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 Au petit jour (-18)

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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 542
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MessageSujet: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 15:27

Disclaimer : Ce texte contient de la violence verbale, des passages particulièrement cru et beaucoup de terreur. Ne pas lire si vous êtes trop sensible.
Je continue ma série qui porte en ce moment le titre provisoire de 1293.Vous pouvez trouver le premier ici.
Quant au second, il est là



Au petit jour

Je suis nu

Là, sous le soleil naissant, seul dans mon appartement après une semaine d’hôpital. La 1293ème de ma vie. Je suis nu.

Contemple !

Contemple ce corps décharné ! Trop maigre ! Allez, regarde ! Libère ces yeux de leurs larmes et de la brume des cachets qui sont ton futur. Oui, ces deux prochaines années ont leurs nouveau dieux, Atarax et Sertraline, me voilà gorgé de mythologie pharmaceutique, le culte est forcé, nécessaire. Il troque mon silence et ma tristesse contre un rêve sans espoir. Ma jeunesse est déjà entamée, et la voilà érodée sous des prières avariées, j’ai le sang infecté, l’avenir mortifiée sous deux années de pilules qui m’autoriseront à vivre sous sacrement. Ce siècle est celui des synodes médicaux, ce siècle est celui de l’homme malade, incapable de se voir espèce. Me voilà voué à l’attente et à leurs testaments, les notices de pharmacie ont remplacé le lévitique. Je ne peux pas comprendre leurs évangiles, mon propre cerveau m’est inaccessible, alors, je sombre, prostré, prosterné, détruit, impuissant, atone, anéanti dans ce dogme de drogue. Je serais sédaté, anesthésié, livré à la science agglutinée dans ma chair, étranger dans mon propre corps.

C’est le matin. Je suis nu.

Et je contemple, je contemple mon corps flasque, il est trop grand, il est trop maigre. Mes mains sont deux immenses battoirs, déraisonnablement immenses après mes bras trop faibles. L’un d’entre eux cache des escarres, longues cicatrices lactescentes, stries immenses d’un temps où je faisais courir des lames sur ma peau, d’un temps où je faisais gerber le sang comme autant d’étincelle d’une vie en décomposition. La douleur des taillades édentait ma tristesse, et j’observais, avide de cruauté contre moi-même, le cruor se former lentement sur ce passé coagulé de désespoir. J’entends encore le métal résonner dans mon présent, la lame est flot, onde abject, limbe de souffrance et sa vague galope, réifie ma vie. Le souvenir est fébrile, la haine tangible, elle prend corps, l’entendez-vous ?  Là, mon squelette convulse, il sait son heure sale, il sait son présent poisseux, il se voit déjà dans un cercueil amer devant ce miroir qui montre un gamin qui n’a pas su être adulte.

Je contemple mes côtes qui distordent ma poitrine comme autant de craquelures sinistre, je suffoque, m’étouffe, mes os sont désormais friables et ma prison de chair va lâcher, ma viande se faisande, ma carcasse entière est un étau de verre, aux trilles malsaines, violé par ma maigreur malade, seriné par mes larmes. Je ne vois pas mon dos, mais je le sais témoin dissolu de l’histoire, il est mutilé, fétide, bosselé, racorni, distordu par les coups qu’il a reçus. Si je le touche je les sentirais là, en bas, ces flétrissures noires, vergetures d’un silence affamé. Rappelle-toi ! Rappelle-toi de leurs visages et de leurs coups, rappelle-toi de leur violence. Là ! J’ai vu la nature humaine, j’ai compris sous les barres de fer que je serais chaque jour un exilé. Un banni dans leur enfer féroce, où j’ai grandis, aménagé par la meute, pétri de peine et d’isolement, le monde me forgea à son image, une sculpture décharnée, ravagée par la rage galopante de l’humanité infantile. Alors, mes yeux ont lentement oublié de pleurer, mes sanglots n’étaient que legs à la nuit, refoulée dans cette réalité comme un tertre d’oubli. C’était une danse létale et funeste, un naufrage glauque, macabre où chaque jour était étape dans un rituel ancestral. Dans mon septentrion glacé, je fus sacré damné, inhalant leur fureur comme raison, haletant leur sens qui me chevilla l’angoisse au corps. Alors, par mon instinct chevronné au corps, je m’amputai de mon cœur, abandonnant mon myocarde pusillanime pour tenir un crépuscule de plus.

