Encre Nocturne
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 Amour I [-10]

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Maylis W.

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Féminin Sagittaire Messages : 953
Date d'inscription : 19/09/2012
Localisation : avec ma biere et mon bouquin !! :)
Humeur : soit ivre de joie, soit ivre... enfin, vous voyez, quoi !!!

MessageSujet: Amour I [-10]   Mer 21 Nov - 21:56

En ce moment, on fait les témoignages de guerre. Alors vu que j'étais dans l'ambiance, je me suis dit: pourquoi pas ?? Wink
Bonne lecture !!

Amour I

"Salut."
Il est là. Devant moi. Toujours pareil à lui-même. Toujours le même mot. Toujours le même ton. Mais il est là. 
"Salut." 
Je le regarde, derrière la porte entrouverte, scrutant des marques de torture sur son visage. Il y a été. Il fallait bien que ça arrive un jour. La chambre 88. 
Je sais qu'il ne voudra pas en parler. Je sais qu'il ne peut sûrement pas en parler. Mais cette curiosité malsaine me ronge. Savoir ce que ça fait de se faire torturer, sans en subir les dommages ni la douleur. Savoir ce que ça change. 
Ou tout simplement savoir s'il a changé, lui. 
Il me regarde aussi, avec ses magnifiques yeux verts. Ces yeux qui me fixent sans me lâcher une seconde, ces yeux que j'aime tant, me regardent à nouveau, de la même façon que la dernière fois. Avec cette espèce d'insistance polie qui me laisse le choix de lui ouvrir ma porte ou de le congédier. Mais avec la petite touche d'amour au fond des yeux qui me décide à chaque fois. 
Un de ses yeux est un peu rouge. Il a peut-être pleuré. 
J'ouvre ma porte. Il me sourit et je lui rends. C'est de nouveau comme avant, mais une gêne est encore là. Et elle grandit de plus en plus au fur et à mesure que le silence pèse dans la pièce. 
Il enlève son manteau. Il le pose sur une chaise du salon. 
Il a pleuré. J'en suis presque certaine. 
Je n'ai jamais vu un homme pleurer. À une époque je pensais que les hommes n'avaient pas de glandes lacrymales. Je devais avoir 15 ans. 
Et puis mon frère s'est engagé dans la résistance. Il a 6 ans de plus que moi, alors il était déjà libre de ses choix. Et il est passé par la torture, mais il n'a rien dit. Les allemands l'ont libéré. 
Quand il est revenu, j'ai tout de suite senti qu'il allait mal. Il s'est effondré à mes pieds et il m'a serrée fort contre lui. Il m'a murmuré à l'oreille des mots incompréhensibles et j'ai senti mon épaule s'humidifier. Mais quand il a relevé la tête, il avait juste les yeux rougis. On n'en a jamais plus parlé. Je n'ai rien dit à mes parents. 
Samuel continue de me fixer. Je l'ai rencontré par l'intermédiaire de mon frère. Lui aussi fait partie de la résistance, mais depuis bien plus longtemps. Le début de la guerre, je pense. Il a 29 ans. 
"Alors, comment s'est passée ta semaine ?" 
Je lui laisse le choix: soit il m'explique s'il s'en sent capable, soit il me ment et il se sentira mieux. 
Enfin, un peu mieux. 
"La routine. Comme d'habitude. Mais Félix s'est fait avoir." 
Félix. Son second. Celui avec qui il restait tout le temps, avec qui il faisait toutes ses missions. Il aurait donné sa vie pour le sauver. 
Je le serre. Il est massif dans mes tous petits bras, et il est encore froid de son bref passage au dehors. 
"Je suis désolée." 
Il me rend mon étreinte. Mon Dieu, il tremble. Sam ne tremble jamais. 
Il ne m'en parlera pas, alors. Tant mieux. 
"Mais tu es tout froid !! Attends moi, j'allume le radiateur !" 
Je passe du salon à la cuisine. Mes parents ne sont pas là, et mon frère est sûrement en mission pour la R. 
Moi ils ne veulent pas que j'y entre. Il disent que je suis trop jeune. "Tu n'as que 18 ans, qu'ils disent, tu es trop jeune pour ça. Attends encore un an ou deux." 
Tous sont contre, surtout Sam. Le plus grand défenseur de la patrie. Le plus merveilleux et le plus courageux de tous. Celui qui risque le plus gros s'il se fait attraper. Et qui vient me voir dès qu'il peut. 
Je reviens avec un petit radiateur portable dans le salon, ou il est déjà assis dans un canapé.
"Tadam !
- Magnifique", murmure-t-il doucement. 
Samuel est très calme, toujours. Il n'hausse que très peu la voix et il est très doux comparé à moi qui m'excite pour un rien. Je comprends un peu pourquoi je leur serais inutile dans la R. Je n'arriverais sûrement pas a me contrôler si je voyais un Boche. 
Je vais m'asseoir à côté de lui, le radiateur à la main. 
Il passe un bras autour de mes épaules et me serre fort contre lui, au point de faire mal. 
"Sam." 
Il ne répond pas. Il enfouit sa tête dans mes cheveux et embrasse mon cou. 
"Je préfère cette méthode pour me réchauffer..." rit-il. 
Je le regarde, un sourire aux lèvres. 
