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 Nouvelle - Les petites filles du pensionnat

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Ornicar

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Masculin Balance Messages : 30
Date d'inscription : 02/08/2017

MessageSujet: Nouvelle - Les petites filles du pensionnat   Jeu 3 Aoû 2017 - 15:56



Les petites filles du Pensionnat

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 Marie s’était toujours demandé comment Carrie, sa sœur ainée, faisait pour ne jamais avoir peur dans le noir…avec tous ces bruits glacials tout au long de la nuit. Certes, Carrie était plus âgée. C’était même, avec ses 13 ans la fille la  plus âgée du pensionnat (bien que Marie, 11 ans, avait toujours été considérée comme très mature pour son âge, peut-être autant que sa sœur) mais elle devait bien entendre les Choses. Et c’était pareil pour les autres filles du Pensionnat. Pourtant, personne n’y faisait jamais allusion, et Marie craignait de passer pour une détraquée si elle parlait des Choses aux filles ou à Madame Lagrange.

Ces Choses, Marie les entendit dès la première nuit où elle et sa grande sœur devinrent internes dans le Pensionnat de leur nouvelle école. L’école où le Diable a appris à lire, disaient les mauvaises langues du CP… Cette première nuit, Marie la passa loin de sa sœur. Pour la première fois, elle dormait seule.

Ou presque.

 Dès le couvre-feu, Marie trouvait sa chambre individuelle bien trop sinistre pour elle. Une affreuse odeur de vieux bois y régnait. Les murs se terminaient par des planches qui les reliaient au plafond, et qui semblaient sur le point de se briser et de dégringoler à tout moment. Mais ce qui maintint Marie éveillée, c’était le bruit étrange de succion qui passait et repassait dans le couloir, à l’extérieur de la chambre. Un bruit trahissant les déplacements de quelque chose de bien plus gros qu’un  homme. Quelque chose de rampant, de gluant.

 Marie pensa alors aux histoires que sa sœur lui racontait pour l’effrayer quand elles étaient plus jeunes. Mais à cette époque, leurs parents étaient là pour la rassurer et pour gronder Carrie. Marie se rendit alors compte avec tristesse que ce bon vieux temps appartenait définitivement au passé, et que la cour des grands lui tendait les bras.

 Marie finit par s’endormir durant les quelques courtes heures qui précédaient l’aube, et fut terriblement soulagée, en se réveillant, de constater que la Bête qu’elle avait entendu n’était pas venue la dévorer durant son sommeil. Elle passa la journée qui suivit à redouter la nuit suivante, sans laisser paraître quoique ce soit devant sa sœur ou devant les autres filles.

2

 Lors des nuits suivantes, aux bruits que faisait la Bête allant et venant s’ajoutèrent ceux des enfants qui riaient dans le plafond. Marie les entendait toujours au-dessus d’elle à un moment ou à un autre, et elle avait la vague conviction que si elle avait pu allumer la lumière de sa chambre, elle aurait pu voir les ombres fantomatiques des enfants flotter au-dessus d’elle comme des courants d’air vivants. De temps à autres, l’un d’entre eux pleurait. Ça ne durait jamais bien longtemps, et Marie repensait alors à l’époque où elle se faisait mal au genou en tombant, puis se remettait à courir après quelques larmes versées. Parfois aussi, ils murmuraient malicieusement des paroles que Marie ne comprenait pas. Elle avait l’impression qu’une cours de récré s’était installée dans sa chambre, à ceci près que ces cris d’enfants paraissaient étrangement lointain, comme s’ils appartenaient à un autre monde, où qu’ils n’étaient que les vestiges d’un souvenir enfouit.

3

 Naturellement, Marie ne dormait pratiquement plus la nuit. Les autres filles eurent bien vite fait de remarquer sa fatigue continuelle au cours des longues journées d’école, durant lesquelles Marie luttait contre le sommeil…et parfois échouait. Ainsi, il n’était pas rare que Carrie la surprenne en train de somnoler, voire de roupiller sur son bureau, et la réveille pour éviter qu’elle ne se fasse gronder par l’institutrice. Marie acceptait d’être réveillée, et remerciait même souvent sa sœur. Elle savait qu’être surprise en train de dormir en classe lui équivaudrait un aller simple au bureau de Mme Lagrange, ce qui l’effrayait peut-être encore plus que le crépuscule qui annonçait la venue de la prochaine nuit. Marie avait peur des adultes. Ça avait toujours été un problème chez elle que Carrie – qui au contraire n’avait pas de difficulté à s’adresser aux grandes personnes – essayait de l’aider à corriger. De ce fait, Mme Lagrange, avec son air hautain et sa tenue vestimentaire stricte, l’effrayait au plus haut point. Quand elle parvenait à dormir, Marie rêvait parfois de Mme Lagrange. Elle était au tableau avec elle, et, exhibant ses longues dents pointues de monstre, lui aboyait des ordres incompréhensibles.