Je contemple mon sexe, placide, il git là entre mes jambes comme un monstre de viande, une glaire de pulpe. Je ne peux plus jouir, je ne suis plus que capable de bander et d’être ce faune ithyphallique et concupiscent, à l’haleine lubrique et au sarcophage de luxure. C’est un outil attenant à moi-même, je le regarde jonché de mépris et de honte. Ma verge est mon maitre et lorsqu’elle se dresse, je ne suis que bête, animal aux aguets qui rampe et tambourine, fou de besoin, ivre de sang et de cri dans les corps des inhumaines qui m’ont promis, hier, la fausseté de l’amour. Sur combien de corps ai-je lâché ma semence comme une empreinte pestilente de ma présence ? J’ai le phallus putride et innommable, c’est un envahisseur de dévastation. Et il est là, il pend en silence, gnasse innocent vide d’un sperme qu’il a déjà vomi la veille dans des flots magmatiques comme des miasmes d’une vie déjà morte. Il est mon excroissance intumescente, mon aberration d’âme, titan insatiable qui désire, avide, glouton, une débauche nouvelle à explorer, un aparté de violence sexuelle, une explosion de corps et de chair où il est roi, dompte et domine les soupirs et les gémissements, tyran tirant du plaisir un abcès d’oxygène gangréné où se réfugier jusqu’au lendemain. Et malgré ma haine pour ma tumeur de virilité, j’attends ces moments avec l’impatience vampirique du démon qui saura trouver dans un cul galbé une source éphémère et fugitive pour un bonheur déjà périmé à peine consommé.

Je suis nu. Il n’y a plus qu’à mon poignet l’étiquette de plastique qui me lacère la peau, elle est juchée sur ma peau claire et si étrangement lourde. C’est le poids de mon monde ces grammes de pétrole. J’y vois mon nom et un numéro, un résumé de ma vie porté par des atomes d’encre, des poussières congréées pour entourer le vide de mon temps sur un papier de silence. Je l’observe et je vois Pyrrhus ricanant de sa démence comme un miroir de la mienne. Ce lacet est si lourd, si dense, si âpre, c’est un obus qui me défigure à chaque seconde, un tumulus de douleur et pourtant, il triomphe, étincelle comme une étoile qui défia ma mort promise, il vrombit et rugit, amulette du présent qui estropie enfin mon passé. En moi pourtant, rien ne change, mes atomes cognent toujours contre ma sueur, mes particules vibrent toujours, la foule d’électrons, de photons, de neutrons s’harmonise avec les rayons gammas d’un cosmos qui ne m’a pas oublié, simplement délaissé dans la valse infinie des choses. Ce fétiche n’achève pas une fresque, il l’épice d’un dernier cri. Et ce hurlement palpite, il lynche l’histoire, il étrille mon être entier, lapide de ces sons l’univers.

D’un geste, j’arrache cette menotte de mon poignet. Il ira là-bas, sur une étagère, dans un cadre de bois, comme un souvenir, une promesse d’avenir quand l’espoir lui-même s’était éteint, quand la nuit était trop longue et le silence trop dense.




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Silenuse

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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 16:43

C'est une splendide fin, à la fois de ce texte et de ta situation. Difficile de commenter objectivement un texte quand on est si proche de toi et de ce que tu as vécu.
Je trouve ce texte très beau, forte, sombre, avec la touche d'espoir qu'il faut. Il est peut-être moins fort que les deux autres, mais bon... on s'en fout de comparer.
Continue à écrire comme ça, mon ami !

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"Chanter des chansons chez patrick Sébastien , enfin j'avais trouve mon identité je croyais que j'étais spiderman mais en vrai j'étais un agneau qui nage, j'avais plus peur des loup et de la mort car je savais qu'au bout du compte on finirai tous chez patrick Sébastien"
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Ragne

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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 17:02

Merci de ton retour :)

Je me demande si la perte d'intensité au fur et à mesure de la série n'a pas une certaine logique. C'est compliqué d'écrire avec une détresse aussi immense tout au long. Et il faut qu'à l'issue de la série la fin change que ce ne soit pas le même sentiment qu'au début?
Peut-être, je ne sais pas.

