Encre Nocturne
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 Comment dresser la Mort

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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Féminin Balance Messages : 4803
Date d'inscription : 17/05/2014
Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
Humeur : Lapinesque. (ça veut dire paisible et joyeuse)

MessageSujet: Comment dresser la Mort   Jeu 23 Fév 2017 - 13:49

Les autres Bêtes de l'Apocalypse ici




Bêtes de l'Apocalypse




Comment dresser la Mort







             
              – Hé !
              – Chut !
              – Mais…
              – Ferme-la !
              – Mais viens v…
              – Je bouge pas mes fesses de là. Et tes exos de maths, tu crois qu'ils vont se faire tout seul ?  
              – J'ai un truc à te montrer.
              – Quoi, la bulle que tu vas te ramasser à ton prochain contrôle ?

              Le petit leva ses grands yeux clairs vers son aînée, penchée sur son bureau à côté de lui.
              – Non… J'ai trouvé un truc… un truc de fou.
              Mortellement sérieux.

              – Ah, je pensais pas que tes cahiers regorgeaient de trésors insoupçonnés.
              – Mais non, nouille ! s'énerva le blondinet aux joues rondes. Ce midi, dans la cave de la vieille baraque abandonnée du voisin numéro deux.
              – Quoi ? Attends, tu y es retourné ?    
              – Ben quoi, attends, elle est géniale cette maison, se défendit-il. Tu devineras jamais ce que j'y ai trouvé.

               Marie se repencha sur son livre, une équerre à la main et sa petite langue rose tirée entre ses lèvres.
              – Mmh ah ouais ?
              – Ouaiiiiis ! trépigna son petit olibrius de frère, nommé Lucien. Devine pour voir ! Devine pour voir !
              – Chépa moi. Un vieux coffre à jouets ? Genre, avec des dinosaures déglingués qui dépassent ?
              – Tu me prends pour qui, j'ai plus six ans ! Devine mieux !
              – Flemme. Je travaille. Je suis au collège, moi, monsieur.  
              – Pfff madame la nulle ! Ok je te donne un indice. C'est… vivant.

              Il y eut un instant de silence. Un éclat de curiosité, une curiosité terrible et irrépressible, passa dans les prunelles agrandies de sa sœur. Le garçon eut un sourire, certain de l'avoir ferrée. Marie adorait les animaux. Tout comme lui.
              Leur mère était occupée à la cuisine ;  leur père ne rentrerait pas avant deux bonnes heures.
              La presque adolescente considéra quelques instants son bureau avec un air d'ennui profond, avant de bondir d'un seul coup de sa chaise comme un kangourou venant de se faire piquer les fesses.

              – Ok. Montre voir. Mais juste dix minutes hein !





              Elle avait été optimiste, pour ne pas dire utopiste. Elle savait bien qu'il fallait déjà dix bonnes minutes pour accéder à la fameuse "vieille baraque abandonnée du voisin numéro deux", le temps de longer la clôture qui bordait la rue dans une posture courbée ridicule digne d'un vieux film d'espionnage, de se glisser comme un gros ver dans le trou du grillage, de ramper sur les coudes quelques instants sur l'herbe sous la fenêtre du voisin en question, de traverser en courant la pente de son jardin, de bondir comme un cabri par-dessus la vieille barrière de sa deuxième propriété, et de galoper jusqu'à la maison ancienne qui se trouvait tout au fond, immense derrière le sublime panneau "Propriété Privée - Interdiction d'entrer".

              Ces quelques mots avaient très longtemps terrifié les deux enfants, trop bien élevés – en apparence – pour aller crapahuter dans un lieu défendu. Mais la curiosité avait fini par gagner lorsqu'une commère du village avait un jour affirmé doctement que ledit voisin cachait des objets anciens, valant une fortune, dans cette antique demeure.
Bien entendu profondément désintéressés par l'argent, c'était l'idée de trésors cachés qui avaient séduit les deux complices. Mais face aux poutres rendues branlantes, aux planchers dévorés par les termites et aux éboulis du sous-sol, le danger de telles explorations avait convaincu Marie de ne plus y remettre les pieds et de tenter d'en dissuader son petit frère. Ce qui, évidemment, n'avait jamais réellement fonctionné.