Il est froid contre moi. Frigorifié. 
J'essaye de le réchauffer en lui frictionnant le dos. 
Il m'allonge sur le canapé et se met à côté de moi, s'appuyant à demi sur moi. 
Il est lourd. Plus lourd qu'avant. Ses gestes sont lents, calculés, appesantis, comme si chaque mouvement était le dernier. Il est toujours comme ça, mais il est différent cette fois. Peut-être à cause de la chambre 88. Mais je n'ai toujours vu aucune marque. 
"Tu es magnifique, ma chérie, me dit-il. 
- Non, TU es magnifique." 
Il me lance un regard sévère, ironique et rit un peu. 
"Tu es la seule personne qui garde des couleurs parmi les gens que je vois chaque jour.
- C'est parce que je fais du sport, proposé-je. 
- C'est bien plus que ça, dit-il, soudain taquin. C'est parce que tu fais des pompes !" 
Il sourit d'un air entendu et je me souviens que la seule fois où j'avais essayé de faire des pompes, je m'étais écrasée par terre et j'avais eu le visage rougi pendant des heures. Je lui avais raconté ça ?? 
Il m'embrasse. Ses lèvres sont froides, lisses et pures. Il sent comme les bonbons acidulés. Un mélange de sucre, de fruits et d'acide. 
Il me presse contre lui. 
Il ouvre les yeux et pose sa tête contre ma poitrine. 
"Je suis désolé, s'excuse-t-il. 
- Je sais. 
- Ils m'ont fait mal. Ils m'ont fait..." 
Il s'arrête. Il respire profondément et lève la tête. 
Une larme coule le long de sa joue. Je retiens ma respiration.
"Ils m'ont montré ce qu'ils faisaient aux autres, ceux dont ils voulaient des informations. J'ai dû voir ça. Entendre les cris. Voir des peaux brûler et des personnes s'évanouir pour éviter la douleur." 
Il s'arrête. Une deuxième larme coule. 
"Je sais", le rassuré-je doucement. 
Je lui caresse les cheveux comme autrefois, comme lorsque nous étions seuls et qu'il m'emmenait dans un monde d'adultes. Ce n'est plus moi la petite fille ignorante, c'est lui le petit garçon. Les rôles sont inversés.
En ce moment, c'est le petit garçon perdu que j'ai en face de moi, sur moi. Un  enfant qui ne sait plus quoi croire. Qui pensait pouvoir tout supporter et qui se retrouve confronté à sa douleur. 
Il faut que j'accepte ce qu'il va me dire. Il faut que je l'entende. 
Et soudain, je ne veux plus. Je veux m'enfuir et ne jamais, jamais entendre ce qu'il va me dire. Je ne pourrais pas le supporter. 
"Ils ont menacé de s'en prendre à mes amis. Et ils ont eu Félix." 
Je le serre plus fort contre mon cœur. 
"Je ne pouvais plus le supporter." 
Je le regarde, mes yeux dans ses merveilleux yeux verts. Ceux-là même qui avaient vu tant de choses horribles, tant de massacres, étaient maintenant remplis d'incompréhension. Il ne comprenait plus. 
"Si je peux faire quoi que ce soit pour toi, dis le moi." 
Il me regarde d'un regard vide, et je comprends que je ne peux pas l'aider. 
"C'est trop tard, ma chérie. C'est trop tard." 
 Je me réveille en sursaut, avec mon frère qui me secoue comme un prunier. 
"Quoi ?? je hurle. 
- Sœurette." 
Il me regarde avec pitié et tristesse. Il s'est passé quelque chose. Et il sait exactement ce qu'il s'est passé. Il tremble. Il y a de la peur dans ses yeux.
Puis mon rêve me revient. 
"Sam ? 
- Ils l'ont eu. Chambre 88. Il avait une capsule de cyanure avec lui. Il l'a utilisée." 

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Correction de Rimi (The Great):
 

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La tentation existe pour qu'on y cède.
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Cadia101

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Masculin Capricorne Messages : 12
Date d'inscription : 16/01/2014
Localisation : Cadian
Humeur : Sa dépend de mon commissaire...

MessageSujet: Re: Amour I [-10]   Jeu 16 Jan - 20:37

C'est très triste...

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Pour l'empereur immortel !
Et à la gloire du trône d'or !
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Lullaby

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Féminin Verseau Messages : 1454
Date d'inscription : 16/04/2013
Localisation : Dans un train, ou sur mon lit, ça dépend.
Humeur : Acqueuse ou vitrée peut-être ...

MessageSujet: Re: Amour I [-10]   Ven 17 Jan - 0:25

Je sais que Maylis ne reviendra pas mais svp les BALISES.

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Lullaby, la [fonction au choix : proxénète, mendiante, distributrice de biscuits périmés, apprentie chimiste, etc] aux multiples talents !

Et ici ma chaîne Youtube spéciale EN!
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MessageSujet: Re: Amour I [-10]   

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Amour I [-10]
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