Merci pour ton retour
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 17:31

C'est étrange, moi je le trouve au contraire plus fort que les deux autres. C'est le rapport au corps qui change tout, le lien aux souvenirs incrustés dans la chair, ça rend ce texte tellement fort.
Méfie-toi, quand tu dis la 1293e de ma vie, j'avais compris la 1293e semaine d'hôpital de ma vie. Ça fait beaucoup quand même. AHDE Ça pourrait être plus clair, vu la phrase juste avant, faut faire gaffe.

Le paragraphe sur les coups est le plus fort de tous, je pense, il serre le coeur tout du long :/ J'ose espérer que les barres de fer sont une métaphore, ou alors tu étais entouré de dangereux psychopathes. Je ne pensais pas que tu avais vécu un enfer pareil. Patpat dans ta chetr

Paradoxalement, je trouve l'espoir moins présent dans celui-ci quand dans le tout premier (quand tu te découvres enfant à la fin, c'était beau). Mais c'est normal, je pense, là tu es plus dans l'observation, la constatation, et non dans le combat comme auparavant. On dirait une sorte d'apaisement.


Tu as traversé tout ça avec force, pendant des années, ce serait trop bête d'avoir tenu tout ce temps pour foutre ça en l'air à présent, pour abandonner. Tu mérites d'aller beaucoup plus loin et d'atteindre le bonheur coeur

PS.Les néo-stoïques sont pas pour le suicide, si ? BAH ALORS ? Tssss ùoú/

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 542
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 20:15

@La Lapine Cornue a écrit:
C'est étrange, moi je le trouve au contraire plus fort que les deux autres. C'est le rapport au corps qui change tout, le lien aux souvenirs incrustés dans la chair, ça rend ce texte tellement fort.
Méfie-toi, quand tu dis la 1293e de ma vie, j'avais compris la 1293e semaine d'hôpital de ma vie. Ça fait beaucoup quand même. AHDE Ça pourrait être plus clair, vu la phrase juste avant, faut faire gaffe.

Le paragraphe sur les coups est le plus fort de tous, je pense, il serre le coeur tout du long :/ J'ose espérer que les barres de fer sont une métaphore, ou alors tu étais entouré de dangereux psychopathes. Je ne pensais pas que tu avais vécu un enfer pareil. Patpat dans ta chetr

Paradoxalement, je trouve l'espoir moins présent dans celui-ci quand dans le tout premier (quand tu te découvres enfant à la fin, c'était beau). Mais c'est normal, je pense, là tu es plus dans l'observation, la constatation, et non dans le combat comme auparavant. On dirait une sorte d'apaisement.




Tu as traversé tout ça avec force, pendant des années, ce serait trop bête d'avoir tenu tout ce temps pour foutre ça en l'air à présent, pour abandonner. Tu mérites d'aller beaucoup plus loin et d'atteindre le bonheur coeur

PS.Les néo-stoïques sont pas pour le suicide, si ? BAH ALORS ? Tssss ùoú/

Tu es la seconde à me le dire pour le quiproquo je vais voir pour modifier dans la réécriture.

C'est pas une métaphore non par contre...
Oui, là, c'était plus un constat sur mon présent, donc assez noire, sans trop d'espoir, plutôt triste sur le tout.

je ne compte pas abandonner. Je veux achever cette oeuvre, peut être la représenter sur scène, probablement la mettre en BD (demande à nain s'il a envie)
Les stoiques sont pour le suicide, (Sénèque s'est suicidé parce qu'il estime avoir échoué dans l'éducation de Néron), les néo stoiques ne le sont pas.


Merci de ton retour <3
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Arwen
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Masculin Bélier Messages : 105
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Mer 25 Avr 2018 - 20:46

@Ragne a écrit:


Au petit jour


Je suis nu

Là, sous le soleil naissant, seul dans mon appartement après une semaine d’hôpital. La 1293ème de ma vie. Je suis nu.

Contemple !