              Et aujourd'hui, des années plus tard, leur duo comique et maladroit se dressait à nouveau devant la sombre bâtisse. Le temps, la neige et le vent avaient lézardé ses murs, elle était tourmentée par la vermine, torturée par la guerre que ses fenêtres brisées avaient vue passer il y avait presque vingt ans. Ils se glissèrent sous son vieux chambranle, d'un pas précautionneux sur les dalles de céramique cassées, puis levèrent la tête, bouche bée ; soudain s'ouvrit un ciel de poutres, de poussière et de toiles d'araignées, comme un squelette de bois noir dont les côtes miteuses se déployaient au dessus d'eux.

              – Viens, dit doucement Lucien.
              Sa petite voix tonna dans le silence, brisant soudain la ouate délicate qui flottait dans l'air, invisible, séparant leur présent du passé figé dans cette maison. Sa sœur sursauta. Elle lui emboîta le pas, tâtonnant du pied sur les débris qui jonchaient le sol, le cœur battant à tout rompre sous le poids du vide qui pesait sur eux depuis les profondeurs noires de la demeure.

               Ils descendirent deux escaliers sinistres et grinçants auxquels il manquait plus d'une marche, accrochèrent de leurs mains diverses toiles d'araignée chargées d'une lourde cendre, qui s'appesantissaient sur la rampe – poussant chaque fois des petits cris de souris terrifiées dans le silence qui baignait les lieux.

              En débouchant dans la cave, humide et pleine d'odeurs poussiéreuses et douceâtres qui venaient leur chatouiller les sinus, Marie contempla d'un air vaguement dégoûté les mousses et les lichens sordides qui dégoulinaient le long des parois de béton ; pendant que Lucien, excité comme une puce, tirait vers eux quelque chose à grands bruits.

              Sa sœur eut un frisson en découvrant ce dont il s'agissait.

              Des chaînes.

              Elles étaient énormes, tout bonnement énormes, avec de lourds anneaux mangés de rouille qui hurlaient contre le sol rugueux et lançaient des éclats vengeurs vers la voûte.

              – Euuuuuh t'es sûr que… Euh… Mais y'a quoi au bout en fait ?
              Elle n'était soudain plus si certaine de vouloir le savoir.

              – Regarde, dit seulement le garçon en s'arc-boutant contre les liens de métal.

              Deux billes rouges, immobiles, s'allumèrent soudain dans l'obscurité.

              – Oh mon Dieu ! hurla Marie en bondissant en arrière, douchée jusqu'aux os par une terreur pure.
              – Chut !
              – Lâche ce truc ! s'époumona-t-elle encore. C'est quoi ?! C'est quoi ?! Qu'est-ce que c'est ? Lâche ça !
              – Il te fera aucun mal. Regarde…

              D'un dernier geste, Lucien acheva de tirer la lourde chose vers eux. Ses yeux rubis scintillèrent en accrochant la faible lumière, avant de s'assombrir à nouveau.

              – Mais c'est…

              Le garçon bomba son torse maigre tandis que sa sœur, fascinée malgré elle, ébauchait un pas puis deux pour tourner doucement autour de l'être immobile, statufié.

              – Un Cerbere… un Cerbere allemand…

              Elle se signa en disant ces mots.

              – Un Cerbere 10.5, ceux qui étaient basés sur les Rottweilers, précisa fièrement le benjamin en s'approchant délibérément de la bête pour lancer une pichenette audacieuse contre son poitrail, où scintillaient ces chiffres.

               Seul le silence lui répondit.
               – Marie ?

               Il se retourna vers elle.
               – Il est classe, hein ?

               Elle fit un pas en arrière. L'épouvante luisait dans ses pupilles dilatées au maximum.
               – Classe ?! répéta-t-elle d'une voix blanche. Classe ? Ce truc est… c'est… une arme, le genre de trucs qui a tué des centaines, des milliers de personnes pendant la guerre ! On ne…
               – Mais regarde, il est inoffensif. Il doit être en veille, éteint ou quelque chose comme ça, dit le garçon un peu étonné en se rapprochant derechef de la bête de métal.
               – Ne le touche pas ! glapit Marie d'une voix suraigüe qui ne lui ressemblait pas.

