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 L'As de feuilles

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La Lapine Cornue
Divine cerfette et ses lapins multicolores
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MessageSujet: L'As de feuilles    Ven 24 Mar - 19:09

SALUT
De nouvelles bestioles à vous mettre sous la dent dans le cadre de ma série sur les Bêtes de l'Apocalypse... et celles-ci sont en papier et en carton et combattent dans des arènes miniatures :-p

Le titre (et toute l'histoire du coup) m'a été inspiré par un des thèmes du CC auquel je n'avais pas pu participer.


Si mes univers / bestioles vous plaisent, allez arpenter la section Nouvelles, j'ai posté plein d'histoires sur ce même thème futuriste :lapiiiin:



Première partie :



   

   
Série Bêtes de l'Apocalypse




   
L'As de feuilles
   

   

           

   


            Les toits de tôle et de draps scintillaient sous les feux du soleil de midi ; des milliers de tentures et de rideaux s'étiraient paresseusement dans l'air surchauffé de la rue, réfractant la lumière en échos dansants sur les murs.

            Les masures colorées, empilées les unes sur les autres et agrippées au flanc de la montagne comme des grappes de petites bestioles frileuses, étaient toutes de briques, de planches et de métal. Les énormes racines des plantes invasives les mettaient à mal ; elles les déformaient, les brisaient comme des miroirs cassés depuis quelques années déjà, depuis que plus personne n'avait d'argent pour les brûler chimiquement. La végétation finirait par avaler toute la ville ; mais dans le grand Rio, celui des riches, des buildings étincelants et des avenues aussi larges que des fleuves de goudron, on avait encore les moyens de lutter contre elle, de l'arracher, la couper, la broyer, l'intoxiquer, la réduire à néant, afin de laisser le champ libre aux touristes, aux voitures qui circulaient encore et aux chars de carnaval ; afin de faire comme si rien n'avait jamais changé.

            Dans les favelas en revanche, on avait appris à vivre avec, à vivre au rythme de ses floraisons purulentes qui empoisonnaient les rues et attiraient des nuages d'insectes, à croître d'un même élan que ses pousses agressives qui démembraient les baraques avec un acharnement opiniâtre.

            Sous l'une de ces fleurs gigantesques, à l'odeur lourde et sirupeuse, dont l'ombre bleue couvrait toute la façade de tissu d'une petite maison à moitié défoncée,  un jeune garçon se tenait accroupi à même la terre battue de la rue. Il se nommait Leandro, ses yeux étaient bruns et vifs, son short et ses vieilles sandales couvertes de poussière, et il était précisément en train de gagner sa pitance quotidienne ; comme il le faisait tous les jours depuis que le monde avait basculé dans cette espèce de chaos apathique dont la lente mâchoire s'était refermée sur toutes les nations humaines.

            Le jeu était simple et tous les gosses de la favela le connaissaient : pour manger il fallait gagner, pour gagner il fallait parier. Pour parier, il fallait combattre, et pour combattre, il fallait avoir en sa possession d'anciennes cartanimais. Leur commercialisation avait cessé depuis longtemps, en l'absence de firmes dédiées aux loisirs, mais on pouvait encore en trouver chez quasiment tous les adolescents du monde. En particulier dans les banlieues multicolores de Rio où, à l'époque, ce jeu avait révolutionné le quotidien des jeunes. Aujourd'hui, même si ce qui était devenu un gagne-pain était officieusement laissé aux enfants, certains s'étaient faits meurtriers pour avoir des cartanimais en leur possession, et de nombreux cartels et réseaux en tous genres les avaient ajoutées à leur liste de trafics lucratifs.

            Le jeu était inspiré des règles de la bataille, les paris en supplément. A l'origine, remporter la mise de l'adversaire équivalait à récupérer ses meilleures cartes, de manière définitive. L'ajout de sommes d'argent avaient été très à la mode pendant un moment. Cependant, dans ce simulacre de fin du monde qui n'en finissait plus et dont l'étau se resserrait petit à petit sur les villes, les monnaies avaient progressivement perdu toute valeur – hormis pour les riches qui pouvaient encore se permettre d'en débourser des quantités astronomiques pour de la viande de poulet ou des bouteilles d'eau minérale. Désormais, c'était le troc qui avait lieu sur les marchés. Les cartanimais permettaient à un enfant averti de récolter eau et nourriture pour sa famille – sur le dos d'un autre, mais qui s'en souciait ?  