 Le dimanche, Marie dormait toute la journée. C’était le moment de la semaine qu’elle attendait avec un intérêt biblique. Elle savait que sa sœur et les autres filles s’inquiétaient pour elle et s’imaginaient divers scénarios en la voyant rester au lit des heures durant. Mme Lagrange elle-même était venue lui poser quelques questions. Marie, terrorisée par l’air sévère de l’institutrice, parvint vainement à articuler qu’elle était simplement fatiguée de sa semaine de travail. Ce plaisir divin était néanmoins très éphémère. Lorsque la nuit tombait de nouveau, les Choses revenaient tourmenter la petite fille.

4

 Ce n’est qu’au bout d’une semaine de nuits cauchemardesques que Marie se décida à parler à sa sœur de la Chose du couloir et des voix dans sa chambre. Elle prit cette décision en pleine nuit, après s’être endormie puis réveillée par un pleur d’enfant venant du plafond, quelque part au-dessus d’elle. Marie se promit qu’elle se confierait à Carrie le lendemain. Les Choses étaient maintenant bien trop présentes, et Marie commençait à se convaincre que la Bête du couloir n’allait pas tarder à entrer dans sa chambre la dévorer. A quoi pouvait ressembler cette Bête ? Marie n’osait pas l’imaginer. Elle la voyait vaguement comme une limace massive et visqueuse, bavant des quantités de salive blanche sur le sol et qui se traînait péniblement pour se déplacer. Marie, qui n’entendait plus ni la Bête, ni les enfants depuis quelques heures, somnola encore un peu.

 Elle se réveilla en sursaut lorsque la poignée de la porte de sa chambre commença à bouger, faisant un bruit de grincement trahissant la venue d’un intrus. Marie, qui n’avait aucune idée de l’heure qui l’était et qui ne savait donc pas si l’aube allait bientôt se montrer, se réfugia sous sa couverture, paniquée. Elle osa cependant regarder de nouveau, et vit la porte s’entrouvrir légèrement. Un rayon de lumière blanchâtre en sortit. Pendant un instant, Marie crut voir sa propre mort en face d’elle.

Mais il ne s’agissait que de sa sœur, Carrie, tenait une lampe-torche à la main. Marie crut d’abord à une farce, mais le visage terrorisé de Carrie lui fit comprendre qu’elle n’était pas la seule à passer de mauvaises nuits.

« Tu vois des monstres, toi ? » demanda simplement une Carrie apeurée.

Les deux sœurs se regardèrent quelques instants, et Marie comprit que Carrie était réellement sous le choc.

-         J’entends les Choses, répondit Marie.

-         Je les ai entendu moi aussi.

Sur ce, Carrie fondit en larme et, bien qu’elle était la plus jeune, Marie la prit dans ses bras pour la réconforter.

-         Depuis quand ? demanda Marie.

-         Je les ai vues cette nuit. J’ai tout de suite compris pourquoi tu ne dormais plus… Oh, c’était horrible !

-         De quoi ça avait l’air ?

-         De grosses araignées ou je ne sais pas quoi…avec des visages d’homme.

-         Non ? Elles étaient dans ta chambre ?

-         Il y en avait partout…elles avaient la taille d’un paquet de céréales et grouillaient sur les murs et au plafond. Il y en a même une qui est tombée du plafond, s’est remises sur pattes, et s’est précipitée sous mon lit…Et je crois que j’en ai aperçu une bien plus grosse, dans un angle de mur, mais je n’ai pas bien regardé… J’avais trop peur ! J’ai pris ma lampe torche et j’ai couru dans le couloir…je ne veux plus jamais retourner dans cette chambre !

Marie cherchait les mots pour rassurer sa sœur, mais elle n’avait pas réellement de bonnes nouvelles à apporter. Sa chambre à elle n’était pas un lieu sûr non plus étant donné les bruits, et puis il y avait cette Bête dans le couloir que Carrie a eu la chance de ne pas rencontrer lors de son escapade. C’est le travail des adultes, se dit Marie, de rassurer les enfants. Ils ne devraient pas essayer de se rassurer tout seuls.