Contemple ce corps décharné ! Trop maigre ! Allez, regarde ! Libère ces yeux de leurs larmes et de la brume des cachets qui sont ton futur. Oui, ces deux prochaines années ont leurs nouveaux dieux, Atarax et Sertraline, me voilà gorgé de mythologie pharmaceutique, le culte est forcé, nécessaire. Il troque mon silence et ma tristesse contre un rêve sans espoir. Ma jeunesse est déjà entamée, et la voilà érodée sous des prières avariées, j’ai le sang infecté, l’avenir mortifiée sous deux années de pilules qui m’autoriseront à vivre sous sacrement. Ce siècle est celui des synodes médicaux, ce siècle est celui de l’homme malade, incapable de se voir espèce. Me voilà voué à l’attente et à leurs testaments, les notices de pharmacie ont remplacé le lévitique. Je ne peux pas comprendre leurs évangiles, mon propre cerveau m’est inaccessible, alors, je sombre, prostré, prosterné, détruit, impuissant, atone, anéanti dans ce dogme de drogue. Je serais sédaté, anesthésié, livré à la science agglutinée dans ma chair, étranger dans mon propre corps. Pourquoi au futur ici ? ça jure un peu avec le reste du paragraphe

C’est le matin. Je suis nu.

Et je contemple, je contemple mon corps flasque, il est trop grand, il est trop maigre. Mes mains sont deux immenses battoirs, déraisonnablement immenses après mes bras trop faibles. L’un d’entre eux cache des escarres, longues cicatrices lactescentes, stries immenses d’un temps où je faisais courir des lames sur ma peau, d’un temps où je faisais gerber le sang comme autant d’étincelles d’une vie en décomposition. La douleur des taillades édentait ma tristesse, et j’observais, avide de cruauté contre moi-même, le cruor se former lentement sur ce passé coagulé de désespoir. J’entends encore le métal résonner dans mon présent, la lame est flot, onde abject, limbe de souffrance et sa vague galope, réifie ma vie. Le souvenir est fébrile, la haine tangible, elle prend corps, l’entendez-vous ?  Là, mon squelette convulse, il sait son heure sale, il sait son présent poisseux, il se voit déjà dans un cercueil amer devant ce miroir qui montre un gamin qui n’a pas su être adulte. Juste woa :O. Quelle violence !

Je contemple mes côtes qui distordent ma poitrine comme autant de craquelures sinistre, je suffoque, m’étouffe, mes os sont désormais friables et ma prison de chair va lâcher, ma viande se faisande, ma carcasse entière est un étau de verre, aux trilles malsaines, violé par ma maigreur malade, seriné par mes larmes. Je ne vois pas mon dos, mais je le sais témoin dissolu de l’histoire, il est mutilé, fétide, bosselé, racorni, distordu par les coups qu’il a reçus. Si je le touche je les sentirais là, en bas, ces flétrissures noires, vergetures d’un silence affamé. Rappelle-toi ! Rappelle-toi de leurs visages et de leurs coups, rappelle-toi de leur violence. Là ! J’ai vu la nature humaine, j’ai compris sous les barres de fer que je serais chaque jour un exilé. Un banni dans leur enfer féroce, où j’ai grandis, aménagé par la meute, pétri de peine et d’isolement, le monde me forgea à son image, une sculpture décharnée, ravagée par la rage galopante de l’humanité infantile. Alors, mes yeux ont lentement oublié de pleurer, mes sanglots n’étaient que legs à la nuit, refoulée dans cette réalité comme un tertre d’oubli. C’était une danse létale et funeste, un naufrage glauque, macabre où chaque jour était étape dans un rituel ancestral. Dans mon septentrion glacé, je fus sacré damné, inhalant leur fureur comme raison, haletant leur sens qui me chevilla l’angoisse au corps. Alors, par mon instinct chevronné au corps, je m’amputai de mon cœur, abandonnant mon myocarde pusillanime pour tenir un crépuscule de plus.