            Les règles étaient les suivantes. On misait une certaine quantité sur chaque valeur de carte ; généralement une unité – une tomate, une conserve, une cigarette – pour les cartes les plus faibles, et cela pouvait monter jusqu'à trois ou quatre unités pour les rois et les as.

            Le plus intéressant était qu'en cas de victoire sur une carte plus forte que la sienne, on remportait le double de la mise initialement prévue. Cette particularité permettait parfois à Leandro ou à d'autres joueurs de son gabarit de ramener à leur famille des réserves suffisantes pour plusieurs jours.

            Bien entendu, avec des cartes standard, une carte forte l'emporte systématiquement sur une carte plus faible à la bataille ; mais tout l'intérêt des cartanimais résidait en ce fait qu'elles n'étaient pas, et de loin, des cartes ordinaires.

            Face à Leandro se tenaient quelques adolescents qui le dominaient chacun d'une bonne tête. L'un, nommé Salamaõ, un habitué, avait son jeu en main, levé devant son nez encroûté de la morve rouge que provoquaient les infections dues au pollen des fleurs invasives ; les autres devisaient comme un attroupement de commères, assis sur leurs talons sales en cercle autour des deux adversaires.

            Au centre de ce cercle s'ouvrait un large creux dans la terre battue, creusé par Leandro en début de combat. C'était l'arène dédiée aux cartanimais. De part et d'autre s'empilaient des tours précaires de boîtes de conserve, ainsi que deux plaquettes de médicaments ; puis des montagnes de vieux cigares et cigarettes posés à même le sol sur un carré de tissu. Leandro pariait le tabac, son adversaire pariait la nourriture et les médocs. Dans un ancien réflexe, l'œil averti du jeune garçon avait capté les dates de péremption dépassées sur les boîtes ; mais plus personne n'en était à ça près dans les favelas, et ce depuis longtemps. Quand aux cachets, il en avait un besoin vital pour son grand-père. Il ne pouvait se permettre de faire une croix dessus, ils étaient à portée de main.

            Leandro étaient en train de gagner, comme presque toujours. Il possédait son jeu depuis qu'il était petit et n'avait jamais cessé d'entraîner ses cartanimais, au contraire de la plupart des joueurs qui les avaient ressorties du placard quelques mois auparavant, lorsqu'ils avaient commencé à en avoir besoin. Un lien extrêmement fort s'était tissé entre le garçon et ses cartes au fil des années, plus puissant que celui qui l'unissait à son chien ou même à ses frères aînés.

            – Onze, énonça l'un des observateurs lorsque dans une attaque furieuse, son dix de pique triompha du neuf de cœur de son adversaire, le laissant faible et couinant.

            Leandro tendit la main pour récupérer le vainqueur ; les petites pattes du dragon en origami chatouillèrent la peau de son bras avant de rejoindre sa boîte de rangement. Son maître, pensif, hésita avant de tirer une autre carte. Onze boîtes de conserves. Il avait déjà gagné la presque totalité de la mise de Salamaõ ; il n'avait plus qu'à remporter encore quelques batailles avant de clore le combat et de partir avec son dû. Il ne devait pas faire d'erreurs. Contrairement à la bataille classique, dans laquelle les cartes étaient tirées au hasard et le vainqueur seulement tributaire de la chance, les cartanimais devaient être soigneusement choisies. Une carte déjà utilisée ne pouvait combattre à nouveau. Tout le challenge du jeu était de savoir jauger la force de ses cartes et de celles de l'adversaire, afin de ne gaspiller aucune figure puissante qui pourrait servir par la suite.