-         Tu crois qu’il y a des monstres dans toutes les chambres ? demanda finalement Carrie.

-          Non, sinon les autres filles en auraient vu aussi. Je crois qu’ils en veulent seulement à nous deux, répondit Marie, légèrement fière d’être dans cette position supérieure vis-à-vis de sa sœur ainée.

-         Tu veux bien que je reste ici cette nuit ? Je suis sûre que les araignées m’attendent toujours dans ma chambre. Toi, tu les entends depuis une semaine et tu es toujours en vie.

-         Je n’ai jamais rien vu. J’entends seulement des choses et ça m’empêche de dormir.  J’ai peur de celle qui rôde dans le couloir.

 Les deux petites filles s’installèrent alors dans le lit, après avoir minutieusement vérifié qu’elles étaient les seuls êtres dans cette chambre, en regardant notamment sous le lit. Elles parlèrent pendant tout le reste de la nuit, sans parvenir à s’endormir.

Dans le couloir, la Bête se promenait toujours.

5

 L’aube arriva et les deux sœurs se préparèrent sans échanger mot. Elles restèrent très taciturnes durant le reste de la journée, et Marrie soupçonnait que les autres filles commençaient à les prendre pour des folles. Les deux sœurs durent expliquer à Madame Lagrange que Carrie avait fait un cauchemar et qu’elle avait eut besoin de sa sœur pour la rassurer. Madame Lagrange, bien que légèrement étonnée de voir une fille de 13 ans se réfugier auprès de sa petit sœur de 11 ans, accepta cette version. Les deux filles décidèrent de ne pas parler des évènements de la nuit précédente à qui que ce soit. Carrie, après les cours, passa une partie de l’après-midi à effectuer des recherches sur l’histoire du pensionnat dans la bibliothèque. Les livres qu’elle dénicha, expliquerait-elle à Marie, ne disaient rien de particulier à propos des fondations du lieu. C’était visiblement un pensionnat tout à fait ordinaire.

-         Il doit forcément y avoir quelque chose ! déclara Marie.

-         Rien. Vraiment, rien du tout…Tu sais, c’est peut-être nous qui déraillons…

-         C’est pas possible !

-         Alors, on nous cache quelque chose…

Le soir tomba. Le couvre-feu approchait. Marie alla se coucher seule, puis sa sœur ne manqua pas de la rejoindre assez tôt.

-         Tu es sure que c’est prudent de venir tous les soirs en passant par le couloir ? demanda Marie. Je veux dire, même si tu es assez discrète pour que personnes ne t’entende te lever, n’oublie pas le mons…

-         Je ne veux  pas revoir les araignées, répondit simplement Carrie.

6

Les deux filles s’occupèrent à dessiner un peu, éclairées par la lampe-torche de Carrie, puis s’installèrent dans le lit. Carrie voulait garder la lampe allumée, mais Marie proposa de l’éteindre tout en la gardant à portée de main, afin d’économiser les piles.

 Un bruit de couinement se fit très distinctement entendre entre les quatre murs qui les confinaient. Marie, alertée, fit promener la torche sur les murs et les deux filles entendirent un deuxième petit couinement, ressemblant à un cri suraigu de bébé animal.

« Là ! » s’écria Carrie lorsque Marie révéla, avec la lumière de la torche, une ombre humaine s’enfuir sur un mur de la chambre.

Les deux filles gardèrent les yeux braqués sur le mur de bois, puis se regardèrent. Elles avaient bien vu la même chose. Malgré le choc produit par le phénomène auquel elle venait d’assister, Marie se sentit aussi très rassurée de constater qu’elle n’était pas folle et qu’elle n’était plus la seule à vivre cette situation. Quelque part, cela la rapprochait de sa sœur et elle se sentait désormais plus courageuse, plus propice à faire face aux Choses cachée dans la nuit.

 Aucune autre Chose ne se manifesta durant le reste de la nuit. Marie se demanda si cela n’était pas dû au fait qu’elle était à présent avec sa sœur. Peut-être qu’à deux, elles étaient plus fortes, peut-être qu’elles repoussaient les Choses sans le savoir. Elle s’endormit.

La nuit passa, puis la journée suivante. Puis, le moment que Marie et Carrie redoutaient approcha à grand pas.