Je contemple mon sexe, placide, il git là entre mes jambes comme un monstre de viande, une glaire de pulpe. Je ne peux plus jouir, je ne suis plus que capable de bander et d’être ce faune ithyphallique et concupiscent, à l’haleine lubrique et au sarcophage de luxure. C’est un outil attenant à moi-même, je le regarde jonché de mépris et de honte. Ma verge est mon maitre et lorsqu’elle se dresse, je ne suis que bête, animal aux aguets qui rampe et tambourine, fou de besoin, ivre de sang et de cri dans les corps des inhumaines qui m’ont promis, hier, la fausseté de l’amour. Sur combien de corps ai-je lâché ma semence comme une empreinte pestilente de ma présence ? J’ai le phallus putride et innommable, c’est un envahisseur de dévastation. Et il est là, il pend en silence, gnasse innocent vide d’un sperme qu’il a déjà vomi la veille dans des flots magmatiques comme des miasmes d’une vie déjà morte. Il est mon excroissance intumescente, mon aberration d’âme, titan insatiable qui désire, avide, glouton, une débauche nouvelle à explorer, un aparté de violence sexuelle, une explosion de corps et de chair où il est roi, dompte et domine les soupirs et les gémissements, tyran tirant du plaisir un abcès d’oxygène gangréné où se réfugier jusqu’au lendemain. Et malgré ma haine pour ma tumeur de virilité, j’attends ces moments avec l’impatience vampirique du démon qui saura trouver dans un cul galbé une source éphémère et fugitive pour un bonheur déjà périmé à peine consommé. Tu changes complètement de ton sur ce dernier paragraphe, mais je n'arrive pas à identifier la raison ? Ou en tous cas, pas complètement.

Je suis nu. Il n’y a plus qu’à mon poignet l’étiquette de plastique qui me lacère la peau, elle est juchée sur ma peau claire et si (j'enlèverais le "si")étrangement lourde. C’est le poids de mon monde ces grammes de pétrole. J’y vois mon nom et un numéro, un résumé de ma vie porté par des atomes d’encre, des poussières congréées pour le vide de mon temps sur un papier de silence. Je l’observe et je vois Pyrrhus ricanant de sa démence comme un miroir de la mienne. Ce lacet est si lourd, si dense, si âpre, c’est un obus qui me défigure à chaque seconde, un tumulus de douleur et pourtant, il triomphe, étincelle comme une étoile qui défia ma mort promise, il vrombit et rugit, amulette du présent qui estropie enfin mon passé. Suberbe cette phrase, on croit qu'elle se termine et tu la fait rebondir et repartir !En moi pourtant, rien ne change, mes atomes cognent toujours contre ma sueur, mes particules vibrent toujours, la foule d’électrons, de photons, de neutrons s’harmonise avec les rayons gammas d’un cosmos qui ne m’a pas oublié, simplement délaissé dans la valse infinie des choses. Ce fétiche n’achève pas une fresque, il l’épice d’un dernier cri. Et ce hurlement palpite, il lynche l’histoire, il étrille mon être entier, lapide de ces sons l’univers.

D’un geste, j’arrache cette menotte de mon poignet. Il ira là-bas, sur une étagère, dans un cadre de bois, comme un souvenir, une promesse d’avenir quand l’espoir lui-même s’était éteint, quand la nuit était trop longue et le silence trop dense.





Celui-ci est très violent ! Toujours brillamment écrit, on ne se perd pas une minute. Tellement de petits détails et de sous-entendu malgré le cru de tes paroles. Le dernier paragraphe semble porter l'espoir, j'espère qu'il sera suivit d'un peu de lumière ? :) Bon courage !
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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 542
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Jeu 26 Avr 2018 - 15:54

Pourquoi au futur ici ? ça jure un peu avec le reste du paragraphe => En fait, je souhaitais sous entendre que c'est mon sort dans les deux ans à venir, je pense que je peux le faire avec un passé à valeur de futur si besoin oui.

Juste woa :O. Quelle violence ! => C'était le but, merci


Tu changes complètement de ton sur ce dernier paragraphe, mais je n'arrive pas à identifier la raison ? Ou en tous cas, pas complètement. => En fait, ce paragraphe a pour but de solder la question du sexe pour le reste de la série, donc il est plus contemplatif, rageur et a valeur de semi conclusion d'une des questions au milieu d'un segment.

Celui-ci est très violent ! Toujours brillamment écrit, on ne se perd pas une minute. Tellement de petits détails et de sous-entendu malgré le cru de tes paroles. Le dernier paragraphe semble porter l'espoir, j'espère qu'il sera suivit d'un peu de lumière ? :) Bon courage ! => Le prochain segment a pour but d'être plus contemplatif et philosophique, il y aura de l'espoir, il en faut. Mais la lumière attendra le dernier segment (il y en a encore trois de prévu)

Merci en tout cas pour toutes tes corrections et ton retour, je modifie tout dès que j'ai finis la série.