               Riant de sa terreur, il se mit à caresser voluptueusement le crâne lisse et brillant de l'animal.
               – Mais regarde, nouille ! C'est bon ! C'est sans danger.
               – Tu parles, brailla son aînée en moulinant ridiculement des bras pour tenter de le ramener auprès d'elle, tout en se tenant le plus loin possible du molosse statufié.
               – Il est trop bien, répéta Lucien en le couvant amoureusement des yeux. Regarde comme il est beau !

               Il suivit du bout du doigt la ligne agressive du chanfrein de l'animal, contourna son œil de verre illuminé de rouge, descendit le long de sa joue de fer, le long de son cou court et râblé, effleura son lourd poitrail, sa patte puissante jusqu'aux quatre griffes d'acier articulées qui saillaient sur le sol.

               – Laisse-le, espèce de crétin ! Mais laisse-le ! Viens on s'en va !
               – Mais je…
               – Tu as menti, t'avais dit que c'était quelque chose de vivant, alors que ça c'est juste un monstre, un robot éteint, qui risque de nous tuer tous les deux si jamais on le rallume sans faire gaffe !

               Sa main jaillit, agrippa le bras fin de son frère en serrant jusqu'au sang, avant de le tirer vers elle avec une force qu'il ne lui connaissait pas.

               – Alors maintenant tu te tais, tu prends tes cliques et tes claques et on s'en va ! Ce truc, faut qu'il reste là jusqu'à ce qu'il soit tout cassé et qu'il puisse plus jamais marcher. T'as pas écouté les cours d'histoire ou quoi ? Les nazis ont massacré des milliers de gens avec ces trucs. Tu sais ce que disait la brochure de pub de l'époque ? "Un maître pour la vie, tout autre est un ennemi !" Ces trucs sont… Enfin Lucien t'es malade ou quoi ? Chacun de ces chiens a au moins trois armes différentes planquées sur lui, et je compte même pas les griffes et les crocs ! Ils mettaient des pointes de diamant à l'époque pour être sûrs qu'ils broient les os sans jamais s'abimer !

               Perdue dans sa litanie d'horreurs apprises par cœur, elle n'avait pas remarqué qu'ils montaient l'escalier au ralenti et qu'elle traînait littéralement son frère boudeur derrière elle.

               – Ils leur faisaient sentir un truc, une chaussure ou n'importe quoi, ils lâchaient le chien et il parcourait des dizaines, des centaines de kilomètres sans jamais s'arrêter, jusqu'à tuer sa cible ! Ils avaient un dispositif de traduction des mots allemands et des gestes pour que les milices et les bourreaux puissent leur indiquer le plus clairement possible où mordre et quel os broyer, ou quelle torture appliquer aux pauvres gens devant eux ! Non mais est-ce que tu te… rends compte ? Dire qu'ils ont tous été mis à prix, traqués et détruits après la guerre ! Il paraît que les incinérateurs ont brûlé pendant deux jours d'affilée et que certaines régions ont sentit le métal et la fumée à plein nez pendant super longtemps ! Non sérieusement, tu te rends pas compte ou t'as des neurones déconnectés aujourd'hui, c'est pas possible. Faut prévenir les gendarmes, qu'ils aillent le chercher et le détr…
               – Non !

               Le garçon se dégagea d'un coup sec et galopa jusqu'au bas de l'escalier dans un concert de grincements, manquant trébucher et se rompre le cou. Sa sœur leva le menton, le transperçant d'un regard glacial.

               – Tu…
               – Non, s'il te plaît ! supplia-t-il – il savait très bien comment faire flancher sa sœur, quels que soient les états dans lesquels elle se trouvait. S'il te plaît, faut pas le tuer.
               – Il est même pas vivant !
               – T'en sais rien ! cria-t-il. C'est un chien, quand même, à la base ! Il est inoffensif, tu as bien vu. Et puis… Et puis…

               Il s'essuya les yeux d'une main rageuse, et cruellement piquée par la curiosité, Marie ne put que demander :
               – Et puis ?
               – Tu sais bien, on dit toujours qu'il n'y a pas de mauvais chiens, que des mauvais maîtres. C'est comme Blanche, elle était gentille, tu te souviens de Blanche ?
               – Oh, tais-toi, grogna Marie, qui tentait désespérément de ne pas se laisser atteindre par son sentimentalisme