7

 Le crépuscule balaya toute trace de la courte journée au Pensionnat, et l’obscurité s’installa de nouveau. Marie et Carrie retournèrent chacune dans leur chambre respective, après s’être mis d’accord sur l’heure à laquelle Carrie s’échapperait discrètement de sa chambre pour rejoindre celle de sa sœur.

 Lorsque Carrie entra, Marie remarqua que quelque chose avait changé dans son regard. Elle avait dans les yeux une lueur bien plus froide et bien trop adulte pour une jeune fille de 13 ans. Elle semblait étrangement troublée, sans que cela ne soit assimilable à de la panique, et pendant quelques secondes, Marie ne reconnut pas sa sœur qui avait pris tout à coup 10 ans de plus. D’aucuns auraient crus voir une enfant battu ou violée par quelques maniaques pervers, mais tout cela était encore étranger à Marie. Cette dernière comprit néanmoins que sa sœur avait rencontré quelque chose dans le couloir, peut-être bien la Bête, mais Marie savait d’instinct que sa sœur ne lui raconterai pas cette rencontre.

 A nouveau, les deux fillettes s’éclairèrent de leur torche après le couvre-feu et s’occupèrent en dessinant sur des feuilles de papier, accroupies sur le plancher de bois. Marie dessina ses parents, Carrie dessina les araignées. Puis, les deux filles dessinèrent chacune une hypothèse de l’apparence des enfants qui riaient, pleuraient, ou criaient parfois dans le plafond. Les filles échangèrent ensuite de vieux souvenirs d’une enfance plus jeune, plus lointaine…et parvinrent à oublier les Choses durant un moment. Marie, qui enfin ne pensait plus aux bruits menaçants et aux ombres qui s’envolaient dans les profondeurs de la nuit, retrouva une certaine sérénité et rit chaleureusement en partageant ces instants éphémères avec sa grande sœur, qui avait cependant toujours quelque chose de différent dans le regard. Marie accepta le fait qu’elle ne saurait jamais ce qui s’était passé, mais compris aussi que quelque chose avait changé définitivement chez Carrie. Elle était moins petite fille et avait quelque chose qui la rapprochait désormais davantage du monde des adultes. Marie se rappela alors que sa sœur avait deux ans de plus qu’elle et se dit que c’est peut-être ça, le début de ce que les grands appellent l’adolescence.

-         Tu rêves encore, toi ? lui demanda subitement Carrie.

-         Quand j’arrive à dormir, oui. Je sais que je rêve beaucoup, mais je n’arrive pas à me souvenir.

-         Moi non plus, mais c’est bizarre, ce n’est plus comme avant.

Un silence passa, puis Carrie reprit.

-         J’aimerais de nouveau rêver. J’ai l’impression que je ne rêve plus. Avant, je me souvenais de tout.

-         Tu deviens grande, dit Marie avec un sourire.

Carrie ne lui rendit pas son sourire. Elle semblait plutôt triste.

-         Tu crois que papa et maman nous prendraient pour des folles ? demanda-t-elle.

Carrie attendit quelques secondes avant de répondre, les yeux fixés sur les dessins.

-         Non, ils nous croiraient, eux.

-         Quand on sortira du pensionnat, on leur racontera.

Carrie se tourna brusquement vers sa sœur.

-         Mais oui, tu as raison…il faut qu’on s’échappe de ce lieu maudit et qu’on rentre chez nous !

-         Ca risque de pas être facile, Mme Lagrange me fait peur, tu le sais…si elle nous attrape ?

-         Tu préfères te faire attraper par les Choses ?

-         Au moins, elles ne peuvent pas être pires que Mme Lagrange en colère…

-         Ah, tais-toi, il faut qu’on s’échappe.

-         Je veux bien, mais…

Le regard de Marie se figea vers le sol où était posée l’une de ses feuilles de dessin. Celui-ci, représentant son père, s’était mis à bouger. Elle en était certaine.

-         Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Carrie, apeurée.

Le regard de Marie balaya les nombreuses feuilles de dessin éparpillées sur le plancher et les vit s’animer un par un. Les reproductions des parents des fillettes se mirent à danser en arborant un sourire diabolique, tandis que les divers chiens, chats chevaux et moutons qu’elles avaient dessiné devinrent enragés et se mirent à s’en prendre les uns aux autres, s’entretuant avec cruauté et laissant se répandre de véritables gouttes de sang sur le papier et sur le plancher.

« Marie ? »

Le sang des animaux giclait sur le sol.