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Mais l'eau dit

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Féminin Sagittaire Messages : 16
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Jeu 10 Mai 2018 - 9:44

Quelle classe. De nouveau me voilà entraînée dans tes mots. Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire d'Arwen, c'est brillant. L'idée d'Atarax et Sertraline comme mythologie notamment, les noms s'y prêtent, je suis restée accrochée à ta pensée jusqu'au bout. Le futur ne m'a pas choquée, d'ailleurs la fin est habile. Tu as su développer la pensée tant que tu y voyais de la matière et l'amener à une conclusion en temps voulu.
"il se voit déjà dans un cercueil amer devant ce miroir qui montre un gamin qui n’a pas su être adulte." Quelle violence en effet, on sent tellement de griefs envers toi-même ! Comment as-tu pu te décevoir autant, malgré tout ce talent, toute cette sensibilité et l'altruisme qui reste en toi ? Quelles attentes monstrueuses as-tu construites pour te menacer ?
J'aimerais commenter le paragraphe suivant mais je ne peux pas.
La question du sexe semble en effet atteindre ici un point qui peut demeurer final : le mélange de désir auto-destructeur et de volonté d'atteindre enfin un calme dans cette vie, puisque l'addiction n'est rien d'autre qu'une solution à court terme que son utilisateur renie. Le style est irréprochable, mention spéciale pour cette phrase que je trouve particulièrement évocatrice "Ma verge est mon maitre et lorsqu’elle se dresse, je ne suis que bête, animal aux aguets qui rampe et tambourine, fou de besoin, ivre de sang et de cri dans les corps des inhumaines qui m’ont promis, hier, la fausseté de l’amour." "malgré ma haine pour ma tumeur de virilité, j’attends ces moments avec l’impatience vampirique du démon".
"Je suis nu. Il n’y a plus qu’à mon poignet l’étiquette de plastique qui me lacère la peau, elle est juchée sur ma peau claire et si étrangement lourde." Ahh, ces étiquettes de plastique. Elles ont toujours été tellement symboliques, tellement évocatrices. Il est facile de s'y résumer. Littérairement ça fonctionne. Ça fait longtemps que je n'avais pas vu le mot "juché", merci pour ça. Je m'oppose à Arwen pour le "si". En l'enlevant, on pourrait ne plus savoir si tu parles de ta peau ou de l'étiquette et puis je ne le trouve pas laid à la lecture.
"amulette du présent qui estropie enfin mon passé" un retour à la mythologie ? Joli mot. L'ensemble de la phrase est effectivement bien réussi.
"D’un geste, j’arrache cette menotte de mon poignet. Il ira là-bas, sur une étagère, dans un cadre de bois, comme un souvenir, une promesse d’avenir quand l’espoir lui-même s’était éteint, quand la nuit était trop longue et le silence trop dense." Une fin douce et gentille pour toi. La phrase est belle. Le sens est beau. Ça donne envie d'y rester.
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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 542
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Ven 11 Mai 2018 - 18:24

Il y a beaucoup à répondre à ton commentaire, mais la suite de la lecture t'offriera la plupart des réponses en fait.
Alors je vais simplement te remercier de ta lecture et du temps passé pour le commenter <3
Merci
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Phoenix
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Dim 20 Mai 2018 - 9:41

Ce texte est différent des deux premiers, il est fort aussi mais pas de la même façon. 

Je rejoins Lapine sur le quiproquo avec les histoires de semaines.

Tu continues de nous emporter dans ton monde. Et comme l'a dit Corne, ça serre le coeur à plusieurs moment... Nombre de tes phrases sont particulièrement évocatrices et on sent tout la violence, le désespoir et la douleur qui transparaît. On retrouve des touches d'espoir par moment même si le tout est sombre...

Encore un très beau texte. Continue d'écrire !

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Masculin Sagittaire Messages : 542
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   Dim 20 Mai 2018 - 14:02

Je vais vraiment réécrire ce moment des semaines alors^^

Merci de ta lecture, la plongée dans ma tristesse n'est pas facile et le faire à la suite ainsi a du te demander beaucoup de courage.

Merci <3
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MessageSujet: Re: Au petit jour (-18)   

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