            Le choix de Leandro se porta finalement sur son neuf de trèfle, l'un de ses meilleurs éléments. Le petit tigre animé, en imitation papier cartonné, bondit de la boîte et se propulsa dans l'arène de fortune. Il émit un minuscule feulement vers Salamaõ qui, perplexe, hésitait visiblement entre écraser ce pion d'un coup de carte maîtresse ou bien combattre à armes égales. Leandro eut un sourire furtif. Il n'y avait pas de combat égal possible avec son neuf de trèfle, mis à part peut-être face à un roi ou un as suffisamment entraîné. Mais cela, Salamaõ ne parvenait pas à le comprendre. Cela leur était déjà arrivé de jouer l'un contre l'autre et l'adolescent dégingandé persistait à penser que le triomphe du neuf était dû à la chance.

            – Reine de carreau, grommela-t-il finalement et Leandro ne put retenir un grand sourire satisfait.

            Son adversaire avait foncé tête baissée dans son piège, venait de condamner l'une de ses meilleures cartes et de clore l'issue de la bataille au passage.




[A suivre]
   


   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
   

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Dernière édition par La Lapine Cornue le Dim 26 Mar - 17:08, édité 3 fois
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Lame37

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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Ven 24 Mar - 20:17

Pas mal comme texte, on croirait assister à un genre de jeu à la Yugi Yo (version manga, anime). Que de souvenir.

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DarkWriter

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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Dim 26 Mar - 14:50

J'adore cette série ! Continue, je veux voir le reste de cette histoire !

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"Telle est la force de la passion, - telle en est la limite aussi et c'est pourquoi je ne l'aime pas. La passion est une terrible destructrice. Elle détruit dans la tête de qui la loge tout ce qui n'est pas son idée fixe. Elle fait une effroyable consommation d'impulsions et de concepts dont elle nourrit son insatiable cancer. Et quand, par fortune bonne ou mauvaise, elle vient à disparaître (comblée ou consumée), elle laisse dans la maison de qui l'a nourrie une vacance dévastée, et son hôte privé de désirs, - hormis la soif de devenir esclave de nouveau."

     - Vercors

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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Dim 26 Mar - 17:14

SALUT :défi: :défi:

Merci beaucoup vous deux, ça fait plaisir :-p

Lame : haha c'était le but alors je suis contente si ça t'a replongé dans tes souvenirs rire2




LA SUITE :ffmental:






 

 
Série Bêtes de l'Apocalypse




 
L'As de feuilles - suite
 

 

         

   


              Son adversaire avait foncé tête baissée dans son piège, venait de condamner l'une de ses meilleures cartes et de clore l'issue de la bataille au passage.

              – Non, non ! s'exclama soudain celui-ci en renvoyant d'une pichenette la licorne dans sa boîte avec les autres. Neuf… neuf de coeur !

              Le jeune garçon fronça les sourcils, fissurant son masque imperturbable. Comme dans le jeu classique, deux cartes égales ne faisaient qu'engager un deuxième combat. En battant l'as, il aurait gagné le combat sans efforts ; cette bataille supplémentaire n'arrangeait pas ses affaires et l'inquiétait au plus haut point, parce qu'elle signifiait que son adversaire avait réfléchi à un embryon de stratégie. Cela n'arrivait jamais chez Leandro ; son cerveau était taillé pour l'action, il était impulsif et sensitif, calculait les gains et les pertes dans l'instant précédant une carte, sans jamais chercher à voir plus loin. Les stratèges le perdaient dans leurs circonvolutions piégeuses, il ne les aimait pas.

              Avec un peu de chance, Salamaõ bluffait. Il n'avait pas l'étoffe d'un grand tacticien, et de toute manière Leandro avait triomphé de bien pire.

              – T'es sûr de ce que tu fais ? mâchonna l'un des spectateurs, tirant d'un air docte sur le bâton de fausse réglisse qui lui noircissait les dents.

              – Ouais ouais, tu vas voir, siffla Salamaõ en regardant son tigre de papier rejoindre son double dans l'arène.

              Les deux cartes se tournèrent autour quelques instants, goûtant l'air à petits coups de nez précis, découvrant leurs canines minuscules et leurs gencives blanches ; puis elles s'immobilisèrent face à face et se statufièrent, leurs prunelles fixées dans celles de l'adversaire. Un symbole de lumière bleue et voilette s'éleva au dessus de leur échine, avant de se dissoudre dans l'air chaud. Battle !

