de spectacles pour toi jusqu'à nouvel ordre.

              Elle cligna des yeux ; une seconde après – le temps que son interface traduise les mots d'Ernest en langage informatique compréhensible – elle baissait la tête. Ernest se surprit à ressentir un petit pincement au cœur face à la mélancolie de cet être étrange qui se retrouvait soudain privé de sa seule sortie, de sa seule vie.

              – Les garçons te promèneront dehors et viendront jouer avec toi, ajouta-t-il.

              Elle redressa la tête et agita ses vibrisses en plastique, clignant ses deux yeux de verre.

              – Bonne fille, se surprit-il à dire.

              Il hésita une fois, deux fois, avant de caresser doucement son crâne de félin. Le contact du métal, recouvert d'une fine couche de plastique tendre afin de rendre les caresses plus agréables, lui parut moins répugnant qu'à l'ordinaire.

              Il sortit de la cage, hésita une nouvelle fois puis laissa délibérément la porte ouverte. Il se retourna avant de s'éloigner dans la nuit. La panthère le regardait, assise droite comme un i sur son plancher vermoulu.

              Ernest contempla ce désastre ambulant, puis porta une main fatiguée à son front, et sans le croire lui-même, articula :

              – Viens.

              La panthère haussa ses oreilles rondes avec un air de suprême surprise, sans y croire non plus ; mais cela, étrangement, ne fit que le conforter dans son idée.

              – Viens, allez !

              Elle se hissa sur ses deux pattes restantes, s'appuyant tant bien que mal sur son moignon, et se projeta littéralement le long de la planche avant de s'écraser aux pieds d'Ernest. Après quoi elle s'assit sagement, le couvant du feu de ses yeux rouges.

              – C'est une très mauvaise idée, grommela Ernest. Une très très mauvaise idée.

              Il ne cessa de répéter cette phrase en la menant hors de la ménagerie, jusqu'au pré. Puis jusqu'à sa caravane. Sacha avait beau n'être qu'une machine, elle était censée être un fauve, tout de même ! Pas un chienchien de compagnie !

              – Tant pis, grogna-t-il dans sa barbe.

              Il se ramollissait vraiment avec les années.

              Il la fit coucher devant la caravane, à la belle étoile, puis entra chez lui et referma la porte, la laissant seule.

              De temps en temps dans la soirée, lorsqu'il allait jeter un coup d'œil à la lucarne et qu'il pensait la trouver immobile, son regard sinistre fixé sur lui, il la voyait en fait toujours active, observant les environs, la ménagerie, les autres caravanes, les camions vides et les allers-retours des circassiens. Plusieurs d'entre eux vinrent d'ailleurs la caresser au passage, s'étonnant à mi-voix de sa place de chien de garde au pied de la caravane de ce vieux grincheux d'Ernest.

              – J'entends tout, vous savez ! disait-il d'une voix forte à travers la porte de la caravane, déclenchant les rires.

              Au final, à une heure du matin, n'y tenant plus et se traitant intérieurement d'idiot pour cette idée irréfléchie, le dompteur ressortit dans le froid et ramena la panthère à la ménagerie. Il crut voir une lueur peinée dans ses yeux rouges, mais se convainquit qu'il s'agissait juste de son imagination.

              Il rentra chez lui.

              Il fut réveillé deux heures plus tard par des cris stridents qui lui hérissèrent littéralement les cheveux sur la tête. Il jaillit de son lit puis de sa caravane, empêtré dans sa veste attrapée à la va-vite et dans ses chaussures même pas lacées.

              La ménagerie brûlait.

              La terreur le submergea d'un coup mais il la fit refluer en quelques respirations. Ce genre d'accident était déjà arrivé. Il suffisait d'un oubli ou d'une maladresse pour que la paille sèche transforme le couloir en brasier. Les aides étaient déjà sur le coup ; il se devait d'aller les rejoindre. L'important était de faire sortir les animaux. Le reste n'était que dégâts matériels dont nul n'avait cure.