               Peine perdue, et il le savait. Blanche avait été pendant longtemps leur chien de compagnie, leur toutoune chérie. Il s'agissait d'un pit-bull qui avait été recueilli et élevé  par leur mère dans sa jeunesse. Les enfants ne l'avaient connue que vieille et lente – ils avaient littéralement grandi dans son giron, elle surveillait leur berceau après leur naissance et joua avec eux dès qu'ils furent assez grands. Devenue comme une sorte de nounou, une nounou  courte sur pattes et aussi douce qu'un agneau, elle était morte de maladie un beau jour, les laissant seuls et désemparés.

               – Tu te souviens que dans la rue quand on la promenait, les gens prenaient toujours un air dégoûté en la voyant, ils s'écartaient et fronçaient les sourcils, continua Lucien qui sanglotait à gros bouillons à présent, en laissant difficilement passer les mots hachés hors de sa gorge. Et nous on comprenait jamais pourquoi et on avait de la peine… Et puis ils éloignaient leurs enfants… Ils leur disaient toujours qu'elle était méchante, qu'elle allait les mordre ou les manger tout crus … et qu'il fallait jamais la caresser… Alors qu'elle adorait les enfants… et les gens… Et eux ils lui crachaient dessus… Et nous on…

               Il n'arrivait même plus à parler sous la force de ses pleurs et Marie, après un moment de latence éberluée face à cette cascade impromptue, avait désormais du mal à rester insensible.

               – Et nous on était là, et on la regardait la pauvre avec sa grosse muselière, et quand il n'y avait personne on lui enlevait pour qu'elle respire mieux, mais il y avait toujours des gens qui arrivaient et poussaient des cris de terreur… Comme si c'était un monstre…
               – Arrête, grogna Marie en clignant désespérément les paupières pour en chasser l'eau et l'image de la petite chienne débonnaire et baveuse. Arrête !
               – Alors, reprit Lucien dont elle ne comprenait presque plus les mots, tant ils étaient humides et mâchouillés par sa douleur d'enfant, je me disais que… que pour les Cerbere c'était peut-être pareil… Qu'est-ce qu'on en sait, nous, hein ? On sait pas ce qu'il se passe dans leur tête, ils avaient des maîtres méchants alors, ben, ils étaient méchants, tu vois ? Je suis sûr qu'au final ils étaient tous comme Blanchette… mais nés dans la mauvaise famille… Et personne le saura jamais parce qu'ils ont tous été brûlés, alors que les vrais fautifs c'étaient pas eux, c'étaient leurs maîtres, non ? Non ? Mais voilà, on est tombés sur çui-là et… Blanche me manque et je me suis dit qu'on pourrait l'élever bien lui aussi, le recueillir pour en faire un super chien, comme avait fait maman à l'époque… Et lui apprendre à jouer avec un bâton, à aller chercher le journal et tout… on ferait la course tous les trois dans le pré… Et les gens pourraient rien dire vu qu'ils seraient pas au courant, vu que ce serait notre chien à nous… notre chien secret…

               Il se tut lorsque Marie le serra dans ses bras avec un air bourru accroché à ses traits noyés de larmes – elle avait dévalé l'escalier le temps de sa tirade. Ils restèrent un long moment enlacés, gauches et crispés ; eux qui passaient d'ordinaire plus de temps à se chamailler qu'à se réconforter… Puis la grande sœur prit une grande inspiration, se frotta les yeux d'une main exténuée et finit par dire :
               – Bon d'accord, on va pas prévenir les gendarmes et on le laisse là, mais alors tu promets de faire attention.

               Un silence.

               – Très très très attention.

              Il levait déjà vers elle de grands yeux énamourés, lorsqu'elle planta un index inquisiteur dans son ventre :
              – Tu peux le caresser et tout, mais tu n'appuies sur rien du tout et tu ne le réveilles pas avant… avant qu'on en sache plus. D'accord ? Et moi je me charge de faire des recherches.

              Ils remontèrent doucement l'escalier puis débouchèrent hors de la maison sous un grand ciel noir piqueté d'étoiles, tendu loin au dessus de la vallée comme une étole froide.