              – Batalha, renchérirent les spectateurs en choeur en se penchant vers l'arène miniature.

              La mise de ces cartes venait de doubler.

              Le jeune garçon et l'adolescent se fixèrent, un air de défi crispé sur leurs traits ; ils ne disposaient que de quelques instants pour réfléchir avant que leur jeu n'éjecte automatiquement une carte hasardeuse.

              Six, annonça une nouvelle projection lumineuse qui s'effaça au bout d'une demi-seconde.

              Leandro jeta un coup d'œil à ses cartes restantes. Trop pour les compter mais il connaissait son jeu par cœur, il savait exactement de quelles options il disposait.

              Five !

              Pas de folies. Tout pouvait se jouer maintenant, mais après tout, chacune de ses cartes était meilleure que l'équivalent qu'en avait Salamaõ. Il ne devait pas l'oublier.

              Four !

              Il était tout de même obligé de lancer une carte supérieure aux neuf. Il ne lui en restait pas tant que cela… Dix ? Valet, Reine ? Roi ? As ?

              Three !

              Plus que trois secondes ! Il fallait qu'il se décide maintenant. Une carte moyenne ferait l'affaire… Oui, mais si Salamaõ lançait sa carte la plus puissante ?

              Two !

              Il fallait que Leandro prenne une carte forte. Une batalha, c'était dangereux. Il ne fallait pas plaisanter avec. Les mises étaient doublées.

              One !

              D'un autre côté, utiliser une carte maîtresse revenait à la perdre par la suite, or la suite serait cruciale, mieux valait conserver ses forces ! Leandro ne pouvait pas prendre de risques lorsqu'il s'agissait de cachets pour son grand-père.

              Autorun !

              Le garçon se frappa le front lorsqu'un claquement se produisit dans son jeu et qu'une carte fut automatiquement projetée dans les airs.

              Quatre de pique.

              Leandro serra les mâchoires. Le quatre de pique était coriace, mais il n'était qu'un quatre. Si Salamaõ avait opté pour un valet ou plus…

              La petite boulette de carton se déploya au point culminant de sa trajectoire et se laissa tomber de tout son poids au centre de l'arène, juste à côté du couple de tigres.

              Le lapin blanc, aux  flancs imprimés de noirs motifs pointus et élancés, baissa la tête comme un bélier en attente de combat ; ses oreilles en forme de faux s'agitaient doucement au rythme de sa respiration factice, portées par un vent imaginaire.

              Face à lui se tenait son double exact, aux flancs carrelés de rouge.

              – Quoi ?! braillèrent les deux adversaires en se penchant vers leurs cartes statufiées face à face.

              Mais pourquoi cet abruti de Salamaõ n'a-t-il pas choisi n'importe quelle autre carte que celle-ci ? mugit Leandro en son for intérieur. Comment avait-il pu savoir ?

              Le jeune garçon ne pouvait deviner que son adversaire venait naïvement d'envoyer la meilleure carte de son jeu. Il bichonnait son lapin de carreau depuis des semaines, l'avait entraîné à battre des rois et des as, afin de désarçonner ses concurrents en dernier recours. Si Leandro avait tendance à perdre ses moyens lorsqu'il s'agissait de médicaments destinés à son grand-père, Salamaõ paniquait totalement dès lors que des cigarettes étaient en jeu. L'adolescent était en train de perdre la bataille depuis qu'elle avait commencé ; l'angoisse n'avait cessé de grandir en lui. Sous son crâne tournoyaient une tourmente de souvenirs et de menaces, celles des douloureuses corrections infligées par sa mère qui avait beaucoup, beaucoup de mal à se sevrer du tabac depuis la fin de l'approvisionnement – et qui n'en avait d'ailleurs aucune envie. Il fallait qu'il gagne, empoche les cigarettes et qu'il récupère sa propre mise au passage. Une bataille suivie d'une victoire était l'un de ses seuls espoirs.

              Mais il n'avait absolument pas prévu ce qu'il venait de se passer.

              Battle !!

              – Batalha ! s'exclamèrent les spectateurs en commençant à frapper lentement dans leurs mains.