« Marie ? »

L’un des dessins devint un autodafé où les êtres humains formaient une joyeuse ronde diabolique autour d’un feu où se consumaient des cadavres de chevaux. Marie vit de la fumer s’échapper lentement du dessin, et sentit l’affreuse odeur de chair brûlée.

« Marie ? »

 Avec la conviction d’une véritable folle, Marie se jeta sur les dessins et les déchira nerveusement en des dizaines de papier qui saignèrent abondamment, recouvrant les mains de Marie de jus écarlate. Le plancher était désormais recouvert de rubis rouges éparpillés autour d’une flaque sanglante plus large que le lit de Marie. Des perles rouges ornaient aussi les murs de la chambre. Marie se retourna vers sa sœur, qui ne voyait manifestement pas le sang, et qui n’avait probablement pas vu les dessins prendre vie non plus.

« Ils sont là. » dit Marie.

 Sur ce les deux filles eurent un frisson d’horreur les obligeant à se retourner en sursaut vers la porte d’entrée de la chambre de Marie qui où était désormais gravé une large spirale d’une couleur blanche phosphorescente.

 Marie pensa à ses feutres avec lesquels elle faisait des dessins qui brillaient dans le noir.

 Les deux fillettes restèrent figées et Carrie était au bord de la panique hystérique. Elle se reculait à quatre pattes de la porte, se réfugiant au pied du lit. Marie eut le sentiment, sans vraiment comprendre comment, que sa sœur ne voyait pas la même chose qu’elle.

 Elle remarqua la substance jaunâtre purulente et poisseuse qui s’écoulait de la serrure et se répandait sur le sol, et pendant un instant, aperçu presque la brute du couloir qui était maintenant dans la pièce.

 Carrie hurlait. Marie avait l’impression que quelque chose était maintenant dans la pièce. Quelque chose que seule Carrie voyait. La Chose invisible qui s’approchait d’elle la fit oublier toute discrétion et elle commença à appeler à l’aide. Marie, impuissante, essaya en vain de la calmer. Son regard se détourna néanmoins de sa sœur lorsqu’il se tourna vers le miroir de la chambre. Marie comprit alors ce qui arrivait à Carrie. Le reflet dans le miroir lui permettait de tout voir. La Chose du couloir était bien entrée -  sur le reflet, la porte d’entrée était ouverte – et s’approchait de Carrie. C’était une bête informe, rappelant vaguement un humanoïde très musclé, dont le corps aurait été fusionné avec celui d’une sorte d’animal qui se traînait avec difficulté sur le plancher, étendant ses membres difformes en tâtonnant le sol. Sa tête, dépourvue d’yeux mais possédant néanmoins une bouche béante aux dents aiguisées, cherchait sa proie. Sa langue traînait sur le sol et laissait une trainée de bave. Sa peau rappelait celle d’un être humain mais ses innombrables membres larges et poisseux qui se traînassaient lentement empêchaient quiconque d’avoir une idée précise de la forme de la Bête.

 Derrière la Chose, une petite fille fantomatique en pyjama, aux cheveux et aux yeux plus noirs que la nuit se tenaient debout, sans bouger, le bras et le doigt tendu vers Carrie, comme si elle ordonnait la Chose de l’attaquer.

 Marie criait à sa sœur de venir vers elle au lieu de rester planter là, au pied du lit, mais se rendit compte grâce au miroir qu’elle ne le pouvait pas. Une main squelettique aux doigts griffus sortait du sol et lui agrippait le bras afin de l’empêcher de s’enfuir.

 Ce qu’elle fit alors, Marie ne put jamais l’expliquer. Perdant toute notion de panique et de terreur, elle se leva, et, avec une allure de somnambule, se dirigea vers la porte de sa chambre, ignorant l’écœurante substance jaune qui s’échappait maintenant de tous les murs et recouvrait le plancher, se mélangeant ainsi aux tâches sanglantes. Elle ouvrit la porte et sortit de la chambre en ne se retournant qu’une seule fois, assistant ainsi aux derniers instants de sa sœur qui, hurlant toujours, disparut sous le lit. Marie ne le su jamais, mais elle était en train de sourire en voyant cela. Elle referma la porte et s’endormit dans le couloir.

 En s’abandonnant au sommeil, Marie se dit qu’elle préférait rester une petite fille aussi longtemps qu’elle le pouvait. C’est ainsi qu’elle ne revit plus les choses.
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