              Ils rentrèrent chez eux dans une sorte de transe, deux petites silhouettes sombres qui disparurent dans le silence.








              Marie emprunta dès le lendemain tous les livres couvrant le sujet à la bibliothèque municipale. Du moins, elle faillit les emprunter mais se ravisa au dernier moment, imaginant sans peine ce que penseraient les gens d'une préadolescente croulant sous une pile d'ouvrages dédiés à la guerre, au massacre et à la torture… Elle s'installa donc à une table dans un coin désert, avec un regard de bête traquée, cachant du mieux qu'elle pouvait les livres abjects. A peine vingt ans après la fin du grand désastre, ridiculement peu de documents étaient parus sur le sujet, comme si la peur terrible de l'époque colonisait encore les auteurs français. Ou comme si quelque chose, une censure officieuse ou affichée, pesait telle une toile d'araignée sur les rayons des librairies. Il lui avait fallu rassembler tout son petit courage pour oser demander au bibliothécaire l'autorisation de consulter lesdits ouvrages. Il avait accédé à sa requête, hésitant, l'ombre d'une vieille terreur flottant dans sa pupille.

              Mais après deux heures de lecture, puis deux jours plus tard, puis une semaine plus tard, Marie dut finalement se rendre à l'évidence : les récits étaient arrangés, faux, retouchés. Evasifs. Perclus de trous. Son esprit vif avait eu tôt fait de recouper les faits, noter les ellipses temporelles, l'absence de précisions touchant à toutes les horreurs implicites ou niées, le manque de témoignages ou de preuves.

              Quant aux Cerbere, il ne fallait même pas y songer ; ils étaient mentionnés, décrits parfois, dénombrés et datés, mais c'était tout. Nulle explication sur leur fonctionnement ou leur fabrication. Personne ne voulait extirper leurs ombres toxiques de là où elles étaient désormais. Les chiens robots étaient morts avec l'oppresseur aux yeux de la France, et ils devaient le rester.

              Les spectres de la terreur et de la mort planaient encore sur les livres, Marie pouvait les sentir rien qu'en les feuilletant.

              Au bout de deux éprouvantes semaines, la mort dans l'âme, elle abandonna ses recherches. Désormais persuadée que réveiller le Cerbere était une très mauvaise idée, pour ne pas dire un désastre catastrophique en perspective, elle comptait bien en dissuader son frère.

              C'est en rentrant à la maison et en se laissant tomber devant la vieille télé qui crachotait les informations qu'elle prit conscience de deux choses : d'abord qu'elle n'avait pas revu son frère depuis la veille au soir, ensuite que depuis plusieurs jours celui-ci ne faisait que passer dans le salon avant d'aller s'enfermer dans sa chambre.
             
              Or, cela faisait également des jours qu'elle voyait, du jardin, la fenêtre de ladite chambre grande ouverte. Elle entendait son vieux battant pelé claquer dans le vent jusqu'à tard dans la nuit.

              En un instant foudroyant, ces détails cruciaux sautèrent au yeux de Marie désormais convaincue que son frère galopait quelque part dans la campagne nocturne, avant de lui glacer les sangs. L'électrochoc provint de la voix du présentateur qui chevrotait au téléviseur, de son image tressautant sur l'écran, qui déblatérait sur un fait divers pour le moins terrifiant. On avait aperçu un Cerbere nazi dans la région.

              Aux alentours de leur village, pour être précis.

              Vingt ans après la guerre, le cauchemar refaisait surface. Le mal, tel une gangrène éradiquée dans le sang et le sacrifice, réapparaissait.

              Tétanisée devant l'écran, terrifiée comme une petite fille rattrapée par ses mauvais rêves, Marie sentait ses veines charrier des lots de glaçons pointus, acérés. Un millier de pensées brûlantes s'entrechoquèrent sous son crâne l'espace d'un instant ; un grand vide leur succéda ensuite.

              Sans même réfléchir à ce qu'elle allait faire, elle se leva en titubant, attrapa son manteau et poussa la porte de la maison. Le blizzard qui régnait dans la nuit l'avala, l'engloutit dans un cri.