              Bataille double. Les mises des quatre cartes étaient à nouveau doublées.





[A suivre]
   


   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
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Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

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Lame37

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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Dim 26 Mar - 21:10

Vraiment original comme texte, j'ai attes de lire la suite.

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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Lun 27 Mar - 17:14

Merci Lame :lapiiiin:

Tu es exaucé ! (AHDE)





 

 
Série Bêtes de l'Apocalypse




 
L'As de feuilles - fin
 

 

         

   

            Bataille double. Les mises des quatre cartes étaient à nouveau doublées.

            Leandro devint tout pâle en réalisant qu'au contraire de Salamaõ, qui avait tout à gagner dans l'affaire, lui avait désormais tout à perdre. Tous ses gains risquaient de s'effondrer entre ses mains comme un château de… cartes.

            Six !

            Leur double bataille avait attiré d'autres badauds autour d'eux ; le plus âgé avait à peine seize ans et tous s'agglutinaient autour de l'arène, frappant des mains et des pieds sous la chaleur étouffante, faisant claquer leurs tongs sales sur la terre sèche de la rue.

            Five !

            Petit îlot de calme recroquevillé devant cette forêt de jambes nues et basanées, Leandro se frottait les paupières du dos de la main. Il savait déjà quelle carte il allait devoir jouer.

            Four !

            Il savait aussi quelle carte allait jouer Salamaõ. Ce serait la même.

            Three !

            Au fond de son cerveau enfiévré, alors que les paumes frappaient de plus en plus vite autour de lui et qu'une dizaine de voix reprenaient le décompte mortel, Leandro réalisa soudain que pour la première fois, il prévoyait l'attaque de son adversaire et s'apprêtait à établir un simulacre de stratégie à partir de cette supposition incertaine.

            Two !

            Il savait quelle carte jouer dans une seconde, et quelle carte jouer à la prochaine bataille.

            One !

            Car bataille triplée il y aurait, inévitablement.

            – As de cœur ! hurla-t-il en abattant sa main sur un minuscule loquet de la boîte.

            – As de carreau ! rugit Salamaõ à l'exact même instant.

            Deux petites boules de carton furent projetées dans les airs par les mécanismes de leurs loges, avant de se déployer dans toute leur majesté et de flotter avec grâce jusqu'au centre de l'arène – et de se poser aux côtés des lapins et des tigres immobiles.

            Il s'agissait de deux oiseaux élancés, deux petits phénix rouges donc la moindre plume était ciselée avec délicatesse, crantée et dentelée de cœurs miniatures pour l'un, de carreaux géométriques pour l'autre. Deux longues traînes de papier d'or ondulaient dans leur sillage, les nimbant de lueurs enflammées.

            Un véritable délire chaotique s'empara des spectateurs, abasourdis et alléchés par cette succession de coïncidences qui mènerait, inévitablement, à la perte de l'un des joueurs.

            Battle !!!

            Bataille triplée. A présent les mises des phénix étaient doublées, celles des lapins était multipliées par quatre, celles des tigres étaient multipliées par huit.

            Aucun des deux protagonistes n'avaient misé de sommes aussi énormes.

            – Batalha ! mugit le troupeau grossissant qui avait tout de la foule à présent, et plus rien des commères apathiques.

            Des hurlements et des vivats s'élevèrent des spectateurs lorsque le symbole lumineux du jeu éclata en étincelles bleues, laissant place au décompte automatique.

            Six !
Leandro et Salamaõ échangèrent un regard, terrible de détermination pour l'un, fou d'angoisse pour l'autre ; des gouttes de sueur coulaient doucement le long de leur peau, traçant un chemin humide de leurs tempes vers leurs omoplates.

            Five !

            A cet instant où les deux joueurs se retrouvaient totalement à égalité, où chacun d'eux pouvait tout gagner comme tout perdre, où chacun jouait son quotidien, sa famille et les bleus de son dos, et où l'issue de ce combat allait être tranchée en ces quatre secondes très exactement pendant lesquelles ils se fixaient, quelque chose passa dans cet échange muet, quelque chose de sourd et de délicat ; et il y eut un dixième de secondes pendant lequel les rouages de leurs pensées se mirent à nu derrière l'écran transparent de leur rétine, permettant à chacun de lire très précisément en l'autre le propre miroir de ses peurs et de ses espoirs.