              Il fonça vers le mur de flammes, échangea quelques hurlements enroués avec un Alexandre ruisselant et tanné de chaleur. Il restait trois fauves à l'intérieur, trop loin pour pouvoir les atteindre de là où ils étaient. Il ne demanda pas lesquels. Quelques téméraires tentaient de se faufiler dans l'enfer brûlant par l'autre côté du couloir. Ernest frotta ses yeux déjà rougis par la fumée et fila les rejoindre en contournant la ménagerie par l'extérieur. Des craquements de fin du monde annonçaient déjà la chute des poutres et l'affaissement des planchers superposés.

              Non ! Aucune bête ne mourra dans les flammes tant que je serai en vie.

              Il bondit auprès des circassiens, attrapa une couverture déglinguée, la plongea dans un abreuvoir, s'enveloppa du désagréable cocon trempé d'eau froide et jeta une lance à incendie à l'homme le plus proche. Puis il s'engouffra dans les flammes, suivi par son pompier attitré. Celui-ci avait beau couvrir le feu de litres et de litres de mousse et d'eau, ce n'était pas assez pour étouffer le brasier, ni permettre un passage sûr pour le dompteur devant lui. La gorge brûlante, les yeux aveugles, les poumons plein de sable, de braises et de cendres, Ernest trébuchait dans des bouquets de flammes, enjambait des foyers fumants et secouait la tête sous les panaches de fumée noire qui lui brûlait la peau et les sinus. On le dirait fou, plus tard, bien plus tard. Fou de s'engager ainsi au cœur de l'incendie, trop rapide et trop déterminé pour permettre à quiconque de le suivre, mettant sa vie en jeu pour sauver une machine, un tigre dangereux et une vieille carne de lionne.

              Noyé dans des flots de sueur et d'adrénaline, Ernest ne sentait ni douleur ni fatigue, rien d'autre que cette chaleur insoutenable qui allait le tuer – il le savait déjà.

              Même dans la nuit, le feu et les ruines, il connaissait sa ménagerie mieux que personne ; il ouvrit deux loquets à l'aveugle, se brûlant la paume de la main sur leur fer chauffé à blanc, et sentit, dans une énorme poussée de vent chaud, jaillir les deux fauves de leurs cages avant de disparaître au loin dans l'enfer rougeoyant. Ceux-là étaient sauvés ; ils ne l'attendraient pas.

              L'instant d'après, Ernest était au sol. Il avait trébuché et ne parvenait pas à se remettre debout ; ses muscles ne lui obéissaient plus, son cœur pompait dans le vide et sa gorge n'était plus qu'un immonde amas de chair brûlante et calcinée.

              Il sentit soudain qu'on le traînait sur plusieurs mètres, au travers des flammes qui dévoraient sa couverture et sa peau, au travers des décombres rendus blancs par la chaleur dévorante ; oui, il se sentit presque sauvé, lorsqu'il vit briller deux yeux rouges au travers des fumées et du voile de ses yeux bouffis. Deux billes incandescentes et un capteur bleu, au milieu de l'enfer noir et feu.

              Oui, il crut vraiment, du fond de son calvaire et de son délire, que Sacha allait parvenir à les sauver tous les deux.

              Mais au bout de plusieurs mètres, il sentit la panthère s'effondrer ; et il se souvint, dans un éclair de lucidité, de ses pattes tranchées par les mâchoires de son tigre chéri.

              L'enfer se referma sur eux.







              On retrouva, à l'aube, deux squelettes côte à côte au milieu des décombres fumants – l'un était d'os, l'autre de métal. Personne n'eut besoin de parler. La même idée flottait dans toutes les têtes.

              Tempo reçut plus d'un crachat sur sa gueule blanche et douce, ce jour-là.

              Sans Ernest pour s'interposer, le tigre disparut bientôt de sa cage, remplacé par sa copie cybernétique. Suivi du reste des fauves. Puis, quelques années plus tard, de toute la ménagerie.

              Aujourd'hui, cela fait bien longtemps que les enfants ne savent plus à quoi ressemblaient les cirques.

.






   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
   

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Mousikeí Hebdo - Semaine 6
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