              Perdue dans la glace sifflante de cette nuit d'hiver, giflée par le vent, ses vieilles bottes paysannes emplies de neige jusqu'aux chevilles, Marie se sentait perdre pied alors même qu'elle n'était pas encore sortie du village. Tous les gendarmes du département devaient déjà grouiller dans les alentours ; si ce n'était déjà fait à cause de l'alerte météo, ce serait le cas dès le lendemain aux aurores. Le blizzard et la nuit étaient ses seuls alliés pour retrouver son frère avant eux. C'était lui qui avait réveillé le Cerbere, Marie en était certaine. Cette conviction lui brûlait les entrailles, la terreur lui donnait envie de vomir. Elle savait trop bien, désormais, ce que faisaient subir les Cerbere à leurs proies... Elle sentait presque la bête de métal rôder autour d'elle, la jauger du haut de sa stature, ramper dans la neige en se préparant à la déchiqueter. Elle n'avait aucune défense, aucune aide à attendre.  Un murmure glacé s'enfuit de ses lèvres entrouvertes.

              – Dieu, Père miséricordieux, qui as révélé Ton amour dans ton Fils Jésus-Christ,
et l’as répandu sur nous…

              Les yeux agrandis d'effroi, les lèvres mordues par le froid glacial et le vent de nuit alors qu'elle poursuivait sa litanie sans fin, elle continuait pourtant, s'enfonçant dans les ténèbres blanches, sa petite voix tourmentée par les hurlements des rafales.

              – … nous Te confions aujourd’hui le destin du monde et de chaque homme. Penche-toi sur nos péchés, guéris notre faiblesse, vaincs tout mal, fais que tous les habitants de la Terre…



              Au loin, à l'autre bout de la longue avenue enneigée, quelque chose galopait le long d'une rue. Des éclaboussures de glace scintillaient sous la lumière de la lune, de lourdes empreintes marquaient les congères fragiles, aussi profondément que l'aurait fait une enclume ou une barre de fer, jusqu'à frapper le pavé dur en dessous.
La mort était en marche.




              Faites que je retrouve Lucien. S'il vous plaît faites que je retrouve Lucien…

              – Lucien ! hurlait la jeune fille tous les trois pas, projetée de gauche et de droite comme une poupée sous la puissance de la tempête qui ravageait la vallée. Lucieeeen !

              Il pouvait être n'importe où. Elle eut soudain un éclair de lucidité. Le Cerbere avait peut-être bien quitté la maison abandonnée, mais si son frère avait deux sous de jugeote – et s'il était encore en état de le faire, mais la cerveau de Marie se refusait à formuler cette pensée – il avait dû y rester et s'y cacher, loin du monstre et du mauvais temps qui sévissait à l'extérieur.

              Sans même prendre le temps de plus y réfléchir, s'accrochant à ce fragile espoir, elle bifurqua lentement le long de la bâtisse voisine, courbée comme une vieillarde sous la colère du ciel et du vent ; puis elle se laissa tomber à plat ventre et se traîna sur les coudes sous le grillage, le visage poudré de neige et les dents brûlées par le froid, son petit dos exposé au vent. Si vulnérable ! Une énorme nausée lui souleva le cœur en imaginant le monstre lui tomber dessus et lui ouvrir le dos d'un coup sec, comme on coupe une sardine en deux.

              – …fais que tous les habitants de la terre fassent l’expérience de ta miséricorde, afin qu’en Toi, Dieu Un et Trine, ils trouvent toujours la source de l’espérance… Père éternel…

              Le cœur battant la chamade et sur le point de lâcher, elle se releva difficilement, tituba sous la gifle d'une rafale et se remit à courir, aussi vite que ses jambes gelées et trempées le lui permettaient.




L'ombre noire se rapprochait petit à petit. Elle n'avançait pas vite, tant ses bonds étaient lourds ; ses six pattes puissantes étaient ralenties par les trente centimètres de neige moelleuse qui couvraient le goudron de la rue. La machine avait été conçue pour avaler les kilomètres sur terrain plat et ras, non dans un petit village de montagne isolé dans l'hiver glacial. Un animal véritable aurait depuis longtemps lâché l'affaire, les membres gelés et le pelage trempé ; mais celui-ci, dont les yeux de verre rougeoyaient en transperçant la nuit de leur lueur artificielle, ne possédait ni fourrure ni chair, et nul nerf pour lui transmettre le froid. Chacun de ses bonds, strictement identiques, n'excédaient pas le précédent d'un centimètre ; la bête progressait le long de l'avenue avec une régularité de métronome, sa longue échine tendue sous l'obstination dure et tranchante que possèdent les seules machines. Derrière elle, invisible dans la neige, s'étirait une longue file de fantômes sanglants, ceux qu'elle avait égorgés, torturés par milliers pendant la guerre jadis. Quelle que puisse être la vitesse – toute relative – de sa proie, celle-ci s'épuisait vite et perdait du terrain. Le Cerbere savait qu'il allait l'avoir. Le Cerbere ne manquait jamais sa cible.