            Four !

            L'instant était passé, mais désormais Salamaõ savait que Leandro, caché derrière sa petite bouille d'enfant sage, allait le dépouiller à coup sûr, tout comme le jeune garçon avait compris que son adversaire avait déjà joué toutes ses cartes puissantes et qu'il allait perdre, irrémédiablement, sans aucun espoir de récupérer ne serait-ce qu'une parcelle de sa mise.

            Three !

            Des larmes de rage noyèrent les yeux de Salamaõ qui les essuya d'un poing sec et crispé ; Leandro, face à lui, l'observait.

            Two !

            La foule vagissait tout autour d'eux, frappant des mains, des poings, des pieds pour instaurer ce rythme dur dans toute la rue, ce rythme qui régissait la favela, les combats et la survie, qui régissait ce nouveau monde qui n'en finissait pas de basculer dans un après sordide ; et perdu au milieu de ce vacarme qu'il connaissait si bien, Leandro ferma les yeux et ses pensées étreignirent cette carte qu'il allait jouer, ce vieil ami qui allait gagner.

            One ! rugit la foule d'enfants et d'adolescents en chœur, inondant toute la rue de leurs voix entremêlées.

            – As de trèfle !

            – Valet de cœur !

            Les deux cartes jaillirent sous le soleil éclatant et se jetèrent dans l'arène, animées de la même rage que leurs maîtres.

            Leandro retint un rictus en découvrant le sphinx rouge tatoué de cœurs, qui jaugeait son adversaire de son visage humain et cruel, sans savoir qu'il n'avait pas l'ombre d'une chance.

            Les spectateurs quant à eux glapirent de plus belle en découvrant la carte du garçon ; Salamaõ face à lui, du fond de son désespoir, ouvrit grand ses yeux sombres devant cet as qui n'en était plus un.

            Les minuscules guerriers de papier se jetèrent l'un sur l'autre, et dans le cœur de chacun des enfants qui les observaient, ce fut comme si chaque coup de pattes avait la puissance de celui d'un lion, comme si chaque cri léger résonnait dans la ruelle tel un rugissement de fauve, comme si chaque coup de dent ouvrait la chair et les muscles, couturait la peau, comme si le combat qui se déroulait au fond de cette fosse de fortune, soulevant des rubans de poussière dans l'air doré, était celui de deux titans dans une antique arène, projetant un sable blanc et riche sur des gradins ouvragés.

            Le sphinx se défendait bien, sa chevelure flottant au vent au rythme de ses coups de griffes et de ses bonds de côté, mais très vite il devint clair pour tout le monde qu'il ne faisait tout simplement pas le poids face au monstre de Leandro.

            Esquivant, frappant, bondissant dans un scintillement de couleurs et de papier froissé, se projetant dans les airs avant de retomber sur son adversaire avec la force d'une fronde étirée à l'extrême, le phénix de trèfle, l'as de feuilles comme l'appelait Leandro depuis qu'il était petit et qu'il avait confondu ses superbes motifs avec les feuilles spiralées des fougères, n'avait plus grand-chose de l'oiseau si ce n'étaient ses ailes gigantesques et sa traîne miroitante. Leandro avait passé des heures, des années auparavant, à dessiner, redécouper, créer de nouvelles formes et de nouveaux ornements. L'as disposait de plumes plus longues, plus belles que les autres, de pattes ciselées en faux mortelles ; d'une énorme crinière dont les découpes tressées fouettaient l'air lorsqu'il bondissait vers le ciel loin au dessus de l'arène, et d'une longue gueule puissante, dentelée, dangereuse. L'œuvre d'un Leandro de dix ans acharné sur sa table, avec ses ciseaux de bambin et ses crayons cassés. Il avait choisi des papiers noir velours, violet brillant, doré étoilé, avait fait de son as favori plus qu'une carte maîtresse, une véritable œuvre d'art.