              – Lucieeeen ! s'égosilla encore Marie en roulant et glissant à moitié au bas de la pente glaciale du pré.

              Ou de ce qui jadis avait été un pré, et n'était plus à présent qu'un enfer blanc et tourmenté.

              La jeune fille, les poumons en feu, prit enfin pied sur les marches de l'antique maison, se secoua comme un chien mouillé et se jeta dans les escaliers, avant de s'immobiliser.

              – Lucien !

              Silence. Elle se passa une main sur les yeux et bondit sur les marches, dégringolant le long de la rampe jusqu'au sous-sol. Ses sanglots étouffés résonnaient dans le silence glacial de la demeure.

              – … pour la douloureuse Passion et la Résurrection de ton Fils, accorde-nous ta miséricorde…

              Ses mots étaient entrecoupés, hachés par son souffle tremblant. Epuisée, elle s'arrêta avant de franchir le chambranle de la cave, les mains posées sur les genoux, respirant profondément en tentant de se calmer. Les larmes chaudes coulaient le long de ses joues gelées. Il était sûrement là. Il était obligé d'être là…

              Elle eut soudain une sensation étrange, et se retourna dans un frisson de terreur.

              Loin au dessus d'elle, tout en haut de l'escalier, deux billes rouges brillaient dans les ténèbres.

              Marie sut qu'elle allait mourir.

              Elle regarda les mâchoires d'acier briller un bref instant en dessous des lentilles de verre de la machine, avant de claquer ; un aboiement sonore, démesuré, éclata et enfla, abrutissant les tympans de Marie qui mit les mains sur ses oreilles et se mit à hurler. Une fine poussière dégringola sur la scène, du haut des poutres ébranlées.

              Une phrase se mit à défiler devant ses yeux,  des lettres d'encre noire tapées à la machine sur le papier, une seule et même phrase formulée de dix, de vingt manières différentes, tirée des témoignages de tous les livres de cauchemar dont elle s'était abreuvée ces deux dernières semaines.

              Lorsque les Cerbere allemands aboient à la fin de la traque, pour prévenir leurs maîtres, il est trop tard ; leur proie est déjà morte, sans le savoir encore.


              Le monstre se jeta dans l'escalier.
               La gorge en feu et le cœur sur le point de se rompre, ses yeux agrandis d'effroi fixés sur le chien de métal qui dévalait les marches, défonçant leur bois fragile sous ses lourdes pattes, Marie eut une vision grotesque d'elle-même démembrée puis égorgée, et accepta sa mort du fond de son délire.

              – Accorde-nous… ta miséricorde… ainsi qu’au monde entier…

               La pénombre s'obscurcit encore tandis que ses yeux se révulsaient ; elle se sentit basculer doucement.

              – Amen.

              Elle sombra dans une sorte de rêve noir et sanglant, tout en percevant la silhouette haute et trapue du chien des Enfers stopper son lourd galop, puis se dresser au dessus d'elle. Il abaissa son sinistre faciès vers sa gorge, doucement, mâchoires ouvertes comme un piège à loup qui attend de claquer.


              Il y eut soudain une cavalcade, puis une voix résonna bizarrement dans son inconscient brumeux.

              – Oh ! Nein ! Nein nein ! Couché le chien, couché ! Mince, comment on dit déjà ? Leg dich hin Filou ! Allez ! Allez mon beau, voilà c'est bien, couché. Et pas bouger. Je t'avais dit d'aller la chercher, pas de lui flanquer une crise cardiaque ! Filou, und rühr dich  ! Und rürh… Voilà c'est bien. Va vraiment falloir que je t'apprenne le français…

              Du fond de son inconscience tourmentée aux prises avec sa mort imaginaire, Marie, sans parvenir à appréhender pareille situation aussi miraculeuse qu'absurde, pensait stupidement aux réactions des gens si jamais Lucien se mettait à parler ce sabir devant eux. Où avait-il bien pu apprendre cette langue haïe ?

              Elle ne pensa pas une seconde que c'était au molosse de métal chromé qu'il s'adressait ainsi. Ni que devant lui, devant sa bouille angélique de petit Français campagnard, ployait la mort en personne ; ployait le grand cerbère allemand.






Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Dernière édition par La Lapine Cornue le Ven 24 Mar 2017 - 18:53, édité 2 fois
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Flopostrophe

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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Dim 26 Fév 2017 - 17:30

J'adore lire tes nouvelles, Corne! Celle-ci est géniale, encore une fois. Le suspense est maintenu jusqu'à la fin... Et ouf ça se fini bien :vague: En même temps, j'imaginais bien que ce petit garçon avait beaucoup de talent avec les bêtes, vu sa description, donc il DEVAIT venir en aide à sa sœur avant qu'elle ne meure :) Et tu réussis bien à nous faire flipper quand même, avec ce mauvais temps, ce monstre qui la suit, ce décor poussiéreux... Bien joué!
Franchement, c'est très original et accrocheur (ah oui j'ai lu tout sans m'arrêter). Fais juste gaffe parce qu'il me semble qu'à un moment la sœur dit Léo au lieu de Lucien, et à un moment tu as écrit Clara au lieu de Marie...
Voilà, hâte que tu poste encore des textes de ce genre!

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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Mar 28 Fév 2017 - 19:46

Merci Flopi, ça me fait énormément plaisir cute (tu as lu d'autres de mes textes ? :waaat )

Ouuups oui j'ai modif le moment Clara-Marie mais j'arrive pas à trouver le fameux "Léo", est-ce que tu peux me dire le passage où ça se trouve ? (en fait au début ils s'appelaient Léo et Clara mais c'était trop contemporain pour des enfants du 20e siècle scratch )

Merci encore de ta lecture et de ton commentaire, je suis contente qu'il t'ai autant plu cute

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cnslancelot

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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Mar 28 Fév 2017 - 20:06

Une jolie histoire qui vous tient en haleine jusqu'au bout !

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CnsLancelot pour vous servir cheers

Jouant des mots comme on manie l'épée
Moi, Lancelot fait chanter proses et versets
A bras ouverts, ou embrassées
J'accueille les rimes que sur le papier j'ai posées
Et au son du vent d'automne
Soufflant par la fenêtre ses accords monotones
Je dévoile à travers ma poésie
Tout l'état de mon être

Si vous souhaitez me lire, c'est par ici
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Flopostrophe

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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Mar 28 Fév 2017 - 21:20

Avec grand plaisir :D
Sur toutes celles que tu as déjà écrites, je n'en ai pas lue beaucoup, mais le temps fera qu'un jour je les aurai toutes lues :huh:
Le Léo est caché au milieu de l'histoire, au milieu de ce paragraphe : " – Alors maintenant tu te tais, tu prends tes cliques et tes claques et on s'en va ! Ce truc, faut qu'il reste là jusqu'à ce qu'il soit tout cassé et qu'il puisse plus jamais marcher. T'as pas écouté les cours d'histoire ou quoi ? Les nazis ont massacré des milliers de gens avec ces trucs. Tu sais ce que disait la brochure de pub de l'époque ? "Un maître pour la vie, tout autre est un ennemi !" Ces trucs sont… Enfin Léo t'es malade ou quoi ? Chacun de ces chiens a au moins trois armes différentes planquées sur lui, et je compte même pas les griffes et les crocs ! Ils mettaient des pointes de diamant à l'époque pour être sûrs qu'ils broient les os sans jamais s'abimer ! ", comme ça je suppose que tu le retrouveras :)

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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Mar 28 Fév 2017 - 23:45

Ok :huh: :huh:

Ok merci beaucoup je modifie ça bientôt :huh:

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MessageSujet: Re: Comment dresser la Mort   Mer 1 Mar 2017 - 14:28

Une chouette histoire :)

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