            Il y eut un dernier coup, une dernière volte, éblouissante, du phénix à gueule de lion, et dans un lent mouvement le sphinx bascula sur le flanc. Il se souilla de poussière brune, cette même poussière qui semblait étinceler sur les plumes de son adversaire.

            Celui-ci, son œuvre de mort achevée, voleta hors de l'arène et vint se poser fièrement sur l'épaule de Leandro ; chacun dans le public parut se réveiller d'une transe. Chacun réalisa soudain que, sorti de l'arène miniature, le sauvage titan n'était autre qu'une petite cartanimais de carton et de papiers de couleurs, dont la hauteur n'excédait pas une dizaine de centimètres.

            Sous les vivats de ceux qui voulaient le porter en triomphe, Leandro tapota d'un doigt léger le mufle de son as de feuilles, qui se tortilla d'une manière ridicule sous sa caresse. Puis, le laissant sur son épaule, il y fit monter ceux qui, bien malgré eux, lui avaient apporté victoire si écrasante : le phénix de cœur, le lapin de pique et le tigre de trèfle.  

            Enfin, repoussant les accolades et les bourrades de ses admirateurs de la rue, il referma la vieille boîte usée de son jeu sur toutes les loges en plastique où se roulaient en boule, immobiles et mystérieuses, les autres cartes, la mit sous le bras, saisit les coins du drap dans lequel était déposée toute la mise de son adversaire, le noua en énorme baluchon brinquebalant et s'en alla ainsi, avec son petit peuple de papier sur une épaule, et ses gains du jour sur l'autre.

            La bande d'enfants et d'adolescents le suivit, dansant et hurlant dans les rues de la favela en frappant leurs paumes l'une contre l'autre et leurs sandales contre le sol battu, dans un infernal brouhaha plein de joie et de chaleur ; tandis que Salamaõ, resté seul devant l'arène comme le perdant qu'il était devenu, portait un regard incrédule sur le dos ruisselant de son adversaire au loin.

            Avant de reposer les yeux sur les cigarettes misées par le jeune garçon, posées sagement sur un coin de drap rapiécé, qui était resté juste à côté de lui.

            Il essuya ses yeux humides d'un revers de bras.

            Leandro lui avait laissé toute sa mise.







   


   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   
 

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Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
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je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

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Dernière édition par La Lapine Cornue le Ven 31 Mar - 15:06, édité 2 fois
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Lame37

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Humeur : Je m'ennuie tout seul

MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Lun 27 Mar - 20:51

Vraiment très beau texte qui tient en haleine du début à la fin et le vainqueur qui reste modeste et laisse la mise du perdant sur la table quand il s'en vas. Seul l'honneur d'avoir gagné compte pour lui. Quel final, je m'attendait à une victoire de Leandro, mais pas à ce genre de fin, je suis estomaqué.

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Lame37 Loup gris parmi les hommes ; poète, écrivain en herbe et créateur de héros fictifs.
Grand rêveur et Breton dans l'âme en recherche d'emploi et de compagnie.



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DarkWriter

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Humeur : T'as vraiment envie de la savoir mon humeur ?

MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Mar 28 Mar - 2:28

Juste génial, je peux pas me priver de cette série. Impatient d'en voir plus !

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"Telle est la force de la passion, - telle en est la limite aussi et c'est pourquoi je ne l'aime pas. La passion est une terrible destructrice. Elle détruit dans la tête de qui la loge tout ce qui n'est pas son idée fixe. Elle fait une effroyable consommation d'impulsions et de concepts dont elle nourrit son insatiable cancer. Et quand, par fortune bonne ou mauvaise, elle vient à disparaître (comblée ou consumée), elle laisse dans la maison de qui l'a nourrie une vacance dévastée, et son hôte privé de désirs, - hormis la soif de devenir esclave de nouveau."

     - Vercors

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La Lapine Cornue
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Localisation : Endormie dans un terrier de lapins.
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MessageSujet: Re: L'As de feuilles    Ven 31 Mar - 15:11

MERCIIIII VOUS ÊTES TROP CHOUS :huh: :huh:
Contente que l'histoire vous ai plu AHDE

Darky : Diantre, quelle série ? :défi: Oh, les bêtes de l'Apocalypse ?

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